La vie est vocation à la joie, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

La vie est vocation à la joie, par Mgr Francesco Follo

Méditation des lectures du 2e dimanche du Temps Ordinaire

Avec le souhait de comprendre que notre vocation est un choix de Dieu qui nous appelle pour être collaborateurs de la joie

Rite romain – IIe dimanche du temps ordinaire – Année B – 14 janvier 2024

1S 3,3-10.19; Ps 39; 1Co 6,13-15.17-20; Jn 1,35-42.

  1. La vocation dans la vie de tous les jours

Après la célébration du Baptême de Jésus qui dimanche dernier a conclu la période de Noël, la Liturgie présente aujourd’hui un passage du premier chapitre de l’Evangile de Jean pour compléter la narration des événements qui ont marqué la manifestation de Jésus comme Messie et Fils de Dieu, qui appelle à le suivre.

Ce n’est pas un hasard, si même pour les deux autres lectures de la messe de ce dimanche, la IIe du temps ordinaire, la vocation est le thème central. Nous avons tous été appelés à suivre une “vocation” à réaliser dans notre vie de tous les jours. Nous sommes tous appelés à vivre notre vocation de fils de Dieu dans le Fils unique dans l’apparente banalité de la vie quotidienne. Nous sommes tous appelés à être avec le Christ, avant que de faire quelque chose pour le Christ. Le plus bel exemple à cet égard nous est offert par la Vierge Marie qui, avant de “faire” la mère, “fut” et “est” encore mère. Et les apôtres aussi dont nous parle l’Evangile de ce jour, avant de faire quelque chose pour le Christ, furent avec le Christ. A Jean et André qui lui demandaient : “Maître, où habites-tu?”, Jésus répondit: “Venez et vous verrez”, c’est-à-dire qu’il leur proposa d’“être” avec Lui, avant de “faire” quelque chose avec Lui.

Ce n’est pas un hasard non plus si la liturgie du temps ordinaire demande que le prêtre porte les ornements verts, pour signifier le temps vert de notre vie. Il s’agit d’un temps chargé d’espoir, qui accompagne et illumine le quotidien que nous devons “passer” à la suite du Christ. Le temps ordinaire n’est pas un temps mineur, c’est le temps dans lequel le Mystère de la vie du Christ et de notre vie en Lui s’écoule sous nos yeux de manière ordinaire et nous, nous sommes appelés à le recevoir et à le comprendre, pour parcourir la voie du salut, en Jésus Christ, notre Voie.

Chaque existence est déjà un appel : Dieu nous a sauvés de l’abîme vertigineux du néant et, en nous offrant l’être, il nous a donné aussi un projet à accomplir, un dessein à réaliser qui est même gravé “sur ses paumes” (Isaïe 49). C’est là le sens de notre vie : être avec Dieu et collaborer au grand projet qu’Il nourrit de toute éternité pour chacun de nous. 

Nous sommes souvent tentés de croire que la vocation que Dieu nous donne, est un devoir pénible, une vertu obligatoire et ennuyeuse. Non. Dieu adresse aux hommes un appel à  tisser un lien d’amour avec Lui. Il les invite dans sa demeure, les accueille de nouveau dans sa maison quand ils reviennent à son amour. Et non seulement ils peuvent rester avec Lui mais Lui reste dans leur cœur. La philosophie de l’homme dans la quête éternelle de sa maison est la nostalgie de sa patrie, de sa maison natale, comme l’a écrit le philosophe et écrivain allemand Novalis (1772 -1801) : “la philosophie est la nostalgie de retour à la maison”. Eh bien l’Evangile d’aujourd’hui montre comment on arrive à cette maison. En suivant le Christ, en Lui demandant où il habite et en demeurant avec Lui.

L’effet le plus admirable de cette démarche est que nous devenons sa demeure. Car se rapprocher de Dieu c’est devenir une cathédrale vivante. En recevant sa Présence en nous, nous comprenons la grandeur de la condition “humaine” à laquelle nous sommes appelés. La Bible abonde d’histoires de vocation : à titre d’exemple, Abraham, Moïse, David, chacun des prophètes, le petit Samuel dont il est question dans la première lecture d’aujourd’hui (1 Samuel 3,3-10), la Vierge Marie, les apôtres.

Chacun sous des formes différentes, mais nous avons tous en commun de recevoir cette invitation à donner à notre existence la valeur suprême de s’ouvrir à la relation avec Dieu, en disant comme Marie : “Amen, Fiat, que tout se passe pour moi comme tu l’as dit”. 

2) Les trois verbes de la vocation, qui n’est pas une profession

Les lectures de la messe d’aujourd’hui montrent que la vocation se caractérise par trois verbes : appeler, écouter, répondre

Appeler. Excepté les rares appels directs, la vocation se produit par l’intermédiaire d’autres hommes, comme on le voit dans l’épisode d’aujourd’hui : pour les deux disciples du Baptiste, c’est lui l’intermédiaire, qui leur désigne l’Agneau de Dieu ; pour Pierre, c’est son frère André; pour Samuel enfant, c’est son “tuteur” Eli.

Ecouter, comme il le fit le petit Samuel qui répondit à Dieu qui l’appelait par son nom “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute”. 

Répondre en allant habiter auprès de Celui qui nous dit, comme à Jean et André: “Venez et vous verrez”.

Revenons au passage de l’Evangile d’aujourd’hui, où il nous est  raconté que, remarquant Jean et André qui le suivaient, Jésus se retourna et demanda : “Qu’est-ce que vous cherchez ?”. Jésus ne posa pas cette question pour se renseigner, mais pour provoquer la réponse et les amener à prendre conscience de leur propre recherche. Jésus oblige l’homme à s’interroger sur les raisons de son propre chemin. 

La recherche doit être mise en question. Il y a, effectivement, recherche et recherche. Il y a celui qui cherche vraiment Dieu et qui, en réalité se cherche lui-même. 

Donc, la première condition est de vérifier continuellement l’authenticité de sa propre recherche de Dieu. La deuxième est de ne pas chercher à comprendre la vocation comme une recherche visant à ordonner le monde ni à trouver sa place dans le monde, parce que la vocation n’est pas le fruit d’un projet humain ou d’une stratégie d’organisation. Elle est  vocation à l’Amour reçu et offert. La vocation n’est pas un choix, c’est être choisi : “Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais c’est moi qui vous ai choisis” (Jn 15, 16).

3) La vocation au bonheur à travers un exode

Dans l’Evangile de Marc on lit : “Puis il fit venir la foule avec ses disciples et il leur dit : Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive. En effet, qui veut sauver sa vie la perdra ; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. (…) Jésus le regarda et se prit à l’aimer ; il lui dit : « Une seule chose te manque : va, ce que tu as vends-le, et donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel, puis viens, suis-moi.” (Mc 8, 34-35; 10,21). 

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus, en d’autres termes, répète cette invitation à Jean et André pour qu’eux aussi se mettent en route à sa suite. Dans les deux cas, le Christ demande de parcourir avec Lui le nouvel exode, qui n’est pas uniquement de libération du mal et de tout autre esclavage physique ou moral, mais pour la liberté, la vérité, l’amour, la joie qui nous tiennent tant à coeur.

Un exemple de saint qui accepta totalement de faire cet exode avec le Christ, c’est celui de Saint François d’Assise (1182 –1226), qui exprima son expérience de libération et de vocation par ces paroles connues sous le nom de La Prière simple :

Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix.

Là où il y a de la haine, que je mette l’amour.

Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.

Là où il y a la discorde, que je mette l’union.

Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.

Là où il y a le doute, que je mette la foi.

Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance.

Là où il y a les ténèbres, que je mette votre lumière.

Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

Ô Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, 

à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer, 

car c’est en donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on trouve, 

c’est en pardonnant qu’on est pardonné, 

c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.

Des siècles avant, un autre saint exprima l’expérience d’être appelé de manière très profonde. Il s’agit de Saint Augustin d’Hippone (354 – 430), dont la vocation-conversion fut obtenue par la prière et les larmes de sa mère, Monique. Dans les Confessions, écrites pour raconter sa vocation et rendre gloire à Dieu pour sa miséricorde, ce grand Saint affirme que “le poids de l’amour élève vers le haut” (Pondus meum amor meus – Confessions, XIII, 9, 10). Autrement dit, l’ Evêque d’Hippone ajoutait : “En quelque lieu que j’aille, c’est l’amour qui m’y porte”.

Lui aussi avait trouvé l’amour et non seulement il ne voulait pas le perdre, mais il voulait lui rester fidèle pour toujours.

Pendant des années il avait cherché la vérité et l’amour. Quand il l’eut rencontré dans la personne du Christ, il resta fidèle à jamais.

A lui aussi, le Christ dit “que cherches-tu?”, et à sa réponse interrogative : “Maître où habites-tu?” la réponse est encore “viens et tu verras”. 

4) Le témoignage des Vierges consacrées dans le monde

La vocation de Jean et André fut suscitée par le témoignage de leur “vieux” maître, Jean le Baptiste, qui avait désigné Jésus comme “l’Agneau qui enlève les péchés du monde”, mais elle devint plus claire dans le dialogue avec le Christ : “Que cherchez-vous ?”, “ Maître, où habites-tu?, “Venez et vous verrez”.

A Jean et à André, comme à l’interminable cortège de personnes qui Le cherchent et Lui demandent : “ Où habites-tu?”, Jésus répond par un impératif (“venez”) et par une promesse (“vous verrez”). La recherche n’est jamais finie. La découverte de Dieu n’est jamais terminée. Jésus ne dit pas ce qu’ils verront ni quand. C’est en demeurant avec Lui que l’avenir se dévoilera et s’épanouira.

Suivre Jésus ne signifie pas savoir à l’avance où Il nous conduit ; cela veut dire lui faire confiance, pleinement confiance. Cet abandon total est vécu de manière particulière par le Vierges consacrées. Ces femmes nous donnent le témoignage que la vocation consiste à reconnaitre le Christ comme centre affectif de la vie humaine. A leur exemple, à la question du Christ “Qui, que cherchez-vous ?”, nous répondons : “Toi”, et dans le quotidien “oui” (fiat), elles se conforment à son dessein d’amour, en renouvelant  fidèlement le “oui” prononcé entre les mains de l’Evêque le jour de leur consécration.

Nous savons tous que l’amour de Dieu pour l’homme est fidèle et éternel : “ Je t’ai aimé d’un amour éternel ”, dit Dieu à l’homme (Jér31, 3). Les Vierges consacrées nous témoignent que même nous, nous pouvons vivre la vocation à l’amour de Dieu qui est lumière, bonheur, et épanouissement de la vie ici-bas et pour l’éternité.

Lecture Patristique

Saint Thomas d’Aquin

Ev. sec. Ioan., 1, 15, 1 s.

C’est maintenant le contenu du témoignage du Baptiste qui nous est exposé. Par ces paroles, non seulement il montre le Christ, mais il admire sa puissance. Isaïe avait dit: Il sera appelé l’Admirable. Et vraiment Il est d’une puissance admirable, cet Agneau qui, égorgé, tua le lion, ce lion dont il est dit: Votre adversaire le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Aussi ce même Agneau a-t-il mérité d’être appelé Lion vainqueur et glorieux — Il a vaincu, le Lion de la tribu de Juda.

Jean donne brièvement son témoignage:

VOICI L’AGNEAU DE DIEU, soit parce que les disciples à qui il présentait ce témoignage étaient déjà suffisamment informés sur le Christ par tout ce qu’ils avaient entendu de Jean, soit encore parce que cela fait bien comprendre toute l’intention de Jean, qui était uniquement d’amener ses disciples au Christ. Et Jean ne leur dit pas: « Allez à Lui », pour que ses disciples ne paraissent pas faire une grâce au Christ en Le suivant, mais il met en lumière la grâce du Christ comme un bienfait pour eux s’ils Le suivent. C’est pourquoi il dit VOICI L’AGNEAU DE DIEU, c’est-à-dire voici Celui en qui est la grâce, et la puissance purificatrice des péchés. On offrait en effet un agneau en sacrifice pour les péchés, comme le dit l’Ecriture

LES DEUX DISCIPLES L’ENTENDIRENT PARLER  AINSI, ET ILS SUIVIRENT JESUS.

JESUS SE RETOURNA, LES VIT QUI LE SUIVAIENT ET LEUR DIT: « QUE CHERCHEZ-VOUS? » ILS LUI REPON DIRENT: « RABBI (CE QUI SIGNIFIE MAITRE), OU HABITES-TU? » » VENEZ ET VOYEZ », LEUR DIT-IL. ILS VINRENT DONC ET VIRENT OU IL DEMEURAIT, ET ILS DEMEURERENT AUPRES DE LUI CE JOUR LA. C’ETAIT ENVIRON LA DIXIEME HEURE.

L’Evangéliste rapporte ici le fruit de ce témoignage. Il expose en premier lieu le fruit du témoignage de Jean et de ses disciples, ensuite celui de la prédication du Christ.

Le premier point comporte deux parties. Dans la première, l’Evangéliste expose le fruit du témoignage de Jean, dans la seconde celui de la prédication d’un de ses disciples. Au sujet du fruit provenant du témoignage de Jean, l’Evangéliste indique d’abord sa formation première, puis son achèvement par le Christ.

L’Evangéliste dit d’abord: LES DEUX DISCIPLES qui étaient avec Jean L’ENTENDIRENT qui disait: VOICI L’AGNEAU DE DIEU, et ILS SUIVIRENT JESUS — littéralement: ils s’en allèrent avec Lui.

A ce sujet on peut faire, selon Chrysostome 1, quatre remarques.

Voici la première: Jean parle, le Christ se tait, et c’est à la parole de Jean que ses disciples se rassemblent autour du Christ. Cela correspond à un mystère. Le Christ est en effet l’époux de l’Eglise; Jean, l’ami de l’époux et son paranymphe. Le rôle du paranymphe est de remettre l’épouse à l’époux et, avec les paroles voulues, de livrer la dot. Il revient à l’époux de se taire, comme par réserve, mais, une fois qu’il a reçu l’épouse, de disposer d’elle comme il le veut. Ainsi Jean remet au Christ les disciples qui Lui sont fiancés par la foi. Jean parle, le Christ se tait; mais après les avoir reçus, Il les instruit avec soin.

La seconde remarque est celle-ci: lorsque Jean sou lignait la dignité du Christ en disant: Il existait avant moi, et moi, je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure 2, personne ne s’est converti. Mais quand il a parlé des abaissements du Christ et du mystère de l’Incarnation, alors ses disciples ont suivi Jésus. Car les abaissements du Christ, ce qu’Il a souffert pour nous, nous émeuvent davantage. En ce sens on lit dans le Cantique des Cantiques: Ton nom est une huile répandue 3. Il s’agit de la miséricorde avec laquelle Il a procuré le salut des hommes; aussi l’Ecriture ajoute-t-elle aussitôt: Les jeunes filles t’aiment.

La troisième remarque de Chrysostome est la sui vante. La parole de la prédication est comme une semence qui tombe en diverses terres. Dans l’une elle fructifie, dans l’autre, non. Ainsi, lorsque Jean prêche, il ne convertit pas au Christ tous ses disciples mais deux seulement, ceux qui étaient bien disposés. La jalousie, au contraire, anime les autres contre le Christ; aussi soulèvent-ils à son endroit une accusation: Pourquoi, tandis que les Pharisiens et nous, nous jeûnons souvent, tes disciples ne jeûnent-ils pas? 4

Dernière remarque: ayant entendu son témoignage, les disciples de Jean ne se permirent pas de parler sur-le-champ à Jésus, mais pleins à la fois d’ardeur et de retenue, ils cherchèrent à s’entretenir avec Lui en parti culier dans un endroit retiré — Il y a en effet pour toute chose un temps et un jugement.

1. Ioannem hom., 18, PG 59, col. 115-118.

2. Jean 1, 27.

3. Cant 1, 3.

4. Mt 9, 14.

Source : ZENIT.ORG, le 12 janvier 2024

De Nazareth à Bethléem : le 2023e Noël, par Mgr Francesco Follo

Audience Générale, 20 Décembre 2023 © Vatican Media

De Nazareth à Bethléem : le 2023e Noël, par Mgr Francesco Follo

La crèche est le lieu où l’on rencontre la vraie joie qui dure

Avec le souhait de comprendre que la crèche est le lieu où l’on rencontre la vraie joie qui dure.

  1. Veille de Noël

En cette année 2023, le IVème dimanche de l’Avent tombe le 24 décembre. Après le témoignage de Jean-Baptiste (IIIème dimanche de l’Avent), la liturgie de la Parole de ce IVème dimanche nous propose le témoignage de Marie, Vierge Mère de Dieu, qui a conservé avec dévotion en son cœur les grandes choses que le Seigneur avait faites pour elle.

Faisons nôtre le regard plein d’espérance qui a alimenté l’attente patiente de Jean le Baptiste et la maternelle attente de Marie, pour chanter avec elle son hymne de louange pour Dieu qui relève « Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais » (Lc 1, 54-55).

À la vigile de Noël, la liturgie nous conduit à Nazareth où le premier « Je vous salue Marie » a été dit et où le Verbe s’est fait chair, et elle nous propose l’Évangile de l’Annonciation. Contemplons ce fait évangélique – qui nous est raconté par saint Luc, qui l’a probablement entendu raconter par Marie elle-même, la Mère, protagoniste de cet événement – et faisons nôtre le « oui », le « fiat » (en latin), l’ « Amen » (en hébreu) de cette jeune femme. Ainsi, nous pourrons réaliser nous aussi les paroles de l’ange Gabriel : « Sois sans crainte… tu vas concevoir… tu lui donneras le nom de Jésus ».

L’événement de l’Annonciation nous dit clairement que Marie est l’intermédiaire immédiat, y compris temporel, outre que biologique et affectif, théologique et biblique pour accueillir Jésus en ce Noël et pour toujours. En effet, à quoi « cela nous sert-il que le Christ soit né une fois de Marie à Bethléem s’il ne nait pas aussi par la foi dans notre âme » (Origène). Par conséquent, « émus par la bonté de Dieu qui, dans le Christ, manifeste son amour pour l’homme » (pape François), accueillons le Sauveur.

Une grande stupeur pleine d’émotion s’empare de nous si nous contemplons le miracle du Dieu qui assume un corps humain en faisant sa demeure dans un sein maternel et le fait que « ce sein de chair ait été en mesure de porter le feu, que la flamme ait habité dans le corps délicat sans le brûler » (saint Ephrem le Syrien) mais qu’il ait brûlé nos péchés.

  1. Noël et la crèche

Maintenant, de Nazareth qui veut dire « jardin » et où est né la fleur du Christ, nous allons à Bethléem qui veut dire « maison du pain » et qui héberge celui qui se fera Pain de vie pour nous.

À Bethléem est né celui qui, sous le signe du pain rompu, allait laissé le mémorial de sa Pâque. L’adoration de l’Enfant Jésus, en cette nuit sainte, se poursuit dans l’adoration eucharistique. Adorons le Seigneur qui s’est fait chair pour sauver notre chair, qui s’est fait Pain vivant pour donner la vie à tous les êtres humains. Reconnaissons comme notre unique Dieu ce fragile Enfant, immobile dans la crèche. « Dans la plénitude des temps, tu t’es fait homme parmi les hommes pour unir la fin au principe, c’est-à-dire l’homme à Dieu » (cf. St Irénée, Adv. Haer., IV, 20,4). Dans le Fils de la Vierge, « enveloppé de langes » et déposé « dans une mangeoire » (Lc 2, 12), reconnaissons et adorons « le Pain descendu du ciel » (Jn  6, 41.51), le Rédempteur venu sur terre pour donner la vie au monde.

Aujourd’hui, il ne nous est pas seulement donné d’écouter, mais aussi de voir la Parole de Dieu, il suffit que nous allions « jusqu’à Bethléem et que nous regardions cette Parole que le Seigneur a faite et qu’il nous a montrée » (Guerric d’Igny).

Allons donc à la grotte de Bethléem et contemplons ce miracle impensable et qui, pour beaucoup, est encore incroyable : « Dieu, qui mesure le ciel à l’empan, git dans une mangeoire d’un empan ; lui, qui contient la mer dans le creux de sa main, connut sa propre naissance dans une grotte. Le ciel est plein de sa gloire et la mangeoire est pleine de sa splendeur (saint Ephrem le Syrien, Hymne pour la naissance du Christ, 1).

Si nous lisons avec attention l’Évangile de la Nativité, tel que le propose saint Luc, nous pouvons recréer dans notre esprit et notre cœur la scène de la crèche. Imaginons une grotte utilisée aussi comme étable : pauvre logement de fortune, choisi par les deux pèlerins, Marie et Joseph, pour accueillir la naissance de Celui qui est le centre du monde et de l’humanité : événement mûr qui accomplit les temps. Laissons les yeux de notre cœur être attirés par la nuit, par le froid, par la pauvreté, par la solitude et puis, à l’improviste, par le ciel qui s’ouvre et par l’extraordinaire annonce des anges et par l’arrivée des bergers. Avec notre imagination, nous pouvons reconstruire les détails et transformer la scène en un paysage pastoral qui semble familier, pour une histoire charmante. Tous, nous devenons des enfants et nous goûtons un moment enchanté qui nous fait rêver. C’est beau, mais réducteur, parce que le Christ nait dans une grotte. Et quand les bergers y parvinrent, que virent-ils ? Un petit enfant enveloppé de langues et déposé dans la mangeoire, comme les anges le leur avaient annoncé. C’est la merveille de Noël : celui qui est proclamé Seigneur, le Prince de la paix, le Messie et Sauveur est un enfant qui a pour trône une mangeoire et pour palais royal une grotte. La simplicité absolue de la première crèche étonne. Le détail qui surprend le plus est l’absence de tout caractère merveilleux dans la grotte. Les bergers ont été recouverts et effrayés par la gloire de Dieu, mais le signe qu’ils reçoivent des anges est simplement : « Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et déposé dans une mangeoire ». Et quand ils arrivent à Bethléem, il ne voit rien d’autre qu’ « un enfant déposé dans la mangeoire ». Demandons donc d’entrevoir le miracle de Noël dans la « banalité » du quotidien et prenons au sérieux ce qu’un auteur anonyme a écrit il y a des siècles : 

« Notre corps est la crèche vivante dans les lieux où nous sommes appelés à vivre et à travailler. Nos jambes, comme celles des animaux qui ont réchauffé Jésus la nuit de sa naissance. Notre ventre, comme celui de Marie qui a accueilli et fait grandir Jésus. Nos bras, comme ceux de Joseph qui ont bercé, soulevé, serré Jésus et qui ont travaillé pour lui. Notre voix, comme celle des anges pour louer le Verbe qui s’est fait chair. Nos yeux, comme ceux de tous ceux qui l’ont vu, la nuit, dans la mangeoire. Nos oreilles, comme celles des bergers qui ont écouté – stupéfaits – le chant angélique provenant du ciel. Notre intelligence, comme celle des rois mages qui ont suivi l’étoile jusqu’à la « maison » de Jésus : la grotte. Notre cœur comme la mangeoire qui a accueilli l’Éternel qui s’est fait petit et pauvre comme l’un de nous ».

Allons donc à la crèche pour devenir, nous-mêmes, toujours plus crèche vivante qui révèle l’homme et Dieu. L’homme que nous ne sommes pas encore mais que nous sommes appelés à être et Dieu qui ne peut se manifester que dans une humanité humble mais transparente, qui fait passer à travers elle cet amour qui est uniquement amour.

Si nous allons à la crèche, c’est parce que Noël est le centre de l’histoire universelle. C’est en lien avec Noël que l’on conte tous les siècles.

Si nous allons à la crèche, c’est parce que dans la naissance du Christ il y a notre naissance, notre dignité, notre grandeur et notre liberté.

Si nous allons à la crèche, c’est parce que Dieu s’y révèle non plus comme un maître qui nous domine, qui revendique des droits sur nous, mais comme un amour doux, qui veut se cacher en nous et qui n’arrête pas de nous attendre parce que la « seule » chose qu’il puisse faire toujours est de nous aimer.

L’unique réponse logique à cet amour est de l’aimer. Les chrétiens sont ceux qui ont cru et qui croient à cet amour né au milieu de nous et pour nous. Les chrétiens sont appelés par l’amour pour aimer. C’est la vocation que propose Noël et qui se renouvelle tous les ans.

Cette vocation à l’amour est vécue de manière particulière par les vierges consacrées. Si la vie chrétienne est un chemin et une assimilation progressive à la vie du Seigneur Jésus, celle de ces femmes qui se sont joyeusement consacrées au Christ avec une confiance amoureuse et un total abandon l’est de manière particulière. Les vierges consacrées nous témoignent que le Christ est un don auquel on répond en se donnant et en faisant de notre cœur la mangeoire d’où il ouvre les bras au monde. Noël n’est pas une émotion mais une vocation à être toujours chastement avec lui. Le Fils de Dieu qui s’incarne, se fait l’un de nous et nous appelle à croire avec notre cœur, à proclamer avec notre bouche (cf. Rm 10, 9-10) et à confirmer par les œuvres que l’alliance de Dieu est dans notre chair consacrée par l’offrande virginale afin que les hommes, voyant nos œuvres bonnes, rendent gloire à notre Père qui est dans les cieux (cf. Mt 5,16) en Jésus-Christ notre Seigneur (cf. liturgie). Être vierges consacrées veut dire être le signe de la fidélité de Dieu et le lieu où la vie du Christ donnée engendre la vie ici sur la terre et pour l’éternité.

Les vierges consacrées dans le monde, et nous avec elles, sont appelées à être le berceau du véritable Adam où le monde entier est mis au monde dans la communion divine. « J’espère donc que la “spiritualité de la communion” indiquée par saint Jean-Paul II deviendra réalité et que vous serez en première ligne pour saisir “le grand défi qui est devant nous » en ce nouveau millénaire : faire de l’Église la maison et l’école de la communion » (Pape François, Lettre à l’occasion de l’Année de la vie consacrée, novembre 2014).

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Lecture patristique

Saint Léon le Grand (390 – 461)
Sermons pour Noël, 6, 2-35

CCL 138, 126-127

La majesté du Fils de Dieu n’avait pas dédaigné l’état d’enfance; mais l’enfant a grandi avec l’âge jusqu’à la stature de l’homme parfait; puis, lorsqu’il a pleinement accompli le triomphe de sa passion et de sa résurrection, toutes les actions de la condition humiliée qu’il avait adoptée pour l’amour de nous sont devenues du passé. Pourtant, la fête d’aujourd’hui renouvelle pour nous les premiers instants de Jésus, né de la Vierge Marie. Et lorsque nous adorons la naissance de notre Sauveur, il se trouve que nous célébrons notre propre origine.

En effet, lorsque le Christ vient au monde, le peuple chrétien commence; l’anniversaire de la tête, c’est l’anniversaire du corps.

Sans doute, chacun de ceux qui sont appelés le sont à leur tour, et les fils de l’Église apparaissent à des époques différentes. Pourtant, puisque les fidèles dans leur totalité, nés de la source du baptême, ont été crucifiés avec le Christ dans sa passion, ressuscités dans sa résurrection, établis à la droite du Père dans son ascension, ils sont nés avec lui en cette Nativité.

Tout croyant, de n’importe quelle partie du monde, qui renaît dans le Christ, après avoir abandonné le chemin du péché qu’il tenait de son origine, devient un homme nouveau par sa seconde naissance. Il n’appartient plus à la descendance de son père selon la chair, mais à la race du Sauveur, car celui-ci est devenu Fils de l’homme pour que nous puissions être fils de Dieu.

Car si lui-même, par son abaissement, n’était pas descendu jusqu’à nous, personne n’aurait pu, par ses propres mérites, parvenir jusqu’à lui. <>

Un si grand bienfait appelle de notre part une reconnaissance digne de sa splendeur. En effet, comme nous l’enseigne saint Paul, l’Esprit que nous avons reçu, ce n’est pas celui du monde, c’est celui qui vient de Dieu, et ainsi nous avons conscience des dons que Dieu nous a faits (1Co 2,12). On ne peut l’honorer avec assez de piété qu’en lui offrant ce que lui-même nous a donné.

Or, dans les trésors de la générosité divine, que pouvons-nous trouver qui soit aussi bien accordé à la dignité de la fête présente, que cette paix proclamée par le cantique des anges lors de la nativité du Seigneur?

Car c’est la paix qui engendre les fils de Dieu (Ep 4,3), qui favorise l’amour, qui enfante l’unité, qui est le repos des bienheureux, la demeure de l’éternité. Son ouvrage propre, son bienfait particulier, c’est d’unir à Dieu ceux qu’elle sépare du monde. <>

Donc, ceux qui ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d’une volonté chamelle, ni d’une volonté d’homme, mais qui sont nés de Dieu (Jn 1,13), doivent offrir au Père la volonté unanime des artisans de paix. Tous ceux qui sont devenus par adoption les membres du Christ, doivent accourir pour rejoindre ensemble le premier-né de la nouvelle création, celui qui est venu faire non pas sa volonté, mais la volonté de celui qui l’envoie (Jn 6,38). Les héritiers que la grâce du Père adopte ne sont pas des héritiers divisés ou disparates; ils ont les mêmes sentiments et le même amour. Ceux qui sont recréés selon l’Image unique doivent avoir une âme qui lui ressemble.

La naissance du Seigneur Jésus, c’est la naissance de la paix. Comme le dit saint Paul: C’est lui, le Christ, qui est notre paix (Ep 2,14). Que nous soyons d’origine juive ou païenne, c’est par lui que nous avons accès auprès du Père, dans un seul Esprit (Ep 2,18).

Source : ZENIT.ORG, le 22 décembre 2023

Conversion à l’heureuse Nouvelle : la venue du Christ, par Mgr Francesco Follo

Couronne de l'Avent, audience du 23 déc. 2020 © Vatican Media
Couronne De L’Avent, Audience Du 23 Déc. 2020 © Vatican Media

Conversion à l’heureuse Nouvelle : la venue du Christ, par Mgr Francesco Follo

Méditation sur les lectures du 2e dimanche de l’Avent

Avec l’invitation à imiter Saint Jean Baptiste dans l’attendre le Christ et dans l’indiquer aux frères et soeur en humanité

Rite Romain

II Dimanche d’Avent – Année B – 10 Décembre 2023

Is 40,1-5.9-11; Ps 84; 2Pt 3,8-14; Mc 1,1-

1) Changer de vie et de pensées.

Dimanche dernier, I Dimanche de l’Avent, la Liturgie nous a invités à la vigilance, aujourd’hui, II dimanche de l’Avent, elle nous demande la conversion, le retour à Dieu. Elle exige un changement de mentalité et de vie. Soyons attentifs aux gestes et aux paroles de Saint-Jean Baptiste, qui, en baptisant dans un lieu désert sur les rives du Jourdan, proclamait le baptême de conversion pour le pardon des péchés et criait : « Préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (Mc 1,3)

Rendre droites les voies du Seigneur signifie accueillir une parole qui vient de Dieu et blesse le cœur de celui qui l’écoute, en l’ouvrant au grand don de la conversion qui libère. Ça signifie aussi se mettre dans la condition spirituelle d’une profonde révision de notre vie de foi, d’espérance et de charité et de moralité. Donc, la conversion débute avec l’écoute attentive et accueillante de la parole de Dieu contenue dans l’Ecriture.

S’il est vrai que la Bible nous conduit au Christ, il est aussi vrai que la parole de Dieu a comme premier résultat de nous faire reconnaître nos péchés (cf Mc 1,5). Devant le Seigneur qui vient, nous reconnaissons que nos chemins ne sont pas les siens (cf. Is 55,9) et nous sommes poussés à la conversion, à changer de route, à changer de direction de vie pour retourner vers le Seigneur.

Pour marcher rapidement sur ce chemin qui nous fait retourner “chez nous”, chez notre Père, il faut retrouver l’essentiel comme Saint-Jean Baptiste nous le montre et comme l’Evangile nous le décrit en disant qu’il était sobre dans la nourriture et pauvre dans l’habillement. L’essentiel de ses prédications est profondément lié à l’essentiel de sa façon de vivre.

En outre, Saint-Jean ne se limite pas préparer un chemin au Seigneur, mais il le devient dans sa personne. Lui, il est le précurseur non seulement parce qu’il vient avant le Messie mais aussi parce c’est sa voix qui précède le Christ et il est le porte-Parole et crie dans le désert spirituel de cette humanité, peu attentive à la Parole de Dieu et en syntonie avec les paroles du monde (il serait plus juste dire : le bavardage des hommes).

L’Apôtre Pierre invite à rechercher une nouvelle et authentique conduite de vie, qui puisse conduire à la pleine sainteté pour être trouvés « sans tâche et irréprochables devant Dieu. (Cf 2Pt3,8-14).

Outre à l’écoute de la parole de Dieu et à une vie sobre qui mettes en en pratique cette parole, il y a un troisième aspect à ne pas oublier pour un chemin de conversion : c’est celui de la confession sacramentelle qui, comme nous apprennent les Pères de l’Eglise est un « deuxième » baptême.

Dans le premier nous avons été baptisés avec l’eau et il vaut une fois pour toutes. Dans le deuxième que nous devons recevoir lorsque nous avons perdu la candide innocence baptismale, l’eau est représentée par nos larmes, au moins spirituelles, qui expriment notre douleur au Christ qui nous confirme dans son amour et nous embrasse.

Le Pape François nous enseigne : « La confession c’est l’embrassement de l’infinie miséricorde divine. Souvenons-nous de cette belle parabole du fils qui est quitta sa maison avec l’argent de son héritage ; il a dépensé tout son argent et, ensuite, lorsqu’il n’avait plus rien, il a décidé de rentrer chez lui non pas comme un fils mais comme un serviteur, parce qu’il avait beaucoup de fautes et de honte dans son cœur. Grande fut sa surprise lorsqu’il commença à parler et à demander pardon et son père ne le laissa pas parler, l’embrassa et fit une fête ; Mais moi, je vous dis : chaque fois que nous nous confessons, Dieu nous embrasse et fait la fête (Audience générale, 19 février 2017). Avançons sur ce chemin de conversion et Noel fleurira dans notre cœur que pendant l’Avent nous avons préparé « comme la mangeoire qui a accueilli l’Eternel qui s’est fait petit et pauvre comme un de nous » (anonyme médiéval).

2) Jean le Baptiste : exemple de converti.

Comme l’Evangile de ce dimanche le rappelle, la venue de Jésus demande un temps de préparation qui est annoncé par Jean-Baptiste en proposant un « baptême de conversion pour le pardon des péchés » .

La manière la plus authentique, plus simple, plus immédiate et, au fond, la plus humaine pour préparer la voie du seigneur (Cf. Mc 1,3) c’est de commencer à la parcourir. On vit l’Avent en se mettant en route pour aller, même d’un pas timide et incertain, vers Celui qui, miséricordieux et aimant, vient gratuitement à l’encontre de l’homme.

Dans ce chemin, aujourd’hui l’Eglise nous propose l’exemple merveilleux et humainement déconcertant de Saint-Jean Baptiste qui demande de se convertir et de préparer le chemin du Seigneur en vivant l’attente du Christ en première personne.

En effet, Saint-Marc, dans son évangile, ne le présente pas comme un simple annonciateur de Jésus mais comme son précurseur. Cet évangéliste ne parle pas beaucoup de la prédication du Baptiste. Il se limite de dire que « il baptisait dans le désert en prédicant un baptême de conversion ». Et se concentre sur le fait que le Précurseur annonce l’arrivée imminente du Messie et en indique la supériorité. Jean-Baptiste est pris par ce devoir : attirer l’attention sur Jésus. C’est le devoir essentiel de chaque disciple. Il y a aussi une seconde insistance : l’évangéliste se poursuit dans la description de la manière dont Jean vivait : dans le désert, dans l’austérité, comme le prophète Elie. Jean n’est pas seulement le prédicateur de la conversion, il est la « figure » du converti.

Certes, s’il ne nous est pas demandé de l’imiter dans sa manière de vivre dans le désert, de s’habiller avec peaux de chameaux et de manger des sauterelles, il nous est demandé de l’imiter dans la sobriété, dans l’humilité et dans la solide décision de tendre vers le Christ. Jean sut déjà reconnaître le Messie quand il était encore dans les entrailles de sa mère Elisabeth, et il exulta de joie. En adulte, le Précurseur eut des yeux si purs qui sut reconnaître le Messie qui se trouvait parmi la foule. Il l’indiqua clairement en disant : « Voici l’Agneau de Dieu ». Il sut se mettre en retraite en disant : « Il faut qu’il grandisse et moi, je diminue ».

      3) Saint-Jean Baptiste et la virginité qui n’est pas stérilité.

Le thème de la virginité et celui de l’Epoux (le Christ) acquièrent un lien étroit à partir de la signification positive de l’offrande de soi dans la virginité pour le règne des cieux. Certaines formes de Virginité sont immédiatement préparatoires au Nouveau Testament, comme celle de Jean Baptiste. D’autres figures sont la pleine réalisation de ce lien : la Vierge Marie, Joseph, l’Apôtre Jean, Marie Madeleine, l’Apôtre Paul.

On pourrait dire qu’avec la naissance de Jean, la stérilité qui est la condition négative dans laquelle a vécu sa mère Elisabeth, avant de l’intervention miraculeuse de Dieu, est définitivement séparée de la virginité qui commence à avoir une valeur positive en fonction du Règne de Dieu et de la personne du Christ dont Jean est le précurseur.

La virginité du Baptiste est fortement ascétique. Elle a toutes les caractéristiques de la renonciation et de l’offrande, mais ce saint est apparemment austère. Lui, il n’est pas indifférent à l’affection du Christ, dont il se définit ami en disant qu’il est l’ami de l’époux : Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit : Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. (Jn 3,28-30).

Donc la virginité ne signifie pas stérilité mais, au contraire, fécondité maximale même si c’est sur un plan différent du plan du physique.

La première fois que la virginité apparaît dans l’histoire du salut, elle est associée à la naissance d’un enfant : » voici la vierge concevra et accouchera un fils…(Is7,14). La tradition a accueilli ce lien en associant constamment le titre de vierge à celui de mère. Marie est la Vierge Mère. L’Eglise est vierge et mère.  « Un est le père de tous – écrit Clément Alessandrino- Un est le Verbe de tous, Un est identique, est le Saint -Esprit et une seule est la vierge mère : c’est de cette façon que j’aime appeler l’église (Clémente d’Alexandrie, Pédagogue, 1,6).

Enfin, chaque chrétien et, en particulier chaque vierge consacrée, est vierge et mère : « Chaque âme croyante, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et soeur du Christ, est considérée, à sa façon, vierge et féconde » (B. Isaac de l’Etoile, Sermo 51, PL 194, 1863

L’invitation que j’adresse aux vierges consacrées est de tenir éveillé leur cœur pour accueillir le Christ-Epoux qui arrive dans le monde et l’indiquer aux frères et sœurs comme Saint-Jean Baptiste l’a fait.

Lecture patristique

Origène (ca 185 – 253)
Homélies sur saint Luc, 22, 1-4

SC 67, 300-302.

Examinons comment l’avènement du Christ est proclamé, et d’abord ce qui est écrit au sujet de Jean: A travers le désert une voix crie: Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Ce qui suit concerne en propre le Seigneur notre Sauveur, car ce n’est pas par Jean Baptiste que tout ravin sera comblé, mais par le Seigneur notre Sauveur. Que chacun se considère soi-même, ce qu’il était avant de croire, et il découvrira qu’il a été une vallée basse, une vallée en pente rapide, plongeant vers les bas-fonds. Mais le Seigneur Jésus a envoyé l’Esprit Saint, son remplaçant. Alors toute vallée a été comblée, par les bonnes œuvres et les fruits de l’Esprit Saint.

La charité ne laisse pas subsister en vous de vallée, si bien que, si vous possédez la paix, la patience et la bonté, non seulement vous cesserez d’être vallée, mais vous commencerez à être montagne de Dieu. Nous voyons se produire et s’accomplir chaque jour pour les païens cette parole: Tout ravin sera comblé, et pour le peuple d’Israël, qui est tombé de si haut: Toute colline et toute montagne seront abaissées (Lc 3,4-5).

C’est à la faute des fils d’Israël que les païens doivent le salut: Dieu voulait les rendre jaloux (Rm 11,11). Si vous dites que ces montagnes et ces collines qui ont été abattues sont les puissances ennemies qui se dressaient contre les hommes, vous ne vous tromperez pas. En effet, pour que les vallées en question soient comblées, il faut que les puissances ennemies, montagnes et collines, soient abaissées.

Mais voyons si une autre prophétie s’est accomplie à l’avènement du Christ. Car le texte poursuit: Les passages tortueux deviennent droits. Chacun de nous était tortueux, du moins s’il l’était et ne le reste plus aujourd’hui, car, par l’avènement du Christ qui s’est réalisé pour notre âme, tout ce qui était tortueux a été redressé. A quoi peut-il nous se rvir en effet, que le Christ soit venu jadis dans la chair, s’il n’est pas venu aussi jusqu’à notre âme? Prions pour que son avènement s’accomplisse chaque jour en nous, et que nous puissions dire : Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20).

Donc Jésus mon Seigneur est venu; il a égalisé nos aspérités et converti en routes unies tout ce qui était chaotique, pour faire de nous un chemin sans danger de chute, un chemin facile et très pur, pour que Dieu le Père puisse progresser en nous et que le Seigneur Jésus Christ fasse en nous sa demeure et dise: Mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. (Jn 14,23).

Source : ZENIT.ORG, le 8 décembre 2023

Règne paradisiaque, par Mgr Francesco Follo

Règne paradisiaque, par Mgr Francesco Follo

Si nous regardons en suppliant le Christ en Croix et, si nous le reconnaissons comme Roi, nous serons sauvés comme cela est arrivé au bon larron

Rite Romain

XXXIV Dimanche du Temps ordinaire – Année A – Solennité de Notre Seigneur Jésus-Christ Roi de l’univers – 26 Novembre 2023

Ez 34,11-12.15-17 ; Ps 22 ; 1Cor 15,20-26.28 ; Mt 25,31-46

1) Le Christ, Roi en croix

Ce dimanche, dernier dimanche de l’année liturgique, célèbre Jésus Roi de l’univers. Le Christ-Roi dirige le monde de la croix et nous demande de participer à sa royauté, en nous agenouillant devant son trône d’Amour : la Croix, et devant nos frères, comme Lui, le Roi, se mit à genoux pour laver les pieds de ses apôtres.

 Au cours de l’année liturgique l’Eglise nous fait accomplir ce chemin de foi et de charité, qui embrasse l’histoire de la rédemption. Ce cheminement commence avec l’Avent, le temps de l’Attente de Dieu parmi nous, qui fleurit à Noël, apportant la grande et heureuse nouvelle que Dieu s’est vraiment fait un de nous. Puis arrive le temps de la conversion, au Carême, qui nous prépare à la sainte Paques et, 50 jours après, le début de la marche de l’Eglise avec la Pentecôte. Tout au long de ce ‘pèlerinage’ Dieu nous accompagne de Son Amour et de sa Grâce, encore faut-il que nous décidions de marcher avec Lui.

En ce dimanche qui clôture l’année liturgique et célèbre le Christ-Roi, réfléchissons ensemble au sens de cette solennité en méditant la scène du « Jugement dernier » (Mt25,31-46).  Cette page de l’évangile est celle qui révèle, précisément, le sens bouleversant de la royauté du Christ qui nous interpelle : avons-nous vraiment choisi de suivre ce Roi crucifié pour et par amour ?

Un Roi qui nous demande de faire le bien aux autres et ne demande rien pour lui. Au contraire, c’est lui-même qui a tout donner pour nous, en mourant sur la croix, en se sacrifiant pour nous. Un roi spécial, hors des canons de la royauté et des royaumes de cette terre, qui ont en vue d’assujettir les personnes et le monde à ses propres idées et positions. 

Un Roi dont le royaume se construit chaque jour grâce à l’œuvre de tous ceux qui croient en Jésus Christ et aux valeurs qu’Il a proclamées. La Préface de la solennité du Christ-Roi nous le rappelle en quelques mots : « Vous, Dieu, qui avez oint de l’huile d’allégresse votre Fils unique notre Seigneur Jésus-Christ, prêtre éternel et roi de l’univers, afin que s’offrant lui-même sur l’autel de la croix en victime immaculée et pacifique, il accomplisse le mystère de la rédemption de l’humanité, et qu’après avoir soumis à son pouvoir toutes les créatures, il remette à votre majesté infinie un royaume universel et éternel : royaume de vérité et de vie, royaume de sainteté et de grâce, royaume de justice, d’amour et de paix ».

Le Royaume de Dieu n’est donc pas une question d’honneurs et d’apparences. Il est « justice, amour et paix dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17). 

Pour bien comprendre cela, nous devons partir du trône du Christ qui est la Croix. Sur la croix élevée en haut du Golgotha, Jésus Christ manifeste sa royauté spéciale. Au Calvaire, deux attitudes opposées se font face. Des personnages aux pieds de la croix, mais également un des larrons en croix, s’adressent au Crucifié avec mépris, lui disent : « Si tu es le Christ, le Roi Messie, sauve-toi toi-même, descends de la croix ». Mais Jésus révèle sa propre royauté en restant sur la croix, comme Agneau immolé. Prend parti pour lui l’autre larron qui, implicitement, confesse la royauté du juste innocent et implore : « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » (Lc 23,42). Saint Ambroise de Milan commente : « Celui-ci priait que le Seigneur se souvienne de lui quand il viendrait dans son Royaume, mais le Seigneur lui répondit :  En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. La vie est d’être avec le Christ, car là où se trouve le Christ se trouve le Royaume » (Traité sur l’Evangile selon Luc, 10,121).

Nous aussi adressons nous au Christ humblement et Lui nous accueillera dans son Royaume de la vie éternelle. 

2) Prière et charité

Le Royaume où nous accueille le Christ, que le Rédempteur nous donne, n’est pas un lieu ou quelque chose mais lui-même. Il nous livre son cœur, sa parole, ses sentiments. Et en réponse il ne veut pas quelque chose que nous avons, mais tout ce que nous sommes. Peu importe si cette offrande nous la faisons comme la pauvre veuve qui mit dans le trésor du temps tout ce qu’elle avait, quelques pièces de monnaie, ou bien comme Zachée qui offrit la moitié de ses biens, l’important est d’imiter la Vierge Marie qui, joyeusement, s’offrit toute entière et devint sur terre le paradis du Fils du ciel. L’important est de vivre le don de soi à Dieu avec joie.

     Pour nous éduquer à ce don total nous devons vivre la charité en faisant la charité, en donnant aux plus petits. En donnant aux pauvres nous donnons à Dieu et Lui, reconnaissant, nous accueille avec eux. Il leur a dit : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; ’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? Tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ? Et le Roi leur répondra : Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 34 – 40).

A ce propos saint Augustin commente : « Que nul ne craigne de donner aux pauvres ; que nul ne s’imagine que la main qu’il voit est celle qui reçoit. Celui qui reçoit est celui qui t’a commandé de donner. Nous l’affirmons, non point d’après nos inspirations personnelles ni d’après d’humaines conjectures. Prête l’oreille au Sauveur lui-même ; voici ses conseils et les garanties qu’il te donne par écrit. « J’ai eu faim, dit-il, et vous m’avez donné à manger ; » et comme on lui répondait, après avoir entendu (376) l’énumération des services rendus : « Quand vous avons-nous vu souffrir de la faim ? » il poursuit « Chaque fois que vous avez fait quelque chose pour l’un de ces plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » Celui qui mendie est pauvre mais Celui qui reçoit est riche. Tu donnes à l’un pour manger, un autre accepte pour te rendre ; et il ne rendra pas ce qu’il reçoit : il veut emprunter à intérêt, il te promet plus que tu ne lui donnes. Montre maintenant ton avarice, considère-toi comme usurier. Si tu l’étais réellement, l’Eglise te réprimanderait, tu serais confondu par la parole de Dieu et tous tes frères t’auraient en horreur comme un usurier cruel qui cherche à s’enrichir des larmes d’autrui. Eh bien ! sois usurier ; personne ici ne t’en détourne. Au lieu de prêter à un pauvre qui pleurera lorsqu’il lui faudra payer ; donne à un Solvable qui va même jusqu’à te pousser à recevoir ce qu’il t’a promis » (Sermon 86,3).

Dans cette charité envers le prochain les vierges consacrées sont un exemple très important. En effet, ce qui se donne à Dieu, on ne l’enlève pas aux hommes, parce qu’on le consacre à Dieu purement, avec son amour, son cœur, ses pensées. La personne consacrée n’oublie pas et ne néglige pas ce monde et les hommes qui y luttent et souffrent. Le Dieu chrétien est un Amour qui ne reçoit pas, mais donne, ou mieux encore un Dieu qui reçoit non pas pour garder pour lui ce qu’il reçoit, mais pour le redonner encore plus grand. Donc ce qui se donne à Dieu se répand sur les hommes, enrichi de l’amour même de Dieu.  Ce n’est pas un amour appauvri, mais un amour rendu plus fort et donc plus contraignant et plus fécond. C’est la raison pour laquelle la grande majorité des œuvres de charité envers les pauvres ont été réalisées par des vierges, dont la dernière à être canonisée est sainte Thérèse de Calcutta, qui se fit missionnaire de la charité en se mettant au service des plus pauvres, parce que totalement donnée à Dieu.

Lecture patristique

Homélie attribuée à saint Hippolyte de Rome (+ 236)

Traité sur la fin du monde, 41-43, GCS I, 2, 305-307.

Comme le saint évangile l’affirme avec force, le Fils de l’homme rassemblera toutes les nations ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. Alors il dira à ceux qui sont à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde » (Mt 25,32-34). <>

Venez, vous qui avez aimé les pauvres et les étrangers. Venez, vous qui êtes restés fidèles à mon amour, car je suis l’amour. Venez, vous dont la paix a été la part d’élection, car je suis la paix. Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous.

Vous n’avez pas honoré la richesse, mais fait l’aumône aux pauvres. Vous avez secouru les orphelins, aidé les veuves, donné à boire à ceux qui avaient soif et à manger à ceux qui avaient faim. Vous avez accueilli les étrangers, habillé ceux qui étaient nus, visité les malades, réconforté les prisonniers, apporté votre aide aux aveugles. Vous avez gardé intact le sceau de la foi et vous avez été prompts à vous rassembler dans les églises. Vous avez écouté mes Ecritures et tant désiré entendre mes paroles. Vous avez observé ma loi le jour et la nuit et partagé mes souffrances comme de courageux soldats, pour trouver grâce devant moi, votre roi du ciel. Venez, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde.

Voici que mon Royaume est préparé et mon ciel ouvert. Voici que mon immortalité apparaît dans toute sa beauté. Venez tous, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde.

Alors les justes s’étonneront d’être invités à s’approcher comme des amis – ô merveille – de celui dont les troupes angéliques ne peuvent avoir une claire vision. Ils lui répondront d’une voix forte : Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? Tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ! Maître, tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais nu, et nous t’avons habillé, toi que nous révérons ? Toi l’immortel, quand t’avons-nous vu étranger, que nous t’ayons accueilli ? Toi qui aimes les hommes, quand t’avons-nous vu malade ou en prison, que nous soyons venus vers toi ! (Mt 25,37-39). Tu es l’Éternel. Avec le Père, tu es sans commencement, et tu es coéternel à l’Esprit. C’est toi qui as tout créé de rien, toi, le roi des anges, toi que redoutent les abîmes. Tu as pour manteau la lumière (Ps 103,2). C’est toi qui nous a faits et modelés avec de la terre, toi qui as créé les êtres invisibles. Toute la terre s’enfuit loin de ta face. Et comment avons-nous accueilli ta royauté et ta souveraineté ?

Alors le Roi des rois leur répondra : Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25,40). Chaque fois que vous avez accueilli et vêtu ces pauvres dont j’ai parlé, et que vous leur avez donné à manger et à boire, à eux qui sont mes membres, c’est à moi que vous l’avez fait. Mais venez dans le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Vous jouirez éternellement des biens de mon Père qui est aux cieux, et de l’Esprit très saint qui donne la vie.

Quelle langue pourra donc décrire de tels bienfaits ? Personne n’a vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, le coeur de l’homme n’a pas imaginé ce qui a été préparé pour ceux qui aiment Dieu (1Co 2,9).

Source : ZENIT.ORG, le 24 novembre 2023

Un paradoxe : le refus d’une invitation à noces, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

Un paradoxe : le refus d’une invitation à noces, par Mgr Francesco Follo

L’invitation du Seigneur est un appel à la joie vraie et durable

Avec le souhait de comprendre que l’invitation du Seigneur est un appel à la joie vraie et durable.

Rite Romain

XXVIIIème Dimanche du Temps ordinaire –  15 octobre 2023

Is 25, 6 -10 ; Ps 22; Phil 4,12-14.19-20; Mt 22,1-14

Dédicace de la Cathédrale de Milan, Eglise mère pour tous les fidèles ambrosiens

1) Les festivités humaines sont-elles suffisantes?

Comme la parabole des vignerons et celle des enfants invités à travailler à la vigne du Seigneur, la parabole d’aujourd’hui relate l’invitation du Roi à assister au banquet de mariage de son Fils. Elle nous révèle le grand désir du Père de nous avoir près de lui. Les dimanches précédents, nous ayons été invités à rester avec lui et à travailler pour lui comme « vignerons » à sa « vigne ». Aujourd’hui, Dieu nous adresse une invitation pour une fête qu’il donne, en participant à son banquet nuptial qui compare la foi à une véritable rencontre divine « conviviale ».

Étonnamment, cette invitation est rejetée par les premiers destinataires.

Pourquoi ce rejet se produit-il? quand il y a une fête humaine, tout le monde se dépêche d’y participer, et, lorsque la fête est « organisée » par Dieu, pourquoi il y a tant de personnes qui refusent l’invitation, comme en témoigne le fait que beaucoup de personnes ne vont pas à la messe, ne vont pas au banquet du dimanche où Christ se fait nourriture et boisson pour chacun de nous ? Malheureusement, beaucoup croient qu’ils n’ont pas besoin de cette table divine. Si nos yeux ne connaissent que la richesse matérielle dont le monde nous a habitué, ils ne peuvent pas voir que dans le « petit morceau de pain » et dans la « gorgée de vin » qui nous sont offerts, le Ciel est caché. Dieu se « cache » et Il se fait notre nourriture et notre boisson pour nous revêtir de sa propre divinité.

Dieu est généreux envers nous. Il nous offre son amitié, ses dons, sa joie, mais souvent nous n’accueillons pas ses paroles, nous montrons plus d’intérêt pour d’autres choses, nous mettons nos préoccupations matérielles, nos intérêts en premier lieu. L’invitation du roi rencontre même des réactions agressives.

Pourquoi avons-nous tant de mal à accueillir l’invitation à participer à un tel événement joyeux si important pour notre vie ? Pourquoi nous arrive-t-il même d’avoir une réaction hostile?

Par orgueil et parce que nous donnons la préférence à nos propres intérêts, comme le dit le Christ, en disant que les premiers invités ont refusé et « sont allés soit dans leurs propres champs, soit à leurs propres affaires ». Le pape François, lui-aussi, a rappelé dans une homélie d’il y a quelques mois: « Oublier le passé, ne pas accepter le présent, défigurer l’avenir: c’est ce que font les richesses et les soucis ». Il y a tant, trop, de personnes qui rejettent aujourd’hui l’invitation de Dieu. C’est l’histoire de l’orgueil, de l’autosuffisance humaine, qui ne peut que voir l’angle de son propre ego, éclairé par les lumières de l’éphémère et incapable d’ouvrir les yeux sur la grandeur du soleil qu’est le Royaume de Dieu.

  Donc, plus l’homme est attaché aux fêtes humaines, moins il est disposé à accueillir une invitation qui comporte l’abandon des fêtes qui ont la saveur donnée par les richesses terrestres pour aller à une fête qui a le goût du ciel. Voilà pourquoi le Christ dit: « Il est plus facile pour un chameau de passer à travers le trou d’une aiguille, qu’à un homme riche d’entrer dans le royaume des cieux » (Mt 19, 24) ? Le riche, en effet, croit qu’il peut combler l’abîme de son cœur avec des richesses matérielles. Le pauvre en esprit croit que Dieu donne la richesse qui dure et, dans sa pauvreté, Il est proche de Dieu. Le pauvre, dans son humilité, est proche du cœur de Dieu, au contraire, le riche dans son orgueil n’a confiance qu’en lui-même. L’esprit de ces pauvres de Dieu ouvre leurs mains vides pour non pas pour saisir ou serrer quelque chose ou quelqu’un, mais donner et recevoir la bonté de Dieu qui donne.

Les mendiants de Dieu, ceux qui n’ont rien ou ne sont pas attachés aux biens matériels et, comme les saints, n’ont pas peur de montrer leur pauvreté d’esprit, c’est-à-dire un cœur ouvert à Dieu et véritable gardien de la terre. Ces pauvres sont ravis de pouvoir participer au banquet du Roi et « courent » à la fête pour répondre à son invitation.

2) La condition d’assister à la fête: porter le vêtement de noce.

Dieu ne freine pas sa générosité. Il n’est pas découragé per le refus des premiers invités, et envoie ses serviteurs pour convier beaucoup d’autres personnes que l’esprit humain pense indécents : les pauvres et les malheureux. Tout le monde peut entrer, mais, dans la parabole d’aujourd’hui, il y a une condition que Jésus pose et il la pose à nous aussi qui croyons en Lui.  Il exige le vêtement de nocequi est la charité, l’amour. « Nous sommes tous invités à partager en convives le festin de noce avec le Seigneur, à entrer avec la foi à son banquet, mais nous devons porter et garder le vêtement de noce, la charité, vivre un amour profond pour Dieu et pour le prochain » (Pape François). 

Et ceci est dans le sillage de l’enseignement de saint Grégoire le Grand qui disait : « Chacun de vous, donc, qui dans l’Église a foi en Dieu a déjà participé au banquet de noce, mais il ne peut pas dire qu’il a le vêtement de noce si elle ne garde pas la grâce de la Charité » (Homélie 38,9: PL 76,1287). Et ce vêtement est symboliquement ‘tissé’ de deux bois, l’un en haut et l’autre en bas: l’amour de Dieu et l’amour du prochain (cf. ibid., 10: PL 76, 1288). Nous sommes tous invités à être des invités qui mangeons avec le Seigneur, à aller avec la foi à son banquet, mais nous devons porter et garder le vêtement de noce : la charité qui est la mesure de notre foi. Nous ne pouvons pas nous séparer de la prière, la rencontre avec Dieu dans les Sacrements, de la proximité de la vie de notre prochain et, surtout, de ses blessures.

Mais pourquoi le Christ parle-t-il du vêtement de noce ? Parce que selon l’usage en vigueur en Israël pendant la vie terrestre de Jésus, l’Epoux donne aux invités le « kittel », un vêtement spécial à porter pour son mariage. Il suffit donc que les invités le portent, en le prenant avant d’entrer dans la salle de fête.

Celui qui arrive à l’entrée de salle du banquet reçoit ce manteau blanc, un habit de fête donné gratuitement qui indique que l’invité a librement répondu « oui » à l’invitation du roi. Aussi il suffit d’accepter le vêtement de noce et le porter. Il ne doit être ni mérité ni acheté.

L’interprétation spirituelle de ce cadeau est que, si nous voulons participer à la fête, nous devons revêtir un vêtement tissé de « sentiments de pitié, de bonté, d’humilité, d’humilité et de patience ». Seulement si nous avons la charité de Dieu, nous pouvons entrer chez lui et vivre en communion avec lui.

Comme le mariage, même la consécration virginale est une alliance et une fête nuptiale, mais faite avec Dieu d’une manière exclusive et absolue, sans la médiation d’une autre personne. C’est pour cette raison qu’il s’agit de prémices de vie céleste primordiale parce que la consacrée appartient déjà au monde futur et elle est « signe eschatologique », une indication du but vers lequel l’humanité entière rachetée par le Christ est en chemin.

Elle est en fait l’épouse qu’Il attire à Lui, en l’unissant par un lien d’amour éternel. Aux vierges consacrées est donné de vivre une anticipation des noces éternelles déjà dans la vie terrestre, et, d’une certaine manière, d’être dans le temps, ce que tout le monde est appelé à devenir dans l’éternité.

La grâce du mariage rend sacrée la « vie ordinaire ». En transfigurant l’amour humain, elle l’oriente vers une fin surnaturelle et l’ouvre à une dimension interpersonnelle qui le libère de ce qui pourrait être une recherche égoïste du plaisir personnel, instinctif et passionnel.

La vie consacrée est un charisme « exceptionnel », au sens où elle est comme un pas en avant, comme une prise de possession d’une réalité qui, dans la norme, est encore et seulement une promesse. Il ne s’agit pas, cependant, d’un privilège qui provoque des différences, mais d’un appel qui engage à être davantage, mais exclusivement, donnés à Dieu et, par conséquent, au prochain.

En outre, la vierge consacrée joue également le rôle de mettre en évidence la valeur de l’amour des noces humaines. En fait, bien que ces noces-là aient une fin terrestre bien définie, elles t ordonnées dernièrement aux noces divines, pour une fête sans fin

Parmi les dons de l’Esprit à la sainte Église de Dieu, il faut reconnaître l’Ordo Virginum:

« C’est une cause de joie et d’espoir de voir que l’ancien Ordre des Vierges vient à nouveau à fleurir aujourd’hui comme témoigné dans les communautés chrétiennes depuis les temps apostoliques. Consacrées par l’évêque diocésain, ces femmes acquièrent un lien particulier avec l’Eglise, au service de laquelle elle se consacrent : tout en restant dans le monde, elles constituent une image eschatologique spéciale de l’Epouse céleste et de la vie future, lorsqu’enfin l’Église vivra en plénitude l’amour pour le Christ l’Époux » (Saint Jean-Paul II, Exhortation apostolique Vita consecrata, n. 7, 25 mars 1996).

« La chasteté pour le Royaume des Cieux (cf. Mt 19,12) libère le cœur humain d’une manière spéciale, afin de le rendre de plus en plus allumé de charité pour Dieu et pour tous les hommes » (Concile Vatican II, Décret Perfectae caritatis, n. 12).

Lecture patristique
Saint Augustin  d’Hippone (354 – 430)
Sermon 90, 1 5-6

PL 38, 559 561-562

Tous les fidèles connaissent les noces du fils du roi, et le banquet qui les suivit. Ils savent que le Seigneur les invite tous, s’ils le veulent, à sa table somptueuse. 

Le roi entra pour voir les convives. Il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce, et lui dit: « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noce? » L’autre garda le silence (Mt 22,11-12).

Que signifie donc cette parabole?  Mes frères, tâchons de trouver ce qui appartient à certains fidèles et qui manque aux méchants: c’est précisément cela qui sera le vêtement de noce. Seraient-ce les sacrements? Vous pouvez voir qu’ils sont communs aux méchants et aux bons. Serait-ce le baptême? Personne, il est vrai, n’arrive à Dieu sans le baptême, mais tous ceux qui le reçoivent n’arrivent pas jusqu’à Dieu. Je ne puis donc penser que le baptême, j’entends le sacrement seul, soit le vêtement de noce, car je vois qu’il est porté par les méchants comme par les bons. Serait-ce l’autel, ou ce que nous recevons à l’autel? Nous voyons que beaucoup viennent y prendre leur nourriture, et pourtant ils mangent et boivent leur condamnation. Qu’est-ce donc? Le jeûne? Les méchants jeûnent aussi. La fréquentation de l’église? Les méchants y vont aussi.

Dès lors, quel est ce vêtement de noce? Voici ce que l’Apôtre nous en dit: Le but de cette prescription, c’est l’amour qui vient d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère (1Tm 1,5). Tel est le vêtement de noce. Il n’est pas n’importe quel amour, car on voit très souvent des hommes malhonnêtes en aimer d’autres, malhonnêtes comme eux, mais on ne trouve pas chez eux l’amour qui vient d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère. Cet amour, c’est le vêtement de noce.

J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, dit l’Apôtre, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J’aurais beau être prophète, connaître tous les mystères et toute la science, et avoir la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien (1Co 13,1-2).  J’aurais beau avoir tout cela, dit-il, sans le Christ je ne suis rien. Donc, la prophétie n’est-elle rien? Et la science des mystères n’est-elle rien? Si, elles ont de la valeur; mais quand bien même je les posséderais, sans l’amour je ne suis rien.

Que de biens sont inutiles, si un seul bien vient à manquer! Si je n’ai pas l’amour, j’aurais beau confesser le nom du Christ jusqu’à verser mon sang, jusqu’à livrer mon corps aux flammes, cela ne servirait à rien, puisque je puis agir ainsi par amour de la gloire. Il peut donc arriver, en effet, que ces œuvres soient privées de l’amour et de la piété, qui les auraient rendues fécondes, et qu’elles soient frappées de stérilité par le désir de la gloire. Aussi l’Apôtre les mentionne-t-il avec les autres. Ecoute ce qu’il en dit: J’aurais beau distribuer toute ma fortune en aumônes, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne sert à rien (1Co 13,3).

Voilà le vêtement de noce. Examinez-vous: si vous l’avez, vous prendrez place avec confiance au banquet du Seigneur.

Source : ZENIT.ORG, le 12 octobre 2023

La conversion du cœur, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

La conversion du cœur, par Mgr Francesco Follo

Un cœur repenti s’ouvre au divin amour infini

Avec le souhait de comprendre qu’un cœur repenti s’ouvre au divin amour infini et qu’il accueille l’invitation à travailler à la vigne du Père

Rite Romain

XXVIe dimanche du Temps Ordinaire – 1er octobre 2023

Ez 18, 25-28; Ps 24; Ph 2, 1-11; Mt 21, 28-32

1°) De la nécessité de la conversion

Aujourd’hui encore le Christ nous parle de la vigne du Seigneur qui dans la Bible désigne le peuple de Dieu.

Tout d’abord, l’image de la vigne exprime l’attention, c’est à dire l’amour de Dieu pour son peuple. Toute l’histoire de l’Ancienne Alliance nous parle d’un Dieu bienveillant, rempli de sollicitude et de miséricorde, qui partage les joies et les souffrances de son peuple. C’est l’histoire d’un Dieu qui est présence salvifique. Tout particulièrement dans le mystère de l’Incarnation de Jésus, dans les paroles et les œuvres du Christ, dans sa mort et sa résurrection, il se révèle comme le Dieu avec nous, le Dieu pour nous, à la fois notre salut et notre rédemption.

Ensuite, l’image de la vigne rappelle la nécessité pour l’homme de collaborer à la vigne de Dieu. C’est pour cela que dans l’Évangile de dimanche dernier, le Christ a enseigné que la vigne est le lieu où nous sommes tous invités à travailler et à être compagnon de journée pour prendre soin du peuple de Dieu. « En travaillant dans cette vigne, nous préparons le vin de la miséricorde divine à verser sur les blessures de toutes les personnes éprouvées » Saint Grégoire le Grand. Aujourd’hui le Christ précise que cette collaboration n’est pas offerte à des ouvriers qui sont étrangers à la maison du Père mais aux propres enfants du Père. L’un d’eux dit oui au Père qui l’invite à aller travailler dans la vigne familiale, mais ensuite il n’y va pas, l’autre dit non mais ensuite il y va parce qu’il s’est repenti, parce que son cœur s’est ouvert. Ce changement lui permet d’observer le commandement du Père. C’est une obéissance qui le met sur le chemin d’une vie bonne: le chemin du cœur unifié.

Prions donc le Seigneur pour qu’il conserve notre cœur unifié (cf Ps 86, 11), cherchons-le d’un cœur simple sans arrière-pensée.

En priant et en agissant dans une obéissance faite d’amour, donnons-nous nous-même la vie et soyons les premiers à en tirer profit, en gagnant un cœur immense qui fait la volonté vivifiante du Père et d’où jaillit la vie (Cf Pr 4, 23). La volonté du Père n’est pas d’avoir une maison où travaillent des serviteurs contraints d’obéir mais une maison habitée par des fils libres et mûrs dans l’amour, remplis de zèle et donc collaborateurs du Père pour la maturation du monde et pour la fécondité de la terre.

La différence entre le fils qui se comporte comme un serviteur rebelle et le fils qui reconnaît l’amour du Père n’est pas tant dans le fait d’avoir dit oui ou non au Père mais dans ce qui se passe effectivement dans leur cœur: l’un ne se repent pas, l’autre oui et il se convertit en allant travailler dans la vigne du Père « avec des mains qui sont le paysage du cœur »(Saint Jean Paul II).

C’est pour cela que nous devons nous repentir c’est à dire nous convertir comme nous le rappelle la première lecture d’aujourd’hui où nous lisons : « Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Il a ouvert les yeux et s’est détourné de ses crimes. C’est certain, il vivra, il ne mourra pas » (Ez 18, 28).

Le verbe grec qui dans l’Évangile d’aujourd’hui est traduit par « s’étant repenti », signifie « ayant changé son cœur ». En effet la repentance que le fils obéissant a expérimenté dans son existence ne se limite pas sur un plan moral à une conversion de l’immoralité à la moralité, ni sur un plan intellectuel à un changement de sa façon de comprendre la réalité : il s’agit plutôt d’un renouvellement radical de son cœur, semblable par de nombreux aspects à une renaissance : il renaît en prenant conscience de son statut de fils et non de serviteur.

Il nous arrivera la même expérience si nous éprouvons de la douleur devant notre péché et si nous accueillons la grâce de l’amour de Dieu. Si nous offrons à Dieu notre douleur, Il nous maintiendra dans son amour et nous pourrons travailler joyeusement à sa vigne.

2°) La double signification de la vigne.

Dieu est un Père non un patron. Dieu nous aime et nous invite à travailler à sa vigne selon sa volonté d’amour bienveillant qui veut que tous ses enfants soient sauvés, qu’ils vivent dans la paix et la communion fraternelle et qu’ils travaillent pour améliorer le monde.

C’est comme cela que nous pouvons affirmer que le mot « vigne » a deux significations. « Elle signifie tout le monde créé par Dieu pour l’homme : pour chaque homme et pour tous les hommes. Et en même temps elle signifie cette petite parcelle du monde, ce « fragment », qui est le devoir concret de chaque homme. Dans ce second sens, la vigne est à la fois en nous et en dehors de nous. Nous devons la cultiver en améliorant le monde et en nous améliorant nous même. Ou plutôt, l’un dépend de l’autre : je rends le monde meilleur dans la mesure où je me rends moi-même meilleur. Dans le cas contraire, je ne suis qu’un technicien du développement du monde et non l’ouvrier de la vigne (Saint Jean Paul II). »

Dans ce sens-là, la « vigne » à laquelle je suis envoyé, comme le furent aussi les deux fils de l’évangile d’aujourd’hui, doit devenir le lieu de mon travail pour le monde et de mon travail sur moi-même.

S’il est juste de dire que la « vigne » signifie aussi notre monde intérieur, il est tout aussi juste d’affirmer que nous devons travailler la vigne de notre cœur pour accueillir Jésus Christ.

Le travail de la vigne intérieure est difficile parce qu’il demande de renoncer à soi-même. Et il n’est pas étonnant qu’un fils, appelé à y travailler, dise : « Non, je n’irai pas ». Cependant le travail de la vigne intérieure est indispensable. Autrement l’homme introduit le péché en ce monde qui a été créé pour lui, il introduit le mal. Et ainsi, dans la vigne intérieure s’élargit le cercle du péché, les structures du péché augmentent en puissance. L’atmosphère du monde dans lequel nous vivons devient moralement toujours plus empoisonné. On ne peut pas se déclarer vaincu devant cette destruction de l’environnement humain par le péché. Il est nécessaire de s’y opposer.

Alors, pourrait-on se demander : « Comment peut-on s’opposer au péché et se consacrer à cette vigne intérieure ? » En vivant dans la « Grâce ». En s’engageant à être toujours partie prenante de la vie divine greffée en nous par le Baptême. Vivre dans la Grâce c’est une dignité suprême, une joie ineffable, c’est une garantie de paix, un idéal merveilleux et ce doit être aussi la logique préoccupation de celui qui se dit disciple du Christ.

Une manière exemplaire de vivre la vie dans la Grâce est celle des Vierges consacrées qui se donnent entièrement au Christ : « Je suis la vigne ; vous les sarments, dit le Seigneur. Celui  qui demeure en moi porte beaucoup de fruits » (Jn 15, 5). Elles cultivent la « vigne de leur cœur » en donnant le primat à l’amour de Dieu sur toutes les autres valeurs ; en vivant dans une totale disponibilité à l’écoute du Verbe dans la louange divine ; en offrant une existence qui devient service d’amour ; une réalisation exemplaire de ce que doit être l’entière communauté chrétienne au service du monde.

Enfin elles témoignent que le salaire de leur journée de travail est bien de l’argent mais que cet argent est le Christ qui se donne totalement à chacun de nous, même quand nous sommes appelés à la 11ème heure.

En conclusion de notre réflexion et comme prière commune que nous élevons à Dieu, disons avec foi : « O Père, toujours prêt à accueillir les publicains et les pécheurs à peine sont-ils disposés à se repentir dans leur cœur, tu promets la vie et le salut à tout homme qui renonce à l’injustice : que ton Esprit nous rende docile à ta parole et nous donne les sentiments mêmes du Christ » (Collecte du XXVIème dimanche du Temps ordinaire, Année A).  

Lecture Patristique

Clément d’Alexandrie ( 150 – 215)
Homélie « Quel riche sera sauvé? », 39-40

GCS 3, 185-187

Les portes sont ouvertes à quiconque se tourne sincèrement vers Dieu, de tout son coeur, et le Père reçoit avec joie un fils qui se repent vraiment. C’est le signe d’un repentir véritable que de ne plus retomber dans les mêmes fautes, mais aussi d’extirper complètement de ton âme les péchés pour lesquels tu te juges digne de mort. Une fois qu’ils auront été effacés, Dieu reviendra donc habiter en toi. Car, comme dit l’Écriture, un pécheur qui se convertit et se repent procurera au Père et aux anges du ciel une joie immense et incomparable (cf. Lc 15,10). Voilà pourquoi le Seigneur s’est écrié: C’est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice (Os 6,6 Mt 9,13; 12,7); je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse (Ez 33,11); si vos péchés sont comme la laine écarlate, ils deviendront blancs comme la neige; s’ils sont plus noirs que la nuit, je les laverai, si bien qu’ils deviendront comme la laine blanche (Is 1,18).

Dieu seul, en effet, peut remettre les péchés et ne pas imputer les fautes, alors que le Seigneur nous exhorte à pardonner chaque jour aux frères qui se repentent. Et si nous, qui sommes mauvais, savons donner de bonnes choses aux autres (cf. Mt 7,11), combien plus le Père plein de tendresse (2Co 1,3) le fera-t-il? Le Père de toute consolation, qui est bon, plein de compassion, de miséricorde et de patience par nature, attend ceux qui se convertissent. Or, la conversion véritable suppose que l’on cesse de pécher et que l’on ne regarde plus en arrière.

Dieu accorde donc la rémission des fautes passées, tandis que, pour ce qui concerne le futur, chacun est responsable de ses propres actes. Se repentir, c’est condamner ses fautes passées et prier le Père pour qu’il les oublie. Lui seul peut, dans sa miséricorde, défaire ce qui a été fait et, par la rosée de l’Esprit, effacer les fautes passées.

Si tu es voleur et veux recevoir le pardon, cesse de voler. Si tu as dérobé un objet, restitue-le avec un supplément. As-tu fait un faux témoignage? Exerce-toi à dire la vérité. As-tu été parjure? Ne fais plus de serment. Tu dois aussi refréner les autres passions mauvaises: la colère, la convoitise, la tristesse et la crainte. Les passions que tu as laissé grandir en toi, tu ne pourras sans doute pas les supprimer d’un seul coup. Mais, moyennant un vrai repentir et une application constante, tu y parviendras avec la puissance de Dieu, la prière des hommes et l’aide de tes frères.

Source : ZENIT.ORG, le 29 septembre 2023

UNE EXPÉRIENCE DE VIE, PAR MGR FRANCESCO FOLLO

Transfiguration, mosaïque, Monastère Sainte-Catherine, Sinaï ©æ cetad.catholique.fr
Transfiguration, Mosaïque, Monastère Sainte-Catherine, Sinaï ©Æ Cetad.catholique.fr

UNE EXPÉRIENCE DE VIE, PAR MGR FRANCESCO FOLLO

La Transfiguration pour l’Exode de la Lumière

Méditation par Mgr Francesco Follo

1) La transfiguration du Christ 

Dimanche dernier, la liturgie du carême nous a fait revivre le mystère des 3 tentations du Christ dans le désert et de sa victoire.

En ce 2ème dimanche de Carême, il nous est demandé de comprendre que revivre le mystère de la vie du Christ par la conversion, c’est à dire en s’unissant au Rédempteur, nouveau Moïse, est un exode de libération. C’est une sorte de « voyage-retour » de l’exil en Egypte à la Terre Sainte. Un « voyage-retour », plus spirituel que physique qui va de l’exil du mensonge et du mal, causé par le pêché, à la vérité et à la bonté de la Maison du Père, prodigue en miséricorde.

Dans l’épisode de la Transfiguration, Jésus est présenté comme le nouveau Moïse qui rencontre Dieu « sur une haute montagne » (Mt 17,1) avec le visage qui « resplendit comme le soleil » (Mt 17, 2) dans une « nuée lumineuse » (Mt 17, 5).

Même Moïse rencontre Dieu dans une nuée sur le Mont Sinaï (v. Ex24, 15-18), le visage rayonnant (v. Ex 34, 29-35).

Moïse était l’instrument et le collaborateur de Dieu dans la libération du peuple juif. Jésus-Christ ne se limite pas à libérer mais en plus il transfigure le peuple des repentis (ou rachetés).

Dans l’histoire du christianisme occidental, on pense plus souvent au Salut en termes de libération que de transfiguration. En réalité, la libération portée par Jésus se réalise vraiment seulement dans la transfiguration.

Jésus laisse l’être humain à ses faiblesses, ses souffrances, sa solitude et à sa mort, mais il transfigure tout cela en le prenant sur lui-même. Et en faisant de la condition humaine la plus pauvre le symbole même de la proximité de Dieu avec le monde.

Sur le Mont Tabor Jésus se transfigure : les vêtements blancs et le visage rayonnant du Fils de Dieu nous indiquent que Jésus, même s’il marche vers la Croix, est en réalité le Seigneur, le Ressuscité.

La « Via Crucis » que Jésus parcourt cache derrière elle un sens de Pâques car il s’agit en réalité d’une « Via Lucis ».

La Transfiguration que nous célébrons aujourd’hui c’est une avance généreuse mais fugace : il reste encore à parcourir le chemin de la Croix.

A cette occasion en effet les apôtres Pierre, Jacques et Jean sont appelés à voir à l’avance la gloire de Dieu, ce qui leur permettra de tenir devant le drame de la faiblesse du Christ emprisonné dans le Gethsémani et crucifié sur le Mont du Calvaire.

La gloire du Fils Unique de Dieu, l’Aimé du Père, avait été comme voilée, cachée dans le mystère de son incarnation. Le Christ n’a pas considéré sa condition d’égalité avec le Père comme un trésor à entretenir, mais il s’est lui-même humilié (v. Phil 2). Dans la Transfiguration, cette gloire investit avec toute sa vigueur l’humble humanité du Christ et la comble de la splendeur de sa divinité. En dévoilant son visage rayonnant comme le soleil, plein de grâce et de vérité, aux trois disciples « privilégiés », Jésus les prépare au drame de la mort qui anticipe la résurrection.

Le fait de la Transfiguration, qui dévoile l’identité de Jésus et le résultat final et positif de son chemin, n’est pas seulement le moyen pour faire face à la passion et à la mort du Salvateur. Ce fait révèle aussi l’identité du disciple et le chemin que doit parcourir celui qui veut suivre le Christ. Même le chemin du disciple vise la croix et la résurrection.

La parole de Dieu d’aujourd’hui nous amène dans une nouvelle dimension de notre participation au mystère du Christ : le fait de revivre le mystère du Christ nous amène à renier nous-mêmes, notre égoïsme, mais aussi à être transfigurés dans le Christ et comme le Christ.

En ce dimanche, deuxième étape du chemin de pénitence, l’Evangile nous révèle le mystère de la transfiguration du Christ ainsi que de notre propre transfiguration. En effet, la Transfiguration est un événement qui nous concerne tous : non seulement parce que nous devons assister à la Gloire du Fils de Dieu ressuscité de la mort mais aussi parce que nous sommes « un seul » avec le Christ. Et sa gloire nous investit tous, en transformant notre corps, notre âme et surtout notre esprit.

A raison, la théologie orthodoxe enseigne qu’avec la Transfiguration rien ne change dans le Christ. Ce qui change est le regard des apôtres qui voient enfin celui que le Christ a toujours été : le Fils de Dieu.

Aujourd’hui l’Église, en célébrant le mystère de la Transfiguration du Seigneur, nous montre le but de notre chemin de pénitence. Par la Transfiguration en effet « on trouve un fondement à l’espoir de la Sainte Eglise, pour faire en sorte que le corps du Christ entier puisse connaître la transformation qu’il lui serait donnée, et les membres puissent être sûrs de participer de la même beauté qui avait brillé dans le visage » (S. Léon le Grand, Sermon, 38,3.4).

2) La Transfiguration de nous tous : nous participons de la beauté du Christ

Cela soulève une question : « Comment pouvons-nous nous transfigurer comme le Christ et faire rayonner en nous sa beauté ? ». La réponse nous est donnée par Saint Paul dans la deuxième lecture de ce Dimanche. L’Apôtre des Nations nous apprend que notre transfiguration dans le Christ est possible « en vertu du pouvoir qu’il a d’assujettir toutes les choses ». Le Christ exerce sur chacun d’entre nous le pouvoir qu’il possède de nous faire à sa forme en nous renvoyant le Saint-Esprit. Celui-ci est la force intime qui, habitant en nous, nous transfigure dans le Christ. Nous invoquons le Saint-Esprit pour qu’il remplisse nos cœurs et éloigne de nous tout ce qui nous empêche d’être pleinement transfigurés dans le Christ.

Il ne faut pas oublier que notre correspondance, c’est-à-dire le consentement de notre liberté à l’acte transfigurant, est nécessaire. Comme le disait déjà Saint Augustin : « Celui qui t’a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi ».

Il ne faut pas oublier non plus de contempler le « grand sacrement », c’est-à-dire celui de Jésus Christ notre Seigneur qui se transfigure, alors qu’il est défiguré pendant la passion. Jésus Christ est le « grand sacrement » pas seulement car il donne le salut, mais parce-que, premièrement, il est la splendeur du Père dans notre humanité.

Ensuite nous contemplons la beauté rayonnante du Christ avec un regard spirituel, en analysant ce verset de Saint Jean de la Croix : « allons-nous voir en ta beauté ». C’est ainsi que ce Saint explique son verset : « Si vous me changez en votre beauté, je vous verrai en votre beauté, et vous me verrez aussi en votre beauté; vous vous verrez vous-mêmes en moi dans votre beauté, et je me verrai moi-même en vous dans votre beauté : de cette sorte il semblera que dans votre beauté je serai vous-même, et que vous serez moi-même; il semblera que votre beauté sera la mienne, et que la mienne sera la vôtre ; et que dans votre beauté je serai une même chose avec vous, et que vous serez une même chose avec moi » (Jean de la Croix, Cantique Spirituel, 35/3).

3) Transfigurées par l’amour

Jésus est « le plus beau fils de l’homme » (Ps 44,3), mais il est aussi, mystérieusement, celui qui « n’avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards » (Ex 53,2).

Pourquoi est-il raisonnable de regarder le Christ crucifié ? Car la Croix nous montre que la vraie beauté est l’amour de Dieu qui « sait transfigurer même le mystère obscur de la mort dans la lumière irradiante de la résurrection » (Pope émérite Benoît XVI). Pour accéder à la vie éternelle il faut donc écouter Jésus et le suivre sur le chemin de la croix.

L’écouter comme l’écouta la Vierge Marie, qui a offert sa chair à la Parole de Dieu.

Suivant l’exemple de la Mère du Rédempteur, les vierges consacrées dans le monde disent oui à Dieu en offrant leur corps comme un temple pur, comme abris pour l’Epoux Jésus et « sa (du Christ) pleine adhésion à la volonté du Père rend son humanité transparente à la gloire de Dieu, qui est Amour que tout transfigure » (Pape François). Le rituel de consécration des vierges ajoute aussi à travers la prière de l’Evêque n°11 : « Dieu qui as inspiré à nos sœurs le désir de garder la virginité, daigne achever en elles ton œuvre (de Transfiguration). Pour que leur offrande soit parfaite, donne leur de rester fidèles jusqu’au bout. » Ces vierges nous servent d’exemple dans l’écoute de la Parole de Dieu, gardée dans la Bible. La vie de ces femmes est aussi un témoignage de comment on peut écouter de Dieu dans les faits de la vie et essayer de lire en ceux-là le dessin de la Providence. Elles démontrent que leur amour virginal au Christ ne les éloigne pas du monde, mais les encourage à L’écouter parmi les frères et les sœurs en humanité, en particulier parmi les enfants et les pauvres que Jésus demande aux chrétiens d’aimer concrètement.

En conclusion, ces vierges nous montrent qu’écouter le Christ et suivre sa voix d’Epoux est la voie royale, la seule, qui conduit à la plénitude de l’amour. Amour qui transfigure et rend heureux pour toujours.

Lecture Patristique

Saint Léon le Grand (+ 461)

Sermon 51, 3-4

CCL 138 A, 290-300

Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu’il a choisis, et il éclaire d’une telle splendeur cette forme corporelle qu’il a en commun avec les autres hommes que son visage a l’éclat du soleil et que ses vêtements sont aussi blancs que la neige.

Par cette transfiguration il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la splendeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa Passion volontaire ne bouleversent leur foi.

Mais, il ne prévoyait pas moins de fonder l’espérance de l’Église, en faisant découvrir à tout le Corps du Christ quelle transformation lui serait accordée ; ses membres se promettraient de partager l’honneur qui avait resplendi dans leur chef.

Le Seigneur lui-même avait déclaré à ce sujet, lorsqu’il parlait de la majesté de son avènement : Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père (Mt 13,43). Et l’apôtre saint Paul atteste lui aussi : J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que le Seigneur va bientôt révéler en nous (Rm 8,18). Et encore: Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ qui est votre vie, alors, vous aussi vous paraîtrez avec lui en pleine gloire (Col 3,3-4).

Cependant, pour confirmer les Apôtres et les introduire dans une complète connaissance, un autre enseignement s’est ajouté à ce miracle. En effet, Moïse et Élie, c’est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent en train de s’entretenir avec le Seigneur. Ainsi, par la réunion de ces cinq hommes s’accomplirait de façon certaine la prescription : Toute parole est garantie par la présence de deux ou trois témoins (Dt 19,15).

Qu’y a-t-il donc de mieux établi, de plus solide que cette parole ? La trompette de l’Ancien Testament et celle du Nouveau s’accordent à la proclamer; et tout ce qui en a témoigné jadis s’accorde avec l’enseignement de l’Évangile.

Les écrits de l’une et l’autre Alliance, en effet, se garantissent mutuellement ; celui que les signes préfiguratifs avaient promis sous le voile des mystères est montré comme manifeste et évident par la splendeur de la gloire présente. Comme l’a dit saint Jean, en effet : Après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ (Jn 1,17). En lui s’est accomplie la promesse des figures prophétiques comme la valeur des préceptes de la Loi, puisque sa présence enseigne la vérité de la prophétie, et que sa grâce rend praticables les commandements.

Que la foi de tous s’affermisse avec la prédication de l’Évangile, et que personne n’ait honte de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.

Que personne donc ne craigne de souffrir pour la justice, ni ne mette en doute la récompense promise ; car c’est par le labeur qu’on parvient au repos, par la mort qu’on parvient à la vie. Puisque le Christ a accepté toute la faiblesse de notre pauvreté, si nous persévérons à le confesser et à l’aimer, nous sommes vainqueurs de ce qu’il a vaincu et nous recevons ce qu’il a promis. Qu’il s’agisse de pratiquer les commandements ou de supporter l’adversité, la voix du Père que nous avons entendue tout à l’heure doit retentir sans cesse à nos oreilles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour; écoutez-le! (Mt 17,5).

Source : ZENIT, le 5 mars 2023

La loi et son accomplissement : l’amour, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

La loi et son accomplissement : l’amour, par Mgr Francesco Follo

Méditation pour le 6e dimanche du Temps Ordinaire

1) L’amour est l’accomplissement de la loi.

Au début de la messe de ce VIème dimanche du temps ordinaire (Année A), le prêtre prononce cette prière: « O Dieu, toi qui révèles la plénitude de la loi à travers la justice nouvelle fondée sur l’amour, fais en sorte que le peuple chrétien, rassemblé pour t’offrir le sacrifice parfait, soit cohérent avec les exigences de l’Évangile et devienne pour tout homme signe de réconciliation et de paix » (Collecte, VIème dimanche de l’année A).

Avec cette prière qui résume bien la Liturgie de la Parole d’aujourd’hui, l’Église nous invite à prier pour que la loi évangélique de l’amour guide le penser et l’agir de l’homme, c’est à dire de chacun d’entre nous. Quand manque l’amour, tout devient difficile, lourd, souvent inacceptable et il n’y a pas de règle humaine qui puisse tenir devant celui qui n’aime pas et qui ne sent pas dans son cœur la voix de Dieu qui est amour. Pour cela, la liturgie nous fait prier cette collecte que l’on peut utiliser tous les ans: « O Dieu, toi qui veux habiter les cœurs droits et sincères, donne-nous de vivre selon ta grâce, alors tu pourras venir en nous pour y faire ta demeure[1] ».

En effet dans l’Évangile d’aujourd’hui, le Christ ne nous offre pas simplement des règles mises à jour ou améliorées parce que plus complètes. En disant: « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes; je ne suis pas venu abolir mais accomplir » (Mt 7, 17), Jésus affirme vouloir accomplir la Loi et les Prophètes[2]. Le Rédempteur accomplit pleinement la loi parce qu’en l’observant, il l’accomplit et parce qu’en indiquant l’amour comme fondement de la loi, il la complète : tout est accompli dans l’amour.

N’oublions pas que tous les commandements sont l’expression de l’amour de Dieu et la source de l’amour entre nous. Ils sont les piliers fondamentaux de la vie, qui permettent de construire son chemin vers le ciel, comme par exemple nous le rappelle le Siracide qui enseigne: « Si tu le veux, tu peux observer les commandements de Dieu, ils te protégeront; si tu as confiance en Lui, toi aussi tu vivras. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu: étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une et l’autre leur est donnée selon leur choix. Car la sagesse du Seigneur est grande, fort est son pouvoir et il voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes. Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher » (Si 15, 16-21 – 2ème lecture de la messe d’aujourd’hui).

Il est important de rappeler que la Loi (la Torah remise à Moise) est déjà avant tout un don que Dieu a fait à son peuple dans le but de faire connaître sa volonté salvifique. Une illustration de cette pensée peut se trouver dans le long psaume 118 (119) où l’on chante les louanges de la loi et qui nous fait prier ainsi : « Sois bon pour ton serviteur et je vivrai, j’observerai ta parole. Ouvre mes yeux : je regarderai les merveilles de ta loi. Fais-moi comprendre et que je garde ta loi, que je l’observe de tout cœur » (Ps 118, 17-18, 34-36).

Aujourd’hui, avec la nouvelle Loi, Jésus, nouveau Moise, nous donne des commandements qui nous enseignent à construire notre vie et notre rapport avec le Seigneur dans l’amour, comme une réponse d’amour à son amour infini, unique vraie source de salut. Le salut vient du Seigneur ; il vient de l’amour et non de l’observance de la loi, il vient de Dieu et non de nos œuvres. Nos œuvres et l’observance des préceptes sont nécessaires mais dans la foi et dans l’amour. Dans la foi, en sachant que c’est le Seigneur qui nous donne toute grâce et tout salut : ainsi nous sommes heureux de vivre dans l’humilité et dans la vérité devant Dieu. Dans l’amour, en étant passionnément amoureux de Dieu parce qu’il nous a conquis ; dans l’amour qui est partage et don de nous-même au prochain, en excluant de juger, de nous sentir meilleur, de nous confronter aux autres, de les mépriser et de les exclure – si cela dépend de nous – du salut du Seigneur. Attitude typique des pharisiens qui est aussi la nôtre avec toutes les formes de pharisaïsme que nous portons en nous.

2) Eh bien ! moi je vous dis...

Jésus dans l’Évangile d’aujourd’hui répète plusieurs fois : « Eh bien ! moi je vous dis… », mais il ne le fait pas pour s’opposer à l’Ancien Testament ; le Seigneur ne veut pas d’une observance formelle de la loi qui n’implique pas le cœur. Sachant bien que ce qui contamine l’homme ce sont les violences, les jugements, les adultères qui sortent de son cœur, il est venu « porter à son accomplissement » la loi ancienne. Il s’est entièrement donné, offert à la volonté du Père, il est ressuscité des morts et il nous a donné un esprit nouveau. On n’entre pas dans le Royaume de Dieu en observant méticuleusement la loi, comme le faisaient les scribes et les pharisiens: aujourd’hui une « justice supérieure »  est possible: « Soyez saint comme je suis saint » (Lev 19, 2).

La « justice des scribes et des pharisiens » connaissait, comme la nôtre, les limites de la chair, parce qu’elle était fondée sur des œuvres qui avaient perdu le parfum de la gratuité et qui étaient devenues lettre morte, sans Esprit.

Les paroles de Jésus le montrent dans l’Évangile d’aujourd’hui: « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et que si quelqu’un commet un  meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu » (Mt 5, 21s).

Avec ces mots, on dirait que Jésus prononce des paroles absurdes comme : « Une pensée qui effleure à peine l’esprit, c’est comme tuer un homme. » Le pape François a clairement rappelé cette forme facile et subtile d’homicide que sont les médisances et les rancœurs: « Celui qui dans son cœur déteste son frère est un meurtrier. Nous sommes habitués aux bavardages, aux commérages. Mais combien de fois nos communautés et même nos familles deviennent un enfer où l’on manie cette criminalité qui consiste à tuer son frère et sa sœur avec sa langue ».

Ce sont des paroles paradoxales mais qui révèlent le mal qui court dans le cœur de chacun: si nous ne sommes pas capables de « penser bien » comme s’illusionner que nous puissions « accomplir le bien »? Combien de messes et de prières, combien de bonnes paroles et de bons conseils, combien de regards humbles, mais où est notre cœur? Qu’en est-il de notre prochain: notre père, notre mère, nos frères et sœurs de sang, nos voisins de maison et de travail, nos frères et sœurs de communauté? Tués dans le cœur, enterrés et oubliés.

Ce n’est pas notre « bon cœur » mais notre « cœur » (c’est à dire la racine de notre être) qui doit changer.

Le but de la loi de Dieu n’est pas autre chose que de protéger, de cultiver et de faire fleurir l’humanité de l’homme. Pour cela – je le répète – Jésus « commande » un unique saut de qualité: la conversion du cœur.

La conversion du cœur est vécue par les vierges consacrées grâce à la consécration et à la persévérance sur un chemin où, en chacune d’elles (mais cela vaut aussi pour chacun de nous), le Christ est tout: « Nous sommes tous du Seigneur et le Christ est tout pour nous: si tu désires guérir tes blessures, il est le médecin; si tu es accablé par l’ardeur de la fièvre, il est la source d’eau fraîche; si tu te trouves opprimé par tes fautes, il est la justice; si tu as besoin d’aide, il est la puissance; si tu as peur de la mort, il est la vie: si tu désires le paradis, il est le chemin; si tu fuis les ténèbres, il est la lumière; si tu es à la recherche de quoi manger, il est la nourriture » (Saint Ambroise de Milan, De Virginibus, PL 16, 99).

La vocation des vierges est un appel à faire fleurir et à accomplir dans le Christ leur humanité grâce à leur vertu angélique. (cf rituel de consécration des vierges, n° 24 « Tu les appelles à se tenir en ta présence comme les anges devant ta face). A cet égard, Saint Cyprien écrivant aux vierges affirme justement : « Ce que nous serons un jour, vous commencez déjà à l’être. Vous, vous jouissez déjà dans ce monde de la gloire de la résurrection, vous passez à travers le monde sans en être contaminées. Tant que vous persévérez chastes et vierges, vous êtes semblables aux anges de Dieu » (De habitu virginum, 22: PL 4, 462).

Heureux celui qui fait ses choix de vie à la lumière de la loi du Seigneur et implore avec insistance dans sa prière que le Seigneur lui donne la force de garder sa loi dans le cœur et de l’observer dans la vie de tous les jours.

Lecture patristique

Saint Jean Chrysostome (+ 407)

Homélie sur la trahison de Judas, 2, 6

PG 49, 390-391.

Le Christ a donné sa vie pour toi et tu continues à détester celui qui est un serviteur comme toi. Comment peux-tu t’avancer vers la table de la paix? Ton Maître n’a pas hésité à endurer pour toi toutes les souffrances, et tu refuses même de renoncer à ta colère! Qu’est-ce qui te retient, dis-moi? L’amour est la racine, la source et la mère de tous les biens. « Un tel m’a gravement offensé, dis-tu, il a été tant de fois injuste envers moi, il m’a menacé de mort! » Eh bien! Qu’est-ce que cela? Il ne t’a pas encore crucifié comme les Juifs ont crucifié le Seigneur.

Si tu ne pardonnes pas les offenses de ton prochain, ton Père qui est dans les cieux ne te pardonnera pas non plus tes fautes. Que dit ta conscience quand tu prononces ces paroles : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié (Mt 6,9), et celles qui suivent ? Le Christ n’a pas fait la différence. Son sang, il l’a versé aussi pour ceux qui ont versé le sien. Pourrais-tu faire quelque chose de semblable? Lorsque tu refuses de pardonner à ton ennemi, c’est à toi que tu causes du tort, pas à lui. Tu as pu, en effet, le faire souffrir souvent dans la vie présente, mais toi, ce que tu te prépares, c’est un châtiment irrémissible, au jour du jugement. Car personne ne s’attire plus sûrement l’inimitié de Dieu, et ne lui inspire plus d’aversion, que l’homme rancunier, celui qui a le coeur enflé et dont l’âme brûle de colère.

Eh bien! Écoute ce que dit le Seigneur: Lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande (Mt 5,23-24). Mais tu dis: « Vais-je laisser là l’offrande et le sacrifice? » « Certainement, répond-il, puisque le sacrifice est justement offert pour que tu vives en paix avec ton frère. »

Si donc le but du sacrifice est la paix avec ton prochain, et que tu ne sauvegardes pas la paix, il ne sert à rien que tu prennes part, même par ta présence, au sacrifice. La première chose que tu aies à faire c’est bien de rétablir la paix, cette paix pour laquelle, je le répète, le sacrifice est offert. De celui-ci, alors, tu tireras un beau profit. Car le Fils de l’homme est venu dans le monde pour réconcilier l’humanité avec son Père. Comme Paul le dit: Maintenant Dieu a réconcilié avec lui toutes choses (Col 1,22), par la croix, en sa personne, il a tué la haine (Ep 2,16). Aussi celui qui est venu faire la paix nous proclame-t-il également bienheureux, si nous suivons son exemple, et il nous donne son nom en partage. Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5,9).

Eh bien! Ce qu’a fait le Christ, le Fils de Dieu, réalise-le aussi autant qu’il est au pouvoir de l’homme. Fais régner la paix chez les autres comme chez toi. Le Christ ne donne-t-il pas le nom de fils de Dieu à l’ami de la paix?

Voilà pourquoi la seule bonne disposition qu’il requiert de nous à l’heure : c’est que nous soyons réconciliés avec nos frères. Il nous montre par-là que de toutes vertus la charité est la plus grande.

1 En latin: « Deus, qui te in rectis et sincéris manére pectóribus ásseris, da nobis tua grátia tales exsístere, in quibus habitáre dignéris »

[2] Pour les Hébreux, la Loi avec les préceptes ou enseignements du Seigneur ainsi que les paroles de ses serviteurs (les Prophètes justement) indiquait la Bible. En complément d’information, je rappelle que la Bible Hébraïque a 39 livres ainsi divisés:

  • La Torah (Pentateuque)
  • Les Prophètes a) antérieurs (Josué, Juges, 1-2 Samuel, 1-2 Rois) b) postérieurs (Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, et les 12 prophètes mineurs);
  • Tous les autres écrits: Psaumes, Proverbes, Job, Cantique des Cantiques, Daniel, Ruth, Qohélet, Esther, Esdras, Néhémie, 1-2 Chroniques, Lamentations

La Bible Chrétienne comprend 73 livres :

L’Ancien Testament, 46 livres:

1- Le Pentateuque (correspond à la Torah hébraïque: Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome).

2- Les livres historiques (Josué, Judith, Ruth, 1-2 Samuel, 1-2 Rois, 1-2 Chroniques, Esdras, Néhémie, Tobie, Judith,  Esther, 1-2 Maccabées).

3- Les livres sapientiaux (Job, Psaumes, Proverbes, Qohélet, Cantique des Cantiques, Sagesse, Sirac).

4- Les livres prophétiques. a) majeurs (Isaïe, Jérémie, Lamentations, Baruch, Ézéchiel, Daniel) b) mineurs (Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie).

Le Nouveau Testament, 27 livres:

1- Les Évangiles (Matthieu, Marc, Luc, Jean).

2- Les Actes des Apôtres.

3- Les Lettres (Romains, 1-2 Corinthiens, Galates, Éphésiens, Philippiens, Colossiens, 1-2 Thessaloniciens, 1-2 Timothée, Tite, Philémon, Hébreux, Jacques, 1-2 Pierre, 1-2-3 Jean, Jude).

4- L’Apocalypse.

Source : ZENIT.ORG, le 9 février 2023

L’Epiphanie, une invitation à se donner soi-même au Christ, par Mgr Francesco Follo

Crèche napolitaine, Avent 2017 place Saint-Pierre, capture CTV

Crèche Napolitaine, Avent 2017 Place Saint-Pierre, Capture CTV

L’Epiphanie, une invitation à se donner soi-même au Christ, par Mgr Francesco Follo

Méditation pour la solennité de l’Épiphanie

(ou janvier 2023 selon les Conférences épiscopales nationales)

Is. 60,1-6; Ps. 71; Eph. 3,2-3.5-6; Mt. 2,1-12.

1) Trois Epiphanies[1]: une marche d’une fête à l’autre.
Si le Christ s’est déjà manifesté à Bethléem aux bergers, pourquoi célébrer son épiphanie (mot grec qui veut dire manifestation) aux Rois Mages, aux Hébreux sur les rives du Jourdain, aux disciples de Jésus à Cana de Galilée?  Parce que « le Seigneur conduit son troupeau spirituel d’une fête à l’autre » (Homélie d’un auteur syrien anonyme). « A la première fête, dans la grotte de Bethléem, la création  a reçu le Créateur du sein de la Vierge, et à la fête du baptême l’épouse reçoit l’Époux du sein du baptême. A la première naissance, Il a été engendré par la Vierge, et à la fête d’aujourd’hui Il a été engendré par le baptême » (Ibid.).
Entre ces deux fêtes il y en a une autre: celle des Rois Mages. Comme les pasteurs appelés par l’ange à participer à la Gloire de Dieu et à la paix des hommes, les Mages, des spécialistes de l’astronomie, eux aussi, furent guidés par l’étoile pour participer à l’événement qui changea le cours de l’histoire et les destins de l’humanité et du monde.
De ces mystérieux personnages aussi, venus de loin, nous apprenons à connaître, aimer et adorer l’Enfant Jésus, Sauveur du monde entier. Ces païens ont commencé à connaître Jésus grâce aux étoiles, c’est-à-dire grâce à la sagesse humaine, par le biais de la raison.
Mais la raison, à elle toute seule, ne suffit pas à conduire les mages jusqu’à l’Enfant Jésus. Ils ont eu besoin des Ecritures, de la Révélation. Toutefois pour arriver jusqu’à Jésus, la Bible non plus ne suffit pas. Les scribes et les pharisiens, qui conservaient la Révélation, n’ont pas bougé pour aller connaître le Roi des rois. La connaissance ne suffit pas, il faut autre chose, Il faut le désir de rencontrer Jésus, être prêt, comme les rois mages, à courir le risque d’entreprendre un long voyage, avec pour seul guide dans la nuit une étoile. Hérode et les chefs d’Israël, eux qui avaient pourtant la Révélation et n’étaient pas loin d’Israël,  ne s’étaient pas lancé à la recherche de Jésus. Au contraire, dès qu’ils surent que le Roi par excellence était né, ils ont cherché à l’éliminer.
Les Sages hommes d’Orient, poussés par leur désir de vérité, de lumière et de vie, ont quitté leurs beaux palais. Si les mages n’étaient pas partis, s’ils n’avaient pas quitté leurs palais pour aller loin de chez eux, ils n’auraient pas vu le Christ. « Tant que les mages demeurèrent dans leur pays, ils ne virent qu’une étoile, mais lorsqu’ils l’eurent quittée, ils méritèrent de voir le Soleil même de justice (Mt 3,20). Disons mieux: s’ils n’avaient pas entrepris généreusement leur voyage, ils n’auraient même pas vu l’Etoile » (cf. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, 7-8). Cette Etoile est la voie, et la voie c’est le Christ, parce qu’Il est l’Etoile. Là où est le Christ, il y a aussi l’étoile ; en effet, celui-ci est l’étoile brillante du matin. Il se manifeste par sa lueur » (Saint Ambroise de Milan, Commentaire sur l’Evangile selon saint Luc, II, 45).
Si, comme les rois mages, nous sommes des hommes « à la recherche » de quelque chose en plus, de la vraie lumière, de cette lumière capable de nous indiquer le chemin à parcourir, nous quitterons nos maisons et notre sécurité pour suivre cette étoile, qui ne conduit pas à la grande ville de Jérusalem, mais nous guide vers Bethléem, une petite ville. Pour nous faire trouver le Roi des rois, elle nous fait aller parmi les pauvres, parmi les simples. Les critères de Dieu ne sont pas ceux des hommes. Dieu ne se manifeste pas dans la puissance violente de ce monde, mais dans la puissance douce de son amour, un amour qui ne s’impose pas, mais se propose à notre liberté. Si nous l’accueillons, nous serons transformés, nous serons capables d’arriver jusqu’à Celui qui est l’Amour. Cet Amour se manifeste adulte sur les rives du Jourdain, demandant d’être baptisé.
La manifestation de Jésus Christ aux pécheurs repentis, qui allaient trouver Jean le Baptiste, a Dieu le Père pour témoin qui dit: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » (Mc 9,7) et cette invitation à l’écoute nous introduit dans la quotidienneté d’un rapport personnel avec le Christ, avec l’Agneau envoyé par le Père pour enlever les péchés du monde. En descendant dans les eaux du Jourdain, Jésus, l’Emmanuel, le Dieu toujours avec nous, montre comment il s’est uni à nous, pécheurs. Par son baptême, le Sauveur commence à se manifester aussi comme Celui qui est venu baptiser l’humanité dans l’Esprit Saint, lui apportant la vie en abondance, (cf. Jn 10,10), la vraie vie.

2) La troisième « épiphanie » : le miracle aux noces de Cana.
L’épisode des noces de Cana est un épisode surprenant pour différentes raisons. C’est en effet un fait raconté dans l’évangile de Jean, qui est l’évangile intérieur, spirituel, contemplatif et a l’air d’un miracle très matériel, qui transforme l’eau en vin pour ne pas gâcher un repas de noce. Certes, Jésus en accomplissant ce miracle entretient la simple joie humaine de deux époux le jour de leurs noces, mais il est étonnant que son disciple bien-aimé l’ait choisi comme premier miracle à raconter dans son Evangile. A moins que l’importance de cet épisode est dans le fait que saint Jean veut raconter les noces entre Jésus et les hommes et nous dire que le vin qui manque est celui du sacrifice d’amour de l’Epoux.
Le pape François nous enseigne: « En entamant son ministère public durant les noces de Cana, Jésus se manifeste comme l’époux du peuple de Dieu, annoncé par les prophètes, et nous révèle la profondeur de la relation qui nous unit à Lui: c’est une nouvelle Alliance d’amour. » (Audience générale du 8 juin 2016). Aux noces de Cana, on n’assiste donc pas seulement à un miracle mais à la manifestation (épiphanie) de Jésus comme Epoux. Il est l’Epoux attendu et «  durant ces noces, Il lie ses disciples à Lui par une Alliance nouvelle et définitive. A Cana, les disciples de Jésus deviennent sa famille et à Cana naît la foi de l’Église » (Ibid.). Cette foi se fonde sur un acte d’amour attentif également au manque de vin et nous révèle que la vie chrétienne est la réponse à cet amour. L’Eglise est la famille sur laquelle Jésus fait rejaillir cet amour. L’Eglise qui conserve et donne cet amour sponsal à tous.
Le signe (nom que donne saint Jean  aux miracles dans son évangile) accompli par Jésus à Cana de Galilée (Jn, 2,1-12) est une manifestation messianique, comme le Baptême au Jourdain et comme l’adoration des mages à Bethléem. Mais, alors qu’à la grotte ce sont des hommes qui rendaient manifeste la vérité de l’Enfant Jésus, et  au Baptême le Père qui révèle la signification profonde du Christ, à Cana c’est Jésus lui-même qui se manifeste.
Le récit du miracle de Cana ne souligne pas beaucoup la puissance du Christ. Il insiste plutôt sur des détails comme l’abondance du vin (environ 600 litres), son excellente  qualité, le fait même que celui-ci remplace l’eau préparée pour les ablutions rituelles[2]. Tant de caractéristiques proprement messianiques. Jésus est le Messie, la nouvelle Alliance et la nouvelle loi. Mais on remarque tout de suite un détail important. La messianité de Jésus renferme l’idée d’un changement: il y a quelque chose de vieux (l’eau) qui doit diminuer pour laisser la place à quelque chose de nouveau (le vin). La vieille Loi laisse la place à la nouvelle, qui est une loi de liberté (cf. Jc 1, 25;  2, 12), une loi de grâce et d’amour (Saint Thomas d’Aquin, Summa Theologica, I-II, q. 107, a.1). A cette loi, nouvelle et parfaite, adhèrent les disciples présents au miracle, qui les pousse à croire en Jésus Christ, et accepter son amour qui transforme. Aujourd’hui, un exemple actuel de cette façon de croire et de répondre à cet amour nous vient des vierges consacrées. Celles-ci l’aiment comme Lui-même désire être aimé, dans la concrétude de la vie: « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » (Jn 14, 15; cf. 14, 21). Elles l’aiment en ayant en elles les mêmes dispositions que Lui (cf. Fil 2, 5), en partageant son mode de vie, fait d’humilité et de mansuétude, d’amour et de miséricorde, de service et de disponibilité, de tendresse et d’attention. De cette façon, elles qui sont «  vierges pour le Christ », réalisent leur condition de «  mère en esprit » (Rite de consécration des Vierges, n. 16). En effet, «  Selon la doctrine des Pères, les vierges, en recevant du Seigneur «  la consécration de la virginité », deviennent signe visible de la virginité de l’Eglise, un instrument de sa fertilité » (Saint Jean Paul II, Discours aux Participants au congrès international de l’“Ordo Virginum” pour les 25 ans de la promulgation du Rite, 2 juin 1995)

Lecture patristique

Saint Basile le Grand (+ 379)
Homélies sur Noël, 2 (PG 31, 1472-1476)

L’étoile vient de s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant. C’est pourquoi les mages, quand ils virent l’étoile, éprouvèrent une très grande joie (Mt 2,9-10). Accueillons, nous aussi, cette grande joie dans nos coeurs. Car c’est de la joie que les anges annoncent aux bergers. Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, dansons avec les anges! Il nous est né aujourd’hui un Sauveur, qui est le Messie, le Seigneur (Lc 2,11). C’est Dieu, le Seigneur, qui nous illumine (Ps 117,27), non pas sous la forme de Dieu, pour ne pas épouvanter notre faiblesse, mais sous la forme du serviteur, afin de donner la liberté à ceux qui étaient réduits en servitude. Qui donc a un coeur assez endormi, qui donc est assez ingrat pour ne pas se réjouir, exulter et rayonner devant un tel événement?
Cette fête est commune à toute la création: elle accorde à notre monde les biens qui sont au-delà du monde, elle envoie des archanges à Zacharie et à Marie, elle constitue des choeurs d’anges qui proclament: Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre, bienveillance aux hommes (Lc 1,14). Les étoiles accourent du haut du ciel, les mages quittent les nations païennes, la terre offre son accueil dans une grotte. Personne n’est indifférent, personne n’est ingrat. Nous-mêmes, fêtons le salut du monde, le jour de naissance de l’humanité. On ne peut plus dire maintenant: Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière (Gn 3,19), mais: Rattaché à l’homme céleste (cf. 1Co 15,48), tu seras élevé au ciel. On n’entendra plus dire: Tu enfanteras dans la souffrance, (Gn 3,16), car bienheureuse celle qui a enfanté l’Emmanuel, et les mamelles qui l’ont allaité. Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, l’insigne du pouvoir est sur son épaule (Is 9,6).
Unissez-vous à ceux qui ont reçu avec joie le Seigneur venant du ciel. Pensez aux bergers pénétrés de sagesse, aux grands prêtres qui prophétisent, aux femmes remplies de joie, quand Marie est invitée par Gabriel à se réjouir, et que Jean tressaille dans les entrailles d’Elisabeth. Anne propageait la bonne nouvelle; Syméon tenait dans ses bras ce petit enfant dans lequel tous adoraient le Dieu de majesté. Bien loin de mépriser ce qu’ils voyaient, ils magnifiaient la grandeur de sa divinité. Car la vertu divine apparaissait à travers ce corps humain, comme la lumière à travers les vitres, resplendissante, pour ceux dont les yeux du coeur étaient purifiés.
Puissions-nous être trouvés avec eux, nous aussi, contemplant la gloire du Seigneur comme dans un miroir, et être nous-mêmes transfigurés de gloire en gloire (2Co 3,18), par la grâce et la tendresse miséricordieuse de notre Seigneur Jésus Christ: à lui la gloire et la puissance, pour les siècles des siècles. Amen.
NOTES
[1] Quand nous parlons d’ « épiphanie » nous entendons la manifestation de Jésus Christ à tous les gentils, représentés par les Roi Mages, qui se prosternèrent aux pieds de l’Enfant Roi et l’adorèrent. Toutefois, comme il est indiqué dans la liturgie des heures: «  Aujourd’hui l’Eglise s’unit à son Epoux céleste, car dans le Jourdain le Christ a lavé ses péchés ; les Mages accourent avec des dons aux noces royales, et les invités se réjouissent en voyant l’eau transformée en vin » (Ant. au Benedictus de l’Epiphanie). Donc, en soi, la solennité de l’Epiphanie célèbre trois manifestations : celle à toute l’humanité représentée par les Rois Mages, celle aux Hébreux sur les rives du Jourdain, là où le Seigneur est baptisé et indiqué comme fils bien-aimé par le Père; et celle aux disciples par le biais du miracle de l’eau transformée en vin pendant les noces de Cana, qui sont un symbole des noces du Christ et de l’Eglise.
[2]  « Il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des juifs ; chacune contenait deux à trois mesures (C’est-à-dire environ cent litres. Et Jésus dit à ceux qui servaient : Remplissez d’eau les jarres. Et ils les remplirent jusqu’au bord » (Jn 2, 6-7).

Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

Source: ZENIT.ORG, le 5 janvier 2023

Marie, «Mère du Dieu de la Paix», par Mgr Francesco Follo

Notre-Dame du Puy-en-Velay, Wikimedia © Pat343434

Notre-Dame Du Puy-En-Velay, Wikimedia © Pat343434

Marie, «Mère du Dieu de la Paix», par Mgr Francesco Follo

Méditation pour la solennité de Marie Mère de Dieu

« La solennité d’aujourd’hui ne célèbre pas une idée abstraite, mais un mystère et un fait historique : Jésus-Christ, personne divine, né de la Vierge Marie qui est sa vraie Mère ».

Dans sa méditation des textes de la liturgie de ce dimanche 1er janvier 2023, solennité de la Bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu, Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, invite à s’émerveiller devant le mystère de l’Incarnation avec Marie, Mère de Dieu et Mère de Jésus :

« Avec les yeux de Marie, contemplons le Fils de Dieu né homme pour l’homme et confié aux soins de sa mère », « à l’école du regard de Marie, surpris par la joie, nous pouvons cueillir par le cœur ce que nos yeux et notre esprit seuls ne parvient ni à percevoir, ni à contenir. »

Mère du Dieu de la Paix, Pain de Vie à partager dans l’actuelle famine de paix 

Solennité de Ste Marie, Mère de Dieu (Ier Dimanche après Noël) – Année A – 1er janvier 2023

Nm 6, 22-27; Ps 66; Gal 4,4-7; Lc 2,16-21)

1) Bénie par le Fruit béni

Il y a huit jours, nous avons célébré la naissance, à Bethléem, du Fils de Dieu qui “s’est fait enfant pour nous faire devenir hommes” (Saint Ambroise). Aujourd’hui, une semaine après la naissance de Jésus, la liturgie nous invite à célébrer la Vierge Marie en tant que Mère de Dieu : celle « qui a donné à la lumière le Roi qui gouverne le ciel et la terre pour les siècles éternellement » (Antienne d’entrée de la Messe d’aujourd’hui). La liturgie nous fait méditer aujourd’hui sur le Verbe fait homme, et répète qu’il est né de la Vierge. Il est le « fruit béni des entrailles » de cette Vierge qui trouva en ce « fruit » tout ce qu’Ève avait désiré en mangeant le fruit mais qu’elle ne trouva pas. En fait, dans son fruit, Ève désira trois choses que le diable lui avait faussement promises, c’est-à-dire de 1) devenir comme Dieu et être conscient du bien et du mal, 2) d’avoir le plaisir parce que ce fruit était « bon à manger », 3) d’avoir la beauté parce que ce fruit était si beau à voir.

En mangeant le fruit défendu, Ève a enfreint l’image et la ressemblance à Dieu. Dans le fruit béni de son sein, Marie, et avec elle tous les chrétiens, a trouvé ce que Ève cherchait : l’union à Dieu à travers le Christ et la ressemblance avec Lui. Ève cherchait le plaisir et la joie, mais elle a trouvé la douleur et la nudité. Dans le fruit du sein de la Vierge nous trouvons grâce et salut : celui qui mangera ce fruit aura la vie éternelle.

Ève cherchait la beauté qui passe et prit un fruit de la mort, Marie a donné à l’humanité le fruit le plus beau que les anges contempleront : il est le plus beau parmi les fils des hommes (cf. Ps44,3.) parce qu’il est la splendeur de la gloire du Père (Hb 1,3). Jésus, le Seigneur.

Donc « cherchons dans le fruit de la Bienheureuse Vierge ce que nous désirons parce que c’est cela le fruit béni par Dieu. La Vierge est donc bénie mais son fruit, Jésus, est encore plus béni » (Saint Thomas d’Aquin, Commentaire au ‘Je vous salue Marie’).

2) Les langes du Christ

Il est vrai qu’aujourd’hui, octave de Noël, on célèbre la fête de « Marie, Mère de Dieu », mais on ne peut oublier qu’aujourd’hui c’est aussi le 1er janvier. Une nouvelle année solaire commence donc. C’est est un temps « supplémentaire » que la Providence nous donne dans le contexte du salut inauguré par le Rédempteur il y a 2017 ans.

Même si les lectures bibliques de la Messe d’aujourd’hui mettent l’accent sur le « Fils de Marie » et sur le « Nom du Seigneur » au lieu de Marie, la solennité d’aujourd’hui est dédiée à la Vierge Mère de Dieu, pour souligner que le Verbe « sans temps » est entré dans le temps par l’intermédiaire de Marie. L’apôtre Paul le rappelle en affirmant que Jésus est « né d’une femme” (cf. Gal 4,4 – IIème lecture d’aujourd’hui).

Le titre « Mère de Dieu » souligne la mission unique de la Vierge sainte dans l’histoire du salut : mission qui est à la base du culte et de la dévotion que le peuple chrétien lui réserve. Notre Dame n’a pas reçu le don de Dieu uniquement pour elle-même, mais pour le donner au monde : dans sa virginité féconde, Dieu a donné aux hommes les biens du salut éternel, comme dit la Collecte : « Dieu qui dans la virginité féconde de Marie as donné aux hommes les biens du salut éternel, fais que nous expérimentions son intercession parce qu’à travers elle nous avons reçu l’auteur de la vie, le Christ, ton fils ».

Dans la liturgie d’aujourd’hui, c’est humblement que domine la figure de Marie, vraie Mère de Jésus, Homme-Dieu. La solennité d’aujourd’hui ne célèbre pas une idée abstraite, mais un mystère et un fait historique : Jésus-Christ, personne divine, né de la Vierge Marie qui est sa vraie Mère.

Cette Mère enveloppe le Fils avec des langes et cet Enfant, ce “nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (cf. Lc 2, 12) est le signe donné par les anges aux bergers pour reconnaître le Roi des Rois. Partis rapidement, les bergers arrivèrent à la grotte de Bethléem et trouvèrent l’enfant emmailloté non seulement par des langes blancs mais ils trouvèrent Marie et Joseph, les personnes blanches de pureté qui, d’amour pur, emmaillotaient et réchauffaient le Nouveau-Né.

Noël, mystère de la joie : mystère de l’Incarnation, de la génération miraculeuse d’un Dieu qui choisit de révéler son visage aux hommes non par l’embrassade d’un immense ciel orné par des étoiles splendides, mais entre les bras d’une jeune femme pure, gardée par un homme pur : Joseph.

Avec les yeux de Saint Joseph regardons Marie, la Vierge Mère, qui est la première à croire, et la première à voir le miracle né dans et de sa chair : son corps est la seconde nature -la nature humaine- du Christ et son ventre est le premier trône du Roi des rois, puis viendra la mangeoire, puis la croix : aujourd’hui nous.

Avec les yeux de Marie, contemplons le Fils de Dieu né homme pour l’homme et confié aux soins de sa mère. Elle vit avec les yeux posés sur le Christ et fait trésor de chacun de ses gestes. A l’école du regard de Marie, surpris par la joie, nous pouvons cueillir par le cœur ce que nos yeux et notre esprit seuls ne parvient ni à percevoir, ni à contenir.

Avec les yeux des bergers, surpris par la joie, nous regardons le fait que la paix pour tous est née et gardée par la tendresse de la Mère de Dieu : Marie a donné au monde le Prince de la Paix, Jésus le Rédempteur de l’humanité.

Notre paix, le Christ, est entre les bras d’une mère : Marie, une de nous. La Paix, Jésus, né d’une femme, est le don de Noël par excellence mis dans nos bras. Lui est le visage de la Paix qui rayonne par nos visages, mendiants la paix.

Mendions cette paix de la Vierge Marie et nous l’aurons, comme l’eurent les pasteurs qui « allèrent, sans tarder, et trouvèrent Marie et Joseph et l’enfant, couché dans la crèche » (Lc 2, 16). Ces pauvres bergers, mendiants de Dieu dans un enfant, rencontrèrent le Prince de la Paix dans l’enfant-Jésus qui faisait d’eux des témoins de la joie de se sentir aimés et capables d’aimer, « artisans » de paix, de la paix qui nait de l’expérience d’être aimé. Demandons à Marie, Mère de Dieu, de nous aider à accueillir son Enfant et, en Lui, la vraie paix.

Comme les bergers, essayons d’être mendiants du Ciel, affamés d’amour, assoiffés de paix, rendons-nous à Bethléem et mettons-nous à genoux devant la crèche, qui montre Dieu qui devient Enfant de paix et une Mère, qui nous l’offre. Cette Vierge Mère fait naître de nuit l’Enfant parce que l’amour est toujours un don qui fait naître le jour. Elle donna le jour à la Lumière. Marie reflète avec beaucoup de splendeur la Lumière qui est descendue sur la terre. Que cette Lumière nous conduise sur les chemins de la paix, parce que « la lumière de Jésus est une lumière douce, une lumière tranquille, c’est une lumière de paix, c’est comme la lumière de la nuit de Noël : sans prétentions » (Pape François).

3) Maternité1 et virginité de Lumière et de Paix

Cette douce et humble lumière du Christ est portée aujourd’hui de façon particulière par les Vierges consacrées dans le monde. Grâce au don d’elles-mêmes au Christ, elles vivent par et pour amour de Dieu et des autres. Les consacrées irradient la même lumière que leur Epoux apporte au monde. Leur vie vécue humblement rappelle  « le premier amour avec lequel le Seigneur  Jésus Christ a réchauffé votre cœur » (Benoît XVI). Ces femmes  qui s’offrent complètement dans la virginité, s’offrent corps et âme pour être avec le Christ et se mettre, comme Lui, au service de Dieu et des frères. Leur chemin est un chemin continu avec le Christ, rencontré aujourd’hui à Bethlehem, puis sur les terres de la Terre Sainte dans le cœur jusqu’au Calvaire, pour être avec Lui, instruments de Sa paix.

Lecture Patristique

Saint Athanase

Lettre à Épictète

PG 26, 1-58, 1062, 1066

En Marie, Dieu s’est vraiment fait homme.

Le Verbe a pris en charge la descendance d’Abraham, c’est pourquoi il devait se faire en tous points semblable à ses frères et prendre un corps pareil au nôtre. Aussi Marie est-elle vraiment nécessaire pour qu’il prenne ce corps en elle et l’offre en notre faveur comme étant le sien. ~ L’Écriture rappelle son enfantement et dit : Elle emmaillota son fils ; le sein qui l’allaita a été déclaré bienheureux, et l’on a considéré qu’il est né d’elle comme pour l’offrande d’un sacrifice. ~ Gabriel le lui avait annoncé en termes soigneusement choisis. Il n’a pas dit, de façon banale : « Celui qui va naître en toi » pour ne pas faire croire que ce serait un corps extérieur introduit du dehors ; il a dit : Celui qui va naître de toi, pour inviter à croire que celui qui allait naître sortirait d’elle. ~

Tout cela s’est fait ainsi pour que le Verbe, en assumant notre nature et en l’offrant en sacrifice, la fasse totalement sienne. Il a voulu nous revêtir ensuite de sa propre nature, ce qui permet à saint Paul de dire : Il faut que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité. Cela ne s’est pas fait de façon fictive comme certains hérétiques l’ont encore imaginé : jamais de la vie ! Le Sauveur est devenu vraiment homme, et le salut de l’homme tout entier est venu de là. ~ Notre salut n’est pas une apparence, il n’est pas pour le corps seul, mais pour l’homme tout entier, âme et corps, et ce salut est venu du Verbe lui-même.

Ce qui est venu de Marie était donc humain par nature, selon les Écritures, et le corps du Seigneur était un vrai corps ; oui, un vrai corps, puisqu’il était identique au nôtre, car Marie est notre sœur, puisque nous descendons tous d’Adam. ~

Bien entendu, le Verbe ne s’est pas transformé en chair ; il seulement pris notre nature ; le mot de saint Jean : le Verbe s’est fait chair ne signifie pas autre chose, ainsi qu’on peut le voir à des expressions analogues, par exemple chez saint Paul : le Christ s’est fait malédiction pour nous.

L’union du Verbe à la nature n’ajoute rien à la Trinité, tandis que le corps humain a reçu un grand avantage de sa communion et de son unité avec le Verbe : de mortel il est devenu immortel, de purement humain il est devenu spirituel et lui qui vient de la terre, il franchit les portes du ciel.

Certes, même après que le Verbe a pris un corps en Marie, la Trinité demeure la Trinité, sans addition ni diminution. Elle est toujours parfaite : dans la Trinité on reconnaît l’unique divinité, et c’est ainsi que dans l’Eglise on proclame un seul Dieu, le Père du Verbe.

Les temps sont accomplis :

Aujourd’hui naît d’une femme,

celui qui nous rend fils de Dieu.

Son visage brille sur nous

et son Esprit pénètre nos cœurs.

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1 Comment ne pas penser au sanctuaire du Puy-en-Velay (France) ? Selon la tradition, l’origine du sanctuaire est contemporaine de la proclamation solennelle de la maternité divine de Marie par le concile d’Ephèse (431).
Le Puy semble donc un lieu majeur choisi très tôt par Marie pour rendre visible et concrète en Europe sa maternité divine. La prière que nous aimons spécialement au Puy est l’Angelus où, trois fois par jour, avec Marie, nous accueillons dans la joie, la venue du Fils de Dieu parmi nous. Nous chantons aussi très souvent le Salve Regina. En 1998, l’UNESCO l’a inscrit au patrimoine mondial de l’humanité en raison de son rayonnement sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle (Un des premiers pèlerins connus est Godescalc, évêque du Puy, parti en pèlerinage en 951).

Source : ZENIT.ORG, le 20 décembre 2022