La naissance de Marie est le signe certain des temps nouveaux
Moins solennelle que l’Assomption, la Nativité de Marie est fêtée avec joie par le peuple chrétien, comme celle de Jean-Baptiste. L’une et l’autre annoncent l’aurore du salut. Dans la prière, la naissance de Marie et sa maternité divine sont mises en relation.
L’Église de Jérusalem fut la première à honorer le souvenir de la Nativité de la mère de Dieu, par une fête que Rome adopta sûrement vers la fin du VIIe siècle et où le pape Serge 1er la dota d’une procession.
La naissance de Marie est le signe certain des temps nouveaux. L’Ancien Testament touche à sa fin et trouve son accomplissement dans une alliance nouvelle et éternelle que Dieu conclut avec l’humanité.
La joie est la note dominante de cette fête. Tous les âges disent bienheureuse la Vierge qui a porté le Fils du Père éternel. Cette fête est commune avec les Églises orientales.
Prions : Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.
Saint Thomas de Villeneuve Archevêque de Valence, en Espagne (1488-1555)
Tomás de Villanueva, né Tomás García Martínez, issu d’une pieuse famille de la bourgeoisie, fut élevé à Villanueva, Espagne, d’où lui vient son nom de Villeneuve. Ses parents fort vertueux et charitables le formèrent très tôt à la piété et à la générosité envers les pauvres, les malades et tous les malheureux.
À l’école, Thomas offrait son déjeuner aux enfants pauvres, et parfois il leur donnait ses propres vêtements pour les garantir du froid. On le vit revenir plus d’une fois à la maison sans gilet, sans chapeau et sans souliers. Ayant reçu un habit neuf à l’âge de sept ans, il le donna à un enfant à demi-nu. Il demandait souvent à sa mère la permission de ne pas dîner pour que sa part servît à un malheureux. Il employait l’argent qu’il recevait de ses parents à acheter des œufs qu’il portait aux malades hospitalisés.
Après de brillantes études à l’université d’Alcala, il fut nommé professeur de philosophie morale au collège de Saint-Ildefonse, puis professeur de théologie à l’université de Salamanque. Son père mourut peu de temps après et Thomas consacra toute sa fortune au soin des pauvres. Il transforma sa maison en hôpital, ne réservant que le nécessaire à l’entretien de sa mère. À trente ans, le jour de la Présentation de Notre-Dame, il entra chez les Ermites de St-Augustin de Salamanque. À peu près dans le même temps de son admission dans cet Ordre, Luther le quittait.
Thomas fut un prédicateur ardent. Son zèle remua de fond en comble la ville de Salamanque. Il puisait son éloquence au pied de la croix : « Dans l’oraison, disait-il, se forment les flèches dont les cœurs des auditeurs doivent être percés. » Les plus grandes villes d’Espagne se disputèrent pour l’entendre. La cour de Charles-Quint l’écouta avec admiration et le roi le nomma son prédicateur ordinaire et son conseiller. Il avait une si grande estime pour ce religieux qu’il ne savait rien lui refuser. Plusieurs seigneurs de la cour avaient été condamnés à mort pour crime de haute trahison. L’empereur avait refusé leur grâce à l’archevêque de Tolède ainsi qu’à d’autres éminents personnages, même à son propre fils, mais il accorda cette faveur à la demande de Thomas.
Le saint religieux devint successivement prieur des maisons de Salamanque, de Burgos, de Valladolid, provincial d’Andalousie et de Castille. C’est lui qui envoya les premiers Augustins vers le Mexique. Il recommandait surtout quatre choses à ses religieux : la célébration dévote et attentive des divins offices ; la méditation et la lecture spirituelle faite avec assiduité ; l’union de la charité fraternelle, et enfin la fuite de la paresse qui est un grand obstacle à la vertu.
Nommé archevêque de Grenade, il refusa catégoriquement cette dignité.
Dix ans plus tard, en 1544, Charles-Quint le désigna pour l’évêché de Valence qu’il fut obligé d’accepter au nom de l’obéissance et sous peine d’excommunication. Thomas quitta sa cellule en pleurant, se mit en route à pied, revêtu d’un habit monastique fort usé et entra ainsi dans sa ville épiscopale. Au moment de son arrivée, la pluie tomba en abondance après une longue période de sécheresse, bienfaisante ondée qui était comme le présage des grâces qu’il apportait à ses ouailles.
Le voyant si pauvre, ses chanoines lui firent présent de quatre mille ducats pour son ameublement mais Thomas de Villeneuve les fit distribuer en aumônes. Il entreprit la réforme de son diocèse par l’exemple de sa vie toute de pénitence et de prière. Pendant toute son existence, il observa les jeûnes de son Ordre et ceux de l’Église, au pain et à l’eau. Il couchait sur des sarments dissimulés sous une couverture de laine. La plus grande partie de ses revenus passait en bonnes œuvres. On l’a surnommé : l’Aumônier, à cause des charités incalculables qu’il ne cessait de prodiguer.
Trois jours avant sa mort, ce saint pasteur fit distribuer aux pauvres tout ce qui lui restait d’argent et fit don de ses meubles au collège de Valence. Comme il était encore propriétaire de son lit de malade, il le donna au geôlier de ses prisons, le priant de bien vouloir le lui prêter jusqu’à sa mort.
Thomas de Villeneuve commença la récitation du psaume : In Te, Domine, speravi. Rendu au verset : In manus Tuas, Domine, commendo spiritum meum, le saint pontife expira doucement. Il rendit son âme à Dieu dans la onzième année de son épiscopat, à l’âge de soixante-sept ans. Ses reliques sont conservées à Valence.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 7,31-37.
En ce temps-là, Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler et supplient Jésus de poser la main sur lui. Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue.
Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »
Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement. Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient. Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »
Acclamons et partageons la parole de Dieu !
COMMENTAIRE :
Saint Augustin (354-430)
évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
Les Discours sur les psaumes, 4e sur le psaume 103, §17
« Ils proclamaient : ‘Tout ce qu’il fait est admirable : il ouvre la bouche des muets’ »
« Je chanterai le Seigneur tant que je vis » (Ps 103,33). Que chantera le psalmiste ? Tout ce que Dieu est, il le chantera. Chantons la gloire du Seigneur durant toute notre vie. Notre vie actuelle n’est qu’une espérance ; notre vie à venir sera l’éternité. La vie de cette vie mortelle est l’espérance de la vie immortelle : « Je chanterai le Seigneur pendant toute ma vie ; je jouerai pour Dieu tant que je suis. » Et parce que je vivrai en lui sans fin, tant que je vivrai, je chanterai à mon Dieu. Lorsque nous aurons commencé à chanter au Seigneur dans la cité du ciel, ne nous imaginons pas que nous devons y faire autre chose ; toute notre vie sera alors de chanter à la gloire de Dieu. Si, ici-bas, l’objet de nos louanges nous cause de l’ennui, nos chants de louange peuvent nous en causer aussi. Mais, si nous l’aimons éternellement, éternellement aussi nous le louerons : « Je chanterai pour mon Dieu tant que je vivrai ! »
LECTURES :
Livre d’Isaïe 35,4-7a.
Dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie ; car l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans le pays aride. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif, en eaux jaillissantes.
Psaume 146(145),6c.7-8.9a.9bc.10.
Le Seigneur garde à jamais sa fidélité, il fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain ; le Seigneur délie les enchaînés.
Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes, le Seigneur protège l’étranger.
Il soutient la veuve et l’orphelin, il égare les pas du méchant. D’âge en âge, le Seigneur régnera : ton Dieu, ô Sion, pour toujours !
Lettre de saint Jacques 2,1-5.
Mes frères, dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n’ayez aucune partialité envers les personnes. Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or, et un pauvre au vêtement sale. Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ; et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien : « Assieds-toi au bas de mon marchepied ». Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ? Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ?
Il s’agit de l’une des plus anciennes fêtes mariales. Son origine serait liée à la fête de la dédicace d’une église dédiée à Marie, à Jérusalem, au IVe siècle : la basilique Sainte-Anne, où la tradition situe la maison des parents de Marie, Joachim et Anne, où est née la Vierge. À Rome, elle a été célébrée au VIIIe siècle, avec le pape Serge Ier (+ 8 septembre 701) : c’est la troisième fête de la « nativité » dans le calendrier romain : la nativité de Jésus, le fils de Dieu (Noël), celle de saint Jean Baptiste (24 juin) et celle de la Vierge Marie (8 septembre). Dans les Évangiles, aucune donnée ne confirme cette fête, ni le nom des parents, que la tradition nous rapporte dans le protévangile de Jacques, un écrit apocryphe du IIe siècle. L’événement fondamental dans la vie de Marie reste l’Annonciation. L’Église la considère comme la Mère de Dieu, mais plus encore comme la « disciple » qui peut offrir le meilleur exemple et modèle de vie chrétienne. Dans sa foi, dans l’obéissance à son Fils, dans sa proximité à sa cousine Elisabeth et aux noces de Cana : Marie est une femme à imiter aussi pour sa confiance dans les moments les plus sombres de l’histoire de son Fils Jésus. Ceci et bien d’autres choses encore expliquent pourquoi le peuple de Dieu sait trouver en elle refuge et réconfort, aide et protection. À Milan, cette fête remonterait au Xe siècle et la cathédrale dédiée à « Marie naissant » fut consacrée le 20 octobre 1572 par saint Charles Borromée. Et c’est également à Milan, sur la Via Santa Sofia, que se trouve le sanctuaire où est conservé le simulacre de l’Enfant Marie, confié aux Sœurs de la Charité des Saintes Bartolomea et Vincenza. Entre 1720 et 1730, une religieuse franciscaine de Todi (Sœur Chiara Isabella Fornari) réalisa de jolies effigies en cire de Marie nouveau-né enveloppée dans des langes pour sa dévotion personnelle. L’une de ces effigies fut offerte en 1739 aux religieuses capucines de Sainte Marie des Anges à Milan. Les religieuses en diffusèrent la dévotion qui, dans le contexte ambrosien, trouva immédiatement un terrain particulièrement préparé et fertile. Les années entre 1782 et 1842 marquent la suppression des différentes congrégations religieuses, décrétée d’abord par l’empereur Joseph II puis par Napoléon. Le simulacre fut transporté par quelques capucines au couvent des Augustines, puis par les chanoinesses du Latran ; il fut ensuite confié au curé de la paroisse, Don Luigi Bosisio, afin de le transmettre à un institut religieux qui puisse en maintenir la dévotion. Finalement, la statue arriva à la maison générale des Sœurs de la Charité de Lovere, une congrégation religieuse fondée en 1832 par Bartolomea Capitanio, où elle est devenue très populaire, à tel point que depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, les sœurs de cette congrégation sont communément appelées de « Maria Bambina ». En 1884, on lit : « …il était sept heures le 9 septembre 1884…. La mère se rend à l’infirmerie pour visiter les malades et, prenant le saint simulacre, elle va de lit en lit, le remettant aux sœurs malades pour qu’elles l’embrassent. Elle rejoint la postulante Julia Macario, dont l’état s’aggravait depuis plusieurs jours. Elle s’efforce de se rapprocher de l’Enfant céleste et, avec des mots affectueux, lui demande de la guérir. Elle ressent immédiatement dans tout son corps un mystérieux frémissement. « Je suis guérie ! » s’exclame-t-elle. Elle se lève et marche ». Depuis lors, chaque année, le 9 septembre, le « jour du miracle » est célébré. La dévotion populaire se répand suite aux nombreuses grâces obtenues.
« Ô Marie, Vierge heureuse et bénie, permettez-nous de nous approcher de votre berceau, et de joindre nos louanges à celles que vous rendent les anges qui vous entourent, heureux d’être les témoins des merveilles de votre naissance. Agenouillés devant vous, nous vous faisons l’offrande de nos cœur ; Reine du ciel et de la terre, recevez-nous et gardez-nous.
Nous vous saluons, Marie, Ô fruit de pureté ! La terre maudite s’étonne d’avoir pu vous produire. Ô Marie, pleine de grâces, vous relevez l’espoir des enfants d’Ève chassés du paradis et vous ranimez leur confiance. Au jour de votre entrée dans le monde, nous avons relevé nos fronts abattus : votre naissance annonce celle du Rédempteur, comme l’aurore annonce la venue du jour.
Nous vous saluons, Marie, Ô étoile de Jacob ! Le soleil de justice va se lever, le jour de la grâce va luire, et c’est vous qui avez hâté sa venue. Vos désirs, plus ardents que ceux des patriarches et des prophètes, attirent le véritable Emmanuel dans votre sein, et c’est à vous qu’il appartiendra de nous donner le Verbe fait chair.
Que vos saintes mains, Ô Marie, répandent dans nos cœur avec profusion l’humilité, l’innocence, la simplicité, la douceur et la charité : que ces vertus de votre cœur saisissent les nôtres pour que nous appartenions avec vous au Christ, notre Seigneur, et qu’en lui nous sachions offrir le bien que nous faisons et le mal que nous souffrons pour la plus grande gloire de Dieu qui est le salut des pécheurs. Amen. »
«Ne craignez pas, peuple papou, ouvrez-vous», exhorte le Pape à la messe
En présence de 35 000 fidèles, le Pape a présidé la grande messe de son étape papouane, dimanche 8 septembre, solennité de la Nativité de Marie, «Maria Helpim», Marie Auxiliatrice vénérée dans le pays. Sous un ciel radieux, l’évêque de Rome a encouragé les catholiques de Papouasie-Nouvelle-Guinée à l’ouverture à Dieu et au prochain. Rappelant que la terre océanienne est unie au Seigneur, aucunement séparée, le Pape a médité sur les distances et proximités spirituelles.
Delphine Allaire – Envoyée spéciale à Port Moresby
«Welkam Papa Santu». Bienvenue Saint-Père en langue tok pisin, créole local à base anglaise. Une centaine de danseurs traditionnels du diocèse de Bereina, l’une des provinces centrales de Papouasie-Nouvelle-Guinée, vêtus de tenues à perles et plumes chatoyantes, a accueilli François pour sa première messe publique en Papouasie-Nouvelle-Guinée, la troisième d’un Successeur de Pierre dans le pays. «Nous honorons le Pape aujourd’hui. Il fait venir le Christ chez nous et respecte notre culture. Seule l’Église peut faire cela», explique le père John Paul Aihi, habillé d’une parure de tête traditionnelle à plumes cuivrées, emmenant la procession des danseurs au-devant de l’estrade aux motifs ethniques installée pour la célébration eucharistique. Dans le stade John Guise et le terrain annexe, remplis de 35 000 fidèles selon les autorités locales, certains sont venus dès 2 heures du matin pour les préparatifs de la messe qui débutait 6 heures plus tard. Quand ils n’ont pas marché des centaines de kilomètres pendant quatre jours, des paroissiens se sont cotisés pour couvrir leur frais de déplacement jusqu’à cette messe dans la capitale.
Surdité et mutisme du cœur provoqué par l’esprit de fermeture
Durant cette messe célébrée en anglais, ayant donné la part belle à la dialectique vitale en ces terres entre foi et culture, le Pape argentin a encouragé les catholiques papouasiens à s’ouvrir et se faire proches. «Ne craignez pas, peuple papou, ouvrez-vous», a-t-il exhorté dans son homélie face aux dizaines de milliers de fidèles rassemblés dans ce stade ayant déjà servi aux Jeux du Pacifique, mais différent de celui où Jean-Paul II célébra une messe pour les vocations en mai 1984.
Devant de nombreuses religieuses missionnaires de la Charité et pèlerins venus aussi des Philippines, le Pape François, s’appuyant sur le récit de Marc dans l’Évangile du jour, a médité sur l’éloignement et la proximité. Prenant exemple sur le sourd-muet, son éloignement et isolement physiologique, François a évoqué le mutisme et la surdité de ceux qui se coupent de la communion et de l’amitié avec Dieu. «Plus que les oreilles et la langue, c’est notre cœur qui est bloqué», a-t-il assuré, regrettant la surdité intérieure et le mutisme du cœur provoqués par les fermetures, à Dieu ou aux autres, manifestes dans l’égoïsme, l’indifférence, la peur de prendre des risques et de s’impliquer, le ressentiment, la haine. «Tout cela nous éloigne de Dieu, nous éloigne de nos frères et aussi de nous-mêmes, et nous éloigne de la joie de vivre», a relevé l’évêque de Rome, proposant en contrepoint «la proximité de Jésus»,antidote au mutisme et à la surdité de l’homme.
S’ouvrir à Dieu, l’Évangile et les autres
«Lorsque nous nous sentons éloignés, ou que nous choisissons de nous tenir à distance –à distance de Dieu, à distance de nos frères, à distance de ceux qui sont différents de nous– alors nous nous refermons, nous nous barricadons en nous-mêmes et nous finissons par tourner uniquement autour de notre ego, sourds à la Parole de Dieu et au cri de notre prochain, et donc incapables de parler avec Dieu et avec notre prochain», a poursuivi le Successeur de Pierre, s’adressant aux peuples du Pacifique et de Papouasie, plus grand pays de la région après l’Australie.
«Vous, frères et sœurs, qui habitez cette terre lointaine; depuis le Pacifique peut-être avez-vous le sentiment d’être séparés, séparés du Seigneur, séparé des hommes. Et cela ne va pas. Non. Vous êtes unis, unis dans l’esprit saint, unis dans le Seigneur», leur a enjoint François, insistant sur l’importance de l’ouverture. «S’ouvrir à Dieu, s’ouvrir aux frères, s’ouvrir à l’Évangile et en faire la boussole de notre vie», a déclaré le Pape. «Courage, ne craignez pas, peuple papou! Ouvrez-vous! Ouvrez-vous à la joie de l’Évangile, ouvrez-vous à la rencontre avec Dieu, ouvrez-vous à l’amour des frères».
Au terme de la messe, à laquelle a pris part le Premier ministre adventiste de PNG, James Marape, rencontré officiellement en privé avant de quitter le stade, le cardinal John Ribat a remercié François. «Votre voyage dans notre pays bien-aimé, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, arrive au bon moment. Il nous apporte bénédictions, paix et encouragements et approfondit notre foi. Nous sommes très reconnaissants pour la célébration eucharistique que nous venons de célébrer avec Sa Sainteté. Elle nous unit à l’Église de Rome», a déclaré l’archevêque de Port Moresby, qui accompagne le Pape lors de sa prochaine étape, à deux heures de la capitale, à Vanimo.
Le Pape exhorte l’Église papouasienne à évangéliser dans l’espérance
Le Pape a réservé samedi 7 septembre son deuxième discours en Papouasie au clergé local, encore jeune et missionnaire dans ce pays où l’Évangile n’est arrivé qu’il y a près de 150 ans. Au sanctuaire de Marie Auxiliatrice, très vénérée en Asie-Océanie, le Souverain pontife argentin a exhorté la jeune Église locale, riche de charismes, à poursuivre l’aventure de l’évangélisation, dans l’audace, la beauté et l’espérance.
Delphine Allaire – À Port Moresby, Papouasie-Nouvelle-Guinée
Accueilli par le premier cardinal local du pays, John Ribat, qu’il a lui-même créé en 2016, le Pape a rencontré les 20 évêques de la conférence épiscopale du pays, couplée à celle des Îles Salomon, ainsi que les prêtres, religieux et religieuses, séminaristes et catéchistes locaux. Au sanctuaire de Marie Auxiliatrice de Port Moresby, propriété salésienne, François s’est arrêté sur l’histoire du lieu.
«Marie Auxiliatrice, selon le titre si cher à saint Jean Bosco; Maria Helpim, comme vous l’invoquez affectueusement ici. Lorsqu’en 1844, la Vierge inspira à Don Bosco la construction d’une église en son honneur à Turin, elle lui fit cette promesse: “Voici ma maison, d’où ma gloire”. Marie lui promit que s’il avait le courage de commencer à construire ce sanctuaire, de grandes grâces s’ensuivraient», a raconté le Pape argentin, ravi de ce centre de rayonnement de l’Évangile, de formation des jeunes et de charité, point de référence pour tant de personnes dans un pays où 40% de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, et où de nombreux enfants marchent dans les rues déchaussés. Le Saint-Père a rappelé avoir été baptisé lui-même par des salésiens.
Le courage des pionniers de la mission
Le Pape a ensuite médité sur trois aspects de la vie chrétienne et missionnaire sur cette jeune et ancestrale terre: le courage de commencer, la beauté d’être là et l’espérance de grandir. Les bâtisseurs de cette église ont commencé leur entreprise en faisant preuve d’un grand acte de foi qui a porté ses fruits, mais qui n’a été possible que grâce aux nombreux autres débuts courageux de ceux qui les ont précédés. «Les missionnaires sont arrivés dans ce pays au début du XIXe siècle et les premiers pas de leur travail n’ont pas été faciles, certaines tentatives ayant même échoué. Mais ils n’ont pas abandonné: avec grande foi et zèle apostolique, ils ont continué à prêcher l’Évangile et à servir leurs frères, recommençant souvent là où ils avaient échoué, avec de nombreux sacrifices», a raconté François, pour qui tout chrétien doit être missionnaire.
Le témoignage solaire des saints et martyrs d’Océanie
Les vitraux de l’église, reflétant une lumière bleu lagon, miroitent les grandes figures spirituelles du pays: Pierre Chanel, Giovanni Mazzucconi et Peter To Rot, martyrs de Nouvelle-Guinée, puis Thérèse de Calcutta, Jean-Paul II, Marie McKillop, Maria Goretti, Laura Vicuña, Zeffirino Namuncurà, François de Sales, Jean Bosco, Marie Dominique Mazzarello.
«Tous ont contribué à porter l’Évangile parmi vous, avec une richesse multicolore de charismes», a relevé François, estimant que précisément leurs «départs et nouveaux départs a fait de nous des instruments de grâce». Le Souverain pontife a pensé en particulier aux périphéries du pays, aux défavorisés des villes, aux habitants des zones reculées et abandonnées, aux marginalisés et blessés moralement ou physiquement «par les préjugés et les superstitions» parfois au risque de leur vie. L’Église locale est en effet très engagée à travers, entre autres, la Caritas dans la lutte contre la sorcellerie et la magie noire visant encore en particulier les femmes de Papouasie. À toutes ces populations vulnérables, François a souhaité apporter la proximité et le réconfort du Christ.
Le Pape a salué les évêques de PNG.
Les graines de beauté et d’espérance fleuriront
Le Souverain pontife a ensuite évoqué la beauté de la foi en cette géographie. «Nous pouvons la voir symbolisée par les coquillages kina dont est orné le chœur de cette église et qui sont un signe de prospérité». Ils rappellent qu’ici, le plus beau trésor aux yeux du Père c’est nous, blottis autour de Jésus, sous le manteau de Marie, a déclaré François, considérant la beauté comme le meilleur moyen de transmettre l’enthousiasme de la mission aux jeunes. «La beauté d’être là n’est donc pas tant vécue lors des grands événements et des moments de réussite, mais plutôt dans la fidélité et l’amour.»
S’appuyant sur l’une «des catéchèses en image» de l’église montrant le passage de la mer Rouge, le Pape a insisté sur l’espérance de grandir. «C’est un signe important, parce qu’il nous encourage aujourd’hui aussi à avoir confiance dans la fécondité de notre apostolat, en continuant à jeter de petites graines de bien dans les sillons du monde.»
Elles semblent minuscules, comme une graine de moutarde, a reconnu François, mais si nous avons confiance et que nous ne cessons pas de les disperser, par la grâce de Dieu, elles germeront, donneront une récolte abondante et produiront des arbres capables d’accueillir les oiseaux du ciel, a-t-il soutenu, invitant chacun «à continuer d’évangéliser, patiemment, sans nous laisser décourager par les difficultés et les incompréhensions, même lorsqu’elles surgissent là où nous aimerions le moins les rencontrer».