13.03.2026 – Prédication de Carême du père Roberto Pasolini O.F.M. Cap. (2/4)

Méditation de Carême: dans un monde en guerre, la fraternité est une responsabilité

La grâce et la charge de la communion étaient au cœur de la deuxième méditation de Carême ce 13 mars, dans la salle Paul VI, en présence du Pape. Le prédicateur de la Maison pontificale s’est attardé sur l’intuition de saint François qui voyait dans les relations interpersonnelles une occasion d’apprendre la logique de l’Évangile.

Edoardo Giribaldi – Cité du Vatican

De l’art aux modèles économiques, divers domaines ont tenté d’imaginer une harmonie universelle entre les hommes, se heurtant à une réalité, faite de nos jours de divisions et de conflits, qui la font apparaître comme «un idéal à atteindre». La fraternité, en revanche, est un don divin mais aussi une responsabilité «sérieuse et urgente», car elle puise dans la diversité pour adoucir les cœurs et permet à chacun de faire la paix avec cette partie de soi qui voudrait lui faire croire qu’il est seul et autosuffisant. Telles sont quelques-unes des réflexions proposées ce vendredi 13 mars, par le prédicateur de la Maison pontificale, le père Roberto Pasolini, dans la salle Paul VI, en présence de Léon XIV.

La fraternité, lieu de conversion authentique

Dans la deuxième des quatre méditations de Carême — prévues tous les vendredis jusqu’au 27 mars et axées sur le thème «Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature» —, le frère capucin a réfléchi sur «La fraternité — La grâce et la responsabilité de la communion fraternelle».

“La fraternité n’est pas un accessoire de la vie spirituelle, ni seulement un contexte favorable où l’on grandit plus facilement dans la grâce. C’est le lieu où la conversion s’accomplit véritablement: l’épreuve la plus sérieuse et, en même temps, le signe le plus éloquent de ce que l’Évangile peut accomplir dans notre vie.”

L’exemple des premières communautés franciscaines

Le père Pasolini évoque notamment la vie des premières communautés franciscaines, que le «Poverello»d’Assise souhaitait dépourvues de relations de pouvoir ou de supériorité, à l’instar des premières communautés chrétiennes. Il ne s’agit pas d’espaces «où se réfugier pour vivre tranquillement», mais de contextes où l’on est ramené «au plus profond de son cœur», avec ses ombres et ses inquiétudes.

“Les frères sont un don du Seigneur. Mais, précisément pour cette raison, ils n’ont pas simplement pour fonction de nous aider ou de nous soutenir tout au long du chemin: ils nous sont confiés afin que notre vie puisse changer.”

«Celui qui vient du même sein»

En réfléchissant à la signification étymologique du mot frère, adelphós, littéralement «celui qui vient du même sein», le prédicateur de la Maison pontificale observe que les frères ne se contentent pas de confirmer «ce que nous sommes»,mais appellent à une transformation.

“Dans leur diversité, dans leurs limites et parfois même dans leurs difficultés, ils deviennent l’espace concret où Dieu façonne notre humanité, en adoucissant nos rigidités et en nous enseignant à vivre avec un cœur plus authentique et plus capable d’amour.”

Abel et Caïn, un «problème de regard»

L’un des récits qui décrit le mieux ces résistances est la «relation douloureuse» entre Abel et Caïn. Une fracture qui naît d’un «problème de regard», selon le frère capucin. Le premier frère, dans le récit de la Genèse, offre les premiers-nés de son troupeau – une offrande que Dieu «regarde avec faveur» – tandis que le second présente simplement quelques fruits de la terre.

“Ce n’est pas tant la qualité de l’offrande qui fait la différence, mais le fait que ce qui est offert représente véritablement sa propre vie. C’est pourquoi Dieu n’accepte pas le don de Caïn: non pas pour le condamner, mais pour le provoquer. Accepter ce geste reviendrait à le laisser dans la conviction qu’il n’a vraiment rien de bon à offrir. Dieu, au contraire, semble vouloir l’aider à croire que sa vie aussi peut devenir un don.”

«Qui est Caïn en nous?»

À partir de cet épisode, le père Pasolini nous invite à nous interroger, en nous demandant «qui est Caïn en nous»: c’est-à-dire quelle place occupe le ressentiment, qui se transforme en distance puis en violence, dans le cœur de chacun. Cette rancœur qui naît du constat que «nous ne sommes pas seuls » et que « nous ne sommes pas tout».

“Lorsque nous ne parvenons pas à faire la paix avec cette réalité, la présence de l’autre peut devenir insupportable.”

La logique de la miséricorde envers ceux qui pèchent

Pour saint François, cependant, la fraternité n’était pas un problème à résoudre, mais une occasion d’apprendre la logique miséricordieuse de l’Évangile envers le prochain qui pèche. Une dynamique que l’on retrouve également dans la brève mais intense Lettre à Philémon de saint Paul.

“Lorsque les relations se détériorent et que la communion est brisée, l’Évangile ne suggère pas en premier lieu de défendre ses propres droits, mais de rechercher le bien le plus grand et toujours possible: celui qui permet de reconnaître dans l’autre non plus un adversaire ou un débiteur, mais un frère aimé du Seigneur.”

Accueillir au milieu des blessures, des déceptions et des aversions

Cette réalité peut sembler éloignée de la vie concrète, mais elle devient tangible lorsque les relations se fondent sur «un lien de liberté». Non pas sur la sympathie ou l’affinité, mais sur «le fait que Dieu nous a choisis et nous a appelés à vivre ensemble dans l’Église comme frères et sœurs».

“Pâques a commencé à agir en nous dès l’instant où nous découvrons que nous pouvons accueillir les autres même lorsqu’ils nous blessent, lorsqu’ils nous déçoivent, lorsqu’ils se comportent en adversaires. Non pas parce que nous sommes devenus plus forts ou plus vertueux, mais parce que quelque chose en nous est déjà mort et que quelque chose de nouveau a commencé à vivre.”

Ne pas perdre de vue l’horizon

L’intuition du Poverello d’Assise, explique encore le prédicateur de la Maison pontificale, est de voir la conversion qui jaillit «précisément de ce que les autres nous font, même lorsqu’ils nous blessent ou nous mettent à l’épreuve».

“Cela élargit considérablement notre regard. Dans la vie quotidienne, les efforts de fraternité peuvent être lourds. Les distances entre nous, les paroles qui blessent, les incompréhensions qui persistent peuvent devenir douloureuses. C’est précisément pour cela que nous ne devons jamais perdre de vue l’horizon. Lorsque nous perdons la perspective de la vie éternelle, certaines difficultés deviennent totalement inacceptables.”

Accueillir la fraternité comme un don et une responsabilité

La foi, conclut le père Pasolini, ne sépare pas, mais nous rappelle que «personne ne peut être exclu de notre cœur». Libérés, par la résurrection de Jésus, non pas de la fatigue des relations, mais du soupçon que cet effort soit vain.

“C’est pourquoi, en ces jours de Carême, alors que l’histoire du monde continue d’être marquée par les divisions, les guerres et les conflits, nous, chrétiens, ne pouvons nous limiter à parler de la fraternité comme d’un idéal à atteindre. Nous sommes appelés à la recevoir comme un don et, en même temps, à l’assumer comme une responsabilité très sérieuse et urgente.”

Source : VATICANNEWS, le 13 mars 2026

L’épreuve de Joseph

L’épreuve de Joseph

Peux-tu être surpris si Joseph se jugeait indigne de vivre en commun avec la Vierge, quand tu entends que sainte Élisabeth, elle aussi, ne put supporter sa présence qu’avec crainte et respect ? Voici ses paroles : Comment m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne chez moi ? (Lc 1,43). Voilà donc pourquoi Joseph voulut la renvoyer.

Mais pourquoi en secret et non au grand jour ? Pour éviter toute enquête sur le motif de la séparation, ce qui exigeait d’en rendre compte. S’il avait dit son sentiment et la preuve qu’il s’était faite de la pureté de Marie, les gens ne l’auraient-ils pas tourné en dérision et n’auraient-ils pas lapidé Marie ? Comment auraient-ils cru en la Vérité encore muette au sein maternel ? Que n’auraient-ils pas fait au Christ encore invisible ?

C’est donc avec raison que cet homme juste, pour n’être pas réduit à mentir ou à exposer au blâme une innocente, voulait en secret renvoyer Marie.

Saint Bernard de Clairvaux Extrait de la deuxième homélie Super missus

Lectures de la messe du jour

Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

Source : une minute avec Marie

13.03.2026 – SAINT DU JOUR

Ste Irmã Dulce

Religieuse brésilienne

« Bon Ange de la Bahia »

Irmã Dulce (dans le siècle Maria Rita), deuxième fille de Lopes Pontes Augusto dentiste, professeur à l’École de médecine dentaire, et de Dulce Maria de Souza Brito Lopes Pontes,  naît le 26 mai 1914, à Salvador de Bahia.

À 13 ans, elle a déjà transformé la maison familiale, au 61, Rue de l´Indépendance, en un centre d´accueil de personnes en difficultés. C´est à cette époque qu´elle manifeste pour la première fois le désir de se dédier à la vie religieuse, après avoir visité l´une de ses tantes vivant avec d´autres personnes pauvres parmi les pauvres.

Sa vocation de travailler pour la population souffrante est due à une influence directe de sa famille, à un héritage de son père, et à un appui décisif de sa sœur, Dulcinha.

Le 8 février 1933, peu après avoir terminé sa formation de professeur, Maria Rita entre dans la Congrégation des Sœurs Missionnaires de l´Immaculée conception de la Mère de Dieu, dans la ville de São Cristóvão, dans l´état du Sergipe. Une année plus tard, le 15 août 1934, elle prononce ses vœux définitifs, à l´âge de 20 ans, recevant le nom de Irmã Dulce en hommage à sa mère, décédée quand elle avait 7 ans.

Sa première mission est d´enseigner dans un collège tenu par sa congrégation dans le quartier de Massaranduba, dans la ville basse à Salvador. Mais, très vite, elle songe de nouveau à œuvrer pour les plus pauvres. Dès 1935, elle commence à aider la communauté pauvre des Alagados (= des inondés) et d´Itapagipe, de la ville basse, lieux où vont se développer les principales activités des futures Œuvres sociales d´Irmã Dulce.

Les premières années de travail apostolique de la jeune missionnaire sont intenses. En 1936, elle fonde l´Union ouvrière de Saint François, premier mouvement ouvrier de la Bahia. En 1937, elle fonde, avec le Frère Hildebrando Kruthaup, son père spirituel, le Cercle ouvrier de Bahia, qui compte rapidement 3 cinémas, construits grâce à divers dons.

En Mai 1939, Irmã Dulce inaugure le Collège Saint Antoine, école publique destinée pour les ouvriers et leurs enfants, dans le quartier de Massaranduba.

La même année, elle fait construire cinq maisons dans l´île aux Rats, pour accueillir les malades qui errent dans les rues. Expulsée de ce lieu, elle déménage d´un endroit à l´autre, emmenant ses malades avec elle dans différents endroits. Finalement, elle s´installe dans le poulailler du Couvent Saint Antoine, qui s´improvise peu à peu en auberge et devient la base du futur hôpital Saint Antoine. Ce dernier s´agrandit et est aujourd´hui le centre d´un immense complexe médical, social et éducatif qui continue à ouvrir ses portes pour les pauvres de la Bahia et de tout le Brésil.

L´encouragement pour développer son œuvre, Irmã Dulce le tient du peuple bahianais, des brésiliens de tout le pays et de personnalités internationales. En 1988, elle est recommandée par le Président de la République de l´époque, José Sarney et la Reine Silvia de Suède, pour recevoir le prix Nobel de la Paix. Mais surtout, le 7 juillet 1980, elle reçoit les encouragements de saint Jean-Paul II, lors de sa première visite du pays, pour développer son œuvre.

Les deux se rencontreront de nouveau le 20 octobre 1991, lors de la seconde visite du Souverain Pontife au Brésil. Saint Jean-Paul II insiste alors pour bousculer son emploi du temps minuté pour visiter Irmã Dulce au Couvent Saint Antoine, déjà bien affaiblie dans son lit d’hôpital. 

Cinq mois plus tard, le 13 Mars 1992, elle rejoint la Maison du Père. Le jour de ses obsèques, dans l´église Notre Dame de l´Immaculée Conception de la Plage, les hommes politiques, les industriels et les artistes, se mêlaient aux milliers de fidèles, souvent très pauvres, venus pleurer leur « Bon Ange de la Bahia ».

Son œuvre constitue l´une des plus grandes et des plus respectées institutions philanthropiques du pays. Toute sa vie, malgré sa santé fragile et son insuffisance respiratoire, elle courut d´un bureau à un autre, avec comme unique objectif de faire de sa vie un instrument vivant du Salut du Monde.

 

Irmã Dulce a été béatifiée le 22 mai 2011, au Parc des Expositions de Salvador de Bahia (Brésil), au cours d’une célébration, présidée par Mgr Murilo Krieger, archevêque et cardinal primat de Salvador. Elle est canonisée le 13 octobre 2019, place Saint-Pierre à Rome, par le pape François.

Source principale : adveniat-regnum-tuum.blogspot.fr/ (« Rév. x gpm »)

Ste Irmã Dulce priez pour nous !

13.03.2026 – ÉVANGILE DU JOUR

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 12,28b-34. 

En ce temps-là, un scribe s’avança pour demander à Jésus : « Quel est le premier de tous les commandements  ? »
Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : ‘Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force.’
Et voici le second : ‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même.’ Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »


Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui.
L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »


Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger.

Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :

Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)

franciscain, docteur de l’Église

Sermon du 5e dimanche après Pâques (Une Parole évangélique, trad. V. Trappazzon, éd. Franciscaines, 1995, p. 51-52, rev.)

Demander au Père l’Amour

« Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom » (Jn 16,23). Le Père est Dieu ; nous sommes ses enfants et lui disons chaque jour : “Notre Père, qui est aux cieux…” Nous, les enfants, nous devons donc demander quelque chose au Père et ce quelque chose est l’amour. En effet, tout ce qui existe n’est rien en dehors de l’amour de Dieu. Aimer Dieu est donc ce quelque chose que nous devons demander. Aimons donc Dieu comme le petit de la cigogne aime son père. On dit que le petit de la cigogne aime tellement son père que, lorsqu’il vieillit, il le réconforte et le nourrit. De la même manière, nous devons réconforter notre Père en ce monde qui vieillit ; le réconforter dans ses membres faibles et malades ; le nourrir dans les pauvres et les indigents. Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, a dit Jésus, c’est à moi que vous l’aurez fait (cf. Mt 25,40). Si nous demandons l’amour, le Père qui est amour, nous donnera ce qu’il est lui-même : l’Amour.

LECTURES :

Livre d’Osée 14,2-10. 

Ainsi parle le Seigneur : Reviens, Israël, au Seigneur ton Dieu ; car tu t’es effondré par suite de tes fautes.
Revenez au Seigneur en lui présentant ces paroles : « Enlève toutes les fautes, et accepte ce qui est bon. Au lieu de taureaux, nous t’offrons en sacrifice les paroles de nos lèvres.
Puisque les Assyriens ne peuvent pas nous sauver, nous ne monterons plus sur des chevaux, et nous ne dirons plus à l’ouvrage de nos mains : “Tu es notre Dieu”, car de toi seul l’orphelin reçoit de la tendresse. »
Voici la réponse du Seigneur : Je les guérirai de leur infidélité, je les aimerai d’un amour gratuit, car ma colère s’est détournée d’Israël.
Je serai pour Israël comme la rosée, il fleurira comme le lis, il étendra ses racines comme les arbres du Liban.
Ses jeunes pousses vont grandir, sa parure sera comme celle de l’olivier, son parfum, comme celui de la forêt du Liban.
Ils reviendront s’asseoir à son ombre, ils feront revivre le froment, ils fleuriront comme la vigne, ils seront renommés comme le vin du Liban.
Éphraïm ! Peux-tu me confondre avec les idoles ? C’est moi qui te réponds et qui te regarde. Je suis comme le cyprès toujours vert, c’est moi qui te donne ton fruit.
Qui donc est assez sage pour comprendre ces choses, assez pénétrant pour les saisir ? Oui, les chemins du Seigneur sont droits : les justes y avancent, mais les pécheurs y trébuchent.

Psaume 81(80),6c-8a.8bc-9.10-11ab.14.17. 

R/ C’est moi, le Seigneur ton Dieu, écoute ma voix. (Ps 80, 11.9a)

J’entends des mots qui m’étaient inconnus :
« J’ai ôté le poids qui chargeait ses épaules ; 
ses mains ont déposé le fardeau.
Quand tu criais sous l’oppression, je t’ai sauvé.

« Je répondais, caché dans l’orage,
je t’éprouvais près des eaux de Mériba.
Écoute, je t’adjure, ô mon peuple ; 
vas-tu m’écouter, Israël ?

« Tu n’auras pas chez toi d’autres dieux, 
tu ne serviras aucun dieu étranger.
C’est moi, le Seigneur ton Dieu,
qui t’ai fait monter de la terre d’Égypte ! »

« Ah ! Si mon peuple m’écoutait, 
Israël, s’il allait sur mes chemins !
Je le nourrirais de la fleur du froment, 
je te rassasierais avec le miel du rocher ! »

15.03.2026 – HOMÉLIE DU 4ÈME DIMANCHE DE CARÊME – JEAN 9, 1-41

Génétique spirituelle

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Longtemps, et peut-être aujourd’hui encore, l’Église a considéré que le péché était sexuellement transmissible, jetant indûment un voile de culpabilité sur l’acte de donner amoureusement la vie. La Genèse nous explique son origine et, depuis Adam, le péché se transmet de génération en génération. Ainsi héritons-nous la faute originelle dans la plus pure innocence. Avant de questionner ce principe de la « faute des pères qui retombe sur les fils », renversons la logique culpabilisante.

Que nous héritions le péché originel – ce que la doctrine de l’Église affirme – devrait justement nous délivrer d’une certaine culpabilité : nous ne sommes pas responsables de tous les maux qui nous affectent. Bien souvent, nous en héritons. Nous ne sommes responsables que de l’amplification que nous donnons à la souffrance. Dire qu’un enfant hérite le péché originel, c’est d’abord affirmer son innocence personnelle. Toute âme est originellement pure, mais sa venue au monde la confronte d’emblée au mal. En ce sens, nous sommes tous des innocents blessés. Ainsi, nous comprenons que le récit du péché originel, avant d’être celui de la culpabilisation de l’humanité, est celui qui proclame la primauté de l’innocence sur la faute. On comprend mieux ainsi le regard de Dieu.

Tout de même ! Quelle justice y a-t-il à proclamer, à plusieurs reprises dans la Bible : « Moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et la quatrième génération » (Ex 20, 5 ; Ex 34, 7 ; Nb 14,18 ; Dt 5, 9) ? Où est ici l’amour juste, le souci premier de l’innocent ? Remarquons d’abord que ce verset n’est pas en soi une accusation mais un avertissement, précisément adressé aux pères : vos défauts d’amour, vos fautes auront des conséquences sur les générations futures. Ainsi voit-on la mécanique de la violence intrafamiliale crûment exposée : les enfants mal-aimés risquant, à leur tour, d’être des parents mal-aimants. Ce n’est pas génétiquement que nous héritons les maux ; c’est spirituellement, affectivement, de notre entourage.

Tous nous avons une conscience personnelle, fondée sur les valeurs que nous acceptons ou rejetons. Et, en cela, nous avons une autonomie de jugement et, donc, une responsabilité. Mais les familles, les sociétés, les peuples et les nations ont-elles aussi leurs valeurs, leur culture, leurs blessures, qu’elles nous imposent, parfois avec force et même sans consentement. Beaucoup de nos modes affectifs ou comportementaux – beaucoup de nos troubles aussi – sont hérités, que nous les acceptions ou rejetions.

Dans ce contexte, on comprend l’interrogation des disciples face à l’aveugle-né : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Dans une culture qui considère le handicap non seulement comme un défaut mais comme une punition divine, confrontés comme nous à l’incompréhensible de la souffrance infantile, il faut forcément un coupable.

Jésus dément ce raisonnement : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ». Ainsi, à coté de notre péché propre et de la souffrance héritée de notre environnement blessé, y a-t-il des maux non « génétiques », qui ne résultent pas de blessures humaines transmises. On retrouve ici la nécessité du Diable et des démons qui nous parlent, d’un esprit du monde qui nous atteint indépendamment de tout contact humain. Il y a aussi, en nous, un combat du bien et du mal qui nous dépasse infiniment.

Le péché nous rend aveugles et c’est le propos de l’Évangile de ce dimanche. Nous sommes aveuglés par les esprits mauvais qui nous affectent, nous étourdissent et parfois nous perdent. Certains de ces esprits – familiaux, sociétaux – sont hérités, d’autres s’attaquent à l’innocence-même, au projet originel de Dieu pour nous. De tous ces maux, la parole de Dieu nous délivre. C’est le sens du geste du Christ qui mêle sa salive à la terre dont est issu Adam. Le verbe de Dieu nous libère des emprises mondaines, que ce soient les chaînes que nous nous donnons, les emprises familiales, culturelles ou sociétales que nous subissons ou la violence aveugle du monde qui nous atteint.

Nous ne sommes pas coupables de tous les malheurs qui nous arrivent, nous ne sommes même pas coupables des fautes héritées, nous ne portons de responsabilité que sur la manière dont nous répercutons les maux qui nous assaillent.

Il est humainement naturel de vouloir rejeter le mal qui nous frappe ; il est profondément humain de vouloir éviter la souffrance. Le Christ lui-même a demandé au Père d’éloigner la coupe du malheur (Mt 26,39-42 ; Mc 14, 36 ; Lc 22, 42) et, immanquablement, nous le ferons. C’est même spirituellement sain.

La question est de savoir comment nous le ferons. Allons-nous répercuter nos souffrances sur nous-même, sur le monde ou sur Dieu ? Généralement, nous faisons les trois : nous nous sentons coupables de souffrir, désireux de nous venger, allant parfois jusqu’à remettre en cause l’amour que Dieu nous porte. C’est l’attitude des pharisiens qui accusent tour à tour l’aveugle, ses parents et Jésus.

Le Christ propose une quatrième voie, celle de lui laisser porter cette souffrance pour nous, de nous laisser guérir et de ressusciter avec lui. C’est la voie de la sagesse, de l’innocence retrouvée dont témoigne l’aveugle guéri, qui dame spirituellement le pion aux théologiens qui l’interrogent. Le Christ souligne : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles ».

L’aveugle-né est innocent. Ce qui est coupable aux yeux du Christ, c’est de voir le mal et, au lieu de se laisser toucher par Dieu, de le répercuter … parfois de génération en génération. « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’, votre péché demeure. »

De la boue du monde, Dieu fait des merveilles en y mêlant sa parole. Il crée Adam et le guérit de ses aveuglements. Ainsi personne, que la violence spirituelle, familiale ou sociétale n’atteint n’est-il coupable des maux qui l’affligent sauf à vouloir s’en venger.

Les blessures générationnelles sont parmi les plus difficiles à résoudre. Souvent, elles nous aveuglent, faisant partie d’un contexte hérité dont nous sommes innocents. Mais, par ailleurs, bien que nous voyons la souffrance qu’elles nous causent, il nous arrive de leur donner de l’ampleur, de les répercuter, entretenant ainsi le cycle de la violence en connaissance de cause.

Pour briser ce cercle de la violence subie que, de génération en génération, notre humanité répercute, il faut qu’arrivent des personnes qui se laissent aveuglément guérir par Dieu. Prions que ce soit nous.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 11 mars 2026