« Laisser le Seigneur prendre soin de nous », par Mgr Follo

Vitrail du Coeur du Christ @ sacrecoeur-paray.org

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« Laisser le Seigneur prendre soin de nous », par Mgr Follo

« La vie est un don, pas un spectacle »

Mgr Francesco Follo invite à « ne pas prendre soin de nous », mais à « laisser le Seigneur prendre soin de nous », dans ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 7 novembre 2021, 32e dimanche du temps ordinaire.

Comme lecture patristique, l’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris, propose une page de saint Paulin de Nole (+ 431).

La vie est un don, pas un spectacle

1) La vraie humilité.

L’Evangile, proposé dans la liturgie de ce dimanche,  relate deux scènes de la vie qui sont toujours d’actualité et nous invitent à un examen de conscience sur ce qui fait de nous des chrétiens: l’humilité et le dévouement. En effet, à nous aussi Jésus dit ce qu’il enseigna à ses disciples, dans le temple de Jérusalem : « ‘Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés’. Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. ». (Mc 12,38-44)

Dans la première scène, le Christ parle des scribes. Son but est de dénoncer certaines manières d’agir, que l’on peut trouver chez n’importe quel homme religieux, et à toute époque. On reconnaît tout de suite ces hommes à leur attitude arrogante, un défaut qui pourrait nous faire sourire mais, hélas, toujours actuel.

Les scribes s’exhibent dans des habits recherchés, prétendent déférence et vénération. Mais le plus grave c’est qu’ils ont introduit dans leur vie la supercherie (« ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières »). Une double tromperie, celle de séparer le culte de Dieu et la justice : ils prient Dieu mais nuisent aux pauvres. Et, pire encore, ils se donnent l’illusion d’aimer Dieu et leur prochain, alors qu’en fait ils n’aiment que leur personne. L’autorité morale dont jouissent ces scribes, leur doctrine, tout est utilisé pour les mettre en lumière, tout est instrumentalisé à leur avantage. Même les critères de justice finissent par se mélanger à leurs intérêts personnels.

Je crois qu’il est important de relever que le but du Rédempteur n’est pas simplement d’inviter à l’humilité, en dénonçant l’arrogance et l’hypocrisie des scribes. Après avoir stigmatisé les scribes en disant qu’ils étaient de faux et mauvais maitres, il parle dans la deuxième scène d’une pauvre veuve, montrant que c’est elle qui est dans le juste en enseignant à tout donner. De cette façon, avec un « tout petit » exemple, nous pourrons comprendre le grand exemple du Christ qui s’est livré jusqu’à mourir pour nous et ainsi nous donner la vie.

La scène se déroule dans la cour du temple de Jérusalem auquel les femmes avaient accès elles aussi. Dans cette cour, étaient alignés treize paniers destinés aux offrandes. Les gens y jetaient de l’argent sous le regard d’un prêtre du Temple qui vérifiait l’authenticité des pièces et annonçait tout haut le montant de la somme, pour la foule qui assistait au « spectacle ». Jésus, Grand prêtre du nouveau testament, est lui aussi assis devant les treize petits coffres, mais il ne fait pas l’éloge – comme font les autres – de l’offrandes généreuse qui est faite et dont le prêtre vient d’annoncer le montant.

Le Fils de Dieu ne regarde pas les apparences, car Dieu regarde le cœur (cf. 1 Sam16,7) et il vante le geste d’une veuve qui fait don d’à peine quelques pièces. Cette veuve est une pauvre femme qui n’a plus personne, plus d’attache, mais une foi en Dieu si grande que, même si ces petites pièces sont tout ce qu’elle possède, elle les offre à Dieu parce qu’elle est sûre de Lui appartenir.

2) Une vraie dévotion.

Le geste de la femme n’est pas spectaculaire, mais un vrai geste de piété que Jésus reconnaît et indique comme étant un vrai beau geste, «  un geste authentique » car sûr, droit, ordonné, dévoué, humble, en un mot: total. La veuve jette dans le trésor du temple tout ce qu’elle possède et jette en Dieu tout ce qu’elle est. Tout ce que cette veuve possède et qu’elle est, dont elle fait don totalement, nous renvoie à cette mesure de l’amour du Christ, qui consiste à donner sa propre vie. Aimer vraiment, c’est tout donner, sans compter, sans rien attendre en retour, comme ici, comme le Seigneur fait toujours avec nous.

Relatif aux quatre adjectifs utilisés pour qualifier ce geste « d’authentique », j’ajouterais qu’il est :

  • humble, parce que fait sans prétentions et parce que Dieu « se tourne vers la prière du spolié, et ne méprise pas sa prière” (Ps 102,18);
  • dévoué, parce que débordant de charité, autrement dit d’amour de Dieu et du prochain, vécu comme un don de soi ému;
  • ordonné, car rien ne passe avant Dieu et qu’en Dieu elle aime son prochain;
  • droit, parce qu’elle demande le bien. La prière est une « demande  Dieu de choses qui sont un bien pour nous » (Saint Jean Damascène);
  • sûr, car parti d’un cœur sûr d’être écouté : « Il m’appelle, et moi, je lui réponds » (Ps91,15).

Ce vrai geste de dévotion, total, est «  utilisé » par le Magistère. Jésus l’utilise pour enseigner que son critère pour mesurer le monde n’est pas la quantité mais le cœur. Aux yeux de Celui qui regarde le cœur, la quantité n’est qu’apparence. Ce n’est pas l’argent qui compte, mais tout l’amour mis dans le geste,  toute la vie que renferme celui-ci. Comme dit saint Jean de la Croix: « A la fin de notre vie nous serons jugés sur la quantité d’Amour », et l’épisode d’aujourd’hui comme la description du Jugement dernier: « J’avais faim, soif, etc., et vous m’avez donné à manger, à boire, etc. » nous rappellent que l’évangile peut être vécu grâce à un morceau de pain ou dans un verre d’eau fraîche, donnés seulement par amour,  grâce à deux pièces de monnaie, données de tout son cœur.

L’important est de donner, en y mettant tout son cœur.  Tout donner comme la veuve de l’Evangile d’aujourd’hui, ou la moitié de ses biens comme a fait Zachée, importe peu à  Jésus, car Il ne mesure pas. Il demande d’être aimé avec tout le cœur, avec toute l’âme, de tout notre être. Raison pour laquelle, il loue le geste de la veuve et dit à Zachée qui a donné la moitié de ses biens: « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison » (cf. Lc 19, 9).

La charité ne fonctionne pas au poids ou quand on a le temps. Le don, qui a « du poids » aux yeux du Christ, est celui que nous faisons en nous donnant à Lui, « dans un abandon total et une confiance amoureuse » (cf. M. Teresa de Calcutta) On peut aussi donner la vie, comme dit saint Paul, mais si notre cœur ne connaît pas la charité ou si l’on est généreux pour s’entendre dire des compliments, pour faire bien … laissons tomber. Nos offrandes à l’Eglise et aux pauvres peuvent être riches, mais si notre cœur n’est pas en Dieu, ces biens ne sont que poussière. Jésus nous dit de donner beaucoup de ce que nous avons, mais tout ce que nous pouvons, avec joie.

Enfin, je crois qu’il est juste de souligner que la veuve citée par Jésus dans l’Evangile d’aujourd’hui ressemble à l’Eglise-Epouse. Elle est à son image,car elle se donne entièrement à l’Epoux qui est en Jésus Christ, le Fils de Dieu, qui s’est fait pauvre pour elle.

C’est donc de cette femme, de son exemple, que les femmes consacrées  dans le monde doivent s’inspirer pour vivre leur vocation d’épouses. Elles aussi, comme cette femme, sont appelées à témoigner qu’aucune autre présence ne trouvera désormais place en elles et que, comme cette femme, elles mettent tout à la disposition de Dieu et de son royaume. Leur vie devient une réponse très concrète au Christ qui leur dit : « Tu m’as ravi le cœur, ma sœur, mon épouse, tu m’as ravi le cœur d’un seul regard » (Ct 4,9) et par leur vie, comme l’épouse du cantique des cantiques à son bien-aimé, elles demandent toujours: « Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras; Car l’amour est fort comme la Mort, la passion, implacable comme l’Abîme : ses flammes sont des flammes de feu, fournaise divine.! » (Ct 8,6). En effet: « Je suis à mon bien-aimé, mon bien-aimé est à moi » (Ct 6,3). La virginité révèle l’intégrité, la sainteté et la vérité d’une personne, elle permet de vivre pour le Seigneur, de témoigner que le cœur humain est fait par Dieu et pour Dieu, de servir Dieu de tout son cœur dans un dévouement total, en commençant par donner deux petites pièces de monnaie.

Traduction d’Océane Le Gall

Lecture Patristique: saint Paulin de Nole (+ 431)

Donner avec générosité-Epître 34, 2-4 

(CSEL 29, 305-306)

Qu’as-tu donc que tu n’aies reçu? demande l’Apôtre (1Co 4,7). Voilà pourquoi, mes bien-aimés, il ne faut pas que nous gardions jalousement nos richesses comme si elles étaient nôtres, mais que nous les prêtions, puisqu’elles nous ont été confiées. Car on nous en a confié la charge, et nous avons l’usage d’une richesse commune, non la possession éternelle d’un bien propre (cf. 1Co 9,17). Si tu reconnais que ce bien n’est à toi ici-bas que pour un temps, tu pourras le posséder éternellement dans le ciel. <>

Rappelons-nous cette veuve qui se préoccupait des pauvres sans se soucier d’elle-même. Ne pensant qu’à la vie future, elle abandonna tous ses moyens d’existence, comme le Juge lui-même l’a attesté. Les autres, en effet, avaient donné du surplus de leurs biens. Cette femme, qui avait pour toute fortune deux petites pièces de monnaie, était peut-être plus dépourvue que beaucoup de pauvres, mais les richesses de son cœur dépassaient celles de tous les riches. Elle n’avait en vue que les richesses de la récompense éternelle. Elle ne désirait que le trésor céleste et, d’un seul coup, elle s’est dépouillée de tous ses biens, ceux qui viennent de la terre et qui retournent à la terre.

Prêtons donc au Seigneur les biens que nous avons reçus de lui. Nous ne possédons rien, en effet, qu’il ne nous ait donné, et nous n’existons que parce qu’il le veut. En particulier, comment pourrions-nous penser avoir quelque chose à nous, alors que nous avons contracté une dette plus grande et spéciale, et que nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes? Car Dieu nous a créés, mais il nous a aussi rachetés.

Eh bien, réjouissons-nous d’avoir été rachetés à grand prix, en vérité, par le sang du Seigneur lui-même. Ce qui fait que nous ne sommes plus des esclaves sans valeur. Être libre de la justice est en effet une liberté plus vile que l’esclavage, puisqu’une pareille liberté fait de l’homme un esclave du péché et un prisonnier de la mort. Aussi, rendons au Seigneur ce qu’il nous a donné; donnons à Celui qui reçoit en tout pauvre; donnons, dis-je, avec joie, pour recevoir de lui dans l’allégresse, comme il l’a promis.

Source: ZENIT.ORG, le 5 novembre 2021

La guérison de l’aveugle Bartimée: « Le Christ est la Lumière », par Mgr Follo

Guérison de Bartimée, P. Ivan Marko Rupnik, mosaïque de S. Benito Menni, Hôpital Fatebenefratelli de Rome © Centre Aletti

Guérison De Bartimée, P. Ivan Marko Rupnik, Mosaïque De S. Benito Menni, Hôpital Fatebenefratelli De Rome © Centre Aletti 

La guérison de l’aveugle Bartimée: « Le Christ est la Lumière », par Mgr Follo

« Maintenant il sait à qui mendier »

« Bartimée, comme chacun de nous, a besoin d’être aimé et il a la chance d’entendre Jésus lui poser une question pleine d’amour: Jésus ne lui dit pas «  que veux-tu faire? » mais «  que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Cette question, qui part du cœur, manifeste la compassion du Christ », explique Mgr Francesco Follo dans ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 24 octobre 2021.

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris invite « à faire comme l’aveugle Bartimée qui demande au Christ non seulement quelque chose, mais aussi la miséricorde de Dieu sur sa vie ».

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose une page de saint Clément d’Alexandrie (150 -215).

AB

Le Christ est la Lumière

Prémisse

Pour aider à comprendre l’Évangile d’aujourd’hui qui relate le miracle du Christ rendant la vue à l’aveugle Bartimée, je pense que quelques lignes d’introduction sont utiles. « Voir » signifie venir à la lumière : c’est naître. C’est le dernier miracle que Jésus a accompli avant sa passion et sa mort sur la croix. C’est l’aboutissement de son œuvre : ouvrir nos yeux pour nous permettre de voir sa gloire sur la croix et le suivre sur son chemin de vie. Contrairement à Jacques et Jean qui avaient demandé à s’asseoir à droite et à gauche du Rédempteur, l’aveugle sait qu’il ne voit pas et sait quoi demander : voir, venir à la lumière et entrer dans la pleine vie apportée par le Fils de Dieu. Demandons au Seigneur de guérir les yeux de notre cœur, de le voir et de L’accueillir dans notre vie, Lui qui se soucie de notre vie en nous faisant naître dans la sienne.

Dans le message biblique, la lumière est l’image la plus immédiate de Dieu : Il est tout entier Luminosité, Vie, Vérité, Lumière, dans la résurrection qui vient après la mort dramatique sur la Croix, dont la douleur est infiniment plus grande que celle de l’accouchement humain. Ce que le texte de la Genèse décrit comme le commencement de toutes choses, dans l’évangile se déroule d’une manière plus sublime. Dans cette nouvelle création, Dieu dit encore : « Que la lumière soit ! ». La résurrection de Jésus est une éruption de lumière. La mort est finie, le sépulcre grand ouvert. Le Ressuscité lui-même est Lumière, la Lumière du monde. Avec la résurrection, le jour de Dieu entre dans les nuits de l’histoire. A partir de la résurrection, la lumière de Dieu se répand dans le monde et dans l’histoire. C’est le jour. Seule cette Lumière – Jésus-Christ – est la vraie Lumière, plus que le phénomène physique de la lumière. Il est la pure Lumière : Dieu lui-même, qui fait naître une nouvelle création au milieu de l’ancienne, transforme le chaos en cosmos.

Le Christ est la grande Lumière d’où vient toute vie. Il est le jour de Dieu qui maintenant, à mesure qu’il grandit, se répand sur toute la terre. En vivant avec lui et pour lui, nous pouvons vivre à la lumière de la vie.

1) Cœur et yeux ouverts à la lumière

Pour révéler que Jésus est la lumière, l’évangile de ce dimanche nous parle du Messie qui guérit un aveugle. Le Christ éclaire toute les obscurités de la vie et permet à l’aveugle guéri, mais à nous tous aussi, de vivre en «  fils de la lumière », de voir la lumière de la Vérité.

Quelles ont été (et elles le sont encore aujourd’hui) les conditions pour que ce miracle ait lieu? La prière (« Jésus, prends pitié de moi » – Mc 10, 47) et la foi (« Va, ta foi t’a sauvé » – Mc10, 52), sont toutes deux expression de liberté. Liberté de l’aveugle qui «  sent » la présence du sauveur et comprend intuitivement qu’il lui convient d’adhérer à la vérité de l’amour du Christ ;  Liberté de Jésus  qui donne « libre cours » à son émotion. L’aveugle lui crie d’avoir pitié de lui, Jésus interrompt sa marche et accompli le miracle qui lui est imploré.

Lisons cette scène de l’évangile avec les yeux du cœur. Bartimée est un homme pauvre et aveugle, il est accroupi au bord de la route, honteux de devoir mendier pour vivre. Il est assis, arrêté comme tous ceux que les vagues de la vie font céder. Mais voilà qu’un beau jour, soudainement, dans le village où il mendie, passe Jésus, qui est la charité incarnée. L’aveugle entend les bruits qui entourent le messie, sent une présence purificatrice et comprend qu’il pourra reprendre le chemin de la vie, dans la lumière. Il se met alors à courir vers Jésus (littéralement il fait un bond) et le supplie en criant: «  Prends pitié de moi! » (D’où l’invocation « Seigneur pitié » – « Kyrie eleison » de la messe). Des gens le rabrouent et lui disent de se calmer, mais il crie encore plus fort, le supplie encore plus: « Fils de David, prends pitié de moi ! ».

Bartimée ne demande pas quelque chose, il demande à Dieu d’avoir pitié de sa vie. Empressons-nous, nous aussi, d’aller vers le Christ, et que chacun de nous, comme l’aveugle, implore: «  Ai pitié de moi, fils de David, et ouvre-moi  les yeux de l’âme, afin que je vois la lumière du monde que tu es, Dieu, et que je devienne moi aussi fils du jour divin (cf. Jn 12,36). Envoie le Consolateur, ô clément, sur moi aussi, afin qu’il m’enseigne lui-même (cf. Jn 14,26) ce qui te concerne et ce qui est tien, ô Dieu de l’univers. Reste, comme tu l’as dit, en moi aussi, afin que je devienne à mon tour digne de rester en toi (cf. Jn 15,4). » (Siméon le Nouveau Théologien – Ethique – né en l 949 –mort en 1022).

Empressons-nous d’aller vers Jésus et nous obtiendrons la vue du cœur et de l’esprit. Approchons-nous et après avoir obtenu du Christ la vue, nous serons également irradiés par l’éclat de sa lumière. Plus nous nous approcherons du messie, en nous exposant de plus en plus à l’éclat de sa lumière, plus sa luminosité sera magnifique et resplendira, comme Dieu le révèle dans la bouche du prophète: revenez à moi et je reviendrai à vous, dit le Seigneur (Zac 1, 3); et il dit encore : je suis Dieu de près et non Dieu de loin (Jér. 23, 23).

Mais ce n’est pas que nous allions tous vers Lui de la même manière, chacun y va selon ses propres capacités et possibilités (cf. Mt 25, 15).

L’important est d’aller vers Lui en faisant notre possible. Ça lui suffit pour nous sauver. Faisons nôtre la prière du Psaume: « Fais-nous revenir, que ton visage s’éclaire et nous errons sauvés » (Ps 79,20).

L’important est d’être sur le bord de la route quand Jésus, le nazaréen, passe. Ce chemin est le chemin de l’amour qui conduit à Jérusalem, où se consommera la Pâque de la passion et de la résurrection, à laquelle le Rédempteur va à l’encontre pour nous. C’est le chemin de son retour à la maison du Père, de son exode qui est aussi le nôtre: le seul et unique chemin de réconciliation qui conduit au Ciel, «  terre » de justice et d’amour, de paix et de lumière. Dieu est lumière et créateur de la lumière. Nous, êtres humains, nous sommes les fils de la lumière, faits pour voir la lumière, mais que nous ne voyons pas car aveuglés par le péché et notre manque de foi. Si nous sommes réalistes il ne nous reste plus qu’à mendier et alors, le Seigneur Jésus, qui mendie notre foi et notre amour, nous guérit et nous fait participer au Royaume des cieux. En effet, « le royaume de Dieu n’est pas une question de nourriture ou de boisson ; il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint. Celui qui sert le Christ de cette manière-là plaît à Dieu, et il est approuvé par les hommes. Recherchons donc ce qui contribue à la paix, et ce qui construit les relations mutuelles. » (Rm 14, 17-19).

2) Une question pleine d’amour et de compassion

Bartimée, comme chacun de nous, a besoin d’être aimé et il a la chance d’entendre Jésus lui poser une question pleine d’amour: Jésus ne lui dit pas «  que veux-tu faire? » mais «  que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Cette question, qui part du cœur, manifeste la compassion du Christ.

Si un jour, nous entendions nous aussi ces paroles, que demanderions-nous au Seigneur? Personnellement je demanderais à Jésus ce que Bartimée lui a demandé: « Seigneur, prends pitié de moi », mais en ajoutant aussitôt cette seconde prière: «  Viens, Seigneur Jésus », et je continuerais en disant: « Viens, Seigneur, par ton immense bonté, habite en moi pour la foi et éclaire ma cécité. Reste avec moi et défends ma fragilité. Si tu es avec moi, qui pourra me tromper? Si tu es avec moi, que ne pourrais-je trouver en toi qui ne me donne pas la force? Si tu es pour moi, qui sera contre moi? Tu es venu au monde, Jésus, pour habiter en moi, avec moi et pour moi, pour être de mon côté, pour être mon Sauveur. Merci, Seigneur Jésus. » (Saint Bernard de Clairvaux).

Mettons-nous dans la peau de Bartimée. Nous verrons alors les yeux du Christ nous regarder avec amour et compassion. Si nous demandons au Seigneur d’affermir notre foi, nous pourrons regarder avec les yeux de la foi et être pleins de cette compassion du Christ.

Mais n’oublions pas que pour voir Dieu il faut un cœur et des yeux purs. On ne saurait prétendre voir Dieu en étant impurs. Comment nous purifier? En invoquant dans la douleur le pardon et en contemplant dans la confidence la bonté miséricordieuse de Dieu. Notre purification, notre confiance et notre justice sont dans la foi qui nous fait contempler la grandeur du Seigneur plein de bonté[1], de compassion, et accueillant.

En effet, le passage de l’Evangile d’aujourd’hui (2), avant de parler du miracle, raconte comme le mendiant aveugle est accueilli par Jésus. Comme tout le monde, cet homme a d’abord besoin d’être accueilli. Mais le Christ fait encore plus, il le surprend en le remplissant de cet amour qui guérit les yeux et le cœur. Il inonde cet homme de lumière et avec la lumière de la foi. Bartimée reconnaît en Jésus Christ Dieu fait homme. Grâce au miracle, l’amour efficace de Dieu envahit sa vie pour le soutenir seconde après seconde par sa Présence. Nous aussi, après avoir été guéri des yeux par le Rédempteur, fixons notre regard sur Lui et demandons-lui  la force de nous appuyer uniquement sur Lui, et jamais sur nous-mêmes, « car en Lui est la source de vie ; par sa lumière nous voyons la lumière » (cf. Ps 36/35, 10).

Dans cette lumière ne cessons jamais de mendier le Christ. Comme l’aveugle, laissons ce bout de chemin sur lequel nous sommes assis pour mendier la vie et devenons, nous aussi, des mendiants du Christ et, donc, des disciples de la vie. Grâce au miracle qui lui a fait recouvrer la vue, Bartimée est entrainé dans une nouvelle et surprenante relation, qui l’attire et le séduit. Maintenant il n’est plus aveugle et suit le Christ, son cœur et ses yeux tournés vers Lui, origine (alfa) et accomplissement (omega) de tout : famille, travail, amitiés. Maintenant il sait à qui mendier; il le suivra tout au long de son chemin de foi et de lumière qui durera toute la vie, pour apprendre à aller «  droit devant lui ».

3) Le chemin

La chemin de l’aveugle est notre chemin, et le Christ passe toujours par là, jusqu’à la fin: car Il est venu pour l’aveugle, pour chacun de nous et, tant qu’il y aura des aveugles, Il sera sur le chemin. Il est Le Chemin, et la foi permet à l’aveugle guéri, comme à chacun de nous, de marcher dessus. La foi est une marche  qui nous éclaire : elle part  de l’humilité  de reconnaître que nous avons besoin d’être sauvés et aboutit à la rencontre personnelle avec le Christ, qui appelle à le suivre sur le chemin de l’amour qui coïncide avec le chemin de Croix.

La virginité consacrée est le moyen par excellence pour suivre le Rédempteur dans cette voie. Les vierges, par leur consécration, entrent d’un pas décidé sur le chemin de l’amour car, en faisant don de leur vie spirituelle et physique, elles suivent le Christ sur le chemin de la croix, qui est la route du sacrifice. Elles consacrent au Christ aussi leur corps pour être des âmes pures et se mettre à son entière disposition. Grâce à leur amour virginal et fidèle, elles adorent le Corps du Christ qui est sur l’autel ou dans le tabernacle, « prenant soin de ses membres qui sont les pauvres » (Saint Grégoire le Grand) (cf. Rituel de consécration des vierges N° 36 : « Que l’Esprit Saint qui fut donné à la Vierge Marie et qui a consacré vo cœurs, vous anime de sa force pour le service de Dieu et de l’Eglise »). Ces épouses du Christ ne parlent pas d’amour : elles aiment, en témoignant qu’il est possible d’imiter le Christ qui a donné sa vie en aimant d’un amour profond, souffrant, doux, «  tendre, c’est-à-dire attentif à la totalité de notre être » (Saint Jean Paul II).

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

Pour voir le Christ et en jouir, je propose à ces vierges consacrées, mais à tous ceux qui lisent ces réflexions d’utiliser souvent cette prière de saint Augustin :

« Seigneur Jésus, connais-moi et connais-Toi,

Je ne désire rien d’autre de Toi.

Me haïr et T’aimer : n’agir que pour Toi, m’abaisser pour que Tu sois grand, n’avoir que Toi en tête.

Mourir à moi-même pour vivre par Toi.

Recevez tout de Vous.

Renoncer à moi-même pour Te suivre, vouloir t’accompagner toujours.

Fuir de moi-même, se réfugier en Toi pour être défendu par Toi.

Crains-moi et crains-toi d’être parmi Tes élus.

Me méfier de moi-même, n’avoir confiance qu’en Toi, vouloir obéir à cause de Toi : ne m’attacher à rien d’autre qu’à Toi, être pauvre pour Toi.

Regarde-moi et je t’aimerai, appelle-moi pour que je puisse te voir et jouir de toi pour toujours.

___________________

Noverim te, noverim me, a dit saint Augustin, ut amem te, et despiciam me,

que je vous connaisse, et que je me connaisse; que je vous connaisse pour vous aimer, et que je me connaisse pour me mépriser.

Noverim me noverim te : que je me connaisse et que je te connaisse.

Noverim me : que je connaisse mes imperfections, mes infirmités, mon néant.

Noverim te : que je connaisse tes grandeurs. tes excellences et tes perfections infinies.

Noverim me : que je connaisse mes ingratitudes envers toi.

Noverim te : que je connaisse tes miséricordes envers moi.

Noverim me, parce que cette connaissance est le commencement de la vraie sagesse.

Noverim te, cette connaissance est le comble de la perfection

Noverim me, avec haine et abomination de ce que je suis de moi même

Noverim te, avec amour et admiration de ce que tu es.

Noverim me, pour m’humilier me confondre m’abaisser au dessous de toutes les créatures

Noverim te pour vous bénir louer glorifier à jamais. Amen.

Lecture patristique

Saint Clément d’Alexandrie (150 -215)

Exhortation aux Grecs, 11, 113-115 (GCS 1, 79-81)

Le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard (Ps 18,9). Reçois le Christ, reçois la faculté de voir, reçois la lumière, afin que tu connaisses bien Dieu et l’homme (Homère Iliade, 5). Le Verbe qui nous a illuminés est plus délectable que l’or et la pierre précieuse, plus désirable que le miel qui coule des rayons (Ps 18,11). Comment, en effet, ne serait-il pas désirable, celui qui a illuminé l’esprit enseveli dans les ténèbres, et donné l’acuité aux yeux de l’âme porteurs de lumière (Platon Timée, 45 B)? Et de même que sans le soleil, malgré les autres étoiles, tout serait nuit (Héraclite Fragment 99, éd. Diels), de même, si nous n’avions pas connu le Verbe et n’avions pas été illuminés par lui, rien ne nous distinguerait des volailles que l’on gave, puisque nous serions engraissés dans l’obscurité et élevés pour la mort.

Recevons la lumière afin de recevoir Dieu; recevons la lumière et devenons les disciples du Seigneur. Telle est bien la promesse qu’il a faite à son Père: Je proclamerai ton nom devant mes frères, je te louerai en pleine assemblée (Ps 21,23). Chante la louange de Dieu, ton Père, fais-le moi connaître; tes paroles me sauveront, ton chant m’instruira. Car jusqu’à maintenant j’errais à la recherche de Dieu, mais, puisque tu m’illumines, Seigneur, par toi je trouve Dieu, de toi je reçois le Père; je deviens héritier avec toi, puisque tu n’as pas dédaigné ton frère.

Mettons donc fin à l’oubli de la vérité. Chassons l’ignorance et les ténèbres qui voilent notre regard comme un brouillard. Contemplons le Dieu véritable en faisant d’abord monter vers lui cette acclamation: Salut, ô lumière (Eschyle Agamemnon, 22, 508)! Alors que nous étions ensevelis dans les ténèbres et prisonniers de l’ombre de la mort, du ciel a resplendi pour nous une lumière plus pure que le soleil, plus douce que la vie d’ici-bas. Cette lumière est la vie éternelle, et tout ce qui y participe a la vie. Mais la nuit se garde de la lumière; de peur, elle disparaît, et fait place au jour du Seigneur.

Tout est devenu lumière sans déclin: l’occident s’est changé en orient. Voilà ce que signifie la nouvelle création (Ga 6,15). Car le soleil de justice (Ml 4,2), qui passe partout dans sa chevauchée, visite sans distinction tout le genre humain. Il imite son Père qui fait lever son soleil sur tous les hommes (Mt 5,45), et il répand sur tous la rosée de la vérité. Il a fait passer l’orient à l’occident et, en crucifiant la mort, il l’a transformée en vie. Il a arraché l’homme à la perdition et l’a fixé au firmament. Il a transplanté la corruption pour qu’elle devienne incorruptibilité, et il a changé la terre en ciel. Il est le divin agriculteur qui signale les moments favorables, excite les peuples au travail – au bon travail – leur rappelant la manière de vivre(Aratos Phénomènes, 6) en accord avec la vérité.

Il nous fait don de l’héritage paternel, vraiment immense, divin et inaltérable. Il divinise les hommes par son enseignement céleste en mettant ses lois dans leur pensée et en les inscrivant dans leur coeur (Jr 31,33). De quelles lois le prophète fait-il mention? Tous connaîtront Dieu, des plus petits jusqu’aux plus grands, et je pardonnerai leurs fautes, dit Dieu, et je ne me rappellerai plus leurs péchés (Jr 31,34).

Accueillons les lois de la vie, obéissons à l’exhortation de Dieu, apprenons à le connaître pour qu’il nous pardonne. Même s’il n’en a pas besoin, manifestons-lui notre gratitude, donnons-lui en paiement notre docilité, notre respect, comme un loyer que nous lui devons pour notre séjour ici-bas.

[1] Cf. Guillaume de Saint-Thierry (env. 1085-1148), La Contemplation de Dieu, 1-2 ; SC 61.

[2] « Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho. Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin.  Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! » Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! » Jésus s’arrête et dit : « Appel
ez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. » L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! »  Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin. » (Mc 10, 46-52).

Source: ZENIT.ORG, le 22 octobre 2021

«Comment peut-on avoir une vie qui ne meure pas?», par Mgr Follo

Mgr Follo, 28 juin 2020 © Anita Sanchez

Mgr Follo, 28 Juin 2020 © Anita Sanchez 

«Comment peut-on avoir une vie qui ne meure pas?», par Mgr Follo

Suivre le Christ « avec les yeux, avec les pieds, avec le coeur »

Mgr Follo invite à « comprendre que suivre le Christ, ce n’est pas seulement vouloir vivre quelque chose de plus que « ne pas voler », « ne pas tuer », etc., mais laisser ce que nous avons pour être avec Lui ».

L’Observateur permanent du SaintSiège à l’UNESCO, à Paris, Mgr Francesco Follo commente ainsi l‘Evangile de dimanche, 10 octobre 2021.

Mgr Follo invite à suivre le Christ « avec les yeux, avec les pieds, avec le coeur ».

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose un commentaire de saint Jean Chrysostome: en somme, « qui perd gagne »!

AB

Une question incontournable : 

« Comment peut-on avoir une vie qui ne meure pas ? »

         1) Le chemin.

Dans le récit de l’Evangile de ce dimanche, nous voyons de nouveau le Christ sur le chemin de Jérusalem. On voit aussi qu’un jeune homme court vers le Messie (sa course nous dit au moins deux choses : cette personne a un désir très fort de rencontre, et elle ne veut pas perdre cette rencontre, c’est-à-dire que le jeune homme a vraiment à cœur de pouvoir rencontrer Jésus. Il termine à genoux devant Jésus. Cette personne sait très bien à qui il veut aller, quelle est la fin de sa course, avec un fort désir d’une rencontre qui se termine devant de Jésus).

Cette personne va vers le Rédempteur car les richesses qu’il possède ne lui donnent pas le plein bonheur, ni la vie qui ne meurt pas. Allez vers lui pour savoir comment avoir une vie pleine et épanouie : une vie éternelle. Cet homme est riche mais, bien qu’il soit jeune, il savait qu’il aurait dû abandonner ses richesses. « Je crois qu’il fut appelé dans une sorte de jugement par la peur de la mort et rongé au milieu de ses délices, en pensant devoir quitter ses biens. Il les avait amassés, sans même savoir pour qui, et il désirait quelque chose d’éternel » (Saint Augustin). Donc en voyant que tout ce qu’il possédait lui échappait des mains, il demanda au Seigneur : « Bon Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ?», comme s‘il disait : « Je pourrais être bien, mais tout ce que je possède peut facilement disparaître. Dis-moi comment je peux prendre possession de ce qui sera à jamais ; dis-moi comment je peux prendre possession de ce que je ne perdrai jamais » (Id.).

C’est ainsi que ce jeune homme riche court à la rencontre de Jésus, se met à genoux devant Lui et, à celui qui est le Chemin, demande le sens, la direction de la vie.

Le Christ lui répond en citant certains des Dix Commandements, ceux aillant une signification de par leur dimension sociale, et qui concernent l’amour du prochain, banc de preuve de l’amour de Dieu : « Connais les commandements : ne pas tuer, ne pas commettre d’adultère, ne pas voler, ne pas faire de faux témoignages, ne pas frauder, honore ton père et ta mère … ».

Le jeune homme répond qu’il a respecté ces commandements. Jésus lui propose alors d’aller plus loin, et de rendre l’amour pour Dieu plus radical et profond, en mettant cet amour à la première place parmi les valeurs de la vie, suggérant : « Vas, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, suis-moi ».

L’exigence clé pour suivre Dieu et de Lui donner la primauté, le reste n’est qu’un plus. On peut avoir ou non des richesses, mais il est nécessaire que le cœur ne soit totalement lié, absorbé par les richesses, par les biens de la terre. Il faut désirer ce « trésor qui est dans le ciel ». Le cœur de l’homme, comme Saint Augustin l’enseigne, est fait pour Dieu, et c’est vers Lui qu’il doit aspirer, tout en se « servant » de réalités temporelles. Alors laissons le Seigneur pénétrer dans nos cœurs avec l’épée de Sa parole, parce qu’à la lumière de Sa sagesse nous pouvons évaluer les choses terrestres et éternelles, et devenir libres et pauvres pour Son royaume. (Prière de la messe d’aujourd’hui).

Jésus invite ce jeune homme et ses disciples, y compris nous, à le suivre pour la totalité du voyage avec une rigueur qui est sans précédent. Dans un récit similaire à celui de Saint-Marc, l’évangéliste Luc écrit : « Alors qu’il était en chemin, sur la route, un homme lui dit : « Je te suivrai partout où tu iras ». Jésus lui dit : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme n’a pas où poser sa tête » … Un autre Lui dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé de ma maison ». Jésus lui répondit : « Quiconque regarde en arrière, tout en mettant la main à la charrue, n’est pas apte au royaume de Dieu » (Lc 9, 57-58 … 61-62.).

En effet, suivre le Christ signifie en fait d’être prêt à vivre quelque chose de plus que le « tu ne voleras pas », « Tu ne tueras point », etc. Outre le fait de ne pas commettre le mal, nous devrions nous poser la question de savoir comment bien faire et surtout comme « être » de vraies personnes dans l’amour.

Jésus avait déjà annoncé que pour sauver sa vie il fallait être prêt à la perdre pour et par son amour – C’est à dire : pour Le suivre il est nécessaire de se renier et prendre sa propre croix (Mc 8,34 – 35).

2) Suivre avec les yeux, suivre avec les pieds, suivre avec le coeur.

L’homme riche qui est allé chez le Christ était authentique et c’est un regard plein d’amour qu’il obtint de la part de Jésus. Avec ce regard c’est comme si le Christ lui disait : « Une seule chose te manque, et elle est décisive pour toi. Renonce à posséder, investis dans le trésor du ciel, et ton cœur sera libre et tu pourras me suivre. Mais ni le regard, ni les paroles de Jésus n’eurent d’effets. Cet homme, certes attristé, a cependant préféré retourner à la sécurité que la richesse lui procurait. Il n’a pas pu ou voulu comprendre qu’il lui était offert un bien incomparablement plus précieux et autrement plus durable que toutes ses richesses : l’amour du Christ qui communique la plénitude de Dieu (Ep 3,18 à 19). Au lieu d’accepter la proposition de communion qui était implicite dans la demande du Christ à le suivre, cet homme a choisi la solitude.

Pourtant, le Christ l’avait regardé avec amour. Jésus regarda le riche et le regard de Jésus était comme une caresse, un baiser … baiser que le maître donnait au disciple usuellement, au temps de Jésus, comme dans le cas de Judas (Mc 14,45 et par.). Nous pourrions interpréter ce regard comme saint Bède le Vénérable l’a fait en commentant le regard de Jésus sur le publicain Matthieu (cf. Mt 9,9 : « Jésus vit un publicain, lui fit miséricorde, et l’appela en lui disant : « Suis-moi » (Homélies 21, CCL 122,150). Jésus ne lui a pas dit : « Tout va bien, mais si tu veux faire quelque chose de plus, vas vendre tes biens … », mais : « Il te manque une chose, laisse tout et suis-moi » (Mc 10,21). Voilà où Jésus avait apporté le jeune homme avec son regard empli d’amour miséricordieux. Malheureusement, cet homme ne crut pas à ce regard et à ces paroles. Il devint triste et se retira vers l’arrière (cf. Mc 10, 22). Il ne crut pas à ce regard, il ne crut pas à cet amour et n’a pas été capable de le suivre avec les pas du cœur.

Ce jeune homme riche n’eut pas eu le courage d’embrasser le Christ et sa proposition de vie évangélique, et la raison est clairement indiqué : « Parce qu’il avait de grands biens. ». Le détachement des biens, la pauvreté, est une condition indispensable pour suivre le Christ ; et cela pour trois raisons :

  1. La foi en Dieu qui est Père providentiel, qui se souciant des oiseaux et des lis des champs, il a encore plus soin de chacun de nous.
  2. Une exigence de fraternité : comment peut-on continuer à posséder tout ce que l’on a, quand on remarque que tout autour de nous il y a des frères qui manquent du nécessaire ?
  3. Une exigence de liberté. Nous sommes liés à trop de choses (et il ne s’agit pas seulement de l’argent) qui absorbent tout notre temps et notre attention, comment pouvons-nous alors trouver l’espace et le goût pour les choses de Dieu ?

Ces trois raisons peuvent être résumées en un mot : la virginité, que Jacopone de Todi appela : pauvreté amoureuse (povertà innamorata).

         3) La virginité : la pauvreté de soi pour la plénitude de Dieu.

La virginité est « la pauvreté amoureuse qui permet d’avoir toute chose dans un esprit de liberté » (Jacopone de Todi, O amor de povertate). La virginité est la modalité d’accueilir le regard et l’amour du Christ sur soi-meme, en Le suivant inconditionnellement, sans demander de garanties ou avoir des voies de fuite. Une vierge consacrée laisse tout, même sa propre chair pour suivre Jésus, sans nostalgie et sans hésitation, sur le Chemin qu’il est, Lui. Le détachement nécessaire est un gain, une bonne affaire, non pas une perte. Et cela est profondément vrai, même d’un point de vue tout simplement humain : dans la sobriété de ces biens que l’Evangile appelle richesses on trouve la possibilité d’autres biens beaucoup plus importants et humains, essentiels pour l’homme comme l’air que nous respirons : le temps offert à Dieu, la joie de la fraternité, la libération de l’angoisse de la possession, la liberté, la sérénité.

Celle qui, par la virginité, met Dieu en premier dans sa vie, devient une partie de Sa « famille », où elle trouve des frères et des sœurs, des pères et des mères à vénérer, des maisons et des champs où travailler. Elle trouve l’amour. La virginité n’est pas une négation de l’amour, elle est la plénitude et la totalité de l’amour. C’est pour cela que le Rituel de la consécration des Vierges demande de prier ainsi : « Ferventes dans l’amour, ne préfèrant absolument rien à ton amour » (Prière de consécration des vierges, dans le Pontifical romain, réformée conformément aux décrets du Concile Vatican II et promulgué par le Pape Paul VI, consécration des Vierges, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 1980, n. 38, p. 77).

Lecture patristique

Saint Jean Chrysostome (+ 407)

Homélie sur le débiteur de dix mille talents,3 (PG 51, 21)

Perdre pour gagner

En réponse à la question que lui posait un homme riche, Jésus avait révélé comment on peut parvenir à la vie éternelle. Mais l’idée d’avoir à abandonner ses richesses rendit cet homme tout triste, et il s’éloigna. Alors Jésus déclara: Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu (Mc 10,25).

A son tour, Pierre s’approche de Jésus. Lui qui s’est dépouillé de tout en renonçant à son métier et à sa barque, ne possède même plus un hameçon. Et il pose cette question à Jésus: Mais alors, qui peut être sauvé (Mc 10,26)?

Remarque la réserve et le zèle du disciple. Il n’a pas dit: « Tu ordonnes l’impossible, ce commandement est trop difficile, cette loi est trop exigeante. » Il n’est pas non plus resté silencieux. Mais, sans manquer au respect qu’un disciple doit à son Maître, il a dit: Mais alors, qui peut être sauvé?montrant par là combien il était attentif aux autres. C’est qu’avant même d’être le pasteur, il en avait l’âme. Avant d’être investi de l’autorité, il possédait le zèle qui convient à un chef, puisqu’il se préoccupait de la terre entière.

Un homme riche, propriétaire d’une fortune considérable, aurait probablement demandé cela par intérêt, par souci de sa situation personnelle et sans penser aux autres. Mais Pierre, qui était pauvre, ne peut être soupçonné d’avoir posé sa question pour de pareils motifs. C’est le signe qu’il se préoccupait du salut des autres, et qu’il désirait apprendre de son Maître comment on y parvient. D’où la réponse encourageante du Christ: Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu (Mc 10,27). Il veut dire : « Ne pensez pas que je vous laisse à l’abandon. Moi-même, je vous assisterai dans une affaire aussi importante, et je rendrai facile et aisé ce qui est difficile. »

Source: ZENIT.ORG, le 8 octobre 2021

« Qui est le Christ pour moi ? Ma foi se traduit-elle en œuvres ? », par Mgr Follo 

Mgr Follo, 2016 © courtoisie de la Mission du Saint-Siège à l'UNESCO

Mgr Follo, 2016 © Courtoisie De La Mission Du Saint-Siège À L’UNESCO

« Qui est le Christ pour moi ? Ma foi se traduit-elle en œuvres ? », par Mgr Follo 

« Le chemin qui mène à la vie »

Mgr Follo souhaite aux baptisés de « comprendre que lorsque Jésus demande : « Que dites-vous que je suis ? », ce n’est pas pour connaître notre opinion sur lui, mais pour savoir si nous lui avons ouvert notre esprit et notre cœur ».

Mgr Francesco Follo propose ici une lecture de l’Evangile de dimanche prochain, 12 septembre 2021.

L’Observateur permanent du Saint-Siège à Paris, à l’UNESCO propose aussi, comme lecture patristique une page de saint Césaire d’Arles.

AB

Deux questions : 

Qui est le Christ pour moi ? 

Ma foi se traduit-elle en œuvres ou non ? 

Prémisse.

Jésus n’est pas venu pour nous enseigner une philosophie, mais pour nous montrer un chemin ou, mieux, le chemin qui mène à la vie.

Ce chemin est l’amour, qui est l’expression de la vraie foi. Si nous aimons son prochain d’un cœur pur et généreux, cela veut dire que nous connaissons vraiment Dieu.Si, au contraire, nous disons que nous avons la foi, mais que nous n’aimons pas nos frères,  nous ne sommes pas des vrais croyants. Dieu n’habite pas en nous. Saint Jacques l’affirme clairement dans la seconde lecture de la Messe de ce dimanche : « Si elle n’est pas suivie d’œuvres, [la foi] en elle-même est morte » (Jc 2, 17).

C’est pourquoi il ne suffit pas de répondre à la question que le Christ nous pose dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Qui suis-je pour vous ? Dire comme saint Pierre : « Tu es le Christ », c’est-à-dire le Messie, le consacré de Dieu envoyé pour sauver son peuple. Saint Pierre et les autres apôtres croient donc, contrairement à la plupart des gens, que Jésus n’est pas seulement un grand maître ou un prophète, mais bien plus encore. Ils ont la foi : ils croient que Dieu est présent et à l’œuvre en Lui. Il ne suffit pas de croire qu’Il est Dieu, mais poussés par la charité, nous devons le suivre sur son propre chemin, celui de la croix (cf. Mc 8 : 31-33), une œuvre active d’amour sans mesure, sans limites.

1) Reconnaître le Christ

L’ensemble de l’Evangile de saint Marc a comme but de répondre à la question : « Qui est Jésus ? » Mais, dans le récit que nous lisons aujourd’hui, c’est Jésus-même qui pose cette question d’une façon explicite : « Qui dites-vous que je suis ? » et donc, nous aussi, nous sommes obligés d’y répondre.

Dans les chapitres précédents qui nous ont été proposés au cours des derniers dimanches, Jésus n’a pas répondu à cette question avec une définition de lui-même, mais avec des actions qui manifestent ce qu’ il est par ce qu’il fait :

  • il fait marcher les boiteux, c’est-à-dire qu’Il est Celui qui donne à l’homme la capacité de marcher dans la vie ;
  • il fait entendre les sourds et parler les muets, c’est-à-dire qu’Il est Celui qui a les paroles de vie qui expliquent la vie ;
  • il fait ressusciter les morts, c’est-à-dire qu’Il est le Donateur de vie ;
  • il fait voir les aveugles, (rend la vue aux aveugles) c’est-à-dire qu’Il est la Lumière qui éclaire, qui fait venir à la lumière ;
  • il fait se calmer les eaux de la mer, c’est-à-dire qu’Il est, Lui, le Seigneur de la nature ;
  • il fait (il donne) le pain dans le désert, c’est-à-dire qu’Il est Celui qui nourrit le corps et l’âme.

La conclusion à laquelle nous devrions arriver devant tout ce « faire », devrait être : « Il est le Messie (en grec : le Christ) ». Malheureusement, les gens de cette époque-là, mais aussi beaucoup aujourd’hui, n’ont pas saisi la nouveauté et la grandeur de Jésus, de sorte qu’à la question : « Que disent-ils que je suis ? », la réponse de la majorité est que ce « faiseur » est rien de plus qu’un prophète comme ceux qui l’avaient précédé. Alors Jésus pose cette question à ses disciples : « Et pour vous, qui suis-je ? » Pierre répond promptement, aussi au nom des autres : « Tu es le Christ ! » Pierre reconnaît clairement que Jésus est le Messie. Il donne une réponse précise. Il n’y a pas d’autre réponse. Le Christ mort et ressuscité est celui en qui l’impossible, l’impensable s’est accompli, fait unique qui peut changer le cours de l’histoire humaine. Sans lui, l’homme est un « être pour la mort » (Martin Heidegger), tandis que s’il est « lié » à la Croix, il est « libéré des liens » de la mort.

Il faut rappeler que la réponse de saint Pierre implique une reconnaissance de plus : celle de l’amour crucifié. C’est le chemin de la Croix qui complète le propos en l’éclairant. Lorsque le Chef des Apôtres dit à Jésus : « Tu es le Christ », le Messie ressent le besoin de souligner qu’il est le Fils de Dieu qui doit beaucoup souffrir. Donc, à la question que Jésus nous pose aujourd’hui : « Pour vous qui suis-je ? », la réponse complète est : « Tu es le Christ, l’Amour crucifié et ressuscité ». En effet, saint Paul écrit : « Si le Christ n’était pas ressuscité, notre foi serait vaine », mais il savait que la croix n’est pas un obstacle au salut. Elle en est la condition. « La Croix n’est pas un poteau des Romains, mais le bois sur lequel Dieu a écrit l’Evangile » (Alda Merini, 1931-2009, femme poète de Milan). Par le Christ en croix, le monde reçoit une nouvelle dimension, celle de Jésus et de tous ceux qui donnent leur vie pour les autres, en le suivant.

Le Messie invite à le suivre toujours jusqu’au Calvaire parce que la marche derrière sa croix modèle notre vie sur celle « de l’Agneau qui enseigne la force, de l’Humilié qui donne une leçon de dignité, du Condamné qui exalte la justice, du Mourant qui confirme la vie, du Crucifié qui prépare la gloire » (P. Primo Mazzolari, 1809-1959, prêtre et écrivain de Crémone, Italie).

En suivant le Christ et en croyant à sa Charité, gardons les bras et le cœur grands ouverts comme ceux du Crucifié. Bien sûr, pour faire cela, nous devons, comme saint Pierre, reconnaître Jésus comme le Messie, le Sauveur. Comme saint Pierre, nous devons accepter la croix comme « clé » avec laquelle le Seigneur a ouvert le ciel et fermé l’enfer pour tous ceux qui le reçoivent. Le Rédempteur a pris cette lourde « clé » sur ses épaules, il en a senti le poids et la responsabilité lorsque les clous ont percé sa chair et le lièrent à cette clé. Le Christ a donné à saint Pierre cette « clé » du Royaume, en l’appelant à être crucifié avec Lui, à porter ce joug doux et léger sur ses épaules comme Lui, à apprendre l’humilité et la douceur avec laquelle « délier » les hommes de l’esclavage du monde, de la chair et du  diable, et ainsi les « lier » au Christ dans une alliance éternelle qui les fasse enfants de notre Père céleste pour toujours.

Dans l’homélie poétique attribuée à saint Ephrem le Syrien, ce saint imagine que le bon larron arrive après sa mort à la porte du paradis. Il porte sa croix sur ses épaules. Un chérubin se hâte avec une épée qui scintille comme une flamme (Gn 3,24) pour bloquer aux criminels l’accès au Paradis, eux qui ne sont pas dignes de la joie éternelle. Il n’y a pas d’exceptions. Saint Ephrem décrit une violente dispute entre le chérubin et le bon larron. Elle se termine lorsque le bon larron montre la clé de la porte du Paradis. Et quelle est la clé du Paradis ? La croix, sa croix transfigurée par la Croix vivifiante de notre Seigneur Jésus-Christ : la Croix ouvre la porte de la vie à nous tous qui croyons en Jésus-Christ, comme le bon larron : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton règne. » La vie du Christ triomphe de tous les pécheurs repentis, même ceux de la dernière minute, comme le bon larron.

2) Amour véritable parce que crucifié

         Bien sûr, comme saint Pierre, nous aussi, nous essayons d’éloigner le Christ du Chemin de croix. La tentation, qui vient du diable, est une tentative de nous détourner de la voie tracée par Dieu (la Voie de la croix) pour la remplacer par un itinéraire établi par la sagesse des hommes, par ce qui est souvent désigné comme le bon sens, le sens commun.

Le Christ a démasqué et surmonté cette tentation : sa vie était un « oui » constant à Dieu et un « non » au Tentateur. Jésus a vaincu le diable. Mais le diable tente d’obtenir du disciple ce qu’il n’a pas réussi à obtenir du Maître : séparer le Messie de la croix, disjoindre la foi en Jésus-Roi de son trône qui est la croix.

Après avoir précisé son identité et avoir démasqué la présence de la tentation, Jésus s’adresse à ses disciples et aux autres personnes et, leur propose son propre chemin d’une façon très claire. Il n’y pas deux chemins, l’un pour Jésus et l’autre pour les disciples, mais un seul : « Qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix. »

La croix est symbole et icône de l’amour virginal. Elle est la synthèse la plus vraie de l’amour reçu et donné, de l’amour crucifié. En effet,  la Croix donne la certitude d’être aimé, de toujours et pour toujours, totalement et inconditionnellement, ce que rien d’autre ne peut donner. Le vrai visage de Dieu est celui du Crucifié (Jürgen Moltman). Donc, si nous présentons au monde le Christ avec son vrai visage, les gens peuvent le percevoir comme une réponse convaincante ; ils sont capables de suivre le Christ et son message, même s’il est exigeant et marqué par la croix.

Il est vrai que la croix est « une pierre d’achoppement pour les Juifs et folie pour les païens » (1 Co 1,18-24) et qu’il est difficile pour chacun d’entre nous de la comprendre et l’accepter. Mais si nous regardons, par exemple, l’exemple des vierges consacrées vivant dans le monde, celles-ci nous aident à comprendre, à accepter et à vivre la croix :

L’Amour vécu d’une façon virginale est un amour crucifié non pas parce qu’il est un amour mortifié, mais parce que c’est un amour « sacrifié », c’est-à-dire qui est rendu sacré par le don total de soi à Dieu. L’amour vierge est celui du Christ qui « pratiqua » un amour crucifié. Pour aimer, Jésus est allé à l’expérience du dépouillement progressif de lui-même jusqu’à la croix. Si nous voulons aimer en chrétiens, nous devons le savoir et faire comme lui. Cette façon d’aimer met l’autre avant moi et l’Autre (Dieu) au-dessus de moi. La croix est le plus grand signe du plus grand amour, et la virginité est la crucifixion de soi-même pour se donner à Dieu, pour s’enclouer à son amour embrassant le Christ sur la Croix.

Les vierges consacrées sont un exemple significatif et élevé du fait que l’amour de Dieu est « totalitaire », car le Christ dit qu’il faut aimer le Seigneur « de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Mc 12,30). Ces femmes montrent que le corps et le cœur chastement offerts n’éloignent pas de Dieu mais qu’ils rapprochent l’être humain de Dieu, plus que les anges (cf. Eph 1,14) ;  la vie chrétienne est une constante et progressive configuration au Christ crucifié et ressuscité. En effet, comme l’amour du Christ pour nous l’a conduit à la croix, notre amour pour Lui imprime ses blessures d’amour (Ct 2,5) en nous. L’amour purifie  et configure en transfigurant. Mais il convient de noter que la conformité  douloureuse avec le Christ crucifié a comme but ultime d’amener le chrétien à la conformité joyeuse avec le Ressuscité. La virginité n’est pas simplement une renonciation, mais elle est la manifestation de l’amour ardent pour Dieu et pour le prochain. C’est un amour qui transforme l’amant dans l’Aimé. La virginité vécue comme crucifixion a pour but de témoigner que l’amour a gagné à travers le don de soi. La virginité vécue comme résurrection témoigne que l’Époux est réellement présent dans la vie quotidienne et sa présence condescendante donne la joie, la joie pleine et entière (cf. Jn 3,29). La virginité est liberté, elle est un signe de l’amour parfait, qui n’a pas d’impatience, ni d’envie, ni de jalousie, et assure la paix en rayonnant de joie.

Lecture Patristique

Homélie de saint Césaire d’Arles (+ 543)

Sermon 159, 1 4-6; CCL 104, 650.652-654)

Quand le Seigneur nous dit dans l’Evangile : Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même (Mc 8,34), nous trouvons qu’il nous commande une chose difficile et nous considérons qu’il nous impose un lourd fardeau. Mais si celui qui commande nous aide à accomplir ce qu’il commande, cela n’est pas difficile.

Où devons-nous suivre le Christ, sinon là où il est allé ? Or, nous savons qu’il est ressuscité et monté aux cieux : c’est là que nous avons à le suivre. Il ne faut certainement pas nous laisser envahir par le désespoir, car, si nous ne pouvons rien par nous-mêmes, nous avons la promesse du Christ. Le ciel était loin de nous avant que notre Tête y soit montée. Désormais, si nous sommes les membres de cette Tête, pourquoi désespérer de parvenir au ciel ? Pour quel motif ? S’il est vrai que sur cette terre tant d’inquiétudes et de souffrances nous accablent, suivons le Christ en qui se trouvent le bonheur parfait, la paix suprême et l’éternelle tranquillité.

Mais l’homme désireux de suivre le Christ écoutera cette parole de l’Apôtre : Celui qui déclare demeurer dans le Christ doit marcher lui-même dans la voie où lui, Jésus, a marché (1Jn 2,6). Tu veux suivre le Christ ? Sois humble, comme il l’a été. Tu veux le rejoindre dans les hauteurs ? Ne méprise pas son abaissement.

En péchant, l’homme avait couvert sa route d’obstacles, mais celle-ci fut aplanie lorsque le Christ l’eut foulée à sa résurrection et qu’il eut fait d’un étroit sentier, une avenue digne d’un roi. L’humilité et la charité sont les deux pieds qui permettent de la parcourir rapidement. Tous sont attirés par les hauteurs de la charité, mais l’humilité est le premier degré qu’il faut monter. Pourquoi lèves-tu le pied plus haut que toi ? Tu veux donc tomber et non monter ? Commence par la première marche, c’est-à-dire l’humilité, et déjà elle te fait monter.

Voilà pourquoi notre Seigneur et Sauveur ne s’est pas borné à dire : Qu’il renonce à lui-même, mais il a ajouté : Qu’il prenne sa croix et qu’il me suive (Mc 8,34). Que signifie : Qu’il prenne sa croix ? Qu’il supporte tout ce qui lui est pénible, c’est ainsi qu’il marchera à ma suite. Dès qu’il aura commencé à me suivre, en se conformant à ma vie et à mes commandements, il trouvera sur son chemin bien des gens qui le contrediront, qui chercheront à le détourner, qui non seulement se moqueront de lui, mais le persécuteront. Ces gens-là ne se trouvent pas uniquement parmi les païens qui sont hors de l’Église ; il s’en trouve même parmi ceux qui semblent être dans l’Église, si on les juge de l’extérieur. Mais ils lui sont bel et bien étrangers, en raison de leurs actions mauvaises.

Tout en se glorifiant du seul nom de chrétien, ils persécutent sans cesse les bons chrétiens. Dès lors, si tu désires suivre le Christ, porte sa croix sans plus attendre et supporte les méchants sans te laisser abattre.

Le Seigneur a dit : Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Si donc nous voulons mettre ceci en pratique, efforçons-nous, avec l’aide de Dieu, de faire nôtre cette parole de l’Apôtre : Lors donc que nous avons nourriture et vêtement, sachons être satisfaits. Il est à craindre que si nous recherchons plus de biens terrestres qu’il ne nous en faut, dans l’intention de nous enrichir, nous ne tombions dans la tentation, dans le piège du démon, dans une foule de convoitises insensées et funestes, qui plongent l’homme dans la ruine et la perdition (1Tm 6,8-9).

Daigne le Seigneur nous prendre sous sa protection et nous délivrer de cette tentation, lui qui vit et règne avec le Père et l’Esprit Saint dans tous les siècles des siècles. Amen.

Source: ZENIT.ORG, le 9 septembre 2021

« L’Eucharistie: Pain qui nourrit soutient et dilate le cœur » par Mgr Follo


Mgr Follo, 28 juin 2020 © Anita Sanchez

Mgr Follo, 28 Juin 2020 © Anita Sanchez 

« L’Eucharistie, Pain qui nourrit, soutient et dilate le cœur », par Mgr Follo

Par MGR FRANCESCO FOLLO

« L’Amour n’est pas une dépendance, mais un don qui nous fait vivre »

Mgr Francesco Follo invite à « comprendre que l’Amour n’est pas une dépendance, mais un don qui nous fait vivre, en purifiant notre cœur », dans ce commentaire des lectures de dimanche prochain, 29 août 2021.

« La religion proposée par Jésus n’est donc pas réductible aux rites extérieurs, à une morale ou à une doctrine ; il s’agit de la révélation du visage de Dieu dans l’humanité de Jésus qui vient nous dire qu’une loi, aussi grande ou petite qu’elle soit, a du sens et de la valeur seulement si elle naît de l’amour, si elle est accompagnée par l’amour et si elle se consume dans l’amour. Le Christ et son Évangile portent l’amour et sa loi au cœur de l’homme et ils le recréent », explique notamment l’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris.

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose un passage de saint Irénée de Lyon.AB

L’Eucharistie est le Pain qui nourrit, soutient 

et dilate le cœur

1) Religion pure avec des cœurs purifiés.

Dans le passage de l’Évangile d’aujourd’hui – chapitre 7 de Marc – Jésus aide le peuple et les disciples (et, par conséquent, nous) à approfondir le concept de pureté et les lois de la pureté.

Mais n’oublions pas qu’on n’entre pas dans la juste relation (= religion pure) avec Dieu en se souciant de la pureté extérieure des corps, si l’on ne sait pas garder la vérité du cœur.

Le cœur, en effet, est le centre unificateur de la personne et permet de dépasser toute fausse alternative entre l’esprit et la chair, entre les gestes extérieurs et les intentions intérieures. Se purifier c’est réconcilier ce qui est divisé, disharmonieux, fragmenté en nous. Le cœur est aussi un lieu de rencontre entre nous et Dieu. Dieu reste loin si nous l’invoquons des lèvres sans descendre à sa rencontre au fond de notre cœur, demeure de Dieu. Enfin, le cœur est un lieu de rencontre avec l’autre, parce qu’il est source de cet amour en quoi, pour l’Apôtre Jacques, la religion pure consiste : à visiter les orphelins et les veuves en détresse (cf. Jc 1, 27 – seconde lecture de la messe d’aujourd’hui). En fait, les mauvaises pensées qui sortent de l’intérieur sont tous des signes de division et jettent la division : en nous-mêmes, avec Dieu, avec les autres.

Ce n’est donc pas ce qui entre dans l’homme qui le contamine, mais ce qui sort de son cœur. Dans le langage biblique, le cœur est le lieu des décisions, où se fait le choix entre le bien et le mal, entre Dieu ou nous-mêmes. Le premier devoir de l’homme est de garder son cœur en ordre.

Les pharisiens convaincus que la religion venue de Dieu consiste en un rituel public se scandalisent de voir quelques-uns des disciples du Crist « prendre leur repas
avec des mains impures
 » (Mc 7,3). Ces objecteurs du Maître, en croyant obéir aux lois de Dieu, ne mangeaient qu’après s’être lavé les mains. (Mc 7,3). Ils identifiaient la fidélité au « Dieu qui est proche de nous » (Dt 4, 7), dont parlait Moïse, avec ces « autres pratiques » auxquelles ils étaient attachés « par tradition » (Mc 7,4).

La première chose qu’il faut remarquer est que Jésus n’enseigne point à désobéir à la loi. Mais il enseigne à combattre l’hypocrisie et le formalisme, à donner plus d’importance aux dispositions du cœur, plutôt qu’aux gestes et rites extérieurs. D’une part donc, le Christ condamne le fait que le cœur des hommes s’éloigne de Dieu, ces derniers pensant l’honorer avec l’observance scrupuleuse des règles prescrites par la loi ; d’autre part, le Crist enseigne que la pureté n’est jamais une question de mains lavées ou de lèvres purifiées par des rites, mais elle est une question de cœur.

Aucun aliment venant de l’extérieur et entrant en l’être humain ne pourra le rendre impur, car il n’arrivera pas jusqu’au cœur, mais dans le ventre et finira ensuite dans les égouts. Ce qui nous rend impur, dit Jésus, est ce qui vient de l’intérieur, ce qui, à partir du cœur, sort pour empoisonner le rapport humain.

Ce qui est souillé, immonde ou impur, ce n’est pas ce qui vient de l’extérieur, mais les mauvaises actions et intentions, qui viennent d’un cœur méchant et éloigné de Dieu. Dieu n’est pas présent là où le cœur est absent car il est distrait, enfermé dans la peur.

Comment faire revenir le cœur à Dieu ? Comment s’approcher de Lui ?

On s’approche de Dieu « avec le lavage des aumônes, des larmes et des autres fruits de justice qui rendent le cœur et le corps purs pour pouvoir participer aux mystères célestes » (Saint Bède le Vénérable).

La religion proposée par Jésus n’est donc pas réductible aux rites extérieurs, à une morale ou à une doctrine ; il s’agit de la révélation du visage de Dieu dans l’humanité de Jésus qui vient nous dire qu’une loi, aussi grande ou petite qu’elle soit, a du sens et de la valeur seulement si elle naît de l’amour, si elle est accompagnée par l’amour et si elle se consume dans l’amour. Le Christ et son Évangile portent l’amour et sa loi au cœur de l’homme et ils le recréent.

Le culte chrétien n’est pas réductible à l’exécution de certains rites pour une commémoration d’évènements passés, et de même il ne s’agit pas d’une expérience intérieure particulière, mais il s’agit essentiellement d’une rencontre avec le Seigneur ressuscité en la profondeur d’un cœur purifié et attiré par une présence qui, gratuitement, se fait rencontre et, gratuitement, se fait reconnaître.

Il faut comprendre que notre salut (on peut aussi dire notre bonheur, car le reflet humain de la grâce du Christ est le plaisir de Sa grâce) ne dépend pas de bonnes œuvres accomplies selon la loi. Benoît XVI a souligné que le salut ne dépend pas des œuvres bonnes accomplies selon la loi ; des œuvres bonnes, comme bonne et sainte est la loi (cfr. Rom 7, 12). Mais le salut dépend du fait que Jésus était mort aussi pour chacun de nous pécheurs: « (Il) m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi » (Gal 2, 20), et Il était et il est ressuscité. Comme Saint Paul le fait, l’important c’est que notre cœur reconnaisse que nous sommes « un rien aimé par Jésus Crist ». « Je suis un rien » dit Saint Paul de soi-même à la fin de la Deuxième Lettre aux Corinthiens (2Cor 12, 11) et dans la Lettre aux Galates : « (Il) m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi » (Gal 2, 20). Un cœur ainsi humble et contrit est un cœur pur et pratique une religion pure et vraie.

2) Cœur[1] virginal 

La vraie religion commence avec le retour au cœur, auquel Dieu parle dans la solitude, comme dit Osée 2, 16 : « je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur ».

Si le désert est le lieu préféré par Dieu pour nous parler, néanmoins il est important de se rappeler que Dieu a différentes façons de parler (cfr. Lettre aux Hébreux 1,1). Dans cette méditation je vais en souligner trois.

La première d’entre elles est la nature. Le ciel et la terre chantent la gloire de Dieu et l’être humain peut la saisir, la comprendre et l’admirer. La première façon de parler de Dieu est donc la réalité. La création que Dieu nous a donnée est le don qui nous parle du Donateur.

La deuxième façon est la Parole, l’histoire, la Bible, la Révélation, où Dieu communique directement par Lui-même.

La troisième façon est la parole du Christ en notre cœur, à l’intérieur du cœur de chacun de nous. C’est le cœur qui se réjouit, ce sont les yeux qui deviennent lumineux, c’est la douceur que l’on ressent à l’intérieur. C’est-à-dire que Dieu parle surtout au cœur, en donnant les sentiments qui font vivre: sentiments de joie, de lumière et de douceur qui donnent signification, direction et sens à la vie.

Il est donc fondamental de comprendre quelle est la Parole qui devient Pain, qui devient vie et quelle est la parole qui devient mort. Pour faire cela, un cœur vierge est nécessaire. Parce que ce n’est pas seulement avec l’intelligence que l’on comprend la parole, mais aussi avec le cœur, qui nous la fait entendre et aimer. Et quand quelqu’un a la Parole dans le cœur et l’aime librement, il la réalise[2].

Pour les vierges consacrées dans le monde il s’agit là d’une réalisation apostolique. Elle est authentiquement apostolique non parce qu’elle comporte une « œuvre spécifique d’apostolat », mais parce qu’elle se rapproche de l’enseignement et de l’action des apôtres, pour servir l’Église dans le monde. Le Préambule du Rite de consécration des Vierges affirme : « Ainsi le don de la virginité prophétique et eschatologique acquiert la valeur d’un ministère au service du peuple de Dieu et il insère ceux qui sont consacrés dans le cœur de l’Église et du monde » (Préambule, 2). Dans l’Église chaque don et charisme acquiert le visage d’un ministère. Dans le cas de la virginité consacrée ce ministère, donné et vécu à travers une consécration publique, est un « travail » de service, et donc ministériel, et un témoignage « au cœur de l’Église et du monde ». Dans l’Église locale, les vierges consacrées représentent « l’existence chrétienne entant que qu’union matrimoniale (/ conjugale) entre le Christ et son Église, qui est le fondement soit de la virginité consacrée soit du sacrement du mariage » (Préambule, 1), c’est-à-dire dans les deux vocations dans lesquelles est représenté l’amour du Christ. L’amour virginal est un « rappel à la fugacité (/ condition transitoire) des réalités terrestres et anticipation des biens à venir ». (Préambule, 1) à l’intérieur des évènements du monde. Ainsi la vierge consacrée est icône de l’Église locale « présente dans le monde et néanmoins pèlerine » (Préambule, 1). Les vierges consacrées sont icônes parce qu’elles montrent comment il est possible suivre le Christ-Époux, dont elles écoutent la parole avec constance et dont elles se nourrissent dans l’Eucharistie. Avec l’intellect et le cœur nourri du Christ, ces femmes vivent et travaillent dans le monde en y apportant avec un cœur vierge l’Évangile de la virginité, « en grandissant en l’amour à Jésus et dans le service aux frères, ministère fait avec dévouement libre, cordial et humble » (cfr. Préambule). Cette humilité adhère de plus en plus à la virginité du cœur de celui qui permet qu’en elle  tout « est » donné, tout est disponibilité de son être à Dieu.

Lecture patristique

saint Irénée (+ 200)

Contre les hérésies 4, 12, 1-2  (SC 100, 508-514)

La tradition des anciens, que les Juifs affectaient d’observer en vertu de la Loi, était contraire à la Loi de Moïse. Voilà pourquoi Isaïe dit: Tes marchands mêlent ton vin avec de l’eau (Is 1,22), montrant par là que les anciens mêlaient à l’austère commandement de Dieu une tradition diluée, c’est-à-dire qu’ils ont instauré une loi altérée et contraire à la Loi. Le Seigneur l’a montré clairement quand il a dit: Pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition (Mt 15,3)? Ils ne se sont pas contentés de violer la Loi de Dieu par leur transgression, en mêlant le vin avec de l’eau, mais ils lui ont aussi opposé leur propre loi, qu’on appelle aujourd’hui encore la loi pharisaïque. Ils y omettent certaines choses, en ajoutent d’autres, et en interprètent d’autres à leur guise, toutes pratiques auxquelles se livrent notamment leurs docteurs.

Résolus à défendre ces traditions, ils ne se sont pas soumis à la Loi de Dieu qui les préparait à la venue du Christ. Ils ont même reproché au Christ de faire des guérisons le jour du sabbat. Cela, avons-nous dit, même la Loi ne l’interdisait pas, puisqu’elle guérissait d’une certaine façon en faisant circoncire l’homme le jour du sabbat. Cependant ils ne se reprochaient pas à eux-mêmes de transgresser le commandement de Dieu par leur tradition et leur loi pharisaïque, alors qu’il leur manquait l’essentiel de la Loi, à savoir l’amour de l’homme pour Dieu.

Cet amour est, en effet, le premier et le plus grand commandement, et l’amour du prochain est le second. Le Seigneur l’a enseigné quand il a dit que toute la Loi et les Prophètes dépendent de ces commandements (cf. Mt 22,36-40). Et lui-même n’est pas venu donner de commandement plus grand que celui-là. Mais il a renouvelé ce même commandement, en ordonnant à ses disciples d’aimer Dieu de tout leur coeur et leur prochain comme eux-mêmes. <>

Paul dit aussi: La charité est la Loi dans sa plénitude (Rm 13,10) et, quand tout le reste disparaît, la foi, l’espérance et la charité demeurent, mais la plus grande de toutes, c’est la charité (1Co 13,13). Ni la connaissance, ni la compréhension des mystères, ni la foi, ni la prophétie (cf. 1Co 13,2) ne servent à rien sans la charité envers Dieu. Si la charité fait défaut, tout est vain et inutile. C’est la charité qui rend l’homme parfait, et celui qui aime Dieu est parfait dans le monde présent et dans le monde à venir. Car nous ne cesserons jamais d’aimer Dieu, mais plus nous le contemplerons, plus nous l’aimerons.

[1] Le mot « cœur » dans la Bible est utilisé presque mille fois. Rarement (dans 20% des cas) est utilisé pour indiquer l’organe physique qui bat dans la poitrine de l’homme.

A la question : « pourquoi Dieu nous à donné un cœur ? », la réponse  la plus commune est : « Pour aimer ». Dans la Bible la réponse est que Dieu nous a donné un cœur pour penser et pour connaître : « le Seigneur ne vous a pas donné un cœur pour connaître, des yeux pour voir, des oreilles pour entendre ? » (Dt 29, 3). Le premier sens du mot « Cœur » dans la Bible est donc celui de comprendre, connaître et savoir : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse » (Ps 90, 12) ; « Or, il y avait quelques scribes, assis là, qui raisonnaient en eux-mêmes [dans leurs cœurs]… Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements [dans vos cœurs]? » (Mc 2, 6) ; « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! » (Lc 24, 25).

Le deuxième sens que la Bible donne au mot cœur est mémoire. Aussi en Italien le mot ri-cord-are (rappeler) vient de cœur. Dans la Bible le cœur et la mémoire sont liés et ils font aussi une forte référence à la vie de foi : rappeler signifie être fidèles. « Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre » (Dt 4,39); « Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur » (Dt 6,6) ; « Tous ceux qui les apprenaient les conservaient dans leur cœur et disaient » (Lc 1,66. 2,19. 2,51).

Enfin le mot Cœur est utilisé dans la Bible aussi pour indiquer les sentiments ; mais tous les sentiments, non seulement l’amour. Joie, désir, gratitude : « mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant ! » (Ps 84, 3) ; amertume : « Mon cœur en moi s’est brisé … mon cœur se plaint comme une flûte» (Jr 23,9. 48,36) ; confiance : « Le Seigneur est ma force et mon rempart ; à lui, mon cœur fait confiance » (Ps 27) ; l’amour de Dieu pour nous et notre amour pour Lui : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur.» (Dt 6, 4-6).

A cause de cette richesse de sens souvent dans la Bible le mot cœur représente la personne dans sa totalité : « Mon cœur exulte à cause du Seigneur … » = « J’exulte à cause du Seigneur  … » (1Sam 2,1).

Le sens est le même mais quand on remarque le cœur, la personne est vue en son intériorité : pensées, sentiments intimes, projets secrets et la rationalité-même, c’est-à-dire la raison avec laquelle l’homme choisit de vivre sa vie, demeurent pour la Bible dans le cœur humain. Le cœur de l’homme est vraiment le lieu où l’être humain est vraiment et totalement soi-même, sans masques, ni hypocrisies : « Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur » (Jr 31,33 ss). Ensuite,  de façon anthropomorphe cette vision du cœur appliquée à Dieu Lui-même : « Mon cœur se retourne contre moi ; en même temps, mes entrailles frémissent » (Os 11,8).

[2] Pour la Bible le cœur n’est pas seulement une image littéraire qui symbolise sentiments et émotions, au contraire il est le lieu où se concentre tout notre être, la partie intérieure de nous-mêmes, d’où nos décisions ultimes naissent et où l’on vit nos expériences décisives. Le cœur est la source de tout ce que l’homme est ou il décide d’être ou de faire :

« Mon cœur m’a redit ta parole : « Cherchez ma face. » » (Ps 27,8) ;

« Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu » (Jl 2,13) ;

« Parce que ce peuple s’approche de moi en me glorifiant de la bouche et des lèvres, alors que son cœur est loin de moi » (Is 29,13) ;

« Les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur » (1Sam 16,7) ;

« Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres » (Mc 7,21) ;

« Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur » (Lc 12,34) ;

« Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste » (Rm 10,10).

Source: ZENIT.ORG, le 26 août 2021

« Vivre avec Celui qui donne Vie à la vie », par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo 13/12/2017 @Oss_romano

Mgr Francesco Follo 13/12/2017 @Oss_romano

« Vivre avec Celui qui donne Vie à la vie », par Mgr Follo

Commentaire des lectures de dimanche, 22 août 2021

Vivre avec Celui qui donne Vie à la vie

1) Une question qui nous inquiète depuis des siècles 

Nous avons écouté l’enseignement de Jésus sur le Pain de vie: Pendant quatre dimanches Il nous a communiqué la réalité de l’amour que Dieu a pour chacun de nous.

L’amour dont le Christ nous a parlé n’est pas seulement ‘parole’: il s’agit d’un Amour qui va au-delà de n’importe quelle attente, de n’importe quelle imagination. Le Sauveur est l’Amour qui nous donne lui-même, qui partage notre vie – ou, plutôt c’est Lui qui nous fait partager Sa Vie : “Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle” (Jn 6,54)

La nourriture qu’Il nous propose provoque des réactions négatives: malheureusement Jésus n’a pas été compris par Ses contemporains : la même chose se passe aujourd’hui, étant donné que beaucoup de monde n’arrive pas à Le comprendre. Aujourd’hui même, beaucoup se plaignent en disant: “Ta Parole est trop dure! Qui est-ce qui peut l’écouter? – beaucoup de Ses disciples Le quittèrent et n’allaient plus avec Lui” (Jn 6,60-66)

La Parole de Jésus n’est pas dure1. Notre cœur, au contraire, est très dur : il se renferme et refuse d’écouter tandis que la Parole du Seigneur est plus douce que le miel (cf. Ps 119, 103). Ce n’est pas trop difficile d’accueillir Sa Parole et de la vivre au jour le jour. Avec Son enseignement exigeant, le Christ nous offre en fait une vie heureuse – Il ne nous donne pas une vie facile.

Lorsque le Sauveur, avec tendresse, douleur et fermeté, s’adresse à nous, en nous posant la question: “Vous aussi, vous voulez me quitter?” (Jean 6,67), nous devons répondre rapidement : “A qui irions-nous? Toi seul, tu as les Paroles qui donnent la vie ”, à savoir, les Paroles qui nous donnent une vie ‘heureuse’.

En effet, Sa demande va au-delà du fil du temps, dépasse les siècles et s’adresse à nous, aujourd’hui. Il nous interroge et attend notre décision. Si nous sommes en train de méditer ce passage de l’évangile, cela signifie que nous-même, nous devrions être prêts à répéter la réponse de l’apôtre Pierre: « A qui irions-nous? Toi seulement, tu as les Paroles qui donnent la vie éternelle » (Jn 6,68).

Il y des milliers de paroles qui résonnent tout autour de nous mais, seules, les Paroles de Christ peuvent vaincre le temps. Il n’y a que Ses Paroles qui savent expliquer notre vie, survivre à l’usure et rester pour l’éternité.

Comme Saint Pierre, adhérons aux Paroles du Christ sans aucune crainte, ni sans aucune hésitation.

1 La dureté du discours dont parle l’Evangile ne se réfère à l’Eucharistie seulement, à savoir à la Présence du Christ dans le Pain et le Vin- une présence jugée impossible. La difficulté du discours se rapporte au chapitre sixième de Saint Jean, où l’on parle de:

  • –  l’expérience du salut qui va au-delà des attentes de la foule
  • –  la présence du Fil de Dieu dans le fils du charpentier
  • –  la nécessité di partager Son Existence qui nous est donnée

Comme Saint Pierre, répondons au Messie avec des paroles qui expriment notre foi de disciples : « Toi seul, tu as les Paroles de vérité », parce que nous reconnaissons dans la foi que Lui seul est l’unique sauveur, l’unique qui rend Dieu présent parmi nous.

Comme Saint Pierre, nous avons conscience de notre fragilité, et nous pouvons répéter la réponse cet Apôtre, pourvu que nous fassions confiance au Saint Esprit et à sa puissance qui se révèle dans la Communion avec Jésus. La foi nous est don de Dieu à l’homme – et en même temps, c’est grâce à la foi qu’Il nous donne, que nous pouvons faire confiance à Dieu dans la liberté. La foi est écoute docile de la Parole qui est la lampe de nos pas et lumière sur notre chemin (Ps 119, 105).

Chacun de nous doit donner une réponse personnelle à cette provocation inquiétante qui résonne dans notre cœur. En fait, le Messie ne se contente pas d’une appartenance superficielle et formelle. Une première adhésion enthousiaste ne lui suffit pas non plus. Il faut, au contraire, prendre part à « Sa façon de penser et à Son vouloir» pour toute la vie.

Le suivre remplit le cœur de bonheur et donne plein sens à notre existence. Mais elle comporte alors de la fatigue, des renoncements et des difficultés parce qu’il faut aller très souvent à contrecourant.

2) Des Paroles de Vie qui donne vie à notre vie

Lorsque Jésus posa la question: « Vous aussi, vous voulez me quitter? », Saint Pierre ne répondit pas seulement: « Toi seul, Tu as les Paroles de la vie éternelle ». Le Chef des Apôtres ajouta aussi: « et nous avons cru et nous savons que Tu es le Saint de Dieu » (Jn 6,69).

Expression que Saint Augustin explique ainsi : « Par la Grace de Dieu et par inspiration du Saint Esprit, Saint Pierre a compris. Pourquoi qu’Il a pu comprendre? Parce qu’il a cru. Tu as les Paroles de la vie éternelle. Tu nous donnes la vie éternelle parce que Tu nous offres Ton Corps et Ton Sang. Et nous avons cru et su. Il ne dit pas: nous savons et donc, nous croyions, mais il dit: nous avons cru et su. Nous avons cru pour pouvoir connaître. Si nous avions voulu connaitre avant de croire, nous n’aurions réussi ni à connaitre, ni à croire. Qu’est-ce que nous croyons et qu’est-ce que nous connaissons? que Tu es le Christ, le Fils de Dieu, (c’est à dire que Tu es la Vie éternelle même et que Tu te donnes Toi-même à nous en Ta chair et Ton sang. (Commentaire sur l’évangile de Jean, 27, 9)

L’attitude qui synthétise les paroles de Pierre est celle de nous agenouiller devant le Saint- Sacrement pour l’adorer humblement et en silence, en cultivant dans notre cœur le désir d’être en pleine communion avec Lui (et non d’être dans le doute).

L‘Amen’ que l’Eglise nous fait dire lorsque nous allons recevoir la Communion, a ainsi une signification profonde qui répète la profession de foi de Saint Pierre: “Lorsque tu prends le Corps du Christ et que tu réponds ‘Amen’, cela signifie que tu reconnais que tu es en train de prendre le Corps du Christ. Lorsque tu te présentes pour Le recevoir, l’Evêque dit : ‘Le corps du Christ !’. Et toi, tu réponds: ‘Amen’. C’est-à-dire : c’est vrai, je le sais. Il faut donc que ton esprit garde ce que ta parole reconnaît » (Saint Ambroise).

La Mère de Dieu qui a prononcé son ‘fiat’, son ‘oui’, nous donne l’humilité de cœur pour reconnaitre le désir et la grandeur du Don divin qui nous est offert dans le Pain de Vie.

Même Saint Pierre renouvelle son ‘fiat’, son « oui » au Christ, en donnant la réponse sur laquelle nous sommes en train de méditer. Comment pouvons-nous l’imiter? Il faut que nous fassions complètement confiance au Christ et que nous soyons disposés à renouveler notre ‘oui’ par la prière, l’adoration Eucharistique et la Communion, puisque nous disons: ‘Amen’, c’est à dire que nous disons: ‘oui’ lorsque nous recevons la Communion

Suivant l’exemple de la Vierge Marie et de Saint Pierre, faisons nous aussi confiance au Christ.

La Liturgie d’aujourd’hui nous offre aussi un autre exemple: celui des Israelites à Sichem : avant d’entrer en Terre Promisse, Josué leur impose de choisir. « Qui est-ce que vous voulez servir? – choisissez-le aujourd’hui ». Devant cette alternative, les Israelites firent confiance au témoignage de leurs pères qui avaient été libérés de l’esclavage subi en Egypte. Ils avaient fait confiance au Seigneur et L’avaient suivi même si ils n’avaient pas encore tout compris à l’égard de Sa Parole.

Un exemple particulier qui nous montre comment mettre le Christ est ‘au centre’ de notre vie nous est offert par les Vierges consacrées vivant dans le monde. Ces femmes ont compris que seul, le Seigneur est celui qui a des Paroles qui rendent la vie « vivante ». Par leur vie consacrée, elles nous témoignent que le Christ est le cœur même du monde entier.

Chaque jour, s’adressant au Christ, chacune d’elles dit: “Toi seul, Tu as les Paroles de la vie éternelle” (Jn 6,68). Elles le disent pas tant avec des paroles mais avec leur propre vie pleinement offerte à l’Epoux. Leur vie virginale se réfère au Christ parce qu’elles se nourrissent de Sa Parole et de Son Pain qui ne meurent jamais. Ces femmes nous démontrent que, seul, le Christ a les ‘Paroles de vie éternelle” non seulement parce qu’Il soigne leur âme et leur corps, mais surtout, parce que le Christ est le sens de la vie de l’homme, Il est son étoile la plus brillante. En cela, ces femmes professent l’orgueilleuse conscience que le Christ est le véritable ‘Homme nouveau’ dont le projet de vie est la voie et la vérité de l’expérience humaine puisque Lui, Il est la vie en plénitude.

Elles peuvent nous le témoigner grâce à leur propre existence, puisque elles peuvent croitre, elles savent espérer et aimer. Si le Christ est le médecin, Il l’est parce qu’Il est le don du Père pour chaque homme et femme. Si le Christ est la vérité, Il l’est parce qu’Il se montre comme Vérité attrayante pour le cœur de chaque homme.

Si le Christ est la voie, Il l’est parce qu’Il a donné l’esprit de l’amour qui nous conduit dans le cœur de Dieu-même. Si le Christ est tout ceci, alors, Il est la vie-même : la vie bonne et pleine. Ces femmes consacrées nous témoignent que seul le Christ peut nous donner la paix et la joie puisqu’Il est ‘Parole de vie’. Elles ont offert leur propre vie à l’Amour : donc elles peuvent partager l’amour qu’elles reçoivent dans leur existence, chaque jour.

Nous aussi nous pouvons vivre la même expérience, grâce à l’Eucharistie du dimanche, devant à ce rite qui nous parait parfois dur et étrange. La tentation de suspendre la pratique de la messe et de ce sacrement en attendant de mieux comprendre indique une perspective illusoire : en effet, seulement si nous faisons l’expérience du Sacrement nous pouvons approfondir sa signification. Seulement si nous écoutons le Christ et que nous abandonnons à Lui, nous pouvons découvrir que Lui-même s’abandonne à nous dans la Communion. Alors seulement nous pourrons comprendre que seul, le Seigneur a les Paroles qui rendent la vie vivante.

Lecture patristique

Saint Cyrille d’Alexandrie (+ 444)

Commentaire sur l’évangile de Jean (4, 4 PG 73, 613 617)

A qui donc irions-nous? demande Pierre. Il veut dire: « Qui nous instruira comme toi des divins mystères? » ou encore: « Auprès de qui trouverions-nous quelque chose de meilleur? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68). Elles ne sont pas dures, comme le disent ces autres disciples. Au contraire, elles conduisent à la réalité la plus extraordinaire de toutes, la vie éternelle qui est sans  fin, vie exempte de toute corruption.

Ces paroles nous montrent bien que nous devons nous asseoir aux pieds du Christ, le prenant pour notre seul et unique maître, et nous tenir constamment près de lui sans nous laisser distraire. Il doit devenir pour nous le guide parfaitement capable de nous conduire à la vie qui n’aura pas de fin. De cette manière, en effet, nous monterons jusqu’à la divine demeure du ciel et nous entrerons dans l’Église des premiers-nés, pour faire nos délices des biens que l’esprit humain ne peut comprendre.

De soi, il est évident que la volonté de suivre le Christ seul et de lui être toujours uni, est chose bonne et salutaire. Néanmoins, l’Ancien Testament va aussi nous l’apprendre. De fait, au temps où les Israélites, affranchis de l’oppression égyptienne, se hâtaient vers la terre promise, Dieu ne les laissait pas faire route en désordre, et le législateur ne leur permettait pas d’aller n’importe où, à leur gré; sans guide, en effet, ils se seraient à coup sûr complètement égarés. <>

Remarque comment ils reçoivent l’ordre de suivre, de se mettre en marche au moment où la nuée prend son départ, de faire encore halte avec elle, puis de prendre du repos avec elle. Vraiment, en ce temps-là, les Israélites trouvaient leur salut en restant avec leur guide. Aujourd’hui, nous faisons également le nôtre en refusant de nous séparer du Christ. Car c’est lui qui s’est manifesté aux anciens sous les apparences de la tente, de la nuée et du feu. <>

Les Israélites devaient exécuter les ordres: il leur était défendu de se mettre en route de leur propre initiative. Ils devaient s’arrêter avec la nuée, par égard pour elle. Cela devait encore servir d’exemple, afin que vous compreniez cette parole du Christ: Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur (Jn 12,26). C’est en marchant toujours avec lui que le disciple donne la preuve qu’il est fidèle à le suivre et assidu à se tenir près de lui.

Or, la marche en compagnie et à la suite du Christ Sauveur ne s’entend nullement dans un sens matériel, mais s’effectue plutôt par le moyen des œuvres qu’engendre la vertu. Les disciples les plus sages s’y sont fermement engagés de tout leur cœur. Ils ont refusé de se retirer avec ceux qui manquaient de foi et couraient à leur perte.

Ils s’écrient à bon droit: Où irions-nous? En d’autres termes: « Nous serons toujours avec toi, nous nous attacherons à tes commandements, nous accueillerons tes paroles, sans jamais récriminer. Nous ne croirons pas, avec les ignorants, que ton enseignement est dur à entendre. Nous ferons plutôt nôtre cette pensée: Qu’elle est douce à mon palais, ta promesse: le miel a moins de saveur dans ma bouche! » (Ps 118,103).

Source: ZENITH, le 19 août 2021

« En Dieu il y a de la place pour l’homme et en l’homme il y a de la place pour Dieu » (Benoît XVI)

L'Assomption de la Vierge Marie par Charles Lebrun (Musée de Cherbourg), wikimedia commons
L’Assomption De La Vierge Marie Par Charles Lebrun (Musée De Cherbourg), Wikimedia Commons

« En Dieu il y a de la place pour l’homme et en l’homme il y a de la place pour Dieu » (Benoît XVI)

Commentaire de MGR FRANCESCO FOLLO pour l’Assomption

Mgr Francesco Follo exprime « le souhait de comprendre que l’Assomption nous enseigne que dans le ciel de Dieu il y un espace pour l’humanité », dans ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 15 août 2021.

Comme lecture patristique, l’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, propose un commentaire de Théophylacte (+ 1109) sur l’Evangile de Jean et l’Eucharistie.

AB

L’Assomption montre qu’en Dieu il y a de la place pour l’homme 

et qu’en l’homme il y a de la place pour Dieu (Benoît XVI)

Prémices

Cette année 2021, la solennité de l’Assomption, le 15 août, tombe en dimanche et prend le pas sur la liturgie prévue pour le dimanche 20ème  du temps ordinaire, qui propose le passage évangélique, dans lequel le pain ne symbolise plus seulement la Parole de Jésus à être accepté dans la foi, mais le sacrement de l’Eucharistie (Jn 6, 51-58). Puisque l’Assomption a pour centre Marie portée au ciel et que l’Evangile du 20e dimanche de l’an B nous parle du Christ porteur du Ciel, j’en fais un commentaire unitaire.

A) ASSOMPTION

1) Marie, arche de l’alliance. 

La solennité de l’Assomption est –je crois- la plus importante des fêtes dédiées à la Madone, parce que l’Eglise y célèbre le mystère de notre résurrection qui,  en la personne de Marie, est déjà arrivée. La fête d’aujourd’hui nous montre que Marie, la Vierge Mère, est celle qui a vécu complètement sa vie dans le Christ. En effet, la tradition, surtout la tradition orientale, ne parle pas de la mort de la Madone, mais de sa dormition : ainsi, elle ne meurt pas à la vie, mais est accomplie de telle façon que Dieu la « porte dans le ciel ». Avec la célébration de la Vierge « assumée » au ciel, la liturgie nous apprend que la mère de Dieu est la personne humaine qui, au ciel, partage la plénitude de la gloire et jouie du même bonheur de Dieu. En même temps, on nous demande de devenir, dans notre petitesse, des “arches” vivantes du Dieu toujours avec nous, « demeures » de la présence de Dieu où les hommes peuvent Le rencontrer et qu’ils puissent ainsi vivre en communion avec Lui et connaitre la réalité du Ciel, dans la joie.

La solennité d’aujourd’hui est une fête de joie, parce que l’amour a gagné. La vie a gagné. L’amour démontre qu’il est plus fort que la mort. Dieu a la vraie force et sa force est bonté et amour. Le corps de la vierge Marie ne pouvait pas connaître la corruption de la tombe parce qu’il avait porté en soi l’Auteur de la Vie. En regardant ce corps, transfiguré par la gloire de Dieu, nous pouvons connaître le destin de notre corps. La mort n’a pas le dernier mot sur la vie. Elle est – c’est ce que nous assure le mystère de l’Assomption – une transition vers la Vie à la rencontre de l’Amour.

L’Assomption est aussi notre fête parce qu’elle célèbre ce que nous serons, ce qui doit encore arrivé en nous et qui, certainement, arrivera.

C’est donc une fête d’espérance joyeuse, pour nous tous et toutes, parce qu’en Marie non contemplons le fait que la vie ne se termine pas dans le néant mais dans le cœur de Dieu. Ce cœur est le but vers lequel nous allons quand nous lions notre vie à celle de Jésus. En suivant le Christ, comme l’a fait Notre Dame, nous aussi serons auprès de Lui en Dieu pour toujours, parce qu’en Dieu « il y a de la place pour l’homme » (Pape François).

Mais il est vrai aussi que « dans l’homme il y de la place pour Dieu » (Ibid.). Personne plus que Marie n’a fait de l’espace, de la place à Dieu. Cela est vrai au point qu’un des noms avec lequel nous la prions est : « Arche de l’Alliance ». Notre Dame est l’arche vivante de l’alliance. Saint Jean de Damas (676 – 749), parlant déjà de ce mystère, enseignait: « Aujourd’hui la sainte et unique Vierge est amenée au temple céleste … Aujourd’hui l’arche sacrée et animée du Dieu Vivant, l’arche qui a porté dans ses entrailles son Créateur, se repose dans le temple du Seigneur, qui n’a pas été construit par les mains de l’homme » (Homélie II sur la Dormition, 2, PG 96, 723) et il continua; « Il fallait que celle qui avait hébergé dans ses entrailles le Logos (Parole, Verbe) divin  soit transféré dans le tabernacles de son Fils… Il fallait que l’Epouse choisie par le Père habite dans la chambre nuptiale du Ciel » (ibid., 14, PG 96, 742).

Marie, premier tabernacle de la Présence réelle de Dieu dans le monde, est la nouvelle arche de  l’alliance, devant laquelle le cœur exulte de joie, comme le cœur de Jean le Précurseur exulta dans les entrailles d’Elisabeth quand la Vierge Marie visita sa mère dans le petit village d’Air Karim à quelque kilomètre de Jérusalem.

Marie, la Mère de Dieu, nous apprend à ne pas garder cette présence de ciel pour nous seuls, mais à l’offrir en apportant la lumière du bien dans l’obscurité présente dans le monde. Le Pain du Ciel, partagé entre frères et sœurs, est l’aliment pour notre exode d’amour vers le Ciel.

B) XXe DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

2) Marie, Femme eucharistique. 

Avec l’Assomption nous célébrons la Mère du Christ, qui entre dans la Jérusalem céleste pour rencontrer le visage du Père et de son Fils. Le chemin qu’elle a commencé en allant chez sa cousine Elisabeth se termine au ciel. Pour être plus précis, je dois dire que dans le voyage de la vie, Marie ne s’est jamais détachée de son Fils. Du début, après l’avoir mis au monde à Bethleem, elle s’enfuit avec le petit Jésus, en Egypte. Retournée dans sa patrie, elle alla à Nazareth, où, pendant trente ans elle contribua à faire grandir le Christ jusqu’à l’âge adulte. Dès lors, elle Le suivit quand Il quitta son petit village de Galilée pour aller prêcher dans les villes et villages d’Israël. Enfin, elle L’accompagna jusque sous la croix, « en souffrant avec son Fils et en s’associant avec une âme maternelle à Son sacrifice » (Lumen Gentium 58).

En restant fidèlement sous la Croix, Marie s’unit complètement au sacrifice d’offrande de son Fils. De cette façon elle vécu «  une sort d’eucharistie anticipée, on pourrait dire, une communion spirituelle de désir et d’offrande, qui eut son accomplissement dans l’union à son fils dans la Passion » (Ecclesia de Eucharistia, 56).

L’Evangile de ce XXe dimanche du Temps Ordinaire, dans lequel le Christ parle de Lui-même comme pain vivant est bien commenté par l’antienne grégorienne « Ave, verum Corpus, natum de Maria Virgine » (Je Te salue, vrai Corps, né de Marie Vierge – XIVe s.) qui indique le rapport essentiel de la Mère de Jésus avec l’Eucharistie, comme l’Eglise le croit et le chante. Se référer à Marie est sans doute une garantie de la foi, droite, en présence réelle de Jésus dans l’Eucharistie. Par exemple, quand Berengare (+1088) proposa une interprétation symbolique de l’Eucharistie en vidant le réalisme du corps du Christ, le Concile Romain de 1079 lui imposa de souscrire que le pain et le vin après la consécration sont « le vrai corps du Christ qui est né de la Vierge » (DS 700).

Ainsi, on met en évidence le rôle de la Mère qui est à l’origine de la vraie humanité de son Fils. Marie nous rappelle que le Verbe incarné dans ses entrailles est le même pain de vie offert comme aliment aux fidèles. Elle joue le rôle précieux de lier le Sacrement de l’Eucharistie avec le mystère de l’Incarnation. Saint Bernard de Clairvaux se fit donc l’interprète de la reconnaissance à Marie des fidèles qui reçoivent l’Eucharistie en disant: “Ici je vous prie de considérer combien nous sommes débiteurs à la bienheureuse Mère de Dieu et combien de remercîments nous lui devons après avoir remercié Dieu. Ce corps du Christ que la très heureuse Vierge engendra, garda dans ses entrailles avec amour, enveloppa de langes, nourrit avec une maternelle sollicitude, c’est le même et sans doute pas un autre que nous recevons au saint autel et son sang nous le buvons dans le Sacrement de notre Rédemption” (Sermo 2 de Natali Domini).

A l’exemple de Notre Dame, les Vierges consacrées dans le monde sont –elles aussi- des femmes eucharistiques qui cultivent en elles-mêmes, et d’une façon particulière, les deux incontournable attitudes pour vivre l’Eucharistie: celle de l’amour et celle de l’offrande.

Ces femmes nous apprennent à nous identifier aux sentiments de Marie quand elle prenait part à la Messe et faisait la communion. Sentiments bien exprimés par St Jean Paul II : « Ce corps offert en sacrifice, et représenté sous les signes sacramentels, était le même que celui qu’elle avait conçu en son sein ! Recevoir l’Eucharistie devait être pour Marie comme si elle accueillait de nouveau en son sein ce cœur qui avait battu à l’unisson du sien et comme si elle revivait ce dont elle avait personnellement fait l’expérience au pied de la Croix. » (Ecclesia de Eucharistia,  56).

Comme la Vierge Marie, les Vierges consacrées participent à la célébration de l’Eucharistie avec la joie qui vient de la foi (cf. Ac 8,8.39; 13,48.52; 16,34), que Notre Dame avait expérimenté et exprimé dans le Magnificat (Lc1,46-47), et la simplicité du cœur qui est propre à qui est pauvre en esprit et aux personnes qui vivent d’une manière évangélique.

Ces femmes consacrées témoignent avoir compris à quel point il est incontournable de se donner complètement au Christ qui, dans l’Eucharistie, s’est donné Lui-même, et  a donné son amour. Cet amour vise l’éternité et la vie que Jésus nous communique, en se faisant pain, est la vie éternelle. Cette vie vraie n’est pas seulement pour l’au-delà mais aussi pour ici-bas et, déjà, dès maintenant, elle redonne dignité aux jours terrestre de l’homme et, donc, à sa vie quotidienne, à son travail dans la recherche d’une conciliation avec les temps de la fête et de la famille et dans l’engagement de surmonter l’incertitude de ce qui est provisoire.

Lecture patristique

Théophylacte (+ 1109)

Commentaire sur l’évangile de Jean (PG 123, 1309-1312)

Nous venons d’entendre cette parole: Si vous ne mangez pas la chair du Fils, vous n’aurez pas la vie (Jn 6,53). Lorsque nous participons aux divins mystères, il ne faut donc pas que notre foi chancelle, ni que nous cherchions à connaître la manière dont cela se fait. Car l’homme laissé à sa seule nature, j’entends celui qui obéit à des pensées purement humaines ou naturelles, n’accueille pas les réalités surnaturelles et spirituelles.

Ainsi ne comprend-il pas ce qu’est la nourriture spirituelle procurée par la chair du Seigneur. Ceux qui ne la reçoivent pas en communion n’auront aucune part à la vie éternelle, parce qu’ils n’auront pas reçu Jésus, qui est la vraie vie. Car la chair que nous mangeons n’est pas celle d’un être simplement humain, mais celle d’un Dieu. Unie à la divinité, elle est assez puissante pour nous déifier. Elle est aussi une vraie nourriture: son efficacité ne dure pas seulement quelques instants, et elle ne se décompose pas à la manière d’une nourriture passagère, mais elle est un secours pour la vie éternelle.

De même, la coupe du sang du Seigneur est une vraie boisson, car elle n’étanche pas notre soif pour un temps limité, mais elle préserve pour toujours de la soif celui qui la boit, et elle ne le laisse pas insatisfait. Comme le Seigneur l’a dit à la Samaritaine: Celui qui boira de l’eau que moi, je lui donnerai, n’aura plus jamais soif (Jn 4,14). En effet, quiconque recevra la grâce de l’Esprit Saint en participant aux divins mystères, ne souffrira ni de la faim spirituelle ni de la soif, comme ceux qui n’ont pas la foi.

Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi (Jn 6,56-57). Cette parole nous apprend à connaître le mystère de la communion. Ainsi celui qui mange la chair et boit le sang du Seigneur demeure-t-il dans le Seigneur, et le Seigneur en lui. Ainsi s’opère un mélange merveilleux et inexplicable, si bien que Dieu est en nous et nous en Dieu.

La parole que tu viens d’entendre ne te remplit-elle pas de crainte? Nous ne mangeons pas Dieu purement et simplement, car il est impalpable et incorporel, et il ne peut être saisi ni par les yeux ni par les dents. Nous ne mangeons pas non plus la chair d’un être simplement humain, car elle ne pourrait nous être d’aucun secours. Mais depuis que Dieu s’est uni un corps selon une union ineffable, ce corps aussi est vivifiant. Non qu’il se soit changé en la nature divine – absolument pas – mais de la même manière que le fer rougi au feu reste du fer et dégage l’énergie du feu.

C’est ainsi que le corps du Seigneur, étant le corps du Verbe de Dieu, a aussi le pouvoir de donner la vie tout en restant un corps. De même que je vis par le Père, dit Jésus, c’est-à-dire de même que je suis engendré par le Père, qui est Vie, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi, en étant uni à moi, et pour ainsi dire transformé en moi, qui ai le pouvoir de donner la vie.

Oh ! Le Saint Sacrement ! L’Eucharistie ! Que de merveilles n’opérait-il pas chaque fois dans l’âme très sainte et immaculée de l’auguste Vierge Marie, notre mère bien-aimée, et dans son être tout entier si magnifiquement divinisé dans l’amour…

Quand elle recevait le Pain consacré, elle le considérait avec une foi parfaite : ses yeux de chair ne voyaient qu’une apparence de pain, mais son regard intérieur, éclairé par la lumière divine, dépassait les apparences et, pénétrant la substance réelle, découvrait le Fils de Dieu caché dans les voiles de l’Hostie…

Elle l’adorait maintenant sous la forme d’un peu de pain, comme jadis sous la forme d’un petit enfant vagissant et frêle, comme elle l’avait adoré pendant tout son ministère public, et dans le divin crucifié du Calvaire. Pauvre Mère ! C’était toute la Passion de son Jésus, qui, en ces moments, repassait devant elle !

Et c’est ce qu’elle a toujours vu jusqu’à la fin de sa vie en ce monde ! Si elle pouvait supporter ce spectacle horrible avec sérénité, c’est parce qu’elle savait que sa mission sur la terre était terminée ; qu’il avait donné tout ce que l’amour infini d’un Dieu pouvait donner et que, grâce à lui, à son sacrifice, tous les pauvres humains dont elle est la Mère étaient sauvés ! Tous ?

Hélas non ! Car je vois souvent ses yeux se porter au loin avec une expression de douleur indéfinissable et des larmes brûlantes couler sur son visage. L’arche d’Alliance était faite de bois précieux lamé d’or. Pourtant elle ne contenait que les tables de la loi et un peu de manne. Combien plus riche et plus précieux était le tabernacle de la loi nouvelle, Marie, l’immaculée Mère de Jésus et notre Mère à nous. Dieu la fit sans tache, pour recevoir la Pureté vivante et essentielle !

Source: ZENIT.ORG, le 13 août 2021

Les vœux d’anniversaire de François pour le centenaire d’Edgar Morin

Le Pape François et Edgar Morin, reçu en audience le 27 juin 2019.
Le Pape François et Edgar Morin, reçu en audience le 27 juin 2019.   (Vatican Media)


Les vœux d’anniversaire de François pour le centenaire d’Edgar Morin

Dans un télégramme signé du cardinal secrétaire d’État, Pietro Parolin, le Pape François adresse ses compliments au sociologue et philosophe français, Edgar Morin, qui fêtera ses 100 ans le 8 juillet.

Marine Henriot – Cité du Vatican

Les vœux de François ont été lus par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Unesco durant la conférence organisée au siège de l’organisation à Paris et en ligne pour fêter le centenaire du sociologue et philosophe français, Edgar Morin.

Dans ce télégramme, le Pape adresse au défenseur de la «pensée complexe», qu’il a reçu en audience le 27 juin 2019, ses «meilleurs vœux de bonheur et de santé». «Cette longue vie riche d’évènements et de rencontres, que la providence vous a accordée, vous a permis d’être un témoin privilégié des profonds et rapides changements qu’ont connu, et connaissent encore, notre monde et nos sociétés», écrit le Pape François.

Né le 8 juillet 1921 dans une famille juive, l’auteur de La Rumeur d’Orléans a perdu sa mère à l’age de 10 ans. Il fut résistant, journaliste, militant politique, chercheur… jusqu’à devenir l’un des plus grands intellectuels français du XXe siècle.

Conscience du destin fragile de l’humanité

Le Saint-Père salue également les capacités d’analyse du futur centenaire. «Vous avez souligné la nécessité d’accomplir un progrès moral et intellectuel afin d’éviter les catastrophes», la «conscience d’un destin commun de l’humanité, destin fragile et menacé, a retenu toute votre attention, promouvant la nécessité d’une politique de civilisation visant à remettre l’homme au centre et non le pouvoir de l’argent».

Edgar Morin, qui se définit comme un «humaniste», est adepte de la «pensée complexe», un concept philosophique qu’il définit en 1982 dans son ouvrage Science avec conscience. «Je parle de la collaboration du monde extérieur et de notre esprit pour construire la réalité», vulgarise l’intellectuel, qui s’est également engagé dans des combats pour la protection dans l’environnement, comme en 2013 avec le chef indien Raoni contre le barrage de Belo Monte au Brésil.

«Il est impossible d’évoquer en quelques mots l’étendue de vos travaux», continue le Pape dans son télégramme. Il souligne la volonté d’Edgar Morin de «promouvoir la coopération entre les peuples, d’édifier une société plus juste et plus humaine, de renouveler la démocratie», et pour ce, il est nécessaire de «retrouver, entre nous et nos cités, un esprit de solidarité, de convivialité, de fraternité, privilégiant les attitudes d’accueil et d’ouverture».

Enfin, le Souverain Pontife revient sur leur rencontre en juin 2019, à travers laquelle les deux hommes ont pu partager leur «convergence», un «heureux souvenir».  

Un dernier ouvrage en guise de testament

Dans son dernier ouvrage Leçons d’un siècle de vie, paru en juin 2021 aux éditions Denoël, le philosophe livre un testament de cent ans de vie, «Une des grandes leçons de ma vie est de cesser de croire en la pérennité du présent, en la continuité du devenir, en la prévisibilité du futur», écrit-il. «Les catastrophes (et la pandémie du Covid en est une) suscitent deux comportements contraires, l’altruisme et l’égoïsme», détaille également Edgar Morin, rejoignant ici la pensée de François.

«Cette crise nous place face à deux options», disait ce dernier devant une délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople le 28 juin dernier, «celle du repli sur soi, à la recherche de sa propre sécurité et de ses propres opportunités, ou celle de l’ouverture aux autres».

Source: VATICANNEWS, le 2 juillet 2021

Message du pape François

Monsieur Edgar Morin, Paris

Sa Sainteté le pape François vous présente ses compliments à l’occasion du 100e anniversaire de votre naissance, et il forme pour vous les voeux les meilleurs de bonheur et de santé.

Cette longue vie, riche d’événements et de rencontres, que la providence vous a accordée, vous a permis d’être un témoin privilégié des profonds et rapides changements qu’ont connu, et connaissent encore, notre monde et nos sociétés, d’en analyser, avec le recul nécessaire, le sens, d’en dégager les espérances, et d’en prévenir aussi les risques et les dangers.Devant les progrès des sciences et des techniques, avec les grandes possibilités que celles-ci offrent à l’humanité, vous avez souligné la nécessité d’accomplir un progrès moral et intellectuel afin d’éviter les catastrophes.

La conscience d’un destin commun de l’humanité, destin fragile et menacé, a retenu toute votre attention, promouvant la nécessité d’une politique de civilisation visant à remettre  l’homme au centre et non le pouvoir de l’argent.

Vous avez aussi activement participé à nombre de travaux et de rencontres avec d’innombrables et éminents intellectuels et personnalités de la société civile et politique, dans le but de promouvoir la coopération entre les peuples, d‘édifier une société plus juste et plus humaine, de renouveler la démocratie. Mais vous avez souligné, afin d’y parvenir, la nécessité de retrouver, entre nous et dans nos cités, un esprit de solidarité, de convivialité, de fraternité, privilégiant les attitudes d’accueil et d’ouverture.

Si d’une part il est impossible d’évoquer en quelques mots l »étendue de vos travaux, tant que vous n’avez jamais hésité à vous engager sur le terrain des  idées et à proposer vos réflexions, d’autre part il est manifeste que les points de contact de votre pensée avec l’enseignement social du pape François sont nombreux, une convergence que vous avez pu partager lors de l’entretien que vous avez eu avec lui, le 27 juin 2019, et dont il garde l’heureux souvenir.Il a été sensible également au fait que vous avez manifesté votre enthousiasme et proposé votre généreuse participation au Pacte global pour l’éducation – un sujet qui vous est cher – qu’il a lancé l’an dernier et qui représente un enjeu crucial pour l’avenir.

Le Saint-Père rend hommage à vos travaux et il vous remercie pour les efforts que vous avez,, toute votre vie, déployés au service d’un monde meilleur. Il forme le voeu que, dans la sérénité et la paix du chemin que vous avez encore à parcourir, le Père des lumières continue de vous éclairer et de vous révéler sa paternité. Le pape François vous donne, ainsi qu’à votre épouse, à toutes les personnes qui vous sont chères et qui vous entourent, une affectueuse bénédiction apostolique.

Cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’Etat

« Reconnaître le Tout dans le fragment de la vie quotidienne », par Mgr Follo

Mgr Follo, 28 juin 2020 © Anita Sanchez

Mgr Follo, 28 Juin 2020 © Anita Sanchez 

« Reconnaître le Tout dans le fragment de la vie quotidienne », par Mgr Follo

« Garder vivant le désir du  Christ présent dans la vie quotidienne »

Mgr Francesco Follo invite « à garder vivant le désir du  Christ pour le reconnaître présent dans notre vie quotidienne, en évitant de vivre sa présence parmi nous comme une habitude sans véritable espérance ».

Il invite à « reconnaître le Tout dans le fragment de la vie quotidienne ».

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris commente ainsi les lectures de dimanche prochain, 4 juillet 2021.

Comme lecture patristique, Mgr Follo propos un passage de saint Jean Chrysostome sur l’Evangile de saint Matthieu.

AB

Reconnaître le Tout dans le fragment de la vie quotidienne

1) Jésus est l’Emmanuel, le Dieu avec nous tous les jours : il ne faut pas s’habituer sa présence.

L’homme Jésus qui a vécu trente ans à Nazareth de manière discrète, est la transparence de Dieu, en lui Dieu habite pleinement. Et tandis que nous cherchons toujours d’autres signes, d’autres merveilles, nous n’apercevons pas que le vrai Signe est Lui, Dieu fait chair, Il est le plus grand miracle de l’univers : tout l’amour de Dieu enfermé dans un cœur humain, dans un visage d’homme. L’important est d’avoir un cœur d’enfant qui ne cesse de s’émerveiller devant Dieu et d’introduire un « davantage » dans la normalité de la vie. Apprenons de Notre-Dame qui a vraiment compris cette réalité extraordinaire dans la vie de tout le jour. La Vierge Marie, bénie parce qu’elle a cru (cf. Lc 1, 45), ne s’est pas « habituée », ne s’est pas scandalisée son Fils qui habitait chez elle d’une manière « normale » : son émerveillement pour lui, Présence extraordinaire dans l’ordinaire de tous les jours, est plein de foi, plein d’amour et de joie, de le voir si humain et en même temps si divin. Apprenons donc d’elle, notre Mère dans la foi, à reconnaître dans l’humanité du Christ la parfaite révélation de Dieu. Pas comme l’ont fait les villageois de Jésus qui ont laissé s’imposer quotidiennement la dictature de la banalité, comme le décrit l’Évangile de ce dimanche.

En effet, un jour qui aurait pu être une belle journée, une journée plein de bonheur pour être avec les amis d’enfance, Jésus revint à Nazareth. Il n’y retourna pas seul, mais avec ses disciples, et précédée par la renommée de ses miracles et ses enseignements. Il revint donc en tant que professeur et prophète, disant des mots qui apportent la bonne nouvelle de la liberté. Et ses concitoyens qui l’avaient vu tous les jours dans les rues de la ville, ce samedi le virent entrer dans la synagogue et l’écoutèrent prêcher. Il disait des paroles nouvelles qui attiraient intérêt et attention, qui éveillaient les désirs et répondaient aux attentes. Paroles qui ont suscité l’étonnement et invitaient quitter l’ancienne façon de penser et d’agir : la surprise est la réponse « normale » à la parole de Jésus, toujours, même quand cette Parole nous la connaissons, nous l’avons médité et nous évoquons parmi les choses familières à notre mémoire. Étonnement que surgit spontanément lorsque nous sommes ouverts à l’écoute.

Malheureusement les auditeurs à l’époque (ainsi que ceux d’aujourd’hui) ont étouffé l’étonnement avec les préjugés de ceux qui étaient devenus habitués à voir la « normalité » du Christ au cours des 30 années de sa vie privée à Nazareth.

Ce jour-là à Nazareth, la libération était très proche, la liberté n’a jamais été si proche, avait le visage de leur ami. Le désir impérieux d’une vie nouvelle, de l’avènement du libérateur Messie, d’une nouveauté de la vie de nombreux fois échappée mais toujours promise par le Ciel, ce désir inépuisable avait allumé l’émerveillement et la joie, et le cœur était consentante, en disant que oui, il était lui, était le Messie, qu’aujourd’hui était le point tournant, l’accomplissement de tout espoir. Mais les concitoyens du Christ laissèrent étouffer leur étonnement par l’habitude.

Et donc, ce samedi à Nazareth au lieu d’un samedi belle, de joie et d’étonnement les paroles de paix, la vérité et le pardon de Jésus, il est devenu le jour du refus. Et il n’y eut pas de miracle.

Il y’a une première leçon importante dans ce bref passage de l’Evangile : Dieu ne nous s’impose pas, mais propose à nous en douceur. Il ne fait pas violence à notre esprit et à notre cœur, qui doit rester ouvert et accueillir le Christ et sa parole « libératrice », sans être vaincu par l’ennui de la vie quotidienne. Donc, nous devons être vigilants, attentifs, tendus à la nouveauté de Dieu qui nous vient chez nous doucement et qui discrètement frappe à la porte de notre vie quotidienne. L’Evangile d’aujourd’hui nous enseigne que nous ne devons pas étouffer la capacité d’étonnement de notre esprit et notre cœur en face d’un Dieu qui est Emmanuel, Dieu qu’est toujours avec nous tous les jours. Nous ne devons pas donner « all’abitudinarietà », la routine, aveuglante qui vient de mondain et quotidien. Nous devons garder vivant l’émerveillement qui est un jugement qui nous fait dire : « Jésus est Dieu et il vaut la peine de le suivre » et l’étonnement devient l’attachement à une présence qui –Elle seule – a paroles de vie éternelle.

2) L’incrédulité est vaincue par l’émerveillement et par la pitié.

Pour indiquer le lieu de l visite de Jésus à Nazareth, Saint Marc n’a pas écrit la parole « village », mais « patrie » (Mc 6,1), mot riche d’évocations émotionnelles et de signification plus large. Malheureusement, Jésus n’a pas été reconnu comme le Messie dans sa propre terre, n’a pas été reconnu par ceux qui pensaient tout savoir sur Lui. Jésus-Christ, Fils de l’homme, la révélation véritable et complète du Père n’a pas été reconnu, et a subit le sort de tant d’autres prophètes : « Il est venu parmi les siens, mais ses gens ne l’ont pas accepté… » (Jn 1,11).

Ils n’ont pas reconnu son caractère unique, ils se sont arrêtés à quelques modestes données personnels qu’ils savaient depuis des décennies : il était le fils de Marie et de Joseph l’artisan, cousin de Jacques, José, Simon. Jésus vint à Nazareth, sa patrie, parmi les personnes qui l’avaient vu grandir, jouer et travailler. Là où il y avait sa mère, sa maison, ses amis d’enfance et de la jeunesse, les parents les plus proches.

Pour l’Evangile, l’incrédulité n’est pas seulement la négation de Dieu (ce qui n’est pas le cas des Nazaréens), mais l’incapacité à reconnaître Dieu dans l’humilité de l’homme Jésus, son appel dans la voix d’un homme qui semble être « trop et uniquement » homme.

Le Sauveur se propose avec douceur et humilité et ne s’impose pas. Le Fils de Dieu se révèle dans la pauvreté et la simplicité de son être un homme comme un autre, et pourtant il est lui-même Dieu, dont la présence doit être reconnue dans les situations ordinaires de la vie, dans la vie quotidienne, dans le visage de chaque homme ou femme, pour les quels il s’est incarné.

Lui, il est le seul modèle à imiter. De Lui nous devons apprendre la douceur et l’humilité.

Avec la douceur, nous déclarons Dieu comme unique Juge et Seigneur de notre vie, en la plaçant entièrement entre ses mains.

Avec l’humilité, nous acceptons sa volonté comme la seule et unique volonté d’amour qui doit guider notre histoire quotidienne dans ses détails les moindres et les plus insignifiants. Notre âme trouve rafraîchissement en apprenant de Lui et en prenant e sur nous Sa Loi, parce que Son joug est un joug de charité et de grande miséricorde, de piété et de compassion infinie, de pardon et da miséricorde. En cette façon notre vie entre dans la vraie paix et dans la plénitude.

La deuxième leçon de ce passage de dimanche de San Marco est que pour croire il faut de la compassion, entendue comme la pratique de l’amour pour le Christ.

Si les personnes présentes avaient laissé ouvert leur cœur aux paroles de Jésus qui revenaient d’eux pour la miséricorde, ils auraient saisi la nature extraordinaire de sa présence divine. Ils auraient été capables de reconnaître Jésus comme le Messie, si elles avaient répondu à la miséricorde du Christ avec une pratique de la piété. « Piété – écrit Giuseppe de Luca- est « l’habitude » de l’amour avec Dieu … La piété n’est rien d’autre que la vie de prière (c’est la raison pour laquelle les prières sont aussi appelées « pratiques de piété », sans oublier la primauté du liturgie) qui est le souffle de Dieu en nous ». Donc, c’est l’amour qui rend l’habitude ne pas une sclérose de la vie mais une forme stable de la nouveauté.

Un exemple de cette forme stable de vie nouvelle – parce que la vie en communion avec le Christ et dans l’Eglise – est donné par les vierges consacrées dans le monde. Se donnant entièrement au Christ, ces femmes montrent qu’il est possible d’avoir ses mêmes sentiments (cf. Ph 2, 5) et porter le Cœur de Jésus sur les routes du monde. « Ces sœurs qui reçoivent actuellement la consécration virginale par l’Eglise mère, viennent du peuple saint de Dieu, de vos familles : elles sont filles et sœurs avec qui nous avons l’habitude de travailler et de vivre. Le Seigneur les a appelées à se joindre plus étroitement à lui et à les mettre au service de l’Eglise et de l’humanité. Leur consécration pousse à rechercher sincèrement, chacun selon son don, l’expansion du royaume de Dieu et le renouvellement du monde dans l’esprit de l’Evangile » (Projet d’homélie dans le Consécration des Vierges, n ° 26).

La nouvelle vie qui nous est communiquée dans le Baptême est vécue par ces consacrées dans le monde comme amitié et communion virginale pour une vie nouvelle fondée non pas sur le sang et la chair, mais sur la grâce.

Lecture patristique

Saint Jean Chrysostome

Commentaire sur Matthieu, 48, 1

  1. Le prophète est méprisé dans son propre pays

Venez donc, dans son pays, Jésus refrains de miracles pour ne pas enflammer davantage l’envie de ses voisins et ne pas avoir à condamner plus sévèrement pour leur incrédulité obstinée ; mais, en retour, il les expose sa doctrine, qui, bien sûr, ne mérite pas l’admiration des petits miracles. Cependant, ils ont complètement insensée, alors qu’ils devraient écouter avec émerveillement intense et admirer la force de ses mots, par opposition à mépriser l’humble condition de celui qui croit son père. Pourtant, ils ont de nombreux exemples, qui ont eu lieu dans les siècles précédents, des illustres fils nés de pères obscurs. David était le fils de Jesse, un humble agriculteur ; Amos était le fils d’un berger et le pasteur lui-même ; Moïse, le législateur, avait un bien moins illustre père pour lui. Ils devraient, par conséquent, de l’honneur et admirer Jésus à cause de ce fait : que, tout en paraissant leur humble origine, enseigne cette doctrine.

Il est donc évident que sa sagesse ne vient pas de l’étude, mais par la grâce divine. Au contraire, ils le méprisent pour ce qui devrait, au contraire, admirer. D’autre part Jésus assisté les synagogues pour éviter d’être facturé comme un ennemi solitaire de la société humaine, ce qui se serait passé s’il avait toujours vécu dans le désert. « Et ils y sont restés étonnés et disaient : D’où cet homme cette sagesse et cette puissance » (Mt 13,54), appelant le pouvoir de ses pouvoirs de faire des miracles ou même sa propre sagesse. « N’est-ce pas le fils du charpentier ? » (Mt 13,55). Donc, plus le miracle, et un plus grand étonnement. « N’est pas sa mère, nommée Marie ? Et ses frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ne sont pas ses sœurs ici avec nous ? D’où jamais il est tout cela ? Et ils ont pris ombrage de lui » (Mt 13,55 à 57). Vous voyez que Jésus parle précisément à Nazareth ? Ne sont pas ses frères, disent-ils, telle et telle autre ? Et qui se soucie ? Cela devrait être la raison la plus valable pour croire en lui. Malheureusement l’envie est une passion et combat le mal et se contredit souvent. Ce qui est extraordinaire, surprenant et potentiellement les attirer à Jésus, cela ne les choqués.

Répondre à leur Christ ? « Un prophète est sans honneur sauf dans son propre pays et dans sa propre maison. » « Et pas effectué de nombreux miracles, à cause de leur incrédulité » (Mt 13,57 à 58). Luc rapporte également que pour sa part il ne fit pas beaucoup de miracles il (Lc 4,16 à 30). Mais, je vous le dis, il serait naturel et logique pour eux. Si Jésus avait la capacité de susciter l’admiration – comme réellement passé – pour quelle raison elle pas fait des miracles ? Le fait qu’il avait ciblé sa propre gloire, mais leur propre bien. Toutefois, puisque ce ne sont pas bien réalisé, le Christ négligé leur expression à ne pas augmenter la punition de ses compatriotes. Observez combien de temps après et comme une démonstration de miracles qu’il retourne avec eux : mais ni n’a donc lui souhaiter la bienvenue, même allumera plus fortement envier. Pourquoi alors, demandez-vous, Jésus a apporté un miracle ? Il l’a fait parce qu’il n’a pas dit : « Docteur, guéris-toi toi-même » (Luc 04 :23), et il a affirmé qu’il était un ennemi et l’ennemi et méprisé ses concitoyens.

Enfin, il ne voulait pas entendre : S’il avait fait des miracles, nous aussi, nous aurions cru. Pour cela, il opère un miracle et retire par la suite, faisant d’une part, ce qui lui appartient et l’autre en évitant de condamner plus sévèrement. Eh bien, maintenant regarder la puissance de la parole du Christ : bien qu’ils aient été dominés par l’envie, mais ceux qui sont surpris. Et comme dans ses œuvres ne blâme pas l’acte lui-même, mais imaginez provoque dicton inexistant : « En vertu de Belzébuth chasser les démons », de sorte que même maintenant, ils ne condamnent pas sa doctrine, mais recourent à mépriser l’humilité de son origine. Admirez autre part la modération du Maître : il ne les blâme pas la violence, mais avec beaucoup de douceur déclare : « Un prophète est sans honneur sauf dans son propre pays, » et ne s’y arrête pas, mais ajoute, « et dans son propre maison « , se référant, je crois, avec ces derniers mots à ses parents.

Source: ZENIT.ORG, le 1er juillet 2021

Lectures de dimanche : « La peur nous pousse vers l’Amour »

Mgr Francesco Follo 13/12/2017 @Oss_romano

Mgr Francesco Follo 13/12/2017 @Oss_romano

Lectures de dimanche : « La peur nous pousse vers l’Amour »

Le Christ apaise les tempêtes de nos vies

Par MGR FRANCESCO FOLLO

« Ce n’est pas la peur qui crée Dieu ; quand nous sommes en danger elle nous pousse vers l’Amour qui nous soutient ». C’est ce qu’écrit Mgr Follo dans sa méditation sur les lectures de dimanche prochain 20 juin 2021, XIIème dimanche du Temps ordinaire.

« Dans le danger nous nous tournons vers ceux qui nous aiment : vers le Christ qui apaise la mer de notre vie, la pacifie », fait observer l’observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris.

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose un sermon de S. Augustin.

HG

Prémisse 

L’Evangile de ce dimanche nous parle de la tempête apaisée avec une certaine emphase qui se voit dans le geste et les paroles solennelles avec lesquelles le Rédempteur apaise la mer agitée. De cette manière, l’évangéliste Marc montre un signe clair de la seigneurie du Christ sur les forces de la nature et nous amène à reconnaitre à sa divinité : « Qui est-ce donc – se demandaient et effrayaient les disciples – que même le vent et la mer lui obéissent ? (Mc 4, 41).

Cependant, le récit évangélique présente quelques incohérences. Pourquoi, par exemple, parle-t-il « d’autres bateaux qui étaient avec lui » et ensuite ne dit rien de leur sort ? Et comment est-il possible qu’un homme puisse dormir paisiblement, alors que les vagues font rage et que l’eau a presque complètement rempli le bateau ?

De toute évidence, Saint Marc ne s’intéresse pas à l’exactitude factuelle, chronique de cet épisode de la vie du Christ. L’intention de l’évangéliste est plutôt contenue dans les deux questions qui l’articulent, l’une des disciples (« qui est-il donc celui-ci ? ») et l’autre de Jésus : pourquoi as-tu si peur ? Vous n’avez toujours pas la foi ?. La question des disciples naît de l’émerveillement devant la puissance de Jésus : sa parole calme la mer agitée. Il est juste de s’émerveiller de la puissance des miracles, mais la puissance du miracle ne suffit pas pour comprendre qui est Jésus. Les miracles révèlent la messianité de Jésus et son origine, mais ils ne sont pas en mesure de révéler complètement son identité, c’est-à-dire, son grand geste d’amour et de don. Pour cela, il faut attendre la Croix. Dieu se révèle en puissance, mais surtout dans l’amour : ce n’est qu’ici que Dieu peut être connu profondément, sans malentendu. Avec sa question (« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? ») Jésus change le sens de l’épisode. L’attention n’est plus tournée vers la puissance du miracle, mais vers la foi des disciples qui s’embarquèrent avec lui pour passer sur l’autre rive.

1) Aller au large pour passer sur l’autre rive.

L’Evangile d’aujourd’hui décrit la tempête apaisée ; mais, c’est sur la phrase initiale de Jésus : « Passons sur l’autre rive » (Mc 4,35) que je désirerais avant tout attirer l’attention.

C’est une invitation que Jésus adresse aux siens après avoir parlé du Royaume des Cieux qui devient un grand arbre à partir d’une petite semence. Comme je l’ai déjà dit d’autres fois, « rester » avec le Christ est un verbe de mouvement parce qu’il implique nécessairement de se déplacer et de se mettre à sa suite.

C’est une invitation  faite quand le soir tombe, donc lorsque les disciples qui suivent Jésus, pensent être arrivés au bout du chemin de la journée et ont l’exigence juste et humaine de s’arrêter et de se reposer de la fatigue de « porter » l’évangile avec Jésus. Le premier moment de cet « aller au-delà » est de laisser la foule, de rester seuls avec Jésus pour s’éloigner avec Lui de la rive où ils étaient arrivés.

La barque représente notre vie qui avance avec le Sauveur. C’est un bois qui sillonne les vagues du temps et de l’espace et qui est capable de porter le Fils de Dieu. Jésus, vrai homme et vrai Dieu, est si puissant qu’il ne se préoccupe pas de la tempête. Il peut arriver que le vent souffle violement : ce sont toutes les voix qui s’agitent à l’intérieur et à l’extérieur de nous-même et qui se lèvent souvent avec une force telle que nos pas dérapent du sentier alors qu’ils étaient assurés quelques instants auparavant.

Les vagues se déversent  dans la barque : ce qui fait partie de nos journées et que nous pensons bien connaître se déverse contre nous. Certains imprévus nous saisissent et nous mettent dans les mains de l’inattendu à tel point que notre vie est remplie par la peur, même quand  pensons maîtriser les événements.

Aujourd’hui, Jésus nous donne une leçon claire sur  la manière d’affronter la mer de notre histoire personnelle et de ce monde : nous devons naviguer avec Lui, nous devons Le prendre à bord de notre barque, « comme il est », parce qu’Il  nous pilote vers l’autre rive, en nous sauvant des eaux orageuses.

Avec le Christ dont l’amour est plus fort que la force de la nature, nous pouvons arriver vers l’autre rive qui nous pouvons rejoindre grâce à notre abandon confiant en Lui. La tempête de la nature et celle du cœur humain, sont dangereuses et peuvent conduire à la mort. Au contraire, la « tempête du cœur de Dieu » conduit à la paix si nous disons comme les apôtres : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » (Ibid. v. 38).

2) Jésus dormait, mais son cœur veillait.

Uniquement dans ce passage de Saint-Marc,  Jésus est présenté pendant qu’il dort. Comment interpréter ce sommeil? Jésus est réellement fatigué. Après une journée de prédication dans laquelle il a dépensé beaucoup d’énergie, le Sauveur monte dans la barque et s’endort profondément. Nous pouvons constater ici la réelle humanité de Jésus. Il est toutefois utile ajouter quelques explications : Jésus a confiance en les siens comme «bons marins », il ne doute pas de leur responsabilité et capacité professionnelle. Nous aussi nous devons faire confiance au Seigneur comme « navigateur ».

Certes, son comportement est rempli de mystère : son sommeil tranquille signifie –à mon avis- la confiance sereine en Dieu, la confiance du Fils qui se sent protégé et aimé par le Père, entre ses bras, même dans la tempête furieuse de la mer et de la vie.

Nous devons faire nôtre ce comportement de Jésus, en priant le psaume 130 qui nous suggère une des plus belles images de notre abandon en Dieu, même dans l’épreuve : « Je tiens à mon âme égale et silencieuse. Mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. » (Ps 130, 2).

3) Le Cœur de l’homme est une demande d’infini.

En plus de nous apprendre l’abandon total en Dieu, Jésus  Sauveur qui dort dans la barque sur la mer agitée, réveille le cri de notre foi. En effet, Jésus reproche aux siens : « Pourquoi avez-vous peur ? Vous n’avez pas encore la foi? ». Il exige de ses frères la foi pour réveiller la puissance de son amour.

Avec la question : « Pourquoi avez-vous peur ? », le Christ déplace l’attention de la puissance du miracle qui vient de se produire à la foi de ses disciples. Certes, ils viennent de se détacher du précédent travail, de la famille, de la foule, pour rester avec Jésus, en le suivant sur les rues du monde, mais ce n’est pas suffisant : ils sont appelés à croire en Lui dans l’abandon. Et Jésus, Maître et Ami, éduque cette foi en leur faisant comprendre qu’ils ne doivent pas prétendre à une présence et une puissance divine qui les éloigne de la fatigue de vivre. Il les éduque de plus à être courageux ( = agir avec le cœur) en éduquant le cœur.

Comment répondre au Christ qui nous demande : « Pourquoi avez-vous peur? ». En lui posant la même question que celle du premier des apôtres « Augmente en nous la foi, Seigneur » (Lc 17,5). Foi qui est un acte d’intelligence et d’abandon de la volonté.

Faisons de sorte que notre vie soit réellement cette ouverture de notre esprit et de notre cœur vers une foi chaque jour plus pure, vers une foi chaque jour plus grande. Prions pour que notre foi nous ouvre toujours davantage au don de Dieu. La foi mature est capable de nous rendre tranquilles même dans les difficultés et sereins même dans la persécution. Pensons à Saint-Pierre qui dormait sereinement en prison. Pensons aussi à la « petite » Sainte-Thérèse de l’enfant Jésus. Elle qui mourut à l’âge de 24 ans à peine, est la sainte de la simplicité et de l’amour. La Sainte de l’abandon confiant à la volonté de Dieu.
Si nous voulons grandir dans la foi, nous devons éduquer le cœur, en imitant « la petite » Sainte de Lisieux.

Eduquer notre cœur à percevoir Jésus. Que signifie Le percevoir ? : C’est faire passer notre cœur dans le cœur du Christ, et le cœur du Christ vers le nôtre. De cette façon nous pouvons non seulement ne pas avoir peur de la barque de la vie, mais aussi pacifier la mer de la vie avec et par le Christ.

Une façon significative de vie de percevoir le Christ est celle des vierges consacrées dans le monde. A travers la virginité, ces femmes éduquent leur cœur en le « construisant » dans celui du Christ qui aime et veut le bien de celui qui se donne à Lui.

Le style de vie de la Vierge consacrée dans le monde est celui de celui qui ne possède pas le prochain parce que son cœur est rempli de l’amour de Dieu. Riche de cet amour, elle en devient un signe limpide et pratique de la bienveillance qu’elle a reçu de Dieu ; elle le manifeste envers le prochain. En effet, la virginité est vocation à l’amour : elle rend le cœur libre d’aimer Dieu. Libre des devoirs de l’amour conjugal, le cœur vierge peut se sentir, donc, plus disponible pour l’amour gratuit des frères.

Certes, la virginité implique le renoncement à la forme d’amour typique du mariage. Mais le renoncement est accepté dans le but d’assumer plus en profondeur de dynamisme, inhérent à la sexualité, d’ouverture oblative envers les autres , en le transfigurant et en le rendant puissant moyennant la présence de l’ Esprit  qui apprend à aimer le Père et les frères comme le Seigneur Jésus.

Et le Pape émérite Benoît XVI, le 15 mai 2008, leur dit : «  Que votre vie soit un témoignage particulier de charité et un signe visible du Règne futur. (Rituel de la consécration des vierges,
30). Faites en sorte que votre présence irradie toujours la dignité d’être l’épouse du Christ exprime la nouveauté de l’existence chrétienne et l’attente sereine de la vie future. De cette façon, à travers votre vie, vous pouvez être des étoiles qui orientent le chemin du monde. Le choix de la vie virginale, en fait, est un appel à la fugacité des réalités de la terre et anticipation des biens futurs. La vierge consacrée, en fait, s’identifie à cette épouse qui, avec l’Esprit, invoque la venue du Seigneur : ‘ L’Esprit et l’épouse disent : ‘viens’ (Ap 22,17) ». (Discours aux participantes du Congrès de l’Ordo Virginum, n.6).

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)

Sermon 63, 1-3; PL 38, 424-425.

Je vais, avec la grâce du Seigneur, vous entretenir de l’évangile de ce jour. Je veux aussi, avec l’aide de Dieu, vous encourager à ne pas laisser la foi dormir dans vos cœurs au milieu des tempêtes et des houles de ce monde. Le Seigneur Jésus Christ exerçait sans aucun doute son pouvoir sur le sommeil non moins que sur la mort, et quand il naviguait sur le lac, le Tout-Puissant n’a pas pu succomber au sommeil sans le vouloir. Si vous le pensez, c’est que le Christ dort en vous. Si, au contraire, le Christ est éveillé en vous, votre foi aussi est éveillée. L’Apôtre dit: Que le Christ habite en vos cœurs par la foi (Ep 3,17). Donc le sommeil du Christ est le signe d’un mystère. Les occupants de la barque représentent les âmes qui traversent la vie de ce monde sur le bois de la croix. En outre, la barque est la figure de l’Église. Oui, vraiment, tous les fidèles sont des temples où Dieu habite, et le cœur de chacun d’eux est une barque naviguant sur la mer: elle ne peut sombrer si l’esprit entretient de bonnes pensées.

On t’a fait injure: c’est le vent qui te fouette; tu t’es mis en colère: c’est le flot qui monte. Ainsi, quand le vent souffle et que monte le flot, la barque est en péril. Ton cœur est en péril, ton cœur est secoué par les flots. L’outrage a suscité en toi le désir de la vengeance. Et voici: tu t’es vengé, cédant ainsi sous la faute d’autrui, et tu as fait naufrage. Pourquoi? Parce que le Christ s’est endormi en toi, c’est-à-dire que tu as oublié le Christ. Réveille-donc le Christ, souviens-toi du Christ, que le Christ s’éveille en toi. Pense à lui.

Que voulais-tu? Te venger. As-tu oublié la parole qu’il a dite sur la croix: Père, pardonne-leur: ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34)? Celui qui s’était endormi dans ton cœur a refusé de se venger.

Réveille-le, rappelle-toi son souvenir. Son souvenir, c’est sa parole; son souvenir, c’est son commandement. Et quand tu auras éveillé le Christ en toi, tu te diras à toi-même: « Quel homme suis-je pour vouloir me venger? Qui suis-je pour user de menaces contre un homme? Peut-être serai-je mort avant d’avoir pu me venger? Et quand viendra pour moi le moment de quitter ce corps, si j’expire brûlant de haine et assoiffé de vengeance, celui qui n’a pas voulu se venger ne m’accueillera pas. Celui qui a dit: Donnez, et vous recevrez; pardonnez, et vous serez pardonnes (Lc 6,37) ne m’accueillera pas. Je réprimerai donc ma colère, et mon cœur trouvera à nouveau le repos. » Le Christ a commandé à la mer, et elle s’est calmée (cf. Mt 8,26).

Ce que je viens de vous dire au sujet des mouvements de colère doit devenir votre règle de conduite dans toutes vos tentations. La tentation surgit: c’est le vent qui souffle; ton âme est troublée: c’est le flot qui monte. Réveille le Christ, laisse-le te parler. Qui donc est celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent (Mt 8,27)? Quel est celui à qui la mer obéit? A lui la mer, c’est lui qui l’a faite (Ps 94,5). Par lui, tout s’est fait (Jn 1,3). Imite plutôt les vents et la mer: obéis au Créateur. La mer entend l’ordre du Christ, vas-tu rester sourd? La mer obéit, le vent s’apaise, vas-tu continuer à souffler?

Que voulons-nous dire par là? Parler, agir, ourdir des machinations, n’est-ce pas souffler, et refuser de s’apaiser au commandement du Christ? Quand votre cœur est troublé, ne vous laissez pas submerger par les vagues. Si pourtant le vent nous renverse – car nous ne sommes que des hommes -, et qu’il excite les passions mauvaises de notre cœur, ne désespérons pas. Réveillons le Christ, afin de poursuivre notre voyage sur une mer paisible et de parvenir à la patrie.

Source: ZENIT.ORG, le 17 juin 2021