« Vivre avec Celui qui donne Vie à la vie », par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo 13/12/2017 @Oss_romano

Mgr Francesco Follo 13/12/2017 @Oss_romano

« Vivre avec Celui qui donne Vie à la vie », par Mgr Follo

Commentaire des lectures de dimanche, 22 août 2021

Vivre avec Celui qui donne Vie à la vie

1) Une question qui nous inquiète depuis des siècles 

Nous avons écouté l’enseignement de Jésus sur le Pain de vie: Pendant quatre dimanches Il nous a communiqué la réalité de l’amour que Dieu a pour chacun de nous.

L’amour dont le Christ nous a parlé n’est pas seulement ‘parole’: il s’agit d’un Amour qui va au-delà de n’importe quelle attente, de n’importe quelle imagination. Le Sauveur est l’Amour qui nous donne lui-même, qui partage notre vie – ou, plutôt c’est Lui qui nous fait partager Sa Vie : “Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle” (Jn 6,54)

La nourriture qu’Il nous propose provoque des réactions négatives: malheureusement Jésus n’a pas été compris par Ses contemporains : la même chose se passe aujourd’hui, étant donné que beaucoup de monde n’arrive pas à Le comprendre. Aujourd’hui même, beaucoup se plaignent en disant: “Ta Parole est trop dure! Qui est-ce qui peut l’écouter? – beaucoup de Ses disciples Le quittèrent et n’allaient plus avec Lui” (Jn 6,60-66)

La Parole de Jésus n’est pas dure1. Notre cœur, au contraire, est très dur : il se renferme et refuse d’écouter tandis que la Parole du Seigneur est plus douce que le miel (cf. Ps 119, 103). Ce n’est pas trop difficile d’accueillir Sa Parole et de la vivre au jour le jour. Avec Son enseignement exigeant, le Christ nous offre en fait une vie heureuse – Il ne nous donne pas une vie facile.

Lorsque le Sauveur, avec tendresse, douleur et fermeté, s’adresse à nous, en nous posant la question: “Vous aussi, vous voulez me quitter?” (Jean 6,67), nous devons répondre rapidement : “A qui irions-nous? Toi seul, tu as les Paroles qui donnent la vie ”, à savoir, les Paroles qui nous donnent une vie ‘heureuse’.

En effet, Sa demande va au-delà du fil du temps, dépasse les siècles et s’adresse à nous, aujourd’hui. Il nous interroge et attend notre décision. Si nous sommes en train de méditer ce passage de l’évangile, cela signifie que nous-même, nous devrions être prêts à répéter la réponse de l’apôtre Pierre: « A qui irions-nous? Toi seulement, tu as les Paroles qui donnent la vie éternelle » (Jn 6,68).

Il y des milliers de paroles qui résonnent tout autour de nous mais, seules, les Paroles de Christ peuvent vaincre le temps. Il n’y a que Ses Paroles qui savent expliquer notre vie, survivre à l’usure et rester pour l’éternité.

Comme Saint Pierre, adhérons aux Paroles du Christ sans aucune crainte, ni sans aucune hésitation.

1 La dureté du discours dont parle l’Evangile ne se réfère à l’Eucharistie seulement, à savoir à la Présence du Christ dans le Pain et le Vin- une présence jugée impossible. La difficulté du discours se rapporte au chapitre sixième de Saint Jean, où l’on parle de:

  • –  l’expérience du salut qui va au-delà des attentes de la foule
  • –  la présence du Fil de Dieu dans le fils du charpentier
  • –  la nécessité di partager Son Existence qui nous est donnée

Comme Saint Pierre, répondons au Messie avec des paroles qui expriment notre foi de disciples : « Toi seul, tu as les Paroles de vérité », parce que nous reconnaissons dans la foi que Lui seul est l’unique sauveur, l’unique qui rend Dieu présent parmi nous.

Comme Saint Pierre, nous avons conscience de notre fragilité, et nous pouvons répéter la réponse cet Apôtre, pourvu que nous fassions confiance au Saint Esprit et à sa puissance qui se révèle dans la Communion avec Jésus. La foi nous est don de Dieu à l’homme – et en même temps, c’est grâce à la foi qu’Il nous donne, que nous pouvons faire confiance à Dieu dans la liberté. La foi est écoute docile de la Parole qui est la lampe de nos pas et lumière sur notre chemin (Ps 119, 105).

Chacun de nous doit donner une réponse personnelle à cette provocation inquiétante qui résonne dans notre cœur. En fait, le Messie ne se contente pas d’une appartenance superficielle et formelle. Une première adhésion enthousiaste ne lui suffit pas non plus. Il faut, au contraire, prendre part à « Sa façon de penser et à Son vouloir» pour toute la vie.

Le suivre remplit le cœur de bonheur et donne plein sens à notre existence. Mais elle comporte alors de la fatigue, des renoncements et des difficultés parce qu’il faut aller très souvent à contrecourant.

2) Des Paroles de Vie qui donne vie à notre vie

Lorsque Jésus posa la question: « Vous aussi, vous voulez me quitter? », Saint Pierre ne répondit pas seulement: « Toi seul, Tu as les Paroles de la vie éternelle ». Le Chef des Apôtres ajouta aussi: « et nous avons cru et nous savons que Tu es le Saint de Dieu » (Jn 6,69).

Expression que Saint Augustin explique ainsi : « Par la Grace de Dieu et par inspiration du Saint Esprit, Saint Pierre a compris. Pourquoi qu’Il a pu comprendre? Parce qu’il a cru. Tu as les Paroles de la vie éternelle. Tu nous donnes la vie éternelle parce que Tu nous offres Ton Corps et Ton Sang. Et nous avons cru et su. Il ne dit pas: nous savons et donc, nous croyions, mais il dit: nous avons cru et su. Nous avons cru pour pouvoir connaître. Si nous avions voulu connaitre avant de croire, nous n’aurions réussi ni à connaitre, ni à croire. Qu’est-ce que nous croyons et qu’est-ce que nous connaissons? que Tu es le Christ, le Fils de Dieu, (c’est à dire que Tu es la Vie éternelle même et que Tu te donnes Toi-même à nous en Ta chair et Ton sang. (Commentaire sur l’évangile de Jean, 27, 9)

L’attitude qui synthétise les paroles de Pierre est celle de nous agenouiller devant le Saint- Sacrement pour l’adorer humblement et en silence, en cultivant dans notre cœur le désir d’être en pleine communion avec Lui (et non d’être dans le doute).

L‘Amen’ que l’Eglise nous fait dire lorsque nous allons recevoir la Communion, a ainsi une signification profonde qui répète la profession de foi de Saint Pierre: “Lorsque tu prends le Corps du Christ et que tu réponds ‘Amen’, cela signifie que tu reconnais que tu es en train de prendre le Corps du Christ. Lorsque tu te présentes pour Le recevoir, l’Evêque dit : ‘Le corps du Christ !’. Et toi, tu réponds: ‘Amen’. C’est-à-dire : c’est vrai, je le sais. Il faut donc que ton esprit garde ce que ta parole reconnaît » (Saint Ambroise).

La Mère de Dieu qui a prononcé son ‘fiat’, son ‘oui’, nous donne l’humilité de cœur pour reconnaitre le désir et la grandeur du Don divin qui nous est offert dans le Pain de Vie.

Même Saint Pierre renouvelle son ‘fiat’, son « oui » au Christ, en donnant la réponse sur laquelle nous sommes en train de méditer. Comment pouvons-nous l’imiter? Il faut que nous fassions complètement confiance au Christ et que nous soyons disposés à renouveler notre ‘oui’ par la prière, l’adoration Eucharistique et la Communion, puisque nous disons: ‘Amen’, c’est à dire que nous disons: ‘oui’ lorsque nous recevons la Communion

Suivant l’exemple de la Vierge Marie et de Saint Pierre, faisons nous aussi confiance au Christ.

La Liturgie d’aujourd’hui nous offre aussi un autre exemple: celui des Israelites à Sichem : avant d’entrer en Terre Promisse, Josué leur impose de choisir. « Qui est-ce que vous voulez servir? – choisissez-le aujourd’hui ». Devant cette alternative, les Israelites firent confiance au témoignage de leurs pères qui avaient été libérés de l’esclavage subi en Egypte. Ils avaient fait confiance au Seigneur et L’avaient suivi même si ils n’avaient pas encore tout compris à l’égard de Sa Parole.

Un exemple particulier qui nous montre comment mettre le Christ est ‘au centre’ de notre vie nous est offert par les Vierges consacrées vivant dans le monde. Ces femmes ont compris que seul, le Seigneur est celui qui a des Paroles qui rendent la vie « vivante ». Par leur vie consacrée, elles nous témoignent que le Christ est le cœur même du monde entier.

Chaque jour, s’adressant au Christ, chacune d’elles dit: “Toi seul, Tu as les Paroles de la vie éternelle” (Jn 6,68). Elles le disent pas tant avec des paroles mais avec leur propre vie pleinement offerte à l’Epoux. Leur vie virginale se réfère au Christ parce qu’elles se nourrissent de Sa Parole et de Son Pain qui ne meurent jamais. Ces femmes nous démontrent que, seul, le Christ a les ‘Paroles de vie éternelle” non seulement parce qu’Il soigne leur âme et leur corps, mais surtout, parce que le Christ est le sens de la vie de l’homme, Il est son étoile la plus brillante. En cela, ces femmes professent l’orgueilleuse conscience que le Christ est le véritable ‘Homme nouveau’ dont le projet de vie est la voie et la vérité de l’expérience humaine puisque Lui, Il est la vie en plénitude.

Elles peuvent nous le témoigner grâce à leur propre existence, puisque elles peuvent croitre, elles savent espérer et aimer. Si le Christ est le médecin, Il l’est parce qu’Il est le don du Père pour chaque homme et femme. Si le Christ est la vérité, Il l’est parce qu’Il se montre comme Vérité attrayante pour le cœur de chaque homme.

Si le Christ est la voie, Il l’est parce qu’Il a donné l’esprit de l’amour qui nous conduit dans le cœur de Dieu-même. Si le Christ est tout ceci, alors, Il est la vie-même : la vie bonne et pleine. Ces femmes consacrées nous témoignent que seul le Christ peut nous donner la paix et la joie puisqu’Il est ‘Parole de vie’. Elles ont offert leur propre vie à l’Amour : donc elles peuvent partager l’amour qu’elles reçoivent dans leur existence, chaque jour.

Nous aussi nous pouvons vivre la même expérience, grâce à l’Eucharistie du dimanche, devant à ce rite qui nous parait parfois dur et étrange. La tentation de suspendre la pratique de la messe et de ce sacrement en attendant de mieux comprendre indique une perspective illusoire : en effet, seulement si nous faisons l’expérience du Sacrement nous pouvons approfondir sa signification. Seulement si nous écoutons le Christ et que nous abandonnons à Lui, nous pouvons découvrir que Lui-même s’abandonne à nous dans la Communion. Alors seulement nous pourrons comprendre que seul, le Seigneur a les Paroles qui rendent la vie vivante.

Lecture patristique

Saint Cyrille d’Alexandrie (+ 444)

Commentaire sur l’évangile de Jean (4, 4 PG 73, 613 617)

A qui donc irions-nous? demande Pierre. Il veut dire: « Qui nous instruira comme toi des divins mystères? » ou encore: « Auprès de qui trouverions-nous quelque chose de meilleur? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68). Elles ne sont pas dures, comme le disent ces autres disciples. Au contraire, elles conduisent à la réalité la plus extraordinaire de toutes, la vie éternelle qui est sans  fin, vie exempte de toute corruption.

Ces paroles nous montrent bien que nous devons nous asseoir aux pieds du Christ, le prenant pour notre seul et unique maître, et nous tenir constamment près de lui sans nous laisser distraire. Il doit devenir pour nous le guide parfaitement capable de nous conduire à la vie qui n’aura pas de fin. De cette manière, en effet, nous monterons jusqu’à la divine demeure du ciel et nous entrerons dans l’Église des premiers-nés, pour faire nos délices des biens que l’esprit humain ne peut comprendre.

De soi, il est évident que la volonté de suivre le Christ seul et de lui être toujours uni, est chose bonne et salutaire. Néanmoins, l’Ancien Testament va aussi nous l’apprendre. De fait, au temps où les Israélites, affranchis de l’oppression égyptienne, se hâtaient vers la terre promise, Dieu ne les laissait pas faire route en désordre, et le législateur ne leur permettait pas d’aller n’importe où, à leur gré; sans guide, en effet, ils se seraient à coup sûr complètement égarés. <>

Remarque comment ils reçoivent l’ordre de suivre, de se mettre en marche au moment où la nuée prend son départ, de faire encore halte avec elle, puis de prendre du repos avec elle. Vraiment, en ce temps-là, les Israélites trouvaient leur salut en restant avec leur guide. Aujourd’hui, nous faisons également le nôtre en refusant de nous séparer du Christ. Car c’est lui qui s’est manifesté aux anciens sous les apparences de la tente, de la nuée et du feu. <>

Les Israélites devaient exécuter les ordres: il leur était défendu de se mettre en route de leur propre initiative. Ils devaient s’arrêter avec la nuée, par égard pour elle. Cela devait encore servir d’exemple, afin que vous compreniez cette parole du Christ: Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur (Jn 12,26). C’est en marchant toujours avec lui que le disciple donne la preuve qu’il est fidèle à le suivre et assidu à se tenir près de lui.

Or, la marche en compagnie et à la suite du Christ Sauveur ne s’entend nullement dans un sens matériel, mais s’effectue plutôt par le moyen des œuvres qu’engendre la vertu. Les disciples les plus sages s’y sont fermement engagés de tout leur cœur. Ils ont refusé de se retirer avec ceux qui manquaient de foi et couraient à leur perte.

Ils s’écrient à bon droit: Où irions-nous? En d’autres termes: « Nous serons toujours avec toi, nous nous attacherons à tes commandements, nous accueillerons tes paroles, sans jamais récriminer. Nous ne croirons pas, avec les ignorants, que ton enseignement est dur à entendre. Nous ferons plutôt nôtre cette pensée: Qu’elle est douce à mon palais, ta promesse: le miel a moins de saveur dans ma bouche! » (Ps 118,103).

Source: ZENITH, le 19 août 2021

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