« Nous sommes faits à l’image de la Trinité », par Mgr Francesco Follo

« Dogmatic Sarcofagus », Musées Du Vatican, WIKIMEDIA DP

« Nous sommes faits à l’image de la Trinité », par Mgr Francesco Follo

Communion d’amour

Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, propose cette méditation , invitant les lecteurs de Zenit à « comprendre de plus en plus que nous sommes faits à l’image de la Trinité. La preuve la plus forte de cette vérité est que seul l’amour nous rend heureux, car nous vivons en relation avec l’amour et nous vivons pour être aimés ».

A ceux qui objectent que « le mystère de la Trinité ne sert à rien pour la vie quotidienne », Mgr Follo répond : « au contraire, ces Trois Personnes divines sont pour nous les plus intimes dans la vie quotidienne : elles ne sont pas hors de nous, comme l’épouse ou le mari, mais elles sont en nous. Elles demeurent en nous (Jn 14,23), nous sommes leur « temple » et nous demeurons en Elles ».

Voici le texte de la méditation pour le dimanche 12 juin prochain :

La Trinité et sa demeure.

Solennité de la Sainte Trinité – 12 juin 2022

Pr 8, 22 ; Ps 8 ; Rm 5, 1-5 ; Jn 16, 12 -15

1) Le signe de croix et la Trinité 

Aujourd’hui nous sommes appelés à fêter le mystère de la très Sainte Trinité. Pour aider à vivre et à célébrer cette fête de l’amour, avant de commenter l’Evangile d’aujourd’hui, je rappelle que la profession de foi en Dieu-Trinité – Père, Fils et Saint-Esprit – est liée au signe de croix. Cette pratique de piété « est et reste le geste fondamental de la prière du chrétien… Le signe de croix est surtout un évènement de Dieu : le Saint Esprit nous conduit au Christ et le Christ nous ouvre la porte vers le Père. Dieu n’est plus le Dieu inconnu ; il a un nom. Nous pouvons l’appeler, et Lui, Il nous appelle » (Benoît XVI).

Avec le signe de croix, nous nous immergeons en Dieu-Trinité, comme l’indique le texte grec de l’Evangile selon Saint-Mathieu (Mt 28,19). En fait, en envoyant ses disciples en mission dans le monde entier, le Christ leur demande de baptiser « au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit.

Tout d’abord, quelques explications sur le texte grec de « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit». Le grec de ce passage ne comporte pas la préposition « en », qui veut dire « dans », c’est-à-dire qu’il n’utilise pas la préposition « au nom » de la Trinité – comme il est d’usage de dire, par exemple, lorsqu’un ambassadeur parle « au nom » de son gouvernement, c’est-à-dire par autorité, et représentation de celui qui l’envoie.

Par contre, le texte grec utilise les mots de : « eis to onoma », c’est-à-dire : « vers ou dans le nom ». Ils expriment un mouvement « vers » ou « dans » le nom, aussi vers l’intimité de la Trinité, vers l’intérieur du nom. Donc, faire le signe de croix est une immersion dans le nom de la Trinité, une insertion en Son nom, une interpénétration de l’être de Dieu et de notre être qui est immergé dans le Dieu-Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, comme par exemple, dans le mariage où deux personnes deviennent une seule chair, elles deviennent une nouvelle et unique réalité avec un seul et nouveau nom » (Ibid.).

« Faire » le signe de croix, c’est aussi dire « oui » à Jésus-Christ qui a souffert pour nous et qui, dans son corps offert pour nous, a rendu visible l’amour de Dieu jusqu’au don total de Lui- même pour nous.

En outre, « faire » le signe de croix est se remettre sous la protection de la croix qui, comme un bouclier, nous défend dans les grandes et petites adversités de la vie, en général, et de la journée en particulier. La croix est un signe de la passion, mais, en même temps, elle est aussi un signe de la résurrection : elle est, pour ainsi dire, le pilier du salut que Dieu nous offre, le pont sur lequel nous surmontons l’abysse de la mort et toutes les menaces du mal et par lequel nous pouvons arriver jusqu’à Lui.

Enfin (mais ces raisons de faire le signe de croix ne sont pas les seules), en faisant le signe de croix – au moins le matin – nous remercions Dieu le Père pour la nouvelle journée qu’il nous concède, nous prions le Christ et lui confions notre vie; nous demandons au Saint Esprit d’illuminer toutes nos actions quotidiennes. En bref, nous commençons la journée sous le signe de l’amour trinitaire en entrant dans la communion d’amour de Dieu le Père, du Fils et du Saint Esprit.

2) La Trinité selon l’Evangile d’aujourd’hui. 

Commentons maintenant le très bref texte évangélique (Jn 16.12-15) de la Messe de ce dimanche de la Trinité. L’étroit rapport d’amour, de connaissance et de communion entre le Père, le Fils et le Saint Esprit émerge de ces quelques versets. Les paroles de Jésus nous font immerger dans le mystère de la Trinité avec cette exigence de fond qui est la connaissance de la vérité qui n’est autre qu’amour. Il nous faut toujours comprendre plus que Dieu est Père, c’est-à-dire source féconde, qu’Il est Fils, c’est-à-dire Parole faite chair, amour proche et fraternel, et qu’Il est Esprit c’est-à-dire amour aimant qui nous fait expérimenter la vérité de l’amour.

Il est souvent objecté que le mystère de la Trinité ne sert à rien pour la vie quotidienne. Au contraire, ces Trois Personnes divines sont pour nous les plus intimes dans la vie quotidienne : elles ne sont pas hors de nous, comme l’épouse ou le mari, mais elles sont en nous. Elles demeurent en nous (Jn 14,23), nous sommes leur « temple » et nous demeurons en Elles.

Toute notre vie se déroule dans le signe et dans la présence de la Trinité. Au début de la vie, nous avons été baptisés « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Toujours au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit, nous avons été confirmés, les époux unis par les liens du mariage et les prêtres consacrés par l’évêque. A la fin de notre vie, aspirons à ce que l’on prie avec ces mots près de notre lit : « Ame chrétienne, pars de ce monde : au nom du Père qui t’a créé, du Fils qui t’a racheté et du Saint Esprit qui t’a sanctifié ».

Croire à la Trinité, c’est croire que Dieu est amour, parce que de l’éternité Il a « en son sein » un Fils, le Verbe, qu’il aime avec un amour infini, c’est-à-dire avec le Saint Esprit. Comme le rappelle Saint-Augustin, il y a toujours trois réalités ou sujets dans chaque amour : un qui aime, un qui est aimé et l’amour qui les unit. Ce grand et saint évêque écrivait : « Dieu le Père est l’Aimant, le Fils est l’Aimé et le Saint Esprit est l’Amour ».

Le Dieu chrétien est un et trois parce qu’il est communion d’amour et il est aussi la réponse à certains athées qui disent que Dieu serait une projection que l’homme fait de lui-même, comme quelqu’un qui échange sa propre image reflétée dans une flaque d’eau ou d’un lac avec une personne différente. Ceci pourrait être valable pour une autre idée de Dieu mais pas celle du Dieu chrétien. Quel besoin l’homme aurait-il de se scinder en trois personnes : Père, Fils, et Saint Esprit si Dieu n’est autre que la projection que l’homme se fait de sa propre image?

A l’objection qui dit que ce mystère de la Trinité est trop difficile, je réponds avec l’invitation à célébrer humblement le Dieu tel qu’Il est, en Lui rendant hommage d’une constante reconnaissance. Dieu un et Trois nous a non seulement créé à son image et à sa ressemblance mais il a pris amoureusement possession de notre personne et l’a élevée à une grandeur démesurée : le Père nous a adopté dans son Fils incarné; le Verbe illumine notre intellect par sa lumière, le Saint Esprit nous a élu pour son habitation.

3) La Trinité en nous. 

A ce point, nous pouvons nous demander comment garder ce Temple de chair de l’Esprit : pas seulement en évitant le pêché qui profane cette demeure et offense Dieu mais aussi en vivant en la grâce de Dieu et en cultivant un cœur pur et docile à l’Esprit.

Il est vrai qu’avec le Baptême, nous sommes tous devenus Temple, c’est-à-dire demeure sacrée de l’Esprit Saint.

Mais il est pareillement vrai que la « femme » a en elle des connotations spécifiques, qui l’ont rendue symbole du rapport nuptial entre Dieu et son peuple, déjà dans l’Ancien Testament,: des caractéristiques physiques, grâce auxquelles dans le langage courant le mot « vierge » est appliqué quasi exclusivement à la femme: des caractéristiques psychiques et spirituelles, liées à sa connaturelle capacité de s’ouvrir à l’accueil et de se donner avec fidélité (cfr Mulieris Dignitatis, n 20). Donc, plus pour la femme que pour l’homme la virginité consacrée a une valeur de signe et de réalité.

A cet égard, la prière solennelle de consécration des vierges nous aide. Elle dit : « Seigneur notre Dieu, toi qui veux habiter ceux qui te sont consacrés, tu aimes les cœurs libres et purs. Pose ton regard sur ces filles qui déposent dans tes mains la proposition de virginité de laquelle tu es l’inspirateur, pour te faire une offrande pure…..Par le don du Saint Esprit qu’elles soient prudentes dans la modestie, sages dans la bonté, austères dans la douceur, chastes dans la liberté. Ferventes dans la charité elles ne mettent rien avant ton amour ; qu’elles vivent dans les louanges sans aspirer à la louange ; qu’’elles te donnent à Toi seul la gloire dans la sainteté du corps et dans la pureté de l’esprit : qu’elles te craignent avec amour, qu’elles te servent par amour… Qu’elles possèdent tout en toi, Seigneur, parce qu’elles t’ont choisi toi seul, au-dessus de tout. »

Par grâce, nous les chrétiens nous tous sommes un Temple, où Dieu prend sa demeure. Mais les vierges consacrées témoignent d’une façon particulière d’être la demeure sacrée de Dieu. A cet égard, déjà au Moyen Age, Jean de Ford synthétise l’enseignement de l’Eglise: « Le Temple de Dieu est saint et je fais référence à toute l’Eglise des saints qui vivent soit dans un état conjugal, soit dans un état de veuvage ou dans un état de chasteté virginale. Mais la partie plus intérieure de ce Temple, ou, pour ainsi dire, le « sancta sanctorum » est occupée par celles qui, libres des liens conjugaux grâce à la pureté, aspirent aux plus hauts sommets de la virginité » (Sermo 52)

Lecture Patristique
Saint Hilaire de Poitiers (315 – 367)

Sur la Trinité, 12, 55-56 PL 10, 469-472

Selon saint Paul, ton Esprit Saint, mon Seigneur et mon Dieu, scrute et connaît tes profondeurs (cf. 1Co 2,10). Quand il intercède pour moi, il te parle à ma place par des cris inexprimables (cf. Rm 8,26). Rien, en dehors de toi, ne scrute ton mystère. Rien qui soit étranger ou extérieur n’est assez puissant pour mesurer la profondeur de ton infinie majesté. Tout ce qui pénètre en toi est de toi; rien de ce qui est étranger à toi n’a le pouvoir de te scruter.

Que ton Esprit Saint vienne de toi par ton Fils unique, je ne le perçois pas sensiblement, mais j’en ai la conviction. Car, dans le domaine spirituel qui est le tien, mon esprit est obtus, comme l’assure ton Fils unique: Ne sois pas étonné si je t’ai dit qu’il vous faut renaître. Car le vent souffle où il veut: tu entends le bruit qu’il fait mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’eau et de l’Esprit (Jn 3,7-8).

Je crois en ma nouvelle naissance sans la comprendre, et je suis déjà certain de vérités qui m’échappent. Sans que je comprenne comment, je renais, et ma nouvelle naissance s’accomplit réellement. Rien n’empêche l’Esprit de parler quand il veut et là où il veut. Le motif de sa venue et de son départ nous reste inconnu, même si j’ai la conviction de sa présence.

Jean, ton Apôtre, nous enseigne que tout a été fait par ton Fils qui était auprès de toi au commencement, qui est Dieu et Verbe de Dieu (cf. Jn 1,1-3). Et saint Paul énumère tout ce qui a été créé en lui, au ciel et sur la terre, êtres visibles et puissances invisibles ; il souligne que tout a été créé dans le Christ et par le Christ (cf. Col 1,16-17). Quant à l’Esprit Saint, il a jugé suffisant d’affirmer qu’il est ton Esprit.

Pour moi, je penserai comme ces deux hommes (Jean et Paul) que tu as choisis, et avec eux, je ne dirai rien sur ton Fils unique qui dépasse les capacités de mon intelligence: je me contenterai de dire qu’il est né. De même, avec eux, je ne dirai rien de ton Esprit Saint qui dépasse les ressources naturelles de l’homme: je déclarerai seulement qu’il est ton Esprit. Je ne veux pas d’une vaine querelle de mots: je m’en tiens à professer fermement une foi inébranlable.

Je t’en prie, mon Dieu, conserve intacte la ferveur de ma foi, et, jusqu’à mon dernier soupir, donne-moi d’exprimer ce qui est ma conviction, de garder toujours ce que j’ai professé dans le Symbole lors de ma nouvelle naissance, quand j’ai été baptisé dans le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Accorde-moi de t’adorer, toi notre Père, et ton Fils qui ne fait qu’un avec toi; fais que je reçoive ton Esprit Saint, qui procède de toi par ton Fils unique.

J’ai, en faveur de ma foi, un témoin autorisé, celui qui déclare: Père, tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi (Jn 17,10). Ce témoin, c’est mon Seigneur Jésus Christ, lui qui demeure en toi, lui qui vient et qui est toujours auprès de toi, étant toujours Dieu, pour les siècles des siècles. Amen.

Source: ZENIT.ORG, le 10 juin 2022

Pentecôte, le don du Consolateur, par Mgr Francesco Follo

Marie à la Pentecôte, par le p. Marko Ivan Rupnik SJ, Palais épiscopal de Tenerife, Espagne © centroaletti.it
Marie À La Pentecôte, Par Le P. Marko Ivan Rupnik SJ, Palais Épiscopal De Tenerife, Espagne © Centroaletti.it

Pentecôte, le don du Consolateur, par Mgr Francesco Follo

Un don mutuel

« L’homme, en tout temps et en tous lieux, désire une vie belle et pleine, juste et bonne, une vie qui ne soit pas menacée par la mort mais qui puisse mûrir et grandir jusqu’à sa plénitude. L’homme est comme un pèlerin qui traversant les déserts de la vie, a soif d’une eau vive, jaillissante et fraîche, capable de désaltérer en profondeur son désir profond de lumière, d’amour, de beauté et de paix. Nous sentons tous ce désir ! Et Jésus nous donne cette eau vive : c’est l’Esprit Saint qui procède du Père et que Jésus déverse en nos cœurs ».

C’est ce que rappelle Mgr Francesco Follo dans sa méditation des textes de la liturgie de dimanche prochain, 5 juin 2022, solennité de la Pentecôte.

« La célébration de la Pentecôte, explique Mgr Follo, n’est pas seulement un rite qui rappelle un événement passé, c’est un geste pour accueillir le don de l’Esprit qui renouvelle la terre et nos cœurs dans la joie, dans la paix ».

Voici le texte de la méditation de dimanche 5 juin.

Pentecôte. Le don du Consolateur

Année C – 5 juin 2022

Ac 2, 1-11 ; Ps 103 ; Rm 8, 8-17 ; Jn 14, 15-16.23-26

1) Ouverture et don de soi pour recevoir le Don.

La liturgie nous propose aujourd’hui pour la Solennité de la Pentecôte la lecture de l’Évangile de Saint Jean, chapitre 14, versets 15-16.23-26 qui sont extraits des discours d’adieu que Jésus fait dans l’Évangile de Saint Jean et qui vont du chapitre 13, verset 31 à tout le chapitre 17.

Le thème principal de ces discours magnifiques est l’Exode du Christ, c’est à dire « l’aller » de Jésus : « Je ne suis plus avec vous que pour peu de temps, là où je vais, vous ne pouvez venir. » (Jn 13, 33) ; « Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ; tandis qu’à présent je quitte le monde et je vais au Père. » (Jn 16, 28) ; « Mais maintenant je vais à toi, Père. » (Jn 17, 13). L’exode, l’aller de Jésus vers le Père porte aussi en lui la signification de notre aller, de notre exode, qui est notre parcours existentiel et notre parcours de foi en ce monde. En suivant et en écoutant le Christ sur ce chemin, nous apprenons à vivre en Lui, pour Lui, avec Lui et comme Lui.

C’est dans ce contexte que sont insérés les quatre versets qui sont proposés aujourd’hui dans la lecture de l’Évangile et où Jésus nous parle de l’Esprit consolateur. Pour réconforter ses disciples d’alors et aussi ceux d’aujourd’hui qui sont dans un chemin de lumière qui passe par la Croix, le Christ promet l’Esprit Saint qui est le « Consolateur » ou si l’on utilise le terme grec, le « Paraclet » ce qui veut dire « l’avocat défenseur », parce qu’il défend de Satan qui est l’accusateur. Si nous traduisions à la lettre « Paraclet », nous devrions écrire « appelé auprès », c’est à dire appelé pour être à coté de chaque disciple pour qu’il garde fidèlement la mémoire du Maître et pour qu’il ait une compréhension profonde de sa Parole ainsi que le courage tenace d’en être le témoin.

Toujours dans les quatre versets de l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus nous dit quelles sont les conditions pour accueillir l’Esprit : l’aimer Lui, écouter sa parole et observer ses commandements. S’il manque ces trois conditions, il n’y a aucune ouverture à l’Esprit et à son action en nous.

Ces trois conditions peuvent être résumées en une seule : le don complet de soi. Mère Teresa de Calcutta dirait : abandon total. A l’exemple de cette sainte et surtout de la Vierge Marie qui devint mère en s’abandonnant à l’action de l’Esprit Saint quand elle dit « Voici la servante du Seigneur », nous disons : « Qu’il soit fait selon ta parole ». Comme la Sainte Vierge, donnons-nous complètement à Dieu. Se donner à Lui c’est se donner à l’Amour qui rend notre vie féconde et heureuse.

2) La logique du don.

Au don de nous-même que nous lui faisons, le Père répond en nous donnant le Consolateur.

Ce don est précédé de l’acte d’amour du Père qui sait que nous avons besoin de consolation : « Toi, Seigneur, tu m’as scruté et tu me connais, tu connais mon coucher et mon lever ; de loin tu discernes mes projets ; tu surveilles ma route et mon gîte, et tous mes chemins te sont familiers. » (Ps 139, 1-4) Lui a vu ma misère en terre étrangère et il a écouté mon cri, il connaît en effet mes souffrances et voit les oppressions qui me tourmentent (Cf Es 3, 7-9) ; rien n’échappe à son amour infini pour moi. Pour tout cela, Il nous donne le Consolateur. Le Père est le Donateur : tout nous vient de Lui et de personne d’autre.

Si ensuite nous regardons la seconde lecture de la messe qui nous offre un extrait de la lettre de Saint Paul aux Romains (8, 8-17), nous comprenons que le don de Dieu est l’Esprit de liberté, parce qu’il nous libère de l’esclavage de la chair, c’est à dire de l’égoïsme. L’Esprit transforme le désir de l’homme : non plus les désirs de l’égoïsme, mais ceux de la charité, du don ému de soi-même. Quand nous restons enfermés dans notre égoïsme (la chair) nous percevons la loi de l’amour (la loi de Dieu) comme un poids et un esclavage. L’Esprit Saint rend saint le « désir » de l’être humain, alors la loi de la charité devient ce qu’il désire, ce à quoi il tend : la vie, la vérité et l’amour. L’Esprit Saint nous libère en nous transformant de l’intérieur, à tel point qu’il renouvelle même le rapport à Dieu : non plus esclave, mais fils. Et cela aussi est une grande liberté. Quand Saint Paul parle de fils « adoptifs », ce n’est pas pour diminuer notre filiation en la réduisant à quelque chose d’extérieur et de juridique mais pour en rappeler la gratuité. Dieu est « un abîme de paternité » (Origène), qui s’exprime en un amour intense, infini, rempli de sollicitude et de délicatesse, de tendresse et de miséricorde. Et quand le fils se rebelle contre cette paternité en cherchant à la nier, à la supprimer en s’éloignant de la maison paternelle et en gaspillant les richesses reçues comme avance sur l’héritage, la réaction du Père céleste non seulement n’est pas une réaction de colère mais témoigne d’un cœur qui s’attendrit. Dieu est un Père bon qui accueille et embrasse le fils perdu et repenti (Cf Luc 15, 11…), il donne gratuitement à ceux qui demandent (Cf Mat 18, 19 ; Mc 11, 24 ; Jn 16, 23) et il offre le pain du ciel et l’eau vive qui font vivre pour l’éternité (Cf Jn 6, 32.51.58). La paternité de Dieu est amour infini.

3) Le don de l’Esprit Consolateur.

Avec l’Ascension, le Christ ne nous a pas laissé seuls ni orphelins. Avec la Pentecôte, nous célébrons aujourd’hui le fait qu’il maintient la promesse de nous envoyer son Esprit qui nous permet d’aimer comme il aime lui. Si auparavant, il était avec nous et près de nous, désormais il sera en nous. Celui qui est aimé est la demeure de celui qui l’aime : il le porte dans son cœur, comme sa vie. Nous sommes depuis toujours en Dieu qui nous aime d’un amour éternel et paternel. Si nous l’aimons, il demeure en nous comme nous sommes en Lui. En effet Jésus dit : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le consolateur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14, 23-26)

Il est juste et beau de traduire le mot d’origine grec « Paraclet » par le mot « Consolateur » (du latin cum-solo = avec le seul, parce qu’il indique l’Esprit comme celui qui « sera avec nous pour toujours » cf Jn 14, 16). L’Esprit Saint est donc consolateur parce qu’il ne nous laisse jamais seul. Qui aime et est aimé n’est jamais seul, il est avec l’autre qui l’aime.

Après nous avoir dit que ce Consolateur est toujours avec nous et pour toujours, il nous en dit le nom : Esprit de Vérité. Esprit de Vérité veut dire Esprit vrai, la vraie vie. Qu’est-ce que la vraie vie ? C’est la vie de Dieu. Qu’est-ce que la vie de Dieu ? C’est l’Amour entre le Père et le Fils.

Ce Consolateur qui nous est donné est la vraie vie de Dieu. Et la vie de Dieu est l’Amour entre le Père et le Fils qui est toujours avec nous.

Le Pape François résume ainsi cela d’une façon profonde et existentielle : « L’Esprit Saint est la source inépuisable de la vie de Dieu en nous. » L’homme, en tout temps et en tous lieux, désire une vie belle et pleine, juste et bonne, une vie qui ne soit pas menacée par la mort mais qui puisse mûrir et grandir jusqu’à sa plénitude. L’homme est comme un pèlerin qui traversant les déserts de la vie, a soif d’une eau vive, jaillissante et fraîche, capable de désaltérer en profondeur son désir profond de lumière, d’amour, de beauté et de paix. Nous sentons tous ce désir ! Et Jésus nous donne cette eau vive : c’est l’Esprit Saint qui procède du Père et que Jésus déverse en nos cœurs.

« Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. » (Jn 10, 10)

En écho à cet enseignement, je propose la prière de Mère Térésa de Calcutta : « Seigneur, tu es la vie que je veux vivre, la lumière que je veux refléter, le chemin qui conduit au Père, l’amour que je veux aimer, la joie que je veux partager, la joie que je veux semer autour de moi. Jésus, tu es tout pour moi, sans toi je ne peux rien. Tu es le Pain de vie que l’Église me donne. C’est par Toi, en Toi, avec Toi que je peux vivre. »

4) Le don de l’Esprit et les vierges consacrées dans le monde.

C’est un don de l’Esprit Saint que le don virginal des vierges consacrées qui, dans la puissance de l’amour, ont su garder leur cœur tout entier pour le Christ. Il est vrai que depuis la Pentecôte, le mode de vie du Christ continue à être présent dans le mode de vie des Apôtres comme le livre des Actes nous le montre. Ce mode de vie ne disparaît même pas avec la mort des derniers apôtres : «  Tout au long des siècles, les personnes dociles à l’appel du Père et aux motions de l’Esprit Saint n’ont jamais manqué. Elles ont choisi ce chemin particulier à la suite du Christ pour se dédier à Lui d’un cœur sans partage. » (Cf 1Cor 7, 34) Elles aussi ont tout abandonné comme les apôtres pour être avec Lui et se mettre comme Lui au service de Dieu et de leurs frères. » (Vie Consacrée (VC) 1 ; cf. 14 ; 22)

Les femmes consacrées, en effet, sont appelées à vivre comme les vierges qui, à l’exemple de Marie vierge et mère, portent le Christ sur les routes du monde : elles deviennent christoformes (VC 19), c’est à dire qu’elles deviennent une icône sainte et pure. Et cela n’est possible seulement que par la force d’un don particulier de l’Esprit. (Ibid. 14).

Pour cela la personne appelée à la vie consacrée « doit ouvrir l’espace de sa propre vie à l’action de l’Esprit Saint. » (VC65)

Grâce à la puissance de l’Esprit de la Pentecôte, la personne consacrée devient profondément missionnaire, annonçant l’Évangile par une vie qui, grâce à la puissance de l’Esprit Saint, est progressivement configurée au Christ. (cf VC19)

Elles sont missionnaires de l’amour parce que la consécration les rend capable d’aimer avec le cœur du Christ (cf VC 75) et de se mettre comme lui au service des hommes.

Comme il est affirmé dans le Préambule au Rite de la Consécration des vierges : « Les vierges dans l’Église sont des femmes qui sous l’inspiration de l’Esprit Saint, font vœu de chasteté afin d’aimer plus ardemment le Christ et de servir leurs frères avec un dévouement plus libre. » (n2) Avec leur virginité consacrée, elles sont les témoins de la réalité concrète du monde invisible et spirituel et elles rappellent à nous tous la réalité du Royaume des cieux.

Lecture Patristique

Saint Léon le Grand (390 – 461)

Sermon 15, 1-3

CCL 138 A, 465-467

La solennité de ce jour, mes bien-aimés, doit être vénérée parmi les fêtes principales, tous les coeurs catholiques le savent. Nous devons assurément le plus grand respect à ce jour que l’Esprit Saint a consacré par le prodige suprême du don de lui-même.

Ce jour est en effet le dixième après celui où le Seigneur a dépassé toute la hauteur des cieux pour s’asseoir à la droite de Dieu son Père. Il est le cinquantième jour à briller pour nous depuis sa résurrection, en Jésus par qui le jour a commencé. Ce jour contient en lui-même de grands mystères, ceux de l’économie ancienne et ceux de la nouvelle. Il y est en effet clairement montré que la grâce avait été annoncée d’avance par la Loi, et que la Loi a été accomplie par la grâce.

En effet, c’est cinquante jours après l’immolation de l’agneau que jadis le peuple hébreu, libéré des Égyptiens, reçut la Loi sur la montagne du Sinaï. De même, le cinquantième jour après la passion du Christ, qui fut l’immolation du véritable agneau de Dieu, cinquante jours après sa résurrection, l’Esprit Saint fondit sur les Apôtres et sur le peuple des croyants. Le chrétien attentif reconnaîtra donc facilement que les débuts de l’Ancien Testament étaient au service des débuts de l’Évangile, et que la seconde alliance fut constituée par le même Esprit qui avait fondé la première.

Car, au témoignage de l’histoire apostolique, quand arriva la Pentecôte, ils se trouvaient tous réunis ensemble. Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent: toute la maison où ils se trouvaient en fut remplie. Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d’eux. Alors ils furent tous remplis de l’Esprit Saint. Ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit (Ac 2,1-4).

Comme elle est rapide, cette parole de sagesse, et lorsque Dieu est le maître, comme on apprend vite ce qu’il enseigne! On n’a pas eu besoin de traduction pour comprendre, d’exercice pour pratiquer, ni de temps pour étudier. Mais, l’Esprit de vérité soufflant où il veut (Jn 3,8), les mots qui étaient propres à chacune des nations devinrent communs à tous dans la bouche de l’Église.

A partir de ce jour, la trompette de la prédication évangélique se mit à retentir. Dès ce moment, les ondées de charismes, les flots de bénédictions arrosèrent tout désert et toute terre aride parce que, pour renouveler la face de la terre (Ps 103,30), l’Esprit de Dieu était porté sur les eaux (Gn 1,2). Pour chasser les anciennes ténèbres, une lumière nouvelle jetait des éclairs. De l’éclat des lampes étincelantes naissaient et le Verbe du Seigneur qui illumine, et la parole enflammée qui, pour créer l’intelligence et consumer le péché, a le pouvoir d’illuminer et la force de brûler.

Source: ZENIT.ORG, le 3 juin 2022

L’Ascension « n’est pas la fin de l’histoire », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO 

L’Ascension « n’est pas la fin de l’histoire », par Mgr Francesco Follo

Les apôtres, « témoins de la communion »

L’Ascension « n’est pas la fin de l’histoire, mais elle l’ouvre à une fécondité inattendue pour que celle-ci devienne, par la grâce divine et l’action humaine, le sein de la nouvelle vie de communion avec Dieu », explique Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

Les apôtres, souligne Mgr Follo, « ne sont pas restés sur la montagne à regarder le ciel mais, obéissant au commandement d’amour du Christ, ils se sont faits témoins de la communion trinitaire qui donne forme et vie à la communion des hommes entre eux, en chemin pour atteindre le ciel».

Voici la méditation de la liturgie de l’Ascension, offerte par Mgr Follo, « avec l’invitation à se rappeler que, comme le Christ est descendu du ciel pour nous, a souffert et est mort sur la croix pour nous, ainsi il est ressuscité pour nous et est retourné vers Dieu, qui n’est donc plus loin».

Ascension dans la profondeur du Cœur de Dieu

Rite romain – Année C – 29 mai 2022

Ac 1,1-11 ; Ps 46 ; He 9,24-28 & 10,19-23 ; Lc 24,46-53

1 Ascension : élévation, exhaussement, exaltation

Pour célébrer la fête de l’Ascension, la liturgie pour l’année C nous propose le récit de saint Luc qui décrit cet événement avec le verbe « être emporté vers le haut », c’est-à-dire « élevé », par conséquent « exalté ».

En suivant l’enseignement de cet évangéliste, nous comprenons que l’Ascension a un double aspect. Le premier est celui de monter, vers le haut, vers le Père (« il était emporté au ciel »), précisant ainsi que la résurrection de Jésus n’est pas un retour à la vie d’avant, presque un pas en arrière, mais l’entrée dans une condition nouvelle, un pas en avant, dans la gloire de Dieu. Le second est celui du départ : l’Acension est présentée ensuite comme une séparation (« il se sépara d’eux »). Jésus retire sa présence visible, la susbstituant par une présence nouvelle, invisible, qui est toutefois plus profonde. Il s’agit d’une présence que l’on peut saisir dans la foi, dans l’écoute de la Parole, dans la fraction du pain (c’est-à-dire à la messe) et dans la fraternité.

Comme je l’ai fait observer au début de cette réflexion, saint Luc raconte le fait de l’Ascension en la présentant comme l’ « exaltation » de Jésus (cf. Lc 24,50-53 et Ac 1, 1-11). Cette élévation vers le ciel est, selon moi, étroitement lié à l’élévation du Christ sur la croix, qui devient le trône de son exaltation. Dans les deux cas, le Christ dit une parole de miséricorde, de pardon et de bénédiction.

Dans les deux élévations, il ne s’agit pas de la fin de la relation entre Jésus et ses disciples, et toutes les deux sont source de joie. Certes, la joie provoquée par le Christ « emporté sur » la croix vient après trois jours, tandis que celle d’aujourd’hui est immédiate. Ces deux élévations montrent bien le but rédempteur du Christ : l’amour est vainqueur de la mort, pardonne le péché et ouvre le paradis : le cœur du Père est la demeure du Fils et des fils dans le Fils.

Jésus, le Verbe de Dieu, s’est incarné pour porter Dieu et son amour sur la terre. Cet amour est comme l’aimant qui attire Dieu à l’homme et l’homme à Dieu : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jn 14,23). Cette « descente » est suivie de la « montée » du Fils de Dieu qui retourne dans la demeure du Père. Avec l’ascension, l’humanité du Christ est transférée dans le cœur de la divinité. « Immergée dans l’être de la divinité, cette humanité prend part aux propriétés de Dieu, comme un fer incandescent participe des propriétés du feu » (H. U. von Balthazar).

De même que l’ascension-élévation du Christ ne fut pas, pour les disciples d’il y a environ deux mille ans, un spectacle, mais un événement dans lequel ils furent eux-mêmes insérés, ainsi, aujourd’hui, pour nous, l’élévation du Christ est un « sursum corda », c’est-à-dire un « élevons notre cœur », un mouvement vers le haut, auquel nous sommes tous appelés. Il s’agit d’un événement qui nous dit que l’être humain peut vraiment vivre quand il est tourné vers le haut. L’être humain est capable de hauteur, et la hauteur qui, seule, correspond à la mesure de l’homme est la hauteur de Dieu lui-même. Et c’est pour cela que l’oraison de la messe de ce jour nous fait prier ainsi : « Accordez-nous, nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, à nous qui croyons que votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd’hui monté au ciel, que nous y habitions aussi nous-mêmes en esprit ».

Une fois encore, la liturgie nous situe devant le primat de Dieu. Le pape François a affirmé : « L’ascension de Jésus au ciel nous fait connaître cette réalité si consolante sur notre chemin : dans le Christ, vrai Dieu et vrai homme, notre humanité a été portée auprès de Dieu ; il nous a ouvert le passage ; il est comme un premier de cordée lorsqu’on escalade une montagne, qui est parvenu à la cime et qui nous attire à lui pour nous conduire à Dieu ».

Par conséquent, pour les apôtres et maintenant pour nous, l’ascension est avant tout un regard contemplatif sur l’amour qui unit le Père et le Fils. La phrase de saint Luc dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Jésus était emporté au ciel » nous fait fixer notre regard sur cet événement : le Fils retourne vers le Père qui est au ciel. Le ciel est l’ « image » du Père, c’est le lieu de sa maison, de sa présence, de sa communion. Le Fils ressuscité ne peut qu’aller principalement chez le Père. Et nous, fils dans le Fils, nous apprenons que le salut ne consiste pas en notre grandeur ou importance présumée plus grande, mais dans cet exode, dans ce retour d’amour vers le haut, vers Dieu.

2 La mission comme témoignage, c’est-à-dire comme martyre

La tâche des disciples, ceux d’alors comme nous aujourd’hui, ne se réduit pas à regarder le ciel ou à connaître les temps et les moments cachés dans le secret de Dieu. La tâche des disciples jusqu’à la fin des temps est de porter le témoignage du Christ jusqu’aux extrémités de la terre.

Le Fils de Dieu, qui est en communion avec le Père, ne le garde pas jalousement comme son bien propre, mais il l’offre à ses disciples et les invite à en être témoins jusqu’aux extrémités de la terre. L’Ascension n’est pas la fin de l’histoire, mais elle l’ouvre à une fécondité inattendue pour que celle-ci devienne, par la grâce divine et l’action humaine, le sein de la nouvelle vie de communion avec Dieu.

L’Ascension nous annonce que la vraie question ne consiste pas à prolonger l’histoire, mais à monter avec le Christ vers le Père, conscients que chacun de nous « habite non pas là où est son corps, mais là où est son cœur » (saint Augustin d’Hippone).

C’est pourquoi les apôtres ne sont pas restés sur la montagne à regarder le ciel mais, obéissant au commandement d’amour du Christ, ils se sont faits témoins de la communion trinitaire qui donne forme et vie à la communion des hommes entre eux, en chemin pour atteindre le ciel.

N’oublions pas que le témoin (en grec, marturos = martyr) est celui qui est en mesure de faire une déposition, c’est-à-dire de raconter le fait auquel il a assisté en personne. Le milieu originel du témoignage est donc le débat d’un procès. Les apôtres ont personnellement vu les événements de Jésus (« tout ce que [Jésus a fait et enseigné] ») et ils sont donc en mesure d’en témoigner. Le mot « témoin » a cependant élargi sa signification. Il n’indique désormais plus seulement celui qui parle d’un fait auquel il a assisté. Le terme « témoin » est souvent employé pour indiquer une personne qui donne le bon exemple, mais l’Évangile demande d’être témoin en affirmant courageusement ce en quoi l’on croit profondément, prêt à l’affirmer jusqu’au sacrifice de sa propre vie. En ce sens, le véritable témoin est le martyr qui atteste par le don de sa vie la vérité qu’il a rencontrée et aimée.

Le témoin (= martyr) est donc caractérisé par un lien très profond au Christ qui est le martyr par excellence de l’amour et de la vérité : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). L’amour est la cause qui a poussé le Rédempteur à donner sa vie (cf. 1 Jn 4,8). Vérité et amour sont inséparables, parce que l’amour ne devient authentique que s’il est vrai.  Et la force de la vérité se manifeste dans l’amour. Cette double dimension est très présente dans le témoignage des martyrs. Le Christ s’est révélé comme la Vérité (cf. Jn 14,6) et cette vérité devient crédible à travers l’amour (cf. Jn 15, 13).

À cet égard, je crois utile de rappeler que si le martyr est le disciple, qui se fait semblable au maître parce qu’il accepte librement la mort pour le salut de ses frères et sœurs en humanité, la virginité peut être considérée comme une forme de martyre. En effet, la virginité consacrée implique de manière ordinaire – non extraordinaire comme dans le martyre du sang – une vie totalement identifiée à l’offrande du Christ, l’Agneau immolé.

La vierge consacrée dans le monde rend témoignage au Christ Seigneur par le don de sa vie quotidiennement renouvelé et vécu dans le travail quotidien, dans et pour le monde. Par sa consécration, la vierge dans le monde dit l’absolu de Dieu dans le fragment d’amour quotidiennement vécu dans la louange à Dieu et dans le service de miséricorde pour les pauvres.

La vierge consacrée offre son corps comme un « ciel » pour le Christ et se fait tabernacle vivant de celui qui a fait le ciel.

La vierge consacrée rend particulièrement vraie cette prière de saint Grégoire de Naziance : « Si je ne t’appartenais, ô mon Christ, je me sentirais une créature limitée. Je suis né et je me sens disparaître. Je mange, je dors, je me repose et je marche, je suis malade et je guéris. La soif et les tourments m’assaillent sans cesse, je jouis du soleil et de tout ce que la terre produit. Ensuite, je meurs et ma chair devient poussière comme celle des animaux, qui n’ont pas péché. Mais moi, qu’ai-je de plus qu’eux ? Rien, sinon Dieu. Si je ne t’appartenais, ô mon Christ, je me sentirais une créature limitée. »

Lecture Patristique

Saint Cyrille d’Alexandrie (370 – 444)

Commentaire sur l’évangile de Jean, 9, sur Jn 14,2-3

PG 74, 182-183.

Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure; sinon, est-ce que je vous aurais dit: Je pars vous préparer une place? (Jn 14,2) Si les demeures auprès du Père n’avaient pas été nombreuses, le Seigneur aurait dit qu’il partait en avant-coureur, manifestement afin de préparer les demeures des saints. Mais il savait que beaucoup étaient déjà prêtes et attendaient l’arrivée des amis de Dieu. Il donne donc un autre motif à son départ: préparer la route à notre ascension vers ces places du ciel en frayant un passage, alors qu’auparavant cette route était impraticable pour nous. Car le ciel était absolument fermé aux hommes, et jamais aucun être de chair n’avait pénétré dans ce très saint et très pur domaine des anges.

C’est le Christ qui inaugura pour nous ce chemin vers les hauteurs. En s’offrant lui-même à Dieu le Père comme les prémices de ceux qui dorment dans les tombeaux de la terre, il permit à la chair de monter au ciel, et il fut lui-même le premier homme apparu à ses habitants. Les anges ne connaissaient pas le mystère auguste et grandiose d’une intronisation céleste de la chair. Ils voyaient avec étonnement et admiration cette ascension du Christ. Presque troublés à ce spectacle inconnu, ils s’écriaient: Quel est celui-là qui arrive d’Édom(Is 63,1), c’est-à-dire de la terre? Mais l’Esprit ne permit pas que la milice céleste demeurât dans l’ignorance de cette disposition admirable de la sagesse de Dieu le Père. Il ordonna qu’on ouvrît les portes devant le Roi et Seigneur de l’univers: Princes, ouvrez vos portes, portes éternelles: qu’il entre, le roi de gloire (Ps 23,7 LXX)!

Donc, notre Seigneur Jésus Christ inaugura pour nous cette voie nouvelle et vivante: comme dit saint Paul, il n’est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, mais dans le ciel lui-même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu(He 9,24).

En effet, le Christ n’est pas monté pour se faire voir de Dieu son Père, car il était, il est et il sera toujours dans le Père, sous le regard de celui qui l’engendre, et c’est en lui qu’il se réjouit éternellement. Il monte maintenant, d’une façon étrange et insolite pour un homme, lui, le Verbe qui, à l’origine, n’avait pas revêtu l’humanité. S’il l’a fait, c’est pour nous et en notre faveur, afin que, reconnu comme un homme(Ph 2,7), mais avec la puissance du Fils, et entendant avec sa chair ce décret: Siège à ma droite (Ps 109,1), il puisse, établi lui-même comme Fils, transmettre la gloire de la filiation à tout le genre humain.

Car, puisqu’il est devenu homme, c’est comme l’un de nous qu’il siège à la droite du Père, bien qu’il soit supérieur à toute la création et consubstantiel au Père – il est en effet vraiment venu de lui, puisqu’il est Dieu venu de Dieu et lumière venue de la lumière.

Comme homme, il s’est présenté devant le Père en notre faveur, pour nous rendre capables de nous tenir debout devant la face du Père, alors que l’antique péché nous en avait chassés. Comme Fils, il s’est assis pour que nous-mêmes, à cause de lui, nous puissions être appelés fils de Dieu.

Aussi Paul, persuadé de parler au nom du Christ (cf. 2Co 13,3), enseigne-t-il que tout ce qui a été accordé au Christ est communiqué à l’humanité, puisque Dieu nous a ressuscités avec Jésus Christ et nous a fait asseoir dans les cieux avec lui (Ep 2,6). L’honneur et la gloire de siéger au ciel est propre au Christ, qui est Fils par nature. C’est à lui seul que cela revient et que nous le reconnaissons au sens strict. Il a beau avoir pris notre ressemblance en apparaissant comme un homme: la divinité lui appartient parce qu’il est Dieu, mais il nous transmet mystérieusement le don d’une telle dignité.

Source: ZENIT.ORG, le 27 mai 2022

L’Amour est d’abord « un don de Dieu », par Mgr Francesco Follo

Sanctuaire du Divin Amour, Rome, capture TV2000

Sanctuaire Du Divin Amour, Rome, Capture TV2000

L’Amour est d’abord « un don de Dieu », par Mgr Francesco Follo

« …avant d’être un commandement »

Il existe « un lien indissoluble » entre « l’amour » que nous portons à Jésus et « l’observance de sa parole », écrit Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO, dans son commentaire des lectures du VIe Dimanche de Pâques 2022.

Dans l’Evangile selon saint Jean, Jésus affirme : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ». « Quand on aime, explique Mgr Follo, la “parole” » de celui ou celle qu’on aime devient si importante qu’on la porte dans son cœur, on veille sur elle en l’observant ».

Voici le commentaire des lectures du VI Dimanche de Pâques, le 22 mai 2022, par Mgr Francesco Follo.

« Avec l’invitation à se rappeler qu’avant d’être un commandement, l’amour est un don que Dieu nous fait connaître et expérimenter, nous invitant à le partager ».

Obéir veut dire aimer

VI Dimanche de Pâques – Année C – 22 mai 2022

Ac 15,1-2.22-29 ; Ps 66 ; Ap 21,10-14.22-23 ; Jn 14,23-29

1) La marche des six dimanches de Pâques.

Pendant la période pascale, la liturgie de l’Eglise nous fait vivre (dans le sens biblique du terme : rendre présent) la présence concrète, et vraiment vivante, du Christ ressuscité. C’est pourquoi, pendant la messe des trois premiers dimanches de Pâques, sont proposés des passages de l’Evangile où l’on parle des rencontres de Jésus avec Marie Madeleine, avec les disciples d’Emmaüs, avec les apôtres, saint Thomas, et pour finir Pierre qui sera confirmé dans son amour après Lui avoir remis ses peines.

Le IV dimanche, on nous a rappelé que le Christ est le bon pasteur, qui nous guide par le biais des prêtres et des évêques. Le V dimanche, on nous a rappelé que Jésus ressuscité est présent dans l’amour vécu concrètement et donné réciproquement dans la communauté des chrétiens, qui ont « comme » exemple le Christ lui-même.

Aujourd’hui, l’enseignement des dimanches précédents est à son apogée. En effet, en ce VI dimanche de Pâques, l’Evangile nous dit que Jésus ne se contente par de demeurer parmi nous, il demande d’être écouté (que l’on observe sa parole) pour pouvoir « demeurer » en nous. Jésus n’est donc plus simplement avec nous, un parmi nous, même s’il est le meilleur : il est maintenant en nous avec son Esprit.

A nous croyants qui écoutons sa parole et à qui il donne l’Esprit Saint pour obtenir la paix et pour « rappeler à notre cœur tout ce que le Christ a fait et enseigné et nous rendre capables d’en témoigner, en joignant le geste à la parole » (cf. la Collecte du VIème dimanche de Pâques).

Connaître et faire l’expérience de l’amour de Dieu en nous et pour nous, est source de paix et de joie mais suppose également une grande responsabilité quotidienne.

2) Observer la Parole, qui est un don d’amour.

La méditation du jour, tirée d’un passage de l’évangile de Jean (14,23-29), illustre deux aspects : l’amour obéissant porté à Jésus et le don de l’Esprit.

Dans cet extrait, le Fils de Dieu fait le lien – un lien indissoluble – entre l’Amour qui Lui est porté et l’observance de sa parole. A ce propos, n’oublions pas que le terme grec « Logos », utilisé par saint Jean, peut varier selon les circonstances. Il peut signifier la « Parole » qui est Jésus Christ, le Verbe de Dieu, la « parole » que Jésus adresse à ses interlocuteurs, et le « commandement » donné par amour et à observer avec amour.  Ce troisième sens n’a rien d’étrange finalement, car quand on aime, la « parole » de celui ou celle qu’on aime devient si importante qu’on la porte dans son cœur, on veille sur elle en l’observant. Autrement dit, si nous aimons le Seigneur, cela veut dire que nous Le portons dans notre cœur. Nous conservons (observons) ses paroles, parce que nous voulons vivre comme Lui, nous voulons qu’Il devienne notre vie. En effet, quand on aime quelqu’un, cette personne devient notre vie et nous l’écoutons, mettant en pratique ce qu’elle nous dit.

Donc « obéir » au Seigneur est la preuve qu’on L’aime vraiment. Mais il est vrai que le verbe « aimer » dit aussi désir, affection, appartenance, mais ici on souligne que l’on ne peut parler de vrai amour sans observance des commandements : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jn 14, 23). Et, aussitôt après, dans le même verset 23, Jésus ajoute « mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Id 14, 23). Ici, le Fils de Dieu souligne une autre caractéristique de l’amour: c’est là où se passe la rencontre avec l’amour du Père. Je dirais même mieux ; c’est là où le Père et Jésus établissent leur demeure.

Marie, Vierge et Mère, est l’icône parfaite de cette demeure « construite » par obéissance amoureuse. Elle a accueilli le Fils de Dieu dans sa foi puis dans sa chair, obéissant pleinement à la Parole de Dieu.

L’obéissance à Dieu et à son action inclut aussi l’élément « obscurité » dans notre foi. Les relations entre l’être humain et Dieu n’effacent pas la distance entre le Créateur et la créature, n’effacent pas tout ce qu’affirme l’apôtre Paul devant la profondeur de la sagesse de Dieu: « Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! » (Rm 11,33). Mais ceux qui, comme Marie, s’ouvrent à Dieu totalement, finissent par accepter la volonté divine. Même si cette volonté est mystérieuse et ne correspond pas toujours à ce que nous voudrions, qu’elle est comme une épée qui transperce l’âme, comme le prophète Siméon a dit à Marie quand, avec Joseph, elle est allée présenter Jésus au Temple (cf. Lc 2,35).

Sur le chemin de la foi, la joie de recevoir un don d’amour est grande, mais il ne manque pas aussi de moments obscurs dus aux souffrances de la vie, aux croix de la vie. Il en fut ainsi pour Marie. Grâce à sa foi, elle connut la joie de l’Annonciation, mais connut l’obscurité de la crucifixion du Fils jusqu’à la lumière de sa Résurrection, sans jamais céder.

Alors, pour les apôtres, et pour chacun de nous, aujourd’hui, dans notre foi, le chemin de l’obéissance n’est pas différent: nous rencontrons des moments de lumière, mais aussi des moments où Dieu paraît absent, où son silence pèse sur notre cœur, et sa volonté ne correspond pas à la nôtre, à ce que nous voudrions. Mais plus nous nous ouvrons à Lui, plus nous accueillons le don de la foi et plaçons totalement notre confiance en Lui, plus Il nous rend capables, par sa présence, de vivre chaque situation de notre vie dans la paix et la certitude de sa fidélité et de son amour. Mais cela signifie sortir de soi-même et de ses propres projets, pour que la Parole de Dieu, observée avec amour, soit comme un phare pour guider nos pensées et nos actions.

Comment la Mère de Dieu a-t-elle pu vivre ce chemin de foi aux côtés de son Fils de manière si solide, même au plus fort de l’obscurité, sans perdre sa pleine confiance en l’action de la Providence? Et cette question vaut aussi pour les apôtres: « Comment ont-ils pu continuer à marcher avec le Christ et donner leur vie pour son Evangile, c’est-à-dire pour sa bonne et heureuse Parole qui conduit à la joie de la vraie vie par la Croix.

Marie et les apôtres ont obéi à l’amour, ont observé la parole reçue qui se tenait devant eux. Ils ont «  dialogué » avec le Christ, en conservant et observant Sa Parole. Ils ont réfléchi  au sens de cette Parole et en ont conclu qu’ils ne pouvaient pas quitter Jésus, car Lui seul avait la parole de vie éternelle. Le terme grec utilisé dans l’évangile, pour définir cette « réflexion », ‘’dielogizeto”, rappelle la racine du mot « dialogue ». Cela signifie que nous croyants, « auditeurs de la Parole », nous devons persévérer dans le dialogue avec la Parole de Dieu qui nous est dite, en la laissant pénétrer dans son esprit et dans son cœur pour comprendre ce que le Seigneur veut de chacun de nous.

3) le don de l’Esprit.

L’Evangile du jour nous dit aussi: « Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 25-26).

Que veut dire Jésus dans ces deux versets? Il veut dire à ses disciples d’hier et d’aujourd’hui, à nous ses disciples de toujours, qu’Il ne nous laisse jamais seuls, nous envoie le Défenseur, l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité qui donne la vie de Dieu. La vie de Dieu c’est l’amour. Et c’est cet amour, progressivement, qui nous fera connaître ce que Jésus a dit. Plus nous le connaitrons plus nous l’aimerons; plus nous l’aimerons plus nous le connaitrons et ainsi de suite jusqu’à l’infini.

L’enseignement de l’Esprit et l’enseignement de Jésus sont le même enseignement. Les deux ne s’opposent pas. L’Esprit a pour tâche d’enseigner et de faire en sorte que nous nous souvenions. C’est toujours l’enseignement de Jésus, mais saisi et compris dans sa totalité: « Il vous enseignera tout ». Il ne s’agit pas d’ajouter quelque chose à l’enseignement de Jésus, comme s’il était incomplet. « Tout » signifie totalité, sa racine, sa raison profonde. Et la mémoire aussi, don de l’Esprit, n’est pas un souvenir répétitif, mais un souvenir  qui actualise. L’Esprit entretient l’histoire de Jésus, la tient ouverte, la rendant  éternellement actuelle et salvifique. Donc  l’Esprit que Jésus nous a laissé sur la croix et dans l’histoire, sa présence constante dans l’histoire, est l’Esprit d’amour qui nous fait comprendre et nous fait faire ce que lui a dit et a fait. L’Esprit n’enseigne pas ou n’inspire pas de choses étranges, il nous fait comprendre ce que le Christ a dit et fait, en nous donnant la force de le vivre car seul l’amour nous fait comprendre et agir.

Naturellement nous recevons tous le don de l’Esprit, dont l’action en nous nous fait «  souvenir » (c’est-à-dire redonner au cœur) et « rend toujours présent » le Christ. Mais  Les Vierges consacrées dans le monde, en particulier, sont le signe visible du mystère de l’Eglise, qui est en même temps vierge et épouse (cf. 2 Cor 11,2; Ep 5, 25 – 27). Si d’un côté la virginité annonce d’emblée ce que sera la vie future (cf. Mt 22,30), une vie semblable à celle des anges, celle-ci a aussi une signification nuptiale comme il est indiqué dans le Rituel de consécration, au moment de la remise des insignes de la consécration, c’est-à-dire le voile et l’anneau, accompagnée de cette prière: « Recevez ce voile et cet anneau, signe de votre consécration nuptiale. Toujours fidèle au Christ, votre Epoux, n’oubliez jamais que vous vous êtes vouée au service du Christ et de son corps qui est l’Eglise » (REV, n 19 e n. 88).

Lecture Patristique

Saint Jean Chrysostome (+ 407)

Homélie 75, 1

PG 59, 403-405.

Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements (Jn 14,15-18). Je vous ai donné ce commandement de vous aimer les uns les autres, de pratiquer entre vous ce que moi-même ai fait pour vous. C’est cela l’amour: obéir à ces commandements, et ressembler à celui que vous aimez. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur. Nouvelle parole, pleine de délicatesse. Parce que les disciples ne connaissaient pas encore le Christ d’une manière parfaite, on pouvait penser qu’ils regretteraient vivement sa société, ses entretiens, sa présence selon la chair, et que rien ne pourrait les consoler de son départ. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur, c’est-à-dire: un autre tel que moi. <>

C’est quand le Christ les eut purifiés par son sacrifice que l’Esprit Saint descendit en eux. pourquoi n’est-il pas venu pendant que Jésus était avec eux? Parce que le sacrifice n’avait pas été offert. C’est seulement lorsque le péché eut été enlevé et que les disciples furent envoyés affronter les périls du combat, qu’il leur fallut un entraîneur. Mais alors, pourquoi l’Esprit n’est-il pas venu aussitôt après la résurrection? Afin qu’ayant un plus vif désir de le recevoir, ils l’accueillent avec une plus grande reconnaissance. Tandis que le Christ était avec eux, ils n’étaient pas affligés; lorsqu’il fut parti, leur solitude les plongea dans une crainte profonde; ils allaient donc accueillir l’Esprit avec beaucoup d’ardeur.

Il sera pour toujours avec vous. Cela signifie clairement qu/il ne vous quittera jamais. Il ne fallait pas qu’en entendant parler d’un Défenseur, ils imaginent une seconde incarnation et espèrent la voir de leurs yeux. Il rectifie donc leur pensée en disant: Le monde est incapable de le recevoir parce qu’il ne le voit pas. Car il ne sera pas avec vous de la même manière que moi, mais c’est dans vos âmes qu’il habitera, comme le signifient ces paroles: Il est en vous. Et il l’appelle l’Esprit de vérité parce qu’il leur fera connaître le vrai sens des préfigurations de la Loi ancienne.

Il sera pour toujours avec vous.Qu’est-ce que cela veut dire? Ce qu’il dit de lui-même: Voici que je suis avec vous. Mais d’une façon différente, et il insinue que le Défenseur ne souffrira pas comme le Christ, et que lui ne vous quittera pas. Le monde est incapable de le recevoir parce qu’il ne le voit pas.Quoi donc? Serait-il visible pour les autres? Nullement. Il parle ici de la connaissance par l’esprit, puisqu’il ajoute aussitôt: Et ne le connaît pas.Nous savons qu’il emploie le mot « voir » au sens de connaissance très claire. Par « le monde » il entend ici les méchants, et c’est là un réconfort pour les disciples, que leur soit accordé un don de choix. <>

Il annonce un Défenseur autre que lui; il affirme que ce Défenseur ne les quittera pas; il ajoute qu’il viendra uniquement pour eux, comme le Christ lui-même est venu. Il déclare enfin qu’il va demeurer e n eux, mais ce n’est pas ainsi qu’il dissipe leur chagrin, car c’est lui qu’ils veulent, c’est sa compagnie. Et il dit pour les apaiser: Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous.

Ne craignez pas, dit-il. Si j’ai promis d’envoyer un autre Défenseur, ce n’est pas que je veuille vous abandonner pour toujours. En disant : Pour qu’il soit toujours avec vous, ce n’est pas en ce sens que je ne vous verrai plus. Car, moi aussi, je reviens vers vous, je ne vous laisserai pas orphelins.

Source: ZENIT.ORG, le 20 mai 2022

Aimer : « un commandement nouveau et ancien », par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

Aimer : « un commandement nouveau et ancien », par Mgr Follo

Pour rendre Jésus présent

« Avec le souhait de comprendre que si nous nous aimons les uns les autres, Jésus continue d’être présent parmi nous, nous donnant la paix et la joie. »

Voici la méditation des lectures de ce Vème dimanche de Pâques, 15 mai 2022, par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO.

Un commandement ancien : Aimer, qui devient nouveau parce que le Christ en est le modèle.

Vème dimanche de Pâques – Année C – 15 mai 2022

Ac 14,21-27; Ps 144; Ap 21,1-5; Jn 13,31-35

            1) Un commandement nouveau et ancien

Dans la Liturgie de la Parole de ce Vème dimanche de Pâques  il y a un adjectif qui revient souvent : « nouveau, nouvelle ». Dans les deux premières lectures de la Messe, on parle « d’un  ciel nouveau et d’une terre nouvelle» de la « Jérusalem nouvelle», de Dieu qui rend toutes choses nouvelles et, dans l’Evangile, du « commandement nouveau » : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34).

Si nous nous aimons, Jésus continue d’être présent parmi nous, d’être glorifié dans le monde. Jésus parle d’un nouveau commandement. Mais quelle est sa nouveauté ? Déjà dans l’Ancien Testament, Dieu avait donné le commandement de l’amour ; maintenant, cependant, ce commandement est devenu nouveau car Jésus y fait un ajout très important: « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ». Ce qui est nouveau, c’est précisément cet « aimer comme Jésus a aimé ». Tout notre amour est précédé de son amour et se réfère à cet amour, il s’insère dans cet amour, il se réalise précisément pour cet amour.

L’Ancien Testament n’a présenté aucun modèle d’amour, mais a seulement formulé le précepte d’aimer. Au lieu de cela, Jésus nous a donné lui-même comme modèle et comme source d’amour. C’est un amour universel et illimité, capable de transformer même toutes les circonstances négatives et tous les obstacles en opportunités pour progresser dans l’amour.

Nous pouvons clarifier cette nouveauté en ayant l’aide de Saint Augustin qui affirme que Jésus définit « nouveau » le commandement de l’amour fraternel et réciproque parce qu’il rénove et qu’il transforme tout et tous. En effet, « l’amour du Christ nous rénove, en faisant de nous des hommes nouveaux, héritiers du Testament nouveau, chanteurs du cantique nouveau » (Saint-Augustin). Si nous devions mettre des paroles sur la bouche de l’amour, nous pourrions utiliser les paroles que Dieu prononce dans la deuxième lecture d’aujourd’hui : « Voici, voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,5). Donc, le commandement de l’amour est nouveau dans le sens actif, dynamique. Il est source de nouveauté.

Mais en quoi consiste la nouveauté de cette volonté du Christ? En soi, le commandement de l’amour est ancien[1], comme Saint-Jean le dit dans sa première lettre (cfr 1 Jn1,7-10). C’est un commandement « ancien » comme Dieu. Et déjà l’ Ancien Testament (cf. Dt 6) invitait à aimer Dieu par-dessus toute chose et le prochain comme soi-même.

Donc, la nouveauté dont Jésus parle n’est pas liée au temps mais à la modalité: « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,35). Et le« comme » n’indique pas la quantité de l’amour (qui pourrait aimer « comme » le Fils de Dieu !?) mais la modalité. Le Christ ne dit pas « aimez-vous « autant » que je vous ai aimé, mais  « comme » je vous ai aimé ». Pour nous, pauvres êtres limités, sa mesure sans limites est impossible. Il est possible de le suivre, de l’imiter dans sa modalité d’aimer. Par exemple, en lavant laver les pieds comme il l’a fait, en partant du plus pauvre. En lavant les pieds aux Apôtres, le Christ a indiqué combien il est important de pratiquer la charité comme l’amour humble qui est avec les amis, qui sert les amis. Il s’agit d’une manière de vivre, c’est un mode de vie, une façon d’être un don de soi qui ne peut être obscurci par ce désir de tout posséder, de posséder même de la pauvreté, pour s’accommoder dans la rhétorique d’une aide charitable.

L’amour fraternel et réciproque est la nouveauté de la vie de Dieu qui fait irruption émerge dans notre vieux monde, en le régénérant. Et c’est une anticipation de la vie future à laquelle nous aspirons et une garantie de la présente parce que « nous tous avons besoin de beaucoup d’amour pour vivre bien » (Jacques Maritain).

L’amour entre les disciples, frères du Christ  et frères entre eux, est un amour qui vise la réciprocité : « Aimez-vous les uns les autres »  (Jn 13,35) est répété plusieurs fois. Mais si nous voulons que notre amour réciproque soit comme celui du Christ, cet amour doit être gratuit et s’ouvrir à tous les frères en humanité. Cela doit donc être une charité réciproque et ouverte. « De tout cela, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples » (Id). L’amour chrétien – lorsque l’on souligne la réciprocité – ne cesse pas d’être ouvert, bien au contraire, il s’ouvre à tous. L’amour réciproque est pour l’homme un mouvement, une  vie, une sortie de l’enfermement, de la haine, de l’égoïsme et de l’indifférence pour respirer à pleins poumons. Saint-Jean, le disciple bien-aimé, écrit : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères, qui n’aime pas reste dans la mort » (1Jn 3,14). « S’aimer réciproquement » n’est pas une imposition mais une directive amoureuse qui sauvegarde et promeut la vie humaine, en cette volonté d’amour où le destin du monde et le sort de chacun de nous sont récapitulés.

            2) Aimer : un commandement qui est un don

L’Apôtre que le Christ préférait écrit encore : « Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ; et ses commandements ne sont pas un fardeau » (1 Jn 5,3). Ils sont légers et source de joie : ils sont un don. Saint-Jean appelle « don » le commandement de l’amour (le verbe « donner » est trop faible, il vaut mieux traduire « faire un don »). Cela peut paraître absurde d’affirmer qu’un commandement soit un don mais c’est conforme à tout l’enseignement biblique. La loi de Dieu est un don, parce que ce qu’elle  indique la nature de Dieu et notre futur, notre vocation la plus profonde. Par exemple, le commandement : « Ne tue pas » veut dire que la nature de Dieu est vie et que nous sommes appelés à la vie.

Lorsque Dieu « commande » d’aimer, cela veut dire que Lui est Amour et que nous sommes appelés à l’Amour.

Mais qu’est ce que l’Amour ? On ne peut exister qu’en tant qu’être aimé, si non on n’existe pas. Nous savons aussi que Dieu est amour, mais comment faisons nous à connaître que Dieu est Amour? Voici comment Jésus l’a manifesté : l’amour consiste à laver les pieds à Pierre qui le renie, l’amour consiste à se donner à Juda qui le livre et le trahit. L’amour est savoir aimer l’autre comme il est, d’une façon absolue et inconditionnelle, sans tenir compte des mérites de la personne aimée. De façon analogue, les parents aiment leur enfant, pour ce qu’il est et non pas à cause des mérites qu’il a, parce que si l’on faisait naître un enfant en se basant sur les mérites que l’enfant a, cet enfant ne naîtrait jamais et, que, s’ils le faisaient grandir en fonction des mérites qu’il a, il ne grandirait jamais. L’être aimé est la condition pour vivre et pour partager l’amour reçu.

Dans le sillon de Benoît XVI qui a expliqué l’amour sur le plan théologique dans son encyclique « Deus caritas est », le pape François, pasteur authentique dit : « Qu’est-ce c’est l’amour? C’est une série télévisée ? C’est ce que nous voyons dans les téléromans ? Certains pensent l’amour que c’est ça. Parler de l’amour est tellement beau, on peut dire de belles choses, belles, belles belles. Mais l’amour a deux axes sur lesquels on bouge, et si une personne, un jeune n’a pas ces deux axes, ces deux dimensions de l’amour, ce n’est pas l’Amour. Avant tout, l’amour est plus dans les œuvres que dans les paroles, l’amour est concret…. Ce n’est pas l’amour de dire seulement : « Moi, je t’aime, moi j’aime toutes les personnes ». Non. Que fais-tu pour l’amour? L’amour se donne. Pensez que Dieu a commencé à parler de l’amour lorsqu’il a sauvé son peuple, il a pardonné tant de fois – que de patience a Dieu!-: il a fait des gestes d’amour, œuvres d’amour. Et la deuxième dimension, le deuxième axe sur lequel l’amour tourne c’est que l’amour se communique toujours, l’amour écoute et répond, l’amour se fait dans le dialogue, dans la communion : on communique ».

            3) Le Pélican, image du Christ-Amour.

Porte du Pélican, abbaye de Saint-Wandrille, diocèse de Rouen, France.

Une image nous arrive de la tradition médiévale : elle peut être utile pour comprendre ce qu’est l’amour : c’est l’image de Jésus Christ représenté comme un pélican qui ouvre son propre cœur pour nourrir ses petits, parce qu’il n’a pas trouvé de poissons à leur donner à manger. L’origine de cette image eucharistique vient d’une ancienne légende qui représente bien l’amour concret du Fils de Dieu qui se communique en donnant sa vue pour donne la nourriture de Vie.

Tous les chrétiens doivent avoir un rapport profond avec le Christ-Eucharistie, mais il faut tenir en compte que le mystère eucharistique de l’amour manifeste un rapport intrinsèque  avec la virginité consacrée, en tant qu’expression de don exclusif de l’Eglise au Christ. En fait, les vierges consacrées accueillent le Christ-Epoux avec fidélité radicale et féconde. Dans l’Eucharistie, les vierges consacrées  dans le monde trouvent l’inspiration et la nourriture pour leur pleine consécration au Christ (cf. Sacramentum caritatis, n 81).

Les vierges consacrées sont passionnées dans leur amour pour l’Eucharistie, accueillant le Christ comme leur inspiration et leur nourriture à partager. Leur consécration virginale n’est pas un renoncement à l’amour. Bien au contraire, cette consécration les rend toujours prêtes à recevoir l’amour intime du Seigneur et à le Lui retourner par la prière et le service au prochain aimé d’un amour virginal comme celui du Christ. (cf. rituel de consécration des vierges, formule de bénédiction finale : « Que Dieu vous établisse aux yeux du monde comme signe et témoin de son amour ».  Ces femmes consacrées suivent, c’est à dire imitent l’Agneau dans la splendeur de la virginité. « Vous – dit Saint Augustin – suivez l’Agneau en conservant avec persévérance ce que vous Lui avez consacré avec ardeur » (S.Virg 29,29).

La virginité, que la consécration virginale rend précieuse, est quotidiennement revitalisée par la nuptialité eucharistique où l’on respire l’amitié de Jésus : amitié de ressemblance: « Comme le Père m’a aimé, moi, je vous aime » (Jn 15,9). Le précepte « aimez-vous comme je vous ai aimé, dans mon amour » (Jn 13,34; 15,9 ss) est la clé interprétative du don par le sacrement de la présence amie du Seigneur ressuscité.

Lecture patristique

Saint Cyrille d’Alexandrie (+ 444)

Commentaire sur l’évangile de Jean, 9

 PG 74, 161-164.

Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres. Mais, demandera-t-on peut-être, comment Jésus peut-il dire que ce commandement est nouveau, lui qui a prescrit aux anciens, par l’intermédiaire de Moïse: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même (Dt 6,5Mt 22,37)? <>

Il faut voir ce que Jésus ajoute. Il ne s’est pas contenté de dire: Je vous donne un commandement nouveau: aimez-vous les uns les autres. Mais pour montrer la nouveauté de cette parole et que son amour a quelque chose de plus fort et de plus remarquable que l’ancienne charité envers le prochain, il ajoute aussitôt: Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Il faut donc creuser le sens de ces paroles, et rechercher comment le Christ nous a aimés. Alors, en effet, nous pourrons apprécier ce qu’il y a de différent et de nouveau dans le précepte qui nous est donné maintenant. Donc, lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu, mais au contraire il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix (Ph 2,6-8). Et saint Paul affirme encore: Lui qui est riche, il s’est fait pauvre (2Co 8,9).

Voyez-vous la nouveauté de son amour envers nous? La Loi prescrivait en effet d’aimer son frère comme soi-même. Or notre Seigneur Jésus Christ nous a aimés plus que lui-même, puisque, vivant dans la même condition que Dieu le Père et dans l’égalité avec lui, il ne serait pas descendu jusqu’à notre bassesse, il n’aurait pas subi pour nous une mort physique aussi affreuse, il n’aurait pas subi les gifles, les moqueries et tout ce qu’il a subi, – si je voulais énumérer dans le détail tout ce qu’il a souffert, je n’en finirais pas – et d’abord, il n’aurait pas voulu, étant riche, se faire pauvre, s’il ne nous avait pas aimés plus que lui-même. Une telle mesure d’amour est donc inouïe et nouvelle.

Il nous ordonne d’avoir les mêmes sentiments, de ne faire passer absolument rien avant l’amour de nos frères, ni la gloire ni les richesses. Il ne faut même pas craindre, si c’est nécessaire, d’affronter la mort corporelle pour obtenir le salut du prochain. C’est ce qu’ont fait les bienheureux disciples de notre Sauveur et ceux qui ont suivi leurs traces. Ils ont fait passer le salut des autres avant leur propre vie, ils n’ont refusé aucun labeur. Ils ont accepté de supporter des maux extrêmes pour sauver des âmes qui se perdaient. C’est ainsi que saint Paul dit parfois: Je meurs chaque jour (1Co 15,31), et aussi: Si quelqu’un faiblit, je partage sa faiblesse; si quelqu’un vient à tomber, cela me brûle (2Co 11,29).

Le Sauveur nous a ordonné de cultiver la racine de cette piété très parfaite envers Dieu, bien plus grande que l’amour prescrit par la loi ancienne. Il savait que nous n’avons pas d’autre moyen de plaire à Dieu que de suivre la beauté de l’amour, tel qu’il l’a introduit chez nous, et de recevoir ainsi les plus hautes et les plus parfaites bénédictions.

[1] Il s’agit d’un commandement « ancien » et « nouveau ». Ancien parce qu’il remonte à Dieu même qui est Amour de l’éternité et dans l’amour il confirme tous ses enfants; nouveau par le fait que le critère d’agir, l’attitude et la fiabilité de celui qui dit demeurer dans le Christ devra se configurer dans l’amour vers les frères en évitant toute sorte de haine, de recul et de suspicion : la caractéristique distinctive du chrétien doit être sa capacité d’aimer au-dessus de ses forces, jusqu’à nier soi-même.

Source: ZENIT.ORG, le 13 mai 2022

Aimer : « un commandement nouveau et ancien », par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

Aimer : « un commandement nouveau et ancien », par Mgr Follo

Pour rendre Jésus présent

« Avec le souhait de comprendre que si nous nous aimons les uns les autres, Jésus continue d’être présent parmi nous, nous donnant la paix et la joie. »

Voici la méditation des lectures de ce Vème dimanche de Pâques, 15 mai 2022, par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO.

Un commandement ancien : Aimer, qui devient nouveau parce que le Christ en est le modèle.

Vème dimanche de Pâques – Année C – 15 mai 2022

Ac 14,21-27; Ps 144; Ap 21,1-5; Jn 13,31-35

            1) Un commandement nouveau et ancien

Dans la Liturgie de la Parole de ce Vème dimanche de Pâques  il y a un adjectif qui revient souvent : « nouveau, nouvelle ». Dans les deux premières lectures de la Messe, on parle « d’un  ciel nouveau et d’une terre nouvelle» de la « Jérusalem nouvelle», de Dieu qui rend toutes choses nouvelles et, dans l’Evangile, du « commandement nouveau » : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34).

Si nous nous aimons, Jésus continue d’être présent parmi nous, d’être glorifié dans le monde. Jésus parle d’un nouveau commandement. Mais quelle est sa nouveauté ? Déjà dans l’Ancien Testament, Dieu avait donné le commandement de l’amour ; maintenant, cependant, ce commandement est devenu nouveau car Jésus y fait un ajout très important: « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ». Ce qui est nouveau, c’est précisément cet « aimer comme Jésus a aimé ». Tout notre amour est précédé de son amour et se réfère à cet amour, il s’insère dans cet amour, il se réalise précisément pour cet amour.

L’Ancien Testament n’a présenté aucun modèle d’amour, mais a seulement formulé le précepte d’aimer. Au lieu de cela, Jésus nous a donné lui-même comme modèle et comme source d’amour. C’est un amour universel et illimité, capable de transformer même toutes les circonstances négatives et tous les obstacles en opportunités pour progresser dans l’amour.

Nous pouvons clarifier cette nouveauté en ayant l’aide de Saint Augustin qui affirme que Jésus définit « nouveau » le commandement de l’amour fraternel et réciproque parce qu’il rénove et qu’il transforme tout et tous. En effet, « l’amour du Christ nous rénove, en faisant de nous des hommes nouveaux, héritiers du Testament nouveau, chanteurs du cantique nouveau » (Saint-Augustin). Si nous devions mettre des paroles sur la bouche de l’amour, nous pourrions utiliser les paroles que Dieu prononce dans la deuxième lecture d’aujourd’hui : « Voici, voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,5). Donc, le commandement de l’amour est nouveau dans le sens actif, dynamique. Il est source de nouveauté.

Mais en quoi consiste la nouveauté de cette volonté du Christ? En soi, le commandement de l’amour est ancien[1], comme Saint-Jean le dit dans sa première lettre (cfr 1 Jn1,7-10). C’est un commandement « ancien » comme Dieu. Et déjà l’ Ancien Testament (cf. Dt 6) invitait à aimer Dieu par-dessus toute chose et le prochain comme soi-même.

Donc, la nouveauté dont Jésus parle n’est pas liée au temps mais à la modalité: « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,35). Et le« comme » n’indique pas la quantité de l’amour (qui pourrait aimer « comme » le Fils de Dieu !?) mais la modalité. Le Christ ne dit pas « aimez-vous « autant » que je vous ai aimé, mais  « comme » je vous ai aimé ». Pour nous, pauvres êtres limités, sa mesure sans limites est impossible. Il est possible de le suivre, de l’imiter dans sa modalité d’aimer. Par exemple, en lavant laver les pieds comme il l’a fait, en partant du plus pauvre. En lavant les pieds aux Apôtres, le Christ a indiqué combien il est important de pratiquer la charité comme l’amour humble qui est avec les amis, qui sert les amis. Il s’agit d’une manière de vivre, c’est un mode de vie, une façon d’être un don de soi qui ne peut être obscurci par ce désir de tout posséder, de posséder même de la pauvreté, pour s’accommoder dans la rhétorique d’une aide charitable.

L’amour fraternel et réciproque est la nouveauté de la vie de Dieu qui fait irruption émerge dans notre vieux monde, en le régénérant. Et c’est une anticipation de la vie future à laquelle nous aspirons et une garantie de la présente parce que « nous tous avons besoin de beaucoup d’amour pour vivre bien » (Jacques Maritain).

L’amour entre les disciples, frères du Christ  et frères entre eux, est un amour qui vise la réciprocité : « Aimez-vous les uns les autres »  (Jn 13,35) est répété plusieurs fois. Mais si nous voulons que notre amour réciproque soit comme celui du Christ, cet amour doit être gratuit et s’ouvrir à tous les frères en humanité. Cela doit donc être une charité réciproque et ouverte. « De tout cela, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples » (Id). L’amour chrétien – lorsque l’on souligne la réciprocité – ne cesse pas d’être ouvert, bien au contraire, il s’ouvre à tous. L’amour réciproque est pour l’homme un mouvement, une  vie, une sortie de l’enfermement, de la haine, de l’égoïsme et de l’indifférence pour respirer à pleins poumons. Saint-Jean, le disciple bien-aimé, écrit : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères, qui n’aime pas reste dans la mort » (1Jn 3,14). « S’aimer réciproquement » n’est pas une imposition mais une directive amoureuse qui sauvegarde et promeut la vie humaine, en cette volonté d’amour où le destin du monde et le sort de chacun de nous sont récapitulés.

            2) Aimer : un commandement qui est un don

L’Apôtre que le Christ préférait écrit encore : « Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ; et ses commandements ne sont pas un fardeau » (1 Jn 5,3). Ils sont légers et source de joie : ils sont un don. Saint-Jean appelle « don » le commandement de l’amour (le verbe « donner » est trop faible, il vaut mieux traduire « faire un don »). Cela peut paraître absurde d’affirmer qu’un commandement soit un don mais c’est conforme à tout l’enseignement biblique. La loi de Dieu est un don, parce que ce qu’elle  indique la nature de Dieu et notre futur, notre vocation la plus profonde. Par exemple, le commandement : « Ne tue pas » veut dire que la nature de Dieu est vie et que nous sommes appelés à la vie.

Lorsque Dieu « commande » d’aimer, cela veut dire que Lui est Amour et que nous sommes appelés à l’Amour.

Mais qu’est ce que l’Amour ? On ne peut exister qu’en tant qu’être aimé, si non on n’existe pas. Nous savons aussi que Dieu est amour, mais comment faisons nous à connaître que Dieu est Amour? Voici comment Jésus l’a manifesté : l’amour consiste à laver les pieds à Pierre qui le renie, l’amour consiste à se donner à Juda qui le livre et le trahit. L’amour est savoir aimer l’autre comme il est, d’une façon absolue et inconditionnelle, sans tenir compte des mérites de la personne aimée. De façon analogue, les parents aiment leur enfant, pour ce qu’il est et non pas à cause des mérites qu’il a, parce que si l’on faisait naître un enfant en se basant sur les mérites que l’enfant a, cet enfant ne naîtrait jamais et, que, s’ils le faisaient grandir en fonction des mérites qu’il a, il ne grandirait jamais. L’être aimé est la condition pour vivre et pour partager l’amour reçu.

Dans le sillon de Benoît XVI qui a expliqué l’amour sur le plan théologique dans son encyclique « Deus caritas est », le pape François, pasteur authentique dit : « Qu’est-ce c’est l’amour? C’est une série télévisée ? C’est ce que nous voyons dans les téléromans ? Certains pensent l’amour que c’est ça. Parler de l’amour est tellement beau, on peut dire de belles choses, belles, belles belles. Mais l’amour a deux axes sur lesquels on bouge, et si une personne, un jeune n’a pas ces deux axes, ces deux dimensions de l’amour, ce n’est pas l’Amour. Avant tout, l’amour est plus dans les œuvres que dans les paroles, l’amour est concret…. Ce n’est pas l’amour de dire seulement : « Moi, je t’aime, moi j’aime toutes les personnes ». Non. Que fais-tu pour l’amour? L’amour se donne. Pensez que Dieu a commencé à parler de l’amour lorsqu’il a sauvé son peuple, il a pardonné tant de fois – que de patience a Dieu!-: il a fait des gestes d’amour, œuvres d’amour. Et la deuxième dimension, le deuxième axe sur lequel l’amour tourne c’est que l’amour se communique toujours, l’amour écoute et répond, l’amour se fait dans le dialogue, dans la communion : on communique ».

            3) Le Pélican, image du Christ-Amour.

Porte du Pélican, abbaye de Saint-Wandrille, diocèse de Rouen, France.

Une image nous arrive de la tradition médiévale : elle peut être utile pour comprendre ce qu’est l’amour : c’est l’image de Jésus Christ représenté comme un pélican qui ouvre son propre cœur pour nourrir ses petits, parce qu’il n’a pas trouvé de poissons à leur donner à manger. L’origine de cette image eucharistique vient d’une ancienne légende qui représente bien l’amour concret du Fils de Dieu qui se communique en donnant sa vue pour donne la nourriture de Vie.

Tous les chrétiens doivent avoir un rapport profond avec le Christ-Eucharistie, mais il faut tenir en compte que le mystère eucharistique de l’amour manifeste un rapport intrinsèque  avec la virginité consacrée, en tant qu’expression de don exclusif de l’Eglise au Christ. En fait, les vierges consacrées accueillent le Christ-Epoux avec fidélité radicale et féconde. Dans l’Eucharistie, les vierges consacrées  dans le monde trouvent l’inspiration et la nourriture pour leur pleine consécration au Christ (cf. Sacramentum caritatis, n 81).

Les vierges consacrées sont passionnées dans leur amour pour l’Eucharistie, accueillant le Christ comme leur inspiration et leur nourriture à partager. Leur consécration virginale n’est pas un renoncement à l’amour. Bien au contraire, cette consécration les rend toujours prêtes à recevoir l’amour intime du Seigneur et à le Lui retourner par la prière et le service au prochain aimé d’un amour virginal comme celui du Christ. (cf. rituel de consécration des vierges, formule de bénédiction finale : « Que Dieu vous établisse aux yeux du monde comme signe et témoin de son amour ».  Ces femmes consacrées suivent, c’est à dire imitent l’Agneau dans la splendeur de la virginité. « Vous – dit Saint Augustin – suivez l’Agneau en conservant avec persévérance ce que vous Lui avez consacré avec ardeur » (S.Virg 29,29).

La virginité, que la consécration virginale rend précieuse, est quotidiennement revitalisée par la nuptialité eucharistique où l’on respire l’amitié de Jésus : amitié de ressemblance: « Comme le Père m’a aimé, moi, je vous aime » (Jn 15,9). Le précepte « aimez-vous comme je vous ai aimé, dans mon amour » (Jn 13,34; 15,9 ss) est la clé interprétative du don par le sacrement de la présence amie du Seigneur ressuscité.

Lecture patristique

Saint Cyrille d’Alexandrie (+ 444)

Commentaire sur l’évangile de Jean, 9

 PG 74, 161-164.

Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres. Mais, demandera-t-on peut-être, comment Jésus peut-il dire que ce commandement est nouveau, lui qui a prescrit aux anciens, par l’intermédiaire de Moïse: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même (Dt 6,5Mt 22,37)? <>

Il faut voir ce que Jésus ajoute. Il ne s’est pas contenté de dire: Je vous donne un commandement nouveau: aimez-vous les uns les autres. Mais pour montrer la nouveauté de cette parole et que son amour a quelque chose de plus fort et de plus remarquable que l’ancienne charité envers le prochain, il ajoute aussitôt: Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Il faut donc creuser le sens de ces paroles, et rechercher comment le Christ nous a aimés. Alors, en effet, nous pourrons apprécier ce qu’il y a de différent et de nouveau dans le précepte qui nous est donné maintenant. Donc, lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu, mais au contraire il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix (Ph 2,6-8). Et saint Paul affirme encore: Lui qui est riche, il s’est fait pauvre (2Co 8,9).

Voyez-vous la nouveauté de son amour envers nous? La Loi prescrivait en effet d’aimer son frère comme soi-même. Or notre Seigneur Jésus Christ nous a aimés plus que lui-même, puisque, vivant dans la même condition que Dieu le Père et dans l’égalité avec lui, il ne serait pas descendu jusqu’à notre bassesse, il n’aurait pas subi pour nous une mort physique aussi affreuse, il n’aurait pas subi les gifles, les moqueries et tout ce qu’il a subi, – si je voulais énumérer dans le détail tout ce qu’il a souffert, je n’en finirais pas – et d’abord, il n’aurait pas voulu, étant riche, se faire pauvre, s’il ne nous avait pas aimés plus que lui-même. Une telle mesure d’amour est donc inouïe et nouvelle.

Il nous ordonne d’avoir les mêmes sentiments, de ne faire passer absolument rien avant l’amour de nos frères, ni la gloire ni les richesses. Il ne faut même pas craindre, si c’est nécessaire, d’affronter la mort corporelle pour obtenir le salut du prochain. C’est ce qu’ont fait les bienheureux disciples de notre Sauveur et ceux qui ont suivi leurs traces. Ils ont fait passer le salut des autres avant leur propre vie, ils n’ont refusé aucun labeur. Ils ont accepté de supporter des maux extrêmes pour sauver des âmes qui se perdaient. C’est ainsi que saint Paul dit parfois: Je meurs chaque jour (1Co 15,31), et aussi: Si quelqu’un faiblit, je partage sa faiblesse; si quelqu’un vient à tomber, cela me brûle (2Co 11,29).

Le Sauveur nous a ordonné de cultiver la racine de cette piété très parfaite envers Dieu, bien plus grande que l’amour prescrit par la loi ancienne. Il savait que nous n’avons pas d’autre moyen de plaire à Dieu que de suivre la beauté de l’amour, tel qu’il l’a introduit chez nous, et de recevoir ainsi les plus hautes et les plus parfaites bénédictions.

[1] Il s’agit d’un commandement « ancien » et « nouveau ». Ancien parce qu’il remonte à Dieu même qui est Amour de l’éternité et dans l’amour il confirme tous ses enfants; nouveau par le fait que le critère d’agir, l’attitude et la fiabilité de celui qui dit demeurer dans le Christ devra se configurer dans l’amour vers les frères en évitant toute sorte de haine, de recul et de suspicion : la caractéristique distinctive du chrétien doit être sa capacité d’aimer au-dessus de ses forces, jusqu’à nier soi-même.

Source: ZENIT.ORG, le 13 mai 2022

Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, par Mgr Francesco Follo

Mosaïque du Bon Pasteur à Ravenne © Wikimedia Commons / Meister des Mausoleums der Galla Placidia in Ravenna

Mosaïque Du Bon Pasteur À Ravenne © Wikimedia Commons / Meister Des Mausoleums Der Galla Placidia In Ravenna

Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, par Mgr Francesco Follo

Il les connaît, elles le suivent

Le bon et vrai Berger donne la vie pour ses brebis aujourd’hui et pas seulement dans un temps passé. Chaque jour dans la Messe il se donne lui-même à nous à travers nos mains.

Voici la méditation des lectures de ce IVème Dimanche de Pâques, 8 mai 2022, par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO.

« Avec l’invitation à accueillir l’amour du Christ, le Bon Pasteur qui donne sa vie pour chacun de nous. Nous recevons la vie et nous la méritons en l’offrant ».

IVème dimanche de Pâques – Année C –  8 mai 2022

Ac 13, 14. 43-52 ; Ps 99 ; Ap 7, 9. 14b-17 ; Jn 10, 27-30

Préambule

Dans l’Évangile de Saint Jean, le Christ parle de lui-même comme le Pain de vie (chap. 6), la Lumière du monde (chap. 8) et dans le bref extrait d’aujourd’hui (chap. 10) comme le Bon et vrai Pasteur qui a trois caractéristiques : il donne sa vie pour ses brebis, les connaît et elles le connaissent, il est au service de l’unité.

Pour comprendre cette image qui était claire autrefois et qui l’est encore pour ceux qui viennent du monde rural, mais qui n’est pas si évidente aujourd’hui pour ceux qui vivent dans les zones urbaines, il est utile de rappeler qu’à l’époque de la vie terrestre du Christ, à la tombée de la nuit, les bergers conduisaient leur troupeau dans un grand enclos commun pour y passer la nuit.

Le matin, chaque berger criait un appel particulier et les brebis, reconnaissant sa voix, le suivait avec confiance en dehors de l’enclos sans jamais se tromper.

1) Le vrai berger donne sa vie.

La figure du berger et de son troupeau à laquelle Jésus se réfère, se trouve déjà dans l’Ancien Testament. Yahvé est le berger qui fait paître son troupeau (Is 40, 11) et dans le cours de l’histoire, il le confie successivement à ses serviteurs Abraham, Moise, Josué, aux Juges et aux rois d’Israël. Ces derniers cependant, n’ont pas souvent obtempéré volontiers à leur devoir et alors Ézéchiel, dans un texte qui se lisait pendant la fête de la Dédicace, prononça son fameux oracle : « Malheur aux bergers d’Israël qui se paissent eux-mêmes !… Je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin… la brebis perdue, je la ramènerai à la bergerie ; je ferai un bandage à celle qui est blessée et je soignerai celle qui est malade… Je susciterai à la tête de mon troupeau un berger unique. » (Ez 34, 1,11,16,23)

Et voilà cette prophétie qui se réalise : des siècles après, pendant la fête de la Dédicace, Jésus se définit lui-même comme le vrai bon Berger qui prend finalement soin avec amour du troupeau d’Israël. A la différence des mercenaires pour qui les brebis ne comptent pas du tout, Lui, le vrai Berger connaît bien celles qui lui appartiennent, il en prend soin avec amour et elles écoutent sa voix.

Connaître et écouter sont des verbes qui indiquent un dialogue profond, une communion dans l’existence, pas seulement dans les idées. Donc entre Jésus, le Berger, et ses disciples, les brebis que son Père lui a données, il y a une profonde communion. Jésus est le Berger parce qu’il donne (offre) sa vie pour ses brebis pour leur donner la vie éternelle et personne ne pourra les lui arracher.

Rien, ni les anges, ni les hommes, ni la vie, ni la mort, ni le présent, ni l’avenir, rien ne pourra nous séparer de l’amour du Christ, nous répète l’apôtre Paul (cf Rm 8, 38). La force et la consolation de cette parole absolue « rien » est tout de suite redoublée par le verbe « nous arrachera » qui n’est pas au présent mais au futur pour indiquer une histoire entière, aussi longue que le « temps » de Dieu. L’homme, chaque « brebis humaine », est pour le Christ une passion éternelle.

Pour toutes et pour chacune d’entre elles, il a « payé » de sa vie et il les maintient dans son amour qui l’a conduit comme un agneau à l’abattoir. Le Bon Berger est en même temps l’Agneau. Nous lisons ainsi en Jean 2, 36 : « Voici l’agneau de Dieu ! » ; et l’Apocalypse nous révèle ainsi : « L’Agneau sera leur berger et il les conduira vers des sources d’eaux vives » (Ap 7, 17). Jésus poursuit sa vocation de Berger qui guide et qui garde ses brebis, non de l’extérieur, mais de l’intérieur de la condition humaine faite de faiblesses et d’épreuves et symbolisée par l’agneau : lui-même l’a partagée jusqu’au bout, jusqu’à la mort sur la croix. En la vivant avec amour, il en a fait jaillir une possibilité de vie et de vie pleine et éternelle.

Si l’Agneau Jésus s’identifie avec le Berger, c’est parce que personne ne peut conduire aux sources de la vie sans se faire guide du troupeau. Ce guide qui conduit les brebis aux pâturages de la vie, c’est l’Agneau qui s’est immolé parce qu’il aime personnellement chacune de ses brebis : il connaît le nom de chacune et il a soin de chacune d’entre elles.

2) Écouter et suivre celui qui nous connaît.

Dans le bref extrait de l’évangile d’aujourd’hui, l’Agneau-bon Pasteur indique deux caractéristiques de ses brebis : elles l’écoutent et elles le suivent. Si nous voulons donc être le sel et la lumière du monde, même dans un monde qui change comme on a l’habitude de dire aujourd’hui, nous ne devons pas avant tout nous épuiser en recherches et projets divers : la voix de Jésus a déjà résonné et la direction du chemin est déjà tracée. Il nous est demandé à chacun personnellement et en communion les uns les autres, d’être avant tout fidèle à sa présence que nous devons aussi apporter au monde.

Nous, les brebis du Christ, nous l’écoutons parce que seulement lui a les paroles de la vie éternelle, une vie pleine, une vie qui ne meurt pas et humblement nous le suivons parce que nous savons que nous sommes aimés de lui. Encore aujourd’hui et jusqu’à la fin des temps, il se présente lui-même comme source inépuisable de vie : « Moi, je leur donne la vie éternelle. »

Entrer en relation avec lui signifie apprécier la vie dans sa plénitude : même dans la fragilité, dans le péché, dans la douleur ou dans la violence subie, il est offrande d’Amour. Lui en premier, dans sa condition humaine, a expérimenté que jusque dans la mort est présent un Amour qui redonne la Vie. Et c’est seulement Lui, le don de l’amour qui n’abandonne personne, le don de la vie qui ne meurt pas, le don de l’Amour plus fort que tout, même de la mort.

Cet amour pour être connu nous demande d’engager notre cœur. On ne connaît vraiment que ceux qu’on aime. C’est l’amour qui est capable d’aller au delà de toutes les évidences. C’est une connaissance intime de l’intérieur. C’est une connaissance de l’être. C’est une connaissance dans l’amour. Mais le bon Berger demande aussi à être écouté. Dans l’écoute on engage l’esprit, l’intelligence, la vertu d’obéissance. La vraie écoute se fait obéissance qui conduit à le suivre.

En le suivant nous engageons notre volonté qui est capable de faire avancer nos pas derrière celui que nous écoutons et que nous aimons. Et en le suivant nos pas ne vacillent pas, c’est lui qui nous conduira à de verts pâturages, même si pour cela nous devons traverser une vallée obscure…nous n’aurons pas peur parce qu’Il est avec nous. (Cf Ps 23)

Marcher derrière le Christ bon Berger a une dimension nuptiale. Le thème de l’alliance nuptiale enrichit celui du Bon berger que nous suivons en vivant avec lui une unité profonde.

Dans l’Ancien Testament (cf. Osée 1-3 ; Is 54 et 62 ; Jr 2 et 3 ; Ez 16 et 23 ; Ml 2, 13-17 ; Ruth, Tobie, Cantique des Cantiques) on trouve souvent l’image de l’alliance nuptiale pour exprimer le rapport entre Dieu et son peuple.

Même dans le Nouveau Testament, on parle de cette alliance nuptiale et le thème du Christ époux émerge surtout dans les paraboles du Royaume (cf. Mt 22, 2 ; 25, 1 ; Lc 12, 38).

Pas d’étonnement, donc, si même Saint Paul recourt à l’image des noces pour illustrer le rapport entre le Christ et la communauté chrétienne : « J’éprouve à votre égard autant de jalousie que Dieu. Je vous ai fiancés à un époux unique, pour vous présenter au Christ, comme une vierge pure. » (2 Cor 11, 2)

De cette alliance Saint Paul a mis en évidence la fidélité absolue de Dieu : « Si nous lui sommes infidèles, lui demeure fidèle. » (2 Tim 2, 13) ; « Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables. » (Rm 11, 29 ; 1, 9)

Une façon spéciale et particulière de suivre le Christ Berger et Époux est celle des vierges consacrées dans le monde. Ces femmes témoignent par le don total d’elles-mêmes et par l’accueil total du Christ que l’amour nuptial entre le Christ et l’Église est reconnaissable à ce que l’Un accomplit pour l’Autre. Le Christ se donne tout entier pour elle – sa chair – en la purifiant et en la sanctifiant par le baptême et la Parole, en l’aimant comme son propre corps, en la nourrissant  (Eucharistie, banquet nuptial) et en la soignant (guidée par le Bon Berger).

A cet égard les paroles que le pape émérite leur a adressées à l’occasion du congrès de 2008 sont éclairantes. Benoît XVI, faisant référence au thème « Un don dans l’Église et pour l’Église » dit : « A la lumière de cela, je désire vous confirmer dans votre vocation et vous inviter à croître de jour en jour dans la compréhension d’un charisme si lumineux et si fécond aux yeux de la foi, si obscur et si inutile aux yeux du monde. » Et il ajouta : « Que votre vie soit un témoignage particulier de charité et un signe visible du Royaume futur. (Cf Rite de la consécration de la Vierge, 30) Faites en sorte que de votre personne irradie toujours la dignité d’être épouse du Christ, qu’elle exprime la nouveauté de l’existence chrétienne et l’attente sereine de la vie future. Ainsi, avec la rectitude de votre vie, vous pourrez être les étoiles qui orientent le chemin du monde. »

Les vierges consacrées témoignent qu’il n’y a pas deux amours, l’un divin et l’autre humain, mais seulement deux aspects du même amour. Il est donc juste d’affirmer qu’amour nuptial et amour virginal sont deux visages de l’unique amour de Jésus Christ.

Ces femmes sont épouses pour appartenir uniquement dans un pur et exclusif amour nuptial au Christ-Époux (la chasteté), pour être guidées par le Christ-Bon pasteur (l’obéissance) et pour se confier seulement au Christ-Seigneur (la pauvreté).

Lecture Patristique

Saint Clément d’Alexandrie (150 – 215)

Le Pédagogue, 9, 83,3 85,a

SC 70, 258-261

Malades, nous avons besoin du Sauveur; égarés, de celui qui nous conduira; assoiffés, de la source d’eau vive; morts, nous avons besoin de la vie; brebis, du berger; enfants, du pédagogue; et toute l’humanité a besoin de Jésus.

Si vous le voulez, nous pouvons comprendre la suprême sagesse du très saint Pasteur et Pédagogue, qui est le Tout-Puissant et le Verbe du Père, lorsqu’il emploie une allégorie et se dit le Pasteur des brebis; mais il es t aussi le Pédagogue des tout-petits.

C’est ainsi qu’il s’adresse assez longuement, par l’intermédiaire d’Ézéchiel, aux anciens, et qu’il leur donne l’exemple salutaire d’une sollicitude bien adaptée: Je soignerai celui qui est boiteux, et je guérirai celui qui est accablé; je ramènerai celui qui s’est égaré, et je les ferai paître sur ma montagne sainte (cf. Ez 34,16). Oui, Maître, donne-nous en abondance ta pâture, qui est la justice. Oui, Pédagogue, sois notre Pasteur jusqu’à ta montagne sainte, jusqu’à l’Église qui s’élève au-dessus des nuages, qui touche aux cieux! Et je serai, dit-il, leur Pasteur, et je serai près d’eux (cf. Ez 34,14). Il veut sauver ma chair en la revêtant de la tunique d’incorruptibilité et il a consacré ma peau par l’onction. Ils m’appelleront, dit-il, et je dirai: Me voici (cf. Is 58,9). Tu m’as entendu plus vite que je ne l’aurais cru, Seigneur. S’ils traversent, ils ne glisseront pas (cf. Is 43,2), dit le Seigneur. Nous ne tomberons pas dans la corruption, en effet, nous qui traversons pour aller vers l’incorruptibilité (cf. 1Co 15,42), puisqu’il nous soutiendra. Il l’a dit et il l’a voulu.

Tel est notre Pédagogue: bon avec justice. Je ne suis pas venu pour être servi, dit-il, mais pour servir (Mt 20,28). C’est pourquoi, dans l’Évangile, on nous le montre fatigué, lui qui se fatigue pour nous, et qui promet de donner sa vie en rançon pour la multitude (Mt 20,28). Il affirme que, seul, le bon Pasteur agit ainsi.

Quel magnifique donateur, qui donne pour nous ce qu’il a de plus grand: sa vie! O le bienfaiteur, l’ami des hommes, qui a voulu être leur frère plutôt que leur Seigneur! Et il a poussé la bonté jusqu’à mourir pour nous!

Source: ZENIT.ORG, le 6 mai 2022

« L’autorité de l’amour et de la miséricorde », par Mgr Follo

Une copie du tableau de Jésus miséricordieux (Vilnius, Eugeniusz Kazimirowski, 1934) bénie par le pape François © L'Osservatore Romano

Une Copie Du Tableau De Jésus Miséricordieux (Vilnius, Eugeniusz Kazimirowski, 1934) Bénie Par Le Pape François © L’Osservatore Romano

« L’autorité de l’amour et de la miséricorde », par Mgr Follo

« Jésus s’adresse à nous, vient vers nous et nous demande «m’aimes-tu?» »

L’autorité de l’amour et de la miséricorde.

Rite Romain

II Dimanche de Pâques ou de la divine Miséricorde – Année C – 24 avril 2022

Act 5,27-32.40-41; ps 29; Ap 5,11-14; Jn 21,1-19

1) L’apparition est une manifestation, comme une rencontre d’amour.

La liturgie de la messe d’aujourd’hui nous guide dans la compréhension et la réflexion de la résurrection du Christ, en nous proposant la troisième apparition de Jésus ressuscité aux apôtres.

Pour la précision, rappelons que dans le langage évangélique, le terme «  apparition » a une signification bien plus profonde que celle qu’on lui donne aujourd’hui. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de l’apparition d’un fantôme ou de quelque chose d’évanescent. Quand l’évangéliste Jean parle d’ « apparition » il parle du Christ qui se révèle, d’une rencontre royale avec le Ressuscité: c’est une rencontre entre des êtres, qui débouchera sur une reconnaissance, un dialogue, un engagement. En effet, l’évangile de son disciple bien-aimé, nous dit que Jésus se manifeste aux pieuses femmes, à Marie-Madeleine, aux disciples d’Emmaüs, aux apôtres dans le cénacle. Enfin, aux rencontres, que la liturgie nous a fait réécouter les dimanches précédents, l’évangile de Jean ajoute aujourd’hui l’apparition du Ressuscité à Pierre et 6 autres disciples, sur les rives du lac Tibériade. Ces derniers viennent de rentrer de leur pêche, qui était jadis leur métier.  Le jour n’est pas tout à fait levé et, Jésus se tient sur le rivage, mais ils ne savent pas que c’est Lui, ne le reconnaissent pas, et l’obscurité n’y est pour rien.

C’est lui, Jésus Ressuscité, qui les éclaire par des signes qui font remonter à leurs esprits des souvenirs. Souvenirs d’expériences vécues avec leur Maître, ce même Jésus qui, maintenant, va au devant d’eux, se fait « rencontre », après avoir triomphé de la mort.

C’est l’amour du disciple bien-aimé qui a reconnu en premier le Christ.

C’est Pierre qui a pris l’initiative de se jeter de la barque pour arriver le premier jusqu’au Christ. Ces deux faits montrent les deux traits qui caractérisent chaque disciple : l’intuition de leur amour et leur promptitude à nager vers le Christ et jeter leurs filets de pêche, qui fait allusion à leur mission de pêcheurs d’hommes.

2) La pêche et le repas.

La fatigue nocturne des pécheurs fut vaine car Jésus avait dit « en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5). Mais avec lui tout change: ils jettent à nouveau leurs filets et cette fois-ci les retirent plein de poissons : 153 gros poissons.

C’est la présence du Seigneur qui remplit les filets, et c’est toujours sa Parole qui rendra efficace, à tout moment, la mission des disciples. Cette mission sera toujours vide sans le Christ et toujours fructueuse avec lui.

Mais le Ressuscité se manifeste, c’est-à-dire apparait aux yeux des disciples, non seulement  au moment de leur pêche mais également en les invitant : « Venez manger ».

Il y a une étroite connexion entre la pêche et le repas. Les disciples reconnaissent le Seigneur quand Il leur dit: « venez manger ». Quand, au lever du jour, Jésus leur distribue le poisson, grillé sur un feu de braise avec du pain, il répète un des gestes les plus symboliques de toute sa vie sur terre: la miséricorde de la table servie. Jésus distribue pain et poissons (Jn 21,13),

Sur la rive du lac, ce geste de distribuer le poisson grillé sur un feu de braise avec le pain,  se transforme en un silencieux et vivant souvenir de la multiplication des pains qui avait marqué le dernier repas du Fils de Dieu, avant de mourir. Ce jour-là, Jésus avait accompli ce geste d’amour extrême, pour marquer son dévouement total. Dévouement qui est sa vraie identité, l’identité d’un Dieu qui est Don, et s’est fait homme pour nous sauver en se donnant totalement. Jésus ressuscité se fait reconnaître en accomplissant des gestes de dévouement qui fut la vérité de tout son parcours. Ce dévouement appartient à Jésus sur terre et au Seigneur ressuscité. Cette identité l’accompagne dans chaque situation, elle révèle qui il est véritablement, et demande à être suivie en faisant don de soi.

            3) Un vrai dialogue d’amour.

L’évangile d’aujourd’hui se termine par un dialogue très connu entre Jésus et Pierre (Jn 21,15-19). Pour avoir la charge de ses brebis, pour être leur berger, le messie ressuscité demande à Pierre de l’amour, rien d’autre.

Si l’Eglise est une communauté d’amour, son chef doit avoir la primeur en amour car il aime le Christ plus que quiconque. Certes, Pierre doit aimer aussi le troupeau qu’il est appelé à conduire vers la sainteté, en l’instruisant et le servant. Mais la condition pour exercer ce « ministère », cette charge, est avant tout d’aimer Jésus. Pour servir les hommes il ne suffit pas de les regarder et de regarder leurs besoins, il faut aimer Jésus Christ plus que  quiconque.

Relisons cet échange: « Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »

Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. » (Jn 21, 15-19).

Pourquoi le Christ a-t-il demandé à Pierre ce qu’Il savait déjà? Saint Augustin répond : « A un triple reniement succède une triple confession : ainsi la langue de Pierre n’obéit pas moins à l’affection qu’à la crainte, et la vie présente du Sauveur lui fait prononcer autant de paroles, que la mort imminente de son Maître lui en avait arrachées. Si, en reniant le pasteur, Pierre donna la preuve de sa faiblesse, qu’il donne la preuve de son affection en paissant le troupeau du Seigneur. Quiconque fait paître les brebis du Christ, de manière à vouloir en faire, non pas les brebis du Christ, mais les siennes, celui-là est, par là même, convaincu de s’aimer lui-même et de n’aimer pas le Christ : il prouve qu’il se laisse conduire par le désir de la gloire, de la domination, de l’agrandissement temporel, et non par un élan du cœur, qui le porte à obéir, à se dévouer et à plaire à Dieu ; contre de telles gens s’élève la parole prononcée trois fois de suite par le Christ : ce sont de telles gens, que l’Apôtre gémit de voir chercher leur avantage, au lieu de chercher celui de Jésus-Christ (cf. Ph 2, 21). Que signifient, en effet, ces paroles: « M’aimes-tu ? Pais mes brebis ? » N’est-ce pas dire, en d’autres termes : Si tu m’aimes, ne songe point mes brebis, et pais-les, non pas comme les tiennes, mais comme les miennes ; travaille à les faire concourir à ma gloire, et non à la tienne; étends sur elles mon empire, et non le tien ; cherche en elles, non ton profit, mais uniquement mon avantage » (Traité sur l’Evangile de saint Jean, 123, 4-5)

Jésus nous pose la même question : « M’aimes-tu ? Et il le fait en connaissant nos faiblesses. « Répondons comme saint Pierre qui nous montre le chemin : celui de suivre le Christ avec confiance car Il sait tout de nous, en misant moins sur nos capacités à lui être fidèles que sur son incontrôlable fidélité » (Pape François).

3) Une question répétée?

L’amour ne se répète pas, il contemple. Demander plusieurs fois à celui que l’on aime «  m’aimes-tu ? », n’est pas «  se répéter » mais «  vérifier » – au sens étymologique de « présenter comme vrai » des liens d’amour –  « inviter » à cette contemplation qui renforcera l’appartenance. Dans le cas de saint Pierre, Jésus «  interroge » le premier des apôtres pour renouveler, dans le pardon, les liens qui les unissent à Dieu. Saint Pierre, plutôt que de répéter trois fois la même réponse, réaffirme trois fois la reconnaissance d’une appartenance qu’il avait renié à trois reprises durant la passion de son Bien-aimé. Au lever de ce jour-là, qui devint une belle journée, Pierre vit le Christ ressuscité sur la rive du lac Tibériade, se jeta de la barque pour être le premier à rejoindre à la nage l’Ami qui l’attendait. Arrivé sur le rivage, il se mit à genoux et le contempla, autrement dit sa prière devenait à la fois un geste et un regard vers le mystère de l’amour qui se tenait debout devant lui. Pierre était resté avec sa souffrance, celle d’un ami faible, qui avait trahi. Jésus Christ le confirma dans son amour et le remit debout, lui demanda de Le suivre en prenant la tête de la communauté de l’amour : l’Eglise.

Aujourd’hui, l’ami et frère Jésus s’adresse à nous, vient vers nous et nous demande « m’aimes-tu ? » et non « qu’as-tu fait ? »

A un monde qui défigure l’amour, en le confondant avec le plaisir, Jésus Christ proclame la loi de l’amour qui, en apportant miséricorde, purifie, élève et sanctifie.

La sainteté consiste à vivre pleinement l’amour envers Dieu et envers notre prochain. Il n’y en a qu’une mais elle peut prendre plusieurs formes, dont l’une est celle des Vierges consacrées dans le monde. Ces femmes, en se dévouant totalement pour le Christ, grâce à une vie où rien ne passe avant Lui, montrent que la sainteté ne consiste pas à ne jamais avoir trahi, mais à réaffirmer chaque jour leur amitié nuptiale avec Jésus. « Conscientes que l’amour de Dieu est surtout un amour de miséricorde et que les femmes ont cette caractéristique » (Pape François), les vierges consacrées se sentent appelées à une tâche spéciale : être dans le monde les reflets de cette miséricorde et de cette tendresse. Par leur vie, elles Lui consacrent, ainsi qu’à son royaume, toute la force d’amour qui les habite, témoignent que chaque vocation est « accueil » –  accueillir l’amour de Dieu et y répondre –  en  servant notre prochain. En se donnant totalement au Christ, elles se voient confier une mission particulière : être dans le monde le reflet spécial de la miséricorde et de la tendresse de Dieu.

Lecture Patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)

Sermon Guelferbytanus 16, 1, PLS 2, 579

Voici que le Seigneur, après sa résurrection, apparaît de nouveau à ses disciples. Il interroge l’apôtre Pierre, il oblige celui-ci à confesser son amour, alors qu’il l’avait renié trois fois par peur. Le Christ est ressuscité selon la chair, et Pierre selon l’esprit. Comme le Christ était mort en souffrant, Pierre est mort en reniant. Le Seigneur Christ était ressuscité d’entre les morts, et il a ressuscité Pierre grâce à l’amour que celui-ci lui portait. Il a interrogé l’amour de celui qui le confessait maintenant, et il lui a confié son troupeau.

Qu’est-ce donc que Pierre apportait au Christ du fait qu’il aimait le Christ? Si le Christ t’aime, c’est profit pour toi, non pour le Christ. Si tu aimes le Christ, c’est encore profit pour toi, non pour lui. Cependant le Seigneur Christ, voulant nous montrer comment les hommes doivent prouver qu’ils l’aiment, nous le révèle clairement: en aimant ses brebis.

Simon, fils de Jean, m’aimes-tu? – Je t’aime. – Sois le pasteur de mes brebis. Et cela une fois, deux fois, trois fois. Pierre ne dit rien que son amour. Le Seigneur ne lui demande rien d’autre que de l’aimer, il ne lui confie rien d’autre que ses brebis. Aimons-nous donc mutuellement, et nous aimerons le Christ. Le Christ, en effet, éternellement Dieu, est né homme dans le temps. Il est apparu aux hommes comme un homme et un fils d’homme. Étant Dieu dans l’homme, il a fait beaucoup de miracles. Il a beaucoup souffert, en tant qu’homme, de la part des hommes, mais il est ressuscité après la mort, parce que Dieu était dans l’homme. Il a encore passé quarante jours sur la terre, comme un homme avec les hommes. Puis, sous leurs yeux, il est monté au ciel comme étant Dieu dans l’homme, et il s’est assis à la droite du Père. Tout cela nous le croyons, nous ne le voyons pas. Nous avons reçu l’ordre d’aimer le Christ Seigneur que nous ne voyons pas, et nous crions tous: « J’aime le Christ ».

Mais, si tu n’aimes pas ton frère que tu vois, comment peux-tu aimer Dieu que tu ne vois pas (1Jn 4,20)? En aimant les brebis, montre que tu aimes le Pasteur, car justement, les brebis sont les membres du Pasteur. Pour que les brebis soient ses membres, le Pasteur a consenti à devenir la brebis conduite à la boucherie (Is 53,7). Pour que les brebis soient ses membres, il a été dit de lui: Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29). Mais cet agneau avait une grande force. Veux-tu savoir quelle force s’est manifestée chez cet agneau? L’agneau a été crucifié, et le lion a été vaincu.

Voyez et considérez avec quelle puissance le Seigneur Christ gouverne le monde, lui qui a vaincu le démon par sa mort. Aimons-le donc, et que rien ne nous soit plus cher que lui.

Source; ZENIT. ORG, le 19 avril 2022

« Une nouvelle surprenante, encore », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo au Vatican © Mgr Follo

Mgr Francesco Follo Au Vatican © Mgr Follo

« Une nouvelle surprenante, encore », par Mgr Francesco Follo

A Pâques, chercher

Ne cherchons pas le Christ parmi les grands, ils sont dans les tombeaux.

Ne le cherchons pas parmi les maîtres, ils sont dans les bibliothèques.

Il est vivant, cherchons-le parmi les vivants, car il est ressuscité.

Une nouvelle surprenante, encore

par

Mgr Francesco Follo

Les chroniques dramatiques de ces jours-ci apportent souvent, trop souvent, de mauvaises nouvelles et de mort  qui malheureusement surprennent de moins en moins.

Aujourd’hui, jour de Pâques, une bonne et vitale information nous est à nouveau offerte : c’est une nouvelle surprenante : c’est le récit d’une défaite (un homme mort sur la croix entre deux brigands) termine par le récit d’une victoire, relatant un tombeau vide et un Crucifix qui est revenu à la vie. C’est l’histoire d’un tombeau qui, s’il était plein, serait le signe de la défaite de l’homme et de Dieu. Le sépulcre vide est le premier signe de la victoire de Dieu et de l’homme. Le tombeau est vide et 20 siècles plus tard on le commémore encore. Le tombeau est vide et le Christ ressuscité et il se fait rencontre.

L’ami qui appelle l’amie par son nom : « Marie », essuie les larmes et mange avec ses Apôtres qui étaient retournés à leur vie antérieure. Ils pensaient que leur aventure humaine avec Jésus était terminée. Au contraire, cette histoire du Christ avec eux et avec l’humanité continue.

C’est une histoire vraiment surprenante, dans laquelle on voit que Dieu veut que nous soyons à lui, malgré notre résistance due au fait que le Christ est souvent considéré par les hommes comme un rival.

Certains croyants pensent à un Dieu comme l’Être suprême, le Seigneur du temps et de l’histoire, c’est-à-dire comme une entité et une loi qui s’impose de l’extérieur à l’individu. Aucun détail de la vie humaine ne lui échappe. L’être humain a ses propres désirs; il désire le plaisir, le pouvoir, l’argent, les choses des autres. Dans cette situation, Dieu leur apparaît comme celui qui leur barre la route avec ses « Tu dois », « Tu ne dois pas ». Au lieu d’une volonté d’amour qui ne veut que le bonheur de l’homme, la volonté de Dieu leur apparaît comme une volonté ennemie.

A l’origine de tout il y a l’idée d’un Dieu « rival » de l’homme que le serpent a instillé dans le coeur d’Adam et Eve et que certains penseurs modernes ont pris de maintenir en vie, affirmant que « là où naît Dieu, l’homme meurt » (Sartre).

Certes, la miséricorde de Dieu n’a jamais été ignorée dans le christianisme, mais seule la tâche de modérer les rigueurs inaliénables de la justice lui a été confiée. La miséricorde était l’exception, pas la règle.

Le Christ ressuscité est un Dieu qui, de temps en temps, se fait pour nous :

– créateur, accomplissant le miracle de nous tirer du gouffre obscur du néant :

– libérateur de l’esclavage « égyptien », toujours d’actualité, de la culpabilité, de l’erreur, de l’ignorance ;

– allié, lié à nous par un pacte éternel ;

– sauveur, en vertu du sacrifice du Christ qui se conforme douloureusement à la volonté du Père jusqu’à accepter librement la mort sur la croix ;

– renouvellement de tout, car avec la résurrection du Seigneur Jésus tout, chaque cœur, chaque attente, chaque perspective est renouvelé et transfiguré.

Le sépulcre scellé le vendredi soir était le signe de la défaite de l’homme et de la défaite de Dieu : de l’homme, que la mort saisit et détruit sans rémission ; et de Dieu, qui dans la tragédie du Golgotha ​​nous apparaît vaincu, obscurci, évincé, vaincu par le mal. Le tombeau découvert et vide, qui à l’aube du troisième jour est offert aux femmes effrayées, est le signe de la victoire de Dieu, qui d’ici commence l’œuvre de la restauration de l’univers, et en même temps de la victoire de l’homme .

L’homme Jésus-Christ, Fils de Dieu et notre frère, revient aujourd’hui vivant parmi les siens, nous rassurant que l’abîme de la mort n’est pas le dernier acte du drame humain : au-delà de toute douleur, au-delà de tout événement, au-delà du brouillard des doutes, des confusions, d’espoirs brisés, au-delà de la mort, un destin de résurrection, de gloire, de vie sans fin nous attend.

Ne cherchons pas le Christ parmi les soi-disant grands de l’histoire : les grands de l’histoire sont tous enfermés dans leurs tombes poussiéreuses. Ne le cherchons pas parmi les soi-disant justiciers ou parmi les célèbres maîtres humains : ils n’ont pas eu un sort différent de celui des autres. Seul Jésus est vraiment vivant, et pour cette raison même, il est le commencement de la vie pour nous et pour le monde. Le baptême nous a greffés sur lui et nous a fait participer à sa résurrection. Précisément parce qu’il est vivant, le seul vrai renouveau des hommes et de leurs conditions d’existence peut partir du Christ. En lui nous sommes devenus des hommes nouveaux, de lui nous recevons la mission, la possibilité concrète, l’énergie de tout renouveler.

Le souhait d’une joyeuse Pâques et le souhait d’une nouveauté de vie réelle et substantielle, qui conquiere d’abord nos cœurs et, puis, avec des cœurs renouvelés, se mette en marche pour conquérir la terre en paix. En bref, Pâques est la surprenante nouvelle que seul Dieu existe et est vivant, mais qu’il peut être rencontré et fait fleurir la vie, car il est le Dieu de la fleur vivante et non des mortes pensées.

D’une manière particulière j’adresse ces vœux aux Vierges consacrées, les invitant à imiter l’amour de Marie-Madeleine pour être comme elle un parfum épars et « gaspillé » pour le Christ. Avant Pâques, elle embrassa virginalement les pieds du Christ et fut la première à voir ses pieds le matin de Pâques, car son cœur n’avait cessé de chercher le Maître. L’espoir est donc que le Christ donnera à chacun de vous le cœur de Marie-Madeleine. Elle est une image (icône) de votre vocation : celle d’être un parfum répandu pour le Christ. Se consacrer virginalement au Christ, ce n’est pas perdre sa vie. C’est le gagner en accomplissant la plus belle œuvre : celle d’aimer le Christ et de faire connaître son amour au monde entier.

Source: ZENIT, le 14 avril 2022

« Elevons les cœurs et pas seulement les rameaux » par Mgr Francesco Follo

Messe des Rameaux, 14 avril 2019 © Vatican Media
Messe Des Rameaux, 14 Avril 2019 © Vatican Media

« Elevons les cœurs et pas seulement les rameaux », par Mgr Follo

« La mort du Christ, remplie d’une douceur inattendue »

Avec l’invitation à vivre le dimanche des Rameaux comme un accueil du Christ qui entre dans notre vie avec la richesse de son pardon.

Les Rameaux et la Croix

1) Elevons les cœurs et pas seulement les rameaux.

Ce dimanche, appelé dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur, nous entrons dans la Semaine Sainte et Grande, où la liturgie nous fera revivre le mystère de la passion, de la mort et de la résurrection du notre Seigneur Jésus Christ. C’est une semaine sainte et tragique, mais également la semaine de la victoire et du triomphe, non seulement parce que le Christ y entre en triomphateur accueilli par le peuple, mais surtout parce qu’il en sort victorieux : ressuscité. L’amour triomphe, gagne, et ce non « malgré » la croix mais « à travers » (grâce à) la croix.

« Ce qui fait croire est la croix, mais ce en quoi nous croyons est la victoire de la croix, la victoire de la vie » (Pascal). « La croix est l’image plus pure et plus haute que Dieu a donné de lui-même. Pour savoir qui est Dieu, je dois m’agenouiller aux pieds de la croix » (Karl Rahner).

La Croix est au centre de la liturgie d’aujourd’hui et, en y participant, nous montrons que nous n’avons pas honte de la Croix du Christ , nous ne la craignons pas. Bien au contraire nous l’aimons et la vénérons, parce qu’elle est signe de réconciliation, signe de l’amour, qui est plus fort que la mort : elle est le signe du Rédempteur mort et ressuscité pour nous. Celui qui croit en Jésus crucifié et ressuscité porte la croix comme preuve indubitable que Dieu est amour. Avec le don total de soi, donc avec la Croix, notre Sauveur a vaincu définitivement le péché et la mort. Pour cette raison, accueillons le Rédempteur dans la joie, « marchons, nous aussi, avec celui qui va vers sa passion et imitons ceux qui allaient à la rencontre en fête. Non pas pour étendre devant lui, le long de son chemin, des rameaux d’olivier ou de palme, des tapis ou autre chose du même genre, mais pour étendre humblement et avec une humble prostration nos personnes » (Saint André de Crète).

Donc, comme la foule en fête d’il y a un peu moins de 2000 ans, accueillons aujourd’hui Jésus qui entre à Jérusalem et, en disciples, accompagnons-le dans sa Pâque en priant : « Dieu, Tout-puissant et Eternel, qui, pour donner aux hommes un exemple d’humilité, tu as voulu que notre Sauveur subisse la mort sur la croix, accorde-nous dans ta bonté, de faire nôtre l’enseignement de sa passion et de participer à sa résurrection ».

2) La passion selon Saint-Luc  et les autres Evangélistes.

Pour nous aider à s’approprier l’enseignement de la passion du Christ, la liturgie d’aujourd’hui nous présente l’histoire de la passion selon Saint-Luc, qui la raconte en faisant émerger la miséricorde divine. A ce propos il est utile de rappeler que chaque évangéliste (Marc, Mathieu, Luc et Jean) rédige son évangile selon son propre point de vue théologique et catéchétique.

Selon Saint -Marc, Jésus est le serviteur souffrant qui meurt pour tous, il est l’abandonné. Le Christ abandonné est le grain semé qui, en mourant, porte beaucoup de fruits. Le cri d’abandon : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » (Mc 15,34), n’est pas un cri de désespoir. En fait, l’abandon par le Père devient immédiatement un abandon au Père, et cet abandon total permet la réconciliation universelle, à partir du moment où le bon larron est ramené « chez lui », à la maison : au paradis ; depuis Jean à qui une mère est donnée, jusqu’à la Mère à qui un fils nouveau est donné. Cela arrive grâce au fait que Jésus remet son âme au Père dans un geste d’abandon total et de confiance amoureuse. De cette façon, comme il l’avait promis, de la Croix le Rédempteur attire tous à lui, à lui et à son Père dans une profonde communion qui est consommée (portée à plénitude) dans l’immolation à Dieu le Père.

En ce qui concerne l’évangile selon Saint Mathieu, nous voyons que l’Apôtre et Evangéliste répond principalement à cette question : « qui est coupable de la mort de Jésus ? ».

Selon Saint-Mathieu, tous contribuent à la mort du Seigneur. Tous participent à ce drame : directement ou indirectement ; en agissant et en n’agissant pas. Mais il y a surtout un passage de la passion racontée par cet Apôtre qu’il me semble très important de mettre en évidence. Il s’agit de celui dans lequel Saint Mathieu raconte ce qui arrive juste après la mort de Jésus (27,51-53). Après la narration de cette mort, il y a une série d’expressions qui appartiennent seulement à cet évangéliste : 51 Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux (cela, on le trouve aussi chez Saint Marc, mais les locutions propres à Mathieu viennent ensuite), de haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens ». Quel message veut faire passer Saint Mathieu ? Il veut dire que, grâce à la mort de Jésus, la domination et le pouvoir de la mort sont écrasés. Pour l’évangéliste Mathieu, la mort de Jésus est surtout la bonne et joyeuse nouvelle (= Évangile) que le pouvoir du péché et de la mort, jusqu’ à ce moment, dévastateur et total, est vaincu. Il est donc possible de vivre une histoire différente, une histoire de salut. Cette possibilité nous est donnée aujourd’hui. L’important est de ne pas fuir loin du Christ, mais de rester à ses côtés, en veillant avec lui et en priant le Père avec lui. De cette façon, nous achevons l’exode, le chemin guidé par le Christ, le Moïse neuf et vrai, qui nous conduit à la vie pour toujours.

Pour saint Jean, Jésus est l’homme conscient  et qui va volontairement  à la rencontre de son destin. Même s’il est exécuté, il est, Lui, le vrai roi. Il est souverain de lui-même et lance un défi : « J’offre ma vie pour la reprendre à nouveau. Personne ne peux me l’enlever » (Jn 10,17-18). Synthétiquement, selon Saint Jean, pour Jésus la croix n’est pas un extrême abaissement mais une « élévation ». En effet, le verbe grec utilisé par l’Apôtre  (« upsozènai ») exprime l’élévation d’un roi au trône. L’élévation de Jésus sur la croix est donc une exaltation royale dans laquelle, tandis que le roi élevé au trône domine avec le contraint, Jésus-Roi domine avec la douceur en attirant : « Moi, quand je serai élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32). La condamnation à mort par la crucifixion de Jésus n’a pas été un hasard, un accident. Le Christ lui-même a voulu offrir sa vie ainsi, être le dernier des derniers, partager la condition des plus défavorisés, méprisés et malheureux : les esclaves, non considérés comme des hommes.

Enfin, la Croix est la révélation suprême de l’amour du Père. Ceci explique la complète liberté de Jésus et sa parfaite conscience. Le Christ remplit l’œuvre du salut non pas comme une victime résignée et impuissante mais comme celui qui connaît le sens des évènements et les accepte librement. Ceci est le sommet de l’amour et le modèle de chaque vrai amour : le don complet de soi-même.

Analysons  maintenant, rapidement, l’histoire de la passion qui nous est proposée cette année. Saint Luc montre Jésus, surtout, comme celui qui pardonne à tous et est miséricordieux avec tout le monde.

Cet évangéliste présente, sinon d’une manière complètement positive, du moins d’une manière miséricordieuse, les différents  personnages : les disciples sont restés fidèles à Jésus dans les épreuves (Lc 22,28);  dans le Gethsémani, ils s’endorment une seule fois et non trois fois (Id 22,39-46) et c’est un sommeil de tristesse ; les ennemis ne présentent pas de faux témoins comme dans les autres évangiles (Id 22,66-70) ; Pilate tente de le libérer  trois fois parce qu’il est innocent (Id 23,13-25); le peuple souffre pour ce qui arrive (Id 23,27) et même un des deux larrons à côté du Christ est bon (Id 23,39-43).

Dans le récit de Saint Luc, Jésus se préoccupe de tous : il guérit l’oreille du serviteur pendant l’arrestation (Id 22,50-51), il se préoccupe du sort des femmes pendant qu’il monte sur le Calvaire (Id 23,28-31), pardonne à ceux qui le flagellent et le mettent sur la croix (Id 23,34), et promet le paradis au larron repenti (Id 23,43). Le Rédempteur en Saint Luc est celui qui comprend ses ennemis : ils agissent de cette façon parce qu’ils vivent dans le noir et dans les ténèbres, sinon ils ne pourraient pas agir de façon aussi criminelle. Avec ce regard de miséricorde le Christ prie sur la croix : « Père, pardonne-les parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Id 22,34).

En voulant mettre en évidence la miséricorde divine, Saint Luc raconte la passion du Christ comme l’histoire de la conversion. C’est la conversion du Seigneur, qui se retourne et regarde Pierre, et Pierre se sent alors pénétré d’un regard de pardon, grâce auquel il se souvint et pleura : ces larmes de douleur montrent la conversion du premier des apôtres. Regardons le Christ, et laissons-nous regardés par lui, comme Pierre a fait. Alors, la Croix que nous contemplons dès ce début de la Semaine Sainte sera source de conversion et de vie nouvelle, donnée par la miséricorde.

Mais dès le début de l’évangile de Luc, nous pouvons voir la miséricorde en action. En Jésus Christ la miséricorde de Dieu s’étend de génération en génération à tous ceux qui le craignent, selon le Magnificat de la Vierge Marie. En rendant visite à Marie, Dieu c’est rappelé de sa miséricorde, comme il l‘avait promis. En Marie la miséricorde mit sa tente messianique, répondant à l’attente de tous les pauvres d’Israel, les anawim, dont nous sommes les descendants spirituelles, et comme eux nous sommes appelés à nous abandonner à l’alliance miséricordieuse.

A la fin de l’évangile de Saint Luc nous contemplons encore la miséricorde en action et tout devient miracle.  L’oreille est rattachée au serviteur, Pierre pleure pour sa trahison, Jésus est reconnu  « juste » par Ponce Pilate, le procurateur païen, les femmes sont consolées, le larron pendu à la croix est pardonné et la foule rentre à la maison en se frappant la poitrine.

3) La mort du Christ est remplie d’une douceur inattendue.

L’important c’est qu’en assistant au spectacle dramatique de la passion du Fils de Dieu qui meurt sur la croix pout et par amour, nous reconnaissons l’Amour Aimé qui se donne et pardonne.

En cela, les vierges consacrées dans le monde nous donnent un vrai témoignage. Leur vocation est de ne pas détourner le regard de leur Epoux sur la croix, de rester avec Marie, la Mère Vierge, aux côtés du Christ, là et partout où il souffre encore aujourd’hui, et meurt. Ces femmes ont choisi de vivre dans la recherche du visage du Christ, dans l’écoute de sa voix, dans l’accomplissement de sa volonté, pour être fécondes grâce au don de l’esprit et générer l’éternelle Parole dans le cœur. Cachée dans le Christ, leur vie est consacrée pour être une louange constante de la gloire divine, une  voix suppliante pour les nécessités des frères, don offert pour toute l’Eglise.

Le jour de leur consécration, en recevant le crucifix, chacune d’entre elles a dit :  « Avec joie je reçois ce signe : sur la croix le Seigneur m’a aimé et a donné sa vie pour moi ». Le jour des Rameaux et pendant la Semaine Sainte, elles nous invitent à nous unir à elles dans cette acceptation du Christ et de sa Croix pour la porter dans le monde comme un signe de l’Amour de Jésus pour l’humanité.

Lecture Patristique

Saint Cyrille d’Alexandrie (+ 444)

Commentaire du livre d’Isaïe, 4, 2 (PG 70, 967-970)

Voici qu’un roi régnera selon la justice, et les chefs gouverneront selon le droit (cf. Is 32,1). Le Verbe, Fils unique de Dieu, a toujours été, avec le Père, le roi de l’univers, et il a mis sous ses pieds toutes les créatures, visibles et invisibles. Mais si un habitant de la terre se dérobait à sa royauté, s’y soustrayait et méprisait son sceptre parce qu’il serait tombé au pouvoir du démon et serait retenu dans les filets du péché, alors ce ministre et ce dispensateur de toute justice le ramènerait sous son joug, car tous ses chemins sont droits.

Ce que nous appelons ses chemins, ce sont les préceptes de l’Évangile grâce auxquels, en recherchant toutes les vertus, en ornant notre tête des joyaux de la piété, nous obtenons la palme de notre vocation céleste. Oui, ces chemins sont droits, il n’y a rien en eux d’oblique ou de tortueux, mais ils sont directs et d’accès facile. Car il est écrit: Le sentier du juste, c’est la droiture, et son chemin a été bien dégagé (cf. Is 26,7). Car si le chemin de la Loi est rude, s’il oblige à traverser quantité de types et de figures, et s’il est d’une difficulté insurmontable, le chemin des préceptes évangéliques est uni et ne présente absolument rien de rocailleux. Donc les chemins du Christ sont droits, et lui-même a construit la cité sainte, l’Église où lui-même habite. En effet, il demeure dans ses saints et nous sommes devenus les temples du Dieu vivant, parce que nous avons le Christ en nous-mêmes, par notre participation à l’Esprit Saint.

Le Christ a donc fondé l’Église, et il est lui-même la pierre de fondation sur laquelle, comme des pierres de grand prix, nous sommes assemblés pour édifier un temple saint, la demeure de Dieu dans l’Esprit. L’Église est absolument indestructible, elle qui a le Christ pour assise et pour base inébranlable. Voici, dit-il, que je pose en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie et de grande valeur; celui qui lui donne sa foi ne connaîtra pas la honte(1P 2,6). Quand il a fondé l’Église, le Christ a délivré son peuple de la captivité. En effet, nous qui étions, sur la terre, opprimés par la tyrannie de Satan et du péché, il nous a sauvés et délivrés, il nous a soumis à son propre joug, sans verser ni rançon, ni gratification. Comme le dit son disciple Pierre: Ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n’est pas l’or ni l’argent, car ils seront détruits: c’est le sang précieux du Christ, l’Agneau sans défaut et sans tache (1P 1,18-19). Car il a donné pour nous son propre sang, si bien que nous n’appartenons plus à nous-mêmes, mais à celui qui nous a rachetés et sauvés.

Donc, en bonne justice, ceux qui transgressent la juste règle de la vraie foi sont accusés par la voix des saints de renier le Seigneur qui nous a rachetés.

Source: ZENIT.ORG, le 7 avril 2022