04.08.2024 – HOMÉLIE DU 18ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – JEAN 6,24-35

Quand la relation n’est plus qu’alimentaire

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

En amour, espérez-vous être rassasiés ? Espérez-vous que quelqu’un vienne pleinement combler votre attente, votre espérance, votre soif d’amour ? Pensez-vous que votre époux, votre épouse sera cette personne qui rassasiera votre faim d’aimer ? Pensez-vous que vos enfants seront ceux qui définitivement vous combleront ? Attendez-vous quelqu’un qui étanchera votre soif d’aimer ?

Faisons une lecture spirituelle de l’Exode comme le périple de la vie, où la soif qui tiraille est celle d’aimer et la Terre promise vers laquelle on tend est l’épanouissement personnel auquel nous aspirons tous : la plénitude d’amour, une terre où abonde le lait et le miel, comme dit l’Écriture.

Les Hébreux, nous dit-on, ont été libérés de leur esclavage, de tout ce qui entravait leur épanouissement, de ce qui les empêchait d’aller vers cette Terre promise, lieu de repos et de plénitude ultimes. Et ils sont là qui errent dans le désert, qui ont faim et qui ont soif.

Peut-être avez-vous déjà constaté que toute libération, que la fin de tout esclavage, est bien souvent suivie d’un passage à vide, de tiraillements, de récriminations – tous ceux qui ont surmonté une dépendance le savent : il y a une période de dépression après une libération.

Ils sont là au désert et ils récriminent contre Dieu et contre Moïse : « Ah ! Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d’Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! ». Ils sont en plein processus de libération et ils ne pensent qu’à retourner à leur semi-confort d’avant, quand ils étaient esclaves. Peut-être cela fait-il écho chez certains qui sont passés par une période de sevrage : « c’est trop dur de me libérer, il vaudrait mieux retourner à ma dépendance. »

Dieu pourtant leur donne de quoi tenir. Et plus loin dans le passage de l’Exode, on dira qu’il n’y a pas lieu de faire des réserves, la manne viendra chaque jour, avec double ration les veilles de sabbat.

Nous ne sommes pas encore en Terre promise, sauvés par Dieu. Sur cette Terre, nous aussi sommes en exode, au regard de la plénitude d’amour à laquelle nous aspirons tous. Et la manne, c’est la vie et l’amour dont Dieu nous gratifie chaque jour et qui nous fortifient. La manne, c’est ce qui nous fait vivre et aimer alors que nous marchons, parfois tiraillés par le désir d’amour, parfois tiraillés par le désir de vivre plus pleinement, en récriminant contre Dieu et contre tous.

Mais pourquoi devons-nous passer par là ? Pourquoi nous faut-il avoir soif d’aimer et d’être aimés ? Pourquoi nous faut-il passer parfois par de terribles soifs de vivre ? Et pas simplement recevoir la vie et l’amour en plénitude. Pourquoi toujours le désert ? le manque ? la faim ? la soif ?

Il s’agit de reconnaître le donateur au-delà du don, sinon la relation n’est plus qu’alimentaire. C’est la réponse que donne l’Évangile : « Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. » dit Jésus après la multiplication des pains.

Vouloir être rassasié, de pain comme d’amour, c’est avoir le désir des effets plutôt que le désir du donateur. Vouloir être rassasié, c’est aimer pour ce que l’on éprouve plutôt que d’aimer l’autre en soi ; c’est désirer l’autre pour le bien qu’il nous fait et non pour qui il est. Vouloir être rassasié, c’est aimer être amoureux, ou aimer aimer, plutôt qu’aimer. Vouloir être rassasié, c’est confondre plaisir, satisfaction et bonheur.

Les êtres humains ne se rendent pas toujours compte à quel point ils s’enferment quand ils cherchent le bonheur en le faisant dépendre d’un désir de satisfaction immédiate à laquelle ils se soumettent de plein gré. Pourtant, il reste entravé celui qui préfère consommer de l’amour plutôt qu’aimer, enchaîné dans une relation qui n’est plus qu’alimentaire.

Comment savoir que nous aimons les autres pour eux-mêmes et non pas pour les effets qu’il y a à les aimer ? Comment discerner que nous ne sommes pas esclaves du sentiment d’aimer plutôt que donnés à l’amour ?

C’est en reversant la logique et constatant que l’amour persiste, au-delà des désagréments d’une relation. Qu’il arrive à vos enfants, à votre conjoint, à vos proches de vous blesser, vous continueriez à les aimer. La libération de l’esclavage d’une dépendance au sentiment d’amour est certainement là lorsque l’être aimé vous crucifie et qu’encore vous l’aimez. C’est ça revêtir le Christ.

Finalement, il n’y a qu’en Dieu que peut se trouver rassasiée notre soif d’aimer. Et c’est cet amour que vient nous donner le Christ quand il se donne lui-même à nous. Aimer Dieu pour les guérisons, le soutien ou le bien-être qu’il apporte, ce n’est pas encore aimer Dieu pour lui-même. C’est là aussi s’enfermer dans une relation purement alimentaire.

Le salut n’est pas un don reçu du Christ ; c’est le Christ lui-même ! « Moi, je suis le pain de la vie.  Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. »

« Seigneur, donne-nous de ce pain-là ! »

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 31 juillet 2024

28.07.2024 – HOMÉLIE DU 17ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – JEAN 6,1-15

La relation de l’esprit au corps

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot, OP

Je vous propose de refaire l’exercice auquel nous nous sommes adonnés, il y a quelques semaines, à savoir examiner différents niveaux de lecture que l’on peut donner à ce miracle important qu’est la multiplication des pains.

Le premier niveau est toujours la lecture littérale du texte. Jésus a effectivement, à partir de cinq pains et deux poissons, miraculeusement fait apparaître de la nourriture pour une foule considérable. Il faut sans doute avoir la foi du charbonnier pour le croire, mais ça reste un niveau de lecture intéressant qui questionne notre aptitude à recevoir l’inouï de Dieu : croyons-nous que Dieu puisse littéralement faire des choses incroyables ? Et dans quelle mesure ? La lecture littérale nous rappelle toujours que notre esprit, quand il médite ces textes, doit pleinement s’ouvrir à l’inattendu, l’inouï, l’inespéré, l’incroyable, au coté profondément miraculeux de la sollicitude de Jésus à notre égard.

Une autre lecture serait de penser que le geste du jeune garçon qui offre spontanément à Jésus les vivres qu’il possède a provoqué un élan de générosité, que d’autres à sa suite se sont mis à partager le pain qu’ils avaient gardé par-devers eux, à la foule affamée. L’inouï du miracle serait ici la rupture des égoïsmes, du chacun pour soi, dans un prodigieux élan collectif de générosité. C’est déjà une lecture christologique.

Une troisième lecture, à laquelle les textes d’aujourd’hui certainement nous invitent, serait simplement de constater que l’évangéliste veut faire un rapprochement entre Jésus et le prophète Élisée. Comme lui, Jésus a des disciples auxquels il enseigne, comme lui il multiplie les pains, comme lui, il guérit les lépreux – on se souvient notamment de Naaman. Cependant la comparaison des deux trouve des limites : Élisée fait beaucoup de politique, ce que Jésus ne fait jamais. La finale de l’Évangile d’aujourd’hui est d’ailleurs explicite à ce sujet.

Autre niveau de lecture, qu’on pourrait qualifier d’ecclésial ou de sacramentel : le miracle de la multiplication des pains que nous rapporte l’Évangile symbolise l’Eucharistie qui, partant du dernier repas que Jésus partage avec ses disciples, s’est multipliée de proche en proche, de communauté en communauté, jusqu’à nourrir des foules innombrables au fil du temps. Le miracle de la multiplications des pains par Jésus serait alors l’anticipation de la diffusion miraculeuse du christianisme constatée à l’époque où les Évangiles sont rédigés, à savoir quelques cinquante à septante ans après les événements qu’ils relatent. En temps de persécution, il s’agirait d’une manière discrète de dire que les eucharisties – et donc les communautés – se multiplient. Dans ce contexte, l’image des douze paniers qui débordent symbolise les apôtres.

Il y a sans doute quantité d’autres lectures à donner, notamment en s’interrogeant sur la symbolique des nombres : pourquoi cinq pains et deux poissons ?

Mais la lecture la plus profonde est la lecture spirituelle voire mystique qui fait de la parole de Dieu une nourriture, au sens littéral. Je crois profondément qu’autant il y a des paroles qui nous blessent et, petit à petit, nous tuent, autant il y a des paroles qui nous nourrissent, nous retissent, qui littéralement nous reconstituent le corps. Je crois d’ailleurs que c’est le sens premier de toute parole de réconfort : certes, agir sur l’état d’esprit, mais aussi agir sur le corps.

D’ailleurs, Dieu ne demande-t-il pas au prophète Ézéchiel (2,8 – 3,4) de littéralement manger un rouleau de l’Écriture. Je crois fondamentalement que la parole de Dieu a un impact tant sur notre esprit que sur notre corps. De même que l’Eucharistie parle aussi à notre esprit, de même la Parole de Dieu est aussi nourriture.

Derrière cette interprétation se trouve toute la question de la relation entre le corps et l’esprit ; ce qu’on appelle en philosophie le problème corps-esprit (Mind-Body Problem). Notre époque tend à radicalement dissocier les deux alors que, pour notre religion, corps et esprit sont intiment dépendants, intimement liés, au point de ne plus faire qu’un à la Résurrection, en Corps spirituel (I Corinthiens 15, 37-49).

Ce sont des questions philosophiques importantes qui nous aident à comprendre beaucoup de concepts de notre religion : l’incarnation, la présence réelle de Dieu dans l’Eucharistie, l’action concrète de Dieu sur notre esprit et notre corps, la relation entre nos états d’âme et l’état de notre corps, …

Enfin, si on fait la somme de toutes ces interprétations – car ce qui est intéressant, c’est de les croiser entre elles pour mesurer toute l’épaisseur du texte – on conclut que l’Évangile, aujourd’hui, nous invite à considérer le caractère proprement inouï, l’aspect profondément miraculeux de l’action de la parole de Dieu sur notre corps.

Les philosophes savent que le problème Mind-Body est une source de questionnements sans fin, que la relation du corps et de l’esprit restera toujours quelque part un mystère. Le propos de l’Écriture est ici de dire qu’au cœur de la relation entre notre corps et notre esprit, il y a l’action nourrissante de la parole de Dieu.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source: RÉSURGENCE.BE, le 22 juillet 2024

21.07.2024 – HOMÉLIE DU 16ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 6,30-34

Comme des brebis sans berger

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Quand on prépare une homélie sur les textes d’aujourd’hui et, qu’en tant que prêtre, on se trouve d’emblée confronté à la sentence de Jérémie « Quel malheur pour vous, pasteurs ! Vous laissez périr et vous dispersez les brebis de mon pâturage … », quand, de plus, on s’affronte honnêtement à la réalité concrète de nos Églises aujourd’hui, dont le moins que l’on puisse dire est que le peuple, au cours des dernières décennies, s’est éparpillé, je dois dire qu’on se trouve forcé à l’humilité.

Jérémie parle au temps où la Terre promise est divisée en deux royaumes, Israël et Juda, avant les assauts de Nabuchodonosor. Il annonce la chute à venir en dénonçant la corruption des pasteurs et des dirigeants, jouets des puissances alentours.

Ces paroles du prophète, dans la première lecture, sonnent comme une interpellation sans complaisance de tous les responsables religieux d’hier et d’aujourd’hui. Évêques, prêtres, et agents pastoraux agissent parfois en contradiction avec la Parole de Dieu qu’ils sont sensés annoncer. Aujourd’hui encore, beaucoup de scandales font honte à l’Église. C’est par de tels comportements que les croyants se trouvent effrayés et dispersés.

En écho à cette interpellation du prophète Jérémie, qui annonçait « un germe juste pour David », Jésus se présente lui-même comme étant l’unique pasteur de son peuple, le véritable berger. L’Évangile rapporte qu’il manifeste une attention toute particulière tant pour les foules alentours que pour ses apôtres.

C’est lui qui les a envoyés. Ils reviennent de leur toute première mission. Ils ont annoncé la Parole, appelé à la conversion, chassé les esprits mauvais. Cette mission les a rendus enthousiastes sans doute, mais aussi visiblement fatigués. Jésus est pris de compassion pour eux, qui restent sollicités au point de ne pouvoir manger. « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » et tous se retirent de la foule en barque.

On conserve de cette image la notion que tout disciple doit toujours embarquer avec le Christ, passer sur l’autre rive avec lui, affronter la tempête avec lui, oser les eaux profondes avec lui. Pour le disciple qui témoigne, il y a toujours cette notion de « on est dans le même bateau que Jésus » …. et il nous invite a affronter nos peurs avec foi, comme lui marche sur les eaux.

Ainsi Jésus et ses disciples fatigués et affamés s’éloignent en barque et pourtant, de partout, les gens les devancent et encore accourent « comme des brebis sans berger » nous dit le texte. Eux aussi affamés d’espérance.

N’est-ce pas précisément le sentiment que nous avons de la situation actuelle ? Il faut se rendre à l’évidence que c’est massivement que les foules errent sans pasteurs aujourd’hui et qu’elles sont prêtes à se jeter dans les bras du premier populisme qui passe, du premier leader placebo qui se présente ou du premier gourou qui témoigne quelque peu d’exaltation.

De même, pour notre Église, les pasteurs aujourd’hui ne sont plus les seuls prêtres – cette vision est obsolète – c’est tout le peuple pratiquant qui est appelé désormais à être pasteur pour le Christ. C’est profondément le sens de la démarche synodale.

Tous ici, qui sommes embarqués avec Jésus dans la même nef, cette Église qui ressemble de plus en plus à un frêle esquif posé sur le tumulte du monde – tous ici : prêtres, religieux, laïcs, hommes et femmes sommes appelés urgemment au service pastoral. Tout bonnement à dire, à témoigner au monde de la valeur qu’à pour nous notre religion et la relation personnelle que nous vivons avec Dieu.

Les temps actuels ressemblent à la fin de journée des apôtres que nous relate ce dimanche l’Évangile : l’Église est fatiguée, peut-être même aimerait-elle aller dans un endroit désert se reposer, au moins se restaurer …

Mais la foule n’est-elle pas là dehors qui nous précède dans la soif de valeurs, de buts essentiels, de perspectives nouvelles et réjouissantes ? N’ont-ils pas soif de sens pour leur vie, soif de direction pour leur espérance, tous ceux du dehors de nos églises dont les repères actuels s’écroulent ? N’est-il pas proprement désenchanté le monde qui nous entoure, errant comme des brebis sans berger ?

Si pour nous, la perspective lumineuse de l’existence se trouve dans cette vie embarquée avec le Christ, frêle esquif spirituel que lui seul dirige finalement, alors notre mission est effectivement d’aller proposer cette espérance au monde, malgré nos faiblesses, malgré notre fatigue.

Il ne s’agit pas de tant de courir embrasser les foules en chantant « Jésus vous aime » ni de les haranguer de retentissants « Convertissez-vous ! » que de témoigner simplement, déjà à notre entourage immédiat, de ce que la religion est importante pour nous et en quoi elle nous est importante.

Ce monde apparaît de plus en plus en plus désenchanté, tant globalement qu’individuellement, et c’est à nous tous ici présents, si notre espérance est véridique, qu’il appartient d’aller lui témoigner de réenchantement, de résurrection, de vie. Précisément de Bonne Nouvelle.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 15 juillet 2024

14.07.2024 – HOMÉLIE DU 15ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 6,7-13

Des oasis assiégées par le désert

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Il n’avait pas demandé à être prophète, le jeune Amos. Comme il est dit dans la première lecture : « j’étais bouvier, et je soignais les sycomores. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël.’ ». Il n’avait pas demandé à être envoyé dans le Royaume du Nord pour aller y dénoncer l’idolâtrie et les prières hypocrites des riches et des puissants. Il n’avait rien de particulier le jeune Amos ; il était simplement le gardien d’un troupeau de vaches.

Il n’avait rien demandé non plus, le jeune David quand le prophète Samuel lui donna l’onction royale : il était un jeune berger, le petit dernier de très nombreux frères qui tous avaient la préséance sur lui. Il n’avait pas demandé à être roi ; tout ce qu’il espérait c’était une vie nomade et pauvre, de pâturages en points d’eau.

Notez que Moïse non plus, qui lui aussi était gardien de troupeau, n’avait rien demandé quand Dieu s’adressa à lui dans le Buisson ardent. Il vivait très confortablement sans Dieu, Moïse.

Ils sont nombreux les personnages de l’Ancien Testament à voir leur vie radicalement bousculée par un ordre ou une mission que Dieu leur confie : Abraham auquel Dieu commande tout bonnement « Va ! Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père et va vers le pays que je te montrerai. » (Gn 12, 1) ; mais aussi Jonas qui se montre – c’est le moins que l’on puisse dire – très réticent à l’idée d’aller convertir Ninive comme Dieu le lui demande.

De même, avant de professer cette superbe hymne christologique qu’il transmet aux Éphésiens, saint Paul avait un tout autre projet de vie en allant vers Damas. Ce n’était pas du tout dans ses ambitions de devenir apôtre. Pas plus que ce n’était l’ambition de Pierre, Jean, Matthieu et des autres : « Toi, viens avec moi ! » ; « Toi, suis-moi ! ». Ils étaient collecteurs d’impôts, serviteurs ou simples pécheurs. Ils n’avaient rien demandé et certainement pas une vie de persécutions, de privations et de souffrances à témoigner du Christ, avec au bout, pour la plupart, la peine capitale. Pas plus que les patriarches et les prophètes, ils n’avaient rien demandé les apôtres.

Et vous non plus. Et moi non plus. Nous n’avons rien demandé et Dieu pourtant nous envoie en mission. C’est à vous et c’est à moi en effet que s’adresse cet Évangile : « Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. » Prenez seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie … et allez de demeure en demeure apporter votre témoignage et proclamer qu’il faut se convertir.

Allons-y ! D’autant que, si nous sommes ici, c’est que nous sommes conscients que ce monde à besoin de Dieu. Terriblement besoin de Dieu même. Alors allons-y, de porte à porte ! Allons convertir les gens à cette urgence de se tourner vers Dieu, puisque c’est notre foi pour le monde.

La question qui se pose alors c’est : sommes-nous comme Abraham qui, sur sa foi, quitte tout pour aller là où Dieu lui dit d’aller ou sommes-nous comme Jonas, vraiment peu désireux et même très réticents à l’idée d’aller convertir la ville à notre religion de l’amour ?

On peut formuler la question autrement : pourquoi ne sommes-nous pas prompts à témoigner aujourd’hui du salut offert par le Christ ? Pourquoi, au contraire, témoignons-nous si peu de notre foi, sauf entre nous ?

Certes le monde aujourd’hui semble fort rejeter l’idée de religion et, pour certains même, l’idée de Dieu. Le monde autours de nous refuserait pour beaucoup, comme le dit l’Évangile, « de nous accueillir et de nous écouter », si nous allions leur parler de Dieu. Et nous serions légitimes à « partir et secouer la poussière de nos pieds ». C’est vrai, il y a peu de place pour la profondeur du discours religieux dans notre monde, qui aujourd’hui préfère vivre comme si Dieu n’existait pas.

Mais nos églises doivent-elles devenir, comme des citadelles assiégées, les derniers remparts où l’on parle encore de Dieu avec foi ? Entre nous, comme au sein d’ultimes oasis religieuses qu’un vaste désert spirituel viendrait ultimement menacer de désertification ?

Si nous venons ici confesser une religion de l’amour, et que nous pensons que ce qui manque aujourd’hui au monde, c’est précisément une religion de l’amour, alors nous devons témoigner publiquement de notre foi. Notre religion doit déborder le cadre de nos Églises, de nos familles, de nos réunions. Elle doit à nouveau rayonner sur le monde.

Mais, avant tout, le zèle missionnaire est porté par la proximité de la relation avec Dieu. C’est à mesure que notre cœur sera brûlant de la relation divine, à mesure que l’amour pour Dieu nous portera, que nous viendront l’élan et la volonté d’en témoigner comme on témoigne volontiers de l’amour humain.

La crise actuelle n’est pas une crise de la foi ; elle est une crise de la spiritualité. Dans nos Églises, ni la foi, ni l’espérance du salut n’ont disparu. Non, ce qui n’apparaît plus clairement du témoignage chrétien aujourd’hui, c’est l’amour pour Dieu.

Nous n’avons pas demandé à aller en mission – personne ne se donne spontanément un chemin parsemé d’embûches, de rejets voire de persécutions – mais le zèle pour la mission surgit du cœur brûlant de la relation avec Dieu. N’est-ce pas ce qui, tous ensemble, en tant qu’Église, nous manque ?

Viens, Seigneur, réchauffer le cœur de ton Église. Amen.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 9 juillet 2024

30.06.2024 – HOMÉLIE DU 13ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 5,21-43

L’élan de la foi

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Dimanche passé nous avions évoqué la notion de niveau de lecture d’un texte, à propos de Jésus qui apaisait la tempête. Nous avions évoqué les différences de portée entre la lecture littérale – Jésus qui apaise effectivement une tempête – et la lecture spirituelle – la foi qui nous délivre de toutes nos angoisses et de nos peurs.

Cette semaine, nous allons pouvoir procéder de même et dégager plusieurs niveaux de lecture. Le premier est toujours le niveau littéral : en touchant le vêtement de Jésus, la femme hémorroïsse a effectivement été délivrée de ses pertes sanguines et la fille de Jaïre est effectivement revenue à la vie, quand Jésus lui a pris la main. Ce qui est tout à fait plausible et généralement admis. Les guérisons miraculeuses sont une part importante de notre religion.

Il y a un second niveau d’interprétation qui est celui de la foi. C’est parce que Jaïre et cette femme ont une foi profonde en Jésus qu’ils sont sauvés. Je gage que ce sera l’interprétation proposée dans la plupart des homélies de ce dimanche.

Mais je voudrais aujourd’hui attirer votre attention sur les figures de styles qui, dans la littérature juive, sont toujours porteuses de signification. Elles aussi permettent de dégager des interprétations. Dans l’Évangile de ce dimanche, on remarque d’emblée que l’épisode de la femme hémorroïsse fonctionne comme une mise en abîme du récit de la résurrection de la fille de Jaïre, du fait de la structure imbriquée des récits. Cette impression de lien à comprendre entre les deux miracles est renforcée par le fait que la fillette a douze ans, exactement le temps depuis lequel la femme endure ses pertes de sang.

Dans les deux cas, il y va de l’enfantement et de la vie – la vie qui ne peut pas être donnée ou la vie qui est reprise. Dans le récit, la fille de Jaïre fonctionne comme l’enfant que la femme hémorroïsse n’a pas pu avoir. De part et d’autre, c’est le même désespoir d’enfantement, le même déchirement des entrailles, l’un soudain et brutal, l’autre durable et non moins violent. Le Christ est ici celui qui, au fond du désespoir, nous rend la capacité de donner vie. Avoir la foi, c’est ici implorer Dieu au-delà du désespoir pour recevoir une guérison inespérée. Spirituellement c’est tout de même un enseignement fort : nous n’avons pas à désespérer de ce qu nous empêche de fructifier.

Un autre enseignement que l’on peut tirer du rapprochement des deux récits, c’est la disparité des situations tant sociales que cultuelles entre Jaïre et la femme qui touche le vêtement de Jésus. Lui est un chef de synagogue, un membre de l’élite sociale, une personnalité religieuse ; elle est une réprouvée que ses pertes de sang excluent de la vie sociale et de la pureté rituelle. Elle n’a pas accès au Temple ; lui y préside le culte. Le message de l’auteur est ici de dire que le Christ est venu sauver toutes les conditions religieuses et sociales, en mettant en abîme justement les plus pauvres et les exclus, telle cette femme que tous pensent punie par Dieu. Ici, Jésus ouvre grandes les portes du Temple à tous les réprouvés.

Finalement de nos lectures, nous voyons surgir deux élans. D’une part l’élan du Christ envers toute personne, quelle que soit sa condition spirituelle, charnelle ou sociale. Mais, avant tout, l’élan de ces personnes vers le Christ qu’elles interpellent humblement comme le guérisseur de leur désespoir. Non seulement la foi transcende les barrières sociales, les états de santé et la hiérarchie religieuse, mais elle doit aussi nous permettre de transcender tous les tabous de la honte et oser implorer Dieu pour la guérison de tout ce qui nous désole en nous. Il y a dans l’élan de la femme hémorroïsse, dans l’élan de Jaïre qui tombent aux pieds de Jésus, un élan spirituel à suivre, pour oser supplier le Christ de guérir de nos souffrances les plus inextricables.

La foi ce n’est pas seulement croire en Dieu et lui rendre un culte. La foi, c’est avant tout crier vers ce Dieu : Viens me sauver ; Viens guérir en moi la vie blessée.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RÉSURGENCE.BE, le 25 juin 2024

23.06.2024 – HOMÉLIE DU 12ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 4,35-41

Les tempêtes intérieures

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Texte de l’Évangile selon saint Marc 4, 35-41

La semaine passée, nous avions évoqué le fait que la culture juive antique ne dispose pas de notions abstraites, qu’elle affectionne au contraire les images concrètes pour parler des réalités spirituelles. Ainsi, la foi est « grosse comme une graine de moutarde », l’impossible revient à « faire passer un chameau par le chas d’une aiguille », l’inouï de la foi est comme « demander à une montagne de se jeter dans la mer » et surmonter sa peur devient « marcher sur les eaux ».

Longtemps, on a professé que Jésus avait effectivement marché sur l’eau, que c’était là l’essentiel du miracle qui prouvait qu’à Dieu réellement rien n’était impossible, que c’était-là un acte de foi, qu’il fallait croire tel quel cet épisode extraordinaire. Aujourd’hui, il y a encore beaucoup de caricaturistes pour faire leurs choux gras de cet épisode, qui représentent Jésus à quelques centimètres au-dessus des flots. C’est la lecture littérale du texte.

Du point de vue théologique, c’est un peu vite faire de Jésus un surhomme, qui dépasse les capacités physiques de l’humain et les lois de la Nature édictées par Dieu. Si le Christ possède des capacités humaines propres qui dépassent celles de chacune et chacun d’entre-nous, alors nous ne serons effectivement pas sauvés … à moins de parvenir réellement à faire passer un chameau par le chas d’une aiguille ou à marcher nous-mêmes sur l’eau.

Dans toute la Bible, la masse des eaux, la mer et ses flots représentent une menace, la peur, le danger. On l’a oublié mais, jusqu’au début du XXe siècle, la noyade était l’une des principales causes de décès accidentel. Très peu de gens savaient nager. Les bateaux ne s’aventuraient que rarement en pleine mer ; ils faisaient plutôt du cabotage, voyageant de port en port le long des côtes. On comprend dès lors l’importance d’une expression telle que « Passons sur l’autre rive » dans la bouche de Jésus. Il s’agit de surmonter sa peur d’avancer en eaux profondes pour atteindre l’autre coté. On trouve en filigrane, vous l’avez compris, la mort – et le peur de mourir qu’il faut surmonter – et la Résurrection.

De nos jours encore, certaines de nos expressions traduisent cette idée de la mer comme un péril que l’on affronte et qui parfois nous emporte – « se jeter à l’eau », « perdre pied » dans l’existence, « être submergé » par les évènements, ou, pour une entreprise, « faire naufrage » : toutes des expressions qui évoquent toujours la peur ancestrale de l’eau.

La Bible, le Nouveau comme l’Ancien Testaments, regorge d’évocations de la mer comme du réceptacle de toutes les peurs. C’est le lieu des monstres marins, de la baleine qui avale Jonas. Mais quand Moïse fend la mer en deux, ce n’est pas pour produire un miracle comme l’a représenté Cecil B. DeMille, dans le film Les dix commandements.

Ça c’est de nouveau la lecture littérale du texte. Quand Moïse fend la mer en deux, ce que le lecteur contemporain de Jésus comprend, c’est qu’il exorcise la peur de traverser le désert que le peuple s’apprête à affronter. De même, quand Dieu dit à Job, dans la première lecture, qu’il est celui qui fixe des « limites à la mer » et qui arrête « l’orgueil de ses flots », quand le psaume chante que Dieu réduit la tempête au silence et fait taire les vagues, le lecteur antique comprenait fort bien qu’il s’agissait avant tout des vagues de nos états d’âme, des tempêtes de notre esprit et du tangage de notre cœur.

Ainsi on voit se dessiner une lecture spirituelle bien plus profonde que la lecture littérale : la foi en Dieu permet de surmonter toutes les peurs, d’affronter tous les périls sereinement. Être comme le Christ qui marche sur les eaux, c’est avoir vaincu toutes ses angoisses. A cet égard, l’image que donne l’Évangile de Jésus qui dort sur un coussin, alors que c’est la panique à bord et que les flots envahissent la barque, est particulièrement parlante, spirituellement parlante.

Il n’y a pas si longtemps encore, croire que Jésus avait effectivement marché sur les eaux, qu’il apaisait réellement les tempêtes, était considéré comme un jalon de la foi. Il fallait aller jusqu’à croire l’extraordinaire concret de ces récits, pour monter l’extraordinaire de sa foi. Mais la lecture spirituelle est bien plus puissante comme jalon : elle dit que toutes nos peurs révèlent nos manques foi. Elle dit aussi que Dieu sera toujours là pour apaiser toutes nos tempêtes.

Finalement, ceci nous donne un critère pour discerner quelle interprétation préférer – entre lecture littérale ou spirituelle de certains passages extraordinaires de la Bible. Ce critère, c’est celui de la portée de l’interprétation. Je ne me sens pas particulièrement sauvé par un Christ qui, par la foi, me rendrait capable de marcher sur l’eau. D’autant que je sais nager.

Par contre, je me sens véritablement sauvé si ma foi en Jésus me délivre de toutes mes peurs et de toutes mes angoisses, s’il apaise effectivement toutes mes tempêtes spirituelles, tous les naufrages de mon cœur et s’il me permet d’aller en confiance, toujours plus profond, à travers les flots parfois tumultueux de mon âme. Clairement, la lecture spirituelle a ici une portée bien plus universelle, bien plus efficace, que l’interprétation littérale.

Dis-moi quelles sont tes peurs et tes angoisses ; je te dirai ce que ta foi en Dieu doit encore rejoindre.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 19 juin 2024

16.06.2024 – HOMÉLIE DU 11ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MARC 4,26-34

Qu’est-ce que le règne de Dieu ?

Par le Fr. Laurent Mathelot

« À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? » Voilà la question que pose Jésus dans l’Évangile. Aujourd’hui, on dirait sans doute « Qu’est-ce que le règne de Dieu ? » et on se poserait la question de savoir sous quelle conditions voit-on que Dieu règne. La tentation moderne est de poser un regard analytique – presque scientifique – sur le règne de Dieu. « Que peut-on raisonnablement penser de ce règne ? »

C’est sans doute oublier un peu vite que l’analyse scientifique, le discours rationnel sont valides à mesure où ils se détachent de leur objet. Il y a une distance nécessaire pour observer les choses, nous dit la science. Or, nous dit le Christ, le Royaume de Dieu s’est approché de nous, il est tout proche, il passe à travers nous ; il nous précède et il nous suit ; il nous transcende. Difficile dans ces conditions d’avoir la distance nécessaire pour un regard objectif. De même, qu’il est difficile d’avoir une distance objective avec l’humanité, la vie, l’amour. Notre regard sur le règne de Dieu est nécessairement subjectif. Il faut vivre quelque chose de ce règne pour en parler avec foi.

« Qu’est-ce que le règne de Dieu ? »

Vous le savez, la culture juive n’apprécie pas tant les notions abstraites. C’est sans doute pour cette raison qu’on ne trouve pas dans la Judée antique de traités de géométrie. La raison juive fonctionne par analogies concrètes : l’esprit est toujours vu comme un « souffle » ; s’élever spirituellement revient à « aller sur une haute montagne » ; l’impossible consiste à « faire passer un chameau par le chas d’une aiguille », l’inouï de la foi revient à « demander à une montagne de se jeter dans la mer » ; surmonter sa peur devient « marcher sur l’eau ». La pensée juive – et donc le discours de Jésus – sont truffés de ces allusions à des éléments du quotidien ; à des situations concrètes pour dire les réalités spirituelles.

Ainsi, quand Jésus parle du règne de Dieu, il est comme une graine de moutarde que l’on plante ; il fonctionne comme les semailles et la moisson. Déjà le Livre d’Ézéchiel avait présenté l’avènement du Christ comme la tige d’un grand cèdre que Dieu plante sur une haute montagne et qui déploie ses rameaux. Plus qu’une allégorie végétale – la terre c’est ici l’homme (Adam), la semence c’est la foi, aussi petite soit-elle, et la croissance telle un cèdre est celle de l’Esprit – plus qu’une allégorie agricole, c’est ici le concret et le naturel de ce royaume que l’on veut souligner : le royaume de Dieu c’est la croissance spirituelle de tous les jours. Et tous les triomphes célestes que nous rapportent les apocalypses et autres récits extraordinaires qui parsèment la Bible, qui traduisent les combats spirituels qu’il faut parfois mener, se ramènent toujours concrètement à cela : le règne de Dieu est comme une semence qui germe et qui grandit, que l’on dorme ou que l’on se lève. Une croissance spirituelle avant tout discrète et paisible avant d’apparaître extraordinaire et triomphale.

Jésus aurait pu recourir à d’autres images toutes aussi concrètes et parlantes pour les gens de son époque : « Le règne de Dieu est comme celui de César : il domine toute la terre ». Il ne le fait pas. La force de la parabole agricole, c’est qu’elle dément toute notion d’impérialisme divin au profit d’une croissance spirituelle naturelle, cultivée au quotidien.

Évidemment, la conception concrète et quotidienne du règne de Dieu que présentent les paraboles se heurte à une certaine limite lorsque, de la pensée juive, elle passe à la pensée grecque – la nôtre – qui jongle avec l’abstraction. L’image agricole que donne Jésus perd de son caractère absolu dans une culture rationnelle. Finalement, on pourrait avoir l’impression d’une image un peu simpliste pour des gens à la culture simple.

D’ailleurs Paul, dans sa Deuxième lettre aux Corinthiens souligne que tous, nous cheminons dans la foi et la confiance, non dans la claire vision. « Tant que nous demeurons dans ce corps, nous demeurons loin du Seigneur. » Voilà qui atténue le caractère pleinement actuel du royaume. Pour Paul, le règne de Dieu se déploie certes en nous mais reste toujours partiel et n’est véritablement réalisé qu’au-delà de la mort, lors de la rencontre ultime avec Dieu.

Et c’est peut-être le point avec lequel notre époque a spirituellement le plus de difficultés. Sommes-nous d’accord de dire, avec Paul que « nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur » ? Avons-nous une telle soif du règne de Dieu que nous souhaiterions abandonner tout ce qui nous retient en ce monde pour vivre de sa seule présence ? Avons-nous le désir de tout lâcher pour faire le grand saut vers Dieu, là, maintenant ? N’est-ce pas pourtant ce que nous désirons le plus, vivre d’un amour infini ?

Alors « Qu’est-ce que le règne de Dieu ? »

Je crois que nous devons maintenir les deux images : celle du règne de Dieu comme d’une réalité éminemment concrète qui se vit dans le quotidien et qui est notre façon d’aimer, au jour le jour, du mieux possible, celles et ceux qui nous entourent. Mais le règne de Dieu est tout autant une réalité qui nous dépasse complètement, un horizon d’amour que nous désirons de tout notre cœur, depuis notre plus tendre enfance et qui ne ne se dément pas ; un infini d’amour qu’on ne rencontre pourtant véritablement qu’au delà de la mort, lorsque l’on a enfin donné sa vie, et vers lequel aussi, tendent notre prière, notre désir et notre foi.

Le règne de Dieu c’est vivre aujourd’hui d’une plénitude d’amour qui n’est pas encore là ; d’un manque d’amour qui persiste et nous emporte pourtant très concrètement vers l’amour toujours au-delà que nous ne cessons jamais de désirer.

Le règne de Dieu c’est vivre concrètement, quotidiennement, le paradoxe d’un amour infini.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 12 juin 2024

09.06.2024 – HOMÉLIE DU 10ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 3,20-35

Unifiés par l’Esprit

par le Fr. Laurent Mathelot

L’idée est fort répandue parmi les croyants que, puisque Dieu est bon, il sauvera tout le monde. Comment Dieu, s’il est véritablement miséricordieux, pourrait-il laisser un seul de ses enfants aller à sa perte ? N’est-ce pas plutôt, comme disait la chanson : « Nous irons tous au Paradis » ?

Récemment, le pape François affirmait : « J’aime penser que l’enfer est vide ; j’espère qu’il l’est ». C’est en effet le maximum que nous puissions faire : espérer. Parce que de certitude que tout homme sera sauvé, nous ne pouvons en avoir. Certes Dieu désire le salut de tous, mais il nous a aussi créés parfaitement libres – et donc libres de le renier.

Cette idée qu’à la fin Dieu pardonne tout oublie que le Nouveau Testament parle de séparer le bon grain de l’ivraie, de trier les boucs des brebis, jusqu’aux récits de la Passion qui distinguent le bon du mauvais larron à l’entrée du Paradis.

L’idée que finalement Dieu pardonnera tous les péchés vient en fait d’une mauvaise compréhension de sa miséricorde qui oublie le don total de la liberté. Dieu pardonnera tout – c’est ce que dit l’Évangile d’aujourd’hui – tout, sauf le mépris de l’Esprit Saint : « Tout sera pardonné aux enfants des hommes : leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés. Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. »

C’est ce que font les scribes qui accusent Jésus d’être animé d’un esprit impur, d’être possédé par Béelzéboul. Ils blasphèment contre l’Esprit Saint en le comparant à Satan, l’esprit de division. Faisant ainsi, ils empêchent l’Esprit Saint de les rejoindre : qui voudrait en effet être possédé par l’esprit d’un démon ?

Dieu est miséricordieux – infiniment miséricordieux – c’est vrai. Mais il ne peut rien faire pour aider quelqu’un qui refuse à son Esprit Saint de pouvoir agir, pire qui l’en empêche. Jusqu’à la fin, chaque homme, chaque femme peut rejeter l’amour de Dieu, le salut offert par le Christ. A coté de l’infinie miséricorde, voici l’infinie liberté qui la précède : chacun, nous sommes libres d’empêcher l’Esprit de Dieu de nous rejoindre : il suffit simplement de le disqualifier, de voir Dieu finalement comme un mauvais esprit, un principe nuisible, voire simplement un empêcheur de vivre.

Cette infinie liberté, on la retrouve dans la rencontre de Jésus avec le jeune homme riche (Mt, 19,16–30 ; Mc, 10, 17–31 ; Lc, 18,18–30), qu’il laisse partir. On la retrouve aussi en filigrane de la parabole du fils prodigue (Lc 15:11–32) qui aurait pu ne jamais faire demi-tour et revenir vers son Père.

Cette dénonciation du péché contre l’Esprit Saint est l’occasion pour Jésus de renverser la logique de pureté religieuse qui était alors celle du peuple juif. Vous savez sans doute que plus on s’approche du Temple de Jérusalem, a fortiori du Saint des Saints, plus il s’agit d’être rituellement pur. Et que cette pureté s’entend avant tout du corps. De là, les nombreuses piscines alentour pour se purifier, de là tous les estropiés, les malades et les lépreux laissés au dehors. Dans le judaïsme ancien, c’est avant tout le corps qui est le lieu d’impuretés.

Alors que, pour Jésus, ce qui est impur c’est d’avoir un esprit divisé, peu importe l’état du corps qui pourra être malade, souillé ou même mort. « Si un royaume est divisé contre lui-même, (…) il ne peut pas tenir ; c’en est fini de lui. » C’est par l’esprit que vient la corruption.

Et déjà, le récit de la Genèse faisait ce lien entre péché contre l’Esprit de Dieu et division. Le couple Adam et Eve se divise après avoir enfreint le commandement de ne pas goûter au fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Devant Dieu, Adam se défaussera lâchement sur Eve qui se défaussera à son tour sur le serpent, qui tient ici le rôle de Satan, l’esprit diviseur. Ensuite, ils se cachent de Dieu : et voilà le péché contre l’Esprit à l’œuvre.

Dieu ne pourra pas pardonner si on décide de se cacher de lui. Dieu ne pourra pas pardonner si on empêche son Christ de nous rejoindre. Dieu ne pourra pas pardonner si on dénie à son Esprit le droit d’agir.

Le blasphème contre l’Esprit Saint constitue de fait une rupture définitive du lien avec Dieu. Déjà, dire que l’Esprit Saint est impur – notamment affirmer que la religion est dangereuse comme on l’entend de plus en plus de nos jours ou soutenir que l’idée-même de Dieu est nuisible : voilà le genre de blasphème qui rend l’action de Dieu impossible en soi.

Dans l’Église aussi on peut se cacher de Dieu. C’est même un excellent endroit pour se dissimuler, quand la prière et la morale perdent leur sens, qu’elles cessent d’être rencontres pour devenir égoïsmes. Adam et Eve étaient dans le paradis quand qu’ils se cachaient de Dieu.

Enfin, dans sa lettre aux Corinthiens, Paul parle de ce qu’est « être divisé en soi » : c’est détacher les épreuves que l’on vit de la présence de l’Esprit Saint ; être divisé, c’est perdre courage, sombrer dans la détresse, abandonner tout espoir. Être divisé en soi, c’est tellement s’attacher à ce qui se voit qu’on se détache de ce qui ne se voit pas ; c’est s’attacher au provisoire et se détacher de l’Éternel. Perdre le sentiment d’être aimé de Dieu, perdre son Esprit consolateur au point de le mépriser, voilà la division qui nous menace.

Aujourd’hui les lectures nous invitent à préserver notre unité d’Esprit avec Dieu. Pour ce faire, je vous suggère un petit exercice spirituel, méditer ces simples phrases : il y a en moi quelque chose d’éternel ; il y a en moi quelque chose d’incorruptible ; il y a en mon âme une pureté qui demeure et qui est le souffle de Dieu, l’Esprit Saint qui me parle, qui m’aime et désire m’emporter.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 5 juin 2024

30.05.2024 – HOMÉLIE DE LA SOLENNITÉ DU SAINT-SACREMENT DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST – MARC 14,12-16.22-26

Le sacrement du monde

Évangile selon saint Marc 14, 12-16.22-26

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Vous savez que la fête du Saint-Sacrement – la Fête-Dieu – a été pour la première fois instituée à Liège. L’histoire est d’abord celle de la vision de Julienne de Cornillon, en 1209, d’une lune échancrée, dont il manque un morceau, comme s’il manquait quelque chose au rayonnement eucharistique au sein de l’Église.

C’est la grande préoccupation de tout le XIIIe siècle : la présence réelle de Dieu dans l’hostie consacrée et dans le monde. On est au temps des Cathares, qui est une secte chrétienne prétendant que le monde est fondamentalement mauvais, créé non par Dieu mais par le Diable, que le corps humain est mauvais, soumis aux tentations et mortel, que le Christ n’est qu’un être spirituel. Ce que proposent les Cathares c’est tout bonnement un désenchantement du monde : pour eux, Dieu a déserté la Création.

C’est d’ailleurs pour contrer cette idéologie que saint François écrira le Cantique des Créatures ; pour dire que le Soleil, la Lune, les pluies et les vents sont des créations de Dieu, qu’ils sont nos frères et nos sœurs. Et c’est encore pour répondre aux Cathares qu’il invente la crèche. Peut-être ne le savez-vous pas mais, dans la première crèche, saint François n’avait pas mis d’enfant dans la mangeoire. Il y avait mis un pain, expressément pour affirmer la présence réelle de Dieu dans l’Eucharistie et donc dans le monde d’aujourd’hui,

Enfin, c’est encore en ce début de XIIIe siècle que sont fondés les ordres mendiants, Franciscains et Dominicains, qui porteront ce renouveau eucharistique de l’Église. C’est à ce moment là qu’est introduite dans la messe l’élévation, que sont célébrées les premières adorations. Saint Thomas d’Aquin est ainsi l’auteur de l’Office du Saint-Sacrement d’où provient notamment le Tantum ergo.

A l’instar des Cathares, notre époque aussi a évacué la présence réelle de Dieu. Si pour beaucoup de nos contemporains Dieu existe encore, il a été repoussé bien loin dans le ciel. Aujourd’hui, pour beaucoup, Dieu est un Dieu qu’on rencontrera éventuellement au moment de la mort, mais il n’a plus vraiment de présence réelle dans la vie de nos contemporains. Certes, beaucoup encore le prient pour échapper au malheur mais il n’y a pas de rencontre personnelle, ils ne le voient jamais surgir dans la Création, intervenir dans leur vie.

Même la Nature aujourd’hui nous apparaît malade et polluée. Notre monde est à nouveau gouverné par un mauvais génie et ce diable responsable de tous les maux de la Terre, c’est désormais l’homme. Pour les Cathares, Dieu avait déserté la Création, pour notre époque, il a déserté l’homme. Ils sont de plus en plus nombreux à penser l’homme nuisible, responsable de toutes les pollutions, de tous les maux.

Pour beaucoup de baptisés aussi, la présence réelle de Dieu dans l’Eucharistie, c’est à dire aussi dans l’Église et dans le monde, n’est plus fondamentale. Beaucoup, dans nos communautés, ne voient la messe que comme un rassemblement convivial autour d’un repas symbolique. Et certains communient en ne croyant pas à la présence réelle de Dieu dans ce bout de pain qu’ils ingèrent. Pour eux, le sacrement de l’Eucharistie est-il tout au plus un reflet, une image de l’amour de Dieu, jamais une rencontre intime avec sa présence.

La société moderne a donné l’illusion que l’homme pourrait venir à bout de tous les mystères, que la science et la technique pourraient tout résoudre, allaient tous nous sauver. L’homme a cru pouvoir tout expliquer et s’en sortir par ses propres efforts. Aujourd’hui encore, face au cataclysme écologique qui s’annonce, certains envisagent la colonisation de Mars. Jusqu’où allons nous aller ? L’homme moderne a cru pouvoir se passer de Dieu pour son salut. Beaucoup de nos contemporains croient encore qu’à force de science où pourra toujours repousser les limites, notamment celle de la mort. Un petit virus vient de les rappeler durement à la réalité.

La conséquence de tout ceci c’est un désenchantement du monde, qui apparaît désormais dramatiquement voué à sa perte.

Le salut sera toujours un acte de foi à la racine duquel il y a le fait de croire que l’on va s’en sortir ou non, qu’il y a une fin heureuse ou pas. L’erreur moderne aura été de croire que l’humanité pouvait, à force de volonté, s’en sortir par elle-même, qu’elle viendrait à bout du mystère de son salut, qu’elle pourrait seule le prendre en main. Ce dogme du surhomme qui se sauve par lui-même, qui a été le moteur de la modernité, des sciences et techniques, a rendu superflue l’intervention de Dieu dans notre monde. Pire, pour certains, la science s’opposant au mystère, il devient urgent, pour notre salut, d’en venir à bout et donc d’évacuer tout mystère divin, désormais relégué au rang d’obscurantisme moyenâgeux.

Enfin, nous sommes, comme au temps des cathares, à une époque où l’Église apparaît corrompue, rongée par les scandales, non-crédible. Comment faire admettre désormais qu’elle vit de la présence réelle de Dieu qu’elle prétend incarner ?

Il est urgent de reproposer une « Église Saint-Sacrement », une Église qui offre la présence de Dieu aussi simplement, aussi humblement, que s’offre le pain, une Église qui visiblement se nourrit et vit de la présence actuelle de Dieu, une Église qui témoigne de cette présence réelle, incarnée, donnée aujourd’hui au monde, une Église qui, par amour de l’Eucharistie, devient Eucharistie, c’est à dire action de grâce divine.

C’est par le Saint-Sacrement, la sanctification, que nous réenchanterons le monde, lui donnerons de croire à nouveau en une perspective de salut pour tous.

C’est d’abord par notre propre sacrement, notre propre sanctification que nous pourrons participer à ce réenchantement. Ou sont les saints d’aujourd’hui, les hosties vivantes données au monde pour l’amour de Dieu ? Plus que nous effrayer, l’état de l’Église, le mépris croissant des religions devraient nous inciter à endosser la responsabilité de mieux incarner la présence eucharistique aujourd’hui, à être nous-mêmes action de grâce divine.

Seigneur, fais de nous des hosties vivantes, ta présence nourrissante offerte à notre monde. Amen.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 29 mai 2024

26.05.2024 – HOMÉLIE DE LA FÊTE DE LA SAINTE TRINITÉ – MATTHIEU 28,16-20

L’Esprit entre nous

Par le Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Matthieu 28, 16-20

Les couples qui s’aiment savent que former un couple c’est bien plus que faire 1+ 1. Le couple c’est plus que « toi + moi », c’est « toi + moi, avec un cœur autours », qui symbolise l’esprit d’amour entre nous. Former un couple c’est bien plus que sommer deux individualités, c’est créer une réalité nouvelle, qui prend corps, qui croît et qui donne du fruit. Le couple est en soi bien plus que les deux personnes qui le forment, il a une réalité propre, une existence propre. Ce qui forme un couple c’est deux personnes qui fondent d’amour en un seul corps tout en préservant la personnalité de chacun. Et c’est cette nouvelle réalité qui engendre du fruit. Le couple c’est l’amour qui prend corps.

C’est la même chose avec Dieu. Le couple que Dieu veut former avec moi est bien plus que Lui et moi – Dieu d’une part et moi de l’autre – le couple que Dieu veut former avec moi, c’est certes Dieu et moi, mais c’est aussi la réalité de l’Esprit d’amour entre nous.

Nous pourrions ainsi décliner les exemples, une relation parent-enfant c’est bien plus qu’un parent + un enfant, c’est avant tout la réalité de l’esprit d’amour entre eux ; de même les amis, les fraternités d’âmes, ce qui les caractérise ce n’est pas leur somme, mais le concret de l’esprit qui les unit.

A mesure que j’aime mon époux, mon épouse, mon enfant, mon ami, mon frère, ma sœur, à mesure que grandit l’amour entre nous, la relation se personnalise, se concrétise. Elle prend corps ; elle devient un être en soi. « Regarde quel beau couple, ils forment » ; « Vois le bel esprit entre ces deux-là ». Les amitiés, les histoires d’amour sont des états spirituels qui prennent corps, qui naissent, qui vivent, qui grandissent, qui fructifient et qui, parfois hélas, meurent.

Dans le même ordre d’idée, ne parle-t-on pas de corps médical, de corps d’armée pour parler de la réalité concrète de l’esprit d’une corporation ? Enfin l’Église elle-même, qu’un lien spirituel unit, ne se conçoit-elle pas comme le corps du Christ ? Nous professions que les esprits – bons ou mauvais, divins ou diaboliques – prennent corps, nous sommes une religion de l’incarnation. Et les esprits, à mesure qu’ils s’incarnent, changent la réalité, jusqu’à engendrer une réalité nouvelle.

Ainsi, on peut mieux comprendre la Trinité. C’est Jésus, son Père et la réalité de l’Esprit d’amour entre eux. L’amour entre le Père et le Fils, c’est l’Esprit qui prend corps. Comme nous l’avons dit du couple, deux personnes dont l’amour constitue une réalité propre, caractérisée par son esprit, tout en préservant cependant la personnalité de chacun. Comme le couple est formé de deux êtres et de la réalité de l’amour entre eux, nous concevons la divinité formée d’un Père et de son Fils et de la réalité de l’Esprit d’amour entre eux.

Spirituellement, ceci nous invite à concevoir toutes nos relations sur un modèle trinitaire : toi, moi et la réalité de l’esprit d’amour entre nous. Pas simplement toi et moi comme deux individualités qui se côtoient ; chacun de nous, bien sûr, mais aussi la manière dont notre amour s’incarne, se concrétise, existe en tant que tel. Voilà ce qui définit nos relations : deux êtres et la réalité de l’esprit entre eux.

Notre regard s’en trouve tout de suite déployé. Aimer ce n’est pas seulement mon sentiment amoureux. Aimer ce n’est pas seulement l’être que j’aime. Aimer ce n’est n’est pas seulement toi et moi côte à côte. Aimer c’est certes deux êtres qui partagent des sentiments l’un pour l’autre, mais c’est aussi la réalité de cet esprit d’amour, ce qu’il engendre et qui lui est propre.

Ainsi, si ma relation avec Dieu c’est aussi la réalité de l’Esprit d’amour entre nous, ceci me force à l’examen de conscience : quel est le concret de mon amour envers Dieu ? Quels sont les fruits de cet amour ? Qu’engendre-t-il qui lui est propre ?

La vision trinitaire de nos relations, qui penche son regard sur la réalité concrète de l’esprit qui les anime, la beauté des fruits qu’il engendre, l’élan vital qu’il suscite, nous pousse à la croissance spirituelle et donc à rechercher le règne de l’Esprit-Saint entre nous.

Ainsi aimer c’est désirer voir l’Esprit-Saint s’incarner dans toutes nos relations. Certes je t’aime et tu m’aimes mais, au-delà de tout, je souhaite que l’esprit d’amour entre nous soit divin.

Fais Seigneur, que dans toutes nos relations ce soit ton Esprit Saint, la réalité de ton amour, qui s’incarne. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RÉSURGENCE.BE, le 22 mai 2024