Chypre : témoignage de sœur Antonia Piripitsi, franciscaine missionnaire du Sacré-Coeur

Soeur Antonia Piripitsi © Vatican Media

Soeur Antonia Piripitsi © Vatican Media

Chypre : témoignage de sœur Antonia Piripitsi, franciscaine missionnaire du Sacré-Coeur

150 ans de présence et de témoignage au Moyen-Orient

« En dépit des diverses difficultés et des dangers, les sœurs, assistées par les prêtres maronites, n’ont jamais cessé d’être présentes, pauvres parmi les gens pauvres, pour les soutenir spirituellement et moralement » : c’est en substance le témoignage qu’a donné sœur Antonia Piripitsi, franciscaine missionnaire du Sacré-Cœur, ce jeudi 2 décembre 2021, en présence du pape François à Chypre.

Sœur Antonia Piripitsi, franciscaine missionnaire du Sacré-Cœur, a donné un témoignage au cours de la rencontre du pape François avec les prêtres, religieux et religieuses, diacres et catéchistes, associations et mouvements catholiques de Chypre, dans la cathédrale maronite de Nicosie, Notre-Dame-des-Grâces.

Les sœurs franciscaines missionnaires du Sacré-Cœur fêteront un jubilé, en 2022, pour les 150 ans de leur présence et de leur mission au Moyen-Orient. Leur école Sainte-Marie, a-t-elle expliqué, est « un lieu de rencontre vraiment œcuménique », « où les élèves apprennent à se respecter mutuellement dans leurs différences, à s’aimer, à s’entraider, à dialoguer et à collaborer pour construire un avenir meilleur ».

La religieuse a déploré la situation de l’île où chrétiens et musulmans vivaient en paix avant l’annexion  du Nord en 1974 par la Turquie. mais, a-t-elle souligné, les pauvres continuent d’être servis.

Voici notre traduction du témoignage donné en grec par sœur Antonia Piripitsi.

HG

Témoignage de sœur Antonia Piripitsi

Saint-Père

Nous vous souhaitons chaleureusement la bienvenue sur cette île des saints Barnabé et Paul, et de tant d’autres saints et saintes qui ont contribué à l’évangélisation du peuple de Chypre.

Cette évangélisation a également été portée à travers de nombreux religieux et religieuses qui nous ont précédés et qui ont donné la priorité à l’éducation des enfants pauvres. Cette mission se poursuit encore de nos jours dans les écoles catholiques qui sont un moyen efficace de témoigner de l’amour de Dieu et d’inculquer les valeurs humaines, chrétiennes et religieuses.

Sainteté, les écoles catholiques de cette île, actuellement présentes et en pleine activité, ne sont qu’au nombre de trois : le Collège Terre Sainte, à Nicosie (fondé en 1646), appartenant aux frères franciscains mineurs, l’Ecole Sainte-Marie, à Limassol, qui célèbrera son centième anniversaire en 2023, appartenant aux sœurs franciscaines missionnaires du Sacré-Cœur, et l’école élémentaire de Saint-Maron, à Anthoupoli, fréquentée surtout par des élèves maronites. Le Collège Terre Sainte comme l’Ecole Sainte-Marie sont ouverts à des garçons et filles de toutes les ethnies, mentalités, cultures et religions. Un lieu de rencontre vraiment œcuménique, sans aucune discrimination, où l’on construit des ponts, où les élèves apprennent à se respecter mutuellement dans leurs différences, à s’aimer, à s’entraider, à dialoguer et à collaborer pour construire un avenir meilleur, un avenir où tous pourront vivre en frères et sœurs, sans distinction de race, de culture, de religion ou de langue.

Récemment encore, il y avait trois autres écoles qui ont malheureusement été obligées d’abandonner après l’invasion des forces turques en 1974 ; quelques-unes de nos sœurs plus âgées racontent avec regret qu’elles ont dû fuir sans délai pour sauver leur peau. Elles pensaient ne devoir s’absenter que pour une nuit et pouvoir revenir le lendemain, mais cette nuit-là dure depuis 47 ans.

L’année 1974 a marqué une page dramatique dans la cohabitation pacifique multiséculaire qui existait entre la population grecque-chypriote chrétienne et la population turco-chypriote musulmane. La division de Chypre a radicalement changé non seulement le système politique et social de l’île, mais aussi notre mission dans la zone occupée de la partie nord. En dépit des diverses difficultés et des dangers, les sœurs, assistées par les prêtres maronites, n’ont jamais cessé d’être présentes, pauvres parmi les gens pauvres, pour les soutenir spirituellement et moralement, et faire en sorte que les cloches de quelques églises continuent de sonner.

Nos sœurs originaires de Kormakiti, Asomatos, Ayia Marina et Karpasha avancent en âge tandis que nous constatons que les familles catholiques diminuent parce qu’après la division de l’île, elles sont dispersées partout ; en outre, comme dans de nombreux pays d’Europe, à Chypre aussi la crise démographique et la laïcisation de la vie quotidienne rendent nos jeunes peu disponibles à la vie de service dans l’Eglise. C’est un défi important que nous relevons par la prière et le témoignage, pour qu’apparaisse à travers nous toute la beauté de se mettre à la suite du Christ. [Nous nous efforçons de] mieux témoigner de la beauté du fait de suivre le Seigneur Jésus de plus près et d’en témoigner tous les jours, en dépit des difficultés que nous rencontrons.

Sainteté, notre province de Sainte-Elisabeth-de-Hongrie des sœurs franciscaines missionnaires du Sacré-Cœur a commencé le parcours de préparation du jubilé de nos 150 ans de présence au Moyen-Orient, que nous célèbrerons l’année prochaine, en 2022. Le thème que nous aborderons sera le suivant : « Enrichies par les expériences du passé, nous vivons le présent dans la confiance et nous affrontons avec courage les défis de l’avenir » : c’est le programme de notre jubilé de 150 ans de présence et de mission au Moyen-Orient. Nous promettons de faire de ce temps de grâce un espace de renouveau que nous attendons de Dieu, donateur de tout bien, de toute vocation et de toute fidélité.

Au cours de l’année Saint Joseph qui touche à sa fin, nous désirons renouveler notre enthousiasme personnel et communautaire au service de l’Evangile. Et en votre présence, Saint-Père, nous confions à saint Joseph et à la Très Sainte Vierge Marie toutes nos activités pastorales et éducatives. Merci d’être ici, au milieu de nous !

Source: ZENIT.ORG, le 2 décembre 2021

François appelle au réveil des consciences face à la détresse des migrants

Le Pape saluant des migrants, en l'église de la Sainte-Croixà à Nicosie, le 3 décembre 2021.Le Pape saluant des migrants, en l’église de la Sainte-Croixà à Nicosie, le 3 décembre 2021.  (Vatican Media)

François appelle au réveil des consciences face à la détresse des migrants

Pour sa dernière prise de parole en territoire chypriote, le Pape François s’est rendu en l’église de la Sainte-Croix, près de la ligne de démarcation, pour une rencontre œcuménique avec des migrants. Il s’est une nouvelle fois dressé avec émotion et fermeté contre l’indifférence de certains face à la détresse des migrants.

Vatican News

Après avoir écouté les témoignages de quatre jeunes migrants, venus du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie, le Pape s’est dit très ému, en expliquant que son émotion «vient de la beauté de la vérité». Il a cité ces paroles de Jésus dans l’Évangile de Matthieu: «Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange: ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits».

L’évêque de Rome a ensuite cité la Lettre de saint Paul aux Éphésiens, «vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu» (Ep 2, 19). Cette parole exprime «la prophétie de l’Église, une communauté qui, avec toutes les limites humaines, incarne le rêve de Dieu», a expliqué le Pape.

La réaction de Mariamie Welo qui a témoigné devant le Pape

Désamorcer la haine en prenant la voie de la fraternité

«Dieu rêve aussi, comme toi, Mariamie, qui viens de la République Démocratique du Congo, et qui t’es définie comme “pleine de rêves”. Comme toi, Dieu rêve d’un monde de paix, dans lequel ses enfants vivent comme des frères et sœurs», a assuré François à une Congolaise qui venait de présenter son témoignage. «Nous ne sommes pas des numéros, des individus à cataloguer. Nous sommes “frères”, “amis”, “croyants”, “proches” les uns des autres», a insisté François, fils de migrants italiens venus tenter leur chance en Argentine dans les années 1920.

«Lorsque toi, Maccolins, qui viens du Cameroun, tu dis qu’au cours de ta vie tu as été “blessé par la haine”, tu nous rappelles que la haine a aussi pollué nos relations entre chrétiens», a remarqué le Pape. «Nous sommes sur le chemin du conflit à la communion. Sur ce long chemin fait de montées et de descentes, il ne faut pas avoir peur des différences entre nous, mais plutôt de nos fermetures et de nos préjugés, qui nous empêchent de nous rencontrer vraiment et de marcher ensemble.»

Dans une allusion à la blessure propre à l’île de Chypre et la barrière toute proche de cette église, François a redit que «les fermetures et les préjugés reconstruisent entre nous ce mur de séparation que le Christ a abattu, celui de l’inimiti黫Le Seigneur Jésus, vient à notre rencontre avec le visage du frère marginalisé et rejeté. Avec le visage du migrant méprisé, rejeté, en cage», mais aussi celui du migrant «qui voyage vers quelque chose, vers une espérance, vers une coexistence plus humaine», a expliqué le Pape, en dénonçant une nouvelle fois la «culture de l’indifférence» dans laquelle beaucoup se complaisent.

Le rêve d’un monde réconcilié

«Dieu nous parle à travers vos rêves. Il nous appelle, nous aussi, à ne pas nous résigner à un monde divisé, à une communauté chrétienne divisée, mais à cheminer dans l’histoire attirés par le rêve de Dieu: une humanité sans murs de séparation, libérée de l’inimitié, avec non plus des étrangers mais seulement des concitoyens. Différents, certes, et fiers de nos particularités, qui sont un don de Dieu, mais concitoyens réconciliés», a insisté l’évêque de Rome.

«Que cette île, marquée par une douloureuse division, devienne un laboratoire de fraternité», a demandé le Pape, rappelant que «la reconnaissance effective de la dignité de toute personne humaine» et «l’ouverture confiante à Dieu, le Père de tous» sont deux conditions complémentaires et indispensables à l’édification d’une société harmonieuse. «À ces conditions, il est possible que le rêve se transforme en un voyage quotidien, fait de pas concrets allant du conflit à la communion, de la haine à l’amour», a assuré François.

Le cri du Pape contre l’indifférence

Avec gravité, le Pape est ensuite sorti de son texte en évoquant la mémoire des nombreux migrants disparus en chemin, notamment ceux qui se sont noyés en Méditerranée, une mer devenue un «grand cimetière».

Évoquant une nouvelle fois les marchés aux esclaves dont des documentaires ont montré l’horreur, il a dressé un parallèle avec les personnes persécutées sous les régimes d’Hitler et de Staline. Il a aussi exprimé sa colère contre ceux qui dressent des fils barbelés aux frontières pour empêcher l’arrivée des réfugiés. Ces personnes fuient la haine mais se trouvent confrontés à d’autres formes de haine, a-t-il déclaré avec fermeté.

«Que le Seigneur réveille la conscience de nous tous ! Nous ne pouvons pas nous taire et regarder ailleurs!», a exhorté François. «La migration forcée n’est pas une habitude touristique», a martelé le Pape, dénonçant une nouvelle fois l’indifférence de l’Occident.

Il a aussi dénoncé un «esclavage universel» auquel beaucoup s’habituent. «Cette manière de s’habituer est une maladie très grave», a tonné le Pape, s’attristant aussi de l’humiliation vécue par ceux qui ont été expulsés au terme de voyages souvent ruineux.

Source: VATICANNEWS, le 3 décembre 2021

Une douzaine de réfugiés transférés de Chypre vers l’Italie

Des familles de migrants lors de la prière œcuménique dans l'église Sainte Croix de Nicosie, le 3 décembre. Des familles de migrants lors de la prière œcuménique dans l’église Sainte Croix de Nicosie, le 3 décembre.   (Vatican Media)

Une douzaine de réfugiés transférés de Chypre vers l’Italie

À l’initiative du Pape François, ces migrants doivent rejoindre l’Italie ces prochaines semaines fort d’un accord signé entre la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège et la communauté Sant’Egidio. Il s’agit d’un premier groupe. Au total, l’accord devrait permettre le transfert d’une cinquantaine de personnes. 

«En signe de la sollicitude du Saint-Père envers les familles et les personnes migrantes, le voyage apostolique à Chypre s’accompagnera dans les prochaines semaines d’un geste humanitaire consistant à accueillir une douzaine de réfugiés, dont certains ont été salués par le Pape ce soir à l’issue de la rencontre œcuménique de prière avec les migrants» explique un communiqué de la salle de presse du Saint-Siège, publié vendredi après-midi, peu après la rencontre entre le Saint-Père et des réfugiés dans l’église Sainte-Croix de Nicosie.

«Leur transfert et leur accueil seront rendus possibles grâce à un accord entre la Secrétairerie d’État, les autorités italiennes et chypriotes, et à la collaboration avec la Section migrants et réfugiés du Saint-Siège et la Communauté de Sant’Egidio» précise le même communiqué. 

Selon Giancarlo Penza, l’un des coordinateurs de ce couloir aérien au sein de la communauté Sant’Egidio, ce premier groupe d’une douzaine de personnes devrait arriver en Italie d’ici Noël, et trois ou quatre autres groupes suivront. Il confirme que c’est «la volonté du Saint-Père au début de ce voyage de faire ce geste d’accueil et d’hospitalité au nom du Saint-Siège pour ce groupe de réfugiés qui sont basés à Chypre». Parmi ces personnes figurent notamment quelques femmes seules avec des enfants. La relocalisation de ces personnes sera effectuée en Italie par Sant’Egidio avec l’assistance économique et financière du Saint-Siège, précise encore Giancarlo Penza. 

Pour le responsable de Sant’Egidio, comme cela l’a été par le passé avec l’organisation d’autres couloirs humanitaires, ce groupe de personnes migrantes devrait bénéficier du droit d’asile pendant un an, de quoi les rendre «autonomes et indépendantes» après leur accueil en Italie. 

Source: VATICANNEWS, le 3 décembre 2021

François appelle l’Église chypriote à «cultiver la patience et la fraternité» 

Le Pape intervenant devant les religieux catholiques de Chypre, le 2 décembre 2021 à Nicosie.Le Pape intervenant devant les religieux catholiques de Chypre, le 2 décembre 2021 à Nicosie.  (Vatican Media)

François appelle l’Église chypriote à «cultiver la patience et la fraternité» 

À l’occasion de sa première rencontre avec les religieuses et religieux de Chypre, ce 2 décembre, à la cathédrale maronite de Nicosie, la capitale, le Pape François a appelé les femmes et hommes consacrés de l’ile à la patience et à la fraternité, sur les pas de Saint Barnabé. 

Claire Riobé – Cité du Vatican

La première rencontre du voyage du Pape François à Chypre s’est ouverte ce 2 décembre après-midi par une cérémonie de bienvenue, organisée à la cathédrale maronite Notre-Dame-de-Grâce de Nicosie. Le Saint-Père y a été accueilli par le cardinal Béchara Boutros Raï, patriarche de l’Église maronite, qui est revenu sur la présence millénaire du peuple maronite sur l’Ile.

Après avoir exprimé sa gratitude envers le clergé présent, le Saint-Père a exprimé sa joie de visiter la terre chypriote comme un pèlerin, sur les traces de l’Apôtre Barnabé, grand évangélisateur de l’ile. «Je viens avec le même désir: voir la grâce de Dieu à l’œuvre dans votre Église et sur votre terre, me réjouir avec vous pour les merveilles que le Seigneur opère et vous exhorter à toujours persévérer, sans vous fatiguer, sans jamais vous décourager.»

Une Eglise qui a su tenir à travers l’épreuve

L’Église latine, présente à Chypre depuis des millénaires, a vu croître dans le temps, en même temps que ses fidèles, l’enthousiasme de la foi. Aujourd’hui, grâce à la présence de beaucoup de frères et de sœurs migrants, elle se présente «comme un peuple “multicolore”, un véritable lieu de rencontre entre différentes ethnies et cultures», a souligné le Pape. 

En dépit des nombreuses épreuves que la communauté chrétienne de Chypre a traversé au cours des siècles, elle a su persévérer fidèlement dans la foi. Faisant écho aux mots du cardinal Raï, le Pape François a ainsi salué tous les catholiques maronites de l’île, et rappelé sa solidarité face à la souffrance de nombreux maronites du Liban. «Je suis très préoccupé par la crise dans laquelle (le Liban) se trouve et je ressens la douleur d’un peuple fatigué et éprouvé par la violence et la souffrance».

Exercer la patience, à l’image de l’Apôtre Barnabé

Dans la seconde partie de son discours, le Pape François est revenu sur le parcours de Saint Barnabé et de l’actualité de son témoignage pour les chrétiens de Chypre. Saint Barnabé, homme de foi et d’équilibre, a été choisi par l’Église de Jérusalem et considéré comme le plus apte à visiter la communauté d’Antioche. Durant sa mission, «l’explorateur» a fait preuve d’une grande patience au contact de personnes d’horizons, de culture et de sensibilités religieuses variés.

À son image, le Saint-Père a invité toute la communauté catholique de Chypre à cultiver la patience : «Barnabé a surtout la patience de l’accompagnement : il n’écrase pas la foi fragile des nouveaux arrivés par des attitudes rigoureuses, inflexibles, ou par des demandes trop exigeantes quant à l’observance des préceptes. Il les accompagne, les prend par la main, leur parle.»

De même, aujourd’hui, «nous avons besoin d’une Eglise patiente. D’une Église qui ne se laisse pas bouleverser ni troubler par les changements, mais qui accueille sereinement la nouveauté et discerne les situations à la lumière de l’Évangile», a affirmé le Saint-Père.

Le Pape François a ainsi appelé les évêques à être «des pasteurs patients dans la proximité», et de ne pas se lasser de «chercher Dieu dans la prière, les prêtres dans la rencontre, les frères des autres confessions chrétiennes avec respect et sollicitude, les fidèles là où ils habitent».

Cultiver la fraternité, un devoir de chrétien

Enfin, la relation de l’apôtre Barnabé et de Saint Paul, qui ont voyagé ensemble comme des frères pour annoncer l’Évangile, peut offrir un témoignage actuel aux catholiques de Chypre, a indiqué le Saint-Père. La protection qu’offrit le premier au second, dans une époque marquée par les persécutions chrétiennes, est un exemple de fraternité chrétienne.

«C’est une attitude d’amitié et de partage de vie. Prendre avec soi, prendre sur soi, c’est prendre en charge l’histoire de l’autre, se donner du temps pour le connaître sans l’étiqueter, le porter sur les épaules quand il est fatigué ou blessé (…). Cela s’appelle la fraternité.»

Nous avons tous besoin d’une «Église fraternelle qui soit un instrument de fraternité pour le monde». «Ici à Chypre, il y a beaucoup de sensibilités spirituelles et ecclésiales, des histoires d’origine variées, des rites et des traditions différentes». Mais nous ne devons pas «percevoir la diversité comme une menace pour l’identité, ni nous jalouser ou nous soucier de nos espaces respectifs», a conclu le Saint-Père.

Source: VATICANNEWS, le 3 décembre 2021

«L’Église de la patience», de Chypre une lumière sur le chemin synodal

François dans la cathédrale de Nicosie pour la rencontre avec les religieuxFrançois dans la cathédrale de Nicosie pour la rencontre avec les religieux  (AFP or licensors)

«L’Église de la patience», de Chypre une lumière sur le chemin synodal

Les paroles de François dessinent le portrait des communautés chrétiennes qui permettent aux gens de grandir en les accompagnant, sans plainte ni nostalgie de la grandeur.

Andrea Tornielli

À Chypre, le Pape François, s’adressant à la petite mais vivante communauté catholique, a offert des indications précieuses pour le chemin synodal que l’Église universelle vient d’entamer. Rappelant l’attitude de saint Barnabé, patron de l’île, le Pape en a décrit la foi, l’équilibre et surtout la patience. Choisi pour visiter la nouvelle communauté chrétienne d’Antioche, composée de nouveaux convertis du paganisme, l’apôtre a été confronté à des personnes qui venaient d’un autre monde, d’une autre culture, d’une autre sensibilité religieuse. Des personnes dont la foi était emplie d’enthousiasme, mais encore fragile. Et Barnabé a accueilli, écouté, attendu. Il a su attendre que l’arbre pousse, avec patience, pour «entrer dans la vie de personnes jusqu’alors inconnues ; d’accueillir la nouveauté sans la juger hâtivement ; patience du discernement, qui sait saisir partout les signes de l’œuvre de Dieu». La caractéristique qui frappe le plus le Pape est avant tout la patience de l’accompagnement : une patience qui «permet de grandir, dans l’accompagnement; qui n’écrase pas la foi fragile des nouveaux arrivants par des attitudes strictes et inflexibles, ou par des exigences excessives en matière de respect des préceptes».

Le changement d’époque que nous vivons ne présenterait-il pas des similitudes ? Ne traversons-nous pas une période où l’annonce de l’Évangile peine à éclairer les «autres mondes» et les «autres cultures» dans lesquels nous sommes immergés ? Face à l’ancien qui s’effrite, la tentation est grande de se renfermer dans une attitude nostalgique et plaintive, ou rêver que l’Église redevienne – lorsqu’elle l’était – «pertinente» sur la scène mondiale. Au contraire, explique François, l’Église marquée par la crise de la foi, comme l’est aujourd’hui l’Église en Europe, doit s’inspirer de l’attitude de Barnabé et recommencer à annoncer l’Évangile avec patience, surtout aux nouvelles générations, par le témoignage de la miséricorde.

L’Église de la patience n’est pas statique, mais ouverte à l’action imprévisible de l’Esprit Saint. Elle ne se standardise pas, car elle sait que la prémisse fondamentale de tout dialogue est l’attitude spirituelle de l’écoute, c’est-à-dire accueillir et s’ouvrir à ceux qui ont des sensibilités ou des visions différentes, en valorisant la richesse représentée par les diversités que l’Esprit ramène à l’unité. Accueillir l’autre pour lui faire une place. C’est une Église qui discute, de façon animée parfois, mais qui ne se divise pas. Elle discute, dit François à Chypre, en s’adressant aux différentes communautés catholiques de l’île, «non pas pour faire la guerre, non pas pour s’imposer, mais pour exprimer et vivre la vitalité de l’Esprit, qui est amour et communion. Nous discutons, mais nous restons frères». Exactement comme cela peut arriver en famille. C’est la voie à suivre pour que le Synode ne soit pas réduit à être une énième obligation bureaucratique à insérer dans les plans pastoraux étudiés autour d’une table ou dans les stratégies de marketing religieux – variante moderne du prosélytisme – mais une occasion de vivre la fraternité. Nous avons besoin, dit François, «d’une Église fraternelle qui soit un instrument de fraternité pour le monde».

Source: VATICANNEWS, le 3 décembre 2021

RENCONTRE AVEC LE SAINT-SYNODE

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

Béatitude, chers Evêques du Saint-Synode,

Je suis heureux d’être parmi vous et je vous remercie de votre accueil chaleureux. Merci, cher Frère, pour vos paroles, pour votre ouverture de cœur et pour votre engagement à promouvoir le dialogue entre nous. Je souhaite étendre mes salutations aux prêtres, aux diacres et à tous les fidèles de l’Église orthodoxe de Chypre, avec une pensée particulière pour les moines et les moniales qui, par leurs prières, purifient et élèvent la foi de tous.

La grâce d’être ici me rappelle notre commune origine apostolique : Paul est passé par Chypre avant d’aller à Rome. Nous descendons par conséquent de la même ardeur apostolique et un unique chemin nous relie, celui de l’Évangile. Il me plaît de nous voir marcher ainsi sur la même route à la recherche d’une fraternité toujours plus grande et de la pleine unité. Dans cette partie de la Terre Sainte qui répand la grâce de ces Lieux en Méditerranée, il est naturel de repenser à de nombreuses pages et figures de la Bible. Parmi elles, je voudrais faire référence à saint Barnabé, en soulignant certains aspects qui peuvent nous guider sur le chemin.

« Joseph, surnommé Barnabé par les Apôtres » (Ac 4, 36). C’est ainsi qu’il est présenté dans les Actes des Apôtres. Nous le connaissons et le vénérons donc à travers son surnom, très révélateur de sa personne. Le mot Barnabé signifie à la fois « fils de la consolation » et « fils de l’exhortation ». Il est beau que ces deux caractéristiques indispensables à l’annonce de l’Évangile soient réunies en sa personne. Toute vraie consolation, en effet, ne peut rester intimiste, mais doit se traduire en exhortation, orienter la liberté vers le bien. En même temps, toute exhortation à la foi ne peut se fonder que sur la présence consolante de Dieu et être accompagnée de la charité fraternelle.

Ainsi, Barnabé, le fils de la consolation, nous exhorte, ses frères, à entreprendre la même mission de porter l’Évangile aux hommes. Il nous invite à comprendre que l’annonce ne peut se fonder seulement sur des exhortations générales, sur la répétition de préceptes et de normes à observer, comme cela a souvent été fait. Elle doit suivre le chemin de la rencontre personnelle, en prêtant attention aux questions des gens, à leurs besoins existentiels. Pour être des fils de la consolation il faut, avant de dire quoi que ce soit, écouter, se laisser interroger, découvrir l’autre, partager. L’Evangile se transmet par la communion. C’est ce que nous, catholiques, voulons vivre dans les années à venir, en redécouvrant la dimension synodale qui est constitutive de l’être de l’Église. Et en cela nous ressentons le besoin de marcher plus intensément avec vous, chers Frères qui pouvez vraiment nous aider à travers l’expérience de votre synodalité. Merci pour votre collaboration fraternelle qui se manifeste également par votre participation active à la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe.

J’espère sincèrement que nous aurons davantage d’occasions de nous rencontrer, de mieux nous connaître, de briser de nombreux préjugés et d’écouter avec docilité les expériences de foi des uns et des autres. Ce sera pour chacun une exhortation stimulante à mieux faire et à porter ensemble un fruit spirituel de consolation. L’Apôtre Paul, de qui nous descendons, parle souvent de consolation, et il est beau d’imaginer que Barnabé, le fils de la consolation, a été l’inspirateur de certaines de ses paroles, comme celles au début de la deuxième lettre aux Corinthiens par lesquelles il nous recommande de nous consoler mutuellement de la même consolation dont nous avons été consolés par Dieu (cf. 2 Co 1, 3-5). En ce sens, chers Frères, je désire vous assurer de mes prières et de ma proximité, ainsi que de celle de l’Église catholique, dans les problèmes les plus douloureux qui vous affligent comme dans les espérances les plus belles et les plus audacieuses qui vous habitent. Vos peines et vos joies sont nôtres, nous sentons qu’elles sont les nôtres ! Et nous sentons que nous avons aussi un grand besoin de votre prière.

Ensuite, et c’est le deuxième aspect, Saint Barnabé est présenté dans les Actes des Apôtres comme « un lévite originaire de Chypre » (Ac 4, 36). Le texte n’ajoute pas d’autres détails sur son apparence ni sur sa personne, mais c’est par une action emblématique que Barnabé se révèle juste après : « Il vendit un champ qu’il possédait et en apporta l’argent qu’il déposa aux pieds des Apôtres. » (v. 37). Ce geste magnifique suggère que, pour nous revitaliser dans la communion et la mission, nous devons nous aussi avoir le courage de nous dépouiller de ce qui, même précieux, est terrestre afin de permettre la plénitude de l’unité. Je ne me réfère certes pas à ce qui est sacré et nous aide à rencontrer le Seigneur, mais au risque d’absolutiser certaines coutumes et habitudes qui ne sont pas essentielles pour vivre la foi. Ne nous laissons pas paralyser par la crainte de nous ouvrir et d’accomplir des gestes audacieux, ne nous complaisons pas dans cette « irréconciliabilité des différences » qui n’existe pas dans l’Évangile ! Ne permettons pas que les traditions, au pluriel et avec un « t » minuscule, tendent à l’emporter sur la Tradition, au singulier et avec un « T » majuscule. Cette dernière nous pousse à imiter Barnabé, à laisser derrière nous tout ce qui, même bon, peut compromettre la plénitude de la communion, le primat de la charité et la nécessité de l’unité.

En déposant tout ce qu’il avait aux pieds des Apôtres, Barnabé est entré dans leur cœur. Nous sommes aussi invités par le Seigneur, à nous redécouvrir partie du même Corps, à nous abaisser aux pieds de nos frères. Certes, l’histoire a ouvert dans le champ de nos relations de larges sillons entre nous, mais l’Esprit-Saint désire que nous nous rapprochions avec humilité et respect. Il nous invite à ne pas nous résigner aux divisions du passé et à cultiver ensemble le champ du Royaume, patiemment, assidûment et concrètement. Si nous laissons de côté les théories abstraites et travaillons ensemble côte à côte, par exemple dans le domaine de la charité, de l’éducation, de la promotion de la dignité humaine, nous redécouvrirons le frère, et la communion mûrira d’elle-même, à la louange de Dieu. Chacun conservera ses propres méthodes et son propre style, mais avec le temps notre travail commun fera grandir la concorde et sera fructueux. Tout comme ces terres méditerranéennes ont été embellies par le travail respectueux et patient de l’homme, cultivons, dans une humble persévérance et avec l’aide de Dieu, notre communion apostolique !

Ce qui se passe ici, à Chypre, en l’église de la « Toute-Sainte de la Ville d’or », est un exemple de bon fruit. Le temple dédié à la Panaghia Chrysopolitissa est aujourd’hui un lieu de culte pour diverses confessions chrétiennes, apprécié par la population et souvent choisi pour la célébration des mariages. C’est un signe de communion de foi et de vie, sous le regard de la Sainte Mère de Dieu, qui rassemble ses enfants. Le complexe abrite également la colonne où, selon la tradition, saint Paul reçut trente-neuf coups de fouet pour avoir proclamé la foi à Paphos. La mission, comme la communion, passe par des sacrifices et des épreuves.

C’est précisément une épreuve – troisième aspect que je tire de la figure de Barnabé – qui marque son histoire et les débuts de la diffusion de l’Évangile sur ces terres. Lors de son retour à Chypre avec Paul et Marc, il trouve Elimas, « un mage, un faux prophète » (Ac 13, 6), qui s’oppose à eux avec malice, cherchant à rendre tortueuses les voies droites du Seigneur (cf. v. 8.10). Aujourd’hui encore, les mensonges et les tromperies, que le passé met devant nous et qui entravent le chemin, ne manquent pas. Des siècles de division et de distance nous ont fait assimiler, même involontairement, de nombreux préjugés hostiles à l’égard des autres, des idées préconçues souvent fondées sur des informations pauvres et déformées, diffusées par une littérature agressive et polémique. Mais tout cela fausse le chemin de Dieu, qui tend à la concorde et à l’unité. Chers Frères, la sainteté de Barnabé nous parle aussi ! Combien de fois dans l’histoire avons-nous été occupés à nous opposer entre chrétiens au lieu d’accepter docilement le chemin de Dieu, qui vise à recomposer les divisions dans la charité! Combien de fois avons-nous exagéré et répandu des préjugés sur les autres, au lieu d’accomplir l’exhortation que le Seigneur a répété, surtout dans l’Évangile de Marc qui était avec Barnabé sur cette île : se faire petits, se servir les uns les autres (cf. Mc 9, 35 ; 10, 43-44).

Béatitude, j’ai été ému aujourd’hui, lors de notre rencontre, lorsque vous avez parlé de l’Eglise Mère. Notre Eglise est mère, et une mère rassemble toujours ses enfants avec tendresse. Nous avons confiance en cette Mère Eglise qui nous rassemble tous et qui avec patience, tendresse et courage nous fait avancer sur le chemin du Seigneur. Mais pour sentir la maternité de l’Eglise, nous devons tous aller là, où l’Eglise est mère. Tous avec nos différences, mais tous enfants de l’Eglise Mère. Merci pour cette réflexion que vous avez partagée avec moi aujourd’hui.

Demandons au Seigneur la sagesse et le courage de suivre ses voies, et non les nôtres. Demandons-le par l’intercession des saints. Leontios Machairas, un chroniqueur du XVe siècle qui a qualifié Chypre d’ »île sainte » en raison du nombre de martyrs et de bienheureux que cette terre a connus au fil des siècles. Outre les plus célèbres et les plus vénérés, tels Barnabé, Paul et Marc, Épiphane, Barbe et Spyridon, il y en a beaucoup d’autres : une foule innombrable de saints qui, unis dans l’unique Église céleste – l’Eglise Mère -, nous incitent à naviguer ensemble vers le port auquel nous aspirons tous. D’en haut, ils nous invitent à faire de Chypre, qui est déjà un pont entre l’Orient et l’Occident, un pont entre le Ciel et la terre. Qu’il en soit ainsi, à la gloire de la Très Sainte Trinité, pour notre bien et pour le bien de tous.

Merci.

Messe à Nicosie: François invite à se laisser guérir par Jésus

Le Pape salue la foule au terme de la messe célébrée au GSP Stadium de Nicosie, le vendredi 3 décembre 2021.Le Pape salue la foule au terme de la messe célébrée au GSP Stadium de Nicosie, le vendredi 3 décembre 2021. (Vatican Media)

Messe à Nicosie: François invite à se laisser guérir par Jésus

Le Pape François a célébré ce vendredi 3 décembre la messe au GSP Stadium de Nicosie, devant environ 10 000 fidèles. Parmi les concélébrants figuraient notamment le cardinal Bechara Raï, Patriarche maronite, et Mgr Pierbattista Pizzaballa, Patriarche latin de Jérusalem. Dans son homélie, le Pape s’est arrêté sur l’Évangile du jour, tiré du 9e chapitre selon saint Matthieu, dans lequel Jésus rencontre deux aveugles.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

«Aller à Jésus pour guérir», cette motivation montre que ces deux aveugles cherchent «dans le Christ ce que les prophètes avaient annoncé, c’est-à-dire les signes de guérison et de compassion de Dieu au milieu de son peuple». Les deux aveugles «font confiance à Jésus et le suivent, en quête de lumière pour leurs yeux».

Ils «perçoivent que, dans l’obscurité de l’histoire, il est la lumière qui éclaire les nuits du cœur et du monde, qui vainc les ténèbres et surmonte tout aveuglement. Nous le savons bien, nous aussi : nous portons dans notre cœur des aveuglements. Comme les deux aveugles, nous sommes aussi des voyageurs, souvent plongés dans les obscurités de la vie».

Il ne faut donc pas avoir peur de se tourner vers Jésus, qui nous fait cette promesse dans l’Évangile de Matthieu: «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos» (Mt 11, 28). «Qui parmi nous n’est pas fatigué et accablé d’une manière ou d’une autre? Cependant, nous résistons à aller vers Jésus. Bien souvent, nous préférons rester repliés sur nous-mêmes, demeurer seuls avec nos ténèbres, pleurer sur nous-mêmes, en acceptant la mauvaise compagnie de la tristesse», a regretté le Pape François.

Chacun doit donc se tourner vers Jésus, car «Lui seul libère le cœur du mal. Interrogeons-nous : est-ce que je m’enferme dans les ténèbres de la mélancolie qui tarit les sources de la joie, ou bien est-ce que je vais vers Jésus et lui apporte ma vie ? Est-ce que je suis Jésus, est-ce que je le poursuis, est-ce que je lui crie mes besoins, est-ce que je lui confie mon amertume ? Faisons-le, donnons à Jésus la possibilité de guérir notre cœur», a exhorté François.

Être solidaires pour trouver la voie de la guérison

Après cette guérison intérieure vient la possibilité de «porter ensemble les blessures », comme ces deux aveugles qui sont «ensemble sur la route». «Ensemble, ils partagent la douleur de leur condition, ensemble ils aspirent à une lumière qui puisse resplendir au cœur de leurs nuits». Leur solidarité est exemplaire et montre qu’il «n’est pas possible d’affronter seuls les ténèbres. Si nous portons seuls notre aveuglement intérieur, nous risquons d’être dépassés. Nous devons nous tenir les uns à côté des autres, partager nos blessures, affronter la route ensemble.» «Si nous ne nous rassemblons pas, si nous ne dialoguons pas, si nous ne marchons pas ensemble, nous ne pourrons pas guérir pleinement de nos aveuglements», a ajouté l’évêque de Rome.

La proclamation joyeuse de l’Évangile

Et cette ouverture solidaire et fraternelle vers la guérison ouvre à la troisième étape : «annoncer l’Évangile avec joie». Après leur guérison, Jésus invite ces deux aveugles à respecter une certaine discrétion sur le miracle qui vient de s’accomplir, mais ils «ne peuvent tout simplement pas contenir leur enthousiasme d’avoir été guéris, la joie de ce qu’ils ont vécu dans leur rencontre avec lui. Et voici un autre signe distinctif du chrétien : la joie de l’Évangile, une joie irrépressible qui remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus», a expliqué François, en reprenant les termes de son exhortation apostolique Evangelii Gaudium.

La foi chrétienne doit donc s’incarner dans un «amour vécu». Le monde a en effet besoin de «chrétiens éclairés mais surtout lumineux, qui touchent avec tendresse la cécité de leurs frères et qui, avec des gestes et des paroles de consolation, allument des lueurs d’espoir dans les ténèbres».

Le Pape a conclu son homélie en invitant les fidèles à invoquer le nom du Seigneur Jésus, car «il passe aussi par les rues de Chypre, il écoute le cri de nos aveuglements, il veut toucher nos yeux et nos cœurs, nous faire venir à la lumière, nous faire renaître, nous relever intérieurement».

Source: VATICANNEWS, le 3 novembre 2021

Les Églises de Chypre à la croisée des mondes latin et byzantin

Le Pape Benoît XVI lors de son voyage apostolique à Chypre, du 4 au 6 juin 2010. Le Pape Benoît XVI lors de son voyage apostolique à Chypre, du 4 au 6 juin 2010.

Les Églises de Chypre à la croisée des mondes latin et byzantin

C’est la seconde fois dans l’Histoire qu’un évêque de Rome effectue un voyage apostolique à Chypre. Onze ans après Benoît XVI en 2010, le Pape François visitera la partie sud de la troisième plus grande île de Méditerranée, jeudi 1er et vendredi 2 décembre 2021. Chypre accueille la plus ancienne communauté chrétienne après celle de Jérusalem.

Entretien réalisé par Delphine Allaire – Cité du Vatican 

Chypre est évangélisée sous l’impulsion de saint Barnabé vers 45 après Jésus-Christ. Premier compagnon de voyage de saint Paul, Barnabé convertit, entre autres, le proconsul romain de Chypre Sergius Paulus, qui devient l’un des premiers chefs d’État chrétiens de l’Histoire. Il apparaît dans les Actes des Apôtres.

Point d’appui essentiel des royaumes latins d’Orient, Chypre passe sous le contrôle de la famille des Lusignan en 1192, évincés par les Vénitiens en 1489. En 1571, l’île devient ottomane: l’Église orthodoxe est rétablie dans ses droits, tandis que l’Église latine est supprimée. La présence catholique revient discrètement lors du protectorat britannique au XIXème siècle, et au fil des migrations notamment maronites et arméniennes du XXème siècle, mais demeure minoritaire jusqu’à nos jours.

Alain Blondy, historien du monde méditerranéen, spécialiste de Chypre, détaille les rapports d’influence successifs de l’Église latine, byzantine et orthodoxe au fil des siècles, miroirs des occupations sur la petite île convoitée depuis des centaines d’années, à la fois par l’Europe et l’Orient.

À quand remonte les premières traces du christianisme à Chypre?

La christianisation de Chypre date du Ier siècle après Jésus-Christ, grâce à l’un des voyages de saint Paul avec saint Barnabé. Ils se séparent et Barnabé se rend seul à Chypre qu’il évangélise, et dont il devient le premier évêque. À partir de là, l’île appartient à l’Église d’Orient, rattachée au patriarcat d’Antioche, tout en restant canonique. À aucun moment, dans aucun concile qui vont défrayer la chronique de l’Église orientale de l’époque, l’Église de Chypre n’est infidèle au patriarcat œcuménique. Elle ne sera jamais tentée par le nestorianisme, ni aucune des hérésies répandues alors. L’Église de Chypre est autocéphale jusqu’au jour où tout à fait par hasard la tombe supposée de Barnabé est découverte. L’empereur Zenon de Constantinople est informé au Vème siècle, il trouve cela merveilleux, et décide donc que l’archevêque de Chypre aurait l’autorisation d’être ethnarque, c’est-à-dire, d’être le représentant politique du peuple chypriote -aujourd’hui encore, l’archevêque de Chypre est le chef spirituel et civil du pays.

Au VIIIème siècle, la plupart des moines byzantins se réfugient à Chypre, qui connait alors une explosion de la vie monastique, dans les dimensions de l’île: de grands monastères et un nombre incalculable de toutes petites chapelles, notamment dans la montagne. Des chefs d’œuvre de peinture religieuse en réaction à l’iconoclasme.       

Que deviennent les chrétiens chypriotes à partir du Grand schisme de 1054 entre Rome et les orthodoxes?

Chypre ne connaît pas de graves problèmes déclenchés par 1054. Les crises vont commencer avec les Croisades, un siècle plus tard. Elles marquent l’irruption des latins dans le monde byzantin. 1191, Richard Cœur de Lion part pour la troisième Croisade, arrive à Chypre, et s’en empare chassant le gouverneur byzantin, avant d’aller prendre Jérusalem. Il revend ensuite à Chypre aux Templiers, provoquant un soulèvement de la population. À leur tour, les Templiers revendent l’île, cette fois à un croisé du Poitou: Guy de Lusignan. Il va devenir roi de Chypre, et la dynastie des Lusignan durera jusqu’au XVème siècle.

“Les Croisades marquent l’irruption des latins dans le monde byzantin.”

Sous ce royaume franc, l’Église latine devient majeure à Chypre. Le rite grec est conservé mais les évêques de rite grec sont soumis aux évêques latins, tandis que la plupart des terres ecclésiastiques reviennent aux Églises latines. Les Églises orientales sont dépossédées, cela se passe relativement mal. La suprématie du monde latin sur le monde orthodoxe dure jusqu’au XVème siècle. À la fin des années 1400, face à la montée des Turcs, les Byzantins prennent conscience que l’aide des Latins leur serait utile. Il y a une volonté de réunion des Églises orientale et latine. Un syncrétisme des deux rites s’esquisse. Sans lendemain, car la dynastie des Lusignan est éradiquée par les Vénitiens, qui s’emparent de l’île. Venise gouverne Chypre à partir de 1487, l’influence latine demeure jusqu’à l’arrivée des Turcs.

“À la fin des années 1400, face à la montée des Turcs, les Byzantins prennent conscience que l’aide des Latins leur serait utile.”

1571, les Turcs débarquent sur l’île. Quelles sont les conséquences pour l’Église latine?

Le patriarche de Constantinople et tout le clergé orthodoxe sont dans l’état d’esprit où ils souhaitent «plutôt le turban que la tiare». Ils préfèrent l’arrivée des Turcs à l’arrivée du Pape. Une grande partie de l’élite orthodoxe chypriote estime ainsi avoir gagné une tranquillité. De fait, les Turcs reconnaissent la liberté de culte aux Byzantins, moyennant un impôt; ils abolissent le servage, «nationalisent» les biens de l’Église latine, détruisent quasiment toutes les églises à part les deux grandes cathédrales, transformées en mosquées, et les prêtres latins sont pourchassés. L’Église orthodoxe devient une Église sujette. L’archevêque de Chypre est toujours considéré comme l’ethnarque -le représentant du peuple.

Dans quel contexte réapparaîtra l’Église latine?

Au XVIIIème siècle, il y a quelques églises latines ici et là pour les enclaves de commerçants français ou italiens. Lorsque les Anglais mettent la main sur Chypre dans les années 1860, quelques églises catholiques et anglicanes réapparaissent. Quelques personnes dans l’élite chypriote se convertissent, souvent par mariage, mais c’est une mixité. Jusqu’à nos jours.

Source: VATICANNEWS, le 1er décembre 2021