Lubin naquit, sous le règne de Clovis, à la fin du V siècle, près de Poitiers, dans une famille d’agriculteurs. Il gardait les bœufs de ses parents quand il rencontra un moine de Nouaillé, Novigile, auquel il demanda d’écrire les lettres de l’alphabet sur sa ceinture pour qu’il pût les apprendre. Ayant ainsi appris à lire et à écrire, encouragé par son père, il entra à l’abbaye de Ligugé dont il devint règlementaire et cellérier, tout en continuant à étudier, singulièrement la nuit où il voilait la fenêtre de sa cellule pour ne pas déranger le sommeil de ses frères.
Après huit ans de vie monastique, il obtint, sur les conseils du diacre Nileffus, la permission d’aller dans le Perche pour visiter le saint ermite Avite près duquel il rencontra le saint diacre Calais qui lui conseilla de ne pas s’attacher à une église particulière, ni d’entrer dans un petit monastère. Lubin conçut le projet d’imiter Avite en se retirant dans quelque solitude, mais le saint ermite lui conseilla d’attendre encore quelques temps dans un cloître avant de s’y résoudre. Lubin, sur la route du monastère de Lérins, rencontra un moine de cette abbaye qui le dissuada de s’y présenter et l’emmena à l’abbaye de Javoux, puis à l’abbaye de l’Ile-Barbe, près de Lyon, où il demeura cinq ans.
L’évêque Ethérius de Chartres, connaissant la réputation de sainteté de Lubin, qui avait miraculeusement arrêté un ouragan et un incendie, l’ordonna diacre et l’établit abbé du monastère de Brou où, devenu prêtre, il continuait à faire des miracles. A la mort de l’évêque Ethérius (544), Lubin fut, contre sa volonté, élu évêque de Chartres, avec le consentement du roi Childebert.
Lubin fut un évêque attentif qui, après avoir organisé le service divin dans sa cathédrale confiée, dit-on, à soixante-douze chanoines, visita maintes fois son diocèse.
La grâce des santés rendit fort recommandable l’évêque Lubin. Il n’y eut en effet point de malades dans son diocèse qu’il ne guérît par le crédit qu’il avait auprès de Dieu. Par sa seule prière : il remit en santé un hydropique désespéré des médecins ; un aveugle qui avait perdu la vue depuis huit ans, la recouvra aussitôt qu’il se fut mis en oraison pour lui ; une fille possédée du malin esprit fut délivrée en touchant avec foi le bord de son habit. Deux jeunes garçons possédés aussi du démon en furent garantis en usant d’un aliment que le saint avait béni. Il guérit encore par la prière et en la présence du roi Childebert plusieurs fébricitants et d’autres malades ; par le seul signe de la Croix, il éteignit un grand incendie qui s’était allumé dans Paris. Par ce même signe redoutable, il détourna de sa demeure et de toute la campagne voisine un horrible tourbillon qui ravageait les champs d’alentour. Le bréviaire de Chartres dit qu’il ressuscita une fille de Châteaudun et la rendit en pleine santé à Baudelin son père.
Les sept dernières années de la vie de Lubin furent affligées d’une longue maladie qui ne l’empêcha pas de continuer ses visites pastorales ni de participer au cinquième Concile d’Orléans (28 octobre 549) et au second concile de Paris (552). Il mourut le 14 mars 557 et fut inhumé dans l’église Saint-Martin du Val, dans les faubourgs de Chartres.
Source principale : missel.free.fr/calendrier.php?mois=3 (« Rév. x gpm »).
En ce temps-là, à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts). Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’ Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’
Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »
Acclamons et partageons la parole de Dieu !
COMMENTAIRE :
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)
pape et docteur de l’Église
Livre XII, SC 212 (Morales sur Job, trad. A. Bocognano, éd. du Cerf, 1974 ; p. 197-199)
L’humilité du cœur
Très souvent le juste abattu par quelques adversités se voit contraint de faire état de ses œuvres, tel le bienheureux Job, qui après une vie juste était accablé de fléaux ; mais quand l’homme injuste entend la parole du juste, il voit en elle orgueil plutôt que sincérité. C’est, en effet, avec son propre cœur qu’il apprécie la parole du juste et il ne pense pas que la parole du sage puisse être dite avec humilité. Si, en effet, c’est faute grave de s’arroger ce qu’on n’est pas, très souvent aussi il n’y a point de faute à dire avec humilité la vertu que l’on a. Aussi arrive-t-il souvent que juste et injuste aient les mêmes paroles : mais leurs cœurs sont toujours loin de se ressembler, et selon qu’elles viennent de l’injuste ou du juste, les mêmes paroles offensent ou apaisent le Seigneur. Ainsi le Pharisien entré dans le Temple disait : « Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède. » Mais le Publicain sortit du Temple justifié, et non lui. Le roi Ézéchias aussi, gravement atteint par la maladie et parvenu au terme de sa vie, disait dans la componction de sa prière : « Je t’en supplie, Seigneur, rappelle-toi, je te le demande, comment j’ai marché dans la vérité avec un cœur parfait. » (Is 38,3) À cette déclaration de perfection le Seigneur n’oppose pourtant ni dédain ni refus : il exauce aussitôt sa prière. Voilà le Pharisien, qui s’est déclaré juste dans ses œuvres, et Ézéchias, qui a affirmé être juste jusque dans sa pensée : une même attitude, et l’un a offensé le Seigneur, l’autre l’a apaisé. Pourquoi donc en est-il ainsi ? C’est que Dieu tout-puissant pèse les paroles de chacun de nous d’après nos pensées et son oreille n’entend aucun superbe dans les paroles qui viennent de l’humilité du cœur. Aussi, quand il exposait ses bonnes œuvres, le bienheureux Job ne fut-il aucunement enflé d’orgueil contre Dieu, parce qu’il disait avec humilité ce qu’il avait fait en vérité.
LECTURES :
Livre d’Osée 6,1-6.
Venez, retournons vers le Seigneur ! Il a blessé, mais il nous guérira ; il a frappé, mais il nous soignera. Après deux jours, il nous rendra la vie ; il nous relèvera le troisième jour : alors, nous vivrons devant sa face. Efforçons-nous de connaître le Seigneur : son lever est aussi sûr que l’aurore ; il nous viendra comme la pluie, l’ondée qui arrose la terre. – Que ferai-je de toi, Éphraïm ? Que ferai-je de toi, Juda ? Votre fidélité, une brume du matin, une rosée d’aurore qui s’en va. Voilà pourquoi j’ai frappé par mes prophètes, donné la mort par les paroles de ma bouche : mon jugement jaillit comme la lumière. Je veux la fidélité, non le sacrifice, la connaissance de Dieu plus que les holocaustes.
Psaume 51(50),3-4.18-19.20-21ab.
R/ Tu veux la fidélité, Seigneur, non le sacrifice. (Os 6, 6a)
Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.
Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.
Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem. Alors tu accepteras de justes sacrifices, oblations et holocaustes sur ton autel.
Méditation de Carême: dans un monde en guerre, la fraternité est une responsabilité
La grâce et la charge de la communion étaient au cœur de la deuxième méditation de Carême ce 13 mars, dans la salle Paul VI, en présence du Pape. Le prédicateur de la Maison pontificale s’est attardé sur l’intuition de saint François qui voyait dans les relations interpersonnelles une occasion d’apprendre la logique de l’Évangile.
Edoardo Giribaldi – Cité du Vatican
De l’art aux modèles économiques, divers domaines ont tenté d’imaginer une harmonie universelle entre les hommes, se heurtant à une réalité, faite de nos jours de divisions et de conflits, qui la font apparaître comme «un idéal à atteindre». La fraternité, en revanche, est un don divin mais aussi une responsabilité «sérieuse et urgente», car elle puise dans la diversité pour adoucir les cœurs et permet à chacun de faire la paix avec cette partie de soi qui voudrait lui faire croire qu’il est seul et autosuffisant. Telles sont quelques-unes des réflexions proposées ce vendredi 13 mars, par le prédicateur de la Maison pontificale, le père Roberto Pasolini, dans la salle Paul VI, en présence de Léon XIV.
La fraternité, lieu de conversion authentique
Dans la deuxième des quatre méditations de Carême — prévues tous les vendredis jusqu’au 27 mars et axées sur le thème «Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature» —, le frère capucin a réfléchi sur «La fraternité — La grâce et la responsabilité de la communion fraternelle».
“La fraternité n’est pas un accessoire de la vie spirituelle, ni seulement un contexte favorable où l’on grandit plus facilement dans la grâce. C’est le lieu où la conversion s’accomplit véritablement: l’épreuve la plus sérieuse et, en même temps, le signe le plus éloquent de ce que l’Évangile peut accomplir dans notre vie.”
L’exemple des premières communautés franciscaines
Le père Pasolini évoque notamment la vie des premières communautés franciscaines, que le «Poverello»d’Assise souhaitait dépourvues de relations de pouvoir ou de supériorité, à l’instar des premières communautés chrétiennes. Il ne s’agit pas d’espaces «où se réfugier pour vivre tranquillement», mais de contextes où l’on est ramené «au plus profond de son cœur», avec ses ombres et ses inquiétudes.
“Les frères sont un don du Seigneur. Mais, précisément pour cette raison, ils n’ont pas simplement pour fonction de nous aider ou de nous soutenir tout au long du chemin: ils nous sont confiés afin que notre vie puisse changer.”
«Celui qui vient du même sein»
En réfléchissant à la signification étymologique du mot frère, adelphós, littéralement «celui qui vient du même sein», le prédicateur de la Maison pontificale observe que les frères ne se contentent pas de confirmer «ce que nous sommes»,mais appellent à une transformation.
“Dans leur diversité, dans leurs limites et parfois même dans leurs difficultés, ils deviennent l’espace concret où Dieu façonne notre humanité, en adoucissant nos rigidités et en nous enseignant à vivre avec un cœur plus authentique et plus capable d’amour.”
Abel et Caïn, un «problème de regard»
L’un des récits qui décrit le mieux ces résistances est la «relation douloureuse» entre Abel et Caïn. Une fracture qui naît d’un «problème de regard», selon le frère capucin. Le premier frère, dans le récit de la Genèse, offre les premiers-nés de son troupeau – une offrande que Dieu «regarde avec faveur» – tandis que le second présente simplement quelques fruits de la terre.
“Ce n’est pas tant la qualité de l’offrande qui fait la différence, mais le fait que ce qui est offert représente véritablement sa propre vie. C’est pourquoi Dieu n’accepte pas le don de Caïn: non pas pour le condamner, mais pour le provoquer. Accepter ce geste reviendrait à le laisser dans la conviction qu’il n’a vraiment rien de bon à offrir. Dieu, au contraire, semble vouloir l’aider à croire que sa vie aussi peut devenir un don.”
«Qui est Caïn en nous?»
À partir de cet épisode, le père Pasolini nous invite à nous interroger, en nous demandant «qui est Caïn en nous»: c’est-à-dire quelle place occupe le ressentiment, qui se transforme en distance puis en violence, dans le cœur de chacun. Cette rancœur qui naît du constat que «nous ne sommes pas seuls » et que « nous ne sommes pas tout».
“Lorsque nous ne parvenons pas à faire la paix avec cette réalité, la présence de l’autre peut devenir insupportable.”
La logique de la miséricorde envers ceux qui pèchent
Pour saint François, cependant, la fraternité n’était pas un problème à résoudre, mais une occasion d’apprendre la logique miséricordieuse de l’Évangile envers le prochain qui pèche. Une dynamique que l’on retrouve également dans la brève mais intense Lettre à Philémon de saint Paul.
“Lorsque les relations se détériorent et que la communion est brisée, l’Évangile ne suggère pas en premier lieu de défendre ses propres droits, mais de rechercher le bien le plus grand et toujours possible: celui qui permet de reconnaître dans l’autre non plus un adversaire ou un débiteur, mais un frère aimé du Seigneur.”
Accueillir au milieu des blessures, des déceptions et des aversions
Cette réalité peut sembler éloignée de la vie concrète, mais elle devient tangible lorsque les relations se fondent sur «un lien de liberté». Non pas sur la sympathie ou l’affinité, mais sur «le fait que Dieu nous a choisis et nous a appelés à vivre ensemble dans l’Église comme frères et sœurs».
“Pâques a commencé à agir en nous dès l’instant où nous découvrons que nous pouvons accueillir les autres même lorsqu’ils nous blessent, lorsqu’ils nous déçoivent, lorsqu’ils se comportent en adversaires. Non pas parce que nous sommes devenus plus forts ou plus vertueux, mais parce que quelque chose en nous est déjà mort et que quelque chose de nouveau a commencé à vivre.”
Ne pas perdre de vue l’horizon
L’intuition du Poverello d’Assise, explique encore le prédicateur de la Maison pontificale, est de voir la conversion qui jaillit «précisément de ce que les autres nous font, même lorsqu’ils nous blessent ou nous mettent à l’épreuve».
“Cela élargit considérablement notre regard. Dans la vie quotidienne, les efforts de fraternité peuvent être lourds. Les distances entre nous, les paroles qui blessent, les incompréhensions qui persistent peuvent devenir douloureuses. C’est précisément pour cela que nous ne devons jamais perdre de vue l’horizon. Lorsque nous perdons la perspective de la vie éternelle, certaines difficultés deviennent totalement inacceptables.”
Accueillir la fraternité comme un don et une responsabilité
La foi, conclut le père Pasolini, ne sépare pas, mais nous rappelle que «personne ne peut être exclu de notre cœur». Libérés, par la résurrection de Jésus, non pas de la fatigue des relations, mais du soupçon que cet effort soit vain.
“C’est pourquoi, en ces jours de Carême, alors que l’histoire du monde continue d’être marquée par les divisions, les guerres et les conflits, nous, chrétiens, ne pouvons nous limiter à parler de la fraternité comme d’un idéal à atteindre. Nous sommes appelés à la recevoir comme un don et, en même temps, à l’assumer comme une responsabilité très sérieuse et urgente.”
Peux-tu être surpris si Joseph se jugeait indigne de vivre en commun avec la Vierge, quand tu entends que sainte Élisabeth, elle aussi, ne put supporter sa présence qu’avec crainte et respect ? Voici ses paroles : Comment m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne chez moi ? (Lc 1,43). Voilà donc pourquoi Joseph voulut la renvoyer.
Mais pourquoi en secret et non au grand jour ? Pour éviter toute enquête sur le motif de la séparation, ce qui exigeait d’en rendre compte. S’il avait dit son sentiment et la preuve qu’il s’était faite de la pureté de Marie, les gens ne l’auraient-ils pas tourné en dérision et n’auraient-ils pas lapidé Marie ? Comment auraient-ils cru en la Vérité encore muette au sein maternel ? Que n’auraient-ils pas fait au Christ encore invisible ?
C’est donc avec raison que cet homme juste, pour n’être pas réduit à mentir ou à exposer au blâme une innocente, voulait en secret renvoyer Marie.
Saint Bernard de Clairvaux Extrait de la deuxième homélie Super missus
Prions : Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.