CC BY-SA 3.0/ Daniel Villafruela. Détail de Saint Dominique recevant le Rosaire des mains de Notre-Dame (xviie siècle), anonyme, église Sainte-Marie de Saint-Étienne.
« Si tu veux gagner à Dieu ces cœurs endurcis, prêche mon psautier »
D’après le témoignage du Bienheureux Alain de la Roche, la Sainte Mère de Dieu apparut en 1214 à Saint Dominique, après trois jours et trois nuits de prière et de pénitence continuelles de celui-ci dans une forêt proche de Toulouse, et lui dit :
– « Sais-tu de quelle arme la Sainte Trinité s’est servie pour réformer le monde ? – Ô ma Dame, vous le savez mieux que moi, répondit Dominique, car après Votre Fils Jésus-Christ, Vous avez été le principal instrument de notre salut. – Sache, lui dit alors Marie, que la principale pièce de batterie, a été le psautier angélique qui est le fondement du Nouveau Testament. C’est pourquoi, si tu veux gagner à Dieu ces cœurs endurcis, prêche mon psautier. »
Ainsi vit le jour le très saint rosaire de Marie, que Saint Dominique mit en œuvre aussitôt contre l’hérésie des Albigeois. La reine de France Blanche de Castille s’associa immédiatement à cette nouvelle dévotion à laquelle elle attribua la naissance de son fils, le futur saint Louis.
D’après saint Louis-Marie Grignion de Montfort
Dans « Le secret admirable du très saint Rosaire »
Prions :
Je vous salue Marie, pleine de grâce ; Le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, Priez pour nous pauvres pécheurs, Maintenant et à l’heure de notre mort.
Saint Dominique de Guzman Fondateur de : « Ordo Fratrum Prædicatorum » (Ordre des Frères prêcheurs : dominicains)
Dominique de Guzman naît aux alentours de 1170 au château de Caleruega près de Silos en Vieille-Castille, de Félix de Guzman et Jeanne d’Asa qui sera béatifiée par l’Église. L’enfant reçoit le nom de Dominique en l’honneur du saint abbé de l’abbaye voisine de Silos, mort un siècle auparavant.
Devenu de bonne heure chanoine d’Osma, Dominique accompagne son évêque Diego dans ses voyages. Il se rend à plusieurs reprises en Languedoc et constate les dégâts causés par l’hérésie cathare. À Rome, où Diego et Dominique viennent demander à Innocent III (Lotario dei Conti di Segni, 1198-1216) d’approuver l’inspiration qu’ils avaient eue d’aller évangéliser les Cumans d’Ukraine, ils reçoivent l’ordre du pape d’assister les cisterciens qui tentent en vain de rechristianiser les albigeois.
Dès 1206, Dominique fonde à Prouille un monastère destiné à accueillir les jeunes filles tentées par les « maisons des parfaites » et qui constituera le noyau des futures dominicaines. À la mort de son évêque, Dominique prend la tête de la mission et, assuré du concours de quelques prêtres instruits, développe une œuvre de prédication et de pénitence. Ensemble, ils organisent des débats contradictoires avec les cathares qui durent parfois plusieurs jours, s’imposent une vie austère qui contraste avec le faste des légats pontificaux. L’apostolat de Dominique parmi les Cathares et les Albigeois échoue. Mais le jeune ordre reçoit l’approbation de l’évêque de Toulouse, puis celle d’Innocent III (Lotario dei Conti di Segni, 1198-1216) que Dominique va trouver à Rome où avait lieu le IVe concile du Latran.
À la mort d’Innocent III en 1216, son successeur, Honorius III (Cencio Savelli, 1216-1227) confirme le nouvel institut et le premier couvent s’ouvre à Rome. En 1219, Dominique prêche le Carême à Toulouse, puis part à Paris afin d’installer un couvent de ses religieux rue Saint-Jacques, d’où leur surnom de « Jacobins ».
Dominique retourne en Italie et se fixe à Bologne. C’est là qu’il quitte sa demeure terrestre pour la rencontre avec Dieu, le 6 août 1221.
Le 3 juillet 1234 le pape Grégoire IX (Ugolino dei Conti di Segni, 1227-1241) le canonise et fait lever son corps de terre afin de l’exposer à la vénération des fidèles.
L’effort intellectuel que Dominique demandait à ses frères porte bientôt ses fruits. À sa mort, on dénombrait à peine 25 docteurs en théologie dans toute l’Europe ; cinquante ans après, l’ordre en comptait environ 700… Bien que n’ayant jamais été aussi populaire que saint François d’Assise, il était vénéré dans toute l’Italie, en Espagne et dans le sud de la France.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 14,22-36.
Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul.
La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire. Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! »
Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus.
Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! »
Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba.
Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! » Après la traversée, ils abordèrent à Génésareth. Les gens de cet endroit reconnurent Jésus ; ils firent avertir toute la région, et on lui amena tous les malades. Ils le suppliaient de leur laisser seulement toucher la frange de son manteau, et tous ceux qui le faisaient furent sauvés.
Acclamons et partageons la parole de Dieu !
COMMENTAIRE :
Livre d’heures du Sinaï (9e siècle)
Canon de minuit, 4ème Ode; SC 486 (Sinaiticus graecus 864; trad. Sr Maxime Ajjoub, éd. du Cerf, 2004, p. 191-193; rev.)
Au milieu de la mer de cette vie, tends-moi la main Seigneur !
Le prophète entendit ta venue, Seigneur, et fut saisi de crainte, à la pensée que tu allais être enfanté d’une vierge et apparaître aux hommes, et il disait : « J’ai entendu ce que tu as fait entendre et j’ai été saisi de crainte, gloire à ta puissance ! » J’ai péché, j’ai failli envers toi, j’ai poussé à bout ta majesté, Ô seul Compatissant, et me suis enfoncé dans l’abîme du désespoir ; mais montre-toi à présent au milieu de la nuit, à moi aussi, comme jadis aux disciples cheminant sur la mer, ô Verbe, et donne-moi la divine sérénité. Mon âme à tout moment entre tes mains. Mon Dieu et mon secours, qui seul sonde les reins et les cœurs, tu connais toutes mes réflexions, tu connais les vagues, la tempête, le tumulte de mes pensées ; mais je t’ai vu marchant, maintenant encore, sur la mer agitée de mon cœur. Voici que j’ai désiré tes préceptes, dans ta justice fais-moi vivre. Pardonne, ô mon Créateur, sois indulgent, toi qui m’as façonné, aie pitié de moi, laisse-toi fléchir, sois miséricordieux, sois compatissant, et puisque je suis au milieu de la mer de cette vie, tends-moi ta main réellement divine et, comme Pierre, relève-moi. Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit. Jadis le Prophète t’a vu à l’avance, Jeune Fille, comme un candélabre à sept flammes, portant le feu de la connaissance de Dieu, en le faisant briller sur ceux qui sont en péril dans les ténèbres de l’ignorance, ô Toute Immaculée, et c’est pourquoi je crie vers toi : « Éclaire-moi, je t’en prie. »
LECTURES :
Livre des Nombres 12,1-13.
En ces jours-là, parce que Moïse avait épousé une femme éthiopienne, sa sœur Miryam et son frère Aaron se mirent à le critiquer. Ils disaient : « Le Seigneur parle-t-il uniquement par Moïse ? Ne parle-t-il pas aussi par nous ? » Le Seigneur entendit. – Or, Moïse était très humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté. Soudain, le Seigneur dit à Moïse, à Aaron et à Miryam : « Sortez tous les trois pour aller à la tente de la Rencontre. » Ils sortirent tous les trois. Le Seigneur descendit dans la colonne de nuée et s’arrêta à l’entrée de la Tente. Il appela Aaron et Miryam ; tous deux s’avancèrent, et il leur dit : « Écoutez bien mes paroles : Quand il y a parmi vous un prophète du Seigneur, je me fais connaître à lui dans une vision, je lui parle dans un songe. Il n’en est pas ainsi pour mon serviteur Moïse, lui qui, dans toute ma maison, est digne de confiance : c’est de vive voix que je lui parle, dans une vision claire et non pas en énigmes ; ce qu’il regarde, c’est la forme même du Seigneur. Pourquoi avez-vous osé critiquer mon serviteur Moïse ? » La colère du Seigneur s’enflamma contre eux, puis il s’en alla. La nuée s’éloigna de la tente, et voici : Miryam était couverte d’une lèpre blanche comme de la neige. Aaron se tourna vers elle, et voici qu’elle était lépreuse. Il dit alors à Moïse : « Je t’en supplie, mon seigneur, ne fais pas retomber sur nous ce péché que nous avons eu la folie de commettre. Que Miryam ne soit pas comme l’enfant mort-né dont la chair est à demi rongée lorsqu’il sort du sein de sa mère ! » Moïse cria vers le Seigneur : « Dieu, je t’en prie, guéris-la ! »
Psaume 51(50),3-4.5-6ab.12-13.
Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.
Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.
Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.
Le pape François salue la foule à Fatima, lors de son voyage apostolique au Portugal à l’occasion des XXXVIIe Journées mondiales de la jeunesse, à Fatima, au Portugal, le 5 août 2023. VATICAN MEDIA / REUTERS
«L’Église ouverte à tous, à tous, à tous» : à Fatima, le pape abandonne ses deux discours et préfère improviser
Reportage – François a surpris les observateurs, en improvisant, loin des textes prévus, samedi matin et en priant silencieusement. Pris de court, le Vatican a dû s’expliquer. «L’Église ouverte à tous, à tous, à tous» : à Fatima, le pape abandonne ses deux discours et préfère improviser.
François a surpris les observateurs, en improvisant, loin des textes prévus, samedi matin et en priant silencieusement. Pris de court, le Vatican a dû s’expliquer. Fatima c’est une atmosphère. Ce samedi matin une épaisse brume violacée couvre l’immense esplanade. Plus d’une centaine de milliers de fidèles portugais ont passé la nuit sur le macadam. Ils sont massés autour de la chapelle ouverte où se tient la statue vénérée de la Vierge dont la couronne contient la balle qui faillit tuer Jean-Paul II en 1981. Ils émergent éberlués de leur couverture mais n’ont qu’une seule attente. Celle de voir le pape François qui a quitté son programme des Journées Mondiales de la Jeunesse à Lisbonne, le temps d’une matinée, pour venir implorer ici, la paix dans le monde et la conversion de l’Église.
Au lever du soleil, l’étrange nuage sombre dégage de minuscules paillettes blanches évanescentes. Serait-ce un signe du Ciel ? Non, ce sont les retombées d’un incendie tout proche… Ce silence de l’aube est rompu par un lourd hélicoptère militaire aux couleurs de guerre. Il transporte le pape. Les cloches du sanctuaire s’animent. La foule se réveille d’un bond.
François fend les allées dans sa papamobile mais le véhicule avance en escargot car le pape se fait porter tous les bébés qu’il voit pour les bénir. Une femme, au comble de l’émotion, lance un lit de pétale de roses sur son passage.
L’homme blanc se présente devant la statue. Comme un amoureux, il vénère la Vierge dont l’Église a officiellement reconnu les apparitions en 1917. Il prie le chapelet, une prière millénaire de l’Église. Ce sont cinq dizaines de « Je vous salue Marie ». Lente litanie, chaque « Je vous salue Marie » est entamée par une personne laïque, d’une seule voix la foule poursuit la seconde partie.
Un discours qui semble ennuyer le pape
Le pape entame ensuite son discours. Il commence en méditant sur l’Église : « Elle est accueillante et sans portes comme ce sanctuaire à ciel ouvert. Qu’il en soit ainsi dans l’Église qui est mère : des portes ouvertes à tous pour faciliter la rencontre avec Dieu ; et de la place pour tous, parce que chacun est important aux yeux du Seigneur et de la Vierge ». Il n’ira pas plus loin dans la lecture de son discours qui semble l’ennuyer. Il improvise sur la façon de prier la Vierge en s’adressant à elle comme une à « mère ».
Voici des extraits de ce que François devait dire : « Aujourd’hui, comme au temps des apparitions, il y a la guerre. La Vierge a demandé de prier le Rosaire pour la paix. Elle ne l’a pas demandé comme une courtoisie, mais avec une appréhension maternelle : ‘Récitez le Rosaire chaque jour pour obtenir la paix dans le monde et la fin de la guerre’. Unissons nos cœurs, prions pour la paix, consacrons à nouveau l’Église et le monde au Cœur Immaculé de notre très tendre Mère ».
Pour lui, en effet, « la prière change l’histoire » mais il ne prononce pas davantage une « prière du Saint-Père », intitulée comme telle, distincte de son discours, dont voici des extraits : « Ton cœur est sensible à nos difficultés. Nous les déposons en toi : prends une fois encore l’initiative pour nous, en ces temps marqués par les injustices et ravagés par les armes. Tourne ton regard maternel vers la famille humaine qui a perdu le chemin de la paix, le sens de la fraternité et qui ne retrouve pas l’ambiance familiale. »
Il devait aussi dire : « Intercède pour notre monde en danger et dans la tourmente, afin qu’il accueille la vie et rejette la guerre, qu’il prenne soin de ceux qui souffrent et qu’il sauvegarde la création. (…) Convertis les âmes de ceux qui nourrissent la haine et attisent les conflits, de ceux qui croient que la guerre résout les problèmes ».
Seule la « consécration » qui concluait cette « prière » officielle du pape sera publiée en début d’après-midi samedi, sur le compte tweeter du pape François : « Ô Marie, nous t’aimons et nous avons confiance en toi. Et, maintenant, nous nous confions à nouveau à toi. Avec un cœur d’enfant, nous te consacrons nos vies, chaque fibre de notre être, tout ce que nous avons et sommes, pour toujours. Nous te consacrons l’Église et le monde, en particulier les pays en guerre. Obtiens-nous la paix. Toi, Vierge du chemin, ouvres des routes là où il semble ne pas y en avoir. Toi qui défais les nœuds, desserre les enchevêtrements de l’égoïsme et les lacets du pouvoir. Toi qui ne te laisses jamais vaincre en générosité, remplis-nous de tendresse, comble-nous d’espérance et donne-nous de goûter la joie qui ne passe pas, la joie de l’Évangile. Amen »
Sur la place, la foule, de 200.000 personnes, toute à sa prière et à sa dévotion, littéralement captivée par la présence exceptionnelle du pape ne se rend compte de rien. L’improvisation du pape, en espagnol, a d’ailleurs été comprise pour l’essentiel par les gens : les Portugais comprenant mieux l’espagnol que les Espagnols ne comprennent le portugais. C’est plutôt la paix, l’émotion, la joie intérieure qui règne quand la papamobile prend le chemin de la piste de l’héliport construit pour l’occasion.
Une improvisation qui a connu peu de précédents
Dans la salle de presse, c’est l’effervescence, car cette improvisation a connu peu de précédents et ils remontent à loin. Pourquoi donc le pape, 86 ans, n’a pas prononcé ses discours ? Il a déjà largement improvisé jeudi soir devant les jeunes mais pas à ce point. A-t-il un problème de vue ? Comment aurait-il pu oublier, sa prière finale à Marie, lui qui a spécialement interrompu les JMJ pour venir prier à Fatima ? Ne voulait-il pas la prononcer ? Que se passe-t-il ?
Dans un premier temps le Vatican, comme il le fait toujours en pareilles circonstances, précisa sur un mode purement bureaucratique, à l’image des présidences de la République, que seul « le prononcé » faisait foi. Par conséquent, les discours, traduits en plusieurs langues et effectivement distribués à l’avance aux journalistes – deux milles accrédités sur ces JMJ – pour leur faciliter la tâche, ne devaient être ni utilisés et encore moins publiés.
Passée cette réponse formelle, le directeur de la salle de presse, Matteo Bruni – dans l’entourage immédiat du pape dans les trois hélicoptères de retour de Fatima à Lisbonne – précisera oralement devant les journalistes : « Devant la Vierge, le pape a prié pour la paix, dans le silence et avec douleur. Le message publié sur son compte tweeter vous donne l’interprétation de cette prière silencieuse. » Mais pourquoi a-t-il laissé son texte de côté ? « Quand le pape parle, continue ce responsable, il se pose toujours comme pasteur et s’adresse avant tout aux gens qu’il a devant lui, à qui il s’adresse, avec des paroles adaptées selon son intuition de pasteur. Il n’a pas de problème de vue, il n’a pas oublié un texte, ce fut son choix de pasteur.» Quant à un éventuel problème de fatigue, le porte-parole du Vatican a reconnu qu’après quatre journées intenses, le pape était « fatigué comme tout le monde à ce moment des JMJ ».
Fin du psychodrame. Ce n’est pas la première fois du pontificat que François, une fois qu’il a senti son public, élude ou laisse tomber les pages pourtant soigneusement préparées par lui et ses services, pour improviser. Il était coutumier du fait au début de son pontificat, puis il s’est discipliné au fil du temps en raison notamment de problème de traduction de ses expressions argentines, pas toujours faciles à comprendre même pour des Espagnols. Mais c’est une première depuis longtemps. L’avenir proche montrera si François, qui aura 87 ans à la fin de 2023, et qui apparaît de plus en plus facilement impatient, se comportera de la même façon.
Une autre explication touche l’essentiel de son message. Jeudi soir François a fait répéter comme un mantra, à tous les jeunes réunis pour la soirée d’accueil : « L’Église est ouverte à tous, à tous, à tous, tous, todos, todos, todos ». Samedi à Fatima, il n’a conservé de son discours que la partie qui évoquait cette « ouverture » de l’Église à « tous ». Ce qui deviendrait un leit motiv de ces JMJ et qui sera le refrain du prochain synode sur la synodalité en octobre prochain : une Église ouverte à tous, pour tous, sans exclusion. Après tout, « todos, tous » est le message le plus simple qui soit, efficace quand on parle, seul, sans filet, face à des centaines de milliers de personnes.
Abuja (Agence Fides) – Un missionnaire africain, le père Paul Sanogo, et un séminariste, Melchior, ont été enlevés dans la paroisse St Luke Gyedna, dans la zone de gouvernement local de Paikoro, dans l’Etat du Niger, au centre-nord du Nigéria. Le 3 août, les bandits ont tiré en l’air depuis la résidence paroissiale, emmenant le père blanc et le séminariste. L’évêque de Minna, Mgr Martins Igwe Uzoukwu, a envoyé une note à toutes les paroisses de l’État du Niger, invitant les fidèles à prier pour les personnes enlevées. « Au nom de mon évêque auxiliaire Sylvester Luka Gopep, des prêtres et des religieux du diocèse catholique de Minna. Je vous demande de prier pour le père Paul Sanogo (Missionnaire d’Afrique) et le séminariste Melchior qui ont été enlevés par des bandits aux premières heures du 3 août 2023, dans la résidence du prêtre à Gyedna, dans l’État du Niger », peut-on lire dans la note. Un porte-parole de la police, confirmant le double enlèvement, a cependant indiqué que les autres séminaristes de la région ont été invités à se déplacer temporairement pendant que les recherches se poursuivent pour retrouver les deux personnes enlevées.
Le Pape en compagnie d’un groupe de prêtres et de séminaristes à Rome. (VATICAN MEDIA Divisione Foto)
Le Pape invite les prêtres de Rome à faire attention au cléricalisme
Dans une lettre adressé aux prêtres du diocèse de Rome, lundi 7 août, le Pape François a tout d’abord exprimé sa gratitude pour leur service précieux, souvent caché ou peu reconnu. Tel un ministère «qui se déroule souvent au milieu de tant de difficultés». Dans cette lettre, François a également mis en garde contre les tentations de la «mondanité spirituelle» et du «cléricalisme», dont les laïcs ne sont pas exempts.
Salvatore Cernuzio – Cité du Vatican
L’attention d’un pasteur et la préoccupation d’un père, se font ressentir dans la lettre que le Pape François a envoyé ce lundi 7 août, à tous les prêtres du diocèse de Rome. Son diocèse, «réorganisé» en janvier dernier avec la nouvelle Constitution apostolique In Ecclesiarum Communione, qui a entraîné plusieurs changements au sein du vicariat.
Avoir confiance en la Salus Populi Romani
La missive de sept pages, portant la date du 5 août 2023, mémoire de la dédicace de la basilique Sainte-Marie-Majeure, a été rédigée au milieu des nombreux rendez-vous des JMJ dans un style confidentiel. Un texte, écrit le Pape, qui est aussi le fruit de la prière devant la Salus Populi Romani (icône représentant la Vierge Marie et l’enfant Jésus) auquel – assure-t-il -, avoir confié tous les prêtres de Rome.
«Je lui ai demandé de vous garder et de vous protéger, de sécher vos larmes secrètes, de raviver en vous la joie du ministère et de faire de vous chaque jour des pasteurs amoureux de Jésus».
Un ministère «caché»
C’est précisément ce dernier point qui semble préoccuper le Pape, qui s’est toujours présenté comme l’évêque de Rome, à savoir le désenchantement des prêtres par rapport à leur vocation et à leur ministère. Un ministère chargé «de joies et d’épreuves, d’espoirs et de déceptions», et qui se déroule souvent au milieu de «nombreuses fatigues» et «incompréhensions»,admet le Souverain pontife. Il dit d’ailleurs «merci» pour cela et le répète plusieurs fois dans la lettre: «Merci pour tant de bien caché que vous faites; merci pour un travail qui n’est parfois pas reconnu».
D’autre part, ajoute François, «notre ministère sacerdotal ne se mesure pas aux succès pastoraux (le Seigneur lui-même en a eu de moins en moins au fil du temps).»
La mondanité spirituelle et le cléricalisme
«Je me sens en chemin avec vous et je voudrais que vous sentiez que je suis proche de vous dans vos joies et vos souffrances, dans vos projets et vos souffrances, dans vos amertumes et vos consolations pastorales», déclare le Pape François, assurant qu’il partage «le désir de communion, affective et effective.» Il stigmatise ensuite ce qu’il dit être les pires maux pour le ministère sacerdotal: la mondanité spirituelle et le cléricalisme. Des tentations dénoncées depuis une dizaine d’années: le Pape s’excuse d’ailleurs dans certains passages de la lettre, de répéter des choses déjà dites, mais, souligne-t-il, il s’agit d’avertissements nécessaires. Des choses, écrit-il, «prioritaires».
«Dieu nous demande d’aller en profondeur dans la lutte contre la mondanité spirituelle», dit-il, rappelant Henri de Lubac qui mettait en garde contre les dangers de ce «mode de vie qui réduit la spiritualité à l’apparence».
La mondanité spirituelle nous conduit à être des «travailleurs de l’esprit», des hommes revêtus de formes sacrées qui, en réalité, continuent à penser et à agir selon les modes du monde.
Les apparences de la religiosité
«Cela se produit lorsque nous nous laissons captiver par les séductions de l’éphémère, par la médiocrité et la routine, par les tentations du pouvoir et de l’influence sociale. Et encore, par la vaine gloire et le narcissisme, par l’intransigeance doctrinale et l’esthétisme liturgique, formes et manières dont la mondanité se cache derrière les apparences de la religiosité et même de l’amour pour l’Église, mais consiste en réalité à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine et le bien-être personnel», écrit le Pape François.
Douces tentations
La mondanité spirituelle est une tentation «douce» et, pour cette raison, «encore plus insidieuse», insiste-t-il. «Elle s’insinue en effet en sachant bien se cacher derrière les bonnes apparences, même dans les motivations religieuses». Il s’agit, en somme, de l’un de ces «démons polis» dont il parlait dans son discours à la Curie romaine en 2022, qui vont et viennent et «frappent de manière polie».
Se montrer supérieur
Lorsqu’elle pénètre dans le cœur des pasteurs, cette mondanité «prend une forme spécifique, celle du cléricalisme», souligne le Pape. «Excusez-moi de le répéter, mais en tant que prêtres, je pense que vous me comprenez, parce que vous aussi vous partagez ce en quoi vous croyez de manière sincère, selon ce beau trait typiquement romain (Romanesco!) qui veut que la sincérité des lèvres vienne du cœur, et ait le goût du cœur!»
En tant qu’ancien et de tout cœur, «je pense pouvoir vous dire que je suis inquiet lorsque nous retombons dans les formes de cléricalisme; lorsque, peut-être sans nous en rendre compte, nous laissons voir que nous sommes supérieurs, privilégiés, placés « au-dessus » et donc séparés du reste du peuple saint de Dieu».
Soucieux de l’image et du succès
Le cléricalisme est «une maladie», répète François, qui conduit à «vivre l’autorité dans les différentes formes de pouvoir, sans être conscient de la duplicité, sans humilité mais avec des attitudes détachées et hautaines». Le Pape cite la métaphore du «lait» et de la «laine» (ce qui nourrit et réchauffe) abordés par Ezéchiel et Saint Augustin, pour mettre en garde contre le risque de «nous nourrir nous-mêmes et nos intérêts en nous couvrant d’une vie confortable».
«Lorsque nous ne nous préoccupons que du lait, nous pensons à notre profit personnel; lorsque nous recherchons la laine de manière obsessionnelle, nous pensons à soigner notre image et à accroître notre succès. C’est ainsi que nous perdons l’esprit sacerdotal….» souligne le Pape.
Regarder vers Jésus
Selon le Pape, «la louange, le sens de la grâce, l’émerveillement devant la gratuité de l’amour de Dieu» aident à endiguer ces dérives. Mais il existe surtout un «antidotequotidien» qui consiste à «regarder Jésus crucifié, à fixer chaque jour les yeux sur Celui qui s’est vidé et s’est abaissé pour nous jusqu’à la mort». Se faire serviteurs du peuple de Dieu et non pas maîtres, laver les pieds de nos frères et sœurs et non pas les écraser sous nos pieds.
La vigilance
«Restons donc vigilants face au cléricalisme», exhorte le Pape François. Le cléricalisme «peut toucher tout le monde, même les laïcs et les agents pastoraux: on peut en effet assumer « l’esprit clérical » dans l’exercice des ministères et des charismes, vivre son appel de manière élitiste, se renfermer dans son propre groupe et ériger des murs vers l’extérieur, développer des liens possessifs à l’égard des rôles dans la communauté, cultiver des attitudes arrogantes et vantardes à l’égard d’autrui».
Les «symptômes» sont alors évidents: «plainte» , «négativité», «insatisfaction chronique de ce qui ne va pas», «ironie qui devient cynisme». «Ainsi, écrit le Pape, on s’absorbe dans le climat de critique et de colère que l’on respire, au lieu d’être ceux qui, avec simplicité et douceur évangéliques, avec gentillesse et respect, aident leurs frères à sortir des sables mouvants de l’impatience».
«Ne vous découragez pas!»
Tant de «fragilités», tant «d’insuffisances», mais «ne nous décourageons pas!», c’est l’encouragement du Pape.
François invite à «retrousser les manches» et «plier les genoux, vous qui le pouvez!» dit le Pape: «Prions l’Esprit les uns pour les autres, demandons-lui de nous aider à ne pas tomber, dans la vie personnelle comme dans l’action pastorale, dans cette apparence religieuse pleine de beaucoup de choses mais vide de Dieu, afin de ne pas être des fonctionnaires du sacré, mais des annonciateurs passionnés de l’Évangile, non des « clercs d’État « », mais des pasteurs du peuple.
Le Pape François dans le vol de Lisbonne à Rome, le 6 août 2023. (VATICAN MEDIA Divisione Foto)
François à Fatima, une prière pour la paix, sans bruit
Sur le vol de retour de Lisbonne, le Pape explique aux journalistes pourquoi il a choisi de prier en silence dans le sanctuaire et pourquoi, devant les jeunes, il a préféré laisser de côté les discours préparés pour mieux s’adresser à eux. Il réitère sa «tolérance zéro» à l’égard des abus sur mineurs. Le Pape revient également sur les raisons de son prochain voyage à Marseille, et répète que l’Eglise est ouverte à tous, même à ceux qui ne peuvent pas recevoir certains sacrements.
Depuis le vol papal
Matteo Bruni, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège -Bonsoir Votre Sainteté, nous revenons rajeunis et joyeux de ces JMJ où nous avons pu nous confronter aux questions et aux attentes des jeunes, par rapport à l’Église, à la foi, mais aussi au monde. Et nous avons pu entendre sa réponse dans ses mots, dans sa présence. Il y a maintenant quelques questions des journalistes, mais vous vouliez d’abord dire un mot, Pape François…
Bonsoir et merci beaucoup pour cette expérience. Aujourd’hui, c’est un anniversaire, de Rita Cruz, joyeux anniversaire ! Ensuite il y a aura un gâteau!
Aura Maria Vistas Miguel, Radio Renascença – Votre Sainteté, je vous remercie tout d’abord pour votre visite au Portugal. Tout le monde considère déjà que c’est un succès. Tout le monde est ravi. Merci d’être venu. J’ai trouvé un important chef de police qui m’a dit qu’il n’avait jamais vu une foule aussi obéissante et pacifique. C’était magnifique. Ma question concerne Fatima. Nous savons que vous y êtes allés et que vous avez prié en silence dans la petite chapelle. Mais il y avait cette grande attente, à l’endroit même où la Vierge avait demandé de prier pour la fin de la guerre, et nous sommes malheureusement en guerre en ce moment, d’un renouvellement de votre Saint-Père, d’une prière publique pour la paix. Les yeux du monde entier étaient fixés sur vous samedi matin à Fatima. Pourquoi ne l’avez-vous pas fait?
J’ai prié, j’ai prié. J’ai prié Notre-Dame et j’ai prié pour la paix.
Je n’ai pas fait de publicité. Mais j’ai prié. Et nous devons continuellement répéter cette prière pour la paix. Elle l’avait demandée lors de la Première Guerre mondiale. Et cette fois-ci, je l’ai demandée à la Sainte Vierge. Et j’ai prié. Je n’ai pas fait de publicité.
João Francisco Gonçalves Gomes, Observador – En février de cette année, un rapport a été publié sur la réalité des abus au Portugal, près de 5 000 enfants ont été victimes au cours des dernières décennies. Je vous pose la question: êtes-vous informé de ce rapport remis aux évêques? Que pensez-vous qu’il devrait arriver aux évêques qui étaient au courant des cas d’abus et qui ne les ont pas communiqués aux autorités?
Comme vous le savez tous, j’ai reçu de manière très confidentielle un groupe de personnes qui avaient été abusées. Comme je le fais toujours dans ces cas-là, nous avons parlé de ce fléau, de ces coups terribles. Dans l’Église, nous avons suivi plus ou moins le même comportement que celui qui est actuellement suivi dans les familles et les quartiers: nous avons couvert… Nous pensons que 42% des abus ont lieu dans les familles ou les quartiers. Nous devons encore mûrir et aider à découvrir ces choses. Depuis le scandale de Boston, l’Église a pris conscience qu’elle ne pouvait pas avancer à l’aveuglette, mais qu’elle devait prendre le taureau par les cornes. Il y a deux ans et demi, une réunion des présidents des conférences épiscopales a eu lieu, au cours de laquelle des statistiques officielles sur les abus ont également été fournies.
La situation est grave, très grave. Dans l’Église, il y a une phrase que nous utilisons tout le temps: tolérance zéro, tolérance zéro. Et les pasteurs qui, d’une manière ou d’une autre, n’ont pas assumé leur responsabilité doivent assumer cette irresponsabilité. Le monde des abus est très dur et c’est pour cela que je nous invite à être très ouverts à ce sujet. En ce qui concerne la question que vous m’avez posée sur le déroulement du processus dans l’Église portugaise, il se déroule bien. Cela se passe bien, et sereinement. Nous recherchons le sérieux dans les cas d’abus. Les chiffres finissent parfois par être exagérés, un peu pour les commentaires que nous aimons toujours faire, mais la réalité est que le processus avance, et cela me rassure.
Je voudrais aborder un point et je voudrais vous demander, à vous, journalistes, de collaborer à ce sujet. Avez-vous un téléphone aujourd’hui? Un téléphone. Eh bien, sur n’importe lequel de ces téléphones, moyennant une redevance et un mot de passe, vous avez accès à des abus sexuels commis sur des enfants. Cela entre dans nos maisons et les abus sexuels sur les enfants sont filmés en direct. Où sont-ils filmés? Qui en sont les auteurs? C’est l’un des fléaux les plus graves, à la vue de tout le monde (…) mais je veux insister sur ce point parce que, parfois, on ne se rend pas compte que les choses sont si radicales. Quand on utilise un enfant pour donner en spectacle un abus, cela attire l’attention. L’abus, c’est comme « manger » la victime, n’est-ce pas, ou pire, la blesser et la laisser en vie. Parler à des personnes victimes d’abus est une expérience très douloureuse, ce qui est également bon pour moi, non pas parce que j’aime écouter, mais parce que cela m’aide à gérer ce drame. En d’autres termes, à votre question, je répondrais ce que j’ai dit, le processus se déroule bien, je suis informé de l’évolution de la situation.
François au départ de Lisbonne
Les nouvelles ont peut-être amplifié la situation, mais les choses vont bien à cet égard. Mais aussi, avec cela, je vous dis, d’une certaine manière, aidez, aidez pour que tous les types d’abus puissent être résolus, les abus sexuels, mais ce ne sont pas les seuls. Il y a aussi d’autres types d’abus qui crient au ciel: l’abus du travail des mineurs, l’abus du travail avec les enfants, c’est courant; l’abus des femmes. Aujourd’hui encore, dans de nombreux pays, nous opérons les petites filles: elles se sont enlever le clitoris, et c’est aujourd’hui, et on le fait avec un rasoir, et au revoir… c’est cruel. Et il y a les abus dans le travail. Autrement dit, au sein des abus sexuels, qui sont graves, il y a tout cela. Il y a une culture de l’abus que l’humanité doit revoir et convertir.
Jean-Marie Guénois, Le Figaro -Saint-Père, comment allez-vous, votre santé, votre convalescence? Vous n’avez pas lu ou seulement de petites parties de cinq discours. C’est sans précédent dans vos voyages: pourquoi? Avez-vous des problèmes d’yeux, de fatigue? Des textes trop longs? Comment vous sentez-vous? Et si vous permettez une petite question sur la France. Vous venez à Marseille, mais ne visitez jamais la France. Les gens ne comprennent pas, c’est peut-être trop petit ou avez-vous quelque chose contre la France?
Ma santé est bonne. On m’a enlevé mes points de suture, je mène une vie normale, je porte un bandage que je dois porter pendant deux trois mois pour éviter une éventuelle « éventration » (en langage médical: saillie des viscères abdominaux, ndlr) jusqu’à ce que les muscles se renforcent. Ma vue. Dans cette paroisse, j’ai interrompu mon discours parce qu’il y avait une lumière sur moi qui m’empêchait de lire. Certaines personnes, par l’intermédiaire de Matteo Bruni, m’ont demandé pourquoi je raccourcissais les homélies qu’on vous avait distribuées. Lorsque je parle, je ne fais pas d’homélies académiques, mais j’essaie de les rendre aussi claires que possible. J’essaie toujours de communiquer lorsque je parle. Vous avez vu que même dans les homélies académiques, je fais quelques plaisanteries, quelques rires pour contrôler la communication.
Avec les jeunes, les longs discours contenaient l’essentiel du message et je choisissais en fonction de la façon dont je sentais la communication. Je posais quelques questions et l’écho me disait immédiatement où cela allait, si c’était faux ou non. Les jeunes n’ont pas une grande capacité d’attention. Pensez que si vous faites un discours clair avec une idée, une image, une affection, ils peuvent vous suivre pendant huit minutes. D’ailleurs, dans Evangelii Gaudium, la première exhortation que j’ai publiée, j’ai écrit un long chapitre sur l’homélie. Parce qu’ici il y a un curé (en référence à Don Benito Giorgetta, curé de Termoli, ndlr), qui sait que les homélies sont parfois une torture, une torture, qu’elles parlent de bla-bla, et les gens, dans certaines petites villes, je ne sais pas si c’est le cas à Termoli, les hommes sortent pour fumer une cigarette et reviennent.
L’Église doit se convertir à cet aspect de l’homélie: courte, claire, avec un message clair et affectueux. C’est pourquoi je vérifie comment cela se passe avec les jeunes et je leur fais dire. Mais j’ai raccourci parce que… j’ai besoin de l’idée avec les jeunes.
Passons à la France. Je suis allé à Strasbourg, j’irai à Marseille, mais pas en France. Il y a un problème qui me préoccupe, c’est le problème de la Méditerranée. C’est pourquoi je vais en France. L’exploitation des migrants est criminelle. Il n’y en pas en Europe, parce que disons qu’il y a plus d’éducation, mais dans les lagers d’Afrique du Nord… Je vous conseille une lecture. Il y a un petit livret qu’a écrit un migrant qui, pour venir de Guinée en Espagne, a mis, je crois, trois ans parce qu’il a été capturé, torturé, réduit en esclavage. Les migrants dans ces lagers de l’Afrique du Nord, c’est terrible. En ce moment – la semaine dernière – l’association Mediterranea Saving Humans a travaillé pour sauver des migrants qui se trouvaient dans le désert entre la Tunisie et la Libye, parce qu’ils avaient été laissés là pour mourir. Ce livre s’appelle Hermanito (Petit frère), il se lit en deux heures, il en vaut la peine. Lisez-le et vous verrez le drame des migrants avant leur embarquement. Les évêques de la Méditerranée auront cette rencontre, même avec quelques politiciens, pour réfléchir sérieusement au drame des migrants. La Méditerranée est un cimetière, mais ce n’est pas le plus grand cimetière. Le plus grand cimetière, c’est l’Afrique du Nord. C’est terrible, lisez-le. Je vais à Marseille pour cela. La semaine dernière, le président Macron (m’a dit) qu’il avait l’intention de venir à Marseille et je serai (là) un jour et demi: j’arrive dans l’après-midi et je reste le lendemain.
Jean-Marie Guénois, répétant la question-Vous n’avez rien contre la France…
Non. Non, c’est une politique. Je visite les petits pays européens. Les grands pays, l’Espagne, la France, l’Angleterre, je les laisse pour plus tard, à la fin. Mais j’ai commencé par l’Albanie et les petits pays. Je n’ai rien contre. En France, deux villes, Strasbourg et Marseille.
François donne les raisons de son prochain voyage à Marseille
Anita Hirschbeck, KNA – Saint-Père, à Lisbonne vous nous avez dit qu’il y avait de la place dans l’Église «pour tout le monde». L’Église est ouverte à tous, mais en même temps, tout le monde n’a pas les mêmes droits, les mêmes opportunités, dans le sens où, par exemple, les femmes, les homosexuels ne peuvent pas recevoir tous les sacrements. Saint-Père, comment expliquez-vous cette incohérence entre « l’Église ouverte » et « l’Église qui n’est pas égale pour tous »? Je vous remercie.
Vous me posez une question sur deux points de vue différents. L’Église est ouverte à tous, mais il existe des législations qui réglementent la vie à l’intérieur de l’Église. Celui qui est à l’intérieur l’est selon la législation. Ce que vous dites est une simplification. Dire: « Il ne peut pas recevoir les sacrements ». Cela ne signifie pas que l’Église est fermée. Chacun rencontre Dieu sur son propre chemin au sein de l’Église et l’Église est mère et guide chacun sur son propre chemin. C’est pourquoi je n’aime pas dire: tout le monde vient, sauf toi, celui-ci, l’autre… Tout le monde, dans la prière, dans le dialogue intérieur, dans le dialogue pastoral avec les agents pastoraux, cherche la voie à suivre.
Rencontre avec les volontaires des JMJ, le dimanche 6 août.
C’est pourquoi il faut se poser la question: pourquoi pas les homosexuels? Tous! Et le Seigneur est clair: malades, sains, vieux et jeunes, laids et beaux, bons et mauvais! Il y a comme un regard qui ne comprend pas cette insertion de l’Église en tant que mère et qui pense qu’il s’agit d’une sorte d' »entreprise » dans laquelle il faut faire ceci, faire cela et pas autre chose… Une autre chose est le ministère dans l’Église, qui est la manière de faire avancer le troupeau, et l’une des choses importantes est la patience dans le ministère: accompagner les personnes pas à pas sur le chemin de la maturité. Chacun de nous fait cette expérience: la mère Église nous a accompagnés et nous accompagne sur notre propre chemin de maturation. Je n’aime pas la réduction, ce n’est pas ecclésial, c’est gnostique. C’est comme une hérésie gnostique qui est un peu à la mode aujourd’hui. Un certain gnosticisme qui réduit la réalité ecclésiale à des idées et cela n’aide pas. L’Église est mère, elle accueille tout le monde, et chacun fait son chemin dans l’Église, sans battage, et c’est très important. Merci d’avoir eu le courage de poser cette question. Je vous remercie.
Matteo Bruni – Le Pape voudrait partager une pensée sur les JMJ…
Je voudrais dire quelque chose sur la façon dont j’ai vécu les JMJ. C’est la quatrième que je vis. La première, c’était à Rio de Janeiro, c’était monumental, à la “brésilienne“, c’était beau! La deuxième a eu lieu à Cracovie, la troisième au Panama, celle-ci fut la quatrième. C’est elle qui a accueilli le plus de monde. Les données concrètes, vraies, disent qu’il y a eu plus d’un million de jeunes. Plus encore. En fait, lors de la veillée nocturne d’hier, il a été estimé qu’il y avait 1 400 000 ou 1 600 000 personnes. Ce sont les chiffres du gouvernement. La quantité est impressionnante. Et c’était bien préparé!
De toutes celles que j’ai vues, celle-ci était la mieux préparée. Et les jeunes sont une surprise, les jeunes sont jeunes… Ils font des enfants, la vie est ainsi faite, mais ils essaient de regarder devant eux et ils sont l’avenir. L’idée est de les accompagner, le problème est de savoir comment les accompagner, et qu’ils ne se détachent pas de leurs racines.
C’est pour cela que j’insiste tant sur le dialogue anciens-jeunes, grands-parents avec petits-enfants. Ce dialogue est important, plus important que le dialogue parents-enfants. Avec les grands-parents, parce que c’est là qu’ils s’enracinent. Ensuite, les jeunes sont religieux, ils cherchent une foi qui ne soit pas hostile, qui ne soit pas artificielle, qui ne soit pas légaliste, une rencontre avec Jésus-Christ. Et ce n’est pas facile. On dit: ‘’Mais les jeunes ne vivent pas toujours selon la moral’’. Qui d’entre nous n’a pas commis une faute morale dans sa vie? Personne! Avec les commandements ou avec quelqu’un, chacun de nous a ses propres dérapages dans son histoire. La vie est ainsi faite. Mais le Seigneur nous attend toujours parce qu’il est miséricordieux et Père, et la miséricorde dépasse tout. Pour moi, les JMJ ont été magnifiques, avant de prendre l’avion, j’étais avec les 25 000 volontaires! Une aventure mystique, un engagement, qui était vraiment beau, beau. Voilà ce que je voulais dire sur les JMJ.
Justin McLellan, CNS – En parlant des JMJ, nous avons entendu ces derniers jours des témoignages de jeunes qui ont lutté contre la maladie mentale, la dépression. Avez-vous déjà été confronté à cela? Et si quelqu’un décide de se suicider, que diriez-vous aux membres de sa famille qui, à cause de l’enseignement catholique sur le suicide, souffrent en pensant qu’ils sont allés en enfer?
Le suicide des jeunes est important aujourd’hui, le nombre est important. Il y en a. Les médias n’en parlent pas tellement, parce que les médias ne s’informent pas.
J’étais en train de dialoguer avec des jeunes – pas pendant la confession – j’ai profité de l’occasion pour dialoguer. Un jeune homme sympathique m’a dit: ‘’Puis-je vous poser une question? Que pensez-vous du suicide?’’ Il ne parlait pas notre langue, mais je l’ai bien compris et nous avons commencé à parler du suicide. Et à la fin, il m’a dit: ‘’Merci, parce que l’année dernière, j’étais indécis sur la question de savoir si je devais le faire ou non’’. Autant de jeunes angoissés, déprimés, mais pas seulement psychologiquement. Puis dans certains pays très exigeants sur le plan universitaire, des jeunes qui ne parviennent pas à obtenir un diplôme ou à trouver un emploi se suicident, parce qu’ils ressentent une très grande honte. Je ne dis pas que c’est un phénomène quotidien, mais c’est un problème. C’est un problème actuel. C’est quelque chose qui se produit.
Matteo Bruni, merci Votre Sainteté pour vos réponses
Et merci pour ce que vous avez fait, et s’il vous plaît, n’oubliez pas Hermanito, Petit frère, le livre des migrants. Je vous remercie.
(Transcription non officielle réalisée par les médias du Vatican)
Le cardinal patriarche de Lisbonne Manuel Clemente en compagnie du Pape François, lors de la rencontre avec des volontaires le dernier jour des Journées mondiales de la jeunesse à Algés, au Portugal, le 6 août 2023. (ANSA)
Les JMJ ont été joie, conviction et prophétie, estime le cardinal Clemente
Le cardinal Manuel Clemente, dans une première évaluation des Journées Mondiales de la Jeunesse 2023, souligne la joie des jeunes et de toute l’Église, y compris du Pape, «que j’ai vu très satisfait et plus ‘jeune’ à chaque rendez-vous». La conviction, exprimée dans le silence total et spontané pendant les moments de prière, en particulier pendant la veillée d’adoration, et la prophétie, démontre: qu’ils «seront le monde de l’avenir».
Alessandro Di Bussolo et Silvonei Protz – Envoyés spéciaux à Lisbonne (Portugal)
«Ce silence spontané et soudain d’un million et demi de jeunes lorsque le Saint Sacrement a été déposé sur l’autel, venait du Ciel. C’était impressionnant». Des JMJ qui viennent de s’achever à Lisbonne, le cardinal patriarche de Lisbonne Manuel Clemente garde surtout dans son cœur ce moment: celui de l’adoration eucharistique, au parc du Tage, dans la soirée du samedi 5 août.
Dans une interview accordée à Radio Vatican – Vatican News, le pasteur de la capitale portugaise, âgé de 75 ans, met l’accent sur trois aspects. D’abord, la joie – pour les jeunes, la société et l’Église – «simple, spontanée, pure».
Ensuite, la conviction et la dévotion, exprimées dans le silence total et spontané des moments de prière. Enfin, la prophétie, qui n’est pas une utopie: «Elle est déjà là, car ces jeunes sont le monde futur, la génération 2023». Et le Pape François, qui avait à ses côtés le cardinal dans la papamobile, «se montrait à chaque fois plus jeune et plus heureux. Je l’ai vu très satisfait».
Peut-on faire le bilan de ce qui s’est passé ces jours-ci à Lisbonne avec les Journées Mondiales de la Jeunesse, qui ont impliqué l’Église dans tout le Portugal et aussi les dicastères du Saint-Siège?
J’ai réfléchi ces jours-ci à ce qui reste le plus fort pour moi. Il s’agit de trois idées et impressions très fortes. La première est la joie, la joie de tous ces gens, parce que tant de jeunes sont venus. Quand j’ai accompagné le Pape dans la papamobile, j’ai vu le regard des autres porté sur le Pape et celui du Pape sur les autres. La joie était quelque chose d’impressionnant parce qu’elle sortait tout le temps des gens, quelque chose de difficile à comprendre mais c’était de la joie. Une joie simple, spontanée, pure, magnifique à voir.
L’autre impression, c’est la conviction de ces gens. Ce n’est pas facile, dans une multitude, une foule de cette taille. On l’a vu dans toutes les célébrations, aussi bien pour les prières, tous ensemble, en silence. Il n’était pas nécessaire que quelqu’un demande le silence, tout le monde se taisait immédiatement. Le samedi dernier, lors de l’adoration eucharistique, il y avait un million et demi de jeunes. Mais quand le Saint Sacrement a été placé sur l’autel, qu’est-ce qu’il y a eu?: la conviction, la dévotion. C’était très intéressant.
La troisième impression, très forte, peut être définie comme « prophétie ». On ne parle jamais assez de la prophétie, qui n’est pas une utopie, mais qui consiste à montrer dès maintenant ce qui va se passer. Quand on voit tous ces jeunes, cette joie, cette conviction, cette dévotion, cet être ensemble avec les autres… ce sera le monde futur, si tout cela demeure. C’est une prophétie pour l’avenir, une prophétie qui est déjà là. Vous ne pouvez pas dire qu’elle n’existe pas, elle est là! Et pour ces jeunes, ce sera décisif: je les appelle « la génération 2023 ».
Un moment qui vous a particulièrement marqué ces jours-ci…
Pour moi, l’impression la plus forte qui demeure est celle de toute cette joie dont j’ai parlé. Mais un moment très fort a été celui de l’adoration eucharistique, où personne n’a dit un mot. Le Saint Sacrement était placé sur l’autel et un million et demi de jeunes, tac tac, se sont tus. Qu’est-ce que c’est? C’est quelque chose qui vient du Ciel, ce n’est pas notre truc.
Parlez-nous du chemin de préparation, pour créer tout ce que nous avons vu. Le travail logistique de l’Église, ses structures organisationnelles, le soutien du gouvernement…
Dès le début, j’ai parlé avec tout le monde: les gouverneurs, le chef de l’État, les maires, et tout le monde a voulu le meilleur pour ces JMJ et a mis tous les moyens à la disposition des JMJ. Parce qu’une grande chose comme ça ne peut pas se faire avec les seuls moyens de l’Église, c’est impossible. Ce n’est que parce que l’État, le gouvernement, a considéré ces JMJ comme quelque chose d’intéressant pour le pays que cela a pu se faire. Pour les catholiques et pour tout le monde. Parce que j’ai vu, dans les rues, au passage de la papamobile, non seulement des catholiques, mais toute la population, heureuse. C’est une bonne chose: dès le début, cette collaboration a bien démarré et le résultat a été très positif.
Qu’est-ce que ce vent de joie qui a balayé le pays et Lisbonne, va changer dans l’Église du Portugal mais aussi dans la société?
Dans la mémoire de cet événement reste ce «souvenir opérationnel». Parce que tout le monde a vécu quelque chose de beau, quelque chose qui peut être fait, et il y aura aussi la nostalgie de le refaire. Mais je crois que la chose la plus importante qui restera, c’est la génération de toutes les personnes qui ont travaillé sur les Journées Mondiales de la Jeunesse pendant deux, trois, quatre ans, même pendant la pandémie, avec toutes les difficultés. Cela a créé ici une habitude de travailler ensemble, de travailler pour une bonne chose. Et cela perdure parce qu’il ne s’agit pas d’un moment, mais d’années de travail. Beaucoup de travail, et cela demeure.
Vous avez toujours été proche du Pape, vous l’avez reçu chez vous. Comment se porte le Pape François ces jours-ci?
Très bien et de mieux en mieux! Jour après jour, à chaque fois il était plus heureux et même dans la papamobile, quand nous parlions, il était très heureux.
Nous avons vu que le Pape était toujours souriant….
Il a absorbé cette jeunesse! Mais c’est le jeune Pape…
Que dire aux jeunes qui n’ont pas pu venir à Lisbonne?
Je dirai plutôt que celui qui a pu être présent puisse donner un témoignage. Un exemple: dire, que nous serons ensemble aux prochaines JMJ, en 2027 à Séoul!
Et nos amis de Séoul?
Ils sont très heureux, vous l’avez vu. Et ils le feront bien, les JMJ, parce qu’ils en ont les moyens et la volonté.
Avant Séoul, nous avons la rencontre de Rome…
Oui, en 2025, lors du Jubilé, car il s’agira d’un Jubilé d’une semaine pour tous, y compris les jeunes. Mais ce ne sera pas un événement de cette ampleur. Je pense que ce sera surtout pour les jeunes de Rome, d’Italie et aussi pour d’autres jeunes qui viendront d’autres pays, mais pas à cette échelle.