C’est son dernier voyage apostolique avant Marseille. Le pape François est en Mongolie, du 31 août au 4 septembre. Il se rend aux « périphéries », dans un pays où les catholiques sont ultra minoritaires. Mais son déplacement est aussi politique car le chef de l’Église catholique sera à mi-distance de la Chine et de la Russie.
C’est la première fois qu’un pape se rend en Mongolie. À l’issue de l’Angélus, dimanche 27 août, le pape François s’est dit « heureux » de partir à la rencontre d’un « peuple noble et sage ». Et de rendre visite à une « Église petite en nombre mais dynamique dans la foi ». Avec pas plus de 1.500 fidèles, c’est peu de dire que les catholiques sont minoritaires au pays des steppes. Qu’est-ce donc qui motive le chef de l’Église catholique à faire le déplacement ?
La Mongolie, un ancien pays du bloc soviétique
Avec 1.500 fidèles sur un total de trois millions d’habitants, en majorité bouddhistes, la Mongolie l’un de ces pays qui comptent une toute petite communauté catholique. Grand comme trois fois la France, il a fait partie du bloc soviétique entre 1917, 1918 et 1992. Année où « les premiers missionnaires chrétiens sont arrivés », raconte l’historien Jean-Baptiste Noé, rédacteur en chef de la revue Conflits et auteur du livre « Le déclin d’un monde – Géopolitique des affrontements et des rivalités » (éd. L’Artilleur, 2023).
Mais le christianisme était présent en Mongolie bien avant l’ère soviétique,« au moins depuis le XIIIe siècle », décrit l’historien. « La Mongolie c’est le pays de Gengis Khan, explique-t-il, ce grand homme qui a édifié un empire à travers toute l’Asie centrale. Il a été en contact avec des catholiques orientaux, des syro-orientaux. » Et parmi eux, sa propre mère ! « On sait que la mère de Gengis Khan était chrétienne. » De même que plusieurs ministres à la cour de l’empereur.
Un voyage aux « périphéries »
On connaît l’affection du pape François pour l’Asie, une attirance qui remonte à ses années étudiantes. Mais ce n’est pas la seule raison de sa visite au pays des steppes. « François l’a dit dès le début de son pontificat, il souhaitait faire des voyages dans des pays très peu visités par des papes », rappelle Jean-Baptiste Noé. Ainsi, après la Birmanie en 2017, les Émirats arabes unis et la Macédoine du Nord en 2019, l’Irak en 2021, Bahreïn en 2022 et le Soudan du Sud en 2023, la Mongolie est le septième pays à recevoir pour la première fois la première visite d’un souverain pontife.
Le pape François ne dira probablement rien sur la situation en Ukraine mais il sera aux portes de la Russie…
À mi-distance entre la Chine et la Russie
Mais le pape des « périphéries » effectue aussi un voyage hautement symbolique, si ce n’est stratégique.« La Mongolie c’est une île au milieu de deux empires, décrit l’historien, à savoir la Russie et la Chine. En se rendant en Mongolie le pape sera à équidistance entre les deux pays. » Depuis longtemps, le pape espère se rendre en Chine et en Russie mais aucun « accord » a été trouvé entre les gouvernements. Le pape François « ne dira probablement rien sur la situation en Ukraine ou en Chine mais il sera aux portes de la Russie et de la Chine ».
Un voyage aux portes de la Russie alors que le Vatican tente d’éteindre la polémique suscitée par les propos du pape aux jeunes catholiques russes, tenus le 25 août dernier. Des propos « spontanés », a précisé le Vatican ce mardi 29 août, mais qui ont fait réagir. Notamment en Ukraine, où on accuse le chef de l’Église catholique d’encourager l’impérialisme russe. Le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a tenu à préciser : « Le pape a voulu encourager les jeunes à préserver et à promouvoir ce qu’il y a de positif dans le grand patrimoine culturel et spirituel russe, et certainement pas à exalter des logiques impérialistes et des personnalités gouvernementales, citées pour indiquer certaines périodes historiques de référence. » (Source : Vatican News)
Cardinal Parolin: François en Mongolie, pèlerin de l’espérance pour le monde entier
Le Pape se rend en Mongolie pour confirmer dans la foi la communauté catholique «petite et vivante» de Mongolie et pour renforcer les liens entre le Saint-Siège et ce pays asiatique. C’est ce qu’a déclaré le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, sur la visite apostolique à Oulan-Bator. La paix, la rencontre et le dialogue seront les trois pierres angulaires de ce voyage.
Massimiliano Menichetti – Cité du Vatican
La Mongolie est prête à accueillir un Pape pour la première fois de son histoire, «l’attente est grande»: le secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, dans un entretien accordé aux médias du Vatican, évoque l’enthousiasme avec lequel la petite communauté catholique de ce pays asiatique se prépare à accueillir le Saint-Père.
Au cours de ce 43e voyage apostolique, François sera du 31 août au 4 septembre à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie, pays de 1,5 million de km2 et peuplé d’environ 3,3 millions d’habitants, frontalier de la Russie et de la Chine. La devise « Espérer ensemble » est essentielle pour comprendre ce voyage, car il y a un grand besoin d’espérance, «une espérance qui n’est pas une attente vide, mais qui se fonde, au moins pour nous chrétiens, sur la foi, c’est-à-dire sur la présence de Dieu dans notre histoire, et qui se transforme en même temps en un engagement personnel et collectif», explique le cardinal Parolin.
Éminence, quelles sont les attentes du Saint-Père? Ce voyage au cœur de l’Asie répond à l’invitation des autorités du pays et de la communauté catholique. Les attentes sont grandes, tant de la part du Saint-Père que de la Mongolie, qui voit pour la première fois un Successeur de Pierre fouler son sol. L’intérêt du Pape est de rencontrer cette communauté, réduite en nombre, mais jeune, vivante, fascinante, par son histoire et sa composition particulières. De plus, la dimension interreligieuse sera très importante dans ce pays à grande tradition bouddhiste.
Le Pape confirmera dans la foi quelque 1 500 catholiques présents en Mongolie. Quelle est l’importance de la présence de François pour cette petite communauté missionnaire? L’enthousiasme avec lequel les catholiques se préparent à accueillir le Saint-Père est palpable. Sa présence est attendue à la fois comme une confirmation et un encouragement sur le chemin de la vie chrétienne, sur le chemin de la foi, de l’espérance et de la charité, mais aussi comme une confirmation de l’accomplissement d’une période fascinante d’inculturation missionnaire. En effet, si nous pensons à l’histoire de cette Église, nous ne pouvons qu’être admiratifs. Je dirais même émus. Après des siècles d’absence, au début des années 1990, suite à la transition démocratique pacifique du pays, elle est repartie pratiquement de zéro. Les premiers missionnaires sont arrivés en pionniers, apprenant la langue, et commençant à célébrer dans les foyers. Ils ont senti que la voie à suivre devait être celle de la charité et ont étreint la population locale comme s’il s’agissait de leur propre peuple. C’est ainsi qu’après seulement quelques décennies, il existe une communauté catholique au sens propre du terme, une communauté « universelle »,composée de membres locaux, mais aussi de membres de différents pays, qui, avec humilité, douceur et sens de l’appartenance, souhaitent être une petite graine de fraternité.
L’accent sera également mis sur la rencontre œcuménique et interreligieuse du dimanche 3 septembre. Comme l’a rappelé à plusieurs reprises le Saint-Père, la voie interreligieuse, du dialogue œcuménique, ne sont pas des choix d’opportunité ou de commodité, mais des chemins que, depuis le Concile, l’Église catholique suit sans syncrétisme. De ce point de vue, la rencontre avec des représentants d’autres religions a toujours pour but de construire la paix et la fraternité. Nous savons combien nous avons besoin aujourd’hui de cet effort pour construire la paix et la fraternité! Bien entendu, cette visite marque également un moment important de rencontre avec le bouddhisme qui, en Mongolie, bénéficie d’une présence et d’une histoire très significatives, caractérisées par une sage recherche de la vérité, mais également marquées par de grandes souffrances dans le passé.
Ces dernières années, à côté du mode de vie traditionnel, nous assistons à une urbanisation croissante. Dans le contexte de ce changement social, quel rôle la visite du Saint-Père peut-elle jouer? Le Pape souligne souvent l’importance de la recherche de l’harmonie. Par cette expression, il entend suggérer une croissance globale, totale, c’est-à-dire une croissance humaine, sociale et spirituelle qui se tient à l’écart des risques d’homologation, sachant au contraire intégrer les différences et les changements comme facteurs de croissance, de sorte que la rencontre des contraires et des différences l’emporte sur l’affrontement et l’opposition. La société mongole traverse une période historique difficile, où la sagesse bien enracinée dans le peuple est appelée à combiner tradition et modernité, sans perdre ses racines et en promouvant le développement de tous. Le Pape, qui, en signe d’amitié et de grand respect, est heureux de rencontrer le peuple mongol, sera attentif à ces aspects.
Le dialogue entre le Saint-Siège et la Mongolie remonte à quelques 800 ans, à l’époque d’Innocent IV. Quelle est la nature de ces relations aujourd’hui? Dans le sillage des précédents historiques que vous venez de mentionner, la convergence d’intérêts a conduit à l’établissement formel de relations diplomatiques en 1992. Et la coopération qui s’est établie alors -même à un niveau formel- continue de progresser! Des progrès significatifs ont été réalisés dans des domaines d’intérêt commun, comme cela a été mis en évidence par la visite officielle de Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les États et les organisations internationales, en juin dernier. Cela va continuer. Le prochain voyage apostolique est donc une occasion propice pour renforcer encore ces liens, qui visent à promouvoir le bien commun, la liberté religieuse, la paix, le développement humain intégral, l’éducation, les échanges culturels, ainsi qu’à relever les défis communs qui affectent la région et la communauté internationale.
En ce sens, pouvons-nous nous attendre à un nouvel appel à la paix de la part du Saint-Père, en ces temps où le monde entier est déchiré par des conflits? Le Saint-Père continue d’appeler à la paix, pourquoi? Parce qu’il porte dans son cœur la douleur atroce causée par ce qu’il a lui-même longtemps appelé la « troisième guerre mondiale en morceaux ». Au-delà des appels explicites à la paix que le Pape pourrait lancer à cette occasion, il me semble que c’est la présence même du Pape en Mongolie qui constitue une invitation à la paix. Et ce, en raison de la place significative que ce pays occupe dans le grand contexte asiatique. Cette visite porte en elle l’appel au respect de chaque pays, petit ou grand, à l’observation du droit international, à la renonciation au principe de la force pour régler les différends, à la construction de relations de collaboration, de solidarité et de fraternité entre voisins et avec tous les pays du monde.
La Chine est un grand pays limitrophe de la Mongolie, une nation que François considère avec beaucoup d’intérêt. Un voyage en République populaire de Chine est-il envisagé, même si ce n’est pas dans un avenir proche? Tout le monde connaît l’intérêt que porte le Pape François à la Chine. Et en ce qui concerne votre question, je peux dire qu’il y a dans le cœur du Saint-Père ce grand désir, un désir tout à fait compréhensible qu’il a déjà manifesté publiquement à plusieurs reprises, de se rendre dans ce noble pays. À la fois pour visiter la communauté catholique et l’encourager sur le chemin de la foi et de l’unité, mais aussi pour rencontrer les autorités politiques, avec lesquelles il a déjà eu l’occasion d’échanger des points de vue. Ces autorités politiques avec lesquelles le Saint-Siège a établi depuis longtemps un dialogue, confiant que, malgré les difficultés et les obstacles sur le chemin, c’est précisément par cette voie du dialogue et de la rencontre, plutôt que par celle de l’affrontement idéologique, que l’on peut obtenir de bons fruits pour tous.
Le Saint-Père est revenu récemment des JMJ de Lisbonne où, comme il l’a souligné, l’espérance est devenue visible chez les jeunes. Où nous mène ce voyage en Mongolie? La devise du voyage -nous le savons- est « Espérer ensemble » et donc, une fois de plus, l’accent est mis sur l’espérance, qui sera également le thème du Jubilé de 2025. Pourquoi tant d’insistance sur l’espérance? Évidemment, parce que notre monde en a tellement besoin! Notre monde manque d’espérance, face aux nombreux drames personnels et collectifs qu’il vit. Une espérance qui n’est pas une attente vide, attendre que les choses s’améliorent, presque sous une forme magique, mais qui se fonde, au moins pour nous chrétiens, sur la foi, c’est-à-dire sur la présence de Dieu dans notre histoire, et qui se transforme en même temps en un engagement personnel et collectif, un engagement actif, pour l’amélioration du monde, et cela nous pouvons le faire ensemble, croyants et laïcs, tous ceux qui sont convaincus de cette possibilité. Ici, il me semble que le fait que le Pape parte pour des pays géographiquement éloignés et qu’il affronte aussi les inconvénients qui en découlent, c’est précisément pour signifier son désir de témoigner activement et de promouvoir concrètement l’espérance dans le monde d’aujourd’hui.
Éminence, quelle est votre espérance, quelles sont vos attentes? Je partage les attentes du Saint-Père, celles que je viens d’essayer de décrire. Il me semble en outre que les voyages apostoliques du Pape, du Successeur de Pierre, sont d’une grande importance et d’une grande efficacité pour attirer l’attention de toute l’Église sur certaines communautés qui la composent et qui, comme dans le cas de la Mongolie, sont numériquement peu nombreuses et courent donc le risque, d’une part, de ne pas être toujours suffisamment connues, appréciées et prises en considération; et d’autre part, cela permet à ces communautés d’offrir leur contribution à l’Église dans son ensemble, en attirant l’attention sur ce qui est fondamental pour sa vie et pour sa mission. Je dirais qu’elles sont un peu comme les premières communautés chrétiennes dont nous devons nous inspirer. Je suis convaincu que cela se produira, et que cela se produira également en cette occasion. Et je prie en ce sens.
Une suite de Laudato si’ sera publiée le 4 octobre
Au cours de l’audience générale du mercredi 30 août, le Pape François a annoncé qu’une deuxième partie de l’encyclique Laudato Si’ sera publiée le 4 octobre. «Il est nécessaire d’être aux côtés des victimes de l’injustice environnementale et climatique, en s’efforçant à mettre fin à cette guerre insensée contre notre maison commune, qui est une terrible guerre mondiale», a déclaré le Saint-Père.
Vatican News
Durant l’audience générale du mercredi 30 août, le Pape François a confirmé la publication de la deuxième partie de l’encyclique Laudato si’, document consacré à «la protection de la maison commune». Cette extension du l’encyclique du 18 juin 2015 sera publiée le 4 octobre, peu après la célébration de la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création. Prévue le 1er septembre, cette journée a pour thème cette année « Que la justice et la paix coulent ».
«Le 1er septembre, nous célébrons la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création, inaugurant le Temps de la création qui durera jusqu’au 4 octobre, fête de saint François d’Assise. À cette date, je prévois de publier une exhortation, une seconde Laudato si’. Rejoignons nos frères et sœurs chrétiens dans notre engagement à prendre soin de la Création, don sacré du Créateur. Soutenons les victimes de l’injustice environnementale et climatique, en nous efforçant de mettre fin à la guerre insensée contre notre maison commune, qui est une terrible guerre mondiale. Je vous invite tous à travailler et à prier pour qu’elle regorge à nouveau de vie.»
Lors de son audience avec un groupe d’avocats des pays membres du Conseil de l’Europe lundi 21 août, le Pape avait déjà confié être en train d’écrire une deuxième partie de l’encyclique «afin de mettre à jour les problèmes actuels». Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, avait alors souligné qu’il s’agirait d’une lettre visant à répondre en particulier aux récentes crises climatiques.
Aux côtés des victimes de l’injustice environnementale
Le 4 octobre, «je prévois de publier une exhortation, une seconde Laudato si’. Rejoignons nos frères et sœurs chrétiens dans l’engagement de sauvegarder la Création comme un don sacré du Créateur», a affirmé le Souverain Pontife.
Selon le Saint-Père, «il est nécessaire d’être aux côtés des victimes de l’injustice environnementale et climatique, en s’efforçant à mettre fin à cette guerre insensée contre notre maison commune, qui est une terrible guerre mondiale». François invite à œuvrer et à prier pour qu’elle soit à nouveau abondante.
Transformer les politiques publiques
Dans son message, le Pape propose de «transformer nos cœurs, nos modes de vie et les politiques publiques». Il revient sur la conversion écologique et la nécessité de ne plus considérer la création comme un objet à exploiter, mais comme une réalité à garder «comme un don sacré du Créateur». Toujours dans ce texte, le Souverain pontife insiste sur la nécessité de «transformer les politiques publiques qui régissent nos sociétés et façonnent la vie des jeunes d’aujourd’hui et de demain». Il souligne l’importance de la synodalité et souhaite «qu’en ce temps de la création, en tant que disciples du Christ dans notre cheminement synodal commun, nous vivions, travaillions et priions pour que notre maison commune puisse à nouveau regorger de vie».
À quelques heures de l’arrivée du Souverain pontife en Mongolie, la petite communauté catholique s’attèle aux derniers préparatifs pour ce voyage à la rencontre d’une Église méconnue.
Olivier Bonnel – Envoyé spécial à Oulan-Bator, Mongolie
«Mais qui est le Pape?» C’est une question régulièrement revenue dans la bouche des certains prêtres missionnaires en Mongolie, se faisant l’écho de leurs ouailles. Elle traduit la singularité de ce 43e voyage apostolique. Pour la petite communauté catholique mongole, la venue du Pape François est avant tout celle d’un quasi-inconnu, qui leur fait l’honneur de venir visiter l’une des plus modestes Églises de la planète.
Si cette première visite d’un évêque de Rome sur les traces de Gengis Kahn reste un événement, cela se traduit dans les rues d’Oulan-Bator avec une certaine modestie. À l’aéroport de la capitale, un stand affiche le visage du Souverain pontife et propose de télécharger le programme via un QR code. Mais les rues de la ville restent pour le moins discrètes. On est loin des allées qui pavoisent et qui seraient bondées de pèlerins saluant le Saint-Père, comme dans les grandes nations catholiques qu’il a récemment visitées.
Les paroisses mobilisées
C’est aux abords des paroisses de la capitale que l’on s’affaire. La plupart des missionnaires vivant sur place ont été réquisitionnés pour superviser les derniers détails, que ce soit à la cathédrale des Saints-Pierre et Paul, première église érigée dans le pays où le Pape rencontrera samedi après-midi la communauté catholique locale, ou bien dans la Steppa Arena, écrin flambant neuf où se loge la patinoire nationale, lieu choisi pour la célébration de la messe dimanche.
À la paroisse Saint-Thomas d’Aquin, tenue par les frères scheutistes et située dans le centre-ville, une atmosphère joyeuse règne dans les couloirs. Sur un présentoir, à l’entrée de la chapelle, des tee-shirts aux couleurs de la Mongolie et du Vatican, ainsi que des sacs arborant la devise de ce voyage «Espérer ensemble» ont été mis en vente, tout comme une urne pour les dons. Les sommes récoltées pourront couvrir les frais de déplacement des catholiques vivant hors de la capitale.
«Nous sommes tous très excités, c’est la première fois que l’on accueille un aussi grand personnage comme le Pape, sourit le père Jay Mark Gutierrez, d’origine philippine, membre de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie, les émotions sont mélangées, des catholiques mongols demandent plusieurs fois par jour à quelle heure il faut partir pour la cathédrale, ils sont joyeux comme des enfants, mais ils ne savent pas pourquoi». La joie est timide mais prégnante, dans ces visages prêts à accueillir un Pape, venu donner de la visibilité à ce petit troupeau au sein de la Mongolie.
Oulan-Bator, la capitale mongole, attend le Pape François.
Il nous est tous déjà arrivé, dans diverses circonstances, de nous sacrifier pour autrui. Il suffirait déjà de compter ici le nombre de parents et le nombre de sacrifices qu’ils ont consenti. Le Christ – lui – s’est sacrifié jusqu’à la mort ; il a donné sa vie sur la Croix. Mais gardons, dès à présent en mémoire, l’image de parents qui iraient rechercher leur enfant dans les flammes. Qu’est-ce qui se passe dans leur cœur et qu’en retenir pour comprendre l’amour de Dieu ?
Lorsqu’il dit « tu m’as séduit, et j’ai été séduit », Jérémie parle de la force du lien d’amour qui le lie à Dieu. Et cet amour pour Dieu pousse Jérémie au sacrifice. Il doit annoncer « Violences et dévastations ! » à Jérusalem qui est une ville corrompue. Ce qui lui vaut en retour « insultes et moqueries ». Bien que brûlant d’amour pour Dieu, Jérémie n’en peut plus de se sacrifier pour sauver Jérusalem. Il est écartelé entre l’appel de Dieu qui le force à parler, à dénoncer le mal et la sagesse humaine qui le pousse à se taire. Il envisage même de chasser Dieu de ses pensées : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. ».
Il ne peut pourtant s’y résoudre. Il dit : « [La parole de Dieu] était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir. »
Face aux insultes et aux moqueries, face à l’adversité, à la difficulté de se sacrifier, Jérémie a un mouvement de recul. Il essaye de se convaincre de renoncer au sentiment d’amour divin qui le motive : c’est trop dur, trop dangereux, je n’en suis pas capable. Il est plus raisonnable, pour Jérémie, d’oublier Dieu que d’endurer encore des souffrances. Pourtant, il s’épuise à maîtriser l’élan irrationnel de son cœur ; il n’y réussit pas. Et nous savons que Jérémie finira martyrisé.
Que retenir à ce stade ? Que le sacrifice de soi répond à un élan irrationnel d’amour : qu’il est naturel et raisonnable de penser y renoncer ; mais qu’y renoncer nous donnerait par ailleurs le sentiment de renoncer à cet amour extraordinaire qui le motive. Si nous reprenons l’image que nous avons gardée en mémoire : c’est parce qu’il aurait l’impression de renoncer à l’amour même de son enfant, qu’un parent se jette dans les flammes pour aller le rechercher. Mais il est bien évidement naturel d’avoir un mouvement de recul face au péril.
Le regard de Jérémie a changé. L’amour brûlant qu’il a pour Dieu transcende l’idée de sacrifice qui, en retour, n’est plus une fin en soi mais le signe de cet amour.
Le psaume 62 lui-même, qui est traditionnellement invoqué pour chanter, dès l’aube, dans les communautés religieuses, le sacrifice de la journée à Dieu, traduit ce sentiment intense d’amour qu’éprouve Jérémie : « Après toi languit ma chair … Ton amour vaut mieux que la vie ». Le psaume chante ce changement de regard qui transcende le sacrifice : ce sentiment d’un amour plus grand que tout, qui va au-delà de la souffrance et de la mort.
Et quand Paul écrit : « Je vous exhorte, frères, à présenter à Dieu votre corps – votre personne tout entière – en sacrifice vivant » dans cette langue si forte qu’il nous donne presque l’impression qu’il faudrait nous allonger sur l’autel et nous arracher nous-même le cœur en sacrifice sanglant pour Dieu. Ce n’est pas à la souffrance qu’il nous invite, mais bien à avoir, pour Dieu, un amour brûlant comme celui de Jérémie, un amour qui transcende le sacrifice.
Il ajoute : « c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte ». Paul ne demande pas que nous nous arrachions le cœur dans un élan douloureux – le culte chrétien n’est essentiellement plus une question de rites. Le véritable culte chrétien c’est d’aimer de l’amour qu’éprouvent ceux qui se sacrifient par amour. C’est seulement enracinés dans cet amour sacrificiel que nos rites trouvent leur sens.
Au début de la lecture de l’Évangile, Jésus annonce aux disciples qu’il lui faudra bientôt monter à Jérusalem et y subir, lui aussi, le sacrifice de sa vie. Pierre incarne ici le mouvement de recul qu’on avait décelé chez Jérémie : c’est trop dangereux, c’est plus raisonnable d’abandonner, n’y vas pas, reste ici.
Ce dont Pierre ne se rend pas compte – et que Jésus lui fait réaliser par le plus vif reproche qu’on trouve dans tout le Nouveau Testament : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute ! » – c’est qu’il veut raisonnablement empêcher Jésus d’incarner parfaitement cet amour fou de Dieu pour l’Humanité qui va au-delà de tous les sacrifices, jusqu’au don ultime de soi par amour.
Dimanche passé nous lisions que Pierre reconnaissait à Jésus le titre de Messie, le Fils du Dieu vivant. Aujourd’hui l’Écriture nous montre que, au lieu de devenir la pierre sur laquelle bâtir l’Église, il est possible de devenir une pierre d’achoppement en refusant de donner à l’élan d’amour vers le Christ sa pleine mesure, la mesure déraisonnable et sacrificielle de son accomplissement. « La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure. » disait saint Augustin que nous fêtions lundi.
Le sacrifice de soi est un acte déraisonnable qui, s’il est consenti par amour, ne peut être qu’à la mesure d’un amour déraisonnable, proprement inimaginable, à la hauteur de l’amour de Dieu.
Toutes les fois où nous avons accepté de véritablement donner de notre vie pour autrui : là nous avons offert le véritable sacrifice qui plaît à Dieu ; là nous avons touché son amour authentique, là nous lui avons rendu un culte véritable.
Essayons donc de nous souvenir avec joie des moments où nous avons sacrifié notre vie par amour. Parce que là, nous avons touché au divin.
Les textes bibliques de ce dimanche sont un appel à suivre les pensées de Dieu qui ne sont pas celles des hommes. C’est ce qui s’est passé pour le prophète Jérémie. Dieu lui a confié une mission extrêmement difficile. Il a été envoyé pour appeler le roi, les prêtres et le peuple à se convertir. Il leur annonce de la part de Dieu que leurs fautes auront des conséquences dramatiques. À plusieurs reprises, le prophète a essayé de se soustraire à cette mission qui lui a causé bien des ennuis. Mais c’est comme un feu dévorant qu’il ne peut maîtriser. Il a été séduit par plus grand que lui. Dans toutes nos épreuves, le Seigneur nous apprend à nous abandonner avec amour à lui.
Dans la seconde lecture, nous avons le témoignage de Paul. Nous savons qu’au départ, il pensait sauver l’honneur de Dieu en persécutant les chrétiens ; mais un jour, il a été saisi et entièrement transformé par le Christ. Il a abandonné ses certitudes pour s’ajuster au vrai Dieu qui est amour. Aujourd’hui, il nous recommande de ne pas prendre pour modèle le monde présent. Ce qui est important, ce n’est pas ce que nous pouvons penser mais ce que le Seigneur nous dit dans son Évangile ; c’est pour nous un appel à renoncer aux idées du monde et à changer nos cœurs et nos esprits afin de pouvoir discerner la volonté de Dieu.
Avec l’Évangile, nous arrivons à un moment crucial de la vie de Jésus : il vient de vérifier que Pierre et les autres disciples croient en lui comme Messie. Mais nous nous rappelons que cet évangile se terminait par la consigne du silence. Aujourd’hui, nous comprenons mieux pourquoi. C’est vrai, Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant. Mais dans l’esprit de Pierre, il y a une confusion : Comme la plupart des gens de son pays, Pierre attendait un Messie qui prendrait le pouvoir et chasserait l’occupant romain de son pays. Or voilà que Jésus annonce qu’il doit “partir à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des prêtres et des scribes, être tué et le troisième jour ressusciter”. Jésus est un Messie qui va mourir de mort violente. Le supplice de la croix était la torture la plus terrifiante. Pour les juifs, c’était le sommet de la honte. C’était le signe visible de la malédiction divine.
Nous comprenons la réaction de Pierre. Peu de temps auparavant, il avait vu Jésus transfiguré “sur la montagne sainte” et il avait entendu la voix du Père disant : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le.” Aujourd’hui, Pierre ne comprend plus. Il refuse le destin tragique d’un Messie promis à la croix et il le dit. Jésus le réprimande car ses pensées ne sont pas “celles de Dieu mais celles des hommes”. Sans se rendre compte, il joue le rôle de Satan, le tentateur. Il barre la route à Jésus au lieu de le soutenir et de marcher avec lui. Et nous trouvons là ce qu’on pourrait appeler le premier reniement de Pierre.
Comprenons bien : La tentation d’aujourd’hui est terrible : Jésus doit se défendre contre ses amis les plus chers, en particulier contre Pierre. Croyant bien faire, ces derniers l’appellent sur un autre chemin que le chemin pascal. C’est alors que Jésus élargit son propos : Si Pierre a cette réaction c’est parce qu’il n’a pas compris ce que veut dire “être disciple”. Une mise au point s’impose. Il est impossible d’être sauvé sans accepter de “perdre sa vie” et de s’en remettre à Dieu. Ce sont les paroles mêmes de Jésus. Nous vivons dans un monde qui recherche la gloire, les honneurs et surtout l’argent. Mais le risque est grand d’oublier que nous sommes nés pour aimer. Dieu qui est amour nous a créés pour nous rendre participants à son amour. Il nous appelle à progresser dans l’amour et à offrir notre vie par amour pour Jésus.
Cet évangile nous rejoint dans ce que nous vivons, en particulier dans nos tentations. Comme Pierre, il nous arrive souvent de nous éloigner des pensées de Dieu. Nous rêvons un peu trop d’une Église triomphante. Le pape François nous met en garde contre le risque d’être des “mondains” en nous laissant entraîner par les idées du monde. À ce moment-là, nous devenons comme le sel qui vient à s’affadir. C’est ce qui se passe quand le chrétien dans la mentalité du monde. Là encore, le pape nous dit que ces chrétiens ressemblent à du vin coupé avec de l’eau. On ne sait pas s’ils sont chrétiens ou mondains. Ils sont comme le sel qui perd de sa saveur parce qu’ils sont livrés à l’esprit du monde.
Voilà ces textes bibliques qui nous provoquent à nous ajuster à Dieu et à son projet. C’est une conversion de tous les jours qui ne sera possible que dans la méditation de l’Évangile chaque jour et dans la prière. Si nous le voulons bien, le Christ sera toujours là pour nous guider sur le chemin de la vie et nous accompagner dans notre lutte contre la tentation. Avec lui, les forces du mal n’auront jamais le dernier mot. Il en a été victorieux et il veut nous associer tous à sa victoire.
C’est pour mieux répondre à cet appel du Seigneur que nous nous réunissons chaque dimanche pour célébrer l’Eucharistie. C’est là que nous nous nourrissons de la Parole et du Corps du Christ. Grâce au don qu’il nous fait, nous apprenons à ne pas nous conformer au monde mais à lui et à son amour. En lui, nous entrons dans une vie féconde source de joie et de partage, source de paix et d’amour. La Vierge Marie nous précède sur ce chemin ; laissons-nous guider par elle.