L’exhortation apostolique sur Thérèse de Lisieux bientôt disponible!

Antoine Mekary | ALETEIA

En juin dernier, François avait exprimé son intention de dédier à sainte Thérèse une lettre apostolique. Lors de l’angélus ce dimanche 1er octobre, il a annoncé que le document paraîtrait le 15 octobre 2023.

Le pape François dit lui-même de Thérèse qu’elle est sa sainte préférée. Quel est votre saint ou votre sainte favori(te) ? « Sainte Thérèse de Lisieux« , répond-il sans hésiter dans le livre-entretien Des pauvres au pape, du pape au monde (Éditions du Seuil) paru le 1er avril 2022. « Vous dites cela parce que certains d’entre nous sommes Français ? », demande l’un de ses interlocuteurs – des pauvres conduits par l’association Lazare. « Pas du tout ! s’exclame alors le Pape. Allez dans ma chambre et vous verrez qu’il y a là beaucoup de choses de la petite Thérèse. »

En effet, François possède des livres sur la jeune carmélite normande, des reliques, mais aussi des images pieuses de Thérèse déguisée en Jeanne d’Arc qu’il a coutume de glisser dans ses courriers… Et bientôt, une lettre apostolique viendra de nouveau manifester sa dévotion envers la sainte Française.

Le zèle missionnaire de Thérèse

Pourquoi la petite Thérèse le fascine-t-elle tant ? La réponse réside dans le zèle missionnaire de Thérèse, que François souhaite ériger comme modèle pour chaque chrétien. « Elle est la patronne des missions, bien qu’elle ne soit jamais partie en mission », soulignait-il le 7 juin 2023 lors de l’audience générale en présence des reliques de Thérèse. « Son cœur était vibrant, était missionnaire. Dans son « diaire », elle raconte qu’être missionnaire était son désir et qu’elle voulait l’être non seulement pour quelques années, mais pour le reste de sa vie, voire jusqu’à la fin du monde. »

« Faire aimer Jésus et intercéder pour que les autres puissent l’aimer. »

Les chrétiens sont invités à se laisser guider par le témoignage de Thérèse dans leur vocation missionnaire. Pour le Pape, le missionnaire n’est pas seulement celui qui part au loin, « qui parcourent de longues distances, apprennent de nouvelles langues, font de bonnes œuvres et sont doués pour l’annonce ». C’est plutôt « celui qui vit, là où il se trouve, comme instrument de l’amour de Dieu ; c’est celui qui fait tout pour que, par son témoignage, sa prière, son intercession, Jésus soit manifesté. » Celui qui ne procède pas par prosélytisme mais par attraction : « La foi nait par attraction, on ne devient pas chrétien parce qu’on y est forcé par quelqu’un, non, mais parce qu’on est touché par l’amour ». En juin dernier, François rappelait l’objectif quotidien de Thérèse : « Faire aimer Jésus » (Lettre à Céline, 15 octobre 1889), et intercéder pour que les autres puissent l’aimer. 

« Sainte de la confiance »

Rendant hommage à « la sainte de la confiance », le pape a souhaité que Thérèse de l’Enfant-Jésus « nous aide à avoir confiance et à travailler pour les missions ». Le pontife argentin a alors indiqué la date du 15 octobre pour la publication du document qui s’inscrit dans le cadre du 150e anniversaire de la naissance de la carmélite, et du 100e anniversaire de sa béatification (29 avril 1923).

Source : ALETEIA.ORG, le 1er octobre 2023

Conseils pour maintenir la paix et la confiance en Dieu lorsque les inquiétudes nous pèsent.

Cet article (site web National Catholic Register) est basé sur le dernier livre de dévotion d’Edward Sri (*) « Quand vous priez : confiance, abandon et transformation de votre âme »:

« Pour moi, la prière est un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le ciel, un cri d’action de grâce et d’amour dans les moments d’épreuve comme dans les moments de joie (Sainte Thérèse de Lisieux).

Y a-t-il quelque chose qui vous perturbe en ce moment : une certaine relation, un problème au travail, un défi avec un de vos enfants, un stress financier ? Y a-t-il quelque chose qui vous fait perdre la paix ? 

Jésus dit : « Ne vous inquiétez pas » (Matthieu 6 :35), mais comment pouvons-nous maintenir notre paix et notre confiance en Dieu alors que tant de soucis nous accablent ?

 L’anxiété ne vient pas de Dieu

Bien entendu, Dieu veut que nous accordions l’attention voulue à nos responsabilités dans la vie et à nos projets d’avenir. Cela fait partie de la vertu de la prudence. 

Mais chaque fois que nous perdons notre paix intérieure, c’est le signe que nous tombons dans l’anxiété. C’est comme si le voyant moteur de notre voiture s’éteignait. C’est une indication que quelque chose ne va vraiment pas. 

De la même manière, lorsque nous perdons notre paix intérieure, c’est le signe que quelque chose d’important ne va pas bien dans notre vie spirituelle. Nous sommes trop attachés à quelque chose et nous nous abstenons de confier cet aspect particulier de notre vie entre les mains du Père. Nous voulons garder cette partie de notre vie entre nos mains. Ainsi, nous nous retrouvons à essayer de contrôler et de gérer les choses par nous-mêmes et nous finissons par « nous inquiéter et nous inquiéter de beaucoup de choses » (Luc 10 : 41). L’anxiété ne vient pas de Dieu.

Saint Thomas d’Aquin enseigne même que notre anxiété peut être un péché lorsque nous accordons trop d’importance à une préoccupation – lorsque nous craignons de manquer de ce dont nous avons besoin ou que nous pensons que nous devons absolument avoir quelque chose pour être heureux : « À moins que je n’obtienne ceci. travail, garder cette relation ou obtenir cette opportunité, ma vie est ruinée. J’ai peur de ne jamais être heureux si cela n’arrive pas.

 Faire confiance à Dieu

La plupart de nos peurs s’avèrent imaginaires. Les choses ne finissent généralement pas aussi mal que nous le redoutions au début. Mais même si nos plus grandes craintes se réalisaient, nous devons garder à l’esprit les paroles de saint Paul : « En toutes choses, Dieu œuvre au bien de celui qui l’aime » (Romains 8, 28). 

Le croyons-nous vraiment ? Croyons-nous vraiment qu’en toutes choses – peu importe ce qui se passe actuellement et peu importe ce qui pourrait arriver dans le futur – Dieu peut l’utiliser pour notre bien ? 

Avons-nous confiance que notre Père céleste travaille toujours pour notre bien ? Avons-nous confiance que même si nous devons faire face à une certaine perte, à un chagrin ou à une déception dans la vie, Dieu peut toujours en tirer du bien : du bien pour les autres, du bien pour l’Église, du bien pour le monde et même du bien pour nous. ? Nous disons croire en Dieu, mais dans les différentes épreuves qui se présentent à nous, notre confiance en Lui est souvent complètement ébranlée. 

Thomas d’Aquin enseigne que la clé pour lutter contre l’anxiété est de faire davantage confiance aux soins providentiels de Dieu pour nos vies. Mais comment?

S’abandonner dans la prière

S’il y a quelque chose qui vous pèse, une inquiétude qui vous cause de l’anxiété, il y a quelques choses pratiques que vous pouvez faire pour confier davantage cette préoccupation à Dieu.

Tout d’abord, nommez votre peur. Parlez-en à Dieu dans la prière. Admettez-lui humblement votre faiblesse, votre manque de confiance, votre anxiété. 

Deuxièmement, dites au Seigneur que vous voulez lui faire davantage confiance. Dites-lui que vous ne voulez pas être si anxieusement attaché à votre projet ou à votre rêve. Demandez-lui de vous aider à vous abandonner à son projet pour votre vie. 

Troisièmement, même si vous ne pouvez pas contrôler votre émotion de peur, vous pouvez toujours faire un acte de volonté – dès maintenant – et exprimer votre désir de faire davantage confiance à Dieu : « Jésus, je veux te faire davantage confiance . … Je ne veux pas être l’esclave de cette peur. … Je veux faire confiance à ton projet pour ma vie plus qu’à mon propre projet. S’il vous plaît aidez-moi. » Dites-lui que, même si cette souffrance que vous pouvez prévoir devait survenir, vous voulez avoir confiance qu’il vous donnera la grâce de vous aider à la surmonter et qu’il pourra en tirer du bien pour votre vie.

Quatrièmement, armez-vous d’un verset biblique comme « Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien » (Psaume 23 :1) ou Romains 8 :28 cité ci-dessus ou la prière du chapelet de la Divine Miséricorde : « Jésus, j’ai confiance en toi. .» Remplir notre esprit de vérité aide à percer les pensées les plus sombres qui conduisent à l’anxiété.

Le « Et si ? » Je

Enfin, vivez le moment présent. Chaque fois que je tombe dans le piège de m’inquiéter pour l’avenir, ma femme me rappelle ce point important. Elle ne me laisse jamais jouer à ce qu’elle appelle le jeu « Et si » (« Et si cela arrivait à nos enfants ?… Et si cela arrivait avec nos finances ?… Et si cela arrivait au travail ? »). Elle dit souvent : « Si ce scénario finit par se produire, nous pouvons nous en inquiéter à ce moment-là. Dieu nous donnera la grâce d’y faire face lorsque nous en aurons besoin. Mais cela n’est pas encore arrivé, donc nous n’avons pas la grâce de nous en occuper maintenant. Cela ne vaut tout simplement pas la peine de consacrer trop de temps à y réfléchir en ce moment.»

En effet, vivre le moment présent est un autre moyen essentiel d’éviter de sombrer dans l’anxiété face à l’avenir. »

(*) Edward Sri Edward Sri est un théologien, auteur et conférencier catholique bien connu qui apparaît régulièrement sur EWTN. Il a écrit plusieurs livres à succès, dont À son image : Soyez transformé en disciple , Marcher avec Marie et Qui suis-je pour juger ? Répondre au relativisme avec logique et amour . Sa dernière publication est Quand vous priez : un chemin clair vers une relation plus profonde avec Dieu . Il est l’un des dirigeants fondateurs de FOCUS avec Curtis Martin, où il est actuellement vice-président de la formation. Il est titulaire d’un doctorat de l’Université pontificale Saint-Thomas d’Aquin à Rome et est professeur adjoint à l’Institut Augustin. Il réside avec sa femme Elizabeth et leurs huit enfants à Littleton, Colorado.

Source : National Catholic Register, le 1er octobre 2023

Le pape François et son regard vers l’avenir

Le pape François et son regard vers l’avenir

Sommes-nous vraiment dans la dernière ligne droite du pontificat ? La question circule depuis un certain temps et est devenue encore plus persistante depuis que le pape François a subi sa première hospitalisation et son intervention chirurgicale il y a plus d’un an. Le pape François a cependant voulu démontrer par les faits que son pontificat n’est pas en phase de déclin. Il a multiplié ses activités. Il ne s’est jamais retenu. Il a commencé à accélérer les décisions. Mais s’agit-il d’une longue ligne droite ou d’un pontificat en apothéose ?

Ces questions sont légitimes, alors que le pape célèbre un nouveau consistoire et publie une exhortation apostolique sur l’écologie. Il semble en effet que le pape François n’ait jamais été aussi actif. Pourtant, les signes semblent être ceux d’un pontificat qui, en phase de déclin, cherche par tous les moyens à se montrer vivant, actif et présent. Un pontificat qui, d’une certaine manière, tente de s’accaparer l’avenir de l’Église.

Le consistoire du 30 septembre, à l’issue duquel il y aura 136 cardinaux habilités à voter au conclave, est un signal fort. Le pape François a tenu neuf consistoires en dix ans de pontificat, alors que Jean-Paul II en avait tenu neuf en vingt-sept ans. Le pape a été confronté à un important renouvellement des générations et l’a utilisé pour modifier et façonner le collège des cardinaux. Ce n’est pas seulement une question de bonnets rouges. Même certains épiscopats, comme l’épiscopat italien, ont connu une profonde transformation sous le pape François.

Ce consistoire, du point de vue des profils, est un consistoire classique du pape François. Il y a une attention portée aux périphéries (Malaisie) et aux pays en guerre (Soudan du Sud). Pour la première fois dans l’histoire, il y a un patriarche résident de Jérusalem. Il y a aussi des archevêques de sièges traditionnellement considérés comme cardinaux (Bogota et Madrid). Et il y a deux nonces (trois, si l’on compte Mgr Marchetto, qui ne vote toutefois pas au conclave), signe de l’attention constante que le pape François porte au monde diplomatique depuis avant son élection. On dit qu’aux congrégations générales, le pape n’a pas seulement prononcé le discours publié, mais aussi une intervention sur le rôle des diplomates qui a été très appréciée par ceux qui estimaient que, sous Benoît XVI, la partie diplomatique avait été négligée ou, du moins, mise sous tutelle.

Trois cardinaux de la Curie (Prevost, Gugerotti et Fernandez) auront également de l’influence lors d’un conclave ultérieur. Prévost avec tous les dossiers des évêques en main et Gugerotti avec une compétence diplomatique acquise et une connaissance des Églises orientales. Fernandez, cependant, semble être un choix pour l’avenir immédiat, dicté par le besoin du pape François d’avoir un ami qui interprète sa pensée.

Ce qui frappe dans ce consistoire, ce sont les chiffres. Il y a 136 cardinaux électeurs à la fin de ce consistoire, soit 16 de plus que la limite de 120 établie par Paul VI. Le nombre de cardinaux électeurs ne repassera sous la barre des 120 qu’à la fin de l’année 2024, lorsqu’ils seront 119. Parmi eux, 91 seront ceux créés par le pape François, 22 seront ceux créés par Benoît XVI et six seront ceux de Jean-Paul II. Au cours de l’année à venir, le pape François pourrait donc ne convoquer aucun consistoire parce qu’il a achevé le changement de génération et parce que chaque conclave à venir sera toujours un conclave avec les membres voulus par le pape François.

Cela signifie-t-il qu’un éventuel conclave suivra les instructions du pape ? C’est possible, mais pas certain. À la fin, le pape sera mort (ou aura renoncé) ; par conséquent, même les cardinaux se trouveront libres de réfléchir à des situations différentes de celles prévues. Le conclave pourrait-il cependant être influencé par le pontificat ? C’est possible, bien sûr, car l’attention des médias sur le pontificat a été très forte.

C’est ce qui était prévu. Dans de nombreux cas, l’élection du pape François a été présentée comme une sorte de « processus de rédemption médiatique » pour l’Église. Le pape, venu du bout du monde, était appelé à changer le récit de l’Église face à une image souillée.

Au-delà de la réforme de la Curie, tel était le mandat du pape. En définitive, cette sensibilité à l’opinion publique développée sous le pape François est frappante. Elle est d’autant plus frappante qu’elle semble désormais devenir la préoccupation première.

Nous ne savons pas si nous sommes dans un pontificat en déclin, mais nous savons que la pression des médias a influencé le pape. De l’archevêque de Paris Aupetit et sa démission acceptée sur « l’autel de l’hypocrisie » (dixit le pape François), au changement de braquet sensationnel sur les abus au Chili, le pape a toujours regardé l’opinion publique avec beaucoup d’attention. L’opinion publique ne dicte peut-être pas l’agenda, mais elle a du poids.

C’est un thème qui revient avec force dans ce que l’on appelle le « procès du siècle » au Vatican. La première réaction du pape a été de transférer les fonds de la Secrétairerie d’État à l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA), allant même jusqu’à mentionner un fonds dans la déclaration (le fonds Centurion) pour démontrer son engagement à couper toutes les branches mortes possibles, au risque d’entacher sa réputation.

Ces derniers jours, les parties civiles au Vatican ont demandé des compensations pour les dommages subis, et l’IOR et la Secrétairerie d’État ont demandé des compensations pour l’atteinte à leur image. Une société externe a évalué les dommages à la réputation et le coût est celui estimé pour une campagne de reconstruction de la réputation. Mais en quoi consiste cette campagne ? Y aura-t-il des spots publicitaires ? S’agira-t-il d’articles payants ? Comment une institution comme le Secrétariat d’Etat peut-elle décider de refaire son image médiatique ? Comment un organisme comme l’IOR peut-il ne vouloir reconstruire son image qu’à travers une opinion publique favorable ?

Les demandes sont en quelque sorte le symptôme de ce pontificat. La réponse est donc peut-être que nous ne sommes pas à la fin du pontificat, ni à son apogée. Nous sommes plutôt à un moment où le pape essaie de s’assurer qu’il a préparé tout le terrain pour que ses décisions soient comprises et appliquées. Il y a le moment de l’attente, le moment de la médiation, le moment de la présence publique. Nous sommes probablement dans ce troisième moment.

Ainsi, après avoir assuré l’héritage cardinalice avec le consistoire, le pape François publiera un nouvel appel sur l’environnement et célébrera ensuite un synode qui s’annonce explosif et controversé. Lorsque le pape François se tourne vers l’avenir, il dit vouloir ouvrir des processus. Il est peu probable que ces processus s’achèvent avec la fin de son pontificat. Mais il est tout aussi peu probable qu’ils soient poursuivis dans « l’esprit de François ».

Source : D’Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican, le 2 octobre 2023

Haut Karabagh, une honte européenne

Une épuration ethnique est en cours au Haut Karabagh avec plus de 100 000 réfugiés qui ont dû fuir les massacres, les viols, la torture, à la suite de l’invasion de cette enclave arménienne par l’Azerbaïdjan. Mais cette fois, l’Europe des droits de l’homme a fait quasi silence, a lâchement fermé les yeux en dehors de quelques coups de menton ou communiqués verbeux. Mais il y a pire. C’était il y a un an, le 18 juillet 2022, Mme Ursula Von den Layen présidente de la Commission européenne rencontrait à Bakou le dictateur et bourreau des Arméniens, Ilham Aliev et se pavanait devant les caméras de télévision en signant un accord gazier avec ce dernier. L’idée était de remplacer médiatiquement le gaz russe par du gaz d’Azerbaïdjan. Depuis, Cette dame a-t-elle démissionné pour autant? Non, elle parade plus que jamais. Pourtant, par cette signature, les Européens donnaient une sorte de feu vert au massacre en cours et à nouvelle crise humanitaire. Mais celle-ci n’intéresse pas grand monde. Alors aujourd’hui, silence motus. Tabou sur les agissements de cette dame: il n’en est pas question, aucune critique à son encontre dans les médias officiels. Pourtant, le génocide arménien par les Turcs de 1915 (plus d’un million de morts) pourrait servir de leçon. Mais non, l’Europe ferme les yeux, cette fois-ci, pas de sanctions, pas de soutien militaire significatif à l’Arménie menacée à son tour. Peut-être que la haine de soi a encore frappé: dès lors que ce sont des musulmans qui massacrent des chrétiens, et non l’inverse, quelle importance? Ou bien encore, le Haut Karabagh et l’Arménie ne font-ils pas partie des projets de l’Occident, comme l’Ukraine? En tout cas, nous assistons à un formidable ballet d’hypocrisie: les droits de l’homme et l’indignation sélective: quand cela nous arrange, conformément à nos intérêts. Et quand cela ne nous arrange pas, on ferme les yeux, voire pire, non seulement on ne fait rien pour s’y opposer, mais on encourage le massacre par la signature d’un accord gazier scandaleux.

Source : de Maxime Tandonnet sur son blog, le 2 octobre 2023

Les cinq « dubia » de cinq cardinaux sur des points essentiels du Synode. Auxquels le Pape n’a pas répondu

Les cinq « dubia » de cinq cardinaux sur des points essentiels du Synode. Auxquels le Pape n’a pas répondu

Plus de quarante jours se sont écoulés depuis que cinq cardinaux ont remis au Pape François et au Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi, ce 21 août, cinq « dubias » portant sur autant de points essentiels de la doctrine et de la morale.

Mais ils n’ont pas reçu de réponse. Ils ont donc décidé de les rendre publics.

Les cinq cardinaux sont issus d’autant de continents. Il s’agit de l’Allemand Walter Brandmüller, de l’Américain Raymond Leo Burke, du Mexicain Juan Sandoval Íñiguez, du Guinéen Robert Sarah et du Chinois Joseph Zen Ze-Kiun. Ceux-ci se disent à leur tour convaincus que même feu le cardinal George Pell « partageait ces ‘dubia’ et aurait été le premier à les signer ».

Les cinq « dubia » qu’ils ont formulés touchent en plein cœur le Synode qui s’ouvre à Rome ce 4 octobre.

Ces évêques demandent au Pape si l’Église peut, oui ou non, enseigner le contraire de ce qu’elle a toujours enseigné en matière de foi et de morale, et si un synode tel que celui qui est en train de se dérouler, rassemblant également de simples baptisés, peut être investi de l’autorité qui a toujours appartenu exclusivement au Pape et aux évêques.

Plus précisément, ils demandent que la clarté soit faite sur trois points aujourd’hui controversés : la bénédiction des couples homosexuels, l’ordination des femmes au sacerdoce et l’absolution sacramentelle donnée à tous et toujours, sans conditions.

Le document publié intégralement sur cette page est la lettre que les cinq cardinaux ont remise au Pape le 21 août.

Mais elle a tout de même un précédent. Parce que le 10 juillet, les cinq cardinaux avaient remis au Pape François et au Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi une première formulation de ces mêmes « dubia » :

> “Il est demandé si…” – 10 juillet 2023

Mais les cardinaux avaient trouvé cette réponse aussi redondante (sept pages dans l’original en langue espagnole) qu’elle était vague et évasive, bien loin de dissiper les cinq « dubias ».

Bien que signée par François, cette lettre était empreinte du style d’écriture de son théologien de confiance, l’Argentin Victor Manuel Fernández, qui était sur le point de prendre ses fonctions comme nouveau préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi.

Les cinq cardinaux ont donc décidé de présenter à nouveau au Pape leurs « dubia », reformulés de manière plus rigoureuse, de sorte qu’il faille y répondre par « oui » ou par « non », sans échappatoire, comme c’est l’usage et comme cela avait déjà été le cas en 2021, sous la signature du préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi Luis F. Ladaria, justement en réponse à un « dubium » sur la bénédiction des couples homosexuels :

> “Responsum” à un “dubium” au sujet de la bénédiction…

Comme on le sait, ce « non » du cardinal Ladaria à la bénédiction des couples homosexuels – publié avec le « consentement » explicite du Pape – a cependant ensuite été, dans les faits, contredit à plusieurs reprises par le Pape François en personne. Et c’est vraisemblablement l’une des raisons qui a incité l’ex-préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi, également humilié par le Pape sur d’autres questions graves, à annuler sa participation au Synode qui s’ouvrira le 4 octobre.

Dans tous les cas, le Pape n’a toujours fourni aucune réponse aux « dubia » tels qu’ils lui ont été reproposés le 21 août. Et après avoir passé quarante jours à attendre en vain, les cinq cardinaux ont décidé de rendre public l’intégralité du dossier, en le confiant, pour l’Italie, à Settimo Cielo.

Voici donc ci-dessous la lettre remise le 21 août par les cinq cardinaux au Pape, précédée par une « notification » adressée aux fidèles dans laquelle ils donnent les raisons de leur initiative.

*

1. Notification aux fidèles du Christ au sujet des “dubia” soumis au Pape François

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Nous, membres du Sacré Collège des Cardinaux, en vertu du devoir de tous les fidèles « de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église » (can. 212 § 3), et surtout en vertu de la responsabilité incombant aux Cardinaux d’assister « le Pontife Romain… individuellement… surtout dans le soin quotidien de l’Église tout entière » (can. 349), au vu de diverses déclarations de prélats haut placés se rapportant à la célébration du prochain Synode des Évêques, déclarations ouvertement contraires à la doctrine et à la discipline constantes de l’Église, et qui ont engendré et continuent d’engendrer parmi les fidèles et les autres personnes de bonne volonté une grande confusion ainsi que la chute dans l’erreur, nous avons manifesté au Pontife romain notre très profonde préoccupation.

Par notre lettre du 10 juillet 2023, recourant à la pratique éprouvée de la soumission de “dubia” [questions] à un supérieur pour donner à ce dernier l’occasion de clarifier, par ses “responsa” [réponses], la doctrine et la discipline de l’Église, nous avons soumis cinq “dubia” au pape François, dont une copie est jointe en annexe. Le pape François y a répondu par lettre du 11 juillet 2023.

Ayant étudié sa lettre qui ne suivait pas la pratique habituelle des “responsa ad dubia” [réponses aux questions], nous avons reformulé les “dubia” pour obtenir une réponse claire fondée sur la doctrine et la discipline pérennes de l’Église. Par notre lettre du 21 août 2023, nous avons soumis au Pontife romain les “dubia” reformulés, dont une copie est jointe en annexe. À ce jour, nous n’avons pas reçu de réponse à ces “dubia” reformulés.

Étant donné la gravité de la matière de ces “dubia”, et spécialement en raison de l’imminence de la session du Synode des Évêques mentionnée plus haut, nous estimons qu’il est de notre devoir de vous informer, vous les fidèles (can. 212 § 3), afin que vous ne soyez pas sujets à la confusion, à l’erreur et au découragement, mais que vous puissiez prier pour l’Église universelle et, en particulier, pour le Pontife romain, afin que l’Évangile soit enseigné avec toujours plus de clarté, et suivi avec une fidélité toujours croissante.

Bien vôtre dans le Christ,

Walter Card. Brandmüller
Raymond Leo Card. Burke
Juan Card. Sandoval Íñiguez
Robert Card. Sarah
Joseph Card. Zen Ze-kiun

Rome, le 2 Octobre 2023

*

2. A Sa Sainteté François, Souverain Pontife

Très Saint Père,

Nous vous sommes très reconnaissants des réponses que vous avez aimablement voulu nous adresser. Nous voudrions tout d’abord vous préciser que si nous vous avons posé ces questions, ce n’est pas par crainte du dialogue avec les hommes de notre temps, ni par peur des questions qu’ils pourraient nous poser au sujet de l’Évangile du Christ. Tout comme Votre Sainteté, nous sommes en effet convaincus de ce que l’Évangile apporte la plénitude à la vie humaine, et qu’il offre des réponses à chacune de nos interrogations. C’est une autre préoccupation qui nous anime : nous sommes inquiets de voir qu’il se trouve des pasteurs qui doutent de la capacité de l’Évangile à transformer le cœur des hommes et finissent par leur proposer non pas une saine doctrine, mais des « enseignements selon leurs propres désirs » (cf. 2 Tm 4, 3). Nous sommes également préoccupés par le fait qu’on ne comprenne pas que la miséricorde de Dieu ne consiste pas à couvrir nos péchés, mais qu’elle est bien plus grande, en ce qu’elle nous permet de répondre à son amour en gardant ses commandements, c’est-à-dire en nous convertissant et en croyant à l’Évangile (cf. Mc 1, 15).

Usant de même sincérité dont vous avez fait preuve à travers vos réponses, nous nous devons d’ajouter que celles-ci n’ont pas levé les doutes que nous avions exprimés, mais qu’elles les ont plutôt aggravés. Nous nous voyons donc dans l’obligation de soumettre à nouveau, en les reformulant, ces questions à Votre Sainteté, vous qui en tant que Successeur de Pierre êtes chargé par le Seigneur de confirmer vos frères dans la foi. Cela est d’autant plus urgent à la veille du prochain Synode, alors que beaucoup souhaitent utiliser celui-ci pour contredire la doctrine catholique, précisément sur les points sur lesquels portent nos “dubia”. Nous vous soumettons donc à nouveau nos questions, afin que vous puissiez y répondre simplement par « oui » ou par « non ».

1. Votre Sainteté insiste sur le fait que l’Église peut approfondir sa compréhension du dépôt de la foi. C’est en effet ce qu’enseigne “Dei Verbum” 8 et cela fait partie de la doctrine catholique. Votre réponse, cependant, ne saisit pas le sens de notre préoccupation. De nombreux chrétiens, y compris des pasteurs et des théologiens, soutiennent aujourd’hui que les changements culturels et anthropologiques de notre époque devraient pousser l’Église à enseigner le contraire de ce qu’elle a toujours enseigné. Cela concerne des questions qui ne sont pas secondaires, mais essentielles pour notre salut, telles la confession de foi, les conditions subjectives de l’accès aux sacrements, et l’observance de la loi morale. Nous voulons donc reformuler notre “dubium” : est-il possible que l’Église enseigne aujourd’hui des doctrines contraires à celles qu’elle enseignait auparavant en matière de foi et de morale, que ce soit par le Pape “ex cathedra”, ou selon les définitions d’un Concile œcuménique, ou encore selon le Magistère ordinaire universel des Évêques dispersés dans le monde (cf. “Lumen Gentium” 25) ?

2. Votre Sainteté a insisté sur le fait qu’il ne peut y avoir de confusion entre le mariage et d’autres types d’unions de nature sexuelle et que, par conséquent, tout rite ou bénédiction sacramentelle de couples de même sexe engendrant une telle confusion devrait être évité. Cependant notre préoccupation est d’un autre ordre : nous nous inquiétons du fait que la bénédiction des couples homosexuels puisse dans tous les cas susciter à confusion, pas seulement dans la mesure où elle pourrait les faire apparaître comme analogues au mariage, mais aussi en ce que les actes homosexuels seraient présentés en pratique comme un bien, ou tout au moins comme le bien possible que Dieu demande aux hommes dans leur cheminement vers Lui. Reformulons donc notre “dubium” : est-il possible que, dans certaines circonstances, un pasteur puisse bénir des unions entre personnes homosexuelles, laissant ainsi entendre que le comportement homosexuel en tant que tel ne serait pas contraire à la loi de Dieu et au cheminement de la personne vers Dieu ? En lien avec ce dubium, il est nécessaire d’en soulever un autre : l’enseignement constant du Magistère ordinaire universel, selon lequel tout acte sexuel en dehors du mariage, et en particulier les actes homosexuels, constituent un péché objectivement grave contre la loi de Dieu, indépendamment des circonstances dans lesquelles ils ont lieu et de l’intention avec laquelle ils sont accompli, est-il toujours valable ?

3. Vous avez insisté sur la dimension synodale de l’Église, en ce sens que tous, y compris les fidèles laïcs, sont appelés à participer et à faire entendre leur voix. Toutefois, notre difficulté est toute autre : le futur Synode sur la « synodalité » est aujourd’hui représenté comme si, en communion avec le Pape, il représentait l’Autorité Suprême de l’Église. Or, le Synode des évêques est un organe consultatif du Pape, il ne représente pas le Collège des évêques et il ne peut pas résoudre les questions qui y sont traitées ni émettre des décrets à leur sujet, à moins que, dans des cas bien déterminés, le Pontife romain, à qui il revient de ratifier les décisions du Synode, ne lui ait expressément conféré un pouvoir délibératif (cf. c. 343 C.I.C.). Il s’agit là d’un point décisif dans la mesure où ne pas impliquer le Collège des évêques dans des questions du genre de celles que le prochain Synode entend soulever et qui ont trait à la constitution même de l’Église, serait précisément en contradiction avec la racine de cette synodalité que le Synodoe prétend vouloir promouvoir. Permettez-nous donc de reformuler notre “dubium” : le Synode des évêques qui se tiendra à Rome, et qui ne comprendra qu’une sélection choisie de pasteurs et de fidèles, exercera-t-il, au sujet des questions doctrinales ou pastorales sur lesquelles il sera appelé à s’exprimer, l’autorité suprême de l’Église, qui appartient exclusivement au Pontife romain et, “una cum capite suo”, au Collège des Évêques (cf. can. 336 C.I.C.) ?

4. Dans votre réponse, Votre Sainteté avez précisé que la décision de saint Jean-Paul II dans “Ordinatio sacerdotalis” doit être tenue pour définitive ; vous avez ajouté à juste titre qu’il est nécessaire de comprendre le sacerdoce, non pas en termes de pouvoir, mais en termes de service, afin de comprendre correctement la décision de notre Seigneur de réserver les Ordres sacrés aux seuls hommes. Néanmoins, dans le dernier point de votre réponse, vous ajoutez que la question peut encore être approfondie. Nous craignons que certains n’interprètent cette déclaration comme signifiant que la question n’a pas encore été définitivement tranchée. En fait, saint Jean-Paul II affirme dans “Ordinatio sacerdotalis” que cette doctrine a été enseignée infailliblement par le Magistère ordinaire et universel et qu’elle fait donc partie du dépôt de la foi. C’était la réponse de la Congrégation pour la Doctrine de la foi à un “dubium” soulevé à propos de la lettre apostolique, et cette réponse a été approuvée par Jean-Paul II lui-même. Il nous faut donc reformuler notre “dubium” : l’Église pourrait-elle à l’avenir avoir la faculté de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes, contredisant ainsi le fait que la réservation exclusive de ce sacrement à des hommes baptisés appartient à la substance même du sacrement de l’ordre, que l’Église ne peut pas changer ?

5. Enfin, Votre Sainteté a confirmé l’enseignement du Concile de Trente selon lequel la validité de l’absolution sacramentelle requiert le repentir du pécheur, ce qui inclut l’intention de ne plus pécher. Et vous nous avez invités à ne pas douter de l’infinie miséricorde de Dieu. Nous voudrions réaffirmer que notre question ne résulte pas d’un doute sur la grandeur de la miséricorde de Dieu ; elle est née au contraire de la conscience de ce que cette miséricorde est assez grande pour nous rendre capables de nous convertir à Lui, de confesser notre faute et de vivre comme Il nous l’a enseigné. Cependant, certains pourraient interpréter votre réponse comme signifiant que le simple fait de s’approcher de la confession est une condition suffisante pour recevoir l’absolution, dans la mesure où cette démarche pourrait inclure implicitement la confession des péchés et le repentir. Nous voudrions donc reformuler notre “dubium” : un pénitent peut-il validement recevoir l’absolution sacramentelle si, tout en avouant un péché, il refuse de prendre d’une quelconque manière la résolution de ne pas le commettre à nouveau ?

Cité du Vatican, 21 août 2023

Walter Card. Brandmüller
Raymond Leo Card. Burke
Juan Card. Sandoval Íñiguez
Robert Card. Sarah
Joseph Card. Zen Ze-kiun

*

Il y a déjà un antécédent à cette initiative des cinq cardinaux : les cinq « dubia » présentés au Pape François en 2016 sur cinq points controversés d’ « Amoris laetitia », le document conclusif du synode sur la famille.

À l’époque également, le Pape François n’avait pas répondu. Et à l’époque également, après plusieurs semaines de silence du Pape, les « dubia » avaient été rendu publics :

> « Faire la clarté ». L’appel de quatre cardinaux au pape

Les cardinaux qui étaient à l’époque sorti au grand jour étaient au nombre de quatre. Outre Brandmüller et Burke, il y avait l’Italien Carlo Caffarra et l’Allemand Joachim Meisner, tous deux disparus en 2017.

Source : De Sandro Magister sur Settimo Cielo (traduction de Diakonos.be)

Les cinq « dubia » de cinq cardinaux sur des points essentiels du Synode. Auxquels le Pape n’a pas répondu

Les cinq « dubia » de cinq cardinaux sur des points essentiels du Synode. Auxquels le Pape n’a pas répondu

Plus de quarante jours se sont écoulés depuis que cinq cardinaux ont remis au Pape François et au Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi, ce 21 août, cinq « dubias » portant sur autant de points essentiels de la doctrine et de la morale.

Mais ils n’ont pas reçu de réponse. Ils ont donc décidé de les rendre publics.

Les cinq cardinaux sont issus d’autant de continents. Il s’agit de l’Allemand Walter Brandmüller, de l’Américain Raymond Leo Burke, du Mexicain Juan Sandoval Íñiguez, du Guinéen Robert Sarah et du Chinois Joseph Zen Ze-Kiun. Ceux-ci se disent à leur tour convaincus que même feu le cardinal George Pell « partageait ces ‘dubia’ et aurait été le premier à les signer ».

Les cinq « dubia » qu’ils ont formulés touchent en plein cœur le Synode qui s’ouvre à Rome ce 4 octobre.

Ces évêques demandent au Pape si l’Église peut, oui ou non, enseigner le contraire de ce qu’elle a toujours enseigné en matière de foi et de morale, et si un synode tel que celui qui est en train de se dérouler, rassemblant également de simples baptisés, peut être investi de l’autorité qui a toujours appartenu exclusivement au Pape et aux évêques.

Plus précisément, ils demandent que la clarté soit faite sur trois points aujourd’hui controversés : la bénédiction des couples homosexuels, l’ordination des femmes au sacerdoce et l’absolution sacramentelle donnée à tous et toujours, sans conditions.

Le document publié intégralement sur cette page est la lettre que les cinq cardinaux ont remise au Pape le 21 août.

Mais elle a tout de même un précédent. Parce que le 10 juillet, les cinq cardinaux avaient remis au Pape François et au Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi une première formulation de ces mêmes « dubia » :

> “Il est demandé si…” – 10 juillet 2023

Mais les cardinaux avaient trouvé cette réponse aussi redondante (sept pages dans l’original en langue espagnole) qu’elle était vague et évasive, bien loin de dissiper les cinq « dubias ».

Bien que signée par François, cette lettre était empreinte du style d’écriture de son théologien de confiance, l’Argentin Victor Manuel Fernández, qui était sur le point de prendre ses fonctions comme nouveau préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi.

Les cinq cardinaux ont donc décidé de présenter à nouveau au Pape leurs « dubia », reformulés de manière plus rigoureuse, de sorte qu’il faille y répondre par « oui » ou par « non », sans échappatoire, comme c’est l’usage et comme cela avait déjà été le cas en 2021, sous la signature du préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi Luis F. Ladaria, justement en réponse à un « dubium » sur la bénédiction des couples homosexuels :

> “Responsum” à un “dubium” au sujet de la bénédiction…

Comme on le sait, ce « non » du cardinal Ladaria à la bénédiction des couples homosexuels – publié avec le « consentement » explicite du Pape – a cependant ensuite été, dans les faits, contredit à plusieurs reprises par le Pape François en personne. Et c’est vraisemblablement l’une des raisons qui a incité l’ex-préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi, également humilié par le Pape sur d’autres questions graves, à annuler sa participation au Synode qui s’ouvrira le 4 octobre.

Dans tous les cas, le Pape n’a toujours fourni aucune réponse aux « dubia » tels qu’ils lui ont été reproposés le 21 août. Et après avoir passé quarante jours à attendre en vain, les cinq cardinaux ont décidé de rendre public l’intégralité du dossier, en le confiant, pour l’Italie, à Settimo Cielo.

Voici donc ci-dessous la lettre remise le 21 août par les cinq cardinaux au Pape, précédée par une « notification » adressée aux fidèles dans laquelle ils donnent les raisons de leur initiative.

*

1. Notification aux fidèles du Christ au sujet des “dubia” soumis au Pape François

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Nous, membres du Sacré Collège des Cardinaux, en vertu du devoir de tous les fidèles « de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église » (can. 212 § 3), et surtout en vertu de la responsabilité incombant aux Cardinaux d’assister « le Pontife Romain… individuellement… surtout dans le soin quotidien de l’Église tout entière » (can. 349), au vu de diverses déclarations de prélats haut placés se rapportant à la célébration du prochain Synode des Évêques, déclarations ouvertement contraires à la doctrine et à la discipline constantes de l’Église, et qui ont engendré et continuent d’engendrer parmi les fidèles et les autres personnes de bonne volonté une grande confusion ainsi que la chute dans l’erreur, nous avons manifesté au Pontife romain notre très profonde préoccupation.

Par notre lettre du 10 juillet 2023, recourant à la pratique éprouvée de la soumission de “dubia” [questions] à un supérieur pour donner à ce dernier l’occasion de clarifier, par ses “responsa” [réponses], la doctrine et la discipline de l’Église, nous avons soumis cinq “dubia” au pape François, dont une copie est jointe en annexe. Le pape François y a répondu par lettre du 11 juillet 2023.

Ayant étudié sa lettre qui ne suivait pas la pratique habituelle des “responsa ad dubia” [réponses aux questions], nous avons reformulé les “dubia” pour obtenir une réponse claire fondée sur la doctrine et la discipline pérennes de l’Église. Par notre lettre du 21 août 2023, nous avons soumis au Pontife romain les “dubia” reformulés, dont une copie est jointe en annexe. À ce jour, nous n’avons pas reçu de réponse à ces “dubia” reformulés.

Étant donné la gravité de la matière de ces “dubia”, et spécialement en raison de l’imminence de la session du Synode des Évêques mentionnée plus haut, nous estimons qu’il est de notre devoir de vous informer, vous les fidèles (can. 212 § 3), afin que vous ne soyez pas sujets à la confusion, à l’erreur et au découragement, mais que vous puissiez prier pour l’Église universelle et, en particulier, pour le Pontife romain, afin que l’Évangile soit enseigné avec toujours plus de clarté, et suivi avec une fidélité toujours croissante.

Bien vôtre dans le Christ,

Walter Card. Brandmüller
Raymond Leo Card. Burke
Juan Card. Sandoval Íñiguez
Robert Card. Sarah
Joseph Card. Zen Ze-kiun

Rome, le 2 Octobre 2023

*

2. A Sa Sainteté François, Souverain Pontife

Très Saint Père,

Nous vous sommes très reconnaissants des réponses que vous avez aimablement voulu nous adresser. Nous voudrions tout d’abord vous préciser que si nous vous avons posé ces questions, ce n’est pas par crainte du dialogue avec les hommes de notre temps, ni par peur des questions qu’ils pourraient nous poser au sujet de l’Évangile du Christ. Tout comme Votre Sainteté, nous sommes en effet convaincus de ce que l’Évangile apporte la plénitude à la vie humaine, et qu’il offre des réponses à chacune de nos interrogations. C’est une autre préoccupation qui nous anime : nous sommes inquiets de voir qu’il se trouve des pasteurs qui doutent de la capacité de l’Évangile à transformer le cœur des hommes et finissent par leur proposer non pas une saine doctrine, mais des « enseignements selon leurs propres désirs » (cf. 2 Tm 4, 3). Nous sommes également préoccupés par le fait qu’on ne comprenne pas que la miséricorde de Dieu ne consiste pas à couvrir nos péchés, mais qu’elle est bien plus grande, en ce qu’elle nous permet de répondre à son amour en gardant ses commandements, c’est-à-dire en nous convertissant et en croyant à l’Évangile (cf. Mc 1, 15).

Usant de même sincérité dont vous avez fait preuve à travers vos réponses, nous nous devons d’ajouter que celles-ci n’ont pas levé les doutes que nous avions exprimés, mais qu’elles les ont plutôt aggravés. Nous nous voyons donc dans l’obligation de soumettre à nouveau, en les reformulant, ces questions à Votre Sainteté, vous qui en tant que Successeur de Pierre êtes chargé par le Seigneur de confirmer vos frères dans la foi. Cela est d’autant plus urgent à la veille du prochain Synode, alors que beaucoup souhaitent utiliser celui-ci pour contredire la doctrine catholique, précisément sur les points sur lesquels portent nos “dubia”. Nous vous soumettons donc à nouveau nos questions, afin que vous puissiez y répondre simplement par « oui » ou par « non ».

1. Votre Sainteté insiste sur le fait que l’Église peut approfondir sa compréhension du dépôt de la foi. C’est en effet ce qu’enseigne “Dei Verbum” 8 et cela fait partie de la doctrine catholique. Votre réponse, cependant, ne saisit pas le sens de notre préoccupation. De nombreux chrétiens, y compris des pasteurs et des théologiens, soutiennent aujourd’hui que les changements culturels et anthropologiques de notre époque devraient pousser l’Église à enseigner le contraire de ce qu’elle a toujours enseigné. Cela concerne des questions qui ne sont pas secondaires, mais essentielles pour notre salut, telles la confession de foi, les conditions subjectives de l’accès aux sacrements, et l’observance de la loi morale. Nous voulons donc reformuler notre “dubium” : est-il possible que l’Église enseigne aujourd’hui des doctrines contraires à celles qu’elle enseignait auparavant en matière de foi et de morale, que ce soit par le Pape “ex cathedra”, ou selon les définitions d’un Concile œcuménique, ou encore selon le Magistère ordinaire universel des Évêques dispersés dans le monde (cf. “Lumen Gentium” 25) ?

2. Votre Sainteté a insisté sur le fait qu’il ne peut y avoir de confusion entre le mariage et d’autres types d’unions de nature sexuelle et que, par conséquent, tout rite ou bénédiction sacramentelle de couples de même sexe engendrant une telle confusion devrait être évité. Cependant notre préoccupation est d’un autre ordre : nous nous inquiétons du fait que la bénédiction des couples homosexuels puisse dans tous les cas susciter à confusion, pas seulement dans la mesure où elle pourrait les faire apparaître comme analogues au mariage, mais aussi en ce que les actes homosexuels seraient présentés en pratique comme un bien, ou tout au moins comme le bien possible que Dieu demande aux hommes dans leur cheminement vers Lui. Reformulons donc notre “dubium” : est-il possible que, dans certaines circonstances, un pasteur puisse bénir des unions entre personnes homosexuelles, laissant ainsi entendre que le comportement homosexuel en tant que tel ne serait pas contraire à la loi de Dieu et au cheminement de la personne vers Dieu ? En lien avec ce dubium, il est nécessaire d’en soulever un autre : l’enseignement constant du Magistère ordinaire universel, selon lequel tout acte sexuel en dehors du mariage, et en particulier les actes homosexuels, constituent un péché objectivement grave contre la loi de Dieu, indépendamment des circonstances dans lesquelles ils ont lieu et de l’intention avec laquelle ils sont accompli, est-il toujours valable ?

3. Vous avez insisté sur la dimension synodale de l’Église, en ce sens que tous, y compris les fidèles laïcs, sont appelés à participer et à faire entendre leur voix. Toutefois, notre difficulté est toute autre : le futur Synode sur la « synodalité » est aujourd’hui représenté comme si, en communion avec le Pape, il représentait l’Autorité Suprême de l’Église. Or, le Synode des évêques est un organe consultatif du Pape, il ne représente pas le Collège des évêques et il ne peut pas résoudre les questions qui y sont traitées ni émettre des décrets à leur sujet, à moins que, dans des cas bien déterminés, le Pontife romain, à qui il revient de ratifier les décisions du Synode, ne lui ait expressément conféré un pouvoir délibératif (cf. c. 343 C.I.C.). Il s’agit là d’un point décisif dans la mesure où ne pas impliquer le Collège des évêques dans des questions du genre de celles que le prochain Synode entend soulever et qui ont trait à la constitution même de l’Église, serait précisément en contradiction avec la racine de cette synodalité que le Synodoe prétend vouloir promouvoir. Permettez-nous donc de reformuler notre “dubium” : le Synode des évêques qui se tiendra à Rome, et qui ne comprendra qu’une sélection choisie de pasteurs et de fidèles, exercera-t-il, au sujet des questions doctrinales ou pastorales sur lesquelles il sera appelé à s’exprimer, l’autorité suprême de l’Église, qui appartient exclusivement au Pontife romain et, “una cum capite suo”, au Collège des Évêques (cf. can. 336 C.I.C.) ?

4. Dans votre réponse, Votre Sainteté avez précisé que la décision de saint Jean-Paul II dans “Ordinatio sacerdotalis” doit être tenue pour définitive ; vous avez ajouté à juste titre qu’il est nécessaire de comprendre le sacerdoce, non pas en termes de pouvoir, mais en termes de service, afin de comprendre correctement la décision de notre Seigneur de réserver les Ordres sacrés aux seuls hommes. Néanmoins, dans le dernier point de votre réponse, vous ajoutez que la question peut encore être approfondie. Nous craignons que certains n’interprètent cette déclaration comme signifiant que la question n’a pas encore été définitivement tranchée. En fait, saint Jean-Paul II affirme dans “Ordinatio sacerdotalis” que cette doctrine a été enseignée infailliblement par le Magistère ordinaire et universel et qu’elle fait donc partie du dépôt de la foi. C’était la réponse de la Congrégation pour la Doctrine de la foi à un “dubium” soulevé à propos de la lettre apostolique, et cette réponse a été approuvée par Jean-Paul II lui-même. Il nous faut donc reformuler notre “dubium” : l’Église pourrait-elle à l’avenir avoir la faculté de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes, contredisant ainsi le fait que la réservation exclusive de ce sacrement à des hommes baptisés appartient à la substance même du sacrement de l’ordre, que l’Église ne peut pas changer ?

5. Enfin, Votre Sainteté a confirmé l’enseignement du Concile de Trente selon lequel la validité de l’absolution sacramentelle requiert le repentir du pécheur, ce qui inclut l’intention de ne plus pécher. Et vous nous avez invités à ne pas douter de l’infinie miséricorde de Dieu. Nous voudrions réaffirmer que notre question ne résulte pas d’un doute sur la grandeur de la miséricorde de Dieu ; elle est née au contraire de la conscience de ce que cette miséricorde est assez grande pour nous rendre capables de nous convertir à Lui, de confesser notre faute et de vivre comme Il nous l’a enseigné. Cependant, certains pourraient interpréter votre réponse comme signifiant que le simple fait de s’approcher de la confession est une condition suffisante pour recevoir l’absolution, dans la mesure où cette démarche pourrait inclure implicitement la confession des péchés et le repentir. Nous voudrions donc reformuler notre “dubium” : un pénitent peut-il validement recevoir l’absolution sacramentelle si, tout en avouant un péché, il refuse de prendre d’une quelconque manière la résolution de ne pas le commettre à nouveau ?

Cité du Vatican, 21 août 2023

Walter Card. Brandmüller
Raymond Leo Card. Burke
Juan Card. Sandoval Íñiguez
Robert Card. Sarah
Joseph Card. Zen Ze-kiun

*

Il y a déjà un antécédent à cette initiative des cinq cardinaux : les cinq « dubia » présentés au Pape François en 2016 sur cinq points controversés d’ « Amoris laetitia », le document conclusif du synode sur la famille.

À l’époque également, le Pape François n’avait pas répondu. Et à l’époque également, après plusieurs semaines de silence du Pape, les « dubia » avaient été rendu publics :

> « Faire la clarté ». L’appel de quatre cardinaux au pape

Les cardinaux qui étaient à l’époque sorti au grand jour étaient au nombre de quatre. Outre Brandmüller et Burke, il y avait l’Italien Carlo Caffarra et l’Allemand Joachim Meisner, tous deux disparus en 2017.

Source : De Sandro Magister sur Settimo Cielo (traduction de Diakonos.be)

La Reine des anges dans les derniers temps

iStock/Getty Images Plus/Sompong Lekhawattana

La Reine des anges dans les derniers temps

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort et Marthe Robin ont souligné l’importance que prendra de plus en plus la Mère du Sauveur vers l’époque de la fin des temps. Le règne du Christ Seigneur viendra alors par le même chemin que celui qu’il emprunta lors de son premier avènement : avec et par Marie, dans la compagnie des légions angéliques comme à Bethléem.

En ces temps futurs, les représentants visibles des anges invisibles seront ce que Louis-Marie de Montfort appelle les grands saints des derniers temps, autrement dit des hommes et des femmes totalement pénétrés de l’esprit marial, soumis aux motions de l’Esprit Saint et forts comme une armée rangée en bataille (Ct 6, 4). Ce seront les derniers croisés, les derniers porteurs de la croix d’amour, les derniers vainqueurs des anges ténébreux avec leurs suppôts humains refusant jusqu’au bout tout pardon et toute contrition.

Selon sainte Faustine (1905-1938), ces temps où se fera davantage sentir la royauté angélique de Marie et où l’histoire s’accélérera, ces temps-là ne seraient plus tellement éloignés de nous. Sœur Lucie de Fatima paraît rejoindre cette même conviction si l’on en croit la confidence qu’elle fit en 1957 au Père Fuentes : « La très Sainte Vierge, en ces derniers temps que nous vivons, a donné une efficacité nouvelle à la récitation du Rosaire. »

En attendant, pour ce qui est de nous, restons calmes, actifs pour le bien et attentifs aux signes que le Seigneur ne manquera pas de nous donner en temps voulu, puisqu’il est avec nous « jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).

Fr. Bernard-Marie, o.f.s.

Extrait du Bulletin de L’Œuvre des Campagnes n°205 – Janv.-Fév.-Mars 2003.
(Extrait avec autorisation de la revue Carmel n° 99, 1001/1, 3, avenue Jean-Rieux – 31500 Toulouse.)

Prions :

Je vous salue Marie, pleine de grâce ;
Le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.

Amen

Source : une minute avec Marie