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04.10.2023 – MESSE D’OUVERTURE DU SYNODE POUR UNE ÉGLISE SYNODALE
Ouverture du Synode: le Pape prône une Église hospitalière et miséricordieuse
La synode signifie marcher ensemble dans une Église «qui bénit et qui accueille». Il n’est pas un rassemblement politique, ni une réunion parlementaire, a rappelé le Pape dans son homélie, lors de la messe d’ouverture du Synode sur l’avenir de l’Église, mercredi 4 octobre. Concélébrée notamment par les nouveaux cardinaux, l’Eucharistie a rassemblé place Saint-Pierre 25 000 fidèles, dont les 464 participants au Synode.
Stanislas Kambashi, SJ – Cité du Vatican
Le Synode n’est pas un rassemblement politique, ni une réunion parlementaire polarisée, mais une convocation dans l’Esprit Saint, un lieu de grâce et de communion, a déclaré le Pape, qui a placé le Synode sur la synodalité sous le signe du regard de Jésus «qui bénit et qui accueille». L’Eucharistie, qui a enregistré une forte participation des fidèles, a été célébrée par le cardinal Giovanni Battista Re, doyen du Collège cardinalice.
Partir du regard de Jésus, «qui bénit et qui accueille»
En ce début du synode, l’Église n’a pas besoin d’un regard immanent, «fait de stratégies humaines, de calculs politiques ou de batailles idéologiques». Les participants n’y sont pas réunis pour une réunion parlementaire ou pour élaborer un plan de réforme; mais plutôt pour «marcher ensemble sous le regard de Jésus, qui bénit le Père etaccueille tous ceux qui sont fatigués et opprimés». C’est ce regard du Christ que le Pape a invité à prendre comme point de départ. Dans des moments de désolation pastorale, Jésus ne s’est pas laissé abattre par la tristesse. Il a levé les yeux vers le ciel, il a béni le Père. «Au moment de la désolation, Jésus a donc un regard capable de voir au-delà: il loue la sagesse du Père et il est capable de discerner le bien caché qui grandit, la semence de la Parole accueillie par les simples, la lumière du Royaume de Dieu qui se fraye un chemin même dans la nuit».
Ne pas se laisser emprisonner dans la déception
Malgré le rejet et l’adversité rencontrés dans sa mission, Jésus ne se laisse pas emprisonner dans la déception et l’amertume. Même dans la tempête, il reste serein, enraciné dans le primat du Père. À l’exemple du Seigneur, nous sommes invités à être une Église joyeuse, qui contemple l’action de Dieu, discerne le temps présent. Une Église qui, «au milieu des vagues parfois agitées de notre temps, ne se décourage pas, ne cherche pas d’échappatoires idéologiques, ne se barricade pas derrière des convictions acquises, ne cède pas aux solutions faciles, ne se laisse pas dicter son agenda par le monde». Un écho de François au discours de saint Jean XXIII à l’ouverture du Concile Vatican II, une sagesse spirituelle que l’Église doit conserver, en tenant ensemble l’héritage sacré et les exigences du temps présent.
Première tâche du synode, recentrer le regard sur Dieu
François a par ailleurs souligné la nécessité d’une Église unie, fraternelle, qui écoute et dialogue; qui bénit et encourage, qui accompagne ceux qui cherchent le Seigneur et secoue avec bienveillance les indifférents; qui initie les personnes à la beauté de la foi. Centrée sur Dieu, une telle Église ne peut se diviser de l’intérieur, ni être dure à l’extérieur. En effet, le regard qui bénit de Jésus invite aussi à être une Église qui affronte les défis et les problèmes d’aujourd’hui en tournant les yeux vers Dieu qui est communion, plutôt que dans un esprit de division et de conflit. La question fondamentale à nous poser est celle de savoir comment pouvons-nous porter l’Evangile à l’homme d’aujourd’hui, pour qu’il devienne annonce du salut, a déclaré le Pape, évoquant son prédécesseur Benoît XVI. La tâche première du synode, a-t-il poursuivi, est celle de «recentrer notre regard sur Dieu, pour être une Église qui regarde l’humanité avec miséricorde».
Devenir une «une Église hospitalière»
Parlant du regard du Christ qui accueille, François a souligné que tout au de sa vie, Jésus a adopté «ce regard hospitalier envers les plus faibles, les souffrants, les laissés-pour-compte». Ce regard accueillant, a indiqué le Pape, nous invite à être «une Église hospitalière», afin d’apporter une attitude intérieure cordiale et douce, que requiert une époque complexe comme la nôtre où de nouveaux défis culturels et pastoraux apparaissent. Cela nous conduira à nous confronter sans crainte. Ainsi, dans le dialogue synodal, «dans cette belle « marche dans l’Esprit Saint » que nous entreprenons ensemble en tant que Peuple de Dieu, nous pouvons grandir dans l’unité et l’amitié avec le Seigneur pour regarder les défis d’aujourd’hui avec son regard; pour devenir, une Église qui « se fait conversation »», selon une expression de saint Paul VI.
Sur les traces de saint François d’Assise
Face aux défis qui nous attendent, ce regard qui bénit et accueille nous empêche de tomber dans certaines tentations dangereuses, celles d’«être une Église rigide, qui s’arme contre le monde et regarde en arrière;… une Église tiède, qui se soumet aux modes du monde;… une Église fatiguée, repliée sur elle-même», a déclaré le Pape.
François a invité à marcher ensemble, humbles, ardents et joyeux; sur les traces de saint François d’Assise, le saint de la pauvreté et de la paix, le “fou de Dieu”, dont la fête liturgique se célèbre ce 4 octobre. A ce saint italien fut confiée la mission de «réparer» l’Eglise. Aujourd’hui encore, notre Mère l’Église a besoin d’être purifiée, d’être «réparée», «parce que tous nous sommes un Peuple de pécheurs pardonnés», appelé à revenir à la source qu’est Jésus et à se remettre sur les chemins de l’Esprit pour rejoindre tout le monde avec son Évangile. C’est en effet avec les armes de l’Evangile que sont l’humilité et l’unité, la prière et la charité, que le «Poverello» a résisté, dans une époque marquée par de grandes luttes et de divisions entre les pouvoirs temporel et religieux, entre l’Église institutionnelle et les courants hérétiques, entre les chrétiens et les autres croyants.
L’Esprit Saint brise toute prédiction et toute négativité
En concluant son homélie, le Pape s’est voulu rassurant face aux attentes, aux espoirs et à quelques craintes que nourrissent le saint Peuple de Dieu et ses pasteurs à l’égard du Synode qui commence. Le Saint Père a rappelé qu’il ne s’agit pas «d’un rassemblement politique, mais d’une convocation dans l’Esprit; non pas d’un parlement polarisé, mais d’un lieu de grâce et de communion». François a invité à s’ouvrir à l’Esprit Saint, le protagoniste qui «brise souvent nos attentes pour créer quelque chose de nouveau qui dépasse nos prédictions et notre négativité».
Source : VATICANNEWS, le 4 octobre 2023
04.10.2023 – MESSE À NOTRE-DAME DE LA GARDE
Synode, bénédiction des couples homosexuels… Le pape répond à cinq cardinaux conservateurs

Les faits
Cinq cardinaux ont adressé à deux reprises des demandes de clarifications doctrinales au pape François, en juillet puis en août, liées au Synode sur la synodalité. Le Vatican a publié, lundi 2 octobre, la réponse du pape François.
Le Synode sur la synodalité n’est pas encore ouvert mais les débats ont déjà commencé. Quelques heures après la révélation par cinq cardinaux de sensibilité conservatrice de dubia, (« doutes », en latin) envoyées en juillet puis août sur des questions se rapportant au Synode, le dicastère pour la doctrine de la foi a publié, lundi 2 octobre, la réponse du pape François.
Les cardinaux Robert Sarah, Raymond Burke, Walter Brandmüller, Juan Sandoval Íñiguez et Joseph Zen, réclamaient du pape une clarification sur plusieurs points : les évolutions doctrinales en fonction de la culture et de l’époque, l’ordination des femmes, la bénédiction des couples homosexuels, l’absolution sacramentelle et la synodalité comme dimension constitutive de l’Église catholique.
« Vous démontrez une certaine forme de synodalité »
Sur ce dernier point, la réponse de François est sans appel. « Bien que vous reconnaissiez que l’autorité suprême et complète de l’Église est exercée (…) par le pape(…) avec ces dubia, vous démontrez vous-mêmes votre besoin de donner librement votre avis et de collaborer, et revendiquez donc une certaine forme de « synodalité » dans l’exercice de mon ministère », écrit François dans un document daté du 25 septembre, insistant sur le caractère « essentiel » de la synodalité dans la vie ecclésiale.
Face aux cardinaux qui s’inquiètent que la doctrine catholique puisse évoluer avec l’air du temps, le pape en réaffirme le caractère « immuable » et « obligatoire ». Toutefois, « les changements culturels et les nouveaux défis historiques (…) peuvent nous inciter à rendre plus explicites certains aspects de sa richesse débordante… Il est inévitable que cela puisse conduire à une meilleure expression de certaines affirmations du Magistère », estime-t-il.
Vers une bénédiction ad hoc pour les couples homosexuels ?
Poursuivant ses réponses, il ajoute au sujet de la bénédiction des couples homosexuels – réclamée notamment par le chemin synodal allemand – que l’Église reconnaît seulement le mariage entre un homme et une femme et que « l’Église évite tout type de rite qui pourrait contredire cette conviction » tout en indiquant que « la charité pastorale ne doit pas manquer ». Ce faisant, le pape invite à rechercher certaines bénédictions qui pourraient entrer dans ce cadre : « La prudence pastorale doit discerner adéquatement s’il existe des formes de bénédiction, demandées par une ou plusieurs personnes, qui ne transmettent pas une fausse conception du mariage ».
Alors que les cardinaux soulevaient également un doute sur le sacrement de pénitence et réconciliation, notamment au sujet de la repentance, le pape leur adresse une réponse assez sèche. « La repentance est nécessaire à la validité de l’absolution sacramentelle et implique l’intention de ne pas pécher, écrit-il. Mais il n’y a pas de mathématiques ici et je dois rappeler encore une fois que le confessionnal n’est pas un bureau de douane. Nous ne sommes pas des maîtres, mais d’humbles administrateurs des sacrements. »
Un calendrier qui ne doit rien au hasard
Cette responsa ad dubia est intervenue à peine quelques heures après que les responsables catholiques ont révélé l’existence de questions envoyées au Vatican au mois de juillet, et seulement deux jours avant l’ouverture du Synode sur la synodalité, dont les débats commenceront mercredi 4 octobre.
Dans une lettre aux fidèles, ces cardinaux justifiaient la révélation de ces dubia par la « gravité » des éléments qu’elles soulèveraient. « Nous jugeons qu’il est de notre devoir de vous informer, fidèles, pour que vous ne soyez pas sujets à la confusion, à l’erreur et au découragement, mais plutôt pour que vous puissiez prier pour l’Église universelle et, en particulier, pour le pontife romain », écrivaient les cardinaux, inquiets de « plusieurs déclarations de prélats haut placés, se rapportant au prochain Synode des évêques, ouvertement contraires à la constante doctrine et discipline de l’Église ».
Interrogé par le National Catholic Register, le cardinal Burke, parmi les signataires de ces « doutes », a précisé que cette initiative n’était pas destinée à « prendre position contre le pape François ». « Il serait très dommage que le débat se concentre sur la personne du pape au lieu des questions doctrinales et disciplinaires les plus graves posées par la session imminente du Synode des évêques », a-t-il ajouté.
Une forte utilisation des dubia
Tout au long du pontificat du pape François, l’exercice des dubia, permis dans le droit canonique, s’est durablement installée. Déjà en 2016, les cardinaux Burke et Brandmüller avaient, avec deux autres membres du collège cardinalice décédés depuis, demandé au pape des précisions quant à l’interprétation de l’exhortation apostolique Amoris laetitia, notamment au sujet de l’accès des divorcés remariés aux sacrements.
Cinq ans plus tard, le dicastère pour la doctrine de la foi avait, dans une responsa ad dubia, écarté définitivement la bénédiction des couples homosexuels. La même méthode avait été utilisée la même année, en 2021, pour préciser l’application du motu proprio Traditionis custodes restreignant la célébration de la messe tridentine.
Source : LA CROIX, le 2 octobre 2023
Le Vatican répond aux dubia du cardinal Duka sur les catholiques divorcés et remariés

Le Vatican répond aux dubia du cardinal Duka sur les catholiques divorcés et remariés
Le jour où cinq cardinaux ont publié une série de « dubia » au pape François et où le Vatican a publié les réponses du pape, le Dicastère pour la doctrine de la foi a également publié une autre série importante de « responda » (« réponses ») à la demande de clarification d’un prélat de premier plan sur une doctrine morale controversée.
Le Vatican a publié lundi les réponses à 10 dubia soumis par le cardinal tchèque Dominik Duka concernant « l’administration de l’Eucharistie aux couples divorcés vivant dans une nouvelle union ».
Initialement soumise par l’archevêque émérite de Prague le 13 juillet au nom de la Conférence épiscopale tchèque, la réponse de la DDF – signée à la fois par le pape François et le nouveau préfet, le cardinal Victor Fernández – avait été transmise au cardinal tchèque le 25 septembre.
Au cœur du dubia de Duka et de la réponse du Vatican se trouve l’application pratique d’Amoris Laetitia (« La joie de l’amour »), l’exhortation apostolique du pape François publiée après le Synode sur la famille de 2015, et en particulier ses conseils pastoraux pour la réception de la communion par les personnes sacramentellement mariées mais « divorcées et remariées » à une autre personne que leur conjoint.
L’auteur présumé de l’exhortation du pape de 2015 et maintenant chef du bureau de doctrine de François, Fernández n’a pas hésité à peser avec autorité sur les questions qui lui ont été posées par le prélat tchèque – un changement notable par rapport à l’engagement précédent du DDF avec les questions sur Amoris Laetitia, qui comprenait le fait de ne pas répondre aux dubia précédemment soumis.
Sur la question de l’admission à l’Eucharistie d’un catholique divorcé de son conjoint sacramentellement marié mais civilement remarié à un autre, Mgr Fernández a écrit que, bien que les prêtres doivent fournir un accompagnement pastoral à l’individu, « c’est chaque personne, individuellement, qui est appelée à se mettre devant Dieu et à lui exposer sa conscience, avec ses possibilités et ses limites », et à évaluer sa disposition à recevoir.
« Cette conscience, accompagnée par un prêtre et éclairée par les orientations de l’Église, est appelée à se former pour évaluer et donner un jugement suffisant pour discerner la possibilité d’accéder aux sacrements. »
Les orientations d’Amoris Laetitia sur ce sujet ont suscité la controverse lors de leur promulgation. Cinq dubia soumis en 2016 par quatre cardinaux – dont deux des cinq cardinaux qui ont envoyé des dubia au pape plus tôt cet été, le cardinal américain Raymond Burke et le cardinal allemand Walter Brandmüller – ont demandé au pape de clarifier si l’enseignement de saint Jean-Paul II dans Veritatis Splendor (« La splendeur de la vérité ») « sur l’existence d’une vérité absolue » avait été respecté ou non. Jean-Paul II dans Veritatis Splendor (« La splendeur de la vérité ») « sur l’existence de normes morales absolues qui interdisent les actes intrinsèquement mauvais et qui sont contraignantes sans exceptions » était toujours valable dans le sillage d’Amoris Laetitia, et d’autres questions connexes sur la conscience et les circonstances. Le pape François n’a jamais répondu.
Aujourd’hui, Mgr Fernández a écrit que, en tant que réponse du pape aux synodes successifs sur la famille en 2014 et 2015, Amoris Laetitia « était le résultat du travail et de la prière de toute l’Église ».
Ses orientations sur la communion pour les personnes divorcées et remariées se fondent également sur le magistère des deux prédécesseurs du pape François, écrit le préfet de la DDF, bien que ces deux papes aient reconnu que les catholiques divorcés et remariés pouvaient participer à l’Eucharistie s’ils étaient « engagés … à s’abstenir des actes propres aux époux » (saint Jean-Paul II), ou s’ils s’engageaient à vivre leur relation comme des amis (Benoît XVI); François « admet qu’il peut y avoir des difficultés à pratiquer la continence et permet donc dans certains cas, après un discernement adéquat, l’administration du sacrement de réconciliation même s’il n’est pas possible d’être fidèle à la continence proposée par l’Église ».
Amoris Laetitia « ouvre également la possibilité d’accéder aux sacrements de la réconciliation et de l’Eucharistie lorsque, dans un cas particulier, il existe des limitations qui atténuent la responsabilité et la culpabilité » – bien que Fernández note que « ce processus d’accompagnement ne se termine pas nécessairement avec les sacrements » mais pourrait indiquer d’autres formes non sacramentelles de communion et d’inclusion.
S’inspirant directement d’Amoris Laetitia, la réponse de la DDF précise que dans le nécessaire processus de discernement, « les divorcés remariés doivent se demander comment ils se sont comportés envers leurs enfants lorsque l’union conjugale est entrée en crise ; s’il y a eu des tentatives de réconciliation ; comment la situation du partenaire est abandonnée ; quelles conséquences la nouvelle relation a sur le reste de la famille et sur la communauté des fidèles ; quel exemple elle offre aux jeunes qui doivent se préparer au mariage ». « Une réflexion sincère peut renforcer la confiance dans la miséricorde de Dieu, qui n’est refusée à personne », peut-on lire dans la réponse du Vatican, citant Amoris Laetitia.
La réponse affirme également que les évêques devraient développer dans leurs diocèses des critères basés sur Amoris Laetitia qui « peuvent aider les prêtres dans l’accompagnement et le discernement des personnes divorcées vivant dans une nouvelle union », et que l’application d’Amoris par les évêques de la région pastorale de Buenos Aires, que François a qualifiée d' »unique interprétation », devrait être considérée comme un « magistère authentique » et qu’aucune autre explication complète ne serait fournie.
Les réponses évitent de répondre directement à la question de savoir si les actes commis dans la vie sexuelle du couple composé d’au moins un catholique divorcé et remarié doivent « être mentionnés dans le sacrement de réconciliation », mais le préfet de la DDF écrit que la vie sexuelle du couple doit être « soumise à un examen de conscience pour confirmer qu’elle est une véritable expression de l’amour et qu’elle aide à grandir dans l’amour ».
« Tous les aspects de la vie doivent être placés devant Dieu.
Enfin, en réponse à la question de Mgr Duka sur la manière dont les évêques tchèques pourraient « procéder pour établir l’unité interne » sur la question de l’orientation pastorale pour les divorcés et les remariés, « mais aussi pour éviter de perturber le magistère ordinaire de l’Église », Mgr Fernández a écrit que les évêques tchèques pourraient « établir l’unité interne » sur la question des divorcés et des remariés en « se mettant d’accord sur des critères minimaux pour mettre en œuvre les propositions d’Amoris Laetitia » afin d’aider les prêtres « dans le processus d’accompagnement et de discernement concernant l’accès possible aux sacrements des divorcés dans une nouvelle union, sans préjudice de l’autorité légitime que chaque évêque a dans son propre diocèse ».
Source : Jonathan Liedl sur CNA, le 2 octobre 2023
Les réponses du Pape aux Dubia ? Une mystification retentissante

Les réponses du Pape aux Dubia ? Une mystification retentissante
Pour parer le coup de la publication des Dubia des cinq cardinaux, le Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi et la Communication du Vatican ont monté une opération pour faire croire que le Pape a répondu et qu’il n’y a plus rien à dire.
Si vous n’avez pas les raisons, vous essayez la ruse et la tromperie. C’est la seule façon d’expliquer la démarche du nouveau Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Victor Manuel Fernández, qui a publié sur le site du Dicastère les premiers Dubia envoyés au Pape par les cinq cardinaux le 10 juillet dernier et la réponse signée par le Pape François. Mais les questions et les réponses font partie d’un seul document qui porte la date du 25 septembre. En fait, cette date se réfère à la demande que Fernández lui-même a faite au Pape de publier les parties saillantes de sa réponse, qui date du 11 juillet. Cela donne l’impression que le 25 septembre est bien la date de la réponse.
Cet effet était clairement voulu, à tel point que la date du 11 juillet n’apparaît pas au bas de la réponse du pape. En outre, Mgr Fernandez ignore totalement la deuxième demande d’éclaircissement des cinq cardinaux, datée du 21 août, dans laquelle il est expressément indiqué que la lettre du pape du 11 juillet ne répond pas du tout à leurs questions. Et en effet, disent les cardinaux, vos réponses n’ont pas résolu les doutes que nous avions soulevés, mais les ont plutôt approfondis ».
De plus, la lettre publiée par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi n’est pas la lettre complète (voici le pdf de la lettre complète) reçue uniquement par les cardinaux Burke et Brandmüller, qui comporte également une introduction et une conclusion qui ne figurent pas dans le document proposé par le cardinal Fernandez. Dans la partie manquante, outre l’agacement évident perçu à l’initiative des cinq cardinaux, le Pape les réprimande en affirmant qu' »il n’est pas bon d’avoir peur » des « questions » et « interrogations » recueillies dans le processus de préparation du Synode. Nous savons très bien comment elles ont été recueillies (voir ici et ici).
En tout cas, ce qui est évident, c’est que pour parer le coup des Dubia rendus publics ce matin, un colossal travail de mystification a été mis en place au Vatican pour tromper l’opinion publique catholique et faire passer pour close une question qui est au contraire plus ouverte que jamais. Et toutes les structures vaticanes possibles ont été mobilisées à cette fin.
C’est ainsi que Vatican News titre d’emblée : » Le pape répond à la dubia de cinq cardinaux « , voulant donner l’impression que la réponse est pour aujourd’hui. A tel point que ni dans le titre, ni dans le résumé, ni dans le corps de l’article, une seule date n’est mentionnée. Un véritable tour de passe-passe digne d’un professionnel, qui ne manque certainement pas au sommet de la communication vaticane.
Et des sources bien informées nous disent aussi que la Secrétairerie d’État s’est déplacée pour obtenir de Channel 5 – pouvant compter sur un vaticaniste « ami » – un service qui, dès ce soir, rendra compte de la réponse du Pape aux Dubia.
Voici donc le récit officiel que le Saint-Siège promeut : les Dubia ont déjà reçu une réponse, l’affaire est close, le Synode peut se dérouler tranquillement comme prévu.
De cette manière, le pape François voudrait éviter définitivement de donner une réponse claire aux Dubia reformulés après sa lettre. Et ce n’est pas tout : la version du Vatican insiste seulement sur le fait qu’il y a eu une réponse, mais ce n’est pas vrai, même si l’on examine la lettre du Pape, elle a un contenu problématique et inquiétant, comme l’ont souligné les cinq cardinaux.
Nous sommes donc confrontés à un nouveau mensonge colporté par les dirigeants du Saint-Siège qui, malgré leurs déclarations d’ouverture à l’Esprit Saint, semblent bien plus intéressés par la promotion de leur propre agenda.
Source : Roberto Cascioli sur la Nuova Bussola Quotidiana du 2 octobre 2023
Fin de vie : que dit l’Eglise ?

Fin de vie : que dit l’Eglise ?
L’Église catholique est bien seule, en nos temps de postmodernité, à maintenir une vision anthropologique stable et cohérente et, ainsi, à éclairer les âmes de bonne volonté, notamment par son enseignement sur la fin de vie. Que dit donc l’Église sur la fin de vie ?
Les tentatives d’adoption de lois légitimant des formes de suicide assisté et d’euthanasie des malades les plus vulnérables se multiplient, n’épargnant aucun pays, y compris la France où leurs promoteurs demeurent actifs et comptent bien parvenir à leurs fins lors du prochain quinquennat. Le président Macron ne s’en cache pas ; après le saccage des lois de bioéthique, l’allongement du délai de l’IVG et la volonté d’inscrire le droit à l’avortement dans la Charte européenne des droits fondamentaux, ce sera le dernier chantier « sociétal » de l’actuelle majorité.
Face à de telles dérives qui ébranleraient tous les fondements de la médecine hippocratique occidentale, l’enseignement de l’Église constitue non seulement une boussole fiable, rappelant sans ambiguïté le devoir de protéger la vie des patients jusque dans les phases les plus critiques de la maladie, mais également un GPS particulièrement élaboré pour éviter les chemins de traverse qui fragilisent l’interdit de tuer. La promulgation le 14 juillet 2020 par la Congrégation pour la Doctrine de la foi (CDF) de la Lettre Samaritanus bonus « sur le soin des personnes en phase terminale de la vie » représente à ce titre un aboutissement du Magistère sur ce thème (1). Le pape François qui a suivi de près les travaux préparatoires a ordonné la publication d’un texte qui développe et éclaire une réflexion de l’Église courant sur soixante-cinq années, depuis l’allocution fondatrice du pape Pie XII en février 1957 à des médecins sur les bonnes pratiques analgésiques en fin de vie.
Il est toutefois étonnant de constater que Samaritanus bonus (SB) qui constitue un véritable vade-mecum n’a toujours pas reçu l’accueil qu’il mériterait en France, tant ce document d’une richesse exceptionnelle peut éclairer tous ceux qui ont à cœur le respect de la vie des malades. Aussi voudrions-nous ici en présenter les lignes de force pour donner le goût de l’étudier, de le mettre en pratique et de le faire connaître, y compris au sein de cercles non ecclésiaux.
Un jugement sévère sur l’euthanasie
Premier fait d’importance à rappeler, qui peut sembler couler de source, la sévérité du jugement de l’Église sur l’euthanasie, SB affirmant sans la moindre équivoque qu’elle est « un crime contre la vie humaine », un « acte meurtrier intrinsèquement mauvais, quelles que soient les circonstances », qu’« aucune fin ne peut légitimer et qui ne tolère aucune forme de complicité ou de collaboration, active ou passive » (V, 1). Il ne s’agit pas que de mots. Cette fermeté a trouvé une traduction concrète dans une affaire peu connue qu’a eue à trancher la Congrégation pour la Doctrine de la foi il y a quelques mois, alors même qu’elle avait pratiquement achevé la rédaction de la Lettre.
En mars 2017, sur le site de la branche belge de la Congrégation des Frères de la Charité, un document était publié admettant à certaines conditions la pratique de l’euthanasie des malades accueillis dans leurs structures hospitalières psychiatriques. On le sait, la Belgique est l’un des premiers États au monde à avoir légalisé le suicide assisté et l’euthanasie des malades, des enfants, des personnes âgées et handicapées, et avoir instauré une « société de l’euthanasie » dont souhaiteraient s’inspirer de nombreux responsables politiques. Dès le mois de mai 2017, la CDF avait alerté le Saint-Père de la gravité du cas qui avait alors demandé au supérieur général des Frères de la Charité des éclaircissements urgents. Entre juin 2017 et mars 2020, pas moins de huit réunions rassemblant les représentants des Frères avec les préfets et secrétaires des dicastères concernés eurent lieu à Rome, sans compter les échanges épistolaires et la nomination d’un visiteur apostolique, leur demandant de récrire leur charte et de réaffirmer leur « adhésion sincère aux principes de sacralité de la vie humaine avec comme conséquence l’impossibilité de collaborer avec les institutions civiles belges, l’inacceptabilité de l’euthanasie et le refus absolu de l’exécuter dans les institutions qui dépendent d’eux » (2). Aucun pas en avant n’ayant été effectué, les religieux belges s’obstinant à envisager le meurtre de leurs patients « psychiatriques », la CDF avec l’approbation du pape François a dès lors signifié à la province belge des Frères de la Charité qu’ils « ne pourront plus, dorénavant, se considérer comme des institutions catholiques ».
Ce refus très ferme de toute compromission avec des pratiques euthanasiques a été incorporé explicitement dans l’enseignement de l’Église, peu développé jusqu’ici sur ce point, avec un appel très fort à ce que l’objection de conscience ne concerne pas seulement les professionnels de santé mais aussi les « établissements de santé catholiques qui se doivent d’être des témoins fidèles des valeurs humaines fondamentales et chrétiennes qui constituent leur identité » (V, 9). SB précise ainsi que « toute désobéissance déclarée ou formelle aux enseignements du Magistère, tout comportement moralement illicite, toute collaboration institutionnelle avec le système juridique du pays ou même l’orientation d’un malade demandant l’euthanasie vers une structure la pratiquant n’est pas acceptable sur le plan éthique et remet en cause l’attribution à l’établissement de santé lui-même du titre de catholique » (ibid.).
Désormais, cette objection « institutionnelle » trouve place au côté de celle, personnelle, qui requiert bien évidemment de la part des soignants un refus absolu de la moindre coopération à l’euthanasie, formelle ou matérielle, sous quelque forme d’assistance que ce soit. Le simple fait de laisser entendre que l’on aurait pu être complice en paroles ou par omission doit être vigoureusement écarté. SB reprend in extenso l’enseignement puissant de saint Jean-Paul II sur l’obligation grave des professionnels de santé de s’opposer à toute participation directe à un acte contre la vie humaine ou à partager l’intention immorale d’autrui, rappelant que ces lois ne doivent pas être rejetées « en vertu d’une conviction religieuse privée mais en vertu d’un droit fondamental de chaque personne, ces lois étant contraires au droit naturel dans la mesure où elles sapent les fondements mêmes de la dignité humaine et d’une vie en commun fondée sur la justice » (V, 9).
Cette intransigeance trouve dans un chapitre inédit un champ d’application dans le discernement pastoral proposé à l’égard de ceux qui demandent l’euthanasie ou le suicide assisté. SB demande en effet aux prêtres de ne pas administrer les sacrements de la pénitence, du viatique et de l’onction des malades à ceux qui ont fait ce choix gravement immoral. Le fait même d’être inscrit auprès d’une association promouvant l’euthanasie ou le suicide assisté suffit à empêcher la réception des sacrements tant que la personne n’aura pas montré son intention d’annuler son adhésion associative. La CDF, consciente de son intransigeance sur ce point, explique qu’elle ne doit pas être comprise comme un manque de miséricorde envers ces malades mais plutôt comme « un acte médicinal de l’Église visant non pas à condamner le pécheur mais à le faire évoluer vers la conversion » (V, 11). SB recommande alors aux aumôniers de ne pas abandonner ces personnes en les accompagnant de telle façon qu’elles puissent comprendre l’erreur de leur choix et retrouver l’espérance. Toutefois, là aussi, en cas d’échec, il leur est demandé de ne pas assister à la réalisation de l’euthanasie d’un malade qui se serait obstiné dans cette voie, « une telle présence ne pouvant être interprétée que comme une complicité ».
Un enseignement clair et précis
Le deuxième fait d’importance est la clarté sémantique du document qui définit la réalité complexe des pratiques euthanasiques comme un objet moral dûment spécifié, à savoir une « action ou une omission qui, de soi ou dans l’intention, donne la mort » à une personne malade qui souffre. On reconnaît la célèbre définition de la CDF dans Iura et bona en 1980, offrant une clé de discernement indispensable pour qualifier moralement les pratiques en fin de vie où la prise en compte de l’intention morale est capitale. Si le but d’un soignant est de précipiter la mort du malade, omettre un traitement proportionné à son état comme la nutrition assistée (V, 3) ou administrer des sédatifs à des dosages manifestement en dehors des recommandations classiques relèvent de l’euthanasie. SB met en garde contre les dérives dont elle a eu connaissance ces dernières années au sein même des soins palliatifs qui ont pu prendre une connotation équivoque, incluant des « actions ou omissions destinées à anticiper la mort ». SB mène une réflexion déterminante sur la médecine palliative dans un chapitre qui lui est consacré, appelant à renouer avec l’esprit des origines (V, 4). Aussi la Lettre ne craint-elle pas d’entrer dans le détail pour conforter le jugement des professionnels de santé dans certaines situations complexes, ce qui fait également de ce document majeur un « manuel d’éthique » dont tout professionnel de santé, diplômé ou étudiant, doit s’emparer.
Si l’on prend l’exemple particulièrement complexe de l’analgésie, SB développe l’enseignement de Pie XII et explicite la licéité de la sédation palliative en phase terminale d’un malade qui souffre, afin que la fin de vie se fasse dans la plus grande paix possible, avec le consentement éclairé du patient et après qu’il a pu recevoir une préparation spirituelle adéquate (V, 7). Mais cette sédation ne doit pas dissimuler une euthanasie qui ne dirait pas son nom, elle doit être ajustée et proportionnée, excluant comme but direct l’intention de provoquer la mort, même si celle-ci est inévitable. Si l’Église nie l’existence d’un droit quelconque à l’euthanasie, elle rappelle qu’il existe au contraire un « droit à mourir dans la plus grande sérénité possible et avec la dignité chrétienne qui lui est due ».
Se garder toujours de toute anticipation intentionnelle de la mort donc. Mais également exclure tout acharnement thérapeutique. SB fait du maintien sur cette ligne de crête une obligation morale. Devant l’imminence d’une mort inévitable, il ne faut pas craindre de « renoncer à des traitements extraordinaires ou disproportionnés qui ne feraient qu’entraîner une prolongation précaire et pénible de la vie » (V, 2). Il s’agit alors du choix réfléchi sur le plan scientifique d’éviter la mise en place d’un dispositif médical qui ne ferait que retarder artificiellement la mort. L’Église insiste toutefois pour que l’exclusion de l’acharnement thérapeutique ne s’accompagne pas d’une suspension des soins dus au malade tant qu’il en tire profit, comme le soutien de la nutrition, le soulagement de la douleur ou le maintien l’homéostasie corporelle.
Le cas douloureux des enfants
Le troisième aspect saillant de la Lettre est le fait de consacrer un chapitre spécifique aux cas douloureux des nourrissons et des enfants souffrant de maladies incompatibles avec la vie, c’est-à-dire qui conduiront à la mort dans un court laps de temps. Le document insiste sur la participation à la vie divine par le baptême et la confirmation, reprend tous les principes que nous venons de rappeler dans un « parcours de soins intégré » en les appliquant avec beaucoup de rigueur et de délicatesse aux enfants (V, 6). Les pédiatres y trouveront une mine d’or pour nourrir leur réflexion dans ces situations extrêmes. Ce chapitre sur « les soins prénataux et pédiatriques » est un puissant antidote aux législations barbares qui ont validé l’euthanasie des enfants comme aux Pays-Bas et en Belgique. Un point doit retenir notre attention, là aussi peu explicité jusqu’ici : la CDF fait le lien entre l’euthanasie néonatale et le recours obsessionnel au diagnostic prénatal à des fins abortives et sélectives, rassemblant toutes ces pratiques abjectes sous une même idéologie eugénique.
Cette remarque nous conduit à la question du contexte actuel, SB analysant de manière serrée les « obstacles culturels qui obscurcissent la valeur sacrée de la vie humaine » (IV) : confusion entre dignité intrinsèque de chaque personne et qualité mesurable de sa vie dont la perte équivaut à une sentence de mort, déformation de la véritable miséricorde au profit d’une euthanasie compassionnelle, prétention de se sauver soi-même dans le cadre d’un nouveau pélagianisme, désintégration de la solidarité intergénérationnelle, insensibilité pathologique à l’égard des malades et perte de toute charité surnaturelle. Autant de facteurs idéologiques que la CDF regroupe sous l’expression « culture du déchet » dénoncée à maintes reprises par le pape François. Face à cette « culture du déchet et de la mort qui met au rebut par euthanasie les êtres humains les plus fragiles » (IV), SB lance un appel à prendre soin du prochain (I), à repartir de l’expérience vivante du Christ souffrant (II) et à placer au cœur de la médecine et de l’accompagnement des malades le « cœur qui voit » du Bon Samaritain qui donne son nom à l’ensemble du document (III). Toute cette partie théologique et morale du texte doit beaucoup au pape François dont la parabole du Bon Samaritain, image du Christ qui soigne les blessures de l’homme souffrant, est l’une des clés de compréhension du pontificat. Il est urgent de la lire et de la méditer.
(1) Congrégation pour la Doctrine de la foi, Lettre Samaritanus bonus sur le soin des personnes en phases critiques et terminales de la vie, 14 juillet 2020.
(2) Congrégation pour la Doctrine de la foi, Lettre au Supérieur général des Frères de la Charité, 30 mars 2020.
Source : Pierre-Olivier Arduin sur le site de La Nef, no 305 d’avril 2022
Les dialogues savoureux de Benoîte Rencurel avec le bel Ange

Les dialogues savoureux de Benoîte Rencurel avec le bel Ange
Les apparitions du Laus, catéchèse sur les anges gardiens
La vénérable Benoîte Rencurel (1647-1718), petite bergère favorisée par les apparitions de la Vierge Marie au Laus, près de Gap (France), depuis ses 17 ans, et jusqu’à sa mort, à 71 ans, a aussi été favorisée par la présence de son ange gardien et d’autres anges, et par celle de plusieurs saints, dont saint Joseph. Une proximité des anges tout à fait éclairante, en ce jour de la fête des saints Anges gardiens. Et source pour elle d’une vraie joie intérieure, jusqu’à son dernier souffle.
Des apparitions documentées et authentifiées
Dans “Prier avec Benoîte Rencurel”, le p. René Combal cite ce témoignage d’un prêtre, Jean-Baptiste Royère, présent au chevet de Benoîte, qui a reçu le sacrement des malades (p. 101) : « Levant les yeux vers le ciel, entre les bras de ses nièces et la venue des Anges qu’elle donnait à connaître par son visage riant, elle décéda joyeusement. Et son âme, selon qu’on le peut pieusement croire, fut portée dans le ciel par les esprits bienheureux. »
Le procès en béatification de Benoîte Rencurel a été ouvert à Rome, et elle a été reconnue « vénérable » par le pape Benoît XVI, le 3 avril 2009 : la Congrégation pour les causes des saints a en effet établi que la voyante du Laus a vécu les vertus humaines et chrétiennes de façon “héroïque”.
La Vierge Marie apparaît donc à Benoîte pendant 54 ans : elle l’éduque et l’accompagne tout au long de sa vie. Mais la Reine des Anges permet aussi à son Ange gardien de l’accompagner, de la guider, de la garder. Le 4 mai 2008, le caractère surnaturel de ces apparitions a été reconnu par Mgr Jean-Michel di Falco, alors évêque de Gap et d’Embrun.
Le p. Combal et François de Muizon précisent dans “Le Trésor. Histoire et spiritualité de Notre-Dame du Laus” (Salvator, p. 101) : « En 1664 et au début de l’année 1665, les apparitions de la Vierge Marie sont quotidiennes et rares celles du Bel Ange. Entre 1665 et 1673, celles-ci s’équilibrent : une cinquantaine de l’Ange contre une quarantaine de Marie. Par la suite et jusqu’à la mort de Benoîte, le Bon Ange est plus souvent “présent” que la Sainte Vierge. »
Les parfums du Laus
Ils précisent : « Les rencontres avec Dame Marie et le Bel Ange sont de divers types. Il s’agit soit d’apparitions, ce qui signifie que Benoîte les voit, soit de “présences”, sans qu’ils se montrent. Elle sait qu’ils sont là grâce aux odeurs qu’elle sent et reconnaît. »
Les bons parfums de Marie, des Anges, des Saints, du Christ, perçus par Benoîte, sont une des caractéristiques des apparitions du Laus. Aujourd’hui encore des pèlerins témoignent avoir eux-mêmes senti un parfum délicat qui n’est pas d’origine naturelle.
« Les contacts, continue la même source, ne s’accompagnent pas toujours de paroles : ils peuvent être silencieux. Le Bon Ange conseille un jour à Benoîte : “Disposez-vous, ma sœur, par des prières, à recevoir la visite de Dame Marie.” (…). Une grande intimité s’établit entre elle et cet ange. Lorsqu’il entre un jour dans sa chambre, alors qu’elle n’est pas encore habillée pour la journée, elle s’écrie : « Bon Ange, attendez, s’il vous plaît ! » Et elle lui demande de sortir ».
Favorisée par cette présence angélique, Benoîte confie pourtant un jour qu’elle reçoit “plus de joie” en une seule visite de la Sainte Vierge que si elle voyait “tous les anges du paradis” (ibid. p. 103).
Le p. Combal fait en effet observer que « Benoîte ne rencontre pas seulement le Bel Ange, son divin gardien. Bien d’autres anges lui apparaissent tout au long de sa mission. Elle prie avec eux. Elle chante en leur compagnie. Elle processionne… Il est arrivé une fois (1673) qu’elle prenne dans ses bras un angelot qui accompagnait Dame Marie, comme celle-ci lui a demandé ».
En fait, elle ne perçoit pas seulement un parfum qui les identifie, « elle parle de la “musique des anges”, des mélodies extraordinaires qu’elle entend “plus de cent fois ». Cette musique est aussi indescriptible que les bonnes odeurs. Ces concerts se sont déroulés la plupart du temps dans sa chambre. La Bergère semble vivre avec les anges. Elle fait, à leurs côtés, des expériences aussi singulières que merveilleuses” (p. 111).
Une catéchèse eucharistique
Le p. Combal cite les manuscrits du Laus, qui rapportent cet épisode angélique significatif pour le culte de Jésus Eucharistie. L’ange commande Benoîte (p. 112) : « En 1667, un ange avertit Benoîte de dire aux prêtres de nettoyer le tabernacle, ce qu’ils négligent. S’étant enfermée dans la chapelle comme elle en a l’habitude, l’ange lui apparaît et lui commande d’allumer deux cierges, puis de les mettre dans la crédence. Il ouvre le tabernacle, fait une profonde révérence, prend le tabernacle et l’enveloppe dans un voile. Il en retire le ciboire contenant les hosties et le pose sur l’autel. L’Ange et Benoîte se saisissent du tabernacle et le déposent par terre. Benoîte remarque : « Vous êtes si petit et vous portez un si lourd fardeau !” L’Ange se met à rire. Ensemble, ils chassent les araignées qui sont à l’intérieur (…). Quand le tabernacle est correctement nettoyé, ils le replacent où il était. L’ange prend ensuite le ciboire et le corporal. Il les remet là où ils se trouvaient avec le voile. Il manifeste un profond respect en faisant une nouvelle révérence. »
Le respect de l’Eucharistie est aussi manifesté par un ange, le 15 mai 1674, et c’est toujours pour Benoîte, une intervention sous le signe de la joie intérieure : « En donnant la communion, un prêtre étranger au sanctuaire fait tomber par mégarde une hostie. Il ne s’en aperçoit pas. Un ange la ramasse et la replace dans le ciboire, sans que personne ne le remarque (…). Seule Benoîte observe l’intervention de l’ange. Elle ressent une joie si extraordinaire qu’elle est incapable de la contenir. On lui demande d’où vient cette si grande manifestation de bonheur. Elle en avoue la raison et en rend très humblement grâce à Dieu. Le prêtre fait de même. »
Les anges ont aussi mission de permettre que Benoîte s’approche de la communion eucharistique. “Le jour de la fête de Notre Dame des Anges, le 2 août 1700, Benoîte voit deux anges sur l’autel de la chapelle de Bon-Rencontre, qui lui disent : « C’est aujourd’hui une grande fête, voudriez-vous communier ? » Benoîte répond : « Hélas ! Comment le pourrais-je alors qu’il n’y a personne pour me confesser ? » L’ange déclare :« Qu’importe, vous n’avez pas commis de péché qui vous empêcheraient de communier. Je vais vous donner la communion. Allumez les cierges, approchez-vous de l’autel, prenez la nappe et mettez-vous à genoux”. » (pp. 119-120). On pense à la communion des pastoureaux de Fatima de la main de l’Ange.
Autre joli épisode également en relation avec l’amour de l’eucharistie. Un jour, Benoîte ne trouve plus son beau chapelet. L’ange lui apparaît et lui avoue que c’est lui qui le lui a pris et l’a placé dans le tabernacle, car Benoîte est trop attachée à son chapelet. L’ange dirige son amour vers la Présence du Christ dans l’Eucharistie.
Les paroles et la musique des anges
Un jour, c’est Benoîte qui commande aux anges … de se taire : « En 1676, Dame Marie apparaît à Benoîte avec ses anges, qui lui parlent de divers sujets. Benoîte est tellement impatiente d’entendre la Sainte Vierge qu’elle s’écrie : « Taisez-vous, beaux anges ! Laissez parler la Bonne Mère ! » Un ange lui répond : « Je ne parle que sur son ordre. » Marie se met à rire et adresse la parole à Benoîte » (p. 114).
Parfois, les anges se manifestent sous forme de doux oiseaux (pp. 117-118) : « Alors qu’elle se trouve dans sa chambre, Benoîte entend chanter au-dessus de sa tête quatre oiseaux ou davantage encore, de façon très mélodieuse et infiniment plus agréable et plus divertissante que les oiseaux de la terre. Elle est emplie d’une joie incommensurable. Parfois ils chantent les litanies de la Passion de Jésus. Ces oiseaux ont la grosseur d’un moineau ou d’un chardonneret. Les uns ont le plumage rouge, les autres blanc, d’autres sont de toutes les couleurs. Leur odeur est très douce, mais il s’en faut de beaucoup qu’elle soit aussi suave que celle de Dame Marie ou de Jésus. Un jour de février 1689, elle voit une troupe d’oiseaux si nombreux qu’elle ne saurait le dénombrer. Ils sont de toutes les couleurs et volent dans sa chambre qu’ils parfument d’excellentes odeurs. Ils chantent pendant six heures les litanies de Jésus. Benoîte fut si charmée qu’elle ne savait plus si elle était dans ce monde ou dans l’autre. Le Bel Ange lui confiera plus tard que ces oiseaux sont des anges du ciel que Jésus et Marie lui envoient pour la consoler de ses afflictions. »
“Dieu ne veut pas que vous vous fassiez du mal”
Le p. Ludovic Frère, ancien recteur, a pu rassembler dans un joli petit volume, publié aux Éditions du Laus, des anecdotes significatives sur la relation entre Benoîte et le Bel Ange ou les anges.
Un jour, alors que Benoîte a l’habitude de s’infliger des pénitences corporelles, elle ne trouve plus ses instruments de torture (dont une jolie chaîne cloutée !). Le Bel Ange lui apparaît et avoue : “C’est moi qui vous les ai pris.” Interloquée, Benoîte ne comprend pas. L’Ange lui déclare : “Dieu ne veut pas que vous vous fassiez du mal.” Et le p. Frère souligne que certes, aujourd’hui, le temps de ce genre de pénitences corporelles semble passé, mais que les baptisés s’infligent parfois intérieurement de vraies tortures par leurs pensées. Il invite à ses souvenir de la parole de l’Ange : “Dieu ne veut pas que vous vous fassiez du mal.” Aujourd’hui, le Bel Ange inviterait probablement à chasser avec décision ces pensées qui torturent le cœur.
Mais les messages de l’Ange sont souvent en lien avec la mission de Benoîte, de servir les pèlerins, les prêtres confesseurs – on l’a vu plus haut -, d’aider chacun à s’approcher de Dieu. Parfois la mission est mal commode… Benoîte est avertie qu’elle doit aller faire dire à un évêque qu’il doit revenir se confesser : sa confession n’a pas été… complète. Ou une jeune élégante dit qu’elle aura “tôt fait” sa confession. Benoîte, éclairée intérieurement sur l’état de son âme, lui applique une petite correction fraternelle pour qu’elle se confesse sérieusement : “Vous avez plus de péchés que de plis à votre robe.”
Tant d’autres anecdotes qui attestent la simplicité et la force intérieure de la Bergère devenue voyante au Laus, enseignée par les anges.
On se souviendra peut-être qu’au début des apparitions, Marie demande un jour à Benoîte sa chèvre. Et Benoîte protestera qu’elle en a besoin. Et la refusera. Mais c’est en fait toute sa vie qu’elle donnera à la Vierge Marie et à la mission qu’elle lui a confiée au Laus. Et qui se prolonge jusqu’à aujourd’hui.
Le récit des apparitions se trouve sur le site du sanctuaire.
Source : ZENIT.ORG, le 2 octobre 2023
Ces trois attitudes que le Chrétien doit adopter

Ces trois attitudes que le Chrétien doit adopter
Pour préparer les JMJ d’août 2023, les jeunes Varois se sont rendus au sanctuaire de Notre-Dame de Fatima. Il s’agissait de commencer les JMJ main dans la main avec la Vierge Marie et quoi de mieux que de se rendre directement sur ce lieu d’apparition mariale au rayonnement mondial ?
Les démarches spirituelles se sont succédées pour notre groupe : récitation du chapelet, consécration spéciale à Marie, acte de pénitence en aumônerie et confessions, prière auprès des tombes de sainte Jacinthe et saint François, les pastoureaux qui ont vu la Vierge en 1917 avec leur cousine sœur Lucie, tour de la chapelle des apparitions en avançant à genoux, aux intentions que les paroissiens de Saint-Raphaël nous avaient confiées.
Cette dernière démarche m’a beaucoup marquée même si ce n’était pas facile, avec le regard des nombreux pèlerins autour, de ne pas penser à ses genoux et de rester plongée dans la prière. Monseigneur Rey (évêque de Fréjus-Toulon) a lui-même souligné l’importance de la Mère de Dieu dans son homélie devant les cinq cents jeunes Varois : « Pour connaître Jésus de l’intérieur, il nous faut passer par Marie. »
Il nous a conseillé trois attitudes que le Chrétien doit adopter : entrer dans un chemin d’abandon avec Marie, la femme de foi, emprunter le chemin de la croix car les épreuves nous rattrapent toujours et, enfin, adopter une attitude de joie rayonnante aux côtés de Marie, celle qui dit « mon âme exalte le Seigneur ».
Abandonnons-nous, déposons nos fardeaux, nos croix, vivons dans la joie du Christ ressuscité avec Marie comme guide sûr !
Faustine Arduin, correspondante ZENIT pour les JMJ
Prions :
Source : une minute avec Marie
SAINT FRANÇOIS D’ASSISE

Ce mercredi 4 octobre, nous fêtons la mémoire de saint François d’Assise.
J’imagine François pas trop grand, musclé, carré même, certainement moins angélique que ne l’ont peint Cimabue ou Giotto. Beau ! Type Alain Delon ou Steeve Mc Queen, Leonardo DiCaprio peut-être mais brun : comme Dieu a vu l’homme neuf, juste avant de lui souffler dans le nez ! Une voix sonore, le regard malin, le type même de la jeunesse dans sa fraîcheur de vivre, sa joie sans cesse renouvelée devant le vaste monde à découvrir.
J’imagine François irrésistible malgré lui, d’un charme invraisemblable parce que tellement naturel que cela cesse d’être naturel, d’une santé tellement contagieuse que cela devient la sainteté, d’une vérité si simple et spontanée qu’elle vous convainc avant d’être exposée. Et je comprends son succès, je comprends qu’on l’ait suivi, qu’on ait voulu se chauffer à son soleil, fredonner dans sa musique, s’enivrer de son parfum, de son existence, de son amitié. Et je comprends aussi qu’il y ait eu au bout du compte des frictions, des divergences, des tensions. Etait-il possible de vivre longtemps ainsi ? Etait-il possible de former une communauté sur ce modèle-là, unique et inimitable, sans autre règle que l’Evangile, sans autre programme qu’une radicale pauvreté ? Les mauvaises langues disent qu’il n’y a jamais eu qu’un seul franciscain, François, comme il n’y a peut-être jamais eu qu’un seul chrétien, Jésus… et encore : il était juif !
—
Permettez-moi un peu d’impertinence, mes amis, vous, ses héritiers. Je prétends et je soutiens que François était riche ! Oui, riche d’une richesse exceptionnelle et la plus belle qui soit : une richesse que tous nous lui envions. Qui n’aurait aimé sentir sur soi ne serait-ce qu’une demi-heure, le regard admiratif de cette jeunesse de son temps qui l’avait choisi pour roi ? Qui n’aurait aimé bénéficier de l’amour de sa mère qui, c’est bien certain, lui a communiqué son équilibre, sa confiance en lui-même et son goût profond de la vie ? Qui n’aurait aimé sentir fondre son cœur, à rencontrer seul à seul Jésus dans l’intimité, mendiant d’amour et pleurant de n’être pas aimé ? François était riche infiniment, d’une richesse constitutive, fondamentale, inamissible, qu’aucune pauvreté réelle ou psychologique ne pourrait jamais entamer.
Il faut être poète et surréaliste comme Joseph Delteil1, pour approcher ce phénomène dans son inépuisable générosité. Sans être long, laissez-moi vous en citer une bonne tranche : c’est le moment sublime où, devant l’évêque, François se libère de ses biens et, dans une attitude adamique de nouveau fils de Dieu, rend au père qui l’a déshérité, tout ce qu’il reproche de lui avoir volé :
« Tous les pinsons du monde là-haut dans les platanes chantaient et fientaient à qui mieux mieux, et François aussi c’est toute sa fiente qu’il jetait au diable, la fiente de l’homme.
Il jetait (ses habits), et ayant tout jeté il jetait encore, il jetait toujours, d’un geste automatique, perpétuel… Que n’eût-il jeté ! Si c’était une « livre de chair » qu’on lui réclamât, va pour la livre de chair ! Et jusqu’à sa mère… (d’où que ce saint si tendre ne pense plus jamais à sa mère, désormais n’a plus de mère comme s’il avait rendu sa mère à son père, par-dessus le marché). On sentait que sur sa lancée il eût rendu ses oreilles, ses yeux, la totalité de son corps, restitué à son géniteur jusqu’à sa goutte de sperme…
-. Ecoutez tous, dit-il à haute voix, jusqu’ici j’avais appelé Pierre Bernardone mon père, mais désormais je n’ai plus qu’un père, « Notre Père qui êtes au ciel… »
Et peu à peu François se sentait devenir léger, simple, libre, libre, libre… On a décroché les perspectives, le champ des choses s’éloigne, le monde rapetisse. L’évêque, l’engeance humaine, la ville, tout s’étiole et s’efface. Il ne voyait plus rien, pas même ce chiche père Bernard là-bas qui ramasse en hâte un tas de vêtements et l’emporte, avarement, à reculons… Il ne reste çà et là que quelques linéaments, une moustache de soldat, un sabot de bête, un bout de crosse… Il se fait un espace immense entre François et le monde, un espace d’homme.
… Il était là tout nu sur la Grand Place d’Assise, suave et farouche, farouche et suave… nu de l’orteil à l’oreille. L’évêque fit un mouvement pour le couvrir de sa chape.»
On imagine alors François qui part sous le soleil radieux, « à grandes enjambées paradisiaques, à poil ! »
Il a tout donné, mais il n’a rien perdu. Il est partout chez lui dans cet immense jardin d’Eden qu’est la campagne d’Assise, et la nature est sa maison, les animaux ses amis, le loup bien entendu, les oiseaux et même les poissons. Il n’y a pas chez lui, comme aujourd’hui chez nous, le souci angoissé de la nature et de sa protection. Il fait partie de la nature, il n’y est pas extérieur. Il a besoin d’elle pour célébrer le Dieu vivant : avec sœur l’eau, frère soleil et même sœur la mort, dont il n’a pas peur et qu’il ne faut pas exclure car elle fait partie de notre condition.
Il n’écrit pas de synthèse comme Bonaventure ou Thomas, car sa vie est une synthèse en acte et une totale réconciliation. Pauvre, il est frère universel, sans autre souci que l’essentiel, qui est son prochain et son Dieu. Pas besoin de moyens compliqués, de maisons, de bibliothèques, de prêtres, d’évêques, tout est offert à vivre et en direct.
Le fréquenter nous repose des détours de conscience d’autres saints compliqués, inhibés, torturés. Il n’a pas la violence de Bernard, ni la raideur d’Ignace, ni les abstractions de Thomas, ni l’ennui de moines trop réguliers… A la différence de Dominique, il nous laisse des écrits, des poèmes, des cantiques, des fioretti. Il y a tout ce qu’il a dit et tout ce qu’on lui a fait dire ! Il déborde de fantaisie, traverse la Méditerranée pour passer du côté musulman. Il rate son martyre parce qu’il comprend très vite qu’il n’est pas chez des infidèles mais chez des croyants. Le dialogue interreligieux, il le pratique, bien avant qu’on invente le mot ! Et plus il admire leur sens de la transcendance, plus il comprend l’importance de l’incarnation. Il apprend à se taire, à écouter, à regarder, devenant ainsi l’ami du Sultan.
—
François nous fait rêver mais il n’était pas un rêveur ! C’est en revenant de Terre Sainte qu’il a cette idée de génie des crèches vivantes à Noël. Dieu est tellement grand qu’il s’est aussi fait tout petit ! Comment donc incarner aujourd’hui l’Evangile de Jésus-Christ ?
L’idéal de François n’est pas facile. La poésie a son charme, elle cherche la perfection, elle ne doit pas masquer l’effort, la ténacité et l’intelligence qu’il faut déployer pour y parvenir. La sainteté de François, selon moi, est de type eschatologique. (Elle indique une réconciliation avec la nature, une pauvreté qui n’est pas à chercher dans un âge d’avant le péché originel, mais dans un accomplissement de l’humanité par l’humanisation de ce cosmos dont elle doit assumer la responsabilité). Il ne faut pas oublier l’histoire, le devenir laborieux, ne pas confondre le naturel et le spontané. « La nature de l’homme c’est l’artifice », disait Emmanuel Mounier. L’homme est un être culturel et social. L’ascèse authentique doit être aussi communautaire.
Le grand problème de l’humanité est celui de la gouvernance. Comment nous organiser, en Afrique, en Haïti, pour non pas éviter les conflits (il y en aura toujours) mais pour les gérer ? Comment utiliser les forces vives pour autre chose que nous affronter ? Notre idéal de fraternité nous fait choisir, depuis 8 siècles, la démocratie, laissant de côté le modèle monastique féodal : avec des mandats limités dans le temps, les contre-pouvoirs que sont les conseillers, des procédures pour organiser les débats et parvenir à l’élection des animateurs et aux prises de décision. Le vrai témoignage dont le monde a besoin, c’est de réaliser des projets communs où coopèrent de fortes personnalités en évitant la paralysie communautaire ou l’anarchie de projets individuels isolés. Il y a un angélisme pervers, nous le savons, qui consisterait à insister sur l’humiliation et l’obéissance, alors que la charité doit s’incarner dans des structures et des pratiques évangélisées où chacun peut être respecté et donner le meilleur.
Que saint François nous communique son esprit, comme il le fait dans l’Eglise depuis bientôt huit siècles et que nous sachions vivre de l’Evangile non pas seulement individuellement, mais en communauté, pour le rendre vivable par tous ceux qui aiment Jésus Christ !

1 Delteil Joseph François d’Assise, Flammarion, Paris, 1960 ; Œuvres complètes, Grasset Paris 1978, pages 547 à 695.
Source : RÉSURGENCES.BE, le 3 octobre 2023