29.10.2023 – HOMÉLIE DU 30ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MT 22, 34-40

Pourquoi nous commander d’aimer ?

Par le Fr. Laurent Mathelot OP

Évangile de Matthieu Mt 22, 34-40

Pourquoi Dieu doit-il nous donner le commandement d’aimer ? N’est-ce pas naturel d’aimer ? N’aimons-nous pas ça spontanément : l’amour ? Pourquoi Dieu doit-il encore aujourd’hui nous rappeler ce commandement d’aimer ? N’avons-nous déjà pas bien compris que la religion proposée par le Christ est une religion de l’amour ?

Faut-il regarder ce commandement comme Paul regarde la Loi, à savoir comme un rappel à l’ordre adressé au pécheur, comme une contrainte nécessaire pour entraver le mal ? En effet, la Loi n’est jamais vue comme un bien chez Paul, mais toujours comme le reflet du péché, dont elle hérite le caractère enfermant. Il écrit : « vous n’êtes plus sujets de la Loi, vous êtes sujets de la grâce de Dieu » (Rm 6, 14). Pour Paul, la Loi est déjà une prison dans laquelle on enferme les coupables ; la préoccupation de la Loi est un enchaînement. Et celui qui est véritablement enfant de Dieu se trouve libéré de la Loi, parce que libéré du péché, racheté par avance de toute culpabilité par le sacrifice du Christ. Finalement, pour Paul, il n’y a que ceux qui enfreignent la Loi que la Loi préoccupe.

Pourquoi Dieu doit-il nous donner le commandement d’aimer ?

Souvenons-nous, enfants, notre premier désir n’était-il pas d’aimer ? N’avions-nous pas ce désir pur de tendresse, cette innocence même – qu’ultérieurement nous avons pu qualifier de naïveté – d’aimer tout qui venait à nous. Avant que ne surviennent les premiers coups durs, n’avions nous pas en nous un pur désir d’aimer ? Et même enfants, au-delà des disputes, n’avions-nous pas une belle facilité à nous réconcilier ? A encore donner de l’amour à un parent, un frère, une sœur qui nous avait fait du mal ? Je crois que tout être humain naît avec un cœur tendre et que ce sont les méchancetés et les offenses subies au long de la vie qui l’endurcissent, au point de le rendre parfois cassant, voire blessant. Pourquoi Dieu doit-il nous donner le commandement d’aimer ? Serait-ce, comme le reproche qu’il fait à l’Église d’Éphèse, dans l’Apocalypse : « J’ai contre toi que tu as abandonné l’amour que tu éprouvais » (Ap 2, 4) ?

Est-ce, au contraire, une des péripéties de celui que l’Ancien Testament présente si souvent comme un Dieu jaloux ? « Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux, pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux » (Ex 20, 4-5). Tout de même ! Que Dieu fasse de l’amour à son égard le premier des commandements, n’est-ce pas affirmer : « Aime-moi, c’est un ordre ! » ? N’y a-t-il pas quelque contradiction à faire de l’amour un commandement alors que Dieu nous veut libres ?

La question du docteur de la Loi n’était pas tout à fait dénuée de sens puisque le Judaïsme avait dénombré dans la Torah pas moins de 613 commandements dont 248 positifs et 365 négatifs parmi lesquels il distinguait des graves et des légers, distinctions variant d’une école à l’autre.

D’un autre côté, la priorité de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain était déjà bien installée dans le Judaïsme, ainsi que le lien entre les deux. Le précepte : « Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces » est un des traits dominants du Deutéronome (Dt 6, 5). Et le précepte « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » vient tel quel du Lévitique (Lv 19, 18). Et il n’est pas besoin de grandes théories psychanalytiques autour du “comme soi-même” pour comprendre que cette formule nous fait dépasser le principe de la simple réciprocité qui dirait : je t’aimerai dans la mesure où tu m’aimeras aussi.

Comment notre cœur en arrive-t-il là : à calculer ? Comment, depuis la spontanéité naïve de l’enfance, en sommes-nous arrivés à mesurer nos élans d’amour ? voire à les refuser : untel, unetelle ou tels gens que je n’aime pas ? …

Nous commençons à perdre la spontanéité de l’amour dès que nous confondons le mal commis avec ceux qui le font. Le mécanisme de la perte de l’amour s’enclenche lorsque nous confondons le pécheur et son péché, lorsque celui qui a volé n’est plus qu’un voleur, lorsque celui qui a frappé n’est plus qu’un violent et celui qui a violé n’est plus qu’un violeur. Et ce mécanisme est d’autant immédiat que la souffrance est insupportable. Il est difficile de voir encore humains ceux qui nous ont frappés, humiliés, souillés, abandonnés, méprisés ou trahis. Et alors la méfiance s’installe envers ceux qui leur ressemblent …

Le pardon est le signe inverse de cette confusion. Il y a pardon lorsqu’on commence à dissocier le pécheur de son péché, lorsqu’on recommence à le voir humain et plus seulement pécheur. Quand la victime parvient à voir la fragile humanité de son agresseur au-delà de l’agression subie : voilà le pardon. La miséricorde ne consiste pas à faire l’impasse sur le péché, à passer l’éponge, à faire comme si de rien n’était. Non ! La miséricorde consiste à ne réduire personne à son péché, à sa faute, à ses erreurs et aucun agresseur aux souffrances qu’il a imposées.

Ce sont nos blessures qui nous font sortir de la loi de l’amour ; ainsi c’est l’amour qui nous dégagera de l’emprise de nos blessures.

Ceux que nous n’aimons pas, ceux dont la proximité nous dérange, les personnes qui nous indisposent parce qu’elles montrent tels comportements ou tiennent tels discours, tous nos stéréotypes méprisants, tous nos amalgames visant à exclure, tous les boucs émissaires que nous pouvons nous donner sont autant de reflets de nos blessures intimes, de nos difficultés à aimer que seul un surcroît d’amour parviendra à résoudre. Ainsi, le commandement d’aimer nous est utile, chaque fois que nous nous perdons dans le désamour.

Chaque personne qu’il nous est difficile d’aimer est le signe, en nous, d’une blessure du cœur que Dieu doit venir combler. C’est pour cela qu’il nous recommande de l’aimer en premier, pour nous libérer le cœur du désamour et le rendre ainsi plus libre d’aimer.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 24 octobre 2023

29.10.2023 – HOMÉLIE DU 30ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MT 22, 34-40

LE GRAND COMMANDEMENT ?

Par le Père Jean Compazieu

Textes bibliques : Lire


“Dans la loi, quel est le grand commandement ?” La question méritait d’être posée car, dans le livre de la Loi, il y en a 613. Ils ont été ajoutés progressivement pour répondre à des contextes différents. Dans toutes les civilisations, on a créé des lois pour protéger les faibles. Ce qui est nouveau ici, c’est le fondement de cette loi : elle concerne un peuple qui a fait la double expérience de l’esclavage en Égypte et de la libération par Dieu. Le Seigneur s’est révélé comme celui qui entend la plainte des humiliés et qui leur rend leur liberté et leur dignité. À travers la loi, Dieu continue à prendre la défense des humiliés.

Toutes les lois bibliques sont émaillées de rappels, rappel de la souffrance endurée quand on était esclave en Égypte, rappel de Dieu libérant son peuple. Si Dieu a libéré son peuple, c’est parce qu’il a entendu le cri des malheureux. Il est concerné par la souffrance humaine. Pour l’instant, il faut encore des menaces pour que la loi soit respectée : “Si tu les accables et qu’ils crient vers moi, j’écouterai leur cri. Ma colère s’enflammera”. Mais peu, l’homme éduqué par Dieu et par la loi n’aura plus besoin de menace car il aura appris à voir en tout homme un frère.

Dans la seconde lecture, Paul montre précisément aux Thessaloniciens ce qu’est l’amour de Dieu. Il leur souhaite de répondre dignement à cet amour qui est en lui. Ils sont tous appelés à devenir pour ceux qui les entourent des modèles de foi et d’amour. Ils viennent d’être libérés des idoles aliénantes. Ils sont maintenant invités à se tourner vers le vrai Dieu et à travailler activement à l’avènement de son Royaume. C’est important pour nous aujourd’hui. Nous vivons dans un monde difficile : les chrétiens y sont critiqués, tournés en dérision ou persécutés. C’est un test de la vraie foi : on n’y échappe pas ; cela arrive sans l’avoir cherché. C’est la logique de l’Évangile qui ne cesse jamais de se vérifier.

Dans l’Évangile, nous entendons Jésus répondre à la question des pharisiens : “quel est le grand commandement ?” s’ils interrogent Jésus, ce n’est pas pour approfondir l’enseignement de la loi mais pour tendre un piège Jésus : Ils le voyaient accomplir chaque jour des œuvres de miséricorde ; il était très proche des blessés de la vie, des malades et des égarés, des infréquentables. Il guérissait le jour du Sabbat. On lui reproche d’en faire trop au détriment de la loi de Dieu.

Dans sa réponse, Jésus rappelle ce qui est dit dans le livre du Deutéronome : “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit (versets 37-38). Il aurait pu s’arrêter là, mais il ajoute quelque chose qui n’avait pas été demandé par le docteur de la loi : “le second commandement lui est semblable… Tu aimeras ton prochain comme toi-même.” Jésus met ces deux commandements ensemble pour nous révéler qu’ils sont inséparables et complémentaires. On ne peut aimer Dieu sans aimer le prochain. Et on ne peut aimer le prochain sans aimer Dieu.

Pour vivre cet Évangile, c’est vers le Christ que nous nous tournons. Ce qu’il nous demande, il l’a vécu jusqu’au bout. Au soir du jeudi saint, il disait : Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres.” Il ne s’agit plus d’une simple loi écrite mais d’une personne qui se donne. Le Christ continue à insuffler son Esprit Saint à ses fidèles pour animer leurs pensées, leurs paroles et leurs actes. Il s’identifie à notre prochain et il nous appelle à le reconnaître dans les autres. Ce que nous avons fait au plus petit d’entre les siens c’est à lui que nous l’avons fait.

C’est à notre amour pour les petits et les exclus que nous serons jugés. Et à travers eux c’est le Christ qui est là. Il nous appelle tous à aimer Dieu au quotidien et en toutes circonstances. Dans le même temps, il nous appelle à aimer au quotidien tous nos frères proches et lointains. Il importe que notre charité soit active et généreuse. Les organismes de solidarité sont là pour nous aider à la rendre plus efficace. Le Seigneur est là pour nous accompagner et nous montrer le chemin.

Par la communion, c’est Jésus qui vient vivre en nous. Il vient en nous pour aimer notre Père et tous nos frères et sœurs de la terre. Nous lui rendons grâce : Béni sois-tu, Seigneur pour cet amour. Tu nous envoies le rayonner autour de nous. Garde-nous fidèles à cette mission. Qu’elle soit le programme de toute notre vie. Amen

Père Jean Compazieu

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 22 octobre 2023

François: «Le cléricalisme est un fouet, un fléau»

Le Pape François, lors de la congrégation générale du Synode, le mercredi 25 octobre. (Vatican Media)

François: «Le cléricalisme est un fouet, un fléau»

Le Pape a pris la parole au début de la congrégation du Synode du mercredi 25 octobre et a réitéré l’importance des femmes dans l’Église: «Elles savent attendre, découvrir le chemin, au-delà de la limite, avec peur et courage». Il déplore ensuite le «scandale» du cléricalisme. 

Salvatore Cernuzio – Cité du Vatican

La femme, «reflet» d’une Eglise au visage féminin. Les prêtres et le «scandale» des attitudes qui peuvent être «machistes et autoritaires». L’Église, parfois réduite à un «supermarché du salut» avec une liste de prix pour les sacrements, puis le cléricalisme, qui est comme un «fouet» et qui «ruine» le saint peuple de Dieu…  Telles sont quelques-unes des réflexions que le Pape a offertes dans l’après-midi du mercredi 25 octobre aux participants au Synode réunis dans la salle Paul VI pour la 17ème congrégation générale, au cours de laquelle ont eu lieu les «impressions générales»sur le document de synthèse qui sera publié le samedi 28 octobre.

Mais d’abord, la parole du Souverain Pontife qui, assis à la table centrale, a voulu attirer l’attention, en espagnol, sur «l’Église comme peuple de Dieu». Ce peuple auquel les membres du Synode ont adressé dans la même journée une Lettre dans laquelle ils réitèrent leur volonté d’écouter «tout le monde».

L’Eglise, peuple fidèle de Dieu

«J’aime penser à l’Église comme au peuple fidèle de Dieu, saint et pécheur, un peuple appelé et convoqué par la force des béatitudes et de Matthieu 25», a commencé François.

“Jésus, pour son Église, n’a adopté aucun des schémas politiques de son temps : ni pharisiens, ni sadducéens, ni esséniens, ni zélotes. Pas de ‘corporation fermée’, il a simplement repris la tradition d’Israël : ‘Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu’.”

«J’aime, confie le Pape, penser à l’Église comme à un peuple simple et humble qui marche en présence du Seigneur. Et il est encore plus beau de parler du peuple saint de Dieu. Saint et pécheur, certes, mais un peuple fidèle».

Infaillible dans la foi

L’une des caractéristiques de ce peuple est son «infaillibilité»: «Oui, il faut le dire: il est infaillible dans la foi…. « Infallibilitas in credendo », comme le dit Lumen Gentium». «Si vous voulez savoir ce que la Sainte Mère l’Église veut dire, vous lisez le Magistère, mais si vous voulez penser comme l’Église, tournez-vous vers le peuple.», ajoute le Saint-Père. 

La foi transmise par les mères et les grands-mères

C’est aussi de ce peuple que viennent «les membres de la hiérarchie», c’est de ce peuple qu’ils ont reçu la foi, souligne le Pape. Comme en tant d’autres occasions, il évoque les mères, les grands-mères: «Ta mère et ta grand-mère, dit Paul à Timothée», «La foi se transmet dans un dialecte féminin. Comme la mère des Maccabées qui parlait en dialecte à ses fils».

François continue: «J’aime beaucoup penser que dans le saint peuple de Dieu, la foi se transmet toujours en dialecte, et généralement en dialecte féminin. Non seulement parce que l’Église est mère et que ce sont précisément les femmes qui la reflètent le mieux».

D’où une parenthèse sur l’importance des femmes dans l’Église :

“L’Église est une femme, mais parce que ce sont des femmes qui savent attendre, qui savent découvrir les ressources de l’Église, du peuple fidèle, qui se dépassent, peut-être avec peur mais avec courage, et dans le clair-obscur d’un jour qui commence, elles s’approchent d’une tombe avec l’intuition, pas encore l’espoir, qu’il peut y avoir quelque chose de vivant. La femme est le reflet de l’Église, l’Église est féminine, elle est épouse et mère.”

Par conséquent, «lorsque les ministres dépassent leur service et maltraitent le peuple de Dieu, ils défigurent le visage de l’Église, ils l’abîment avec des attitudes machistes et dictatoriales», déplore le Souverain pontife. «Il est douloureux, ajoute-t-il, de trouver dans certains bureaux paroissiaux la liste des prix» des services sacramentels comme dans un supermarché.

Le Pape exprime une égale amertume, voire une «douleur», pour ces «jeunes prêtres» que l’on voit dans les ateliers des tailleurs ecclésiastiques «essayant des soutanes et des chapeaux ou des robes et des bobines avec de la dentelle». «Assez, dit-il, c’est vraiment un scandale. Le cléricalisme est un fouet, un fléau, une forme de mondanité qui salit et abîme le visage de l’épouse du Seigneur, qui asservit le peuple saint et fidèle de Dieu».

Source : VATICANNEWS, le 25 octobre 2023

La « Lettre au peuple de Dieu » de l’assemblée synodale

Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques.

La « Lettre au peuple de Dieu » de l’assemblée synodale

«Le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir, même dans ses contradictions, exige de l’Église le renforcement des synergies dans tous les domaines de sa mission» peut-on lire dans ce texte publié ce mercredi 25 octobre.

Chères sœurs, chers frères,

Alors que s’achèvent les travaux de la première session de la 16èmeAssemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, nous voulons, avec vous tous, rendre grâces à Dieu pour la belle et riche expérience que nous venons de vivre. Nous avons vécu ce temps béni en profonde communion avec vous tous. Nous étions soutenus par vos prières, porteurs de vos attentes, de vos questions et aussi de vos craintes. Voilà déjà deux ans qu’a commencé, à la demande du pape François, un long processus d’écoute et de discernement, ouvert à tout le peuple de Dieu, sans exclusive, afin de « marcher ensemble », sous la conduite de l’Esprit Saint, disciples missionnaires à la suite du Christ Jésus.

La session qui nous a réunis à Rome depuis le 30 septembre constitue une étape importante de ce processus. À bien des égards, ce fut une expérience inédite. Pour la première fois, à l’invitation du pape François, des hommes et des femmes étaient conviés, en vertu de leur baptême, à siéger à la même table pour prendre part non seulement aux délibérations mais aussi aux votes de cette Assemblée du Synode des Évêques. Ensemble, dans la complémentarité de nos vocations, de nos charismes et de nos ministères, nous nous sommes mis intensément à l’écoute de la Parole de Dieu et de l’expérience des autres. À l’aide de la méthode de la conversation dans l’Esprit, nous avons partagé humblement les richesses et les pauvretés de nos communautés sur tous les continents, en essayant de discerner ce que l’Esprit Saint veut dire à l’Église aujourd’hui. Nous avons notamment expérimenté l’importance de favoriser les échanges réciproques entre la tradition latine et les traditions de l’Orient chrétien. En outre, la participation des Délégués fraternels d’autres Églises et Communautés ecclésiales a profondément enrichi nos débats.

Notre assemblée s’est déroulée dans le contexte d’un monde en crise, dont les blessures et les inégalités scandaleuses ont résonné douloureusement dans nos cœurs et donné à nos travaux une gravité particulière, d’autant plus que certains d’entre nous venaient de pays où la guerre fait rage. Nous avons prié pour les victimes de la violence meurtrière, sans oublier celles et ceux que la misère et la corruption jettent sur les routes dangereuses de la migration. Nous avons exprimé notre solidarité et notre engagement aux côtés des femmes et des hommes qui, partout dans le monde, sont des artisans de justice et de paix.

À l’invitation du Saint-Père, nous avons accordé une place importante au silence, afin de favoriser l’écoute respectueuse entre nous et le désir de communion dans l’Esprit. Lors de la veillée œcuménique d’ouverture, nous avons expérimenté combien la soif d’unité grandit dans la contemplation silencieuse du Christ crucifié. La croix est, en effet, l’unique cathèdre de Celui qui, en donnant sa vie pour le salut du monde, a confié ses disciples à son Père, afin que « tous soient un » (Jn 17,21). Fermement unis dans l’espérance que nous donne Sa résurrection, nous lui avons confié notre Maison commune où résonnent de façon de plus en plus urgente la clameur de la terre et la clameur des pauvres : « Laudate Deum ! », a rappelé le pape François au tout début de nos travaux.

Au fil des jours, nous avons entendu l’appel pressant à la conversion pastorale et missionnaire. Car la vocation de l’Église est d’annoncer l’Évangile non pas en se centrant sur elle-même, mais en se mettant au service de l’amour infini dont Dieu aime le monde (cf. Jn 3,16). Interrogés sur leurs attentes à l’égard de l’Église à l’occasion de ce synode, des personnes sans-abri des environs de la place Saint-Pierre ont répondu : « L’amour ! ». Cet amour doit toujours demeurer le cœur brûlant de l’Église, un amour trinitaire et eucharistique, comme l’a rappelé le Pape en évoquant le 15 octobre, à mi-chemin du parcours de notre assemblée, le message de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. « C’est la confiance » qui nous donne l’audace et la liberté intérieure dont nous avons fait l’expérience, n’hésitant pas à exprimer nos convergences et nos divergences, nos désirs et nos interrogations, librement et humblement.

Et maintenant ? Nous souhaitons que les mois qui nous séparent de la deuxième session, en octobre 2024, permettent à chacun de participer concrètement au dynamisme de communion missionnaire qu’indique le mot « synode ». Il ne s’agit pas d’une idéologie mais d’une expérience enracinée dans la Tradition apostolique. Comme l’a rappelé le Pape au début de ce processus : « Communion et mission risquent de rester des termes un peu abstraits si l’on ne cultive pas une pratique ecclésiale qui exprime la réalité concrète de la synodalité (…), favorisant l’implication effective de tous et de chacun » (9 octobre 2021). Les défis sont multiples et les questions nombreuses : le rapport de synthèse de la première session précisera les points d’accord auxquels nous sommes parvenus, soulignera les questions ouvertes et indiquera la manière dont nous devrons poursuivre le travail.

Pour progresser dans son discernement, l’Église a absolument besoin de se mettre à l’écoute de tous, en commençant par les plus pauvres. Cela exige de sa part un chemin de conversion, qui est aussi un chemin de louange : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Lc 10, 21) ! Il s’agit de se mettre à l’écoute de celles et ceux qui n’ont pas droit à la parole dans la société ou qui se sentent exclus, même de la part de l’Église. À l’écoute des personnes victimes du racisme sous toutes ses formes, notamment, en certaines régions, les peuples indigènes dont les cultures ont été bafouées. Et surtout, l’Église de notre temps se doit d’écouter, dans un esprit de conversion, les personnes qui ont été victimes d’abus commis par des membres du corps ecclésial, et de s’engager concrètement et structurellement pour que cela ne se reproduise pas.

L’Église a aussi besoin d’écouter les laïcs, femmes et hommes, tous appelés à la sainteté en raison de leur vocation baptismale : le témoignage des catéchistes, qui dans bien des situations sont les premiers annonciateurs de l’Évangile ; la simplicité et la vivacité des enfants, l’enthousiasme des jeunes, leurs questions et leurs appels ; les rêves des anciens, leur sagesse et leur mémoire. L’Église a besoin de se mettre à l’écoute des familles, de leurs préoccupations éducatives, du témoignage chrétien qu’elles offrent dans le monde d’aujourd’hui. Elle a besoin d’accueillir la parole de celles et ceux qui souhaitent s’engager dans des ministères laïcs ou dans des instances participatives de discernement et de décision.

L’Église a particulièrement besoin, pour progresser dans son discernement synodal, de recueillir davantage la parole et l’expérience des ministres ordonnés : les prêtres, premiers collaborateurs des évêques, dont le ministère sacramentel est indispensable à la vie du corps tout entier ; les diacres, qui signifient par leur ministère la sollicitude de toute l’Église au service des plus fragiles. Elle a aussi besoin de se laisser bousculer par la voix prophétique de la vie consacrée, sentinelle vigilante des appels de l’Esprit. Elle se doit également d’être attentive à celles et ceux qui ne partagent pas sa foi mais cherchent la vérité, et en qui l’Esprit est présent et agissant, Lui qui « offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal » (Gaudium et spes 22, 5).

« Le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir, même dans ses contradictions, exige de l’Église le renforcement des synergies dans tous les domaines de sa mission ». C’est précisément le chemin de la synodalité que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire » (Pape François, 17 octobre 2015). N’ayons pas peur de répondre à cet appel. La Vierge Marie, première en chemin, accompagne notre pèlerinage. Dans les joies et les peines, elle nous montre son Fils et nous invite à la confiance. C’est Lui, Jésus, notre unique espérance !

Cité du Vatican, 25 octobre 2023

Source: VATICANNEWS, le 25 octobre 2023

Le Pape François lance un nouvel appel à la paix en Terre Sainte

Le Pape François lance un nouvel appel à la paix en Terre Sainte

Au terme de l’audience générale prononcée place Saint-Pierre, le Pape a une nouvelle fois partagé sa préoccupation devant la guerre qui fait rage entre Israël et le Hamas et renouvelé son appel à participer à la journée de prière et de jeûne pour la paix le 27 octobre. 

Vatican News

Après avoir salué les pèlerins présents à l’audience générale place Saint-Pierre, le Pape François a lancé ce mercredi 25 octobre un nouvel appel à la paix en Terre Sainte, alors que la guerre se poursuit entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza. «Je pense toujours à la grave situation en Palestine et en Israël : j’encourage la libération des otages et l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza» a dit le Saint-Père. «Je continue à prier pour ceux qui souffrent et à espérer des chemins de paix, au Moyen-Orient, dans l’Ukraine tourmentée et dans d’autres régions blessées par la guerre».

François a par ailleurs invité une nouvelle fois les fidèles à s’unir à la journée de jeûne, de prière et de pénitence qu’il a convoquée vendredi prochain 27 octobre. Un moment de prière sera organisé à 18 heures sur la place Saint-Pierre. «Nous nous réunirons pour prier et implorer la paix dans le monde» a précisé le Pape.

Source : VATICANNEWS, le 25 octobre 2023

De même que deux amis finissent par se ressembler…

La sépulture de Bartolo Longo à Pompéi – CC0/wikimedia

De même que deux amis finissent par se ressembler…

Dans le parcours spirituel du Rosaire, fondé sur la contemplation incessante – en compagnie de Marie – du visage du Christ, on est appelé à poursuivre l’idéal exigeant de se conformer à Lui grâce à une fréquentation que nous pourrions dire “amicale”. Elle nous fait entrer de manière naturelle dans la vie du Christ et pour ainsi dire “respirer” ses sentiments.

Le bienheureux Bartolo Longo dit à ce propos : « De même que deux amis qui se retrouvent souvent ensemble finissent par se ressembler même dans la manière de vivre, de même, nous aussi, en parlant familièrement avec Jésus et avec la Vierge, par la méditation des Mystères du Rosaire, et en formant ensemble une même vie par la Communion, nous pouvons devenir, autant que notre bassesse le permet, semblables à eux et apprendre par leurs exemples sublimes à vivre de manière humble, pauvre, cachée, patiente et parfaite ».

Jean-Paul II

Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, n°15 (octobre 2002)

Prions :

Je vous salue Marie, pleine de grâce ;
Le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.

Amen

Source : une minute avec Marie

26.10.2023 – SAINTS DU JOUR

Sts Lucien et Marcien

MARTYRS À NICOMÉDIE († V. 250)

Saints Lucien et Marcien
Magiciens, puis martyrs chrétiens
(† 250)

Lucien et Marcien, nés dans les ténèbres de l’idolâtrie, étaient passionnés pour l’étude de la magie. Mais ils se convertirent en voyant l’inutilité de leurs charmes sur une vierge chrétienne, et la défaite des malins esprits par la vertu du signe de la croix. Ils n’eurent pas plus tôt ouvert les yeux à la lumière de l’Évangile, qu’ils brûlèrent leurs livres de magie, au milieu de la ville de Nicomédie. 

S’étant purifiés de leurs crimes par le baptême, ils distribuèrent leurs biens aux pauvres , et se retirèrent dans la solitude, afin que par l’exercice de la prière et par la pratique de la mortification, ils pussent soumettre leurs passions, se fortifier dans les résolutions qu’ils avaient prises pour se mettre plus sûrement à l’abri du danger, et fuir plus facilement les tentations auxquelles on est exposé dans le monde, jusqu’à ce que leur vertu fût solidement établie. 

Lorsqu’ils eurent passé de la sorte un temps considérable, ils se mirent à prêcher Jésus-Christ aux gentils, pour les rendre participants de la grâce qu’ils avaient reçue.

L’édit de Dèce contre les chrétiens ayant été publié en Bithynie, l’an 250, ils furent arrêtés et conduits devant le proconsul Sabin. Comme celui-ci demandait à Lucien de quelle autorité il prêchait Jésus-Christ, il lui répondit que tout homme devait faire ses efforts pour retirer ses frères de l’erreur. Marcien ne fit pas une profession moins généreuse de sa foi. Le juge ordonna qu’ils fussent étendus sur le chevalet. 

« Tandis que nous adorions les idoles, lui dirent Lucien et Marcien, nous avons commis plusieurs crimes, nous avons donné publiquement dans les abominations de la magie, sans qu’on nous fît subir aucun châtiment : mais nous devenons chrétiens, nous remplissons les devoirs de bons citoyens, et l’on nous applique à des tortures barbares. » Le proconsul les menaçant de les faire souffrir encore davantage, Marcien reprit : « Nous sommes prêts à souffrir tout ce qu’il vous plaira : mais nous ne renoncerons point au vrai Dieu, de peur qu’il ne nous précipite dans un feu qui ne s’éteindra jamais. » 

Il eut à peine fini de parler, que Sabin les condamna tous deux à être brûlés vifs. Ils allèrent avec joie au lieu de l’exécution. Ils expirèrent au milieu des flammes, en louant et bénissant le Seigneur.

Saints Lucien et Marcien priez pour nous !