Dans son message de Noël lu avant la bénédiction Urbi et Orbi depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, François a tourné le regard et le cœur vers Bethléem, là où règnent aujourd’hui «douleur et silence». Le Souverain pontife est revenu sur les conflits qui lacèrent le monde et a imploré la paix, notamment sur la terre qui a vu naître Jésus.
Marine Henriot – Cité du Vatican
En Terre Sainte, Ukraine, mais aussi Arménie, Syrie ou la péninsule coréenne… C’est un vibrant plaidoyer pour la paix qu’a livré le Pape François ce lundi 25 décembre avant la bénédiction «à la ville et au monde».
«Vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur». Ces paroles de l’ange dans le ciel de Bethléem changent le cours de l’Histoire, et remplissent de confiance et d’espérance. Car l’annonce de Bethléem est celle d’une «grande joie», a dit François à la foule rassemblée sous le ciel gris de la place Saint-Pierre, ou ont résonné la marche pontificale et l’hymne italien, «pas le bonheur passager du monde, pas la joie du plaisir, mais une joie “grande” parce qu’elle nous rend “grands”». Une joie qui console et renouvelle l’espérance.
À ceux qui se sentent seuls, qui ont perdu confiance et certitude, le Souverain pontife a tenu à le dire en ce jour de Noël,«le Christ est né pour toi !», «il t’offre sa petite main d’Enfant pour te libérer de tes peurs, te relever de tes peines et te montrer qu’à ses yeux tu as plus de valeur que tout».
Combien de massacre d’innocents dans le monde?
Dans l’Écriture, a continué le successeur de Pierre, le Prince de la paix s’oppose au «prince de ce monde», un épisode toujours d’actualité a-t-il relevé tristement:
“Combien de massacres d’innocents dans le monde: dans le sein maternel, sur les routes des désespérés en quête d’espérance, dans les vies de tant d’enfants dont l’enfance est dévastée par la guerre. Ce sont les petits Jésus d’aujourd’hui.”
Car dire «oui» au Prince de la Paix, c’est dire «non» à la guerre, a démontré François. Pour cela il faut commencer par dire «non» aux armes: «Car si l’homme, dont le cœur est instable et blessé, a en sa possession des instruments de mort, tôt ou tard, il les utilisera», a déploré l’évêque de Rome, invitant une nouvelle fois à stopper la production, la vente et le commerce des armes, mais également à dénoncer les complots du mal. «Que l’on en parle, que l’on en écrive, pour que l’on sache les intérêts et les gains qui tirent les ficelles des guerres», a-t-il ajouté.
Bénédiction Urbi et Orbi de décembre 2023.
Isaïe a écrit: «De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée; ils n’apprendront plus la guerre.» Faisons de cette prophétie une réalité, a imploré François, devant les 70 000 personnes rassemblées place Saint-Pierre.
Pour un dialogue en Terre Sainte
François a ensuite pris le temps d’égrener les guerres qui lacèrent actuellement la planète, commençant par celle sur la terre qui a vu naître Jésus:
“Je porte dans mon cœur la douleur pour les victimes de l’odieuse attaque du 7 octobre dernier et je renouvelle un appel pressant pour la libération de ceux qui sont encore retenus en otage. Je demande que cessent les opérations militaires, avec leur effroyable suite de victimes civiles innocentes, et que l’on remédie à la situation humanitaire désespérée en ouvrant à l’arrivée de l’aide humanitaire”
Le Saint-Père qui dit embrasser les communautés chrétiennes de Gaza et de toute la Terre Sainte, demande une résolution de la question palestinienne, «à travers un dialogue sincère et persévérant entre les Parties, soutenu par une forte volonté politique et par l’appui de la communauté internationale».
«Les yeux fixés sur l’Enfant Jésus, j’implore la paix pour l’Ukraine», a continué le Saint-Père, qui depuis le début de la guerre le 24 février 2022 ne cesse de prier pour la population ukrainienne.
Afrique, péninsule coréenne et continent américain
L’évêque de Rome a également adressé une prière pour les conflits qui secouent la région du Sahel, la Corne de l’Afrique, le Soudan, ainsi que le Cameroun, la République Démocratique du Congo et le Soudan du Sud.
«Que s’approche le jour où se renforceront les liens fraternels dans la péninsule coréenne, ouvrant des parcours de dialogue et de réconciliation qui puissent créer les conditions d’une paix durable», a-t-il déclaré, avant d’avoir un mot pour le continent américain:
“Que le Fils de Dieu, qui s’est fait humble Enfant, inspire les autorités politiques et toutes les personnes de bonne volonté du continent américain, afin que soient trouvées des solutions aptes à surmonter les dissensions sociales et politiques, pour lutter contre les formes de pauvreté qui offensent la dignité des personnes, pour aplanir les inégalités et pour affronter le douloureux phénomène des migrations.”
Depuis la loggia centrale de la basilique pétrinienne, François a demandé d’être la voix de ceux qui n’en n’ont pas, la «voix des innocents, morts par manque d’eau et de pain; la voix de ceux qui ne parviennent pas à trouver un travail ou l’ont perdu; la voix de ceux qui sont obligés de fuir leur patrie à la recherche d’un avenir meilleur, risquant leur vie dans des voyages exténuants et à la merci de trafiquants sans scrupules».
Temps de conversion avant le Jubilé
En conclusion, un an avant le Jubilé de 2025, le Pape a invité à une conversion des cœurs, «pour dire “non” à la guerre et “oui” à la paix; pour répondre avec joie à l’invitation du Seigneur qui nous appelle, comme prophétisa encore Isaïe, “annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération”».
La bénédiction solennelle Urbi et Orbi, à la ville et au monde, est prononcée par le Pape les jours de Pâques et de Noël. Elle est assortie d’une indulgence plénière.
Solennité de la Nativité (messe du jour) – Intégrale. Marie-Noëlle Thabut lit et commente l’intégralité des lectures du dimanche de la solennité de la Nativité
Que le Seigneur vous donne la Paix ! Je voudrais ce soir exprimer un sentiment profond que nous ressentons tous, je crois, et qui trouve un écho dans l’Évangile qui vient d’être proclamé : « parce qu’il n’y avait pas de place pour eux » (Lc 2, 7). Comme pour Marie et Joseph, il semble que pour nous, aujourd’hui, il n’y ait pas de place pour Noël. Nous sommes tous saisis, depuis trop de jours, par le sentiment douloureux et triste qu’il n’y a pas de place, cette année, pour la joie et la paix qu’en cette nuit sainte, à quelques mètres d’ici, les anges ont annoncées aux bergers de Bethléem.
En ce moment, nous ne pouvons que penser à tous ceux qui, dans cette guerre, ont été laissés sans rien, déplacés, seuls, touchés dans leurs affections les plus chères, paralysés par leur chagrin. Mes pensées vont à tous, sans distinction, Palestiniens et Israéliens, à tous ceux qui sont touchés par cette guerre, à tous ceux qui sont en deuil, qui pleurent et qui attendent un signe de proximité et de chaleur. Ce soir, je me souviens des otages enlevés à leurs familles. Je me souviens de ceux qui croupissent dans les prisons sans procès. Mes pensées vont en particulier à Gaza et à ses deux millions d’habitants. En vérité, « il n’y avait pas de place pour eux » exprime bien leur situation, désormais connue de tous et dont la souffrance ne cesse d’être criée au monde entier. Ils n’ont plus d’endroit sûr, de maison, de toit, ils sont privés de tout ce qui est essentiel à la vie, ils meurent de faim et plus encore, ils sont exposés à une violence incompréhensible. Il semble qu’il n’y ait pas de place pour eux, non seulement physiquement, mais aussi dans l’esprit de ceux qui décident du sort des peuples.
C’est la situation dans laquelle vit depuis trop longtemps le peuple palestinien qui, bien que vivant sur sa propre terre, se voit constamment dire : « il n’y a pas de place pour vous », et qui attend depuis des décennies que la communauté internationale trouve des solutions pour mettre fin à l’occupation, sous laquelle il est contraint de vivre, et à ses conséquences. Il me semble qu’aujourd’hui, tout le monde est enfermé dans son chagrin. La haine, le ressentiment et l’esprit de vengeance occupent tout l’espace du cœur et ne laissent pas de place à la présence de l’autre. Pourtant, l’autre nous est nécessaire. Car Noël, c’est justement cela, c’est Dieu qui se rend humainement présent et qui ouvre nos cœurs à un nouveau regard sur le monde.
Non pas que le monde ait toujours été accueillant pour le Christ : la constatation du fait qu’il n’y ait plus guère de traces de la foi chrétienne, et du Noël chrétien en particulier, dans notre culture sécularisée et consumériste, ne date pas d’aujourd’hui. Cette année, cependant, surtout ici, mais aussi dans le reste du monde, le fracas des armes, les pleurs des enfants, la souffrance des réfugiés, les lamentations des pauvres, les larmes de tant de personnes en deuil dans tant
de familles semblent rendre nos chants désaccordés, notre joie difficile, nos paroles vides et rhétoriques.
Soyons clairs : la venue du Christ dans notre monde a ouvert pour nous et pour tous « la voie du salut éternel », que rien ni personne ne pourra jamais refermer. La foi, l’espérance et l’amour de l’Église de Dieu sont indéfectibles et reposent sur la fidèle Promesse du Seigneur, et ne dépendent pas des temps et des circonstances changeantes, plus ou moins défavorables, qui nous entourent.
Il est tout aussi évident, cependant, que nous luttons, surtout ici aujourd’hui, pour trouver une place pour Noël dans notre pays, dans nos vies, dans nos cœurs. Ce chemin, ouvert par le Christ, nous risquons de le perdre dans les rues détruites, dans les décombres de la guerre, dans les maisons abandonnées. Nos cœurs accablés risquent de ne pas se mettre à l’écoute de l’annonce de Noël. Trop de douleur, trop de déception, trop de promesses non tenues encombrent cet espace intérieur où l’Évangile de Noël pourrait résonner et inspirer des actions et des comportements de paix et de vie.
Demandons-nous donc : où est Noël cette année ? Où devrions-nous chercher le Sauveur ? Où l’Enfant peut-il naître, alors qu’il ne semble pas y avoir de place pour lui dans ce monde qui est le nôtre ?
C’est la question que se sont posée Marie et Joseph, confrontés à la difficulté de trouver un logement cette nuit-là, comme nous l’avons entendu. C’était la question des bergers, qui cherchaient l’Enfant. C’est la question des mages, à la poursuite de l’étoile. C’est la question que l’Eglise s’est posée chaque fois qu’elle s’est égarée. C’est notre question ce soir : quelle est la place de Noël aujourd’hui ?
Les anges nous répondent. Cette nuit-là, en effet, et dans toutes les nuits, Dieu trouve toujours une place pour son Noël, même pour nous ; ici, aujourd’hui, malgré tout, même dans ces circonstances dramatiques, nous le croyons : Dieu peut faire de la place même dans les cœurs les plus durs.
Le lieu de Noël, c’est d’abord et avant tout Dieu. Le Noël du Christ se déroule au départ dans le cœur miséricordieux du Père. Son amour infini et inépuisable engendre éternellement le Fils et nous le donne dans le temps, même en ce temps. C’est dans sa bonne et sainte volonté que le salut de l’homme a été décidé. « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,16-17). Dans les circonstances actuelles, nous, toute l’Église, devons revenir à Dieu, à son amour, si nous voulons redécouvrir la vraie joie de Noël, si nous voulons rencontrer le Sauveur.
Avant et au-delà de toutes les explications sociales et politiques, la violence et l’écrasement de l’autre trouvent leur racine ultime dans le fait d’avoir oublié Dieu, d’avoir contrefait son visage, d’avoir utilisé la relation religieuse avec lui de manière instrumentale et fausse, comme cela se produit trop souvent dans cette Terre Sainte qui est la nôtre. Celui qui ne sait pas appeler son prochain « frère » ne peut pas appeler Dieu « Père ». Mais il est encore plus vrai que nous ne pouvons pas nous reconnaître frères si nous ne revenons pas au vrai Dieu, si nous ne le reconnaissons pas comme un Père qui aime tout le monde. Si nous ne trouvons pas Dieu dans notre vie, nous nous perdrons inévitablement à Noël et nous nous retrouverons à errer seuls dans la nuit, sans destination, en proie à nos instincts violents et égoïstes.
Mais le « oui » de Marie et de Joseph est aussi le lieu de Noël. Leur obéissance et leur fidélité sont la maison dans laquelle le Fils est venu habiter. La volonté de Dieu n’est pas une puissance qui soumet et fait plier, mais un Amour qui ne déploie toute sa force que lorsqu’il est accueilli dans une liberté fidèle et généreuse, la vraie liberté, qui n’est pas l’arbitraire mais la responsabilité aimante de notre vie et de celle des autres. Le Fils de Dieu, engendré par le Père, entre dans le temps par la porte ouverte de la liberté humaine. Là où un homme et une femme disent « oui » à Dieu, c’est Noël ! Là où quelqu’un est prêt à mettre sa vie au service de la Paix qui vient d’en haut, au lieu de chercher son propre intérêt, là le Fils naît et renaît. Alors, si nous voulons que ce soit Noël, même en temps de guerre, nous devons tous multiplier les gestes de fraternité, de paix, d’accueil, de pardon, de réconciliation.
Je dirai même plus : nous devons tous nous engager, à commencer par moi et ceux qui, comme moi, ont des responsabilités de guide et d’orientation sociale, politique et religieuse, pour créer une « mentalité du oui » contre la « stratégie du non ». Dire oui au bien, oui à la paix, oui au dialogue, oui à l’autre ne doit pas être une simple rhétorique mais un engagement responsable, une volonté de faire de l’espace et non de l’occuper, de trouver une place pour l’autre et non de la nier. Noël a été rendu possible par l’espace que Marie et Joseph ont offert à Dieu et à l’enfant qui venait de Lui. Il n’y aura pas de justice, pas de paix sans l’espace ouvert par notre « oui » volontaire et généreux.
Ce ne serait pas Noël sans les bergers. Leur réveil dans la nuit appartient aussi à l’Évangile. Et ils sont les premiers à trouver l’Enfant. L’évangéliste Luc ne s’attarde pas tant sur leur condition sociale que sur leur intériorité. Cette nuit-là, les bergers se sont manifestés comme des gens éveillés, habitués à l’essentiel, capables d’agir, ouverts à la nouveauté, sans trop de calculs ni de raisonnements, et donc prêts pour Noël. Dans un temps inévitablement marqué par la résignation, la haine, la colère, la dépression, nous avons besoin de tels chrétiens pour qu’il y ait encore de la place pour Noël !
À mon cher diocèse, à ses prêtres, à ses séminaristes, à ses religieux et religieuses, à ses laïcs engagés, à toutes les communautés paroissiales avec leurs groupes et associations, je crois devoir rappeler que nous sommes les héritiers de ces pasteurs. Je sais bien combien il est difficile de rester éveillés, disponibles pour accueillir et pardonner, prêts à recommencer encore et encore, à repartir même s’il fait encore nuit. Ce n’est qu’ainsi que nous trouverons l’Enfant. Mais c’est seulement ce témoignage qui garantit que Noël a toujours sa place dans ce temps et sur cette terre, et qu’il rayonne à partir d’ici dans le monde entier. Nous sommes ici et nous entendons continuer à être les bergers de Noël. C’est-à-dire ceux qui, bien que dans des conditions pauvres et fragiles, ont trouvé l’Enfant, ont fait l’expérience de sa grâce et de sa consolation, et veulent proclamer à tous que Noël est, aujourd’hui comme hier, vrai et réel.
Chers amis, j’ai dans le cœur un désir qui devient prière : que notre volonté de faire le bien, concrétisée par notre « oui » responsable et généreux, par notre engagement à aimer et à servir, soit l’espace dans lequel le Christ puisse naître et renaître ! Je le demande pour moi-même et pour mon Église en Terre Sainte et pour toutes les Églises : qu’elles soient pour tous une maison, un espace de réconciliation et de pardon pour tous ceux qui recherchent la joie et la paix ! Je demande à toutes les Églises du monde qui, en ce moment, se tournent vers nous non seulement pour contempler le mystère de Bethléem, mais aussi pour nous soutenir dans cette guerre tragique, de se faire les porteurs auprès de leurs peuples et de leurs dirigeants du « oui » à Dieu, du désir de bien pour ces peuples, de la cessation des hostilités, afin que tous puissent vraiment trouver un foyer et la paix.
Je prie pour que le Christ renaisse dans le cœur des gouvernants et des dirigeants des nations et leur suggère son propre « oui » qui l’a conduit à se faire notre ami, notre frère et l’ami de tous, afin qu’ils travaillent sérieusement à l’arrêt de cette guerre, mais surtout pour qu’ils reprennent le fil d’un dialogue qui conduira enfin à trouver des solutions justes, dignes et définitives pour nos peuples. La tragédie de ce moment, en effet, nous dit que le temps n’est plus aux tactiques à court terme, aux références à un avenir théorique, mais qu’il est temps de prononcer, ici et maintenant, une parole de vérité, claire et définitive, qui résolve le conflit actuel à la racine, en supprime les causes profondes et ouvre de nouveaux horizons de sérénité et de justice pour tous, pour la Terre Sainte mais aussi pour toute notre région, également marquée par ce conflit. Des mots comme occupation et sécurité, et tant d’autres mots similaires qui ont dominé nos discours respectifs pendant trop longtemps, doivent être renforcée par confiance et respect, car c’est ce que nous voulons pour l’avenir de cette terre, et c’est seulement ainsi que nous pourrons garantir la stabilité et la paix véritable.
Que le Christ renaisse donc sur cette terre, la sienne et la nôtre, et que le chemin de l’Évangile de la paix pour le monde entier reprenne à partir d’ici ! Qu’Il renaisse dans le cœur de ceux qui croient en Lui, les poussant au témoignage et à la mission, sans la peur de la nuit et de la mort! Et qu’il renaisse aussi dans le cœur de ceux qui ne croient pas encore, comme un désir de paix et de bonté, de vérité et de justice !
Que le Christ naisse aussi dans notre petite communauté de Gaza. J’avais l’habitude de passer quelques jours avec vous, qui m’êtes si chers, avant Noël. Cette année, cela n’a pas été possible, mais nous ne vous abandonnons pas. Vous êtes dans nos cœurs, et toute la communauté chrétienne de Terre Sainte et du monde est rassemblée autour de vous, puissiez-vous sentir le plus possible la chaleur de notre proximité et de notre affection.
Enfin, que le Christ renaisse dans le cœur de tous, afin que pour tous, ce soit encore Noël ! Joyeux Noël !
Bethléem, 24 décembre 2023
+ Pierbattista Card. Pizzaballa Patriarche latin de Jérusalem
L’Adoration des mages par Sandro Botticelli en 1482.
La dévotion à l’Enfant Jésus et la grâce de l’innocence
La nuit du 24 décembre, tous les regards convergent vers Bethléem où il y plus de 2 000 ans le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous dans une humble petite étable de Palestine. Si la Nativité de l’Enfant Jésus est bien relatée dans les Saintes Écritures, les détails sur son enfance sont plus parcimonieux dans les Évangiles. Méconnue aussi est la dévotion spéciale à l’enfance de Jésus.
Delphine Allaire – Cité du Vatican
Cette spiritualité est le don en particulier des carmélites qui modèlent leur vie intérieure sur le Divin Enfant dans la simplicité et l’humilité envers Dieu. Une piété mise à l’honneur au sanctuaire de Beaune en France, où il est nommé «Petit Roi de Grâce». L’Enfant-Jésus de Beaune est même lié à la Couronne de France, quand la carmélite mystique Marguerite du Saint-Sacrement prédit en 1637 la naissance du futur Louis XIV alors qu’Anne d’Autriche désespère d’offrir un héritier. L’Enfant-Jésus resplendit aussi à Prague, à Rome ou encore dans l’Espagne du Siècle d’or.
Sœur Huberta, religieuse polonaise, carmélite de l’Enfant Jésus, œuvre au sanctuaire de Beaune en pays bourguignon. Elle détaille le rayonnement et le sens spirituel de cette dévotion à l’Enfant-Jésus dont le monde s’apprête à célébrer la naissance.
Quelles sont les origines de la dévotion à l’enfant Jésus?
Le culte de l’Enfant Jésus nous vient du carmel de sainte Thérèse d’Avila en Espagne. Cette sainte a découvert l’humanité du Christ à son époque. Tout ce qu’elle avait traduit dans ses écrits était de mettre Jésus homme au cœur de la vie des sœurs. Même les constructions des chapelles du Carmel ont au centre Jésus. Sainte Thérèse de Jésus apportait toujours une statue de l’Enfant-Jésus lorsqu’elle fondait les différents couvents. Il y a des statues de différents types et tailles dans les carmels, comme par exemple la statue de l’Enfant-Jésus de Beaune, l’une des statues miraculeuses très connues dans le monde. Les deux autres sont la statue de l’Enfant-Jésus de Prague et la statue de l’Enfant-Jésus de Rome, à la basilique Santa Maria in Aracoeli.
Comment ce culte s’est-il ensuite répandu et s’est-il fondu dans une forme de piété populaire?
Je pense que l’on peut remonter jusqu’à la crèche. Les premiers éclairés par l’Enfant-Jésus, par la lumière de Dieu, étaient les bergers; des gens extrêmement simples qui avaient le cœur ouvert pour recevoir la lumière de Dieu. Eux-mêmes avertis par les anges, ils ont annoncé la Bonne Nouvelle. Approcher l’enfant Jésus signifie s’approcher de la vie et de la joie de voir un enfant. Dans les différentes crèches des églises ou des maisons, le saint enfant Jésus est entouré par les différents personnages pauvres, riches, simples, des enfants. Concernant le carmel de Beaune, c’est en 1643 que Gaston de Renty, l’un des personnages qui a découvert l’humanité du Christ et faisait partie de l’École française de spiritualité -mouvement issu de la Contre-Réforme-, a offert une statue de l’Enfant-Jésus à Marguerite du Saint-Sacrement. Cette statue se trouve au sanctuaire de l’Enfant-Jésus de Beaune.
Pourquoi comme Thérèse d’Avila ou Marguerite du Saint-Sacrement est-on attiré en particulier spirituellement par l’Enfant Jésus?
Le fait qu’il s’est fait enfant, que le Verbe fait chair vient habiter parmi nous, nous attire par une action divine mystérieuse. L’homme a besoin de Dieu. Marguerite du Saint-Sacrement, elle, avait des grâces extraordinaires. Elle disposait d’un contact avec l’Enfant Jésus qui lui parlait, qui lui expliquait des choses. Marguerite l’a transmis à ses sœurs. C’est ainsi qu’elle a fondé la famille de l’enfant Jésus dans la communauté de Beaune où elle vivait.
Quels sont les mystères de l’enfance divine du Christ et pourquoi les méditer?
Marguerite du Saint-Sacrement vivait en contemplation des mystères de l’Enfant-Jésus. Elle a composé une prière intitulée «La Petite Couronne» sous forme de méditation des douze mystères de l’enfance de Jésus. Parmi les douze, il y a l’incarnation de Notre-Seigneur, ensuite le deuxième, le séjour dans le sein de sa sainte Mère; troisième mystère, la naissance; quatrième, la demeure dans l’étable; cinquième, la circoncision; sixième, l’Épiphanie; septième, la Présentation au temple; huitième, la fuite en Égypte; neuvième, son retour d’Égypte; dixième, sa vie cachée à Nazareth; onzième, ses voyages avec sa sainte Mère et saint Joseph, et le douzième, son séjour au temple au milieu du désert.
Ce sont les mystères détaillés qu’on retrouve évidemment dans l’Évangile, et que la vie de l’Enfant Jésus a dès ses premiers instants, dès son incarnation dans le sein de Marie. Ils nous aident à méditer sa vie, à s’approcher de lui et à les vivre au quotidien. Par exemple, dans l’un des mystères de l’enfant Jésus, l’on trouve «vivre dans le bonheur que nous sommes aimés de la Sainte Famille»; ou bien cet enfant Jésus voyageant avec ses parents, nous disons qu’il sanctifie tous nos pas. En allant à la messe ou en accomplissant nos simples devoirs, nous pouvons offrir nos pas au Seigneur. Méditer ces mystères, c’est approfondir ce que Jésus a vécu lui-même sur la terre.
Que nous dit le divin enfant de la royauté du Christ?
Il nous montre que Dieu le Père a voulu donner son Fils enfant pour qu’en lui aussi, nous puissions devenir des fils de Dieu. Jésus enfant est aussi appelé par ses différents titres Enfant-Jésus Roi. Justement le XVIIe siècle était un temps où la dévotion au Sacré-Cœur et la dévotion à l’Enfant Jésus se sont répandues. Jésus règne dans notre cœur d’une manière forte et puissante. Évidemment, le style de la royauté du Christ passe par l’humilité, par l’obéissance, par la simplicité, par la pauvreté, par l’innocence, par la confiance et l’espérance. Ce sont les principales vertus de l’Enfant Jésus. Jésus est doux et humble de cœur, et de cette manière-là nous devons nous aussi nous mettre, en tant qu’enfants de Dieu, au service les uns des autres. C’est Lui en tant que Roi qui nous a montré comment faire.
Comment atteindre, préserver, cultiver, l’esprit d’enfance dans la foi?
Notre naissance à l’enfance divine nous vient par la foi, par un acte de foi que nous pouvons poser. Même si nous traversons des nuits, nous pouvons reconnaître la lumière de Bethléem par cette grâce qui nous est donnée de Dieu et qui l’emporte sur les ténèbres. Nous sommes des enfants de lumière, les bergers, les premiers convives autour du nouveau nés sont des hommes simples et tenus à l’écart. Tout le contraire d’une élite et personne ne songe à vérifier s’ils sont en état de grâce. Venez comme vous êtes, c’est pour nous sauver que Dieu envoie son propre fils, dit père Philippe Lefebvre dans le Magnificat. S’il fallait être digne du salut pour en bénéficier, qui serait concerné? Il nous invite ensuite à oublier que nous avons oublié les bonnes résolutions de l’Avent, puisque tout est dans la lumière de Dieu qui vient visiter en douceur les cœurs disponibles. Nous sommes tous attendus à la crèche pour nous réjouir et nous émerveiller.
L’Enfant Jésus de Prague porte un globe dans sa main. Dans notre monde meurtri par les guerres, crises et violences, la dévotion à l’Enfant Jésus dans toute son innocence et sa pureté est-elle une bonne réponse spirituelle?
Nous expérimentons tous que l’attitude de violence des guerres, qui apporte en fait la mort, ne s’accorde pas avec l’enfant qui est pureté et innocence. Les anges annoncent aux bergers que l’enfant Jésus sera un signe de la présence de Dieu pour eux. Nous avons la chance de vivre ce temps de Noël pour nous apprendre à être simples et petits devant Dieu, pour s’accueillir mutuellement et cesser la violence. Car chaque être humain a sa dignité d’enfant. Et sur l’enfant, on ne lève pas la main, on ne lui fait pas mal car il est innocent.
Saint Joseph et l’attente de Noël, une homélie inédite de Benoît XVI
Le journal dominical allemand Welt am Sonntag, lié au quotidien Die Welt, a publié samedi 23 décembre la version allemande d’une des homélies prononcées par le Pape émérite lors des célébrations dominicales privées dans la chapelle du monastère Mater Ecclesiae après sa renonciation. En voici la version intégrale.
Le père Federico Lombardi, président de la Fondation Ratzinger, a expliqué qu’il existe une collection d’homélies «privées» de Benoît XVI, enregistrées et transcrites par les « Memores Domini », les femmes consacrées qui ont vécu avec lui. Le recueil contient plus de trente homélies, en italien, des années de son pontificat et plus d’une centaine des premières années après sa renonciation. Le père Lombardi les publiera prochainement en un volume à la Librairie éditrice vaticane (LEV). L’homélie qui suit a été prononcée un quatrième dimanche de l’Avent, le 22 décembre 2013. Elle est consacrée à saint Joseph.
BENOÎT XVI
Chers amis,
À côté de Marie, Mère du Seigneur, et de saint Jean-Baptiste, la liturgie nous présente aujourd’hui une troisième figure, qui est presque celle de l’Avent: saint Joseph. En méditant le texte de l’Évangile, nous pouvons voir, me semble-t-il, trois éléments constitutifs de cette vision.
Le premier et décisif est que saint Joseph est appelé «un homme juste». C’est pour l’Ancien Testament la plus haute caractérisation de celui qui vit vraiment selon la parole de Dieu, qui vit l’alliance avec Dieu.
Pour bien comprendre cela, nous devons réfléchir à la différence entre l’Ancien et le Nouveau Testament.
L’acte fondamental du chrétien est la rencontre avec Jésus, en Jésus avec la parole de Dieu, qui est Personne. En rencontrant Jésus, nous rencontrons la vérité, l’amour de Dieu, et ainsi la relation d’amitié devient amour, notre communion avec Dieu grandit, nous sommes vraiment croyants et devenons saints.
L’acte fondamental dans l’Ancien Testament est différent, car le Christ était encore à venir et il s’agissait donc, au mieux, d’aller à la rencontre du Christ, mais il ne s’agissait pas encore d’une véritable rencontre en tant que telle. La parole de Dieu dans l’Ancien Testament a essentiellement la forme de la loi – « Torah ». Dieu guide, c’est le sens, Dieu nous montre le chemin. C’est un chemin d’éducation qui forme l’homme selon Dieu et lui permet de rencontrer le Christ. En ce sens, cette justice, cette vie selon la loi est un cheminement vers le Christ, une extension vers Lui; mais l’acte fondamental est l’observance de la Torah, de la loi, et donc le fait d’être «un juste».
Saint Joseph est un juste, exemplaire de l’Ancien Testament.
Mais il y a ici un danger et en même temps une promesse, une porte ouverte.
Le danger apparaît dans les discussions de Jésus avec les pharisiens et surtout dans les lettres de saint Paul. Le danger est que si la parole de Dieu est fondamentalement une loi, elle doit être considérée comme une somme de prescriptions et d’interdictions, un ensemble de règles, et l’attitude doit donc être d’observer les règles et d’être ainsi correct. Mais si la religion est ainsi, c’est tout ce qu’elle est, la relation personnelle avec Dieu ne naît pas, et l’homme reste en lui-même, cherche à se perfectionner, à être parfait. Mais cela donne lieu à l’amertume, comme nous le voyons chez le deuxième fils de la parabole du fils prodigue, qui, après avoir tout observé, finit par être amer et même un peu envieux de son frère qui, comme il le pense, a eu la vie en abondance. Tel est le danger: la simple observance de la loi devient impersonnelle, un simple acte, l’homme devient dur et même amer. À la fin, il ne peut plus aimer ce Dieu qui ne se présente qu’avec des règles et parfois même avec des menaces. Tel est le danger.
La promesse, au contraire, est la suivante: nous pouvons également voir ces prescriptions, non pas comme un simple code, un ensemble de règles, mais comme une expression de la volonté de Dieu, dans laquelle Dieu me parle, je lui parle. En entrant dans cette loi, j’entre en dialogue avec Dieu, j’apprends le visage de Dieu, je commence à voir Dieu, et ainsi je suis sur le chemin de la parole de Dieu en personne, du Christ. Et un vrai juste comme saint Joseph est ainsi: pour lui, la loi n’est pas simplement l’observance de normes, mais elle se présente comme une parole d’amour, une invitation au dialogue, et la vie selon la parole consiste à entrer dans ce dialogue et à trouver derrière les règles et dans les règles l’amour de Dieu, à comprendre que toutes ces règles ne sont pas pour elles-mêmes, mais qu’elles sont des règles d’amour, qu’elles servent à ce que l’amour puisse grandir en moi. C’est ainsi que l’on comprend qu’en fin de compte, toute loi n’est que l’amour de Dieu et du prochain. Ayant trouvé cela, on a observé toute la loi. Si quelqu’un vit dans ce dialogue avec Dieu, un dialogue d’amour dans lequel il cherche le visage de Dieu, dans lequel il cherche l’amour et fait comprendre que tout est dicté par l’amour, il est en route vers le Christ, il est un vrai juste. Saint Joseph est un vrai juste, donc en lui l’Ancien Testament devient Nouveau, parce que dans les mots il cherche Dieu, la personne, il cherche son amour, et toute observance est une vie dans l’amour.
Nous le voyons dans l’exemple proposé par cet Évangile. Saint Joseph, fiancé à Marie, apprend qu’elle attend un enfant. Nous pouvons imaginer sa déception: il connaissait cette jeune fille et la profondeur de sa relation avec Dieu, sa beauté intérieure, l’extraordinaire pureté de son cœur; il voyait briller en elle l’amour de Dieu et l’amour de sa parole, de sa vérité, et voilà qu’il se trouve gravement déçu. Que faire? Voici que la loi offre deux possibilités, dans lesquelles apparaissent les deux voies, celle dangereuse, fatale, et celle de la promesse. Il peut intenter une action en justice et ainsi exposer Marie à la honte, la détruire en tant que personne. Il peut le faire en privé avec une lettre de séparation. Et saint Joseph, un homme vraiment juste, même s’il a beaucoup souffert, prend la décision d’emprunter ce chemin, qui est un chemin d’amour dans la justice, de justice dans l’amour, et saint Matthieu nous dit qu’il a lutté avec lui-même, en lui-même avec la parole. Dans cette lutte, dans ce voyage pour comprendre la véritable volonté de Dieu, il a trouvé l’unité entre l’amour et la règle, entre la justice et l’amour, et c’est pourquoi, sur son chemin vers Jésus, il est ouvert à l’apparition de l’ange, ouvert au fait que Dieu lui donne la connaissance qu’il s’agit d’une œuvre de l’Esprit Saint.
Saint Hilaire de Poitier, au IVe siècle, traitant de la crainte de Dieu, disait à la fin: «Toute notre crainte est placée dans l’amour», ce n’est qu’un aspect, une nuance de l’amour. Nous pouvons donc dire ici pour nous: toute la loi est placée dans l’amour, elle est une expression de l’amour et doit être accomplie en entrant dans la logique de l’amour. Et ici, nous devons garder à l’esprit que, même pour nous chrétiens, il existe la même tentation, le même danger que dans l’Ancien Testament: même un chrétien peut en arriver à une attitude dans laquelle la religion chrétienne est perçue comme un ensemble de règles, d’interdictions et de normes positives, de prescriptions.
On peut arriver à l’idée qu’il ne s’agit que d’exécuter des prescriptions impersonnelles et donc de se perfectionner, mais cela vide l’arrière-plan personnel de la parole de Dieu et conduit à une certaine amertume et dureté de cœur. Dans l’histoire de l’Église, nous voyons cela dans le jansénisme. Nous aussi, nous connaissons tous ce danger, nous savons tous personnellement qu’il nous faut toujours à nouveau surmonter ce danger et retrouver la Personne et, dans l’amour de la Personne, le chemin de la vie et la joie de la foi. Être juste, c’est trouver ce chemin, et nous sommes donc nous aussi toujours en route de l’Ancien Testament vers le Nouveau Testament, à la recherche de la Personne, du visage de Dieu dans le Christ. C’est précisément ce qu’est l’Avent: sortir de la norme pure pour aller à la rencontre de l’amour, sortir de l’Ancien Testament qui devient Nouveau.
Tel est donc le premier élément fondamental de la figure de saint Joseph, telle qu’elle apparaît dans l’Évangile d’aujourd’hui. Quelques mots à présent sur les deuxième et troisième éléments.
Le deuxième: il voit l’ange en songe et entend son message. Cela présuppose une sensibilité intérieure pour Dieu, une capacité à percevoir la voix de Dieu, un don de discernement, capable de distinguer entre les songes qui sont des songes et une véritable rencontre avec Dieu. Ce n’est que parce que saint Joseph était déjà en route vers la personne du Verbe, vers le Seigneur, vers le Sauveur, qu’il a pu discerner; Dieu a pu lui parler et il a compris: ce n’est pas un songe, c’est la vérité, c’est l’apparition de son ange. C’est ainsi qu’il pouvait discerner et décider.
Cette sensibilité à Dieu, cette capacité à percevoir que Dieu me parle, cette capacité de discernement est aussi importante pour nous. Bien sûr, Dieu ne nous parle pas normalement comme il a parlé à Joseph par l’intermédiaire de l’ange, mais il a aussi ses manières de nous parler. Ce sont des gestes de tendresse de Dieu, que nous devons percevoir pour trouver la joie et la consolation, ce sont des paroles d’invitation, d’amour, voire de demande dans la rencontre avec des personnes qui souffrent, qui ont besoin de ma parole ou de mon geste concret, d’un acte. Ici, nous devons être sensibles, connaître la voix de Dieu, comprendre que c’est maintenant que Dieu me parle et y répondre.
Nous arrivons ainsi au troisième point: la réponse de saint Joseph à la parole de l’ange est la foi, puis l’obéissance, accomplie. La foi: il a compris que c’était vraiment la voix de Dieu, que ce n’était pas un songe. La foi devient un fondement sur lequel agir, sur lequel vivre, c’est reconnaître que c’est la voix de Dieu, l’impératif de l’amour, qui me guide sur le chemin de la vie, et ensuite faire la volonté de Dieu. Saint Joseph n’était pas un rêveur, bien que le songe ait été la porte par laquelle Dieu est entré dans sa vie. C’était un homme pratique et sobre, un homme de décision, capable d’organisation. Il n’a pas été facile de trouver à Bethléem, parce qu’il n’y avait pas de place dans les maisons, l’étable comme lieu discret et protégé et, malgré la pauvreté, digne de la naissance du Sauveur. Organiser la fuite en Égypte, trouver un endroit où dormir chaque jour, vivre longtemps: cela exigeait un homme pratique, avec un sens de l’action, avec la capacité de répondre aux défis, de trouver des moyens de survivre. Et puis, à son retour, la décision de retourner à Nazareth, d’établir ici la patrie du Fils de Dieu, cela aussi montre qu’il était un homme pratique, qui, en tant que charpentier, vivait et rendait possible la vie de tous les jours.
Ainsi saint Joseph nous invite d’une part à ce cheminement intérieur dans la parole de Dieu, pour être toujours plus proches de la personne du Seigneur, mais en même temps il nous invite à une vie sobre, au travail, au service quotidien pour faire notre devoir dans la grande mosaïque de l’histoire.
Rendons grâce à Dieu pour la belle figure de saint Joseph. Prions: «Seigneur, aide-nous à être ouverts pour Toi, à trouver toujours plus ton visage, à T’aimer, à trouver l’amour dans la norme, à être enracinés, comblés dans l’amour. Ouvre-nous au don du discernement, à la capacité de t’écouter et à la sobriété de vivre selon ta volonté et dans notre vocation». Amen!
La Nativité, vers 1510, The Metropolitan Museum, New York. CC0/wikimedia
L’enfantement virginal de Jésus
Au moment de la naissance, Jésus n’a pas causé de perte de sang à sa mère, ce fut donc un accouchement virginal qui fait disparaître la condamnation de Genèse 3,16 « tu enfanteras dans la douleur. » Avec l’entrée du Messie Sauveur dans le monde, surgit un nouvel ordre des choses. On retourne à l’équilibre admirable des origines.
Ce n’est pas comme le judaïsme en avait eu l’intuition, mais bien plutôt il semble que le christianisme ait influencé le judaïsme : on ne trouve l’idée d’un enfantement sans douleur dans le judaïsme qu’après Jésus-Christ, contemporain de l’époque patristique.
L’enfantement virginal n’est pas une dépréciation de la sexualité mais il forme un seul et même évènement avec la conception virginale. Conception et enfantement virginal correspondent à l’identité de Jésus qui est le Fils de Dieu.
Les pères de l’Église, surtout depuis les Ive-Ve siècles, font le lien entre l’accouchement virginal de Marie et la résurrection du Seigneur :
le sein de Marie reste « fermé » au moment de l’accouchement, et l’entrée de Jésus ressuscité dans le cénacle se fait « portes closes » (Jn 20,19-26) ;
le sein de la Vierge rappelle le sépulcre du Seigneur, tous les deux restent « fermés – scellés » (Mt 27, 66) ;
le Seigneur laissa les bandes funéraires dans la même position qu’avant (Jn 20,5-7), c’est une image : le sein de la terre (le tombeau), comme le sein maternel, reste intact.
Conclusion : Jésus est sorti miraculeusement du sein de sa mère.
Je vous salue Marie, pleine de grâce ; Le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, Priez pour nous pauvres pécheurs, Maintenant et à l’heure de notre mort.
Pierre le Vénérable naît dans la noble famille des Montboissier, entre 1092 et 1094, en Auvergne.
Il entre très jeune au monastère clunisien de Sauxillanges en Auvergne, puis gravit les échelons de la carrière clunisienne : il fut notamment nommé écolâtre et prieur à l’abbaye de Vézelay, dans les années 1116/1117, par le nouvel abbé de Cluny, Pons de Melgueil. Certains lui ont attribué le programme iconographique des chapiteaux de l’abbatiale romane de Vézelay.
Il voyage beaucoup et joue un rôle diplomatique important, notamment lors de l’élection pontificale lorsqu’il reconnaît en 1130 le Pape Innocent II (Gregorio Papareschi, 1130-1143), contre l’antipape Anaclet II (Pietro Pierleoni, 1130-1138).
Son activité intellectuelle fait de lui un représentant de la renaissance du XIIe siècle. Il fait traduire le Coran en latin, Lex Mahumet pseudoprophete. Connu comme polémiste, il rédigera ensuite des traités pour réfuter les doctrines israélites et musulmanes. En effet, il recommande d’établir des débats argumentés avec les théologiens des autres religions, plutôt que des Croisades.
Sa devise est : « La règle de saint Benoît est subordonnée à la charité ». Les accusations de Bernard de Clairvaux (St Bernard) contre Cluny avaient été violentes et Pierre y avait répondu avec une dignité qui lui avait assuré la victoire. Il s’est ensuite réconcilié avec Bernard dont il est devenu l’ami et parfois, tout de même, son charitable critique.
Quand Abélard, également dénoncé par le très contemplatif St Bernard, est condamné comme hérétique à être enfermé dans un couvent, Pierre le Vénérable l’accueille à Cluny comme un frère. À la mort d’Abélard, Pierre cède furtivement son corps à l’abbaye du Paraclet, dont Héloïse est abbesse, et rédige l’absolution plénière suivante : « Moi, Pierre, abbé de Cluny, j’ai reçu Pierre Abélard dans le monastère de Cluny et cédé son corps, furtivement apporté, à l’abbesse et aux religieuses du Paraclet. Par autorité de Dieu tout-puissant et de tous les saints, je l’absous d’office de tous ses péchés. » Cette absolution fut, selon la coutume d’alors, gravée au-dessus du tombeau d’Abélard par l’abbesse.
Considéré par l’historiographie du XXe siècle comme le dernier des grands abbés de Cluny, Pierre succède à son oncle Hugues II de Semur. Il combat également l’hérésie de Pierre de Bruys. Il réforme l’abbaye de Cluny, en proie à des difficultés financières. Il réforme le domaine seigneurial pour assurer le train de vie des moines (Dispositio rei familiaris).
Les inventaires qui sont constitués (Constitutio expense cluniaci) sont une précieuse source pour les historiens, avec des données sur les rendements, les semences, les techniques agricoles…
Il est l’auteur d’un livre « Les merveilles de Dieu » et aussi d’un traité contre les juifs : Aduersus Iudœorum inueteratam duritiem.
Pierre le Vénérable meurt le 25 décembre 1156.
Pour approfondir, lire la Catéchèse du Pape Benoît XVI :
La Prière de Saint Pierre le Vénérable « Je vous salue Vierge bénie » :
« Je vous salue, Vierge bénie, qui avez mis le mal en déroute, épouse du Très-Haut et Mère de l’Agneau le plus doux. Vous régnez dans les cieux. Vous sauvez la terre. Les hommes soupirent vers vous et les démons mauvais vous redoutent. Vous êtes la fenêtre, la porte et le voile, la cour et la maison, le temple, la terre, lys par votre virginité et rose par votre martyre. Vous êtes le jardin clos et la fontaine du jardin qui lave ceux qui sont souillés, purifie ceux qui sont corrompus et vivifie ceux qui sont morts. Vous êtes la maîtresse des anges, l’espoir après Dieu de tous les siècles, le reposoir du roi et le siège de la divinité. Vous êtes l’étoile qui brille à l’Orient et dissipe à l’Occident les ténèbres, l’aurore qui annonce le soleil et le jour qui ignore la nuit. Vous qui avez engendré celui qui nous engendre, confiante comme une mère qui a bien rempli sa tâche, réconciliez les hommes avec Dieu. Priez, Mère, le Dieu que vous avez mis au monde qu’il nous absolve de nos fautes et après nous avoir pardonné qu’il nous donne la grâce et la gloire. Amen. »
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.
Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant : « C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. » Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ; car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.
Acclamons et partageons la parole de Dieu !
COMMENTAIRE :
Saint Grégoire de Nazianze (330-390)
évêque et docteur de l’Église
Oraison 7,23 ; 38,16-18 (Le corps mystique du Christ, E. Mersch, Desclée de Brouwer, 1936, p. 441-442)
Honore la petite Bethléem, qui t’a conduit au ciel
Il faut que je sois enseveli avec le Christ, que je ressuscite avec lui, que j’hérite avec lui du ciel, que je devienne fils de Dieu. Voilà ce qu’est pour nous le grand mystère, voilà ce qu’est pour nous le Dieu incarné, devenu pauvre pour nous. Il est venu relever la chair, sauver son image, réparer l’homme. Il est venu nous faire parfaitement un dans le Christ, dans le Christ qui est venu parfaitement et complètement en nous, pour mettre en nous tout ce qu’il est. Il n’y a plus ni juif ni païen, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, caractéristiques de la chair : il n’y a plus que la divine image que nous portons tous en nous, selon laquelle nous avons été créés, qu’il faut former et imprimer en nous, si fort qu’elle suffise à nous faire connaître. Que de fêtes pour moi, en chacun des mystères du Christ ! Leur résumé à tous, c’est ma perfection, ma restauration, mon retour à l’innocence du premier Adam. Célèbre donc la nativité, qui a délié les liens de ta nativité ; honore la petite Bethléem, qui t’a conduit au ciel ; adore la crèche, par laquelle, privé de raison que tu étais, tu as été nourri par le Verbe. Cours avec l’étoile ; avec les mages, offre tes présents : l’or, l’encens, la myrrhe, au roi, au Dieu et à l’homme qui est mort pour toi. Glorifie Dieu avec les pasteurs ; avec les anges, chante des hymnes, et mêle-toi au chœur des archanges.
LECTURES :
Livre d’Isaïe 52,7-10.
Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! »
Écoutez la voix des guetteurs : ils élèvent la voix, tous ensemble ils crient de joie car, de leurs propres yeux, ils voient le Seigneur qui revient à Sion. Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem ! Le Seigneur a montré la sainteté de son bras aux yeux de toutes les nations. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu.
Psaume 98(97),1.2-3ab.3cd-4.5-6.
Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ; par son bras très saint, par sa main puissante, il s’est assuré la victoire.
Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations ; il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël.
La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu. Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez !
Jouez pour le Seigneur sur la cithare, sur la cithare et tous les instruments ; au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur !
Lettre aux Hébreux 1,1-6.
À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être, le Fils, qui porte l’univers par sa parole puissante, après avoir accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux ; et il est devenu bien supérieur aux anges, dans la mesure même où il a reçu en héritage un nom si différent du leur. En effet, Dieu déclara-t-il jamais à un ange : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ? Ou bien encore : Moi, je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils ? À l’inverse, au moment d’introduire le Premier-né dans le monde à venir, il dit : Que se prosternent devant lui tous les anges de Dieu.