Bénédictions des couples homosexuels, une fronde inédite

Bénédictions des couples homosexuels, une fronde inédite

La publication d’un texte du Vatican autorisant les prêtres à bénir les couples homosexuels a suscité une vague de critiques, inédite dans l’histoire contemporaine de l’Église catholique. À tel point que plusieurs observateurs estiment que l’unité de l’Église pourrait, à terme, être menacée.

La célébration des fêtes de Noël aura mis entre parenthèses les querelles qui agitent l’Église catholique depuis maintenant plus d’une semaine. Toutefois, la trêve sera probablement de courte durée. En publiant, le 18 décembre, la déclaration Fiducia supplicans autorisant la bénédiction des couples de même sexe – hors cadre liturgique –, le Vatican a provoqué une levée de boucliers dans une partie du monde catholique.

En Europe, l’aile conservatrice de l’Église s’est manifestée bruyamment, malgré le soutien global des conférences épiscopales de l’ouest du continent. Avec à leur tête les évêques polonais et ukrainiens, ainsi que certaines personnalités connues pour leur opposition au pape. La plus importante est sans doute venue du cardinal allemand Gerhard Müller, ancien préfet du dicastère pour la doctrine de la foi – ce même dicastère qui a publié Fiducia supplicans –, et l’un des participants au Synode sur l’avenir de l’Église en octobre à Rome. « Bénir une réalité contraire à la création est non seulement impossible, c’est un blasphème », a dénoncé le cardinal Müller trois jours après la publication du texte. Pour le cardinal allemand, un prêtre qui bénirait un couple homosexuel commettrait « un sacrilège ».

Désaveu des Églises africaines

Mais c’est en Afrique que les réactions ont été les plus virulentes. Les unes après les autres, les conférences épiscopales ont interdit à leurs prêtres de prononcer de telles bénédictions : Zambie, Malawi, Nigeria, Rwanda, Cameroun, RD-Congo, Ghana… Et d’autres épiscopats ne l’ayant pas interdit, à l’instar de la Côte d’Ivoire, ont demandé au clergé et aux fidèles d’attendre des consignes des autorités ecclésiales locales.

À l’échelle du continent, le cardinal Fridolin Ambongo, membre du Conseil des cardinaux, chargé d’aider le pape dans ses décisions, et président du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (Sceam), a appelé à ce que l’Église d’Afrique parle d’une même voix après avoir recueilli les opinions de chacun. « L’ambiguïté de cette déclaration sur la bénédiction de “couples” homosexuels – qui se prête à de nombreuses interprétations et manipulations – suscite beaucoup de perplexité parmi les fidèles », a justifié l’archevêque de Kinshasa, fixant pour échéance le 15 janvier.

C’est dans ce contexte que le préfet du dicastère pour la doctrine de la foi, le cardinal Victor Fernandez, principal auteur de la déclaration décriée – qui avait été publiée sans annonce préalable ni conférence de presse –, s’est exprimé dans les médias les 23 et 24 décembre afin de préciser l’esprit du texte. Ce sont les couples qui sont bénis, a-t-il précisé dans les colonnes du média américain The Pillar : « L’union n’est pas bénie, pour les raisons expliquées de manière répétitive par la déclaration à propos de la signification réelle du mariage chrétien et des relations sexuelles. » Mais il exclut « un refus total de cette démarche demandée aux prêtres ».

Le cardinal Fernandez a profité de cette séquence médiatique pour tancer certains épiscopats africains soutenant des législations criminalisant les relations entre personnes de même sexe. « Je comprends parfaitement l’inquiétude des évêques dans certains pays d’Afrique ou d’Asie, où le fait d’être homosexuel peut vous conduire en prison. Il s’agit d’un affront à la dignité humaine qui afflige certainement les évêques et les défie dans leur paternité », a-t-il déclaré non sans ironie.

Une levée de boucliers inédite

Par le passé, certains textes ou orientations ont pu faire réagir les épiscopats nationaux, à l’image de l’encyclique Humanae vitae en 1968 en France et en Belgique. Mais les tensions entre les différentes composantes de l’Église catholique constituent aujourd’hui, pour l’historien et journaliste Christophe Dickès, une « crise majeure ». « Dans l’histoire contemporaine de l’Église, c’est la première fois qu’un continent entier refuse explicitement d’appliquer un texte venant du pape, retrace-t-il. Il y a pu avoir de la colère, des contre-feux médiatiques, mais pas avec autant d’ampleur. »

Pour le prêtre et théologien canadien Gilles Routhier, l’opposition de nombreux épiscopats questionne effectivement l’unité de l’Église, tiraillée entre un Occident favorable à ces avancées, une Afrique résolument opposée et des continents asiatique et américain jusque-là silencieux et non unifiés sur ces enjeux. « Le risque est effectivement celui d’aller vers une Église à plusieurs vitesses, explique-t-il, et dans laquelle l’autorité du pape se trouverait affaiblie par une contestation bruyante depuis quatre ou cinq ans, voire depuis la publication de l’encyclique Amoris laetitia » sur le couple et la famille, en 2016.

« Pour maintenir la communion, le dialogue est capital, poursuit le théologien. Par le passé, on a pu trouver des compromis sur des sujets se rapportant à la doctrine du mariage, comme l’ordination diaconale d’hommes mariés. Mais les pères de Vatican II ont décidé de l’autoriser sans l’imposer et les conférences épiscopales ont chacune avancé à leur vitesse. Il ne faut pas imposer à toutes les cultures le point de vue occidental, et vice versa. »

Vers des pratiques différenciées ?

Peut-on alors imaginer que l’idée que chaque pays puisse avancer à son propre rythme était présente dans l’esprit du pape avec la déclaration Fiducia supplicans ? La forme du texte, non normatif, pourrait le laisser penser. « Il est difficile de l’affirmer mais une chose est sûre : François, comme Jean-Paul II avant lui, sent qu’on ne peut plus gouverner une Église-monde de la même manière qu’un pape gouvernait une Église européenne, analyse Gilles Routhier. À partir de ce constat, on doit entrevoir la possibilité d’avoir des pratiques différenciées dans la communion, comme c’est déjà le cas avec les Église orientales. »

Pour le théologien, cette solution pourrait éviter à l’Église catholique l’écueil de la division, auquel est confrontée la Communion anglicane depuis près de vingt ans. En début d’année, plusieurs primats anglicans africains ont rejeté la primature de l’archevêque de Canterbury car celui-ci avait autorisé une bénédiction des couples de même sexe.

Source : La Croix, le 26 décembre 2023, via BELGICATHO

«Fiducia supplicans, un pas en avant», estime l’archevêque de Chicago

Le cardinal Blase Joseph Cupich, archevêque de Chicago, en compagnie du Pape François. (Vatican Media)

«Fiducia supplicans, un pas en avant», estime l’archevêque de Chicago

Le cardinal Blase Cupich salue la publication de la récente déclaration du dicastère pour la Doctrine de la Foi intitulée « Fiducia supplicans ». Un document qui revient sur «le sens pastoral des bénédictions» des personnes en situation irrégulière , – y compris les couples de même sexe. En dehors cependant de toute ritualisation et imitation du mariage.

Vatican News 

Soulignant que l’Église requiert une approche pastorale à l’égard des personnes en situation irrégulière – mais aussi pour les couples de même sexe -, le cardinal Blase Cupich fait savoir que l’archidiocèse de Chicago accueille favorablement la déclaration Fiducia supplicans«qui aidera beaucoup plus de membres de notre communauté à ressentir la proximité et la compassion de Dieu».

Donner la bénédiction à des personnes en situation irrégulière 

Publiée lundi 18 décembre par le dicastère pour la Doctrine de la foi, le document «sur le sens pastorale des bénédictions» établit une distinction entre les différents types de bénédictions et indique les circonstances dans lesquelles les ministres ordonnés peuvent donner des bénédictions à des personnes en situation irrégulière, y compris dans le cas de relations homosexuelles.

Une approche pastorale

Au cœur de la déclaration, explique le cardinal Cupich dans un communiqué publié sur le site de l’archidiocèse, «se trouve un appel aux pasteurs à adopter une approche pastorale, afin d’être disponibles pour les personnes» qui reconnaissent le besoin de l’aide et de la présence de Dieu dans leur vie, sans pour autant revendiquer une légitimation de leur statut particulier. La publication de ce document «est un pas en avant», estime le cardinal, ajoutant qu’il est conforme à la fois au «désir du Pape François d’accompagner pastoralement les personnes», et au «désir de Jésus d’être présent pour toutes les personnes qui ont besoin de grâce et de soutien».

Le cardinal Cupich note que la document maintient l’enseignement traditionnel de l’Église sur le mariage, ce qui correspond aux déclarations antérieures du Pape François, indiquant qu’il n’est pas approprié pour les autorités ecclésiales «d’établir constamment et officiellement des procédures ou des rituels» pour quelque situation que ce soit.

Des précisions mentionnées dans le document 

L’archevêque de Chicago souligne également l’insistance du dicastère sur le fait que, les bénédictions des personnes en situation irrégulière ne doivent jamais être données pendant ou en relation avec les cérémonies d’une union civile, ni avec des paroles ou des actions propres à un mariage, et que cela s’applique aussi bien aux personnes en situation irrégulière, qu’à ceux qui entretiennent des relations homosexuelles.

Par conséquent, dit-il, une telle bénédiction devrait avoir lieu dans d’autres contextes, étant entendu qu’en donnant une bénédiction dans ces circonstances, «il n’y a aucune intention de légitimer quoi que ce soit, mais plutôt d’ouvrir sa vie à Dieu, de demander son aide pour mieux vivre, et aussi d’invoquer l’Esprit Saint pour que les valeurs de l’Évangile puissent être vécues avec une plus grande fidélité».

Source : VATICANNEWS, le 21 décembre 2023

Une déclaration doctrinale ouvre la bénédiction à des couples irréguliers

Siège du dicastère pour la Doctrine de la foi.

Une déclaration doctrinale ouvre la bénédiction à des couples irréguliers

« Fiducia supplicans » du dicastère pour la Doctrine de la foi, approuvée par le Pape, offre la possibilité de bénir les couples formés par des personnes de même sexe, en dehors cependant de toute ritualisation et imitation du mariage. La doctrine sur le mariage ne change pas et la bénédiction ne signifie pas l’approbation de l’union.

Vatican News

Face à la demande de bénédiction de deux personnes, même si leur condition de couple est «irrégulière», il sera possible au ministre ordonné d’y consentir. Mais sans que ce geste de proximité pastorale ne contienne des éléments s’apparentant de près ou de loin à un rite de mariage. C’est ce qu’affirme la déclaration « Fiducia supplicans » sur le sens pastoral des bénédictions, publiée par le dicastère pour la Doctrine de la foi et approuvée par le Pape. Un document qui approfondit le thème de la bénédiction, en distinguant les bénédictions rituelles et liturgiques des bénédictions spontanées, qui s’apparentent davantage à des gestes de dévotion populaire: c’est précisément dans cette deuxième catégorie qu’est envisagée dorénavant la possibilité d’accueillir également les couples qui ne vivent pas selon les normes de la doctrine morale chrétienne, mais qui demandent humblement à être bénis. Cela fait 23 ans que l’ancien Saint-Office n’avait plus publié de déclaration (la dernière datant de 2000, « Dominus Jesus »), un document d’une grande valeur doctrinale.

La signification pastorale des bénédictions

« Fiducia supplicans » débute par une introduction du préfet, le cardinal Victor Fernandez, qui explique que la déclaration approfondit la «signification pastorale des bénédictions», permettant «d’en élargir et d’en enrichir la compréhension classique» à travers une réflexion théologique «fondée sur la vision pastorale du Pape François». Une réflexion qui «implique un réel développement par rapport à ce qui a été dit sur les bénédictions» jusqu’à présent, venant à inclure la possibilité «de bénir les couples en situation irrégulière et les couples de même sexe, sans valider officiellement leur statut ni modifier en quoi que ce soit l’enseignement pérenne de l’Église sur le mariage».

Après les premiers paragraphes, qui rappellent un précédent document de 2021, aujourd’hui approfondi et dépassé, la déclaration présente la bénédiction dans le sacrement du mariage en déclarant «inadmissibles les rites et les prières qui pourraient créer une confusion entre ce qui est constitutif du mariage» et «ce qui le contredit», afin d’éviter de reconnaître de quelque manière que ce soit «comme mariage ce qui n’en est pas un». Elle rappelle que, selon la «doctrine catholique pérenne»,seules les relations sexuelles dans le cadre du mariage entre un homme et une femme sont considérées comme licites.

Un deuxième chapitre détaillé du document analyse la signification des différentes bénédictions, qui ont pour destination des personnes, des objets de dévotion, des lieux de vie. Il rappelle que «d’un point de vue strictement liturgique», la bénédiction exige que ce qui est béni «soit conforme à la volonté de Dieu exprimée dans les enseignements de l’Église». Lorsque, par un rite liturgique spécifique, «une bénédiction est invoquée sur certaines relations humaines», il est nécessaire que «ce qui est béni puisse correspondre aux desseins de Dieu inscrits dans la Création». En conséquence, l’Église n’a pas le pouvoir de conférer une bénédiction liturgique aux couples irréguliers ou de même sexe. Mais il faut éviter le risque de réduire le sens des bénédictions à ce seul point de vue, en prétendant pour une simple bénédiction «les mêmes conditions morales que celles qui sont exigées pour la réception des sacrements».

Des actes de dévotion

Après avoir analysé les bénédictions dans l’Écriture, la déclaration propose une compréhension théologico-pastorale. Le demandeur d’une bénédiction «montre qu’il a besoin de la présence salvifique de Dieu dans son histoire», parce qu’il exprime «d’une demande d’aide adressée à Dieu, d’une prière pour pouvoir vivre mieux». Cette demande doit être accueillie et valorisée «en dehors d’un cadre liturgique», quand on se trouve «dans un domaine de plus grande spontanéité et liberté». Dans la perspective de la piété populaire, «les bénédictions doivent être évaluées comme des actes de dévotion». Pour les conférer, il n’est donc pas nécessaire d’exiger une «perfection morale préalable».

Cette distinction approfondie, sur la base de la réponse du Pape François aux dubia des cardinaux publiés en octobre dernier qui invitait au discernement sur la possibilité de «formes de bénédiction, demandées par une ou plusieurs personnes, qui ne véhiculent pas une conception erronée du mariage», le document affirme que ce type de bénédictions «sont offertes à tous, sans rien demander», afin de «faire sentir à ces personnes qu’elles restent bénies malgré leurs graves erreurs», et «que le Père céleste continue à vouloir leur bien et à espérer qu’elles s’ouvrent finalement au bien».

Il existe «de nombreuses occasions où les personnes viennent spontanément demander une bénédiction, que ce soit lors de pèlerinages, dans des sanctuaires, ou même dans la rue lorsqu’elles rencontrent un prêtre», et de telles bénédictions «s’adressent à tous, personne ne doit en être exclu». Par conséquent, tout en s’interdisant d’activer des «procédures ou des règles» dans ces circonstances, le ministre ordonné peut s’associer à la prière des personnes qui, «bien que vivant une union qui ne peut en aucun cas être comparée au mariage, désirent se confier au Seigneur et à sa miséricorde, invoquer son aide et être guidées vers une plus grande compréhension de son dessein d’amour et de vérité».

Recevoir l’aide de Dieu

Le troisième chapitre de la Déclaration ouvre donc à la possibilité de ces bénédictions, qui représentent un geste envers ceux qui se reconnaissant indigents et ayant besoin de son aide, ne revendiquent pas la légitimité de leur propre statut, mais demandent que tout ce qui est vrai, bon et humainement valable dans leur vie et dans leurs relations soit investi, guéri et élevé par la présence de l’Esprit Saint». De telles bénédictions ne doivent pas être standardisées, mais confiées au «discernement pratique face à une situation particulière». Si c’est bien que le couple qui est béni, et non l’union, la déclaration inclut dans ce qui est béni les relations légitimes entre les deux personnes: dans la «courte prière qui peut précéder cette bénédiction spontanée, le ministre ordonné pourrait demander pour eux la paix, la santé, un esprit de patience, de dialogue et d’entraide, mais aussi la lumière et la force de Dieu pour pouvoir accomplir pleinement sa volonté». Il est également précisé que pour éviter «toute forme de confusion et de scandale», lorsqu’un couple irrégulier ou de même sexe demande une bénédiction, celle-ci «ne sera jamais accomplie en même temps que les rites civils d’union, ni même en relation avec eux. Ni non plus avec des vêtements, des gestes ou des paroles propres au mariage». Ce type de bénédiction «peut en revanche trouver sa place dans d’autres contextes, comme la visite d’un sanctuaire, la rencontre avec un prêtre, une prière récitée en groupe ou lors d’un pèlerinage».

Enfin, le quatrième chapitre rappelle que «même lorsque la relation avec Dieu est obscurcie par le péché, il est toujours possible de demander une bénédiction, en lui tendant la main» et la désirer «peut être le bien possible dans certaines situations».

Source : VATICANNEWS, le 18 décembre 2023

La CES sur la bénédiction des couples de même sexe

La CES sur la bénédiction des couples de même sexe

Le 18 décembre 2023, le Dicastère pour la Doctrine de la foi a publié la déclaration « Fiducia supplicans » sur le sens pastoral des bénédictions. Pour la première fois, la bénédiction des couples de même sexe y est explicitement autorisée. On y précise que l’Église a élargi et enrichi sa compréhension des bénédictions. Les idéaux pastoraux du pape François ont notamment été déterminants.

Cette décision correspond au souhait des évêques suisses d’une Eglise ouverte qui prend au sérieux, respecte et accompagne les personnes dans différentes situations relationnelles.

Les évêques soulignent que la bénédiction est un don de Dieu qui revient à tous ceux et celles qui la demandent. Le désir de bénédiction montre que les personnes concernées souhaitent entrer dans la relation salvatrice avec Dieu. En faisant le pas de rendre possible la bénédiction des couples dans des situations relationnelles diverses, l’Eglise reconnaît ce désir pour tous.

La déclaration « Fiducia supplicans » témoigne que l’Eglise offre une place à tous les êtres humains. Les évêques sont conscients qu’une telle Eglise présuppose l’accueil et le respect mutuel. Les discussions sous l’égide de l’Esprit Saint qui ont eu lieu cette année dans le cadre du synode sur la synodalité ouvrent un horizon à ce sujet. Avec la déclaration qui vient de paraître, l’Eglise témoigne qu’elle perçoit et prend au sérieux les préoccupations synodales et qu’elle assume de manière conséquente sa mission d’accompagnement pastoral de tout être humain, en continuité avec l’exhortation apostolique « Amoris laetitia ».

Source : Conférence des évêques suisses, le 19 décembre 2023

La guerre entre le Hezbollah et Israël déplacent des chrétiens du Sud-Liban

Des hommes examinent les décombres d’un bâtiment à Bint Jbeil, dans le sud du Liban, près de la frontière avec Israël, suite aux bombardements israéliens de la nuit précédente, le 27 décembre 2023, (AFP or licensors)

La guerre entre le Hezbollah et Israël déplacent des chrétiens du Sud-Liban

Jusqu’à 90 % de la population des villages chrétiens du Sud-Liban ont quitté leurs maisons depuis octobre pour se mettre à l’abri des tirs de roquettes quotidiens échangés à la frontière israélo-libanaise.

Lisa Zengarini – Cité du Vatican

Les chrétiens vivant dans les villages frontaliers du Liban du Sud ont célébré un Noël discret cette année, dans l’ombre de la guerre en cours à Gaza et de ses retombées au Liban.

Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas le 7 octobre, le groupe militant chiite libanais Hezbollah et les forces israéliennes se sont livrés à des affrontements quasi-quotidiens à la frontière qui auraient fait 159 morts du côté libanais, pour la plupart des militants du Hezbollah et de leurs groupes alliés, mais aussi au moins 17 civils.

Les craintes d’une escalade vers une guerre à grande échelle ont encore augmenté ces derniers jours après que les forces israéliennes ont tué six combattants du Hezbollah, dont Hussein Ibrahim Salameh, également connu sous le nom de « Nasser ».

Des villages chrétiens touchés par des tirs croisés

Si les frappes israéliennes ont visé des cibles du Hezbollah, situées pour la plupart dans des zones chiites, un certain nombre de villages chrétiens ont également subi des dommages collatéraux, obligeant de nombreuses familles à fuir vers le nord.

Selon les données obtenues par la fondation pontificale Aide à l’Église en détresse (AED) à Alma Al-Shaab, le village le plus touché, 15 maisons ont été détruites par des missiles.

Alors que des familles chrétiennes de Beyrouth ont offert un logement aux familles déplacées, certains de ceux qui ont fui sont retournés dans leurs maisons dévastées en raison de la pénurie d’abris à long terme dans d’autres parties du pays.

Xavier Stephen Bisits, responsable des projets de l’AED au Liban, a indiqué que certains champs agricoles ont également été endommagés, ce qui a eu un impact sur les moyens de subsistance de nombreuses familles déjà pauvres en raison de la crise économique et financière qui sévit au Liban. 

Selon Xavier Stephen Bisits, tous les prêtres et religieux sont restés dans les villages pour s’occuper des personnes trop âgées ou trop fragiles pour être relogées. Il a ajouté que l’évêque maronite de Tyr a récemment célébré la messe dans le village de Rmeich, sous la menace de bombes, et que l’évêque melkite de Tyr a également effectué une tournée pour s’assurer de la présence des fidèles dans les villages situés le long de la frontière. «C’est un témoignage de la foi solide et de la résilience des habitants de cette région», a-t-il déclaré.

Craintes d’escalade au Liban

Le responsable projet de l’AED a confirmé que la crainte d’une escalade des combats est largement répandue, le conflit actuel rappelant la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah.

Les chefs religieux locaux ont déclaré à l’AED qu’une nouvelle guerre constituerait une menace majeure pour la présence chrétienne historique dans la région. L’AED a contribué à soulager les souffrances en fournissant des colis alimentaires, une assistance médicale et un accès à l’éducation en ligne pour les élèves des écoles catholiques du Sud-Liban.

Le patriarche Bechara Al-Rahi appelle le Liban à rester neutre

Alors que les hostilités entre le Hezbollah et les forces israéliennes s’intensifient, le cardinal Bechara Al-Rahi, patriarche maronite, a réitéré, le jour de Noël, son appel à la neutralité du Liban. «Nous refusons que la guerre s’étende aux villages du sud», a déclaré le patriarche dans son homélie de Noël, «Le Liban n’est pas une terre de guerre, mais une terre de dialogue et de paix».

Tout en déplorant les morts à Gaza, le cardinal Al-Rahi a rappelé que l’extension de la guerre au Liban contredit à la fois la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée pour mettre fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah en 2006, et la déclaration de Baabda de 2012, qui avait souligné la neutralité du Liban à l’égard des événements dans la région du Moyen-Orient.

«La neutralité du Liban est au cœur de l’identité libanaise depuis 1860, et le Liban est politiquement neutre en ce sens qu’il ne combat pas et n’est pas combattu», a déclaré le patriarche.

Source : VATICANNEWS, le 28 décembre 2023

Le cardinal Krajewski exhorte le monde «à s’incliner devant Dieu» pour la paix

Les femmes s’approchent des toits d’un bâtiment à Rafah, dans le sud de la région de Gaza (AFP or licensors). (AFP or licensors)

Le cardinal Krajewski exhorte le monde «à s’incliner devant Dieu» pour la paix

De retour de sa mission en Terre Sainte à la demande du Pape François, le cardinal Konrad Krajewski, revient sur son expérience aux frontières de la guerre à Gaza. S’appuyant sur un passage de la prière du Notre Père, dans laquelle Jésus dit: «que ta volonté soit faite» et «que ton règne vienne», l’aumônier apostolique explique que lorsque l’homme ne suit que sa volonté et ses objectifs, la souffrance et les conflits surgissent souvent.

Konrad Krajewski, aumônier apostolique

Je suis allé en Terre Sainte avec foi et prière, dans ces lieux où la guerre fait rage, où il y a de la haine, de la vengeance, où l’un tue l’autre, où il y a un manque d’eau, de nourriture, où il n’y a pas d’électricité. Même pendant la période de Noël, les jours les plus saints pour nous, ils n’ont pas cessé de se battre, de tuer, en Ukraine comme dans la bande de Gaza.

Je suis venu sur cette terre avec les armes les plus sophistiquées du monde, à savoir la foi et la prière, qui peuvent toujours déplacer des montagnes et ainsi mettre fin aux conflits… Mais pourquoi n’en est-il pas ainsi? J’ai visité tous les lieux où Jésus a vécu. J’ai été à Nazareth, à Bethléem, j’ai été à l’endroit où il a été crucifié, tué et où il est ressuscité, alors je me demande: «Seigneur, pourquoi n’y a-t-il pas de paix? Tu veux la paix». J’ai toujours pensé à cette prière: «Délivre-nous, Seigneur, de tout mal, donne la paix à nos jours»… Alors pourquoi n’accordes-tu pas la paix à nos jours?

J’ai beaucoup réfléchi au fait que lorsque nous entrons dans le Saint-Sépulcre, nous devons nous incliner, presque nous briser le dos pour entrer. Dans tant d’églises, même à Bethléem, il faut s’incliner, s’incliner devant le mystère. Je pense donc que le monde a peut-être cessé de s’incliner devant Dieu, qu’il a cessé de vivre selon la logique de l’Évangile, car il s’est habitué à la logique du monde. Nous, les hommes, nous nous sommes peut-être mis à la place de Dieu et nous voulons commander, condamner, mais nous le faisons sans miséricorde, sans amour. C’est peut-être pour cela qu’il n’y a pas de paix, parce que nous ne nous inclinons plus devant Dieu, devant le mystère.

Hier, c’était la fête de saint Jean l’Apôtre, il est venu au tombeau de Jésus et s’est incliné pour pouvoir entrer, pour pouvoir voir que son corps avait disparu, qu’il était ressuscité. Mais aujourd’hui, nous ne nous inclinons plus, même si les portes, ici en Terre Sainte, nous disent qu’il faut le faire pour comprendre le mystère de Dieu, pour comprendre son amour, sa miséricorde, pour vivre selon la logique des enseignements de Jésus, selon la logique de l’Évangile.

Je remercie le Seigneur d’avoir vécu ces jours en Terre Sainte, et d’avoir commencé à comprendre le mystère de Dieu. La prière du Notre Père, la prière que Jésus nous a enseignée, dit «Que ta volonté soit faite, Seigneur», pas la mienne, parce que, quand c’est ma volonté, il y a des guerres, il y a beaucoup de morts. «Que ton règne vienne», pas le nôtre, car le nôtre est le règne de la destruction. «Que ton nom soit sanctifié», pas le mien, car lorsque mon nom est sanctifié, je suis dangereux pour les autres. Après le Notre Père, le prêtre dit: «Délivre-nous, Seigneur, de tout mal, accorde-nous la paix». J’espère que la paix fleurira dans le cœur des hommes.

Source : VATICANNEWS, le 28 décembre 2023

Rencontres européennes de Taizé, François invite les jeunes à l’écoute

Jeunes participants aux rencontres européennes de Taizé en Pologne en 2019. (ANSA)

Rencontres européennes de Taizé, François invite les jeunes à l’écoute

A l’occasion des 46e rencontres européennes de Taizé, qui commencent ce jeudi 28 décembre dans la capitale slovène de Ljubljana, le Pape François a adressé un message aux 5 000 jeunes chrétiens présents. Il leur demande de redécouvrir l’importance de l’écoute afin de devenir des bâtisseurs de ponts. 

 «Ne sacrifiez pas votre jeunesse si précieuse sur l’autel des plaisirs factices et de la superficialité». Cette demande du Pape François s’adresse aux participants des rencontres européennes de Taizé. Cette 46e édition se déroule en Slovénie, à Ljubljana.

Construire un monde différent

Dans un message signé par le secrétaire d’État Pietro Parolin, les jeunes sont invités à redécouvrir la dimension profonde de l’écoute. L’écoute comme acte d’amour, au cœur de la confiance. A l’inverse des vociférations du monde, dans lequel «la violence de plus de plus de terrain», le Pape François appelle à «construire un monde différent, un monde d’écoute, de dialogue et d’ouverture».

«Nous avons souvent l’impression que celui qui crie le plus fort est digne d’être écouté. Malheureusement aujourd’hui la violence gagne de plus de plus de terrain. Nous vivons un temps difficile avec des conflits et des guerres parsemés dans le monde, parce que personne n’écoute plus» poursuit le Saint-Père. 

Pendant 4 jours à Ljubljana, les jeunes participants échangeront entre eux sur les défis actuels comme l’intelligence artificielle, la fin de vie, la transition énergétique… Ils se réunissent également pour prier ensemble en faveur de la paix.

Devenir bâtisseur de pont

Le Souverain pontife encourage les jeunes chrétiens qui viennent de 48 pays différents à «cheminer ensemble», le thème de cette 46e édition, en devenant des bâtisseurs de ponts entre les peuples, les cultures et les religions car explique-t-il «marcher ensemble signifie barrer la route à la marginalisation, aux fermetures, à l’exclusion et au rejet d’une catégorie de personnes». Reprenant le modèle du Christ, le Pape stimule les jeunes à s’engager «à vivre comme notre Maître et Seigneur Jésus qui n’a exclu personne de son chemin». 

Les participants aux rencontres de Taizé ont également reçu des messages d’espérance de la part des autres dirigeants chrétiens, protestants et orthodoxes ainsi que les salutations d’Ursula Von der Leyen, présidente de la commission européenne, et d’Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies. Ce dernier a remercié les jeunes pour leur «engagement à faire progresser la paix, le développement durable et les droits humains dans le monde entier».

Source : VATICANNEWS, le 28 décembre 2023

Massacres d’innocents dans le monde, «le mal d’Hérode existe toujours», dit le Pape

Représentation de l’épisode du massacre des innocents raconté dans l’Évangile selon Matthieu.

Massacres d’innocents dans le monde, «le mal d’Hérode existe toujours», dit le Pape

À l’occasion de la fête des Saints Innocents Martyrs, ce jeudi 28 décembre, le Pape François rappelle dans deux tweets, les morts qui ensanglantent encore aujourd’hui la planète. Des routes de l’immigration aux territoires dévastés par les guerres et les violences. Sa pensée va particulièrement à l’endroit des plus jeunes qui n’ont plus d’enfance, et des enfants pas encore nés. Il estime que «les complots du mal évoluent dans l’ombre de l’hypocrisie et de la dissimulation».

Adriana Masotti – Cité du Vatican

En ce 28 décembre, l’Église se souvient encore de tous les enfants de moins de deux ans, tués par le roi Hérode lorsqu’il a été averti par les Mages de la naissance à Bethléem de celui qui était attendu comme le «roi des Juifs». Dans un tweet, sur le compte @Pontifex, le Pape François a indiqué: «Aujourd’hui, comme au temps d’Hérode, les complots du mal, qui s’opposent à la lumière divine, évoluent dans l’ombre de l’hypocrisie et de la dissimulation: combien de massacres armés ont lieu dans un silence assourdissant, à l’insu de tant de personnes.»

Le massacre des «petits Jésus d’aujourd’hui»

Dans un second tweet pour cette journée, il ajoute aussitôt après: «Combien de massacres d’innocents dans le monde: dans le sein maternel, sur les routes des désespérés en quête d’espérance, dans la vie de tant d’enfants dont l’enfance est dévastée par la guerre. Ils sont – conclut François – les petits Jésus d’aujourd’hui».

“«Alors s’accomplit ce qui avait été annoncé par le prophète Jérémie: ‘Un cri se fit entendre à Rama, des pleurs et une grande lamentation: Rachel pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ne sont plus’. (extrait de l’Évangile selon Matthieu)».”

Les nombreux «massacres d’innocents» d’aujourd’hui

À plusieurs reprises, lors de l’angélus dimanche 23 décembre, la veille de Noël, et au cours de l’angélus du 25 décembre, le Saint-Père évoquant le «massacre des innocents», a rappelé les victimes des conflits en cours, en Ukraine, en Syrie, au Yémen, en Arménie, en Azerbaïdjan, au Soudan, en RDC, et en particulier de la guerre et de la dévastation qui se déroulent à Gaza. Dans son message Urbi et Orbi, il a appelé à stopper la course aux armements qui alimente les guerres: «Les peuples, qui ne veulent pas d’armes mais du pain, qui luttent pour s’en sortir et demandent la paix», a-t-il déclaré, «ignorent combien d’argent est dépensé pour l’armement. Ils devraient pourtant le savoir! Qu’on en parle, qu’on l’écrive, pour que les intérêts et les gains qui tirent les ficelles des guerres soient connus».

Source : VATICANNEWS, le 28 décembre 2023

Ce qu’il y a d’imitable dans l’attitude de Marie

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Ce qu’il y a d’imitable dans l’attitude de Marie

Certes le destin de Marie était exceptionnel. La Mère du Messie ne pouvait être qu’unique ; la Mère du Fils de Dieu ne pouvait être qu’une femme intensément aimée, éternellement choisie, amoureusement préparée.

Mais cela c’était l’affaire de Dieu seul, c’était le sillage laissé sur la terre des hommes par le dessein de Dieu. Ce que Jésus avait à cœur à propos de sa Mère, c’était de mettre en lumière non pas tant l’inouï de son destin que la qualité de sa réponse à Dieu. Marie a porté et nourri Jésus : en cela elle n’est pas imitable, et sa béatitude n’est pas partageable. Mais ce qu’il y a de quotidien et d’imitable dans l’attitude de Marie, voilà ce que Jésus veut retenir pour l’universaliser : « Heureux ceux, heureux tous ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent. »

C’est encore un portrait de sa Mère, mais c’est celui-là que Jésus préfère, car devant cette attitude de la Servante du Seigneur repassant en son cœur les paroles de Dieu jusqu’à ce qu’elles s’accomplissent, chaque fils, chaque fille de Dieu peut se dire : « je peux lui ressembler, je vais lui ressembler » ; et cette icône-là, celle que Jésus avait dans les yeux et le cœur, garde avec nous tous un air de famille.

Jean Lévêque, o.c.d.

Magnificat, 14 octobre 2023

Prions :

Je vous salue Marie, pleine de grâce ;
Le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.

Amen

Source : une minute avec Marie