03.03.2024 – HOMÉLIE DU 3ÈME DIMANCHE DE CARÊME – JEAN 2,13-25

Chasser l’hypocrite

Évangile selon saint Jean 2, 13-25

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

L’Évangile aujourd’hui dément l’image de Jésus comme un strict adepte de la non-violence – une sorte de Gandhi de l’antiquité, l’image d’un Jésus qui finalement pardonnerait tout, tout le temps. L’exclusion des marchands du Temple est, de fait, une exclusion de la proximité avec Dieu. Au contraire, les Écritures nous parlent d’un Jésus qui, s’il est très accueillant de la misère et du repentir, insulte, vitupère et parfois s’emporte contre l’hypocrisie religieuse.

C’est aujourd’hui pourtant une croyance fort répandue : nombreux sont les chrétiens en effet qui professent non plus que Dieu veut sauver tous les hommes mais qu’en vérité, il les sauvera tous. « On ira tous au paradis ! ». C’est une conception de la miséricorde qui nie la liberté – celle de Dieu et celle des hommes.

Le pape François a récemment dit qu’il priait pour que l’Enfer soit vide. C’est en effet le maximum que nous puissions faire : prier. Car, il se pourrait que nous ne soyons pas tous sauvés. C’est un point essentiel de notre liberté. Dieu nous laisse libres de le renier jusqu’au bout, et même de le tuer. Jésus en Croix dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » … Car ils ne savent ce qu’ils font : la clé est là. Ceux qui pêchent en connaissance de cause, et sans repentir, échapperont au Salut.

Un autre texte permet d’éclairer ce point. Saint Paul dit, dans la Lettre aux Romains (7, 19) : « Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas. » Et, en ce sens, le Christ est pour moi le Salut. Ce n’est pas ça qui est ici en cause. Ce qui est en cause, c’est l’hypocrisie religieuse : faire le mal que je désire tout en prétendant agir pour le bien. Voilà le comportement des marchands du Temple : la corruption de la religion.

Il faut bien se rendre compte de l’importance capitale du Temple dans le judaïsme ancien. Tout s’y rapporte. Il est d’abord et avant tout le lieu où Dieu réside sur la Terre d’Israël. Dans le Saint des Saints se trouve la Shekhina, la présence invisible de Dieu. Pour le Judaïsme ancien, Dieu habite au Temple.

La crainte est alors que Dieu décide d’abandonner le Temple – et la Terre et le Peuple – dégoûté du péché qui souille ses abords. De là, les nombreux rituels de purification, les piscines qui l’entourent ; de là, les innombrables sacrifices ; de là, l’extrême déférence nécessaire à ceux qui s’en approchent.

Or le grand-prêtre et les familles sacerdotales étaient corrompus. C’est d’ailleurs déjà ce que Jean le Baptiste dénonçait, lui qui est issu de l’une de ces familles et qui s’en va pourtant au loin, au bord du Jourdain, prêcher le repentir et la conversion. Il payera de sa vie d’avoir dénoncé la corruption d’Hérode et de sa cour. Comme Jésus payera de sa vie d’avoir mis en lumière celle des grand-prêtres et des scribes.

L’acte de Jésus qui chasse les marchands du Temple apparaît proprement scandaleux. Nous l’avons lu dans Jean – il se trouve dans les quatre évangiles, ce qui est un signe fort d’authenticité. Mais dans Marc, il est dit que Jésus renverse aussi les vases sacrés. Il faut imaginer la scène aussi scandaleusement que si Jésus entrait ici et renversait l’autel. C’est d’ailleurs à partir de ce moment là – et parce qu’il attente au Temple – que tout tourne mal pour Jésus. Avant les foules l’acclamaient : « Hosanna ! » ; bientôt ils vont crier à Pilate « Crucifie-le ! », scellant alors avec son sang leur corruption avec l’occupant romain.

Il arrive parfois que certains chrétiens rejettent le Dieu de l’Ancien Testament comme un Dieu violent que Jésus, en quelque sorte, viendrait contredire. Ce Dieu qui, dans la première lecture, celle des dix commandements, dit « Moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ». C’est oublier deux choses : d’abord qu’ensuite Dieu dit « mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération ». Il y a là une disproportion qui témoigne de la tendresse de Dieu. Pour qui l’étudie dans son contexte, le décalogue représente un progrès d’humanité par rapport aux codes de lois anciens, notamment ceux qui réclamaient « œil pour œil, dent pour dent. » Mais c’est oublier un peu vite aussi que Jésus n’est pas toujours tendre dans les Évangiles avec les hypocrites, que l’hypocrisie religieuse est ce péché contre l’Esprit dont il affirme avec force qu’il ne sera jamais pardonné [Mc 3. 28-29, Mt 12. 30-32, Lc 12. 8-10].

Enfin et surtout, en affirmant que le véritable Temple n‘est pas ce merveilleux édifice de pierre, lieu de toutes les institutions d’Israël, mais bien son Corps et nos corps à sa suite, Jésus ramène toutes les institutions à l’homme. Nous sommes l’institution du Christianisme, nous sommes le Temple.

Nous sommes les prêtres, les prophètes et les rois de notre religion. Le Royaume de Dieu est tout en nous. Le Saint des Saint est notre cœur et c’est là que se trouve la Shekhina, la présence réelle de Dieu.

Finalement, le Christianisme est une extraordinaire libération de l’homme des institutions extérieures ; au prix d’un radical rejet de l’hypocrisie religieuse qui verrait Dieu nous déserter le cœur.

Ce que dit le Christ, c’est qu’au risque de la liberté de nous-même nous profaner, nous sommes des vases sacrés.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 28 février 2024

03.03.2024 – HOMÉLIE DU 3ÈME DIMANCHE DE CARÊME – JEAN 2,13-25

Les signes que Dieu nous donne…

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Tout au long de ce Carême, nous continuons notre montée vers la grande fête de Pâques. Les textes bibliques de ce dimanche nous invitent à contempler et à accueillir les signes que Dieu nous donne. Nous y découvrons un Dieu libérateur qui se fait proche de nous et qui est riche en miséricorde. Il nous rejoint dans nos situations de péché pour nous en libérer.

Le premier signe que nous découvrons aujourd’hui c’est le don de la loi (1ère lecture). C’est une loi de liberté et de vie. Si Dieu nous donne cette loi c’est pour nous apprendre à bien vivre les uns avec les autres. Notre Dieu nous aime tous de la même manière. Il veut le salut de tous. Les dix commandements qu’il nous laisse commencent par des interdits : “Tu n’auras pas… Tu ne feras pas…” Ces paroles nous disent les impasses qu’il nous faut éviter pour ne pas retomber dans l’esclavage.

Il s’agit de renoncer aux idoles, ces faux dieux qui revendiquent d’être l’absolu de l’homme. Ces idoles, nous les connaissons bien, c’est la course à l’argent, aux richesses matérielles, au “toujours plus”. Tout cela ne fait que nous enfermer dans notre égoïsme. Nous devons également éviter toutes les critiques négatives qui ne font qu’ajouter un peu plus de poison à la société dans laquelle nous vivons. Les dix paroles que le Seigneur nous laisse sont un chemin de liberté et de vie. Elles se présentent comme des points de repères pour une vie digne d’être qualifié humaine.

En réponse à cette loi du Seigneur, nous avons la prière du psaume. C’est une prière de louange et d’action de grâce : “La loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie…” Avec ce psaume, nous rendons grâce à Dieu qui libère son peuple et le sauve. Plus tard, l’apôtre Pierre reconnaîtra que les paroles de Jésus sont celles de la Vie éternelle. Tout au long de ce carême, nous sommes invités à les lire et à les relire. Elles contiennent les graines de l’amour qui est en Dieu.

Le deuxième signe que nous découvrons aujourd’hui c’est celui de la croix. Dans sa lettre aux Corinthiens (2ème lecture), Paul insiste sur le caractère inimaginable de la croix : “Nous proclamons un Messie crucifié…” Tant pis pour ceux qui s’efforcent de rendre raisonnable l’Évangile de la croix. Si nous voulons comprendre quelque chose à l’amour de Dieu, c’est vers elle que nous devons regarder. Le vrai Dieu se révèle là où les hommes ne voient que la honte et l’échec. Le signe de la croix se présente comme la seule attestation d’un Dieu dont le nom est “miséricorde”.

Après la loi et la croix, l’Évangile nous présente un troisième signe de l’amour de Dieu : le temple. Aujourd’hui, nous voyons Jésus arriver au temple de Jérusalem. Il réagit très fortement contre le trafic qui se pratique en ce lieu. Il devient même violent. La maison de son Père n’est pas destinée à cela. En ce temps de Carême, Jésus veut nous apprendre à adorer Dieu “en esprit et en vérité”. Nos relations avec lui ne se négocient pas. On ne va pas lui offrir ceci ou cela pour qu’il nous donne ce que nous lui demandons.

En purifiant le culte qui se pratique au temple, Jésus veut nous aider à retrouver la vraie signification de ce lieu. Le temple est la demeure de Dieu, sa présence au cœur de l’humanité. Il faut donc chasser de ce lieu tout ce qui est impur. Plusieurs siècles avant, le prophète Zacharie l’avait annoncé : “Il n’y aura plus de marchands dans la maison du Seigneur de l’univers ces jours-là…” (Za 14, 21) Avec l’Évangile de ce jour, c’est le règne de Dieu qui s’ouvre avec un fouet. De victime sacrificielle, il n’en restera plus qu’une, c’est Jésus lui-même. Il sera “fouetté” et crucifié hors de la ville. Mais ce ne sera pas la fin de l’histoire. Le nouveau sanctuaire sera le Corps de Jésus ressuscité.

Ces trois signes, la loi, la croix et le temple nous sont donnés pour nous appeler à une vraie conversion. Ils nous disent ce qu’il nous faut éviter et ce qu’il faut faire pour ne pas retomber dans l’esclavage. Mais pour ce combat, nous ne sommes pas seuls. Jésus l’a gagné sur la croix et il veut nous associer tous à sa victoire. Il est désormais le seul vrai temple où nous pourrons rendre à Dieu un culte “en esprit et en vérité”. Chaque année, le temps du carême nous aide à recentrer notre vie sur Dieu et à retrouver son amour. Il nous appelle inlassablement : “Convertissez-vous… Revenez à moi de tout votre cœur…” Prions ensemble pour que ces quarante jours soient une vraie réponse à l’amour infini de Dieu.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 25 février 2024

01.03.2024 – PRÉDICATION DU CARD. CANTALAMESSA

Prédication du cardinal Cantalamessa pour le Carême 2024 (2/5)

Le cardinal Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, propose les vendredis de Carême une prédication pour se préparer à Pâques. Sa prédication est à suivre depuis la salle Paul VI à Rome les vendredis 23 février et 1er, 8, 15, et 22 mars à 9h00.

La mise en garde du cardinal Cantalamessa contre «l’esprit du monde»

Ce vendredi 1er mars, le cardinal Cantalamessa a prononcé sa deuxième prédication de Carême dans la Salle Paul VI, sur le thème «foi et raison». Les causes à l’origine de la mondanité sont multiples, mais la principale est la crise de la foi. L’opinion publique joue aujourd’hui un rôle décisif. On peut l’appeler «l’esprit qui est dans l’air», car il se répand surtout «dans l’air, à travers les moyens virtuels de communication», a déclaré le prédicateur de la Maison pontificale.

Osservatore Romano

Les débats sur la foi et la raison, plus précisément «sur la raison et la révélation», sont affectés par «une dissymétrie radicale»: le croyant partage «la raison avec l’athée; l’athée ne partage pas avec le croyant la foi dans la révélation». C’est ce qu’a souligné le cardinal Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, lors du deuxième sermon de Carême, qui s’est tenu vendredi 1er mars au matin dans la Salle Paul VI, en présence des membres de la Curie Romaine.

Approfondissant le thème de la réflexion, tiré de l’Évangile de Jean -«Je suis la lumière du monde»-, le cardinal capucin a observé que si le croyant «parle le langage de l’interlocuteur athée», ce dernier «ne parle pas le langage de l’autre partie». C’est pourquoi, a-t-il noté, «le débat le plus juste sur la foi et la raison est celui qui a lieu dans la même personne, entre sa foi et sa raison». Il y a, a-t-il rappelé, «des cas célèbres dans l’histoire de la pensée humaine de personnes chez lesquelles on ne peut douter d’une passion identique pour la raison et la foi»: parmi elles, Augustin d’Hippone, Thomas d’Aquin, Blaise Pascal, Søren Kierkegaard, John Henry Newman, a-t-il détaillé.

La conclusion de chacune de ces figures est que «l’acte suprême de la raison humaine est de reconnaître qu’il y a quelque chose au-dessus d’elle». C’est aussi ce qui «ennoblit le plus la raison, car cela indique sa capacité à se transcender». La foi ne «s’oppose pas à la raison mais suppose la raison», tout comme «la grâce suppose la nature».

Réfléchissant à l’expression «lumière du monde», le prédicateur de la Maison pontificale en a souligné deux significations fondamentales. La première est que le Christ «est la lumière du monde dans la mesure où il est la révélation suprême et définitive de Dieu à l’humanité». La nouveauté consiste dans le «fait unique et irrépétible qu’il est lui-même la révélation». Le cardinal Cantalamessa a rappelé que les prophètes parlaient à la troisième personne: «Ainsi parle le Seigneur», tandis que Jésus parlait à la première personne: «Je vous le dis». Dans le Christ, «le moyen de transmission est réellement le message; le messager est le message».

Le deuxième sens est que Jésus est la lumière du monde dans la mesure où il «éclaire le monde, c’est-à-dire qu’il révèle le monde à lui-même; il fait voir toute chose dans sa juste lumière, pour ce qui est devant Dieu». À cet égard, a-t-il dit, la lumière qu’est le Christ «a toujours eu un concurrent redoutable: la raison humaine».

En effet, en développant le thème général des prédications de Carême de cette année -consacré à la méditation sur le grand «Je suis» (Ego eimi) prononcé par Jésus dans l’Évangile de Jean-, le cardinal capucin a fait référence à un autre malentendu à dissiper en ce qui concerne le dialogue entre la foi et la raison. «Le reproche couramment adressé aux croyants est qu’ils ne peuvent pas être objectifs, car la foi leur impose d’emblée la conclusion à laquelle ils doivent parvenir». En d’autres termes, «elle agit comme une pré-compréhension et un pré-jugé». Cependant, aucune attention n’est accordée au fait que «le même préjugé agit, en sens inverse, également chez le scientifique ou le philosophe non croyant, et même plus fortement». Si l’on considère comme acquis que Dieu n’existe pas, que «le surnaturel n’existe pas et que les miracles sont impossibles, la conclusion est également prédéterminée dès le départ».

Le cardinal Cantalamessa a précisé qu’il n’y avait que deux solutions possibles à la tension entre la foi et la raison: soit réduire la foi «dans les limites de la raison pure», soit briser les limites de la raison pure et «décoller». Selon le prédicateur de la Maison pontificale, ce discours, «avant de devenir un débat entre « nous et eux », entre croyants et non-croyants, doit être un débat entre les croyants eux-mêmes». Le pire des rationalismes, en effet, «n’est pas le rationalisme extérieur, mais le rationalisme interne à la théologie».

Ce n’est pas une coïncidence, a fait remarquer le prédicateur, si, surtout en Occident, la théologie «s’est de plus en plus détournée de la puissance de l’Esprit pour s’en remettre à la sagesse humaine». Le rationalisme moderne a exigé que le christianisme «présente son message de manière dialectique, c’est-à-dire en le soumettant, dans tous ses aspects, à la recherche et à la discussion», afin qu’il puisse s’intégrer dans «l’effort général, philosophiquement acceptable, d’une compréhension commune et toujours provisoire de la destinée humaine et de l’univers». Mais ce faisant, «l’annonce de la mort et de la résurrection du Christ est soumise à une instance différente, jugée supérieure». Elle n’est plus «un kérygme mais une hypothèse parmi d’autres».

Le frère mineur capucin a souligné le danger inhérent à cette approche de la théologie: «Dieu est objectivé», il devient «un objet dont nous parlons, et non un sujet avec lequel -ou en présence duquel- nous parlons, un « il » ou, pire, un « ça », jamais un « tu »». C’est le contrecoup d’avoir fait de la théologie une «science». En effet, le premier devoir de celui qui «fait de la science est d’être neutre par rapport à l’objet de sa recherche; mais peut-on être neutre quand on a affaire à Dieu?» La conséquence de cette façon de faire de la théologie est qu’elle «devient de plus en plus un dialogue avec l’élite académique du moment, et de moins en moins une nourriture pour la foi du peuple de Dieu». Dans une telle situation, a noté le cardinal Cantalamessa, «on ne peut s’en sortir que par la prière, en parlant à Dieu, avant de parler de Dieu».

Avant de conclure, le prédicateur de la Maison pontificale est revenu sur le second sens de l’expression «lumière du monde», en soulignant sa signification «instrumentale», selon laquelle Jésus est la lumière du monde en ce sens qu’il «éclaire toutes choses; il fait au monde ce que le soleil fait à la terre». Même dans cette acception, le Christ et son Évangile ont un concurrent qui est le plus «dangereux de tous»: la mondanité. Le danger de s’y conformer, a-t-il expliqué, est l’équivalent, «dans le domaine religieux et spirituel, de ce que, dans le domaine social, nous appelons la sécularisation».

À l’origine de la mondanisation, a déclaré le prédicateur, «il y a de nombreuses causes, mais la principale est la crise de la foi». À cet égard, le cardinal capucin a fait référence à «l’esprit du monde», considéré par l’apôtre Paul comme l’antagoniste direct de «l’Esprit de Dieu». Un rôle décisif «y est joué par l’opinion publique»: aujourd’hui, on peut l’appeler «l’esprit qui est dans l’air», parce qu’il se répand surtout «à travers les ondes, à travers les moyens de communication virtuelle». La tentation est de s’adapter «à l’esprit du temps». Et pour décrire «l’action corrosive de l’esprit du monde», le cardinal Cantalamessa l’a comparée à celle d’un virus informatique. Il pénètre «par mille canaux, comme l’air que nous respirons, et une fois à l’intérieur, il change nos modèles de fonctionnement: le modèle « Christ » est remplacé par le modèle « monde »».

Le cardinal Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale. 

Source : VATICANNEWS, le 1er mars 2024

Un cadeau de la Vierge Marie

Unsplash/Jonathan Borba

Un cadeau de la Vierge Marie

Je me trouvais un jour à l’île Maurice pour une mission. Une personne m’invita à parler aux employés de son entreprise, où travaillaient des gens de diverses religions, chrétiens, musulmans, bouddhistes, hindous, etc. Ils vivaient en bonne harmonie.

Après avoir partagé quelques messages essentiels de la Vierge (1), le directeur de son entreprise me demanda de prier pour tous les employés qui désiraient une prière. Presque tous ont voulu rester. Après la prière, une femme s’avança vers moi et me demanda de prier la Vierge Marie de Medjugorje pour l’enfant qu’elle portait en elle. Cette femme était musulmane. J’ai donc prié pour elle, pour son enfant et pour une heureuse naissance.

Elle prit alors ma main et la posa sur son ventre. Aussitôt, l’enfant se mit à battre sa tête contre ma main avec force… Sa maman le sentait aussi bien que moi ! Cette expérience fut pour elle un grand cadeau du Ciel et une occasion merveilleuse de se réjouir pour la vie de cet enfant.

Sœur Emmanuel

Les nouvelles de Medjugorje décembre 2023 par sœur Emmanuel

WWW. enfantsdemedjugorje.fr

(1) Il s’agit des messages de la Vierge Marie aux voyants de Medjugorje en Bosnie –Herzégovine, lieu des apparitions depuis 1981

Lectures de la messe du jour

Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

Source : une minute avec Marie

01.03.2024 – SAINT DU JOUR

St Aubin

ÉVÊQUE D’ANGERS († 549)

 

La vie admirable et pleine de faits merveilleux de ce saint évêque d’Angers a été écrite par saint Fortunat sur des témoignages contemporains de la plus haute valeur. Son récit est corroboré par celui de saint Grégoire de Tours et offre par conséquent les garanties de l’authenticité la plus exacte. 

Albinus, – dont nous avons fait Aubin, – naquit près d’Hennebont, à Languidic, sur les bords du Blavet. Son père, d’une noblesse incontestée, était peut-être le fameux chef des Armoricains, nommé aussi Albinus, assez puissant pour s’opposer aux desseins d’Aetius. L’enfant fut, dès ses premières années, animé d’une foi vive et pratique, dont les fruits ne tardèrent pas à éclore. 

Tout jeune homme, il renonça vaillamment aux avantages de la noblesse et de la fortune, il brisa même avec l’affection maternelle et vint s’enfermer dans un monastère dont le nom, défiguré sans doute par une erreur de copiste, doit très probablement être reconnu comme celui du monastère de Nantilly, près de Saumur.

Saint Benoît venait de naître. La règle suivie à Nantilly fut la sienne plus tard. Au temps où le jeune Aubin s’y présenta, c’était celle de saint Augustin, presque la seule adoptée en Occident. Les religieux qui la professaient portaient le titre de chanoines réguliers ; mais ils étaient astreints à une stricte pauvreté, à une austère pénitence. À Nantilly, toutes les vertus étaient en grand honneur. 

Aubin, dès le premier moment, se signala entre tous par sa ferveur, en particulier par l’humilité sous laquelle il cachait soigneusement sa naissance. Aussi, également aimé et estimé, il fut, en 504, à l’âge de trente-cinq ans, élu à la charge d’abbé. Il s’en acquitta pour le plus grand bien de ses frères, qui, sous son gouvernement tendre et ferme, marchaient joyeusement vers la sainteté. 

Il y avait vingt-cinq ans qu’il dirigeait Nantilly, lorsque l’évêque d’Angers, Adolphe, vint à mourir ; les électeurs furent unanimes pour lui donner Aubin comme successeur. Ce ne fut pas sans peine néanmoins qu’ils lui arrachèrent son consentement. Il ne céda que devant leurs instances et sur l’avis des évêques de la contrée, qui depuis longtemps appréciaient la distinction de ses talents et la hauteur de ses vertus. Saint Mélaine, évêque de Rennes, en particulier, fut ravi de ce choix ; uni depuis longtemps au nouveau prélat par une étroite amitié, ce fut lui sans doute qui le consacra. Cette année-là même (529), en effet, on le voit à Angers en compagnie de trois autres saints évêques : saint Laud de Coutances, saint Victorius du Mans, saint Mars de Nantes. 

Dès lors Aubin, se modelant sur le divin Pasteur, Jésus-Christ, se livra tout entier au soin de son troupeau. Sa charité se portait surtout sur les pauvres et les malades ; il s’abaissait pour eux aux soins les plus humiliants. Mais une autre classe de misérables excita aussi sa paternelle compassion : à cette époque, à la suite de l’invasion des barbares, beaucoup de chrétiens étaient tombés dans l’esclavage. Le bon évêque ne pourrait les voir sans larmes ; il consacra, à en racheter le plus grand nombre possible, toutes les ressources que lui fournirent les biens de son église, sa propre fortune, les aumônes qu’il sollicitait. Il fut ainsi le digne prédécesseur des Jean de Matha, des Pierre Nolasque, des Vincent de Paul. 

Cette tendre charité, Dieu la montrait par des miracles continuels, combien elle était agréable à son cœur. Il semble, à lire la Vie d’Aubin, que le saint évêque les obtint particulièrement pour les aveugles ! Mais il guérit aussi nombre d’autres malades, des paralytiques, des possédés ; il ressuscita même un mort, le jeune Alexandre, pour le rendre à ses parents désolés. 

Pourtant la bonté de saint Aubin s’alliait très bien à une fermeté apostolique, qui ne reculait, quand le devoir était en jeu, devant aucune puissance humaine. Dans ces cas même, parfois, il recourait au don des miracles, que Dieu lui avait si libéralement accordé. 

Dans le bourg de Douille vivait une jeune fille, nommée Ëtheria, dont la beauté avait séduit le roi Childebert ; il ordonna de la saisir et de la lui amener. Aubin fut averti de cette violence infâme et aussitôt accourut au secours de sa brebis. Il pénétra sous un déguisement dans la ville où les satellites du roi s’étaient emparés de la malheureuse enfant. En vain elle se débattait, implorant secours. En apercevant l’évêque, que son œil reconnut en son vêtement d’emprunt, elle fait effort, s’échappe avec un cri des mains de la soldatesque et vient tomber en larmes aux pieds du saint. Un tel secours n’était pas pour intimider ces barbares ; l’un d’eux s’avance insolemment et veut arracher la jeune fille à son protecteur. Mais Aubin, indigné, le traitant comme, au rite du baptême, le démon qu’on chasse du néophyte, lui souffle à la face. L’homme recule comme frappé de la foudre et roule mort sur le sol. Ses compagnons, épouvantés, prirent la fuite et vinrent raconter au roi le terrible miracle. Childebert n’osa pas poursuivre son entreprise malhonnête ; mais, en digne barbare, il exigea une rançon. L’évêque, généreux, voulut encore la payer, trop heureux de sauver ainsi la vertu d’une vierge. 

À cette époque grossière, elle n’était guère respectée. Les violents fils de Clovis, incapables de maîtriser leurs passions, autorisaient par leur exemple les vices de leurs courtisans et de leurs guerriers. Le concubinage, les mariages incestueux étaient la plaie gangreneuse de cette société ; et trop souvent des évêques mêmes, se sentant impuissants à la guérir, n’osaient pas employer les remèdes énergiques. Saint Aubin ne fut pas de leur nombre. Avec le zèle de saint Jean-Baptiste, à toute occasion, malgré les colères, les haines, les attentats mêmes contre sa vie, il revendiqua hautement les droits de la pureté et châtia les coupables. 

Ainsi agit-il contre un des principaux seigneurs de Neustrie, qui, habitant en Anjou, y donnait le scandale d’une de ces unions criminelles. L’ayant vainement exhorté, averti plusieurs fois, il prononça enfin sur lui la sentence d’excommunication. 

Ce fut un frémissement dans la France entière, et il se trouva des évêques pour taxer cette juste sévérité d’excessive rigueur. 

Peut-être, pour venger sa cause, ou plutôt celle de Dieu, Aubin provoqua-t-il le troisième concile d’Orléans, en 538, qui fut présidé par l’archevêque de Lyon. Il y prononça du moins un discours également éloquent et énergique contre le désordre qui allumait son zèle. Et les Pères du concile ne purent que l’applaudir et voter un canon où était fait droit aux justes réclamations du Saint. Mais ils n’allèrent pas plus loin et, contents d’avoir donné raison en principe à leur collègue, ils l’engagèrent à user de modération et, en signe d’absolution, d’envoyer, comme ils allaient le faire eux-mêmes, au coupable qu’il avait excommunié, des eulogies, sorte de pains bénits à l’offertoire de la messe et distribués en signe d’amitié et de communion. Aubin refusa d’abord ; il céda enfin à leurs injonctions expresses. « Mais, ajouta-t-il, je suis contraint par votre ordre de bénir et d’envoyer cette eulogie ; vous refusez de défendre la cause de Dieu : il est assez puissant pour la venger lui-même. » Dieu la vengea en effet ; avant même de recevoir les eulogies, le coupable fut frappé par la mort. 

Douloureusement atteint par le blâme de ses collègues, Aubin voulut savoir s’il avait outrepassé les droits de la douceur. Il se rendit, en compagnie de saint Lubin, auprès de saint Césaire d’Arles, pour le consulter à ce sujet. Saint Césaire, en effet, jouissait alors dans toute la France de la plus haute réputation de talent et de sainteté. Il n’est pas douteux, quand on sait quelle conduite il a tenu lui-même dans des circonstances pareilles, qu’il n’ait pleinement approuvé l’évêque d’Angers. 

Saint Aubin allait atteindre sa quatre-vingtième année, lorsqu’un nouveau concile fut convoqué à Orléans. Mais l’âge et les infirmités l’empêchèrent d’y assister. II ne tarda pas, en effet, à expirer : c’était le 1er mars 549, ou, selon d’autres, 550. 

À son tombeau se multiplièrent les miracles. Non moins grand thaumaturge que de son vivant, saint Aubin a laissé parmi son peuple un souvenir toujours entouré de reconnaissance et de vénération. 

St Aubin priez pour nous !

01.03.2024 – ÉVANGILE DU JOUR

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 21,33-43.45-46. 

En ce temps-là,  Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage.
Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne.
Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième.
De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais on les traita de la même façon.


Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : “Ils respecteront mon fils.”
Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : “Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !”
Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.
Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? »
On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. »


Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : ‘La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux !’
Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. »
En entendant les paraboles de Jésus, les grands prêtres et les pharisiens avaient bien compris qu’il parlait d’eux.
Tout en cherchant à l’arrêter, ils eurent peur des foules, parce qu’elles le tenaient pour un prophète.

Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :

Saint Ambroise (v. 340-397)

évêque de Milan et docteur de l’Église

Commentaire sur l’évangile de Luc, 9, 29-30 (trad. Véricel, L’Evangile commenté, p. 290 rev. ; cf SC 52, p. 150)

La parabole de la vigne

La vigne est notre symbole, parce que le peuple de Dieu, enraciné sur le cep de la vigne éternelle (Jn 15,5), s’élève au-dessus de la terre. Foisonnement d’un sol ingrat, tantôt elle bourgeonne et fleurit, tantôt elle se revêt de verdure, tantôt elle ressemble au joug aimable de la croix, quand elle a grandi et que ses bras étendus forment les sarments d’un vignoble fécond… On a donc raison d’appeler vigne le peuple du Christ, soit parce qu’il marque son front du signe de la croix (Ez 9,4), soit parce qu’on récolte ses fruits à la dernière saison de l’année, soit parce que, comme pour les rangs d’un vignoble, pauvres et riches, humbles et puissants, serviteurs et maîtres, tous dans l’Église sont d’une égalité parfaite… Quand on attache la vigne, elle se redresse ; quand on l’émonde, ce n’est pas pour l’amoindrir, mais pour la faire croître. Il en est de même du peuple saint : si on le lie, il se libère ; si on l’humilie, il se redresse ; si on le taille, on lui donne en fait une couronne. Bien mieux : de même que le rejeton, prélevé sur un vieil arbre, est greffé sur une autre racine, de même ce peuple saint…, nourri sur l’arbre de la croix…, se développe. Et l’Esprit Saint, comme répandu dans les sillons d’un terrain, se déverse dans notre corps, lavant tout ce qui est immonde et redressant nos membres pour les diriger vers le ciel. Cette vigne, le Vigneron a l’habitude de la sarcler, de l’attacher, de la tailler (Jn 15,2)… Tantôt il brûle de soleil les secrets de notre corps et tantôt il les arrose de pluie. Il aime sarcler son terrain, pour que les ronces ne blessent pas les bourgeons ; il veille à ce que les feuilles ne fassent pas trop d’ombre…, ne privent pas de lumière nos vertus, et n’empêchent pas la maturation de nos fruits.

LECTURES :

Livre de la Genèse 37,3-4.12-13a.17b-28. 

Israël, c’est-à-dire Jacob, aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce qu’il était le fils de sa vieillesse, et il lui fit faire une tunique de grand prix.
En voyant qu’il leur préférait Joseph, ses autres fils se mirent à détester celui-ci, et ils ne pouvaient plus lui parler sans hostilité.
Les frères de Joseph étaient allés à Sichem faire paître le troupeau de leur père.
Israël dit à Joseph : « Tes frères ne gardent-ils pas le troupeau à Sichem ? Va donc les trouver de ma part ! »
Joseph les trouva à Dotane.
Ceux-ci l’aperçurent de loin et, avant qu’il arrive près d’eux, ils complotèrent de le faire mourir.
Ils se dirent l’un à l’autre : « Voici l’expert en songes qui arrive !
C’est le moment, allons-y, tuons-le, et jetons-le dans une de ces citernes. Nous dirons qu’une bête féroce l’a dévoré, et on verra ce que voulaient dire ses songes ! »
Mais Roubène les entendit, et voulut le sauver de leurs mains. Il leur dit : « Ne touchons pas à sa vie. »
Et il ajouta : « Ne répandez pas son sang : jetez-le dans cette citerne du désert, mais ne portez pas la main sur lui. » Il voulait le sauver de leurs mains et le ramener à son père.
Dès que Joseph eut rejoint ses frères, ils le dépouillèrent de sa tunique, la tunique de grand prix qu’il portait,
ils se saisirent de lui et le jetèrent dans la citerne, qui était vide et sans eau.
Ils s’assirent ensuite pour manger. En levant les yeux, ils virent une caravane d’Ismaélites qui venait de Galaad. Leurs chameaux étaient chargés d’aromates, de baume et de myrrhe qu’ils allaient livrer en Égypte.
Alors Juda dit à ses frères : « Quel profit aurions-nous à tuer notre frère et à dissimuler sa mort ?
Vendons-le plutôt aux Ismaélites et ne portons pas la main sur lui, car il est notre frère, notre propre chair. » Ses frères l’écoutèrent.
Des marchands madianites qui passaient par là retirèrent Joseph de la citerne, ils le vendirent pour vingt pièces d’argent aux Ismaélites, et ceux-ci l’emmenèrent en Égypte.

Joseph vendu par ses frères – Eglise Saint Germain des Prés- Paris

Psaume 105(104),4a.5a.6.16-17.18-19.20-21. 

Cherchez le Seigneur et sa puissance,
souvenez-vous des merveilles qu’il a faites,
Vous, la race d’Abraham son serviteur, 
les fils de Jacob, qu’il a choisis.

Il appela sur le pays la famine, 
le privant de toute ressource.
Mais devant eux il envoya un homme, 
Joseph, qui fut vendu comme esclave.

On lui met aux pieds des entraves, 
on lui passe des fers au cou ;
il souffrait pour la parole du Seigneur, 
jusqu’au jour où s’accomplit sa prédiction.

Le roi ordonne qu’il soit relâché, 
le maître des peuples, qu’il soit libéré.
Il fait de lui le chef de sa maison, 
le maître de tous ses biens.