« Oui, j’ai une dévotion particulière à la Vierge Marie »

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« Oui, j’ai une dévotion particulière à la Vierge Marie »

Sous la direction de Philippe Villeneuve, assisté par les architectes Rémi Fromont et Pascal Prunet, une équipe internationale de 2 000 artisans a réussi l’exploit de restaurer  en un temps record de cinq ans la cathédrale  Notre-Dame de Paris, emblème de l’art gothique et symbole de la foi catholique en France, ravagée par un incendie dévastateur en avril 2019.

« La Vierge m’a habité, protégé et porté durant tout le chantier » a confié l’architecte en chef de cette reconstruction, au journal Le Pèlerin. Dans cette entrevue publiée le 4 janvier 2025, Villeneuve explique qu’enfant, il portait déjà Notre-Dame dans son cœur. La Dame de pierre faisait vibrer celui qui se destinait à l’architecture. Et lors du terrible incendie il a décidé de vouer sa vie à rendre sa beauté à la cathédrale !

Devenu le chef d’orchestre de ce colossal projet de reconstruction, l’architecte a exprimé sa profonde dévotion envers la Vierge Marie, expliquant comment elle l’a soutenu tout au long des épreuves liées à cette entreprise historique. « Je n’ai jamais cessé de ressentir une aide venue d’en haut. » Ces mots résonnent comme un témoignage de foi dans un contexte où la laïcité de l’État impose souvent une discrétion sur les croyances personnelles (cf l’entretien accordé à EWTN News).

Pendant cinq années de travail intense, Villeneuve est resté silencieux sur sa foi, s’efforçant de respecter son statut de fonctionnaire dans une république séculière. Mais aujourd’hui, il affirme avec conviction que son lien particulier avec la Mère de Dieu lui a donné la force et la détermination nécessaires pour mener à bien cette mission titanesque.

« Je dois le dire : oui, j’ai une dévotion particulière à la Vierge Marie. Je n’ai jamais cessé de ressentir du soutien d’en haut. Je ne pense pas que ce projet aurait été possible autrement. Je pense que cela m’a donné la force et la détermination de continuer », a-t-il confié à EWTN News.


Ses paroles témoignent de l’étroite relation entre la foi et l’art, deux dimensions qui se rejoignent magnifiquement dans l’architecture sacrée.

Extraits tirés de: www.lepelerin.com et www.lecatho.fr

Lectures de la messe du jour

Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

Source : une minute avec Marie

21.03.2025 – SAINTE DU JOUR

Bienheureuse Clémence de Hohenberg
Religieuse bénédictine 
(† 1176)

Clémence de Hohenberg naquit en Rhénanie au début du XIIe siècle. Elle épousa le comte de Spanheim (Allemagne), et devenue veuve elle distribua tous ses biens aux pauvres et se retira comme simple moniale à l’abbaye d’Horrès à Trèves, où elle vécut dans l’exercice constant de la plus fervente prière et de la plus profonde charité, jusqu’à sa mort, le 21 mars 1176.

Bienheureuse Clémence de Hohenberg priez pour nous !

21.03.2025 – SAINT DU JOUR

Saint Nicolas de Flüe
Patron de la Suisse 

 

Il est fêté le 25 septembre en Suisse et le 21 mars (dies natalis) par l’Église universelle.

Nicolas de Flüe (en allemand : Niklaus von Flüe) naquit le 25 septembre 1417 à Sachseln (commune suisse du canton d’Obwald), de parents pieux. Un jour, à la vue d’une flèche élancée, sur une montagne voisine, il fut épris du désir du ciel et de l’amour de la solitude. Il se maria pour obéir à la volonté formelle de ses parents et eut dix enfants. Son mérite et sa vertu le firent choisir par ses concitoyens pour exercer des fonctions publiques fort honorables.

Sa prière habituelle était celle-ci : « Mon Seigneur et mon Dieu, enlevez de moi tout ce qui m’empêche d’aller à vous. Mon Seigneur et mon Dieu, donnez-moi tout ce qui peut m’attirer à vous. » 

Il avait cinquante ans, quand une voix intérieure lui dit : « Quitte tout ce que tu aimes, et Dieu prendra soin de toi. » Il eut à soutenir un pénible combat, mais se décida en effet à tout quitter, femme, enfants, maison, domaine, pour servir Dieu. Il s’éloigna, pieds nus, vêtu d’une longue robe de bure, un chapelet à la main, sans argent, sans provision, en jetant un dernier regard tendre et prolongé vers les siens. 

Une nuit, Dieu le pénétra d’une lumière éclatante, et depuis ce temps, il n’éprouva jamais ni la faim, ni la soif, ni le froid. Ayant trouvé un lieu sauvage et solitaire, il s’y logea dans une hutte de feuillage, puis dans une cabane de pierre. La nouvelle de sa présence s’était répandue bientôt, et il se fit près de lui une grande affluence. Chose incroyable, le saint ermite ne vécut, pendant dix-neuf ans, que de la Sainte Eucharistie. 

La Suisse, un moment divisée, était menacée dans son indépendance par l’Allemagne. Nicolas de Flüe, vénéré de tous, fut choisi pour arbitre et parla si sagement, que l’union se fit, à la joie commune, et la Suisse fut sauvée. 

Nicolas fut atteint, à l’âge de soixante-dix ans, d’une maladie très aiguë qui le tourmenta huit jours et huit nuits sans vaincre sa patience ; il mourut à Sachseln le 21 mars 1487.

Nicolas de Flüe à été béatifié en 1648 par Innocent X (Giovanni Battista Pamphili, 1644-1655) et canonisé, le 25 septembre 1947,par le Vénérable Pie XII (Eugenio Pacelli, 1939-1958).

Il est le saint Patron de la Suisse et de la Garde suisse pontificale.

Saint Nicolas de Flüe priez pour nous !

21.03.2025 – ÉVANGILE DU JOUR

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 21,33-43.45-46. 

En ce temps-là,  Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage.
Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne.
Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième.
De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais on les traita de la même façon.
Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : “Ils respecteront mon fils.”
Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : “Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !”


Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.
Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? »
On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. »
Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : ‘La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux !’


Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. »
En entendant les paraboles de Jésus, les grands prêtres et les pharisiens avaient bien compris qu’il parlait d’eux.
Tout en cherchant à l’arrêter, ils eurent peur des foules, parce qu’elles le tenaient pour un prophète.

Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :

Saint Bernard (1091-1153)

moine cistercien et docteur de l’Église

Sermon 30 sur le Cantique des Cantiques (trad. Beguin, Seuil 1953, p. 362 rev.)

Le mystère de la vigne de Dieu

Frères, si dans la vigne du Seigneur nous voyons l’Église, ce n’est pas une mince prérogative de l’Église que d’avoir étendu ses limites sur toute la terre… J’entends par là cette foule des premiers croyants dont il est dit « qu’ils n’étaient tous ensemble qu’un cœur et qu’une âme » (Ac 4,32)… Car la persécution ne l’a pas si brutalement déracinée qu’elle n’ait pu être replantée ailleurs et louée à d’autres vignerons, qui, la saison venue, lui ont fait porter des fruits. Elle n’a pas péri, elle a changé de sol ; mieux, elle y a gagné en force ainsi qu’en étendue, comme la vigne bénie du Seigneur. Frères, levez donc les yeux, et vous verrez « que son ombre a couvert les collines, que ses pampres sont des cèdres de Dieu, qu’elle a étendu ses sarments jusqu’à la mer et ses rejetons jusqu’au fleuve » (Ps 79,11-12). Ce n’est pas surprenant : elle est l’édifice de Dieu, le champ de Dieu (1Co 3,9). C’est lui qui la féconde, qui la propage, la taille et l’émonde, afin qu’elle produise davantage. Il ne va pas laisser sans soins une vigne que sa main droite a plantée (Ps 79,16) ; il ne va pas abandonner une vigne dont les pampres sont les apôtres, dont le cep est Jésus Christ, et dont lui, le Père, est le vigneron (Jn 15,1-5). Plantée dans la foi, elle plonge ses racines dans la charité ; labourée par l’obéissance, fertilisée des larmes du repentir, arrosée par la parole des prédicateurs, elle regorge d’un vin qui inspire la joie et non l’inconduite, vin de toute douceur, qui réjouit vraiment le cœur de l’homme (Ps 103,15)… Fille de Sion, console-toi en contemplant ce grand mystère ; ne pleure pas ! Ouvre ton cœur pour accueillir toutes les nations de la terre !

LECTURES :

Livre de la Genèse 37,3-4.12-13a.17b-28. 

Israël, c’est-à-dire Jacob, aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce qu’il était le fils de sa vieillesse, et il lui fit faire une tunique de grand prix.
En voyant qu’il leur préférait Joseph, ses autres fils se mirent à détester celui-ci, et ils ne pouvaient plus lui parler sans hostilité.
Les frères de Joseph étaient allés à Sichem faire paître le troupeau de leur père.
Israël dit à Joseph : « Tes frères ne gardent-ils pas le troupeau à Sichem ? Va donc les trouver de ma part ! »
Joseph les trouva à Dotane.
Ceux-ci l’aperçurent de loin et, avant qu’il arrive près d’eux, ils complotèrent de le faire mourir.
Ils se dirent l’un à l’autre : « Voici l’expert en songes qui arrive !
C’est le moment, allons-y, tuons-le, et jetons-le dans une de ces citernes. Nous dirons qu’une bête féroce l’a dévoré, et on verra ce que voulaient dire ses songes ! »
Mais Roubène les entendit, et voulut le sauver de leurs mains. Il leur dit : « Ne touchons pas à sa vie. »
Et il ajouta : « Ne répandez pas son sang : jetez-le dans cette citerne du désert, mais ne portez pas la main sur lui. » Il voulait le sauver de leurs mains et le ramener à son père.
Dès que Joseph eut rejoint ses frères, ils le dépouillèrent de sa tunique, la tunique de grand prix qu’il portait,
ils se saisirent de lui et le jetèrent dans la citerne, qui était vide et sans eau.
Ils s’assirent ensuite pour manger. En levant les yeux, ils virent une caravane d’Ismaélites qui venait de Galaad. Leurs chameaux étaient chargés d’aromates, de baume et de myrrhe qu’ils allaient livrer en Égypte.
Alors Juda dit à ses frères : « Quel profit aurions-nous à tuer notre frère et à dissimuler sa mort ?
Vendons-le plutôt aux Ismaélites et ne portons pas la main sur lui, car il est notre frère, notre propre chair. » Ses frères l’écoutèrent.
Des marchands madianites qui passaient par là retirèrent Joseph de la citerne, ils le vendirent pour vingt pièces d’argent aux Ismaélites, et ceux-ci l’emmenèrent en Égypte.

Psaume 105(104),4a.5a.6.16-17.18-19.20-21. 

R/ Souvenez-vous des merveilles que le Seigneur a faites. (Ps 104, 5a)

Cherchez le Seigneur et sa puissance,
souvenez-vous des merveilles qu’il a faites,
Vous, la race d’Abraham son serviteur, 
les fils de Jacob, qu’il a choisis.

Il appela sur le pays la famine, 
le privant de toute ressource.
Mais devant eux il envoya un homme, 
Joseph, qui fut vendu comme esclave.

On lui met aux pieds des entraves, 
on lui passe des fers au cou ;
il souffrait pour la parole du Seigneur, 
jusqu’au jour où s’accomplit sa prédiction.

Le roi ordonne qu’il soit relâché, 
le maître des peuples, qu’il soit libéré.
Il fait de lui le chef de sa maison, 
le maître de tous ses biens.

23.03.2025 – HOMÉLIE DU 3ÈME DIMANCHE DE CARÊME – LUC 13,1-9

Ressentiments et conversion

Évangile selon saint Luc 13, 1-9

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

A l’époque de Jésus, la croyance était fort répandue que les malheurs – les guerres, les famines, les maladies – étaient un châtiment de Dieu. Soit que soi-même on ait péché, soit que ce fût la faute de nos parents, de notre tribu ou de tout le peuple. Dans la Bible, les prophètes n’annoncent pas tant des catastrophes à venir qu’ils appellent à la conversion : si vous ne changez pas, voici ce qui va arriver. Il y avait, dans les temps anciens, une très nette conscience que les malheurs étaient une rétribution pour le mal, quelque part toujours une punition divine. Si untel était lépreux, aveugle ou boiteux, ce n’était peut-être pas de sa faute, mais c’était alors de celle de ses proches. Cet état d’esprit n’a pas encore disparu, loin s’en faut. Combien, face au malheur s’écrient-ils encore de nos jours : « Qu’ai-je donc bien pu faire à Dieu pour mériter ça ? »

Nous ne méritons pas le malheur. Personne ne mérite les souffrances qui lui arrivent. Le corollaire de ceci, c’est que personne ne mérite non plus le bonheur et les joies. Ni le malheur, ni le bonheur ne sont des rétributions, des bons et des mauvais points donnés par Dieu pour nos bons ou mauvais comportements. C’est une fausse théologie – c’est revenir au donnant-donnant, à l’idée d’un dieu qui pèserait nos bonnes et nos mauvaises actions à l’aide d’une balance. Dieu n’applique jamais la sentence « œil pour œil, dent pour dent » que par ailleurs le Christ dénonce. Les Galiléens massacrés par Pilate et les personnes tuées par la chute de la tour de Siloé n’avaient pas mérité leur sort.

Ceci ne signifie pas que nous n’ayons pas à faire face aux conséquences de nos actes : si je joue avec le feu, je finirai par me brûler. Mais ce ne sera pas une punition. Ce sera simplement une conséquence logique. Il y a des répercutions à notre péché, au mal que nous faisons. Il y a des répercutions pour autrui que notre péché offense et il y a des répercutions pour nous-même que notre péché salit – ne fusse qu’à nos propres yeux. Mais en rien n’est-ce une punition, un châtiment divin. Quoi que nous ayons fait, quelle que soit la bassesse où nous soyons tombés, quitte à nous être abaissés à « partager la nourriture des porcs », l’estime de Dieu à notre égard n’a pas changé d’un iota, son amour pour nous reste intact. C’est ce que nous verrons la semaine prochaine avec la parabole du Fils prodigue. Si le péché nous éloigne effectivement de Dieu, à peine nous retournons-nous vers lui, qu’il entre dans une joie exubérante.

La spiritualité du donnant-donnant est à rejeter vigoureusement. Ce n’est pas comme cela que Dieu juge ; ce n’est pas comme cela que Dieu aime. Par contre nous, il nous arrive de souhaiter du malheur à ceux qui nous font du mal, à vouloir les punir ou, pire, à souhaiter qu’ils souffrent. Mais c’est précisément ne pas aimer, c’est même haïr. Voilà la haine : vouloir que du malheur s’abatte sur autrui. Dieu ne punit personne, il n’inflige aucune souffrance supplémentaire aux conséquences naturelles de nos actes et nous ferions bien, nous aussi, de toujours renoncer à punir. La punition est toujours un échec de l’amour, quelque part toujours une vengeance, un donnant-donnant d’humiliation et de honte.

Dès lors, comment comprendre la phrase de Paul que nous venons de lire dans l’Épître aux Corinthiens, parlant de ceux qui ont suivi Moïse et qui pourtant sont morts : « la plupart n’ont pas su plaire à Dieu : leurs ossements, en effet, jonchèrent le désert. Ces événements devaient nous servir d’exemple, pour nous empêcher de désirer ce qui est mal comme l’ont fait ces gens-là. » N’est-on pas en pleine contradiction avec ce qui précède ? Dire que le souvenir de ceux qui sont morts avant d’avoir atteint la Terre promise devrait nous servir d’exemple pour nous empêcher de désirer le mal, n’est-ce pas encore brandir la menace d’une punition divine ?

Le christianisme n’est pas une assurance contre le malheur. Jésus a souffert ; Jésus a pleuré ; Jésus est mort sur la croix, atrocement massacré par la plus parfaite injustice. Nous-même nous n’y échapperons pas. Il y aura encore de l’injustice à notre égard ; il y aura encore de la maladie et de la souffrance ; il y aura encore des larmes et il y aura encore la mort. Le christianisme n’est pas une assurance contre le malheur ; il est une assurance qu’il y a un au-delà de tout malheur, de toute souffrance, de toute larme, un au-delà de toute mort. Le Christ nous dit qu’il y a toujours une autre rive. Il nous enseigne qu’avec l’aide de Dieu, il y a toujours moyen de transcender la souffrance, l’injustice et les larmes. Il nous montre qu’à le suivre, il y aura toujours une Résurrection, une joie, une paix.

Et sans doute, le plus extraordinaire est-il qu’au cœur même de la souffrance et des larmes, alors même qu’il est crucifié par l’injustice, le Christ nous montre qu’il est humainement possible de ne pas céder à l’esprit de vengeance et de punition, qu’encore il est possible d’aimer et de n’en vouloir à personne – ni aux responsables de nos souffrances, ni à Dieu. « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » « Père, en tes mains, je remets mon esprit. » Il y a une proximité avec Dieu, possible dès maintenant, qui permet malgré l’injustice, la souffrance et la mort, de maintenir intacts l’amour inconditionnel de la vie et la perspective d’une paix.

Comme saint Paul, comme les prophètes, le Christ ne nous menace pas quand il dit « si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » Il nous donne un conseil. Pour vivre le passage de la mort dans l’amour et l’espérance et non dans l’accablement et l’esprit de revanche sur la vie, il faut nous convertir dès à présent à cette proximité avec Dieu. Il n’y a que dans le cœur à cœur avec lui, qu’il est possible de ne pas se tourner vers le ressentiment alors qu’on souffre.

Le carême est un temps de conversion. C’est le mot du jour : changer. Il y a peut-être encore en nous des blessures, des souffrances, du mépris et des humiliations qui crient vengeance. Ce sont des lieux qui appellent la conversion de notre cœur à la Résurrection. Car, si nous ne prenons pas soin de convertir les traces de l’esprit de vengeance qui persistent en nous, nous les verrons resurgir à chaque retour du malheur et elles nous entraîneront vers les ténèbres.

Accepter de souffrir sans vouloir se venger demande une force d’esprit considérable, une puissance d’amour qui bien souvent nous dépasse. Le Christ nous montre cependant qu’elle nous est donnée, ici et maintenant, si nous nous laissons envahir par l’Esprit-Saint.

Alors il convertira nos cris de vengeance en soupirs d’amour. Ce qui constitue déjà un creuset pour la Résurrection et la joie.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RÉSURGENCE.BE, le 19 mars 2025

23.03.2025 – HOMÉLIE DU 3ÈME DIMANCHE DE CARÊME – LUC 13,1-9

« Convertissez-vous ! »

Homélie par l’Abbé Jean Compazieu

Textes bibliques : Lire

Cet évangile nous parle de malheurs qui ont beaucoup frappé les esprits : des galiléens massacrés pendant qu’ils présentaient leur offrande à Dieu et 18 morts lors de la chute de la tour de Siloé. Et nous-mêmes, nous pensons à toutes ces catastrophes qui frappent notre monde, les tempêtes et les inondations qui sévissent régulièrement, les victimes de la violence, des accidents ou des maladies. A l’époque de Jésus, on avait l’habitude de penser que cela était dû aux péchés des victimes. Et nous-mêmes, il nous arrive d’entendre des personnes très éprouvées par la maladie qui se demandent : “Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour tant souffrir ?”

Or la Bible nous dit en divers endroits que Dieu n’y est pour rien. Les malheurs ne sont pas une punition de Dieu pour nos fautes. Alors pourquoi tant de souffrances ? Dans la Bible, nous trouvons le livre de Job qui pose cette question de la manière la plus aigüe ; il énumère les réponses que les hommes ont inventées depuis que le monde est monde. Les proches de Job cherchent à lui faire comprendre que s’il est accablé de tant de malheurs, c’est à cause de ses péchés et qu’il doit en tirer son parti. Mais la conclusion est claire : La souffrance n’est pas la punition du péché ; Dieu vient seulement demander à Job de reconnaître deux choses : Premièrement que la maîtrise des événements lui échappe ; deuxièmement qu’il lui faut vivre tout ce qui arrive sans jamais perdre confiance en son créateur.

Devant l’horreur du massacre et la catastrophe de la Tour de Siloé, on se tourne vers Jésus pour lui demander une réponse claire ; il est catégorique : il n’y a aucun lien : il n’y a aucun lien entre la souffrance et le péché. Un autre jour, on lui posera la même question au sujet d’un aveugle-né : Qui a péché pour qu’il soit né ainsi ? Lui ou ses parents ? Et Jésus répondra : “Ni lui, ni ses parents.” Ainsi, Jésus laisse ouverte la difficile question du rapport entre le malheur et le péché personnel. Une seule chose est sûre : Dieu est amour. Il n’est surtout pas un justicier sans cœur.

Nous le voyons dans la première lecture : il a vu la misère de son peuple et il fait appel à Moïse pour le libérer. Le même Dieu voit tous les malheurs qui accablent aujourd’hui des hommes, des femmes et des enfants ; et il continue de faire appel à nous pour construire un monde plus juste et plus fraternel, un monde ouvert au partage et à l’accueil de l’autre. Notre Dieu se reconnaît en celui qui souffre, qui a faim, qui est étranger. A travers le pauvre, c’est Jésus que nous accueillons ou que nous rejetons : lui-même nous le dit : “chaque fois que vous l’avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait.” (Mt 25)

C’est donc un appel urgent qui nous est adressé en ce temps du Carême. Il nous faut prendre très au sérieux la parole de Jésus : “Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez comme eux.” Non ce n’est pas une menace, ce n’est pas Dieu qui va nous faire périr ; c’est nous qui allons à notre perte. C’est pour cela que le Christ nous demande instamment de ne pas remettre à demain notre conversion. La mort peut arriver à l’imprévu. Le danger le plus grave c’est celui de la mort éternelle, celle qui sépare définitivement l’homme de Dieu. Chacun est donc invité à se convertir, changer de comportement et se tourner de ses péchés. Dieu ne veut que notre bonheur. Il attend de nous une vie belle et fructueuse. Mais si nous refusons d’entendre son appel, c’est nous qui faisons notre malheur.

Jésus développe son enseignement en nous racontant l’histoire de ce figuier qui ne produit aucun fruit. Depuis trois ans, l’arbre n’a pas donné la moindre figue et il risque d’être coupé. Le vigneron demande un délai d’un an pour qu’il puisse apporter à ce figuier les soins qui lui permettront de produire du fruit. Nous sommes aujourd’hui ce figuier qui doit faire la joie et la fierté de son Maître. Notre Dieu est impatient de nous donner le meilleur de lui-même, mais il fait preuve d’une grande patience lorsqu’il attend le retour de ses enfants égarés.

Depuis le 9 mars, nous sommes entrés dans le temps du Carême. Le Seigneur attendait cette période avec avidité. Son unique désir c’est d’entrer en nos cœurs et d’y régner. Nous allons le lui permettre en lui ouvrant la porte de notre cœur. Il en a encore plus envie que nous. Quand des hommes, des femmes, des enfants reviennent vers Dieu, quand ils retrouvent la prière et les sacrements, quand ils se mettent à partager avec les plus démunis, le Carême est pour lui un vrai moment de bonheur.

Merci, Seigneur, pour cette chance que tu nous laisses. Béni sois-tu pour ton amour, ta patience, ta miséricorde. Donne-nous d’entendre tes appels à nous convertir et à nous tourner vers toi. Sois avec nous pour que nous soyons toujours de vrais témoins de ton amour dans le monde d’aujourd’hui. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 16 mars 2025