28.03.2025 – Prédication du père Roberto Pasolini, O.F.M. Cap., pour le Carême 2025 (2/4)

Carême: «Aux yeux de Dieu, chaque geste d’amour a une valeur infinie»

Dans sa méditation de ce vendredi 28 mars, le père Roberto Pasolini, prédicateur de la Maison pontificale à rappeler que «l’itinéraire du Carême que nous suivons a pour but de vérifier combien notre vie est ancrée dans le Christ, à partir du don baptismal reçu dans l’Église». Il a ensuite souligné que «la profonde liberté du Christ et sa manière d’apporter le salut au monde, nous obligent à réfléchir et à vérifier la qualité évangélique de nos gestes». 

Augustine Asta – Cité du Vatican

La deuxième prédication de Carême du père Roberto Pasolini, a eu lieu ce vendredi 28 mars dans la salle Paul VI du Vatican. Le religieux capucin dans son exhoration a tout d’abord tenu à rappeler que «l’itinéraire de Carême que nous suivons a pour but de vérifier combien notre vie est ancrée dans le Christ, à partir du don baptismal reçu dans l’Église comme possibilité d’une existence renouvelée». Revenant en particulier sur l’épisode du baptême du Christ et ses implications pour notre vie spirituelle, thème abordé lors de sa première prédication vendredi 21 mars, le prédicateur de la Maison pontificale a ensuite passé en revue quelques épisodes «dans lesquels la profonde liberté du Christ et sa manière d’apporter le salut au monde nous obligent à réfléchir et à vérifier la qualité évangélique de nos gestes».

Suivre l’exemple de Jésus

«Le Verbe de Dieu s’est immergé dans la réalité et la complexité de la vie humaine d’une manière surprenante et a révélé un profil de personnalité vraiment original et stimulant», a-t-il souligné. Afin d’exprimer cette qualité anthropologique «riche et convaincante, Jésus a suivi un parcours lent et ordinaire au cours duquel il a mûri en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes» (Luc 2:52). Pour le père Pasolini «grandir n’est pas un processus évolutif prévisible et mécanique, mais exige une grande capacité à évaluer les circonstances et une attention rigoureuse – mais non scrupuleuse – aux détails». C’est pourquoi, a-t-il poursuivi, en se soumettant à ces exigences, «Jésus a pu devenir un homme simple, sans jamais être naïf». Au contraire, «son cœur doux, humble, à l’épreuve du désert, se révèle dans les évangiles mûr et fécond, capable de gérer la complexité des relations humaines sans jamais rien prendre pour acquis, pas même la première évidence», a-t-il noté

Le père Roberto Pasolini, prédicateur de la Maison pontificale lors de sa deuxième prédication de Carême.
Le père Roberto Pasolini, prédicateur de la Maison pontificale lors de sa deuxième prédication de Carême.   (VATICAN MEDIA Divisione Foto)

S’appuyant sur quelques passages de l’Évangile de Jean, le prédicateur de la Maison pontificale a indiqué que «la réaction de Jésus au large consensus que ses gestes sont capables de susciter, ne peut que nous déconcerter». «Immergés dans une culture où dominent les valeurs de l’individualisme et de la compétition effrénée, nous sommes extrêmement heureux lorsque notre popularité s’accroît soudainement et significativement. Ce besoin d’être continuellement et rapidement apprécié nous pousse à accueillir facilement tout signe d’appréciation à notre égard: une notification, un like, un regard», pourtant a-t-il détaillé, «Jésus semble détaché de ce type de reconnaissance trop rapide et superficielle».

Même si «le charme de sa personne ne passe pas inaperçu» et que «beaucoup aient commencé à lui faire confiance», Jésus «sent qu’il ne peut encore faire confiance à personne». Car par son «choix d’incarnation», Jésus a «découvert que notre cœur est beau, parce qu’en lui résident l’esprit et la voix de Dieu, mais qu’il est extrêmement fragile, manipulable, inconstant, craintif». Pour ce faire «Jésus ne succombe pas à la tentation d’une complicité facile avec notre consentement immédiat».

“Ne pas donner immédiatement trop de confiance et d’intimité à ceux qui nous approchent, peut-être avec un certain enthousiasme, n’est pas un signe de froideur, mais de sagesse. C’est l’expression d’un profond respect de soi, de l’autre et de ce que, dans la liberté, on peut choisir de vouloir vivre ensemble. Les choses importantes prennent du temps, il faut les accueillir avec patience et les préparer avec engagement et dévouement”

Le père Roberto Pasolini a ensuite expliqué que «c’est souvent la motivation qui nous pousse à agir rapidement lorsque nous sommes touchés par un appel à l’aide». «Nous enfilons immédiatement et volontiers les chaussures du sauveur, non pas parce que nous nous soucions réellement du sort de ceux qui sont dans la détresse, mais parce que tendre la main nous donne l’impression d’être importants et nous rassure face aux menaces qui nous guettent dans la réalité». En revanche, «la réponse de Jésus est humble et posée, déclarant simplement l’existence de certaines limites, même dans sa volonté inconditionnelle d’être un instrument de compassion entre les mains de Dieu». «Jésus n’a pas peur de mettre un frein à sa propre volonté d’aimer et de servir son prochain, parce qu’il n’a pas peur d’être inutile ou hors de propos», a poursuivi le prédicateur.

L’espérance dans la paix

Le troisième et dernier enseignement du Christ est sa capacité à se démarquer du consensus des foules. L’épisode de la multiplication des pains et des poissons, raconté dans l’Évangile de Jean (6,14), en est un exemple. Le religieux cappucin a estimé que ce passage «n’est pas seulement une manifestation de Dieu, mais aussi une révélation de ce que notre humanité», puisque «c’est une bonne nouvelle qui accroît notre espérance et rompt avec l’habitude de nous considérer comme insignifiants, ayant toujours besoin d’un soutien extérieur». Le prédicateur a également souligné dans sa méditation, l’importance de la liberté intérieure. «Jésus n’a pas besoin de confirmation pour continuer son chemin et ne perd pas la direction de son choix de vie». Au contraire a-t-il ajouté, «sa question est le miroir d’une profonde liberté intérieure qui ne demande à personne d’autre qu’à elle-même le prix de son désir».

Ne pas s’enfermer dans une complaisance inutile

Cet aspect est également évident dans les modes verbaux récurrents dans les Évangiles, à l’intérieur desquels on observe un glissement progressif de l’impératif à l’hypothétique, de manière à placer au centre les exigences d’un choix, d’un amour libre et conscient. Le Seigneur, en effet – a dit le père Pasolini «ne prétend pas avoir toujours des enfants prêts et disposés à faire sa volonté; au contraire, il s’inquiète si ces enfants ne sont pas libres d’exprimer leurs sentiments, finissant par s’enfermer dans la clôture d’une complaisance inutile, esclaves d’eux-mêmes et des attentes d’autrui». En revanche, a-t-il souligné, «avoir le courage d’exprimer sincèrement ses désirs ouvre à une vie plus grande et rapproche du Royaume de Dieu». Car «la vérité et l’amour n’ont pas besoin de s’imposer, mais savent attendre que les choses mûrissent, dans l’adhésion et la liberté». Et c’est «ainsi que le Christ sauve le monde», a conclu le prédicateur de la Maison pontificale.

Source : VATICANNEWS, le 28 mars 2025

Pour une vraie fécondité de la vie chrétienne, passons par Marie

Illustration
© Shutterstock/Deemerwha studio

Pour une vraie fécondité de la vie chrétienne, passons par Marie

Il est remarquable que l’évangile soit comme encadré par deux invitations à prendre Marie chez soi : celle à saint Joseph au seuil de l’incarnation – « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse ! » – et celle au disciple bien-aimé – « Voici ta mère », au moment où Jésus s’apprête à rendre l’esprit.

La piété mariale trouve son origine en cette invitation adressée à saint Joseph et saint Jean, et nous est donnée en héritage. Notre Règle de Vie traduit cette invitation par ces mots : « Jésus nous appelle à lui jusqu’à nous faire partager son amour filial pour sa Mère et nous charger de révéler le don qu’il fait d’elle aux hommes. » Pour atteindre la plénitude de la stature du Christ, pour croître dans l’ordre de la grâce, il faut vivre dans l’intimité de la Mère de Dieu. C’est l’expérience de l’abbé Desgenette et du père Lamy : ils désespèrent de l’inutilité de leurs efforts… Ils invoquent Marie… Une fécondité inespérée leur est donnée.

Cette expérience est une bonne nouvelle pour chacun d’entre nous ! Car nous pouvons être visité par l’épreuve comme ces deux curés ; épreuves de la séparation d’avec un être cher, de la sensation d’être oublié, de l’inutilité de nos efforts, du vieillissement, de la difficulté de transmettre ce que nous avons reçu, de l’incompréhension face à nos propres réactions…

Dans ces situations, nous recherchons du sens. En emboîtant le pas du père Lamy, attention, cependant de ne pas confondre fécondité et succès ou solution magique. Il s’agit d’une fécondité dans l’ordre de la grâce.

Liminaire Bulletin des Serviteurs

www.serviteurs.org

Lectures de la messe du jour

Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

Source : une minute avec Marie

28.03.2025 – SAINT DU JOUR

Saint Gontran
(545-592)

Petit-fils de Clovis et de sainte Clotilde. Il est, à 16 ans, roi d’Orléans, de Bourgogne, du Berry. Il connut cette époque féroce et cruelle où la reine Frédégonde fit assassiner sa sœur, son beau-frère, son mari et l’évêque Prétextat. 

Clotaire II fit périr Brunehaut, reine d’Austrasie, en l’attachant à un cheval au galop. Gontran lui-même fit bien quelques écarts dans la fidélité conjugale, répudia sa femme, crime qu’il ajoutait à bien d’autres.

Et puis, il se convertit, pleura ses péchés pendant le reste de sa vie, racheta ses fautes par ses grandes libéralités envers les pauvres, qui le surnommèrent « le bon roi Gontran ». Il essaya toujours de réconcilier ses frères et fit fonder de nombreux monastères.

Vers la fin de sa vie, il entra au monastère Saint-Marcel de Chalon sur Saône. Peu après sa mort, il fut proclamé saint par son peuple.

Saint Gontran priez pour nous !

28.03.2025 – ÉVANGILE DU JOUR

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 12,28b-34. 

En ce temps-là, un scribe s’avança pour demander à Jésus : « Quel est le premier de tous les commandements  ? »
Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : ‘Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force.’


Et voici le second : ‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même.’ Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »


Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui.
L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »
Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger.

Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :

Saint Augustin (354-430)

évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

De Trinitate, VIII,12 ; PL 42, 958B-959A (in Lectures chrétiennes pour notre temps, fiche W1; trad. Orval; © 1971 Abbaye d’Orval)

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même »

Remarquons à quel point l’apôtre Jean nous recommande l’amour fraternel : « Celui qui aime son frère, dit-il, demeure dans la lumière, et il n’y a en lui aucune occasion de chute » (1 Jn 2,10). Il est clair que l’apôtre met la perfection de la justice dans l’amour des frères : car celui en qui il n’y a pas d’occasion de chute est parfait. Et cependant il semble passer sous silence l’amour de Dieu : ce qu’il ne ferait jamais, si dans la charité fraternelle elle-même il n’entendait Dieu. (…) Celui qui n’est pas en Dieu n’est pas dans la lumière, car « Dieu est lumière et il n’y a point en lui de ténèbres » (1 Jn 1,5). Celui donc qui n’est pas dans la lumière, quoi d’étonnant qu’il ne voie pas dans la lumière, autrement dit, qu’il ne voie pas Dieu, puisqu’il est dans les ténèbres ? Il voit son frère d’une vue humaine, laquelle ne permet pas de voir Dieu. Mais si ce frère qu’il voit d’une vue humaine, il l’aimait d’une charité spirituelle, il verrait Dieu qui est la charité même, de cette vue intérieure qui permet de le voir. Ainsi donc, celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment pourrait-il aimer Dieu que précisément il ne voit pas parce que Dieu est amour, et que cet amour fait défaut à celui qui n’aime pas son frère ? Et qu’il ne soit plus question de savoir combien de charité nous devons à notre frère, combien à Dieu : incomparablement plus à Dieu qu’à nous, autant à nos frères qu’à nous-mêmes ; or nous nous aimons d’autant plus nous-mêmes que nous aimons Dieu davantage. C’est donc d’une seule et même charité que nous aimons Dieu et le prochain ; mais nous aimons Dieu pour lui-même, nous et le prochain pour Dieu.

LECTURES :

Livre d’Osée 14,2-10. 

Ainsi parle le Seigneur : Reviens, Israël, au Seigneur ton Dieu ; car tu t’es effondré par suite de tes fautes.
Revenez au Seigneur en lui présentant ces paroles : « Enlève toutes les fautes, et accepte ce qui est bon. Au lieu de taureaux, nous t’offrons en sacrifice les paroles de nos lèvres.
Puisque les Assyriens ne peuvent pas nous sauver, nous ne monterons plus sur des chevaux, et nous ne dirons plus à l’ouvrage de nos mains : “Tu es notre Dieu”, car de toi seul l’orphelin reçoit de la tendresse. »
Voici la réponse du Seigneur : Je les guérirai de leur infidélité, je les aimerai d’un amour gratuit, car ma colère s’est détournée d’Israël.
Je serai pour Israël comme la rosée, il fleurira comme le lis, il étendra ses racines comme les arbres du Liban.
Ses jeunes pousses vont grandir, sa parure sera comme celle de l’olivier, son parfum, comme celui de la forêt du Liban.
Ils reviendront s’asseoir à son ombre, ils feront revivre le froment, ils fleuriront comme la vigne, ils seront renommés comme le vin du Liban.
Éphraïm ! Peux-tu me confondre avec les idoles ? C’est moi qui te réponds et qui te regarde. Je suis comme le cyprès toujours vert, c’est moi qui te donne ton fruit.
Qui donc est assez sage pour comprendre ces choses, assez pénétrant pour les saisir ? Oui, les chemins du Seigneur sont droits : les justes y avancent, mais les pécheurs y trébuchent.

Psaume 81(80),6c-8a.8bc-9.10-11ab.14.17. 

R/ C’est moi, le Seigneur ton Dieu, écoute ma voix. (Ps 80, 11.9a)

J’entends des mots qui m’étaient inconnus :
« J’ai ôté le poids qui chargeait ses épaules ; 
ses mains ont déposé le fardeau.
Quand tu criais sous l’oppression, je t’ai sauvé.

« Je répondais, caché dans l’orage,
je t’éprouvais près des eaux de Mériba.
Écoute, je t’adjure, ô mon peuple ; 
vas-tu m’écouter, Israël ?

« Tu n’auras pas chez toi d’autres dieux, 
tu ne serviras aucun dieu étranger.
C’est moi, le Seigneur ton Dieu,
qui t’ai fait monter de la terre d’Égypte ! »

« Ah ! Si mon peuple m’écoutait, 
Israël, s’il allait sur mes chemins !
Je le nourrirais de la fleur du froment, 
je te rassasierais avec le miel du rocher ! »

30.03.2025 – HOMÉLIE DU 4ÈME DIMANCHE DE CARÊME – LUC 15,1-3.11-32

Quand la joie de Dieu transcende nos hontes

Évangile selon saint Luc 15, 1-3.11-32

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

La parabole du Fils prodigue est un des plus grands textes de la spiritualité chrétienne, une des plus belles pages de la littérature antique. C’est personnellement un texte qui me parle beaucoup – ma vocation religieuse est un retour de fils prodigue.

C’est aussi aujourd’hui le dimanche de Lætare, un moment charnière de notre carême, nous sommes à mi-parcours, la perspective de Pâques est désormais plus proche, que notre entrée au désert. Lætare signifie « Réjouissez-vous » et c’est l’occasion pour nous de méditer ce moment spirituel où l’on perçoit enfin le bout du tunnel, quand la fin de nos souffrances et ténèbres est en vue. Ce moment charnière est magnifiquement illustré dans la parabole du Fils prodigue, quand ce dernier décide de se lever et retourne vers son père.

Vous connaissez certainement la théologie derrière ce texte : le père de la parabole, c’est Dieu bien sûr et le fils prodigue c’est bien souvent nous, quand nous nous éloignons de Dieu pour nous enfoncer dans une vie de désordres : désordre affectif, désordre moral, désordre spirituel. La parabole, qui force le trait pour percuter les consciences, dira que le fils est allé jusqu’à envier la « nourriture des porcs ». Dans la culture juive, c’est une image très parlante, qui souligne son abaissement jusqu’au dégoût.

C’est donc l’histoire d’un fils qui prend distance avec Dieu. La joie, l’abondance, une vie paisible lui étaient promises mais il préfère se prendre seul en charge, assumer seul sa vie spirituelle et affective. Il capitalise sur les dons de Dieu – « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient » – et résout de vivre loin de lui. Le Père, lui, ne fait aucun reproche. Sans rien dire, il donne et voit son fils le quitter. Il y a derrière cette attitude de Dieu, toute la liberté qu’il nous laisse, lui fût-elle particulièrement coûteuse.

Au début tout va bien. Le fils mène grand train, une vie de fêtes jusqu’à la débauche, jusqu’à dilapider l’héritage de son Père – l’amour, l’abondance spirituelle, la joie – avec des prostituées. J’ai longtemps mené ce genre de vie où l’on jette tout ce qu’on a dans les plaisirs du monde, où l’on s’enfonce à corps perdu dans une ivresse effrénée, où l’on se jette corps et âme dans un tourbillon de satisfactions aussi immédiates que futiles. Je l’ai fait jusqu’à l’épuisement – l’épuisement de soi, l’épuisement spirituel, l’épuisement de vivre. Et ce fut alors, comme dit le texte, la famine ou, si vous préférez, la dépression. Je connais ces états de total épuisement affectif, de sentiment de vie en lambeaux, où l’on envisage volontiers de partager « la nourriture des porcs », puisque c’est ça ou mourir de désespoir.

Nous sommes tous pécheurs, prêtres et laïcs, hommes et femmes, jeunes et vieux. Mais indépendamment de cela, nous sommes tous infiniment aimés de Dieu. Voilà la charnière théologique du texte. Aussi bas que l’on soit tombé, aussi loin de Dieu que l’on soit allé, il est toujours possible de revenir à lui et de retrouver son amour intact.

« Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. ». La honte est un sentiment puissant, et positif – une arme de la vie spirituelle et un don de Dieu. C’est la personne juste en nous qui a honte de son péché. Avoir honte du mal que l’on a pu faire, c’est déjà s’être laissé rejoindre par l’Esprit Saint. Réjouissons-nous d’avoir honte, c’est le signe de notre conversion, que l’amour divin en nous a déjà repris le dessus.

L’étymologie du mon conversion, c’est « faire demi-tour », en l’occurrence, se lever et décider de revenir à Dieu. Alors, le texte nous dit que, de loin, le Père l’aperçoit et est immédiatement pris de compassion ; qu’il court se jeter au cou de son fils et l’embrasse. Avant qu’il ne confesse sa faute, avant qu’il ne fasse état de sa honte, le Père est déjà dans un état de joie exubérante : voilà mon fils perdu qui revient ! La conversion précède la honte et le repentir, voilà ce que Dieu voit d’abord et qui le fait exulter. Cette joie exubérante de Dieu – apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, allez chercher le veau gras, mangeons et festoyons – devrait radicalement changer notre regard sur le sacrement de la réconciliation. Souvent, j’explique aux jeunes que j’accompagne et qui ont quelque timidité à se confesser que le plus beau moment de la confession, ce n’est pas quand on verbalise ses fautes pour s’en libérer, ce n’est pas non plus le moment de l’absolution, c’est le moment où, comme le dit le texte, le fils « rentre en lui-même » et décide de se lever. Voilà pour Dieu le plus beau moment : quand nous avons le courage de faire face à notre misère et de nous lever pour revenir à lui. C’est ici qu’on perçoit, aux yeux de Dieu, toute la beauté de ce moment charnière, celle de toutes nos conversions.

Le dimanche de Lætare reflète cet moment exact de la vie spirituelle où, visiblement perdus, penauds et même honteux, nous revenons à Dieu. Le rouge de la souffrance et de la honte se mêle aujourd’hui au blanc éclatant de l’espérance divine et de la Résurrection pour donner le rose liturgique de notre célébration. Laetare signifie la joie, celle exubérante de l’amour de Dieu dès qu’il nous voit revenir à lui. Il est important de s’imprégner de cette joie divine. C’est elle qui dissout notre honte.

Aujourd’hui est un jour pour teinter notre carême de joie, la joie de Dieu qui exulte de chacune des conversions de notre cœur quand il erre au désert. Quels sont encore en moi les états d’esprit, les comportements qui nécessitent un retour à Dieu, la conversion de mon cœur et le courage de me lever pour revenir à lui ?

« Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi » … pourtant tu m’aimes. Rends-moi ta joie de vivre ! Embrasse-moi !

Fr. Laurent Mathelot OP

Source: RÉSURGENCE.BE, le 26 mars 2025