27.04.2025 – ÉVANGILE DU JOUR

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 20,19-31. 

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »


Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »


Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »


Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »


Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :

Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

évêque de Jérusalem et docteur de l’Église

Catéchèse baptismale n°17,12 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; éd. Migne 1993 ; p. 282)

« Jésus souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 22)

Jésus a gratifié ses apôtres de la compagnie du Saint-Esprit. Il est en effet écrit : « À ces mots, il souffla sur eux et il leur dit : “Recevez l’Esprit Saint… Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus” » (Jn 20, 22-23). Cette seconde insufflation — puisque les fautes volontaires avaient effacé la première — se produisit pour que fût accompli ce texte de l’Écriture : « Il est monté en soufflant sur ta face en te libérant de ta tribulation » (Na 2,1 LXX). Mais « il est monté », d’où ? Des enfers : car, ainsi l’a raconté l’Évangile, c’est après sa résurrection qu’il a soufflé. Mais s’il donne alors la grâce, il la prodiguera encore davantage. Voici qu’il leur dit : je suis prêt à vous donner dès maintenant, mais votre vase n’est pas encore vide. Donc, en attendant, recevez la quantité de grâce que vous pouvez contenir, mais attendez-en encore davantage. « Quant à vous, demeurez dans la ville de Jérusalem jusqu’à ce que vous ayez revêtu la force d’en haut » (Lc 24,49). Prenez maintenant une partie ; alors, vous emporterez le tout. Car celui qui reçoit ne possède souvent que partiellement le don ; mais celui qui est « revêtu » est enveloppé de toutes parts par la robe. « Ne craignez pas, dit-il, les armes et les traits du diable : vous emporterez en effet la puissance de l’Esprit Saint. » (cf. Ep 6,16-18)

LECTURES :

Livre des Actes des Apôtres 5,12-16. 

À Jérusalem, par les mains des Apôtres, beaucoup de signes et de prodiges s’accomplissaient dans le peuple. Tous les croyants, d’un même cœur, se tenaient sous le portique de Salomon.
Personne d’autre n’osait se joindre à eux ; cependant tout le peuple faisait leur éloge ;
de plus en plus, des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur.
On allait jusqu’à sortir les malades sur les places, en les mettant sur des civières et des brancards : ainsi, au passage de Pierre, son ombre couvrirait l’un ou l’autre.
La foule accourait aussi des villes voisines de Jérusalem, en amenant des gens malades ou tourmentés par des esprits impurs. Et tous étaient guéris.

Psaume 118(117),2-4.22-24.25-27a. 

Oui, que le dise Israël : 
Éternel est son amour !
Que le dise la maison d’Aaron :
Éternel est son amour !
Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur : 
Éternel est son amour !

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs 
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.
Voici le jour que fit le Seigneur, 
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !

Donne, Seigneur, donne le salut ! 
Donne, Seigneur, donne la victoire !
Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! 
De la maison du Seigneur, nous vous bénissons !
Dieu, le Seigneur, nous illumine.

Livre de l’Apocalypse 1,9-11a.12-13.17-19. 

Moi, Jean, votre frère, partageant avec vous la détresse, la royauté et la persévérance en Jésus, je me trouvai dans l’île de Patmos à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus.
Je fus saisi en esprit, le jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi une voix forte, pareille au son d’une trompette.
Elle disait : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept Églises : à Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. »
Je me retournai pour regarder quelle était cette voix qui me parlait. M’étant retourné, j’ai vu sept chandeliers d’or,
et au milieu des chandeliers un être qui semblait un Fils d’homme, revêtu d’une longue tunique, une ceinture d’or à hauteur de poitrine ;
Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort, mais il posa sur moi sa main droite, en disant : « Ne crains pas. Moi, je suis le Premier et le Dernier,
le Vivant : j’étais mort, et me voilà vivant pour les siècles des siècles ; je détiens les clés de la mort et du séjour des morts.
Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, ce qui va ensuite advenir. »

CARLO ACUTIS, FAIRE-VALOIR DE JÉSUS HOSTIE

Illustration
© CC BY-SA 4.0/Andy Scott

Carlo Acutis, faire-valoir de Jésus Hostie

La vie de Carlo Acutis, jeune italien de notre siècle, est un puissant « faire-valoir » de Jésus Hostie. À force d’exercer les vertus, Carlo est devenu lui-même un véritable ostensoir du Christ. Ses parents, Andrea et Antonia Salzano-Acutis sont catholiques de tradition, mais pas pratiquants. Cependant, dès son jeune âge, Carlo découvre Jésus et développe une vie intérieure exceptionnelle. Il est pressé de rencontrer le Seigneur face à face, sans passer par le purgatoire, en allant tout droit au Ciel. Pour cela, il cherche sans cesse à utiliser efficacement son temps pour faire le bien autour de lui. Cette âme de feu est rappelée à Dieu subitement, à quinze ans seulement, à cause d’une leucémie incurable. Mais, si sa mission terrestre est accomplie, sa mission céleste ne fait que commencer : ce sont des myriades de fiorettiet de grâces qu’il obtient de Dieu pour tous ici-bas et que la nouvelle génération connectée peut explorer sans difficulté.

Les raisons d’y croire

  • Carlo est choyé ; il ne manque de rien, car la famille Acutis est aisée. Pourtant, il n’est jamais tenté par le matérialisme. Il résiste aux excès et aux distractions vaines ; tout prend une juste place dans sa vie, parce qu’il comprend très vite que la source de toute chose est Jésus vivant dans l’eucharistie. Les sacrements sont pour lui des « moyens exceptionnels » pour s’approcher de Dieu. Depuis le jour de sa première communion, il ne manque aucune messe quotidienne et se confesse une fois par semaine.
  • La foi en l’Eucharistie est en effet centrale chez Carlo : il passe de longs moments en adoration devant le saint sacrement. Sa maman, qui s’interroge sur ce qu’il peut bien dire au bon Dieu dans ce long silence, reçoit cette réponse : « Maman, je ne lui dis rien de spécial. Je suis juste là, avec lui. Et lui, il est là, avec moi. » Ainsi, le comportement de ce jeune adolescent témoigne de la relation véritable qui peut s’établir dans la prière avec la personne vivante du Christ.
  • Carlo est parfois moqué, traité de bigot… Il est un signe de contradiction pour son temps, mais rien ne semble pouvoir le faire douter ou faillir. Sa foi est inébranlable.
  • Depuis tout jeune, régulièrement, Carlo se prive ou partage les choses dont il peut se passer. Un jour, il demande à ses parents ce qu’ils auraient dépensé pour lui acheter une deuxième paire de baskets, afin de donner cet argent à quelqu’un qui en avait besoin. Une autre fois, il dit à ses parents qu’il n’ira pas au ski pour aller enseigner le catéchisme dans sa paroisse. Ces actes démontrent que servir Dieu est une priorité dans sa vie.
  • Carlo ne se contente pas de donner matériellement, il rentre en relation avec la personne et lui manifeste toujours une attention sincère. Les liens d’amitié qu’il tisse ainsi sont visibles à ses funérailles, durant lesquelles des gens complètement inconnus de sa famille ont témoigné.
  • Le comportement de Carlo interpelle si fortement que maintes personnes de son entourage se convertissent à leur tour. Ses parents, bouleversés, se laissent transformer par la grâce et deviennent des soutiens spirituels. C’est aussi le cas de Rajesh Mohur, la personne qui s’est occupée de Carlo lorsque ses parents n’en avaient pas la possibilité. De religion hindouiste, il se convertit à son contact, après des années de recherche spirituelle : « Son comportement me marquait quand il était à l’église, il était tellement respectueux. Il savait que Jésus vivait là… Cela a touché mon cœur. »
  • Il est intéressant de relever la grande conscience que Carlo a de l’existence du paradis et de l’enfer. Il prend complètement en compte ces réalités : « Si vraiment les âmes courent le risque de se damner, comme en effet tant de saints en ont témoigné et comme l’ont confirmé les apparitions de Fatima, je me demande pourquoi, aujourd’hui, on ne parle presque jamais de l’enfer, parce que c’est une chose tellement terrible et épouvantable que je suis effrayé, rien que d’y penser… l’unique chose que nous devions vraiment craindre est le péché. »
  • Grâce à des exemples comme saint Padre Pio, sainte Zita ou sainte Gemma (et bien d’autres), dont il visite les lieux dédiés, Carlo renforce aussi sa certitude de pouvoir compter sur son ange gardien, et il ne manque pas de le prier. Beaucoup de petits signes de sa présence lui sont donnés au quotidien, observés également par son entourage.
  • Passionné d’informatique et interpellé par la découverte du miracle eucharistique de Lanciano, Carlo met son temps, son énergie et ses talents au service de l’évangélisation afin de créer une exposition virtuelle recensant, à travers le monde et les époques, les cent trente-six principaux miracles eucharistiques attestés qui révèlent la Présence réelle de Jésus caché dans l’hostie consacrée. Cette exposition touche aujourd’hui des milliers de personnes à travers le monde.
  • Quand il tombe malade, la leucémie est foudroyante et douloureuse. Carlo doit supporter des examens et des traitements difficiles, mais sa joie et son optimisme restent inchangés et même contagieux. Il continue de consoler et de rassurer sereinement son entourage, et il prie dès qu’il le peut. Le personnel soignant en témoignera.
  • Il prédit sa mort au moins à deux reprises. Lorsque l’ambulance l’emmène pour un transfert dans un nouvel hôpital, il sait déjà et prévient sa mère : « Ne t’attends pas à ce que je revienne vivant. »
  • Carlo, enfant unique, prédit également que sa mère donnera naissance à des jumeaux après sa mort, ce qui arrivera effectivement. Francesca et Michele sont nés quelques années après le décès de Carlo.
  • Après sa mort, de nombreux témoignages de grâces et de miracles sont attribués à son intercession. Une guérison inexplicable est étudiée en détail et reconnue comme un miracle pour son procès de béatification : un enfant brésilien atteint d’une grave malformation au pancréas est guéri après avoir touché une relique de Carlo et prié pour son intercession.
  • Le 8 juillet 2022, alors qu’une maman prie devant la dépouille du bienheureux pour sa fille, Valeria, qui a subi un grave accident de vélo six jours plus tôt et qui est depuis entre la vie et la mort, l’hôpital l’informe que Valeria recommence à respirer spontanément. Bien que les chances de survie après son grave traumatisme crânien étaient quasi nulles, elle se rétablit. Cette guérison, dûment enquêtée, conduit à la canonisation de Carlo Acutis.
  • Lors de l’exhumation de sa dépouille, en 2018 (douze ans après sa mort), en vue du procès de canonisation, le corps de Carlo est retrouvé « intègre », c’est-à-dire que ses organes ne se sont pas putréfiés, comme c’est le cas normalement.

Auteur : Elisabeth de Sansal, pigiste, a étudié la bioéthique à Rome pendant quatre ans.

Source : 1000 raisons de croire

26.04.2025 – Messe de funérailles du pape François

La puissante douceur des funérailles du pasteur des pasteurs 

Pour son dernier voyage vers le ciel et l’éternité, le Pape des périphéries a ramené le monde dans l’épicentre du catholicisme romain. La place Saint-Pierre, si proche du lieu du martyre du prince des apôtres, s’est fait le miroir d’un dense pontificat, interpellant les puissants et consolant les faibles. Offrant une célébration dépouillée et grandiose devant des responsables religieux des trois monothéismes, des principales confessions chrétiennes et pléthore de dirigeants politiques. 

Delphine Allaire – Cité du Vatican

La charge historique, spirituelle et symbolique cristallisée de l’événement, le premier enterrement d’un Pape régnant depuis 20 ans, a contrasté avec la simplicité du rite liturgique. Le vertige temporel a été adouci par la sérénité spirituelle émanant de cette messe de requiem, en latin, sous un ciel radieux au milieu de l’Année sainte, la veille du dimanche de la Divine miséricorde. Présidée par le primus inter pares des cardinaux, concélébrée par 220 d’entre eux, 750 évêques et 4 000 prêtres devant 250 000 fidèles, la lettre de cette messe d’obsèques, réglée et codifiée bien que simplifiée, fut somptueuse, l’esprit, simple et léger.

Entre ciel et terre

Cette liturgie entre ciel et terre où l’Esprit Saint a soufflé sur les âmes, enveloppant nettement celle du Pape défunt qui l’invoquait publiquement si souvent, s’est déployée dans une atmosphère printanière.

Premier acte, le cercueil de bois de cyprès et de zinc porté par 14 sediaripontificaux entouré des 220 cardinaux concélébrant en habit liturgique rouge avance lentement à l’intérieur de la basilique Saint-Pierre. Sous les applaudissements résonnant jusqu’au château Saint-Ange, les notes du requiem éternel s’envolent dans le ciel. Le cercueil du Pape défunt est déposé au sol sur le parvis fleuri, devant l’autel, près du cierge pascal or et bleu roi. Ce même endroit où il était assis chaque mercredi lorsque le temps était clément pour les audiences générales. Le cercueil est recouvert de l’évangéliaire. S’élance la procession des cardinaux et patriarches, qui ont entre leurs mains la responsabilité de la continuité du gouvernement de l’Église pendant la vacance du Siège apostolique. Ces hommes de 45 à 91 ans, âge du doyen présidant la célébration, en pourpre teinté d’or, confèrent à la place toute sa solennité ecclésiale.

Les cardinaux et patriarche à la messe d'obsèques du Pape François, le 26 avril 2025.
Les cardinaux et patriarche à la messe d’obsèques du Pape François, le 26 avril 2025.   (ANSA)

Le berger et le pasteur 

Le chœur pontifical de la chapelle Sixtine a accompagné les fidèles émus pendant les deux heures de l’office funèbre. La première lecture lue en anglais a été tirée des Actes des apôtres comme l’y oblige le temps pascal. Avant que ne soit entonné le psaume 22 d’une indéniable sérénité. «Le Seigneur est mon berger: je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre».La deuxième lecture en espagnol est issue d’un bref extrait de la lettre de saint Paul aux Philippiens sur «la citoyenneté des cieux». Une page de l’Évangile de Jean a ensuite été proclamée en latin, filant toujours la métaphore pastorale: lorsque Jésus dit à Simon-Pierre: «Sois le berger de mes agneaux», «Sois le pasteur de mes brebis», «Suis-moi». Sous une légère brise, le cardinal Giovanni Battista Re a prononcé une homélie d’hommage, évoquant l’image si récente du Pape il y a sept jours, lorsque dimanche de Pâques, François était apparu au balcon, et en était descendu pour saluer la foule.

Un style et un programme

Jusqu’au dernier jour de sa vie terrestre, François avait emprunté la voie du don. Sur la majestueuse place Saint-Pierre, le cardinal Re a ainsi commencé son homélie de vingt minutes citant les écrits de saint Luc. «Il l’a fait avec force et sérénité, proche de son troupeau, l’Église de Dieu, en se souvenant de la phrase de Jésus citée par l’apôtre Paul: ‘’Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir’’» (Ac 20, 35). Pour honorer «l’intense pontificat» du Pape argentin, le doyen du Sacré Collège est reparti de la décision du nom de François, «choix d’un programme et d’un style»fondateurs, inspiré du Poverellod’Assise. Depuis le 13 mars 2013, date de son élection par le conclave, le Pape François a immédiatement «imprimé sa forte personnalité dans la gouvernance de l’Église, en établissant un contact direct avec les individus et les populations, désireux d’être proche de tous», a rappelé le cardinal doyen, visiblement en forme à 91 ans.

Un cœur ouvert à tous et à la nouveauté

L’attention particulière pour les personnes en difficulté, les exclus, fait qu’il a été «un Pape parmi les gens, avec un cœur ouvert à tous», a-t-il poursuivi. Ce «tous» qui résonna tant de fois dans son pontificat. François était aussi «un Pape attentif à ce qui émergeait de nouveau dans la société et à ce que l’Esprit Saint suscitait dans l’Église», ces fameuses surprises de l’Esprit auxquelles la période incombe plus que jamais de s’en remettre. Poursuivant sur le style du Pape, qui s’évertua à contribuer à façonner une Église de proximité, compassion et de tendresse, le doyen des cardinaux a mentionné son langage riche d’images et de métaphores pour «vivre en chrétiens» les défis et les contradictions de l’époque. Ainsi de «l’Église hôpital de campagne» après une bataille qui a fait de nombreux blessés ou «de maison aux portes toujours ouvertes».

Il a conduit la barque de l’Église dans l’océan de la mondialisation

Doté «d’une grande spontanéité et une manière informelle de s’adresser à chacun, même aux personnes éloignées de l’Église», le Pape François a «véritablement» partagé «les angoisses, les souffrances et les espoirs de notre époque», se dépensant sans compter pour toucher le cœur des gens. «Un charisme de l’accueil et de l’écoute» pour donner place au guide de son pontificat: «le primat de l’évangélisation», diffusant «une empreinte missionnaire évidente», la joie de l’Évangile. Le cardinal Re de citer les voyages symboliques de Lampedusa, Lesbos, ainsi que la célébration d’une messe à la frontière avec le Mexique et les Etats-Unis, signes de ses innombrables gestes envers les personnes déplacées, sous des applaudissements appuyés de l’assemblée.

Celui effectué en Irak en 2021 au péril de sa vie, «baume sur les plaies ouvertes du peuple irakien» et important pour le dialogue interreligieux, ou encore le plus long, dans quatre pays d’Asie-Océanie en septembre, où François atteignait «la périphérie la plus périphérique du monde».

Un service de foi et un service de l’homme

Le cardinal Giovanni Battista Re identifie deux mots-clés du Pape François: miséricorde et joie de l’Évangile. La miséricorde, dont il a fait une année jubilaire extraordinaire en 2016 est en cela, selon lui, «le cœur de l’Évangile».D’elle découle tout son magistère social. La fraternité en opposition «à la culture du déchet»; les devoirs et la coresponsabilité envers notre maison commune; les appels à la paix et «d’honnêtes négociations» face à la fureur des guerres, qu’il considérait toujours comme «une défaite douloureuse et tragique». Applaudissements marqués et appuyés résonnant dans toute la place et toute l’avenue ainsi qu’aux oreilles «des puissants» concentrés à la gauche de l’autel.

«François, n’oublie pas de prier pour nous»

En ultime hommage, le doyen du Collège a repris l’habituelle invitation de François en fin de discours, «N’oubliez pas de prier pour moi», formulant une requête au Pontife défunt: «Cher Pape François, nous te demandons maintenant de prier pour nous et que, du ciel, tu bénisses l’Église, bénisses Rome, bénisses le monde entier, comme tu l’as fait dimanche dernier depuis le balcon de cette basilique, dans une dernière étreinte avec tout le peuple de Dieu, mais aussi, idéalement, avec l’humanité qui cherche la vérité avec un cœur sincère et qui tient haut le flambeau de l’espérance.»

Vue aérienne sur la place Saint-Pierre, le 26 avril 2025.
Vue aérienne sur la place Saint-Pierre, le 26 avril 2025.   (VATICAN MEDIA Divisione Foto)

Universalité de la prière

Dans l’écho de la place, ces paroles suivies d’un long et digne silence ont sonné comme une deuxième bénédiction à la Ville et au monde ce samedi dans l’octave de Pâques. Le recueillement intérieur du patriarche Bartholomée parait saisissant au premier rang à droite de l’autel, ce frère grec-orthodoxe avec lequel François rêvait de commémorer Nicée le mois prochain de cette Année sainte. La prière universelle a été proclamée en six intentions: pour le défunt Pape en français, pour l’Église en arabe, pour les nations en portugais, pour les âmes de tous les Papes défunts et tous les prêtres en polonais, pour tous les fidèles défunts en allemand, et pour toute l’assemblée en chinois. Là où sur cette même place François avait introduit en décembre dernier la langue chinoise en lecture des audiences générales. Un puissant chant grégorien en latin s’est élevé du chœur à l’offertoire: «Illuminez mes yeux, que jamais je ne m’endorme dans la mort».  

La paix entre chefs d’États

Sous très certainement le sourire complice de François, le don de la paix du Christ a offert des scènes éloquentes dans le parterre des chefs d’Etats assis en ordre alphabétique selon leur pays en langue française, avec une exception faite aux présidents américains et ukrainiens au premier rang. Certains espèrent l’intercession du Pape argentin afin qu’ils parvenir à s’entendre dans la Ville éternelle pour mettre fin au conflit aux portes de l’Europe. C’est après le grand ballet de la communion, permis grâce aux diacres et prêtres notamment des Collèges romains présents, qu’a eu lieu le rite final de l’ultima commendatio et de la valedictio, ouvert et conclu par le cardinal Re devant le cercueil.

Les suppliques romaine et byzantine

Guidée par le cardinal vicaire Reina, la «supplique de l’Église de Rome», longue et céleste litanie des saints -avec plus d’une centaine d’invocations- a conféré à la place Saint-Pierre une dimension chorale et symphonique sous les nuages blancs épars subitement apparus sur fond bleu des cieux. Les couleurs mariales. Et c’est bien sûr avec l’invocation à la Salus populi Romanisi chère à François qu’elle a commencé. Signe d’unité évident envers l’Orient chrétien, en cette octave pascale où calendriers julien et grégorien sont alignés, la supplique des Églises orientales a succédé à la romaine. Selon la liturgie byzantine, en grec, avec des représentants des Églises catholiques orientales aux vêtements étincelants sous le soleil perçant, elle fut guidée par le patriarche d’Antioche des grecs-melkites Youssef Absi. Des accents antiques grandioses et graves.

Au paradis

Le silence retombé, le cercueil a été aspergé d’eau bénite et encensé par le doyen des cardinaux en rappel du baptême. La traditionnelle antienne grégorienne In Paradisum, au paradis, voyage de la terre vers le ciel conduits par les anges, a divinement couronné la célébration, suivie du Magnificat. Les cardinaux repartis en procession à l’intérieur de Saint-Pierre, précédant le cercueil gravé à la devise du Souverain pontife défunt Miserando atque eligendo, «Choisi parce que pardonné». Sous de longs applaudissements, il a été incliné à la foule du peuple de Dieu de longues minutes, porté par des sediari de la chaire pontificale émus aux larmes. De retour à l’intérieur de la basilique vaticane, le 265e successeur de Pierre est passé une dernière fois auprès de la dépouille du premier apôtre avant de rejoindre son ultime demeure romaine, auprès de la Vierge.

Texte intégral de l’homélie.

Source : VATICANNEWS, le 26 avril 2025

L’Eucharistie nous conduit au Magnificat

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L’Eucharistie nous conduit au Magnificat

Dans l’Eucharistie, l’Église s’unit pleinement au Christ et à son sacrifice, faisant sien l’esprit de Marie. C’est une vérité que l’on peut approfondir en relisant le Magnificat dans une perspective eucharistique.

En effet, comme le cantique de Marie, l’Eucharistie est avant tout une louange et une action de grâce. Quand Marie s’exclame : « Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur », Jésus est présent en son sein. Elle loue le Père « pour » Jésus, mais elle le loue aussi « en » Jésus et « avec » Jésus. Telle est précisément la véritable « attitude eucharistique ».

En même temps, Marie fait mémoire des merveilles opérées par Dieu dans l’histoire du salut, selon la promesse faite à nos pères (cf. Lc 1, 55), et elle annonce la merveille qui les dépasse toutes, l’Incarnation rédemptrice.

Enfin, dans le Magnificat, est présente la tension eschatologique de l’Eucharistie. Chaque fois que le Fils de Dieu se présente à nous dans la « pauvreté » des signes sacramentels, pain et vin, est semé dans le monde le germe de l’histoire nouvelle dans laquelle les puissants sont « renversés de leurs trônes » et les humbles sont « élevés » (cf. Lc 1, 52).

Marie chante les « cieux nouveaux » et la « terre nouvelle » qui, dans l’Eucharistie, trouvent leur anticipation et en un sens leur « dessein » programmé. Si le Magnificat exprime la spiritualité de Marie, rien ne nous aide à vivre le mystère eucharistique autant que cette spiritualité. L’Eucharistie nous est donnée pour que notre vie, comme celle de Marie, soit tout entière un Magnificat !

Extrait de : Jean Paul II, Lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia, 2003, § 58

Lectures de la messe du jour

Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

Source : une minute avec Marie

26.04.2025 – SAINT DU JOUR

Saint Rafael Arnaiz Barón

Cistercien-trappiste (+ 1938)

Raphaël, en religion frère María Rafael, naît le 9 avril 1911 à Burgos en Espagne, de Rafael Arnáiz y Sanchez de la Campa et Mercedes Barón Torres ; premier de quatre enfants d’une famille aisée, catholique pratiquante.

Tout commence vraiment lorsqu’en 1930, tout jeune bachelier, il obtient comme cadeau de fin d’études de passer ses vacances d’été chez son oncle et sa tante, Leopoldo et María, ducs de Maqueda, non loin d’Avila. C’est le commencement d’une amitié spirituelle intense entre Raphaël et ses oncles, dont témoigne une correspondance abondante et profonde. C’est à l’issue de ces vacances que, sur le conseil de l’oncle, Raphaël passe son premier séjour à la Trappe de San Isidoro de Dueñas, en septembre 1930 : il est séduit par le silence, enthousiasmé par la beauté du lieu, ravi par les sonorités du Salve Regina entendu à Complies. 

Raphaël, très doué pour le dessin, commence des études prometteuses d’architecture à Madrid. Mais il prend enfin la grande décision et entre au monastère le 15 janvier 1934, convaincu d’avoir trouvé sa vocation. Mais un diabète se déclare d’une façon foudroyante quatre mois après son entrée. Il oblige le novice presque moribond à quitter, triste et perplexe, son cher monastère. 

Ce n’est qu’en janvier 1936, après une longue convalescence, qu’il peut entrer de nouveau à San Isidoro, cette fois en qualité de simple oblat, car sa maladie ne lui permet pas de suivre les exigences de la Règle. Pendant une deuxième sortie (septembre-décembre 1936) il est déclaré inapte à porter les armes dans le conflit qui ravage son pays. Après une troisième sortie (février-décembre 1937), il vit son dernier séjour à la Trappe, du 15 décembre 1937 au 26 avril 1938, comme son dernier carême et une préparation au dernier dépouillement, celui de sa vie sur la terre. 

Le mystère de cette vie, jusqu’au bout, aura été de se laisser conduire à travers les perplexités d’une vocation embrassée avec enthousiasme et sans cesse contrariée: par la maladie, par la guerre, par l’impossibilité de prononcer ses vœux monastiques, par le manque de relations communautaires normales. Son noviciat sur la terre, accompli dans la solitude et la maladie humiliante, s’achève lorsqu’à Pâques, enfin revêtu de la coule par une faveur spéciale de son abbé, il entre, par son passage à la vraie vie, dans la communauté céleste. 

Ce mystère de dépouillement si dramatique n’a pu être vécu que grâce à un amour débordant et à une joie qui possède, plutôt que de la naïveté, un certain humour, une certaine marque d’humilité. Le Dieu de Raphaël, son Christ, n’est pas l’objet d’étude mais le Compagnon d’une expérience vécue, transcendante, d’Amour absolu. Son seul désir était de vivre pour aimer : aimer Jésus, aimer Marie, aimer la Croix, aimer son cher monastère. L’exubérance de sa foi et l’enthousiasme de son amour se sont avérés invincibles.

Voilà la caractéristique foncière de sa spiritualité personnelle. Raphaël est « un trappiste fou et excité d’amour pour Dieu », qui sans cesse se retient de crier à tue-tête la miséricorde de Dieu à son égard. Et cette force le mène toujours davantage à l’essentiel, à ce qui comble son cœur en vérité: « Dieu seul! » Dans la solitude et le silence, la souffrance de la Croix devient le lieu propre où il renonce à lui-même, et sa propre souffrance, acceptée comme grâce de Dieu, permet le dépouillement ultime de l’humilité. Raphaël ne s’appartient plus, il n’y a que « Dieu seul! », le message fou de l’amour. 

Rafael Arnaiz Barón a été béatifié le 27 septembre 1992, par Saint Jean-Paul II (Karol Józef Wojtyła, 1978-2005), et canonisé, par le Pape Benoît XVI (Joseph Ratzinger, 2005-2013), le 11 octobre 2009.

Pour un approfondissement biographique :

>>> Raphaël Arnaiz Baron

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