17.04.2022 – Dimanche de Pâques – Homélie

Dimanche de Pâques

Textes bibliques : Lire

Par l’Abbé Jean Compazieu

Homélie:

Dimanche de Pâques


Au matin de Pâques Il faisait sombre dans le cœur de Marie Madeleine et dans le cœur des apôtres. Pendant trois ans, ils avaient suivi Jésus et avaient mis en lui toute leur foi, toute leur confiance et tout leur amour. Ils pensaient qu’avec lui, une ère nouvelle était née, une ère de liberté, de justice et de bonheur. Mais voilà que depuis deux jours tout est fini. Jésus est mort sur la
croix le vendredi soir et c’est la fin d’une belle aventure.
Il fait souvent bien sombre aussi dans notre cœur. Dans notre vie, il y a parfois des échecs, des épreuves, des souffrances. Pour certains c’est le chômage, pour d’autres l’accident, la longue maladie, le découragement. Quand tout va mal, on se dit que ça ne sert à rien de continuer et on a envie de tout abandonner.
Mais voilà qu’en ce jour de Pâques, quelque chose de nouveau est en train de se passer. Jésus n’est plus dans son tombeau. Le linceul est toujours là, soigneusement plié. Il n’y a pas de trace d’un désordre qui aurait pu être provoqué par des violeurs de sépulture. Alors Jean croit en ce signe avant même d’avoir vu. Puis ce sont les onze apôtres qui voient Jésus leur apparaître, puis les disciples d’Emmaüs, Marie-Madeleine et d’autres encore…Alors c’est la fête, c’est l’espérance qui renaît ; c’est la joie qui éclate. Non, la mort de Jésus n’est pas une fin mais un passage. La grande aventure va reprendre de plus belle et rien ne pourra l’arrêter. Tout le livre des Actes des Apôtres est là pour en témoigner.
Pour nous, aujourd’hui, c’est une bonne nouvelle. Cet événement de Pâques nous dit que nous ne devons jamais nous avouer vaincus. Les échecs, les contrariétés, les difficultés ne doivent pas nous bloquer. Ils sont pour nous l’occasion de repartir d’une autre manière. Oui, un nouveau départ est toujours possible. Les apôtres ont connu cela. Pierre qui avait renié Jésus par trois fois aurait pu se dire : « Maintenant, c’est fini, je ne suis plus bon à rien ; personne ne voudra me faire confiance… »

Or voilà que Jésus lui-même va venir à lui et il va lui redonner toute sa confiance. Il lui confiera la responsabilité de son Eglise. C’est ainsi que Pierre va devenir un homme nouveau (renouvelé). Pour s’en rendre compte, il suffit de lire son discours dans la première lecture. De même, les autres apôtres qui avaient abandonné Jésus au moment où il avait le plus besoin d’eux pensaient bien que tout était fini. Eux aussi, Jésus va les rejoindre, non pour leur faire des reproches mais pour leur donner sa paix. Eux aussi vont devenir des hommes nouveaux et ressuscités. Par la suite, ils partiront proclamer la Bonne nouvelle. Ils ne reculeront ni devant les persécutions, ni devant la mort pour remplir la mission que Jésus leur a confiée.
Croire en Jésus ressuscité, c’est croire en des rebondissements possibles, c’est croire en ce nouveau départ de Pâques. Cela veut dire que nous sommes invités à regarder notre vie, nos échecs, nos souffrances à la lumière de événement de Pâques. Le Christ ressuscité veut nous entraîner tous dans sa victoire. Désormais, rien ne peut nous séparer de son amour. Pour lui, il n’y a jamais de situation désespérée.
Vivre en ressuscité, c’est faire confiance en Dieu ; c’est être assuré que le monde ne va pas vers la mort mais qu’il est appelé à la vie. C’est être persuadé qu’à tout instant, je peux, devant Dieu, me relever ; Nous sommes tous aimés de Dieu, tels que nous sommes, malgré nos torpeurs, nos désabusements, malgré nos péchés et nos reniements. Vivre en ressuscité c’est aller dire aux autres qu’ils peuvent aussi se relever et marcher vers la lumière. Ils sont tous enfants de Dieu au même titre que chacun de nous. Les uns et les autres sont dignes de Dieu. Lui-même les veut près de lui pour toujours.
En ce dimanche, de nombreux baptêmes sont célébrés dans la plupart des églises du monde entier. Des enfants, des jeunes, des adultes entrent dans la grande famille des chrétiens. Pour eux aussi c’est un nouveau départ. Toutes ces personnes qui sont baptisées en ce jour s’engagent sur la même route que nous ; sur cette route, ce n’est pas toujours facile ; comme nous, ils

connaîtront le doute, le découragement. Les multiples activités font qu’on ne prend pas toujours le temps de s’arrêter, de prendre du temps pour retrouver le Seigneur.
Mais aujourd’hui, nous sommes interpellés : tous les enfants qui vont être baptisés ont besoin de notre témoignage ; ils ont besoin de sentir que Jésus ressuscité c’est quelqu’un d’important pour nous, qu’il est vraiment la lumière de notre vie. Si nous voulons que nos communautés chrétiennes soient vivantes, il faut qu’elles soient vraiment missionnaires. Un chrétien qui n’aurait pas le souci de témoigner de sa foi ne serait plus un disciple de Jésus Christ. La foi ne se développe que si elle est transmise à d’autres
Pour rassembler son peuple dispersé et lui redonner l’espérance, Dieu a besoin de nous. Il ne nous appelle pas seuls mais avec les autres car il compte sur nous pour le faire savoir. Le Christ compte sur notre témoignage à la place qui est la nôtre. Il désire que nous soyons porteurs de cette bonne nouvelle auprès de tous ceux qui nous entourent.

Abbé Jean Compazieu

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 10 avril 2022

16.04.2022 – Veillée Pascale – Homélie

Veillée Pascale

Par l’Abbé Jean Compazieu

Veillée pascale
16 avril 2022
(Année Luc – C)

Ensemble, 
éveillons-nous avec le Christ Ressuscité


Rassemblement
La célébration commence à l’extérieur, dans le noir. Toutes les lumières de l’église sont éteintes. Les fidèles sont invités à se rassembler autour du lieu où le bûcher a été préparé. Calmement, en silence, on allume le feu. Il est souhaitable de prendre le temps de regarder, de contempler … À l’heure prévue, le président de la célébration se rend près du feu, avec les prêtres et diacres présents ainsi que les servants dont l’un porte le cierge pascal.

Après le signe de croix, le prêtre introduit l’ensemble de la célébration, rappelant son caractère exceptionnel et unique dans l’année. Il peut le faire avec ses propres mots ou ceux du missel


Bénédiction du feu… (missel)

Procession d’entrée…

Annonce de la Pâque…

Liturgie de la Parole… (Missel)

Homélie


Textes bibliques : Lire


Toutes ces lectures bibliques qui nous sont proposées pour cette veillée pascale nous montrent que Dieu n’a jamais cessé d’être présent à son peuple.

Il est celui qui crée le monde avec amour et par amour. Il est encore celui qui a vu la misère de son peuple et qui veut le sauver. Tout au long des siècles, le monde a beaucoup changé. Mais Dieu n’a pas changé. Malgré les infidélités de son peuple, Dieu reste fidèle à son alliance. Et il envoie des prophètes pour le lui dire. Au cours des périodes sombres, ces derniers sont intervenus pour appeler le peuple à la conversion : « Revenez à moi de tout votre cœur… »

C’est très important pour nous aujourd’hui. Notre monde aussi a beaucoup changé. Mais Dieu reste le même. Il est le Dieu de l’alliance, celui qui continue à aimer son peuple d’un amour passionné. L’important ce n’est pas d’adapter notre religion à ce monde mais de nous ajuster à Dieu qui nous appelle à revenir vers lui. Avec lui, le mal et la mort ne peuvent avoir le dernier mot.

C’est cette bonne nouvelle qui nous est rapportée dans l’Évangile de saint Luc. Il nous parle des femmes qui sont venues au tombeau de grand matin. Ce sont les mêmes qui avaient suivi Jésus jusqu’au pied de la croix. Elles ont été plus courageuses que les hommes. Ces derniers se sont cachés car ils avaient peur d’être recherchés et poursuivis par les juifs. Elles ont suivi leur Maître jusqu’au pied de la croix. En venant au tombeau en ce matin de Pâques, elles croyaient embaumer son corps.

Mais rien ne se passe comme elles l’avaient prévu. Quand elles arrivent, elles trouvent un tombeau vide. Deux messagers du Seigneur interviennent. Si elles veulent trouver Jésus, ce n’est pas dans un cimetière qu’il faut le chercher. Il est sorti de son tombeau ; il est vivant. Cette bonne nouvelle, il faut l’annoncer à tous, et en premier aux disciples. Ces derniers ont eu du mal à y croire. Pour eux, c’était impensable. Mais la victoire du Christ ressuscité a été plus forte que leurs réticences.

Voilà cette bonne nouvelle qui a été transmise de génération en génération. C’est à nous maintenant de prendre le relai pour qu’elle continue à être annoncée. Dans certains pays, les chrétiens le font au péril de leur vie. Mais rien ne peut empêcher la progression de la Parole de Dieu. Nous-mêmes, nous sommes envoyés dans le monde d’aujourd’hui pour être témoins et messagers de Jésus ressuscité. Notre mission c’est de dire et de témoigner. Mais le principal travail, c’est Dieu qui le fait dans le cœur de ceux et celles qu’il met sur notre route. L’Évangile restera toujours une force communicative pour les hommes d’aujourd’hui.

Cette mission qui nous est confiée, nous la portons dans notre prière. C’est important pour nous. La parole que nous avons à proclamer ce n’est pas la nôtre mais celle de Jésus. C’est pour cela que nous avons sans cesse à nous ajuster à lui. C’est avec lui que notre vie pourra devenir un authentique témoignage.

Ce soir, nous pouvons faire nôtre ce chant d’envoi : « Allez-vous-en sur les places et sur les parvis ! Allez-vous-en sur les places y chercher mes amis. »

LITURGIE BAPTISMALE (missel)…

Prière universelle 
Confions nos prières à Dieu qui a relevé le Christ d’entre la mort.

Lecteur
– Prions pour tout le peuple chrétien et pour notre assemblée ; au baptême, nous avons revêtu le Christ et porté le vêtement blanc, pour que l’image de Jésus s’imprime dans nos vies et nos comportements. Ensemble, prions le Seigneur.

– Intégrons dans notre prière le monde défiguré par la violence, les guerres et les injustices. Que l’Esprit de lumière nous soutienne et nous éclaire sur les initiatives à prendre et que la force de la résurrection gagne les cœurs. Ensemble, prions le Seigneur.

– Confions à Dieu les pasteurs, les équipes pastorales, les parents, les familles et les éducateurs : que l’Esprit Saint les inspire, pour éveiller chez les enfants, les jeunes et dans tout le peuple de Dieu l’image lumineuse de Jésus ressuscité. Ensemble, prions le Seigneur.

– Confions à Dieu les hôpitaux et les personnes qui se dévouent pour la santé des autres et pour les malades en fin de vie ; pour que la Pâque du Christ leur donne force et courage. Ensemble, prions le Seigneur.

Célébrant
O Christ ressuscité, tu sors du tombeau et tu nous précède sur la route. Nous te rendons grâce pour ta présence de chaque instant. C’est toi qui es notre vie, c’est toi qui es notre salut. Nous te rendons grâce, toi qui règne avec le Père et le Saint Esprit…

Abbé Jean Compazieu

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 20 avril 2022

15.04.2022 – Vendredi Saint – Homélie

Vendredi Saint

Par l’Abbé Jean Compazieu

Vendredi Saint

Ensemble 

contemplons en silence le Christ qui se donne

LITURGIE DE LA PAROLE

1re lecture – Is 52, 13 – 53, 12 Celui-là maltraité, tué, broyé par la souffrance, il a le visage de beaucoup d’hommes et de femmes aujourd’hui. Il a le regard de Dieu.Psaume 30

2ème lecture – He 4, 14-16 ; 5, 7-9 Jésus, bien que Fils, parce que Le Fils, est devenu pour tous le Sauveur.

Évangile : Jn 18, 1 – 19, 42

Homélie Textes bibliques : lire Ce Vendredi Saint nous révèle un Dieu qui nous aime sans mesure. Il n’a pas refusé son Fils unique. Il l’a livré pour sauver tous les hommes. Bien sûr, il n’a pas voulu qu’il meure ainsi. Il a simplement voulu qu’il nous aime comme lui, le Père, nous aime. Le Christ nous a aimés jusqu’à mourir sur une croix. Dans sa Passion c’est l’amour du Père qui est à l’œuvre. C’est la réussite du projet de Dieu annoncé dans la première lecture : « Mon serviteur réussira. »

À première vue, cette réussite n’est pas très évidente. En effet, nous voyons une foule qui rejette Jésus. Puis il y a la croix, la mort atroce réservée aux esclaves. Mais le serviteur broyé deviendra le Sauveur de tous ses frères. C’est par la croix que Jésus est devenu cause du Salut éternel. Saint Jean nous présente la Passion comme une marche triomphale du Fils de Dieu vers son Père. Il nous faut la lire comme un récit de glorification.

En lisant ce récit de la Passion, nous découvrons que Jésus a parfaitement conscience de ce qui va lui arriver. C’est lui qui donne librement sa vie : « Ma vie, nul ne la prend mais c’est moi qui la donne. » (Jean 10. 18) C’est lui qui interpelle Judas et non l’inverse.

En ce Vendredi Saint, nous nous tournons vers la croix du Christ et nous faisons silence. Nous ne demandons pas au Seigneur de comprendre ce trop grand mystère mais d’y communier. Pour nous chrétiens, c’est une démarche absolument essentielle. Au cours de cette célébration, une grande prière universelle nous sera proposée pour le monde entier. C’est en effet pour tous les hommes de tous les temps que Jésus a donné sa vie.

En ce jour, notre pensée et notre prière vont vers tant d’hommes et de femmes qui portent une croix douloureuse. Pour beaucoup cette croix s’appelle solitude, longue maladie, précarité… Nous n’oublions pas les victimes de la haine et de la violence des hommes, en particulier ceux qui sont retenus loin de chez eux contre leur volonté. Nous pensons aussi aux chrétiens persécutés en Corée du Nord, en Chine et dans de nombreux autres pays. Beaucoup sont persécutés à cause de leur foi.

Mais à travers ces petits, ces exclus, ces personnes qui souffrent, le Seigneur est là. Il se reconnaît dans celui qui a faim, celui qui est malade et seul, celui qui est persécuté. Il nous rejoint dans notre vie et notre mort pour que nous soyons avec lui dans sa résurrection. En ce Vendredi Saint, nous contemplons la gloire de Celui qui nous a aimés jusqu’au bout. Et avec toute l’Église, nous chantons et nous proclamons : « Victoire, tu règneras ; O Croix, tu nous sauveras. »

Chemin de Croix : Lire

Chemin de croix vidéo : Visionner

Abbé Jean Compazieu

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 10 avril 2022

10.04.2022 – DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION – HOMÉLIE

Ensemble, acclamons le Christ qui se donne

Par l’Abbé Jean Compazieu

Homélie

Textes bibliques : Lire

L’évangile des Rameaux proclamé avant la procession d’entrée nous a rapporté des paroles qui donnent à réfléchir : “Quelques pharisiens qui se trouvaient dans la foule dirent à Jésus : “Maître, arrête tes disciples !” Mais Jésus leur répondit : “Je vous le déclare, s’ils se taisent, les pierres crieront.” Voilà donc cette foule à laquelle nous nous joignons pour acclamer le Christ. Mais aujourd’hui, nous voyons qu’elle n’est pas unanime. Il y en a toujours quelques uns pour récriminer.

Cette foule rassemblée autour du Seigneur rend grâce pour tous les miracles qu’elle a vus. Elle reconnaît en Jésus “celui qui vient au nom du Seigneur.” Mais certains estiment que c’est trop et ils lui demandent d’arrêter ses disciples. Aujourd’hui, nous pouvons nous poser la question : Est-il possible d’en faire trop pour le Seigneur ? Si nous lisons les évangiles et l’histoire de l’Église, nous remarquons que ce reproche revient régulièrement : Marie verse un parfum précieux sur les pieds de Jésus. Alors Judas fait remarquer qu’avec l’argent correspondant, on aurait pu servir les pauvres. Le curé d’Ars qui vivait très pauvrement se procurera les ornements et les objets sacrés les plus beaux pour le culte. Ce ne sont là que quelques exemples parmi bien d’autres.

Rien n’est trop beau pour Dieu. Nous n’avons pas à nous retenir quand il s’agit de lui rendre grâce pour les merveilles qu’il accomplit. Nous n’en ferons jamais trop pour lui. Quelquefois, on entend parler de “programme minimum” pour la télévision ou les services publics et nous savons combien cela peut être décevant. Dans notre relation avec le Seigneur, cela ne doit pas exister car lui-même s’est donné totalement, jusqu’au sacrifice de sa vie sur une croix.

Aujourd’hui, nous entrons dans la grande semaine sainte. Nous allons suivre jusqu’à son sacrifice sur la croix. Comprenons bien : C’est notre vie qui est clouée à la croix avec lui ? Notre vie avec ses peines, ses souffrances et ses péchés que le Christ a pris sur lui. “C’était nos péchés qu’il portait dans son corps sur le bois”. Un jour il a dit qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. C’est ce don total du Christ que nous allons célébrer tout au long de cette semaine Sainte.

Alors n’ayons pas peur d’en faire trop pour Celui qui n’a pas mesuré son amour pour nous. Ne nous retenons pas pour chanter les louanges du Seigneur. Nous sommes tous attendus pour les célébrations du Jeudi Saint, Vendredi Saint, veillée pascale et dimanche de Pâques. Rejoignons tous les vivants qui tombent à genoux et qui proclament : « Jésus Christ est Seigneur pour la gloire de Dieu le Père. » Et que notre liturgie vécue tout au long de cette semaine nous affermisse dans la foi.

Seigneur, nous voulons être là avec la foule pour te louer et pour te glorifier. Nous ne voulons pas être seulement des spectateurs. Tu es vraiment le Roi qui vient au nom du Seigneur ! Tu mérites notre louange pour toutes les grandes choses que tu as faites et que tu fais encore. Tu mérites notre reconnaissance éternelle pour tout ce que tu as fait pour nous. Accorde-nous ta grâce, que nous chantions sans cesse tes louanges non seulement par des mots mais également par nos actions.

Amen.

Abbé Jean Compazieu

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 3 avril 2022

03.04.2022 – 5ème dimanche du temps ordinaire C – Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 8,1-11.

Ensemble, poursuivons notre course avec le Christ Jésus

Par l’Abbé Jean Compazieu

Homélie Textes bibliques : Lire

Les lectures bibliques qui nous sont proposées en ce dimanche sont une nouvelle clé qui nous aide à mieux entrer dans l’esprit du Carême. Trop souvent, nous utilisons celle qui nous ouvre vers des solutions de facilité. Les textes de ce dimanche voudraient nous aider à vivre un carême libérateur, entièrement orienté vers l’avenir.

C’est ce qui apparaît dans le texte d’Isaïe (1ère lecture). Pour les hébreux, les traces du passé tiennent une place importante. Ils avaient à cœur de faire mémoire des merveilles de Dieu. Il y avait eu la libération d’Égypte, la traversée de la Mer Rouge et toutes les années d’Exode dans le désert. Aujourd’hui, nous voyons Isaïe s’adresser de nouveau à un peuple de nouveau en exil à Babylone. Le prophète lui annonce le retour vers la Terre promise. Dieu n’est pas seulement créateur. Il est libérateur et sauveur. Son salut est offert à tous, ici et maintenant. Il ne suffit pas de faire mémoire de ses merveilles d’autrefois. La bonne nouvelle c’est que Dieu n’a jamais cessé d’aimer son peuple. Il est toujours là pour nous sauver.

C’est très important pour nous aujourd’hui. Nous avons souvent trop tendance à idéaliser “le bon vieux temps” où tout était merveilleux. Et aujourd’hui, beaucoup de chrétiens se désespèrent car ils sentent bien que tout part à la dérive. Mais il y a une chose qu’il ne faut jamais oublier : Notre Dieu n’a pas changé. Il reste celui qui veut sauver le monde. Il est capable de faire fleurir tous les déserts, ceux de nos familles, ceux de nos milieux de vie et ceux de notre monde. La fête de Pâques n’est pas seulement celle de notre libération passée. C’est aussi celle de notre propre délivrance par un Dieu qui sauve et pardonne.

C’est ce Christ sauveur et libérateur qui est intervenu dans la vie de Paul (2ème lecture). Lui qui était un fidèle observateur de la loi nous rapporte qu’il a été libéré d’un péché plus caché et plus profond : c’est le péché de celui qui se croit parfait et irréprochable, le péché de celui qui se laisse aller à l’orgueil. Paul pensait posséder la justice qui vient de la loi. Il était un pharisien très généreux. Il ne pensait pas devoir être libéré d’un péché car il s’en estimait immunisé. Mais quand il a rencontré le Seigneur, il a compris que cette justice selon la loi n’est pas la vraie justice selon Dieu. Paul doit comprendre qu’il a besoin d’être libéré de son orgueil. Il lui faut accepter d’avoir besoin d’être sauvé.

De plus, Paul pensait faire une bonne œuvre en persécutant les chrétiens. Il comprend désormais que c’était injuste et criminel. A partir du moment où il a rencontré le Christ, toute sa vie a été complètement bouleversée. Mais il a désormais compris que sa relation avec lui est une relation qui libère. En dehors de lui, ce qui semble essentiel n’est que “balayure”. Il nous fait comprendre à tous que le bonheur de connaître le Christ est un bien qui surpasse tous ceux que le monde prétend nous procurer. L’apôtre nous montre le but de notre vie, le monde de Dieu où nous sommes tous appelés à rejoindre le Christ.

Dans son Évangile, saint Jean nous parle de la miséricorde qui libère. Il nous raconte le procès de cette femme coupable d’adultère. Ses accusateurs sont des scribes et des pharisiens, des experts de la loi de Moïse, des personnes reconnues pour leur ferveur religieuse. D’après la loi de Moïse, cette femme devait être lapidée. Mais s’ils se tournent vers Jésus, c’est d’abord pour le piéger. S’il refuse de la condamner, il ne respecte pas la loi de Moïse. Et s’il la condamne, il est en contradiction avec la miséricorde qu’il prêche.

Mais leur propre manœuvre se retourne contre eux : Jésus ouvre un nouveau procès, celui des accusateurs : “Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre.” Et voilà que chacun est renvoyé à sa propre conscience. Devant Dieu, personne n’est sans péché. D’une manière ou de l’autre, nous sommes tous coupables.

Avant de faire la leçon aux autres, nous avons besoin d’enlever la poutre qui est dans notre œil. Cette poutre, c’est l’orgueil et le mépris à l’égard de ceux qui ont fauté. Tout cela nous empêche d’accueillir l’amour qui est en Dieu. Nous ne devons jamais oublier que le Christ est venu chercher et sauver tous les pécheurs, même ceux qui ont commis le pire. Il veut nous ouvrir à tous un chemin d’espérance.

En ce jour, nous sommes venus à Jésus avec le désir d’accueillir sa parole et de nous laisser transformer par elle. Il peut changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair. C’est avec lui que nous trouverons la joie d’aider, de soutenir, de consoler et d’aimer. Que sa Parole soit lumière pour notre monde et que son amour apaise ceux qui souffrent. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG le 26 mars 2022

Homélie du 4ème dimanche du Carême – Années C – 27.03.2022 – Évangile de Luc 15

Ensemble, reconnaissons-nous pécheurs :
Dieu nous a déjà pardonné

Par l’Abbé Jean Compazieu

Homélie


Textes bibliques : Lire

Les trois lectures de ce dimanche nous invitent à ne pas oublier les merveilles de Dieu. Le livre de Josué (1ère lecture) nous parle d’un Dieu qui a libéré son peuple esclave en Égypte. Au terme d’une longue traversée du désert, on arrive à la terre que Dieu avait promise à son peuple. Cette entrée dans la terre promise donne lieu à une grande fête. Ce récit du livre de Josué nous révèle un Dieu libérateur et sauveur. Il veut que nous soyons libres et heureux.

Tout au long de notre pèlerinage terrestre, nous sommes en marche vers le monde de Dieu. L’esclavage que nous devons abandonner, c’est celui qui est provoqué par l’égoïsme, l’amour de l’argent ; c’est aussi celui de l’indifférence et de la violence sous toutes ses formes. Nous avons tous à lutter contre les traces du monde ancien. Mais la question n’est pas de SE transformer mais de SE laisser transformer par le Seigneur ; ce combat que nous avons à mener n’est pas le nôtre mais le sien. Le Carême est là pour nous inviter à revenir vers lui et à lui donner la première place dans notre vie.

Ce Carême nous est donné comme un temps de réconciliation. C’est le message qui nous est transmis par l’apôtre Paul dans sa lettre aux Corinthiens (2ème lecture). Cette réconciliation nous a été obtenue par le Christ ; elle ne demande qu’à être accueillie ; l’apôtre Paul nous adresse un appel pressant : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu ». Il ne demande qu’à nous accueillir et à nous pardonner. Avec lui, c’est la naissance d’un monde nouveau que chacun de nous peut contempler.

Tout l’Évangile nous parle de cette miséricorde de Jésus. Il a été envoyé pour chercher et sauver ceux qui étaient perdus. Il n’hésite pas à faire bon accueil aux pécheurs et aux exclus. Ils font partie de son bien le plus précieux. S’ils sont engagés sur des chemins de perdition, il va tout faire pour les ramener à lui. C’est vrai aussi pour chacun de nous : si nous sommes égarés loin de lui, il ne cesse de nous chercher, même si nous sommes tombés très bas. Avec lui, il n’y a pas de situation désespérée. Il nous appelle tous à revenir vers lui car il ne demande qu’à nous combler de son amour.

L’Évangile de saint Luc nous rapporte la parabole des deux fils et de leur père. Cette parabole, nous la connaissons bien car nous l’avons entendue souvent. C’est l’histoire d’un garçon qui réclame sa par d’héritage et qui s’en va. Après avoir dépensé tout son bien dans une vie de débauche, il finit par se trouver dans la misère. Il décide alors de revenir vers son père. Ce retour n’est pas dû à une vraie conversion mais à la faim qui le tenaille.

Certains ne se gênent pas pour dire que ce fils indigne mériterait une bonne correction. Ils oublient simplement une chose : cet homme que nous appelons le fils prodigue, c’est chacun de nous ; nous sommes comme lui chaque fois que nous nous éloignons de Dieu. En dehors de lui, nous courons à notre perte. Comme le père de la parabole, Dieu fait le premier pas vers nous ; il nous offre son pardon gratuit ; il n’est que miséricorde pour tous, même si nous avons commis le pire. Nous sommes tous aimés de Dieu ; il nous appartient de le dire et de le redire à ceux qui ne le savent pas.

Mais dans l’Évangile de ce jour, il y a un problème : le fils aîné rejette son frère au lieu de l’accueillir ; il se considère comme un serviteur fidèle en toutes choses ; il ne comprend rien à l’amour de son père ; et le pire, c’est qu’il ne veut pas comprendre ; il finit par se retrouver hors de la maison de son père où son frère fait la fête. C’est désormais lui qui devient le fils perdu. Pour qu’il puisse entrer dans la maison, il faudra que lui aussi se reconnaisse pécheur. Finalement, son père aura bien plus de mal avec lui.

Dans cette parabole, on peut également entrevoir un troisième fils : c’est Jésus lui-même. Il est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. C’est lui, Jésus, qui a préparé le banquet pour « la grande fête du pardon ». Il est « le Chemin, la Vérité et la Vie » ; c’est par lui que nous devons passer pour aller au Père. Mais rien ne sera possible si nous ne cherchons pas à devenir « miséricordieux comme le Père ».

Quand nous refusons cette miséricorde envers les autres, nous péchons contre Dieu ; c’est un affront à celui qui a livré son Corps et versé son sang pour nous et pour la multitude ; nous oublions que nous sommes tous des pécheurs et que nous avons tous besoin d’être réconciliés avec Dieu. Nous devons tous retrouver le sens profond du sacrement de la réconciliation. Ce que nous confessons avant tout c’est l’amour de Dieu pour nous. Avec lui, nous pouvons repartir à nouveau. Il nous restitue la dignité de ses enfants ; il nous invite à reprendre la route sur le chemin qui nous conduit au Père.

En ce temps du Carême qui nous sépare encore de Pâques, nous sommes invités à intensifier ce chemin de conversion. Laissons-nous toucher par ce regard d’amour du Père pour nous tous. Le temps du Carême nous est donné pour revenir à lui de tout notre cœur en rejetant toute compromission avec le péché. La Vierge Marie est toujours là pour nous accompagner sur ce chemin de conversion. Comme aux noces de Cana, elle ne cesse de nous redire : « Faites tout ce qu’il vous dira. »

Père Jean Compazieu

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 20 mars 2022

13.03.2022 – 2ème dimanche du Carême

Ensemble, laissons-nous transfigurer à l’image du Christ

Par l’Abbé Jean Compazieu

Homélie


Textes bibliques : Lire

Les textes de la Parole de Dieu de ce jour sont là pour nous aider à mieux entrer dans l’esprit du Carême. Ce n’est pas d’abord un temps de pénitence et de mortifications austères. Ce qui est premier c’est la rencontre avec Dieu. Il nous appelle tous à lui et il attend de chacun de nous une réponse libre et aimante.

C’est ce qui s’est passé avec Abraham (1ère lecture). Dieu l’a appelé à quitter son pays et sa famille. Abraham s’est mis en route. Il a fait confiance à la parole de Dieu. Vivre le Carême c’est sortir de notre petite vie tranquille, c’est nous nourrir chaque jour de l’Évangile, c’est suivre le Seigneur sur des chemins que nous n’avions pas prévus. Ce qui est extraordinaire, c’est que Dieu a un grand désir de nous combler de ses bénédictions.

La lettre de saint Paul à Timothée rejoint le texte de la Genèse qui vient d’être proclamé. Elle nous redit le grand projet de Dieu. Il ne souhaite rien d’autre que de déployer la bénédiction confiée à Abraham : “Notre Sauveur, le Christ Jésus, s’est manifesté en détruisant la mort et en faisant resplendir la vie.” Notre mission de disciples c’est d’annoncer cette bonne nouvelle partout et à tous. Dieu nous appelle tous à être ses collaborateurs à son projet de Salut.

L’Évangile nous rapporte le récit de la Transfiguration du Seigneur. Jésus conduit trois de ses disciples sur la montagne pour leur laisser entrevoir la beauté de sa divinité. Nous nous rappelons qu’un jour, il avait dit : “Je suis la Lumière du monde.” Aujourd’hui, il laisse transparaître devant ses disciples un peu de cette lumière qui est en lui. C’est important car quelques jours plus tard, ils verront son visage défiguré. Il fallait les affermir dans la foi.

Cet Évangile de la Transfiguration nous décrit ce qui se passe le dimanche à la messe. Après six jours de travail, Jésus nous réunit et nous conduit dans un lieu “élevé”. C’est important pour nous : nous avons tous besoin de nous élever. Il ne s’agit pas pour nous de fuir le monde ou de nous évader. Si le Christ nous appelle à lui, c’est pour nous faire contempler “les choses du ciel”. Cette rencontre c’est quelque chose d’extraordinaire car elle donne une orientation nouvelle à notre vie.

Dans l’Évangile de ce jour, nous lisons que Jésus prend avec lui trois de ses disciples. En réalité, son grand désir c’est de les prendre tous. Dans l’Évangile de saint Jean, ce désir se transforme en prière : “Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée” (Jn 17. 24). C’est exactement ce qui se passe sur le mont Tabor. Et c’est aussi ce qui se passe au cours de la messe. Ce rendez-vous avec le Christ est un événement qu’il ne faut surtout pas manquer.

L’apôtre Pierre aurait aimé rester là en compagnie de Jésus, Moïse et Élie. Mais il est interrompu par la voix qui vient de la nuée : “Celui-ci est mon Fils bien aimé qui a toute ma faveur. Écoutez-le”. Cette voix s’adresse aussi à nous : Écoutez l’Évangile ; c’est la parole la plus précieuse, la plus explicite et la plus lumineuse que le Seigneur nous a donnée. Suite à cette parole, les apôtres se sont trouvés plongés dans une aventure plus sérieuse et plus profonde que ce qu’ils avaient imaginé.

Il en est de même pour nous avec l’Évangile. Si nous l’accueillons, nous seront entraînés dans une nouvelle aventure. Elle sera bien plus belle et bien plus grande que tout ce que tout ce à quoi nous pouvions nous attendre. Avec lui, notre vie peut devenir plus belle et plus lumineuse. Nous ne devons pas avoir peur. Le visage de Jésus transfigure les cœurs et le monde. Il reste avec nous tous les jours. Pour vraiment changer notre vie, c’est lui qu’il nous faut écouter. Il a vaincu la mort et a fait resplendir la vie. C’est une lumière d’amour qui illumine nos yeux. C’est aussi une lumière qui se transmet. Avec l’amour, tout grandit et se pare de couleurs.

Tout au long de ce Carême, le Seigneur nous appelle à gravir la montagne et à nous approcher de lui. Nous devons prendre au sérieux l’appel que le Père nous adresse : “Écoutez-le”. Des propositions sont faites dans les paroisses pour nous aider à être plus attentifs à la Parole de Dieu. Soyons tous unis dans une même prière : Donne-nous de contempler ton visage dans le mystère Eucharistique et de repartir le visage rempli de lumière pour éclairer les détails de notre vie. Aide-nous aussi à te découvrir dans le visage des frères et sœurs que tu mets sur notre route. Amen

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 6 mars 2022

06.03.2022 – 1ER DIMANCHE DE CARÊME – HOMÉLIE

Ensemble, enracinons notre foi dans la parole de Dieu

Par l’Abbé Jean Compazieu

Homélie


Textes bibliques : Lire


Depuis mercredi dernier nous sommes entrés dans le temps du Carême. Ces quarante jours nous sont donnés pour revenir aux sources de notre foi et de notre baptême. Tout au long de cette période, nous sommes invités à nous laisser conduire par l’Esprit, comme Jésus au désert. Comme lui, nous serons affrontés aux épreuves et à la tentation. Mais si nous savons l’accueillir, la Parole de Dieu sera notre force. Le Christ vainqueur de tout mal veut tous nous associer à sa victoire sur la mort et le péché.

L’évangile de ce dimanche nous parle de trois localisations qui sont des sites bibliques majeurs dans le judaïsme. Ces lieux ne sont pas seulement géographiques. Ils ont une signification symbolique très forte. Ils nous rappellent, chacun à sa manière, comment Dieu s’est révélé à son peuple.

Tout d’abord, le désert : C’est là que Dieu avait conduit Israël pour le libérer de l’esclavage d’Égypte. Mais le désert, c’est aussi le lieu des privations. Le peuple était prêt à renoncer à sa liberté et à préférer les marmites de nourriture. Il en oublie sa vocation de fils chéri de Dieu. Le désert a été le lieu des murmures incessants contre Dieu et contre Moïse. Jésus a, lui aussi, été tenaillé par la faim. Mais il refuse de céder à la tentation de posséder et de consommer. Il est le Fils Bien-aimé du Père. Il veut lui être fidèle jusqu’au bout. Il répond par un rappel de la Parole de Dieu : “L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu”. Plus tard, il rappellera aux foules qu’il est lui-même “le Pain de Vie” venu du Père.

Le désert de nos tentations, nous le connaissons bien. C’est cette tendance à nous investir totalement dans la consommation des biens matériels. On cherche à posséder toujours plus, à n’importe quel prix. Au bout du compte, notre cœur devient aussi dur que la pierre. Il est incapable de s’ouvrir à la Parole de Dieu et de partager avec celui qui a faim. En nous fermant à Dieu, nous devenons imperméables à son amour ; nous renions notre identité de fils et de filles de Dieu. Ce premier dimanche de carême est là pour nous rappeler que nous avons traversé les eaux de baptême pour vivre libres. Il nous invite à revenir au cœur de notre foi et à nous laisser guider par le Christ sur le chemin de la conversion.

Le deuxième lieu dont nous parle l’évangile c’est le temple. C’était l’endroit privilégié où montait la prière d’Israël. C’est là qu’on avait pris l’habitude de se rassembler pour servir le “Dieu trois fois saint”. Or les prophètes avaient dénoncé le “culte inutile” qui s’y pratiquait : “Ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi.” (Is. 29. 13) Au lieu de servir Dieu, on se servait de lui. Jésus refuse ce marchandage. Le Fils Bien-aimé du Père n’utilisera pas le temple en vue de son succès personnel. Sa mission sera au contraire de le “purifier” car il était devenu une “maison de trafic”. Plus tard, il annoncera qu’il est lui-même le vrai Temple de Dieu qui glorifie le Père.

Nous aussi, nous sommes souvent tenté de nous servir de Dieu et de la religion pour notre propre intérêt. C’est ce qui arrive quand nous comptons sur la bonté de Dieu pour assurer nos ambitions ou suppléer à nos erreurs ou nos folies. C’est aussi quand nous demandons à Dieu tout et n’importe quoi en pensant qu’il nous le doit bien. Mais on ne marchande pas avec lui. Il n’a aucun compte à nous rendre. Il nous aime totalement, gratuitement et sans mérite de notre part. Son amour dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Il attend de nous que nous tendions les mains pour accueillir cet amour dans notre vie et nous laisser transformer par lui.

Le troisième lieu dont nous parle l’Évangile, c’est la montagne. Elle nous fait penser au Sinaï. C’est là que Dieu avait donné sa loi à Moïse : “Écoute Israël, c’est moi le Seigneur ton Dieu… Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi… Tu ne te prosterneras pas devant eux et tu ne les servira pas.” (Dt 5) Au pied de cette montagne, Israël s’est détourné de son Dieu et a sacrifié au veau d’or ; il s’est prosterné devant lui. Au pied de la haute montagne, Jésus a résisté à la tentation de l’idolâtrie. Le seul que nous devons adorer en esprit et en vérité, c’est Dieu.

Ce veau d’or devant lequel les hébreux se sont prosternés, nous le retrouvons sous d’autres formes dans le monde d’aujourd’hui. Notre monde se prosterne devant l’argent, le pouvoir, les biens de consommation. Pour les acquérir, il est prêt à toutes les bassesses. Chaque fois que nous nous compromettons de cette manière, nous finissons par nous retrouver seuls, loin de notre liberté baptismale.

Jésus a repoussé toutes ces tentations par un triple non à Satan et un triple oui au Père. Ce oui, nous le retrouvons tout au long de sa vie terrestre. A sa suite, nous sommes invités à faire le point, à redire le oui de notre baptême et à nous réajuster à cet amour qui est en Dieu. Aujourd’hui et tout au long de ce carême, c’est Jésus qui nous supplie :
“Changez vos cœur, croyez à le Bonne Nouvelle.
Changez de vie, croyez que Dieu vous aime.”

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 27 février 2022

27.02.2022 – 8ème dimanche du Temps ordinaire – Homélie

HOMÉLIE

« C’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre. »

Par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


À quelques jours de l’entrée en Carême, les textes bibliques de ce dimanche nous proposent un chemin de conversion. Ils nous invitent au discernement et à l’humilité. Dans la première lecture, Ben Sira nous parle du tamis qui filtre les déchets. Nous avons, nous aussi, à faire le tri dans notre vie : pensons à tous ces bavardages futiles, ces publicités tapageuses, ces slogans que nous entendons à longueur de journée. Tout cela nous empêche de voir clair dans notre vie. Certaines paroles, certains commérages révèlent l’étroitesse d’esprit de celui qui les prononce. La première lecture nous recommande de ne pas faire l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait parlé. En effet, ses propos peuvent révéler le meilleur et le pire.

L’Évangile nous invite à faire un pas de plus : Jésus recommande à ses disciples de bien choisir leur maître, celui qui sera leur guide sur la route du règne de Dieu. Nous comprenons bien qu’un aveugle ne peut pas guider un autre aveugle. Le malvoyant ne peut avancer dans la vie qu’en s’appuyant sur quelqu’un qui y voit bien, quelqu’un qui sait anticiper les moindres obstacles. Notre seul vrai guide, c’est Jésus lui-même ; il est « le Chemin, la Vérité et la Vie » ; c’est par lui que nous allons au Père ; c’est en mettant nos pas dans les siens que nous sommes assurés et rassurés ; Jésus est notre lumière ; il nous guide pour nous aider à discerner et à sortir de notre aveuglement.

Dans une deuxième parabole, le Christ nous recommande de « balayer devant notre porte ». Il dénonce l’attitude de celui qui veut enlever la paille dans l’œil de son frère alors qu’il y a une poutre dans le sien. Avant de juger un frère pour une peccadille, il vaudrait mieux faire un examen de conscience sur nos propres fautes. En effet, celles-ci peuvent s’avérer plus lourdes que celles du frère en question. Juger les autres, c’est de l’hypocrisie, c’est vouloir se mettre à la place de Dieu. Nous sommes trop mal placés pour le faire. Le jugement appartient à Dieu seul. À notre jugement, il manque la miséricorde.

Pour comprendre cet Évangile, c’est vers le Christ qu’il nous faut regarder : tout au long des Évangiles, nous le voyons accueillir les publicains, les pécheurs, les infréquentables de toutes sortes. Il aurait pu leur reprocher leur mauvaise vie et les rejeter. Mais lui-même nous dit qu’il est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. Nous connaissons la parabole du fils prodigue qui revient vers son père. Cette parabole nous dit que pour un seul pécheur qui se convertit, c’est jour de fête chez les anges de Dieu.

Une troisième parabole nous parle du bon arbre qui ne peut donner « de fruit pourri ». Ce qui est visé, c’est la cohérence entre la foi et la vie, entre ce qui est extérieur et ce qui est intérieur. Il ne suffit pas d’avoir de bons sentiments : notre qualité chrétienne se manifeste en vérité dans notre capacité d’amour fraternel, de service et de témoignage. Au jour de la Pentecôte, l’Esprit Saint a été répandu en abondance pour produire des fruits qui demeurent.

Cet Évangile rejoint notre Église dans ce qu’elle vit actuellement. Tout au long des siècles, elle a connu des crises très graves, des hérésies, des abus, des contre-témoignages de toutes sortes. Mais le Seigneur a toujours mis sur sa route les personnes qu’il fallait pour l’aider à se remettre en accord avec l’Évangile. Dans les moments dramatiques, des grands témoins de la foi ont donné le meilleur d’eux-mêmes. À travers eux, c’est l’appel du Seigneur qui retentissait : “Convertissez-vous et croyez à l’Évangile !” Nous chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes envoyés non pour dénoncer ou accuser mais pour être les témoins et les messagers de l’Évangile auprès de tous ceux et celles qui nous entourent. Le Seigneur nous assure de sa présence. Nous pouvons toujours compter sur lui, même dans les situations les plus désespérées.

Dans sa lettre aux Corinthiens, saint Paul nous parle précisément de la victoire du Christ sur la mort et le péché. Cette victoire est double : Premièrement, par sa mort qui nous sauve, il nous réconcilie avec Dieu : grâce à lui, la mort peut devenir entre nos mains un acte de total abandon à l’amour du Père ; tout l’Évangile nous dit et nous redit que cet amour est bien plus grand que tous nos péchés. Deuxièmement, par sa résurrection, le Christ est le gage de notre propre résurrection. C’est à cette victoire sur la mort et le péché qu’il veut nous associer.

En nous rassemblant pour l’Eucharistie, nous nous tournons vers Celui qui est la Lumière du monde. C’est cette lumière de l’Évangile que nous voulons accueillir en nous. Le Christ veut qu’elle brille aux yeux du monde afin que les hommes rendent gloire à Dieu. Nous lui demandons qu’il soit toujours avec nous et nous toujours avec lui pour cette mission qu’il nous confie.

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 20 février 2022

20.02.2022 – HOMÉLIE DU 7ÈME DIMANCHE ORDINAIRE

Miséricordieux comme le Père

Par l’Abbé Jean Compazieu

Homélie


Textes bibliques : Lire


En écoutant l’Évangile de ce dimanche, Beaucoup peuvent se dire que c’est le monde à l’envers ; il accumule des situations impossibles à gérer au premier abord : aimer ses ennemis, faire du bien à ceux qui nous haïssent, prier pour ceux qui nous calomnient, présenter l’autre joue à celui qui a frappé la première. Nous vivons dans un monde où beaucoup ne pensent qu’à se faire justice.

Pour comprendre cet Évangile, c’est vers le Christ qu’il nous faut regarder : il a été harcelé tout au long de son ministère ; il a été rejeté, humilié et condamné à mourir sur une croix. Sa dernière prière a été : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Son amour est allé jusqu’au pardon et au don de sa vie. Lui-même nous demande de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés (Autant qu’il nous a aimés).

Nous ne devons jamais oublier que l’Évangile c’est d’abord le livre de la miséricorde de Dieu. C’est en le lisant et en le relisant régulièrement, nous découvrons cette révélation : tout ce que Jésus a dit et accompli est une expression de cette miséricorde du Père. Il a accueilli les exclus, il a pardonné ; il est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. Il est venu nous combler de la surabondance de son amour, et tout cela sans mérite de notre part.

Mais tout n’a pas été écrit dans ce livre. L’Évangile de la miséricorde reste un livre ouvert ; il doit être rempli de tous les signes d’amour du Christ. Ces gestes concrets d’amour que nous sommes appelés à donner sont le meilleur témoignage de la miséricorde. C’est ainsi que nous deviendrons des témoins vivants de l’Évangile, des porteurs de la bonne nouvelle. C’est à notre amour que nous serons reconnus comme disciples du Christ. Comment parler de la miséricorde de Dieu si nous-mêmes nous ne pardonnons pas ?

Certes, nous pouvons nous interroger : sommes-nous capables d’être miséricordieux comme le Père ? Pouvons-nous nous comporter, dans le monde actuel, comme Jésus, le Christ ? Ce qui paraît impossible aux hommes, laissés à eux-mêmes, est possible à Dieu. Oui, nous le pouvons, si nous nous laissons transformer par l’Esprit Saint ; il est la force de Dieu à l’intime de nous-mêmes ; il est puissance de vie pour le corps du Christ, l’Église du Seigneur.

Cette vérité, nous la déclarons dans la préface pour la réconciliation : « Dieu, Père tout-puissant…, ton Esprit travaille le cœur des hommes pour que les ennemis se parlent à nouveau, les adversaires se tendent la main, et que les peuples cherchent à se rencontrer. Oui, c’est ton œuvre, Seigneur, quand l’amour l’emporte sur la haine, quand la vengeance fait place au pardon, et la discorde se change en amitié. »

« Son amour est de toujours à toujours » (psaume 117/118). C’est vrai, la miséricorde de Dieu est éternelle. Elle ne finit pas ; elle ne s’épuise pas ; elle ne se fatigue jamais ; elle nous apporte force et espérance dans les moments d’épreuves. Nous sommes certains que Dieu ne nous abandonne jamais. Nous devons le remercier pour ce si grand amour qu’il nous est impossible de comprendre : Dieu a oublié nos péchés, il les a pardonnés ; et aujourd’hui, il nous invite à en tirer les conséquences.

Pour cela, deux attitudes sont nécessaires : reconnaître nos propres torts et oublier les offenses des autres. Tout au long de sa vie et surtout au moment de sa Passion, Jésus n’a eu d’autre attitude que celle de l’amour et de la miséricorde. Avant de mourir, il a eu cette prière : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34). Nous ne devons pas recevoir cet Évangile comme une simple leçon de morale. Ce que Jésus nous dit, il l’a vécu. Il attend de nous que nous ayons le même regard que lui, les mêmes sentiments et les mêmes gestes que lui à l’égard des bons et des méchants. Son amour pour nous et pour le monde est somme un feu qui vient brûler nos rancœurs, nos rancunes et toutes les formes de violences qui empoisonnent notre vie.

La prière de saint François d’Assise nous inspire toujours : « Seigneur, fais de moi un artisan de paix ; là où il y a la haine, que je mette l’amour ; là où il y a l’offense, que je mette le pardon ; là où il y a le mensonge, que je mette la vérité, etc. »

Déjà, au temps de la première alliance, David a eu un comportement exemplaire, digne de Dieu. David, jalousé par le roi Saül, a la grandeur d’âme de demander à son compagnon d’arme d’épargner Saül. David agit en artisan de paix. Ainsi, loin de perdre pied, laissons descendre en nos consciences ces paroles inouïes : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. »

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 13 février 2022