27.11.2022 – HOMÉLIE DU 1ER DIMANCHE DE L’AVENT – MATTHIEU 24,37-44

Évangile de Matthieu 24, 37-44

Homélie du Fr. Laurent Mathelot, dominicain

Moi, nouveau-né

Deux mille ans que l’Église fête Noël. Deux mille ans … Et où en est-on ? Deux mille ans que nous fêtons la délivrance ultime – Dieu qui se fait homme – deux mille ans que nous proclamons qu’un sauveur nous a été donné, qu’il est venu nous rejoindre et qu’il habite désormais parmi nous, qu’il continue à vivre en nous. Deux mille ans d’Incarnation … Et qu’est-ce que cela a changé ?

L’économie est aux mains des plus avides ; la politique aussi. Nous venons de clore le siècle le plus dramatique de l’Histoire ; jamais le monde n’a autant réduit de gens en esclavage qu’aujourd’hui. De quoi la venue de Dieu sur Terre nous a-t-elle sauvés ? En quoi a-t-elle simplement changé les choses ?

La crise est partout. De toutes parts, les tensions montent et des guerres éclatent ; l’information quotidienne est une incitation à la déprime ; notre planète est malade : tous plantes, animaux, humains souffrent ….

Cinq siècles avant notre ère, Isaïe prophétisait : « De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. ». Depuis lors le Christ est venu. Et qu’y a-t-il de changé ? N’en sommes-nous pas encore à supplier « Jamais plus la guerre ! » (Paul VI, discours aux Nations-Unies, 4 octobre 1965) ?

Deux mille ans que nous chantons « Il est né le divin enfant » – deux mille ans que l’Église nous invite à nous réjouir à Noël – et qu’est-ce ça a changé ? Rien ? Alors nos célébrations sont du vent …

C’est quoi Noël ? Un souvenir qui s’évanouit dans la nuit des temps ? Une surconsommation de sapins coupés, de crustacés et de gibiers ? Un moment de cadeaux et de plaisirs ? Un repas familial à peine différent des autres repas familiaux ? C’est quoi Noël ?

Si notre Noël prochain n’est pas différent de notre Noël de l’an passé : alors il est désespérant. Noël n’est pas tant un passé que l’on se remémore qu’un renouvellement qui s’opère. Quelque chose doit avant changé pour que ce soit Noël. Et puisqu’on en est à parler de l’Incarnation, quelque chose doit avoir changé en moi, pour que ce soit Noël.

Noël c’est l’incarnation à nouveau frais en nous de la présence divine. C’est dans la mesure où je serai une crèche vivante, lieu d’une venue divine au monde, que ce sera pour moi Noël.

L’incarnation de Dieu a-t-elle sauvé le monde des catastrophes, des guerres et des famines ? Non. L’incarnation de Dieu a-t-elle sauvé le monde des épidémies, des génocides, des souffrances et de la mort ? Non.

C’est d’abord individuellement que nous avons été sauvés ; ensuite, des résurrections individuelles se relèvera le monde. C’est un par un que le Christ guérit les impurs ; relève les paralytiques ; délivre d’esprits mauvais. Ceci devrait nous faire prendre conscience du caractère premièrement intime de la fête de Noël : qu’est-ce que la venue de Dieu change en moi ?

Le sens collectif de la fête de Noël, paradoxalement dans ce monde individualiste, nous le maîtrisons fort bien. Nous sommes le premier dimanche de l’Avent et la société est déjà fort occupée à préparer les fêtes de fin d’année. Partout les illuminations apparaissent ; déjà certains sont en quête de menus et de cadeaux.

Mais le sens individuel de Noël – en quoi sera-ce en moi une fête – ce sens tant personnel que concret de l’incarnation d’un Sauveur, celui-là semble perdu. Y compris chez beaucoup de chrétiens.

Noël est la fête d’un nouveau-né et ce nouveau-né c’est moi. Qu’est-ce qui, en moi, aura changé à Noël ? Voilà la question d’aujourd’hui.

Mettre fin à une querelle ; aller retrouver quelqu’un qui nous manque. Changer un soupçon en confiance. Accueillir l’étranger. Voilà, c’est Noël.

Changer son comportement, rejeter les œuvres des ténèbres – débauches, rivalités, jalousies – et revêtir des armes de lumière, comme dit Paul. Voilà, c’est Noël.

Renoncer à un rancune. Pardonner à un ennemi. Confesser une une faute. Présenter des excuses pour un tort. Se réconcilier. Voilà, c’est Noël.

Peut-être retrouver de la joie de vivre. Exprimer enfin sa gratitude. Raviver son âme d’enfant. Retrouver le sens du naturel ; s’en émerveiller à nouveau. Voilà, c’est Noël.

Aller dire à ceux qu’on aime qu’on les aime, témoigner d’un peu plus de tendresse, aller réchauffer le cœur de quelqu’un. Voilà, c’est Noël.

Pour vous, qu’est-ce qui change à Noël ?

Fr. Laurent Mathelot

Source : RÉSURGENCES.BE, le 22 novembre 2022

27.11.2022 – HOMÉLIE DU 1ER DIMANCHE DE L’AVENT – MATTHIEU 24,37-44

Montons à la rencontre de Dieu,
soyons vigilants !

Homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Nous entrons aujourd’hui dans le temps de l’Avent (l’avènement). C’est le début d’une nouvelle année liturgique. Les trois premiers dimanches vont nous orienter vers l’attente du second avènement du Christ qui conclura l’histoire du monde et de l’humanité. Cet avènement du Christ concerne TOUS les vivants, y compris ceux qui ne le savent pas. Nous croyants, nous avons pour mission de témoigner de cette attente tout au long des semaines qui nous préparent à Noël. Il ne s’agit pas de préparer une fête qui oublie l’essentiel mais de se tenir en éveil.

Les trois lectures bibliques de ce dimanche nous invitent à changer notre regard sur le temps que nous vivons. Elles nous en rappellent le but ultime des croyants. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob qui s’est fait connaître à Moïse est le Dieu de tous les peuples. Au nom de cette foi, le prophète Isaïe nous annonce qu’un jour viendra où toutes les nations se tournerons vers Jérusalem. Cette ville deviendra le signe du salut universel. La paix aura remplacé la guerre. Toutes les nations viendront célébrer la paix et le bonheur. Nous nous y préparons en marchant chaque jour “à la lumière du Seigneur.”

C’est aussi ce message que saint Paul adresse aux chrétiens de Rome et à chacun de nous. Il nous invite tous à une intensification de la vie chrétienne. À son époque, on attendait le retour imminent du Seigneur dans la gloire. Les années ont passé et rien ne venait ; pas de manifestation glorieuse du Christ ressuscité. Alors l’apôtre recommande à tous une vigilance active pour se préparer à rencontrer le Seigneur. Car “le salut est plus près de nous qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit sera bientôt finie. Le jour est tout proche.” En attendant, nous sommes invités à nous revêtir du Christ Jésus et à nous tenir prêts en permanence.

En écoutant l’Évangile, nous avons peut-être pensé à toutes les arches de Noé de nos magasins. Depuis les peluches jusqu’aux jouets électroniques, c’est un véritable déluge de gentillesse, de douceur et de rêve qui se prépare. Mais l’Évangile nous parle d’un autre déluge, celui qui est resté dans les mémoires comme LA catastrophe. La Bible nous raconte comment Noé avait assisté à la montée inexorable des eaux. Il avait pris ses dispositions. Mais les gens qui ne s’étaient douté de rien ont tous été engloutis.

Tout cela nous renvoie à ce qui se passe dans nos villes inondées de lumière en pleine nuit, envahies par la verdure des sapins et par la musique commerciale ; beaucoup ne se doutent de rien : c’est le temps des fêtes. Mais un jour, c’est l’accident, la catastrophe, la violence terroriste : “Veillez donc, nous dit Jésus ; tenez-vous prêts vous aussi”. Nous savons tous que nous ne devons pas nous endormir au volant de notre voiture, sinon c’est la catastrophe. Ne prenons pas le risque de nous endormir au volant de la conduite de notre vie.

Jésus insiste : “Tenez-vous prêts, vous aussi”. Ne vous laissez pas distraire. Ne laissez pas passer votre chance. Nous avons une nouvelle arche de Noé : c’est la communauté des baptisés et elle est encore accessible. Toutes les familles de la terre sont invitées à marcher à la lumière du Seigneur. Nous nous y entraînons dans nos assemblées par nos chants, nos cantiques, nos prières. C’est là que s’exerce la vigilance demandée. C’est là que nous nous habillons pour le combat de la lumière.

Veiller c’est agir sur tout ce qui doit changer dans notre vie ; c’est rejeter toutes les formes d’égoïsme et d’indifférence ; c’est renoncer aux comportements qui nous détournent de Dieu et des autres. Mais le plus important, c’est de revêtir le Christ et nous laisser habiter par l’amour et la Lumière qui sont en lui. Noël c’est Jésus qui est venu ; il continue à venir dans notre vie de tous les jours et il reviendra dans la gloire. Il est plus que jamais nécessaire de bien le mettre au centre de notre vie et de notre prière. En fait, il est bien là mais c’est nous qui sommes souvent ailleurs. Nous sommes toujours dehors à nous agiter et à courir dans tous les sens. Ce premier dimanche de l’Avent est là pour nous rappeler que nous sommes fils et filles de Dieu. Cela change tout dans notre vie de tous les jours.

L’eucharistie qui nous rassemble, c’est encore et toujours le Christ qui vient. Il veut demeurer avec nous jusqu’à la fin des temps. Plus nous participons à l’Eucharistie, plus nous revêtirons le Christ. Il veut que nous soyons avec lui pour le rejoindre dans son éternité. “Donne à tes fidèles, Dieu Tout-Puissant, d’aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur.” Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 20 novembre 2022