12.11.2023 – HOMÉLIE DU 32ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MATTHIEU 25,1-13

LES VEILLEUSES ENDORMIES

Par le Fr. Laurent Mathelot OP

Il y a un paradoxe dans la parabole d’aujourd’hui, comme un clin d’œil au temps de l’Avent qui s’annonce. L’Avent en effet est le temps des veilleurs. Au long de ces quatre semaines, les lectures nous rappelleront de veiller, de scruter les signes de la venue de Dieu parmi les hommes. Et c’est déjà la conclusion de l’Évangile d’aujourd’hui : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » (Mt 25, 13). Or le paradoxe, c’est que dans la parabole les jeunes filles s’endorment …

Frère étudiant, j’avais inscrit sur la porte de ma cellule : « Dieu comble son bien-aimé quand il dort » (Ps 126, 2). Et quand un frère s’endort à la chapelle, on dit qu’il fait une oraison de Saint Pierre, rappelant l’épisode au Jardin des oliviers, où Jésus reproche à Pierre de n’avoir pas su veiller même une heure avec lui (Mc 14, 37 ; Lc 22, 46). Sainte Thèse de Lisieux elle-même confessait s’endormir à l’oraison, cette prière silencieuse que font, chaque jour, les religieuses et les moines. Ici aussi, les jeunes vierges s’endorment. Et, contrairement à Pierre, ce n’est pas ce que Jésus leur reproche.

L’Écriture est pourtant constante à nous rappeler l’importance de veiller en attendant la venue de Dieu. On se souvient de Jésus qui parle de la venue de Dieu comme celle d’un voleur la nuit : « Sachez-le bien, si le maître de la maison savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison » ( Luc 12, 39). Dans sa Première lettre aux Thessaloniciens, saint Paul recommande : « Ne nous endormons pas, comme font les autres, mais restons éveillés et sobres » (1 Th 5, 6). Et, dans la Première épître de Pierre : « Soyez sobres, veillez. Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera. » (1 Pi 5, 8). On trouve ainsi 23 fois la recommandation de « veiller » dans le Nouveau Testament.

Mais le reproche qui est fait ici n’est pas de s’être endormies, mais de ne pas avoir tenu leurs lampes allumées. C’est l’imprévoyance des vierges insouciantes que la parabole dénonce, le fait qu’elles n’ont pas prévu assez d’huile pour que leur veilleuse continue de briller. Ainsi, il nous reste à comprendre ce que signifie cette huile pour comprendre comment il est possible de veiller endormi.

Longtemps l’Église a enseigné que cette huile qui permet de maintenir la lumière divine allumée alors qu’on s’endort c’étaient les bonnes œuvres que vous avions accomplies. Au fond, l’idée était de dire que ce sont nos bonnes actions qui nous permettent de dormir en paix ; qu’au-delà de notre présence, nos actes de charité continent à briller pour nous. Et ce n’est pas faux : le bien comme le mal que nous avons faits continuent à faire leur œuvre, même au-delà de notre mort. Les conséquences de nos actes ne s’éteignent pas avec nous.

Mais c’est sans une un peu étroit comme spiritualité de considérer qu’on puisse simplement capitaliser sur nos bonnes actions pour rayonner de Dieu dans la nuit. Cela signifierait tout bonnement que les personnes qui font le bien devraient échapper à toute dépression. Or ce n’est pas le cas. C’est d’ailleurs toute la problématique évoquée par le Livre de Job, que Dieu lui-même proclame juste en tout ce qu’il fait. Job pourtant se trouve soudainement accablé de malheurs. Il faut certainement plus qu’un capital de bonnes actions pour encore briller dans la nuit.

Alors qu’est-ce que cette huile dont l’épuisement nous empêche de rencontrer Dieu ? Ce ne peut être la foi, que Jésus compare plus volontiers à une graine de moutarde. La foi vit ou meurt ; elle est présente ou pas. Mais elle n’est pas tant fonction de quantité. Celui qui a la moindre parcelle de foi en Dieu a toute la foi.

Si ce n’est donc ni la charité, ni la foi, ce que l’huile représente ici c’est l’espérance. C’est l’espérance que la nuit consume quand nous sommes loin de Dieu. C’est l’espérance que brûlent les ténèbres, les malheurs, les souffrances. C’est aussi l’espérance qui maintient en nous la lumière divine quand tout s’assombrit.

On comprend que les vierges sages avaient pour elles l’espérance alors que celles insouciantes n’en avaient pas assez. Et elles auront beau aller en chercher ailleurs, le Christ leur répondra : « Je ne vous connais pas. » Je crois, en effet, qu’il y a des croyants qui se laissent gagner par une désespérance telle, que toute rencontre avec Dieu leur devient impossible. Je crois qu’il y a des ténèbres qui, si elles gagnent totalement notre esprit, finissent par nous séparer radicalement de Dieu. C’est le désespoir qui tue la foi. Job, lui, n’a jamais atteint ce point ; jamais le malheur et le désespoir ne l’ont poussé à renier Dieu.

Bientôt donc, ce sera le temps de l’Avent, ce temps où spirituellement nous travaillons l’espérance, où dans nos vies nous cherchons la lumière divine. Mais à quoi allez-vous concrètement travailler cette année ? Qu’espérez-vous de Dieu actuellement ? Ce sont des questions importantes pour vivre un Noël concret.

Qu’espérez-vous de Dieu pour ce Noël ?

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCES.BE, le 9 novembre 2023

12.11.2023 – HOMÉLIE DU 32ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MATTHIEU 25,1-13

Dans la fidélité à Dieu, soyons vigilants

Pistes pour l’homélie

Par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


En ce dimanche, la seconde lecture nous parle des défunts. Tout au long de ce mois de novembre, nous les portons dans notre prière. C’était la grande préoccupation des chrétiens de Thessalonique ; il y a eu beaucoup de deuils chez eux. Les membres de cette communauté éprouvent un chagrin que l’espérance de la résurrection semble ne pas transfigurer. Pour dissiper leurs préoccupations et leurs inquiétudes, Paul leur explique que la mort n’est pas un obstacle. Il leur ouvre les yeux sur ce qui se passe après la mort : nous serons pour toujours avec le Seigneur. Il ne s’agit pas d’une vague survie ni d’une réincarnation. Notre espérance en Jésus ressuscité s’enracine dans le témoignage des apôtres qui ont donné leur vie pour lui.

L’Évangile nous indique les conditions à remplir pour entrer avec Jésus dans la gloire céleste. Le Seigneur compare le Royaume des cieux à un groupe de jeunes filles qui se prépare à la célébration des noces. Lui-même se compare à l’époux qui est attendu. Ces jeunes filles doivent veiller pour partager la joie de la fête. Le moment venu, le cortège nuptial devait s’avancer avec des lampes allumées. C’est une manière de dire que nous nous préparons à cette grande rencontre en gardant notre cœur en état d’éveil.

Cette lampe qui doit rester allumée, c’est celle de notre foi et de notre amour. Au jour de notre baptême, nous avons reçu un cadeau extraordinaire. Mais ce cadeau, c’est un peu comme le téléphone portable : il faut le recharger chaque jour, sinon il ne sert plus à rien. Si nous voulons que notre vie porte du fruit, nous avons besoin d’être reliés au Christ. L’huile qui ne doit jamais manquer c’est la prière, la Parole de Dieu, les sacrements. Si nous n’avons pas cette huile, notre lampe s’éteint, notre vie ne porte pas de fruit.

L’histoire de ces jeunes filles prévoyantes et imprévoyantes nous fait penser à une autre parabole de l’Évangile : il s’agit de cet homme prévoyant qui écoute la Parole de Dieu et qui la met en pratique. Il est comparable à un homme qui a bâti sa maison sur le roc et qui ne craint ni le vent ni les torrents. Par contre, l’insensé, l’insouciant qui a construit sur le sable s’expose à la ruine. Au lieu de construire sa vie sur Dieu, il a construit sur des valeurs qui n’en sont pas. Il nous fait penser à celui qui dit : “Quand j’aurai du temps, il faudra que je remette de l’ordre dans ma vie.” Pourquoi remettre à “quand j’aurai du temps” ou à “quand je serai à la retraite ?”

Cet Évangile nous renvoie donc à notre vie : de quel côté sommes-nous ? Des prévoyants ou des insensés ? L’insensé a construit sa vie sur du sable. Il est victime de la folie de celui qui s’oppose à Dieu et qui l’a mis en dehors de sa vie. Il s’est détourné de Dieu. Les sages, les prévoyants sont ceux et celles qui ont choisi de s’installer dans la fidélité. Ils se sont nourris de la Parole de Dieu et des sacrements. Ils se sont donnés du temps pour la prière.

La première lecture est extraite du livre de la Sagesse. Elle nous donne le témoignage d’un croyant qui chante sa foi. À la lumière de l’Évangile, nous comprenons que la Sagesse dont il est question, c’est le Christ lui-même. Il apporte à tous ceux qui le cherchent lumière, joie et espérance. Il illumine notre vie et nous montre le chemin. Le Christ nous rend capables de l’accueillir lorsqu’il se présente dans notre vie. Il se présente chaque jour et nous sommes invités à l’accueillir avec amour et prévenance. Notre foi doit être une recherche, un désir de Dieu, une ouverture de nous-mêmes qui nous remet en route chaque jour.

La liturgie de ce dimanche nous rappelle que c’est l’amour de Dieu qui doit imprégner notre vie. C’est ainsi que nous entretenons notre désir de Dieu et de son Royaume. Cette provision d’huile précieuse nous est offerte chaque dimanche à la messe. La Parole de Dieu et l’Eucharistie sont une nourriture qui nous permet de rester en état de veille. C’est chaque jour que le Seigneur vient à notre rencontre pour nous modeler à son image. En ce jour, nous le supplions : “Toi qui es Lumière, Toi qui es l’Amour, mets en nos ténèbres ton Esprit d’amour”. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 5 novembre 2023