12.07.2026 – HOMÉLIE DU 15ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 13, 1-23

La pédagogie de Dieu

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Dans beaucoup de paroisses, sans doute, présentera-t-on ce dimanche la parabole du Semeur comme l’évocation de notre âme devant accueillir la foi comme une graine plantée dans de la bonne terre. Ainsi portera-t-elle du fruit « à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un ». Il y a là sans doute quelque fainéantise pastorale puisque l’interprétation de la parabole est donnée par Jésus lui-même à la fin de l’Évangile. Oui, Dieu sème largement, et il nous appartient d’être un bon terreau pour la foi.

La structure du texte donne à penser qu’il y a un enseignement plus profond à trouver. Comme un ostensoir placé entre deux cierges, l’Évangile présente d’abord la parabole du Semeur, ensuite un enseignement de Jésus à ses disciples, enfin l’explication de la parabole. Ces structures symétriques des textes bibliques visent à attirer l’attention du lecteur sur leur sens profond, qu’elles mettent en abîme.

Ainsi, ici, la question centrale est-elle plutôt celle des disciples à propos des foules : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » A quoi Jésus répond : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là … Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre » Ainsi, y aurait-il plusieurs niveaux de compréhension de l’Esprit Saint, liés à la capacité de voir et d’écouter.

Le propos de l’Évangile d’aujourd’hui n’est pas tant l’état de notre âme – rocailleuse, encombrée de ronces ou fertile – que la pédagogie de l’Esprit Saint, qui s’adapte au niveau de compréhension de son interlocuteur. Moins nous sommes formés par l’Esprit Saint, plus les mystères divins nous apparaissent-ils voilés. La pédagogie du Christ, celle de l’incarnation, est celle du dévoilement progressif – un dévoilement de la présence de Dieu dans nos vies, autant qu’un dévoilement de nous-même.

Ainsi, à mesure que l’on est touché par la grâce, acquiert-on la possibilité de comprendre l’action de Dieu parmi les hommes. Et donc, à ceux qui ignorent la grâce, ne peut-on que présenter des récits imagés. Dieu personne ne l’a vu, du Christ dans la chair nous n’avons que les récits néotestamentaires et, contrairement aux disciples dont ces textes nous parlent, nous ne l’avons ni personnellement vu ou touché. Désormais, nous n’avons accès à sa personne qu’à travers son Esprit et les sacrements qu’il dispense. Ainsi, faute de la plénitude de l’Esprit Saint, Dieu nous apparaît-il toujours voilé. Et ainsi la merveille que nous sommes, et que sont les autres, à ses yeux. Ce qui voile Dieu, c’est l’enténèbrement de notre âme à cause du péché.

Mais le texte suggère surtout qu’il y a des niveaux de compréhension de la foi, essentiellement trois : ceux que la grâce divine n’a pas encore touchés, ceux qui ont été touchés par Dieu – les âmes stériles, rocailleuses, fertiles ou encombrées de ronces de la parabole – et les saints, ceux qui sont comblés de grâces, qui incarnent pleinement la présence de l’Esprit Saint.

Puisque Dieu veut naturellement rejoindre tout le monde, ceux qu’il n’a pas touchés sont ceux qui ne se sont pas laissé toucher, ceux « qui se sont rendus durs d’oreille, qui se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent » – les blessés de la vie qui ont endurci leur cœur à force d’amours meurtris. Même d’eux, le Christ ne désespère pas, qui dit « moi, je les guérirai. » Nos incrédulités nécessitent l’intervention personnelle du Christ pour être dissipées.

Au sein de l’Église, nous sommes plutôt de la deuxième catégorie : touchés par la grâce, convaincus de la présence de Dieu dans nos vies, mais encore obscurcis de souffrances et de ténèbres ; des gens touchés par l’Esprit Saint, aux prises avec le combat spirituel ; des gens qui entendent et voient Dieu partiellement voilé. A ceux-là, à nous donc, la pédagogie de Dieu témoigne d’un effet d’entraînement : « À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. » Ainsi, l’état de grâce appelle-t-il la grâce – on vit alors un embrasement de l’amour – tandis que la perte de cette grâce – la perte d’amour – enclenche-t-elle une spirale descendante, une désespérance qui s’emballe et s’auto-nourrit jusqu’à la dépression. La vie du croyant n’est pas qu’une oscillation entre sommets amoureux et abîmes ténébreuses. Nous ne sommes pas que le jouet de nos états d’âmes, ou des esprits qui luttent en nous. Nous avons, par la grâce de la foi, un levier pour agir personnellement : la veille spirituelle. Il s’agit en effet de veiller à ce que la spirale de la désespérance ne nous gagne pas : par l’écoute et la vision de Dieu, précisément. D’où la nécessité d’une vie spirituelle nourrie de l’Écriture et des sacrements.

Quel que soit l’état de notre âme – momentanément stérile, rocailleuse, encombrée de ronces ou fertile – c’est la fidélité à la parole de Dieu et aux sacrements – laisser à notre cœur la capacité d’entendre et voir – qui garantira que le peu que nous avons su recevoir de Dieu devienne abondance.

Dieu sème en toute âme. Certaines se ferment à sa parole, d’autres s’ouvrent. Cette ouverture, à mesure qu’elle nous dévoile Dieu, nous ouvre plus encore à son amour. Ainsi s’enclenche une dynamique spirituelle qui nous élève vers Dieu. C’est plutôt cette mécanique ascendante qui nous intéresse que l’état initial de notre âme.

Que l’Esprit Saint enclenche en nous cette croissance spirituelle auto-entretenue qui, de la découverte de la présence de Dieu dans nos vies, suscite le désir d’un amour toujours croissant. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 9 juillet 2026

12.07.2026 – HOMÉLIE DU 15ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 13 1-23

Le semeur


Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


En ce dimanche, les textes de la Bible nous annoncent une bonne nouvelle. Ils nous parlent de la puissance de la Parole de Dieu. « Ma parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans produire du résultat » (1ère lecture). « Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est l’homme qui a reçu la Parole et qui la comprend. Il produit du fruit à raison de 30, 60, 100 pour un. » (Évangile). Et saint Paul nous dit à sa manière que les croyants sont libérés par le Christ. Ils vivent une vie nouvelle grâce à l’Esprit qui habite en eux. Cela implique une nouvelle relation à Dieu.

Dans l’évangile, Jésus nous raconte la parabole du semeur. Voilà une histoire que nous connaissons bien car nous l’avons entendue souvent. Mais l’important c’est de chercher à bien comprendre ce que le Christ veut nous dire. Dans ce récit, il est beaucoup question de terrains, bons ou mauvais. Et d’emblée, nous nous interrogeons sur la qualité du terrain de nos vies. C’est sans doute important d’en prendre conscience ; mais nous ne devons pas rester centrés sur nous-mêmes. Cet évangile nous parle d’abord de Dieu. Il ne cesse de faire le premier pas pour venir à la rencontre de l’homme. Son amour passionné est comme le buisson ardent qui se manifeste à Moïse. Il nous invite à un regard nouveau sur lui et sur nos existences.

Le Semeur, c’est Jésus. Ce jour-là, il était sorti de la maison pour semer. Rendons-nous bien compte : Jésus est sorti de la Maison du Père. Il est tombé dans la terre pour y devenir semence. Lui-même a dit un jour : « Si le grain de blé tombé en terre s’y décompose, il porte beaucoup de fruits. En sa mort, le Christ est cette semence qui donne des fruits en abondance. Nous, chrétiens d’aujourd’hui, nous en sommes les bénéficiaires. Il nous faut apprendre à regarder Jésus comme semeur de vie divine. Il espère tout de l’homme. L’Évangile nous décrit la largesse et la générosité extraordinaire de ce semeur qui est Dieu.

Tous les terrains sont concernés. Cela veut dire que l’amour de Dieu veut atteindre toute l’humanité. Il ne craint pas le gaspillage de semence. Ce qu’il faut voir c’est d’abord la générosité absolue de Dieu et les chances offertes à toutes les terres. Quand on aime, on ne calcule pas ; on donne tout. Notre Dieu y a mis le prix en nous envoyant son Fils Jésus. Il est le semeur qui sème à tout vent. Il espère contre toute espérance et rien ne pourra l’arrêter.

Cette parole est pour nous aujourd’hui. L’évangile évoque quatre terrains différents. Ils correspondent à des attitudes différentes face à la Parole de Dieu. Ce terrain, bon ou mauvais, c’est chacun de nous. Jésus nous parle d’abord du grain qui est tombé au bord du chemin. Sur un sol pierreux, il ne peut germer. Ce terrain rocailleux, c’est l’homme au cœur dur. Il refuse la Parole de Dieu car elle ne l’intéresse pas. Le 2ème terrain c’est celui qui manque de profondeur. Le grain a germé mais il ne peut trouver l’humidité dont il a besoin pour se développer. Il finit par être brulé par le soleil. Cette situation correspond à ceux qui ont accueilli la Parole de Dieu avec joie ; mais un jour, tout s’arrête. Le troisième terrain c’est celui qui est rempli d’épines et de mauvaises herbes. Dans ce milieu, le grain ne peut germer normalement. Chacun de nous peut penser à tant de choses qui font qu’on oublie Dieu. Les soucis du monde et les séductions des richesses prennent le dessus. Ce sont là des pièges qui nous détournent de Dieu.

Puis nous avons la bonne terre. C’est celle où le grain peut prendre racine et se développer. Cette terre c’est l’homme qui est ouvert à la Parole de Dieu. Sur un son favorable, elle ne peut que produire du fruit. Ces fruits, c’est la générosité, le partage, l’accueil des autres, la joie. Jésus nous parle de grains qui produisent 30, 60, 100 pour un. A l’époque de Jésus, une telle récolte est impensable. Mais cette exagération est là pour mieux mettre en valeur la bonne nouvelle. Quand l’Esprit Saint est là, le résultat est extraordinaire. Il suffit de lire le livre des Actes des apôtres pour s’en rendre compte.

A la suite du Christ, nous sommes envoyés être des semeurs de la bonne nouvelle et pour proposer la foi aux hommes d’aujourd’hui. Être missionnaire, c’est aller sur tous les terrains, vers les croyants mais aussi les non croyants et les mal croyants. Nous serons peut-être affrontés à l’hostilité ou à l’indifférence. Mais la grande priorité c’est d’être avec le Christ qui veut à tout prix rejoindre et sauver ceux qui sont loin. Rien ne doit nous empêcher de semer à profusion. Nous n’avons pas à nous préoccuper du temps qu’il faudra pour la croissance. Même si nous ne voyons pas les résultats immédiats, nous ne devons jamais renoncer. Rappelons-nous ce que dit le prophète : Rien ne peut empêcher la parole de Dieu de produire du fruit.

En ce jour, nous te supplions, Seigneur. Toi qui nous choisis pour être les porteurs de ta parole, viens renouveler la foi de tes enfants. Aide-nous à ne jamais oublier que la semence la plus importante c’est celle de l’espérance. Amen.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 5 juillet 2026