11.10.2026 – HOMÉLIE DU 28ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 22, 1-14

Bonheur terni

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Lecture: Évangile selon saint Matthieu 22, 1 – 14

C’est toujours mauvais signe quand, dans l’Évangile, Jésus utilise l’expression juive « il y aura des pleurs et des grincements de dents ». C’est une image des portes du Paradis, où ceux qui ont été appelés aux noces du ciel, à la rencontre éternelle avec Dieu, seront finalement rejetés par lui. « Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. » Visiblement, il n’est pas facile d’entrer au ciel. Et certains seront disqualifiés à l’arrivée, qui alors pleureront et grinceront des dents.

Les banquets de noces évangéliques sont des paraboles de la vie éternelle, vous le savez. Dieu donc avait invité quelques élus, qui ne sont pas venus. Il s’agit là des personnes qui connaissent Dieu mais le délaissent. D’autres se sont trouvés trop affairés à construire leur bonheur eux-mêmes : « l’un à son champ, l’autre à son commerce ». D’autres, enfin, se sont révoltés contre les émissaires de Dieu, maltraitant les uns, tuant les autres. On retrouve ici beaucoup d’attitudes personnelles envers la foi – la délaisser, chercher d’autres bonheurs, voire l’étouffer.

Face au refus des croyants de le rencontrer personnellement, Dieu se décide à inviter le tout-venant : « les mauvais comme les bons », les pouilleux comme les gens bien. Il n’a pas manqué de théologiens pour voir là la distinction entre le judaïsme et le christianisme – les premiers invités, les Juifs, ayant finalement rejeté le Christ ; l’Église étant, quant à elle, ouverte à tous. Et c’est sans doute l’intention de Matthieu, dont on sait que l’Évangile est destiné, en première lecture, à des Juifs convertis au christianisme.

Mais être baptisé, faire partie du tout-venant invité au banquet de Dieu, ne nous garantit pas l’entrée au ciel. Encore faut-il avoir revêtu l’habit de noce pour pouvoir participer à la célébration – c’est à dire s’être apprêté, préparé et rendu beau aux yeux de Dieu. Car pour celui qui ne l’aura pas fait – qui aura été invité à la noce avec Dieu et qui ne s’y sera pas préparé jusqu’à se rendre beau – le châtiment sera terrible : « Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors », c’est à dire en enfer. Dieu est visiblement un hôte exigeant sur les préparatifs.

Alors de quoi s’agit-il ? Comme le dit Ézékiel (36, 24-28), il s’agit d’avoir un cœur nouveau, un esprit nouveau ; de convertir notre cœur de pierre, par un cœur de chair ; de marcher selon les lois de Dieu et de garder ses préceptes en leur étant fidèles.

Dieu nous aide dans cet effort de conversion de notre cœur. Ézékiel poursuit : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai ». C’est Dieu qui fournit l’habit de noce, par les sacrements notamment. Il est en effet bien négligeant, l’invité rejeté de la noce parce qu’il n’avait pas de bel habit, puisque c’est Dieu qui nous lave, nous purifie et nous rend beaux, en un mot : nous convertit, nous habille de son amour.

Frères et sœurs, il ne suffit pas de se sentir appelé par Dieu pour être sauvé. Encore faut-il le laisser dissiper nos ténèbres, convertir notre cœur, nous purifier par ses sacrements et nous habiller de sa grâce, pour que nous ayons la dignité des noces divines. La plénitude du bonheur est à ce prix.

Le propos de l’Évangile de ce dimanche est d’évoquer nos espoirs de bonheur douchés, quand l’espérance d’une joie divine se termine en grincements de dents, quand nos perspectives de félicité amoureuse tournent à l’aigre.

Au-delà du jugement final de Dieu, ce sont des situations qu’hélas, il nous arrive de vivre : comment une amitié se transforme-t-elle en rejet brutal ? Comment l’amour se mue-t-il parfois en enfer ? C’est toujours quand, dans la relation, l’un ne fait plus l’effort de vouloir scintiller, refuse finalement de revêtir l’amour-même qui toujours, quelque part, brille.

L’amour nous revêt d’une beauté que parfois nous refusons d’endosser. L’amour nous rend beaux dans le regard d’autrui et il nous arrive de vouloir démentir ce regard, de refuser même de nous laisser embellir par l’affection qui nous est portée. L’absence de scintillement amoureux signifie toujours une fermeture au reflet des sentiments offerts. Comment espérer être pleinement accueillis, si nous refusons de refléter la joie qu’il y a de nous accueillir ?

Le Christ vient constamment nous rappeler que le royaume des cieux s’est rendu tout proche de nous. Il s’agit bel et bien de rayonner quelque chose de cette proximité. On ne vit des relations divines que si on endosse l’amour divin. Alors, parés de l’amour de Dieu, nos relations auront un avant-goût de Paradis, ensemble nous aurons l’impression de toucher au ciel.

Frères et sœurs, acharnons-nous à nous rendre beaux aux yeux de Dieu. Nous serons ainsi scintillants d’amour pour tous. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 7 octobre 2026.

11.10.2026 – HOMÉLIE DU 28ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 22, 1-14

Tous invités

Homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Les textes bibliques de ce dimanche nous adressent un appel à l’espérance. Ils nous rejoignent dans a situation qui est la nôtre. Dans la 1ère lecture, le prophète Isaïe s’adresse à un peuple qui vit une situation difficile. Son message cherche à le raffermir dans sa foi. Il annonce l’intervention de Dieu qui opèrera un renversement radical non seulement du sort d’Israël mais aussi de tous les peuples. C’est un monde nouveau qui est en train de naître, un monde où rien n’est perdu de ce qui est beau et bon, un monde le mal est exclu.

Cette proposition de salut est comparée à un festin offert à tous les peuples. Ce sera une vie entièrement nouvelle, en totale communion avec Dieu. Ce repas célèbrera la disparition définitive de l’humiliation, de la souffrance et de la mort. En communion les uns avec les autres, nous célèbrerons la grandeur de Dieu. À nous de diffuser cette bonne nouvelle si nous voulons hâter ce jour du grand festin entrevu par Isaïe.

C’est aussi cette bonne nouvelle que saint Paul a annoncée au monde païen de ton temps. Sa vie était loin d’être une succession de festins. Sa plus grande préoccupation était que l’invitation du Christ soit proclamée dans le monde entier. Il a vécu des moments difficiles ; il a connu des privations ; il a souffert les persécutions. Mais il trouve sa force en Dieu. Lui seul peut nous combler pleinement. Sa grâce nous suffit.

L’évangile nous présente un roi qui célébrait noces de son fils. Ce roi, c’est Dieu. Il invite l’humanité entière à la noce de son Fils Jésus. Envoyé par le Père, Jésus a épousé notre humanité par son incarnation. Et le Père veut absolument que tous en bénéficient et s’en réjouissent. C’est donc toute l’humanité que Dieu veut rassembler auprès de lui. Les paroles de Jésus sont très claires : « Allez donc à la croisée des chemins ; tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noces. »

La mission de l’Église, notre mission à tous, c’est d’être les messagers de cette invitation. En tant que chrétiens baptisés et confirmés, nous sommes envoyés dans le monde pour témoigner de cette bonne nouvelle et de l’espérance qui nous anime. C’est en vue de cette mission que Jésus nous envoie son Esprit Saint. Nous ne pouvons pas être disciples du Christ sans être missionnaires. C’est toute notre vie qui doit contribuer à l’annonce de Jésus.

Voilà donc cette invitation à la fête. Mais l’évangile nous montre l’obstination de ceux qui se sont éloignés de la bonne nouvelle. Nous sommes surpris et même choqués devant l’attitude désinvolte des invités de cette parabole. On leur propose quelque chose d’extraordinaire qui va transformer leur vie ; or voilà qu’ils n’ont pas le temps, ils sont débordés de travail, accablés de soucis. Pire, ils se retournent contre les messagers porteurs de cette bonne nouvelle qui insistent et ils les maltraitent sauvagement. C’est une allusion à tous les martyrs d’autrefois et à ceux d’aujourd’hui.

Nous aussi, nous trouvons facilement des excuses pour ne pas répondre à l’invitation du Seigneur. Je n’ai pas le temps de prier ni d’aller à la messe d’aller à la messe parce que j’ai trop de travail ou encore parce que j’ai des invités. On oublie alors que l’Eucharistie est vraiment le rendez-vous le plus important de la semaine. Le Christ est là présent ; il rejoint les communautés chrétiennes réunies en son nom. Il vient nous redire l’amour passionné de Dieu pour tous les hommes. Malheureusement, beaucoup préfèrent être tranquillement installés chez eux et éviter tout ce qui dérange leur tranquillité.

Bien sûr, Jésus ne force personne à venir à ses noces. Mais il poursuit inlassablement son invitation. Il ne peut pas se résigner à nous voir malheureux loin de lui. Dieu est amour. Il ne peut pas ne pas aimer. Toute la Bible nous montre Dieu s’adressant aux hommes en termes d’amour et d’alliance. C’est comme un feu que rien ne peut arrêter.

La deuxième partie de l’évangile nous montre le rassemblement dans la salle des noces. Nous assistons à l’entrée du Roi. Et là, il y a un problème. L’un des convives n’a pas son vêtement de noces. Alors on se pose la question : Comment reprocher à un homme que l’on a ramassé sur la route de ne pas avoir son vêtement nuptial ? Si Jésus a ajouté cette exagération, c’est qu’il a un message important à nous transmettre.

Jésus vient en effet nous rappeler que nous devons nous habiller de justice, porter des fruits de droiture. Porter le vêtement de noces, c’est être converti. Cet habit nuptial nous est fourni par le sacrement de la réconciliation. C’est là que nous retrouvons notre dignité d’enfants de Dieu. N’oublions jamais que le Seigneur est toujours là pour nous revêtir de sa lumière et de sa gloire.

En ce mois du Rosaire, nous nous tournons aussi vers la Vierge Marie. Qu’elle nous accompagne sur ce chemin de conversion. Confions-lui les drames et les espérances de notre monde. Prions-la aussi pour ceux qui sont persécutés à cause de leur foi. Elle sera toujours là pour nous renvoyer au Christ. “Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur.” Amen.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 4 octobre 2026