06.04.2025 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE DE CARÊME – JEAN 8,1-11

Qui peut juger ?

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Jean 8, 1-11

Le passage de l’Évangile de ce dimanche qui relate l’histoire de la Femme adultère est le seul du Nouveau Testament qui mentionne que Jésus écrive. Par deux fois, Jésus se baisse et écrit sur le sol. Ce n’est pas tant le fait que Jésus sache lire et écrire qui importe ici – c’était le cas de beaucoup de ses contemporains juifs. Ce n’est pas non plus ce que Jésus écrit sur le sol qu’il s’agit interpréter, le texte ne le mentionne pas. Le détail qui importe ici, c’est que Jésus écrive par deux fois. Ce n’est pas anodin. C’est même la clé de compréhension du texte.

Au cœur de cet Évangile : la Loi. Non pas le principe même de la Loi – Jésus ne conteste pas le bien-fondé de la Loi qu’il respecte par ailleurs – mais la manière de l’appliquer. « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5, 17).

L’exemple choisi par Jean pour nous le montrer est frappant à dessein : il s’agit d’une femme ; il s’agit d’un adultère et les faits ne sont pas contestables : elle a été prise en flagrant délit ; elle a effectivement trompé son mari ; la loi, dès lors, la condamne à mort. Tout pour exciter les instincts les plus vils d’un auditoire essentiellement masculin. C’est le propos : faire appel au sentiment avec lequel on juge, celui avec lequel on applique la Loi. Il y a en effet toute la place pour la frustration et le ressentiment d’un homme dans le jet d’une seule pierre, qui en projetant ses propres difficultés matrimoniales, qui ses propres déviances.

Notre manière de juger dépend fortement de notre état d’esprit. Lorsque nous souffrons voire sommes simplement irrités, nous jugeons plus sévèrement ; lorsque nous aimons, nous sommes bien plus miséricordieux. Sans doute, sommes-nous aussi plus cléments envers ceux qui partagent les faiblesses et les torts dont nous nous accommodons. Comme nous sommes certainement plus implacables envers ceux qui témoignent de mauvais penchants contre lesquels personnellement nous luttons. Un principe du droit affirme que la justice est aveugle et ses allégories la représentent comme une femme aux yeux bandés, pesant les faits sur une balance, pour bien signifier qu’une bonne justice ne se rend pas sur des sentiments.

« Celui qui est sans péché, qu’il soit le premier à jeter une pierre.» Notre péché teinte notre manière de juger. Il nous rend partiaux. Il faut un cœur sans tache pour juger avec impartialité et nous sommes tous quelque peu le jouet de nos préférences et sentiments. Ainsi seul Dieu juge valablement ; lui seul conserve un regard impartial, le regard de la plus parfaite miséricorde, du plus pur amour.

En faisant appel à leur raison – qui êtes-vous pour juger ? – le Christ renvoie les justiciers implacables à leur propre faiblesse, provoquant un à un leur renoncement à condamner quand ils mesurent leur péché. Voici l’occasion pour nous de scruter nos jugements les plus implacables, les attitudes, les comportements qui voient surgir notre dureté de cœur, voire notre mépris. Ces jugements durs qui nous viennent au cœur sont le reflet de notre sentiment d’impuissance face aux maux dont nous souffrons, que nous les subissions, que nous les commettions. Les jugements implacables, la dureté de cœur sont toujours le signe du péché qui nous affecte – le nôtre, celui d’autrui. Savoir les repérer, nous éclaire sur nous-même.

Ensuite, après avoir renvoyé chacun à la miséricorde qu’il a envers lui-même quand il s’égare, Jésus écrit une deuxième fois sur le sol et rend sa sentence : « Moi non plus, je ne te condamne pas. » Lui, l’homme sans péché, le juge au cœur impartial montre la miséricorde de Dieu : « Va, et désormais ne pèche plus. »

Ces deux écritures dans la poussière du sol représentent la Loi. L’ancienne et la nouvelle loi données par Dieu. L’ancienne renvoyait chacun à son péché ; la nouvelle loi est celle de la miséricorde de Dieu, celle qu’incarne le Christ. Avant, l’affirmation de principes implacables ; désormais, celle de l’incarnation de l’amour divin. C’est ainsi l’amour qui précède la justice, et non l’inverse.

C’est dans la poussière de notre âme que Dieu inscrit sa Loi, là où affleure notre péché. Mais c’est dans la tendresse de notre cœur que le Christ inscrit désormais son application. L’objectif de la Loi n’est ainsi plus tant la répression des fautes que la promotion de l’amour.

Nos jugements implacables reflètent les limites de notre cœur. Voici que s’ajoute à nos efforts de carême, le combat contre sa rigidité. Quelles sont les personnes que je lapiderais volontiers de mon cœur de pierre ? Voilà les blessures en moi que l’amour de Dieu n’a pas encore rejointes.

Enfin, je voudrais évoquer nos jugements implacables envers nous-même. Cela nous arrive tous de parfois de nous trouver fautifs, misérables, honteux voire, pour certains, méprisables. L’Évangile de la femme adultère est aussi une invitation à la miséricorde envers nous-même. La dureté de cœur envers soi, voire le mépris de soi sont des maux bien plus redoutables que les comportements qu’ils prétendent juger. La rigidité de nos jugements sur nous-même est avant tout un signe de désespérance de soi, laquelle ne pourra mener qu’au découragement et ultimement à la peur du regard de Dieu, au risque ultime de s’enfermer dans une peur de la miséricorde elle-même. On ne conçoit plus alors que Dieu puisse porter sur nous un autre regard que la honte, voire le mépris que nous avons de nous-même.

Seigneur, donne-nous de voir qu’au-delà de tous nos petits jugements sur les autres et sur nous-même, il y a une manière plus juste d’aimer et de s’aimer : celle qui fait confiance en ta miséricorde et ton pardon, celle qui incarne ton amour inconditionnel pour tous.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RÉSURGENCE.BE, le 2 avril 2026

06.04.2025 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE DE CARÊME – JEAN 8,1-11

Dieu libérateur

Textes bibliques : Lire


Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Les textes bibliques de ce dimanche nous révèlent un Dieu qui veut libérer et sauver ceux qui étaient perdus. Le prophète Isaïe (1ère lecture) s’adresse à un peuple qui vient de vivre une longue période de captivité. Il lui annonce une bonne nouvelle : c’est aujourd’hui que Dieu intervient pour sauver son peuple. Ce dernier va pouvoir revenir vers la Terre promise ; le désert qu’il va traverser sera jalonné d’oasis ; il faut y voir le signe que Dieu peut redonner vie et espérance aux cœurs les plus arides.

Cette bonne nouvelle nous concerne tous aujourd’hui : dans ce monde qui est le nôtre, beaucoup vivent dans la désespérance. C’est dans ce monde tel qu’il est que nous sommes envoyés. Notre mission, c’est d’y révéler la Source d’eau vive, celle qui fait fleurir tous les déserts, ceux de nos familles, ceux de notre vie et ceux de notre monde. Cette source inépuisable c’est celle de l’amour qui est en Dieu. C’est auprès de lui que nous sommes invités à puiser chaque jour.

Dans la seconde lecture, saint Paul nous donne son témoignage. Sa rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas a provoqué un renversement radical dans sa vie. Au départ, il était un ardent défenseur de la loi juive. Il poursuivait les chrétiens et les faisait enfermer. Mais après sa conversion, il n’a désormais d’autre fierté et d’autre ambition que de « connaître le Christ » et de « parvenir à la résurrection des morts » en communiant aux souffrances de sa Passion. Pour nous comme pour Paul, la vraie libération c’est celle qui vient du Christ. C’est un don que Dieu nous fait par pure miséricorde. C’est avec lui que nous trouverons la force de nous libérer de tout ce qui nous enferme sur nous-mêmes.

L’Évangile de saint Jean nous montre la miséricorde qui libère. Dimanche dernier, Jésus en parlait sous la forme d’une parabole, celle du fils prodigue. Mais aujourd’hui, nous le voyons confronté à une situation bien réelle : on lui amène une femme coupable d’adultère. Ses accusateurs sont des scribes et des pharisiens, des experts de la loi de Moïse, des personnes reconnues pour leur ferveur religieuse. D’après la loi de Moïse, cette femme doit être lapidée. Mais s’ils se tournent vers lui, c’est pour le piéger. S’il refuse de la condamner, il est en contradiction avec la loi de Moïse ; et s’il la condamne, il est en contradiction avec la miséricorde qu’il prêche.

Mais Jésus opère un renversement : il ouvre un nouveau procès, celui des accusateurs : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Pendant que Jésus a la délicatesse de baisser les yeux, chacun examine sa conscience et… se retire. Il reste un homme sans péché, Jésus ; lui seul aurait eu le droit de condamner, mais il ne le fait pas : « Moi non plus, je ne te condamne pas, va et désormais ne pèche plus. » La menace de mort disparaît, le chemin d’une vie nouvelle s’ouvre pour cette femme.

En lisant cet Évangile, nous pensons à tous les scandales, petits ou grands. Certains sont connus seulement de l’entourage familier. D’autres sont répandus par la Presse, la télé et Internet. Alors les langues vont bon train. Bien sûr, on ne lapide plus les pécheurs et les pécheresses. Mais on ricane, on dénonce celui qui a fauté ; on l’enfonce dans sa mauvaise réputation. On ne lui laisse aucune chance de s’en sortir.

C’est alors qu’il nous faut revenir à cette parole du Christ : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Devant Dieu, nous sommes tous des pauvres pécheurs. Avant de faire la leçon aux autres, nous sommes invités à enlever la poutre qui est dans notre œil. Cette poutre c’est l’orgueil, c’est le mépris à l’égard de celui qui a fauté. En agissant ainsi, nous allons contre le Christ qui est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. C’est par amour pour eux et pour le monde entier qu’il est mort sur une croix.

Comprenons bien, le péché est un mal que nous devons combattre de toutes nos forces. Mais le pécheur c’est quelqu’un qu’il faut guérir et sauver. Il a besoin qu’on l’aide à retrouver sa place dans la communauté chrétienne. La vie chrétienne est un combat de tous les jours contre les forces du mal. Mais pour ce combat, nous ne sommes pas seuls. Jésus est avec nous pour nous montrer le chemin. Marie est là aussi ; comme aux noces de Cana, elle nous redit : « Faites tout ce qu’il vous dira… » Puisez à la Source de Celui qui est l’Amour… Soyez les témoins et les messagers de sa miséricorde dans le monde d’aujourd’hui. Si nous voulons que ce carême soit vraiment libérateur, il n’y a qu’un seul commandement : aimer comme Jésus aime.

Seigneur, en ce dimanche, nous sommes venus à toi avec notre désir d’accueillir ta Parole et de nous laisser transformer par elle. Tu peux changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair. Que ta présence nous apporte la joie d’aider, de soutenir, de consoler et d’aimer. Que ta Parole soit Lumière pour notre monde et que ton amour apaise tous ceux qui souffrent.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 30 mars 2025

09.02.2025 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – LUC 5,1-11

Les eaux profondes

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Luc 5, 1-11

Comme toute lecture biblique, l’Évangile de ce dimanche permet plusieurs niveaux de lecture. Je vais en présenter sommairement cinq. Puis nous en ferons une synthèse pour aujourd’hui.

Premièrement, la lecture littérale : il y a effectivement eu pour Simon-Pierre, une pèche miraculeuse sur les indications de Jésus après une nuit harassante à ne rien prendre, qui nous indique qu’embarquer le Christ dans nos entreprises est toujours source de prospérité. C’est une lecture simple, assez triviale, qui n’est pourtant pas dépourvue de sens.

Une autre lecture, sans doute plus proche de l’intention de l’Évangéliste, est celle qui comprend que ce miracle est une prophétie à propos de l’Église, symbolisée ici par la présence de Pierre, Jacques et Jean. L’Église a à s’avancer au large, c’est là qu’elle sera abondamment « pêcheuse d’hommes ». On voit ici se déployer l’intention universaliste de la mission chrétienne, dès le début de l’Évangile de Luc. Et on peut établir un parallélisme direct avec les incessants encouragements du pape à « aller vers les périphéries » de l’Église.

Troisième lecture possible : celle qui met en lumière la transition entre l’ancienne et la nouvelle alliance. Le peuple hébreux a, jusqu’alors, « peiné toute la nuit sans rien prendre » mais l’arrivée du Christ change radicalement les choses : « sur ta parole, je vais jeter les filets. » C’est la confiance en la parole du Christ qui renouvelle l’alliance de Dieu avec les hommes.

Toujours présente, et toujours à faire, la lecture spirituelle du texte. Le Christ nous invite à aller en eaux profondes, à nous avancer spirituellement là où nous pensons perdre pied, à aborder courageusement les tumultes de notre âme, à affronter la peur que nous avons de nos propres insécurités voire de nos ténèbres. La pêche sera alors miraculeuse et les profits spirituels abondants.

Enfin, on peut s’attacher à ce qu’éprouve personnellement Pierre, lorsqu’il perçoit l’inouï de la grâce de Dieu : « à cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : ‘Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur.’ » qui traduit le sentiment que l’on éprouve de ne pas mériter les grâces que Dieu nous donne. Il ne s’agit pas tant de s’abaisser devant Dieu – nous sommes tous pécheurs – que de reconnaître que l’abondance de son amour nous dépasse radicalement.

C’est un dimanche pour savourer la grâce abondante de Dieu, à travers l’histoire de son peuple, à travers la mission de l’Église, à travers les pêches miraculeuses de notre vie, à chaque fois que nous embarquons le Christ avec nous pour aimer le monde.

C’est un dimanche pour méditer la joie des interventions divines dans notre histoire, ce sentiment d’abondance et d’amour inouï de Dieu à notre égard, que j’espère nous avons tous eu l’occasion de vivre – qui en rencontrant l’amour, qui en donnant la vie, qui en renouvelant la sienne. Parce que c’est cette joie, ce sentiment d’abondance de la grâce de Dieu que pourtant nous ne méritons pas, qui nous pousse à laisser tout le reste pour suivre le Christ.

Les eaux profondes – aller vers l’inconnu, sonder les remous de notre âme – peuvent nous faire peur et il peut être tentant de vouloir rester au bord de la foi, de vivre d’une foi timide, peu profonde, qui n’oserait pas lâcher prise. Je pense important de lutter contre le confort spirituel, contre la religion chrétienne perçue comme un cocon, finalement contre la tiédeur de l’âme.

L’amour de Dieu doit bien sûr nous rassurer : il est pour nous un rempart puissant contre les troubles de l’existence, contre le sentiment de sombrer qui peut parfois nous gagner. Mais, précisément, parce que cet amour est au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer, bien au-delà de notre propre mérite, il doit non seulement nous rassurer mais nous pousser à l’audace des eaux profondes. On retrouve ici l’exhortation de s. Jean-Paul II à l’inauguration de son pontificat : « N’ayez pas peur ! »

L’amour qu’a Dieu pour nous est surabondant comme la pêche miraculeuse, tellement surabondant qu’il devrait apaiser toutes nos craintes. Méditons sur nos audaces affectives, toutes ces fois où nous avons généreusement donné notre cœur – à l’audace que nous avons eue de nous marier, par exemple, l’audace de faire des enfants ou de donner notre vie à Dieu, à tous ces paris sur la vie que nous avons faits et à la surabondance des grâces que nous avons alors reçues en retour. Et à la suite de Marie, mesurons à quel point l’audace de la foi est toujours comblée de grâces.

Aujourd’hui les temps sont fort troublés, l’instabilité politique est très inquiétante, et la situation psychologique des peuples l’est autant. Partout la violence, le replis sur soi voire le rejet de qui nous inquiète vont croissant. C’est précisément le temps de l’audace spirituelle, le temps de ceux qui n’auront pas peur d’aller en eaux troubles et profondes. Aujourd’hui vient le temps de nous redire, et d’aller redire au monde : « N’ayez pas peur ! » de déborder d’amour, c’est notre seule planche de salut.

N’ayez pas peur des temps qui aujourd’hui se troublent. N’ayez pas peur des tensions qui désormais partout s’élèvent. N’ayez pas peur de l’avenir. Au contraire, laissons nous guider par l’Esprit de Dieu vers l’audace des eaux profondes. Et gardons confiance que, de cette audace spirituelle à affronter les défis actuels, surgira la surabondance miraculeuse que l’Évangile nous promet.

« N’ayez pas peur ! » « Avancez au large, et jetez vos filets.»

Fr. Laurent Mathelot

Source : RÉSURGENCE.BE, le 5 février 2025

09.02.2025 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – LUC 5,1-11

Textes bibliques : Lire

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Les textes bibliques de ce dimanche nous montrent un Dieu qui appelle tous les hommes pour être ses messagers ; il s’est adressé à Isaïe qui n’avait que 20 ans ; et il lui pose cette question : « qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? » Et Isaïe a répondu : « Me voici, envoie-moi ! » C’est ainsi qu’Isaïe est devenu prophète du Seigneur auprès de son peuple.

« Qui enverrai-je ? » C’est aussi cette question qui a interpellé les acteurs de la Pastorale de la santé. Chacun à sa manière s’efforce de vivre au quotidien la Parole du Christ : « j’étais malade et vous m’avez visité… » Cette journée nous donne l’occasion de mettre à l’honneur toutes les personnes qui sont au contact des personnes malades, à domicile, dans les hôpitaux, les maisons de retraite, au Service Évangélique des malades…

Ce service auprès des plus fragiles n’est pas que l’affaire de quelques-uns. Il nous concerne tous. Nous sommes tous appelés et envoyés. Dans la seconde lecture, nous avons le témoignage de Paul. Ce qui a fait de lui un apôtre du Christ ce n’est pas d’abord ses qualités d’orateur ni ses voyages missionnaires, ni son souci des pauvres et des opprimés. Le vrai point de départ a été sa rencontre avec le Christ ressuscité sur le chemin de Damas. Il l’a vu vivant au milieu des siens. Le Christ l’a appelé à le suivre ; lui-même nous dit : “c’est par la grâce de Dieu je suis ce que je suis”. Nous aussi, nous sommes le fruit de cette grâce aussi bien par nos qualités humaines que par la foi que nous avons reçue. Le Christ est toujours avec nous ; comme Paul et bien d’autres nous avons la responsabilité de transmettre ce que nous avons reçu.

L’Évangile nous parle de l’appel des premiers disciples. Pressé par la foule, Jésus a besoin d’être aidé. C’est important car il faut que le filet de la Parole atteigne tous les hommes. Cette aide, il va la demander aux pêcheurs qui ont mis leurs barques à sa disposition. Il va d’abord les inviter à avancer au large et de jeter leurs filets pour prendre du poisson.

Simon qui avait peiné toute la nuit sans rien prendre répond à l’invitation du Maître : “Sur ta parole, je vais jeter les filets.” Simon joue gros sur la Parole de Jésus. Il joue son avenir mais il ne le sait pas encore. Un seul geste exécuté à la demande du Seigneur et le résultat est inespéré. Il doit même demander à ses compagnons de l’autre barque de venir l’aider sinon cette pêche extraordinaire aurait été perdue.

Aujourd’hui comme autrefois, le Christ nous invite à avancer au large. En ce jour, il nous envoie spécialement vers les plus fragiles. Le regard de la foi nous apprend à le reconnaître quand nous sommes réunis en son nom. Il est également présent au cœur de ce monde à travers les chrétiens qui s’engagent pour répondre à son appel : des catéchistes, des animateurs accompagnent les enfants et les jeunes. Des équipes s’organisent pour visiter des personnes malades. D’autres accompagnent les familles en deuil. A travers tous ces gestes de solidarité et bien d’autres, c’est le Seigneur ressuscité qui se manifeste à nous. Il compte sur nous pour que, à notre tour, nous devenions des apôtres.

A la suite de Pierre et des apôtres, nous sommes tous appelés et envoyés pour être des pêcheurs d’hommes. Comprenons bien : cette pêche n’a rien à voir avec une capture. C’est d’un sauvetage qu’il s’agit. Nous sommes un peu comme ceux qui se jettent à l’eau pour ramener celui ou celle qui risquait de se noyer. A travers nous, c’est le Seigneur qui agit car il veut que tous les hommes soient sauvés.

Mais nous ne devons jamais oublier que sans Jésus, ces filets resteront vides. Si nous abandonnons la prière et les sacrements, nos efforts resteront vains. On va peiner des jours et des jours pour rien. Le Christ nous invite à nous raccrocher à lui et à accueillir la nourriture qu’il nous propose pour nourrir notre foi, notre espérance et notre amour. Il nous assure de sa présence tous les jours et jusqu’à la fin de notre vie.

Nous t’en prions, Dieu notre Père, répands sur nous ton Esprit ; qu’il nous oriente sans cesse vers la Lumière. Qu’il nous donne la force de conformer notre vie à la Parole de ton Fils Jésus Christ, lui qui a été envoyé pour les pécheurs comme pour les justes. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 1er février 2025

19.01.2025 – HOMÉLIE DU 2ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – JEAN 2,1-11

Œnologie spirituelle

Homélie par le Frère Laurent Mathelot

« C’était à Cana de Galilée. Jésus manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » Croyons-nous en Jésus parce qu’il peut changer l’eau en vin ? Parce qu’il peut marcher sur l’eau ? Parce qu’il peut apaiser la tempête ?

Que Jésus ait été un guérisseur, tout le monde est prêt à l’admettre. Qu’il ait ressuscité des morts, c’est déjà plus difficile à croire réellement – nous sommes devenus très rationnels – mais qu’il ait véritablement multiplié les pains ? Croyons-nous que c’est ce qui s’est effectivement passé ? Croyons-nous qu’à Cana, Jésus ait réellement changé de l’eau en vin ?

Je vous propose de faire ici ce qui se fait d’habitude en amont de l’homélie, pour la préparer : l’analyse littéraire du texte – les savants parlent d’exégèse – qui va nous permettre de mieux le comprendre.

Nous sommes ici dans l’Évangile de Jean et il faut savoir que l’Évangile de Jean est très construit. C’est essentiellement un ouvrage de théologie écrit autours d’une question centrale : quels sont les signes du divin ? C’est une œuvre littéraire très soignée. Bien plus que l’Évangile de Marc, par exemple, qui est écrit dans un grec plus ordinaire, avec beaucoup moins de figures de style et de constructions linguistiques. L’Évangile de Jean est un texte très travaillé, justement pour donner plus de profondeur à la lecture, pour inviter le lecteur à y voir plusieurs niveaux.

Par ailleurs, vous le savez, j’ai plusieurs fois eu l’occasion de le dire : le judaïsme ancien n’aime pas beaucoup les notions abstraites. Au contraire, il use d’images très concrètes pour dire ce qui ne l’est pas : il parle de la foi ˮgrosse comme une graine de moutardeˮ, par exemple. Pour rendre compte de ce qui est extrêmement difficile, il parlera de faire ˮpasser un chameau par le chas d’une aiguilleˮ. Pour dire qu’une chose est incroyable, il parlera de ˮdemander à une montagne de se jeter dans la merˮ. La littérature juive, comme la culture juive quotidienne, est truffée de ces images à la fois très concrètes et très parlantes pour rendre compte de ce qui est plus abstrait.

Alors la question se pose tout de suite, dire que l’eau se change en vin n’est ce pas une de ces images très concrètes pour dire quelque chose de plus abstrait ?

Vous pouvez croire que véritablement, de l’eau soit devenue du vin par l’intervention miraculeuse de Jésus. Au fond, s’il est Dieu et, puisque Dieu est tout-puissant, pourquoi ne pourrait-il pas changer de l’eau en vin ? C’est la première apparition publique de Jésus et il fait un miracle éclatant pour que les gens croient en lui. C’est finalement une explication simple. C’est ce qu’on appelle la lecture littérale : on croit ce que dit le texte au premier abord. Il est écrit que Jésus a changé l’eau en vin : c’est que Jésus a changé l’eau en vin. Point.

Sauf que je ne vois pas très bien en quoi ça me sauve de savoir que Jésus peut changer l’eau en vin … Si c’est juste pour dire qu’il est puissant et qu’il peut faire des choses extraordinaires, c’est un peu ridicule. Des guérisons, des morts qui reviennent à la vie, là je comprends qu’il y a une puissance divine à l’œuvre qui, moi aussi, peut me sauver. Mais de l’eau changée en vin en quoi cela me sauve-t-il ?

La beauté littéraire du texte de Jean ramène tout de suite, je l’ai dit, à une lecture plus spirituelle. L’histoire nous parle à plusieurs niveau : elle nous parle de ce qui se passe en nous, en notre âme lorsque Jésus y est invité. Alors faisons cette courte exégèse pour comprendre ce que le texte dit de notre vie spirituelle.

Il s’agit d’un mariage. Vous avez remarqué qu’on ne sait rien des mariés : ils n’interviennent pas. On ne mentionne même pas leur nom. C’est un artifice littéraire pour faire savoir au lecteur qu’il doit justement chercher à comprendre de quel mariage il s’agit. Quand Jésus guérit un aveugle, on comprend que l’aveugle c’est parfois nous ; quand Jésus chasse un esprit mauvais, on comprend que c’est parfois l’esprit mauvais en nous. Quand au pied de la Croix, Jésus confie le disciple qu’il aimait à Marie sa mère, on comprend que ce disciple c’est nous. Alors ne s’agirait-il pas de notre propres noces avec le Christ, du fait que notre âme aime Dieu ?

Vient ensuite un épisode avec Marie où Jésus apparaît rudoyer quelque peu sa mère : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » C’est en fait tout l’inverse qui se passe : le récit donne ici une place importante à Marie – remarquez que Jésus lui obéira ; il fera ce qu’elle a demandé qu’il fasse. Au fond, on retrouve ici Marie qui « met en scène Jésus » … qui le « met au monde » dans le récit.

Surtout, on nous dit qu’il y avait six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs. Ce n’est donc n’importe quelle eau que Jésus change en vin dans le récit ; c’est l’eau avec laquelle on se purifie avant les rites sacrés. C’est ici la clé de lecture du texte : avant sa venue, il fallait des rites du purification pour toucher au divin ; maintenant qu’il est parmi nous, Jésus remplace la purification par un excellent vin de noces. On célèbre, on chante, on fait la fête en sa présence : voilà la nouvelle purification chrétienne. Et d’ailleurs, contrairement aux autres religions, nous ne faisons plus d’ablutions rituelles avant la prière ; c’est notre union à Dieu qui nous purifie – union que nous vivons comme un banquet de noces.

Ainsi on comprend la fin : le bon vin que l’on sert en dernier dans le récit, c’est la venue de Jésus parmi les hommes ; avant sa présence, le vin – c’est à dire la joie de célébrer – était moins parfaite. On comprend qu’au fur et à mesure que Dieu scelle son alliance avec l’humanité, plus il se rend présent parmi nous, plus il s’incarne, plus il épouse l’humain, plus la joie est parfaite.

Et donc le récit me raconte finalement que, plus mon existence s’apparente à des noces avec Dieu, à une relation d’amour personnelle avec lui, plus elle est emportée vers la joie, voire vers l’ivresse amoureuse.

Personnellement, je trouve que cette interprétation me donne mieux à comprendre comment la relation avec le Christ me sauve : parce que sa présence est comme un mariage d’amour avec chacune et chacun d’entre nous. Elle réjouit le cœur et l’âme comme le bon vin qu’on sert à des noces emplies de joie.

Le miracle de Cana, c’est le bonheur de s’apercevoir que Dieu nous a épousés, corps et âme, pour la vie.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RÉSURGENCE.BE, le 15 janvier 2025

19.01.2025 – HOMÉLIE DU 2ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – JEAN 2,1-11

« Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »

Textes bibliques : Lire


Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


«Il y eut des noces à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité, ainsi que ses disciples»… Or, on manqua de vin… » ce n’est pas surprenant car au temps de Jésus, les noces duraient sept jours. La fête a donc failli être gâchée. On n’avait pas prévu assez de vin. Marie s’en aperçoit. Elle s’adresse directement à Jésus ; puis elle s’adresse aux serviteurs ; elle leur dit : « faites tout ce qu’il vous dira ». Et c’est le signe extraordinaire : six cents litres de vin, c’est bien plus qu’il n’en faut pour une noce.

Ainsi donc, Jésus commence son ministère en prenant part à un repas de noces. Certains esprits grognons ont dû penser que c’était une curieuse façon d’annoncer la Parole de Dieu. D’ailleurs on le lui reprochera. Jésus lui-même s’en est rendu compte : un jour il dira : « le Fils de l’homme est venu : il mange et il boit et l’on dit : c’est un glouton et un ivrogne » (Mt 11-19)

Il ne faut pas lire cet Évangile comme une belle histoire qui finit bien. En agissant ainsi Jésus agit dans la ligne des prophètes. Les uns et les autres proclamaient le Message de Dieu autant par des gestes symboliques que par des paroles. L’image des noces exprime l’amour de Dieu pour son peuple. Son geste d’aujourd’hui nous rappelle l’alliance nouvelle. Un jour, il a comparé le Royaume de Dieu à un roi qui célébrait des noces pour son fils. Jésus a épousé notre humanité pécheresse pour l’élever jusqu’à sa divinité. Il invite chacun à vivre une alliance d’amour avec lui.

Mais le vin manqua. Dans la Bible, le vin c’est le symbole de la joie et de la bénédiction divine. Le manque de vin exprime la détresse des hommes qui sont loin de Dieu. Jésus a vu cette détresse et il est descendu parmi nous pour que nous ayons la plénitude de sa joie. Tout cela, il le manifeste à Cana par ces noces. Et il ne lésine pas sur les moyens : six cuves, environ six cents litres ! Et pas du vin ordinaire mais du vraiment « supérieur » comme on n’en avait jamais goûté ! Du bon vin gardé jusqu’à maintenant, celui de son amour pour nous.

La première lecture nous invite à entrer dans l’élan d’enthousiasme du prophète. Il s’adresse pourtant à une communauté qui se trouve réduite à une poignée de rescapés. Nous n’avons pas de mal à nous reconnaître dans cette description : il est de bon ton d’être inquiet pour l’Église ; c’est vrai que la baisse de la pratique religieuse, le manque de prêtres, les divisions entre chrétiens ont de quoi nous inquiéter. Mais le prophète intervient pour nous rappeler que Dieu n’a jamais cessé de nous aimer. Il se présente à tous comme l’époux qui est passionné d’amour pour son épouse. Sa puissance et sa gloire vont éclater, à tel point que les pays voisins seront émerveillés.

Dans la seconde lecture, saint Paul nous rappelle précisément que nous ne sommes pas abandonnés. Si des communautés chrétiennes se développent c’est d’abord grâce à l’Esprit Saint. Il est toujours présent et agissant dans le cœur de ceux et celles qui le met sur la route des missionnaires. Comme l’apôtre Paul, nous pouvons, nous aussi, faire la liste considérable des dons de l’Esprit Saint dans l’église d’aujourd’hui. Quel que soit le charisme de chacun, c’est toujours lui qui agit. C’est d’abord grâce à lui que le travail des missionnaires peut porter du fruit.

En lisant l’Évangile de ce jour, nous ne devons pas oublier le rôle de Marie, la mère de Jésus. Elle a vu le manque de vin et elle a dit à son fils. Elle est aussi présente dans notre vie. Elle voit tous nos manques, manques d’amour et de joie, manques d’espérance, manques de de paix. Si nous n’avons pas l’amour, nous ne pouvons pas entrer dans cette alliance entre Dieu et les hommes. Mais il nous faut entendre l’invitation de Marie : « Faites tout ce qu’il vous dira ».

Aujourd’hui comme autrefois, Jésus nous invite à puiser. Cette eau qu’il nous faut puiser c’est celle de la vie qui est en Dieu, c’est celle de son amour ; c’est l’eau vive que Jésus proposait à la Samaritaine. Le Seigneur ne cesse de vouloir nous combler de cette vie qui est en lui. Il suffit de puiser à la source et il fait tout le reste.

En conclusion, l’Évangile nous dit que Jésus « manifesta sa gloire » et que « ses disciples crurent en lui ». Ici, ce n’est que le début. La manifestation suprême de sa gloire aura lieu à « l’Heure de la Croix ». Le signe de Cana nous annonce la joie débordante de Pâques. Ce vin servi en abondance est le signe de la nouveauté et de la puissance de l’Évangile. À Cana, Jésus a remplacé l’eau par du vin. Mais n’oublions pas qu’il veut changer notre vie fade comme de l’eau en une vie bonne et savoureuse comme un grand cru. Un jour, ce sera la grande surprise. Nous pensions qu’il aurait servi le bon vin en premier. Encore une fois, une dernière fois, nous découvrirons que Jésus aura gardé le meilleur pour après et pour les siècles des siècles. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 12 janvier 2025

26.02.2023 – HOMÉLIE DU 1ER DIMANCHE DE CARÊME – ÉVANGILE DE MATTHIEU 4, 1-11

Homélie

Par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire

Dis les mots qui font revivre.


Les textes bibliques de ce 1er dimanche du Carême nous parlent de la tentation. Celle-ci peut se présenter à nous de multiples manières : la tentation de conduire trop vite, de trop manger ou boire, de dire une parole moqueuse ou méchante ; c’est aussi la tentation de montrer aux autres le peu de pouvoir que nous avons et d’en abuser à notre seul profit. Toutes ces tentations et bien d’autres cherchent à nous détourner de Dieu et même à nous révolter contre lui.

La première lecture nous dit que l’homme a été créé pour le bonheur, la vie, la joie, l’harmonie. Dieu veut notre bien et celui de notre monde. Et pourtant, il nous arrive de déraper, de le quitter et même de lui tourner le dos. Adam et Ève ont été piégés par « le serpent » ; ils ont voulu être « comme des dieux ». Mais en cédant à la tentation, ils se sont retrouvés dans une situation misérable. Leurs yeux se sont ouverts pour contempler l’homme déchu. Plus tard, à Emmaüs, les yeux des disciples s’ouvriront pour contempler « l’homme nouveau », Jésus ressuscité.

Dans la seconde lecture, saint Paul nous dit que le péché et la mort atteignent tous les hommes depuis les origines. Mais le plus important, c’est la supériorité du don de la grâce. Les dons de Dieu sont bien plus grands que nos nombreux péchés : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. » La bonne nouvelle que Jésus nous offre pèse bien plus lourd que la mort. C’est dans la croix et la résurrection du Christ que s’enracine notre espérance d’une victoire sur la mort et le péché.

L’Évangile nous parle des tentations de Jésus au désert. Il nous dit que derrière ces tentations, il y a quelqu’un. La Bible le nomme « le diable ». Il est celui qui cherche à faire tomber l’homme. Il est présent dans toutes les luttes de notre vie et il n’en démord pas. Il nous attaque par nos points faibles et il sait déguiser ses attaques. Il est un maître en tromperie. C’est ainsi qu’il a cherché à détourner Jésus de la voie du sacrifice et de l’amour qui s’offre au monde. Il lui a proposé de prendre une route facile, celle du succès et de la puissance.

Mais Jésus refuse d’utiliser son pouvoir de « Fils de Dieu » pour se procurer des satisfactions personnelles. Le succès médiatique ne l’intéresse pas. Il repousse avec décision toutes les tentations. Il répète avec fermeté sa décision de rester fidèle à son Père. Il n’accepte aucun compromis avec le péché ni avec la logique du monde. Et surtout, il ne dialogue pas avec Satan comme Ève l’avait fait au Paradis terrestre.

Jésus sait très bien qu’avec Satan, on ne peut pas dialoguer. Il choisit de se réfugier dans la Parole de Dieu : « Ce n’est pas seulement de pain que vit l’homme ». Manger c’est quelque chose de vital. Être en accord avec Dieu est encore plus vital : « Tu ne tenteras pas le Seigneur. » Ne le provoque pas. À Dieu seul, tu rendras un culte. » Ne te prosterne pas devant les idoles, devant des personnes et encore moins devant le diable. Ces tentations sont aussi appétissantes que le fruit défendu. À nous de choisir si nous voulons ou ne voulons pas enfants vivre en enfants de Dieu et être en relations de fraternité entre nous. Si nous choisissons de marcher à la suite du Christ, nous vivrons ; sinon, c’est la jungle.

Jésus a résisté au tentateur et celui-ci a fini par le quitter. Le Seigneur nous montre comment faire face à toutes ses attaques. C’est vrai que parfois nous succombons à la tentation. Nous nous détournons de Dieu. Mais le Seigneur ne cesse de nous appeler à revenir vers lui de tout notre cœur. Il est toujours prêt à nous relever. Il a vaincu le tentateur pour nous. Et depuis lors « Satan a joué sa dernière carte ». Jésus a remporté la victoire définitive de l’amour.

C’est donc avec le Christ vainqueur que nous entrons dans ce temps du Carême. C’est un temps favorable pour accomplir un chemin de conversion. Comme Jésus, nous sommes invités à nous réfugier dans la Parole de Dieu. C’est ainsi que nous trouverons force et courage dans notre lutte contre le mal. Avec le Christ, nous apprendrons à rejeter toutes les publicités mensongères qui courent à travers le monde et nous détournent de l’Évangile. La Lumière de la Parole de Dieu nous est offerte pour éclairer notre vie.

Le pain que nous recevons de toi, Seigneur, vient renouveler nos cœurs ; il nourrit la foi, il fait grandir l’espérance et nous donne la force d’aimer. Apprends-nous à toujours avoir faim du Christ, seul Pain vivant et vrai et de toute parole qui sort de ta bouche. Amen

Abbé Jean Compazieu

Sourie : DIMANCHEPROCHAIN. ORG, le 19 février 2024

26.02.2023 – HOMÉLIE DU 1ER DIMANCHE DE CARÊME – ÉVANGILE DE MATTHIEU 4, 1-11

Évangile de Matthieu 4, 1-11

Par le Fr. Raphaël Devillers

Carême : Tournant de la Foi

Depuis mercredi (puisque les dimanches sont exclus du compte), nous voici à nouveau entrés dans la période de 40 jours appelée « carême » (le latin quadragesima signifie 40). Le mot évoque tout de suite privations, petits sacrifices anodins, air triste et compassé. Il faut aller plus profond : « en quarantaine » : donc pour discerner le mal, changer notre point de vue, nous convertir, prendre un tournant dans notre vie de croyant. Il nous faut aller à Pâques.

Lorsque Jésus s’est rendu au fleuve Jourdain pour entendre le nouveau prophète, savait-il ce qui allait lui survenir ? Après avoir écouté longuement les exhortations tonitruantes de Jean qui annonçait la prochaine venue du Règne de Dieu, il descendit dans le gué et tout à coup il fit une expérience bouleversante. Il entendit une Voix céleste qui lui disait : « Tu es mon Fils bien-aimé » et l’Esprit-Saint l’imprégna tout entier.

Tandis que les gens, après avoir confessé leurs fautes, se rhabillaient et retournaient à leur vie ordinaire, Jésus, lui, s’enfonça dans la région désertique afin de réfléchir à l’impact de la révélation qu’il venait de recevoir. L’heure avait sonné d’accomplir sa mission : seul, dépourvu de moyens, que dois-je faire ? Dieu n’a rien précisé. Il entra « en quarantaine » dans la solitude et le silence total afin d’échapper à l’agitation du monde, mener une vie frugale pour se concentrer sur l’essentiel. L’enjeu était capital : rien moins que changer la face du monde, guérir l’humanité pécheresse. Un homme pour la planète entière !

C’est alors qu’une autre voix, tel un serpent, s’insinua et lui présenta les trois manières les plus évidentes d’agir afin d’accomplir sa tâche.

  • Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.

Les hommes ne seront-ils pas heureux s’ils sont assurés de nourriture gratuite, s’ils peuvent consommer de manière surabondante et variée ? Ce serait la fin des soucis, des angoisses, du travail éreintant. Un paradis où l’on peut se promener en paix, où l’on agit comme on veut. Illusion satanique, réplique Jésus.

  • Jésus répondit : Il est écrit : « Ce n’est seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».

Laissés à eux-mêmes, les hommes ne pourront jamais s’abstenir du mal. Leur coexistence n’est possible que s’ils acceptent de se laisser instruire par Dieu. S’ils se font eux-mêmes la loi, ils se dresseront les uns contre les autres. Même s’ils reconnaissent que frapper, voler, haïr est mal, ils le feront quand même, convaincus que le mauvais penchant qu’ils ont est malgré tout un bienfait pour eux. Mettre son bonheur dans les nourritures terrestres, c’est demeurer sous le règne animal régi par la loi de la jungle : le plus violent, le plus pervers l’emporte.

  • Le démon emmène Jésus à Jérusalem, au sommet du temple : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas car il est écrit « Dieu donnera ordre à ses anges, ils te porteront de peur que ton pied ne heurte une pierre ».

Notre autre grand rêve : nous élever au règne des anges. Échapper à la lourde pesanteur qui nous colle au sol, pouvoir planer, voguer dans l’azur, échapper aux chutes, aux échecs. Croire en Dieu pour qu’il ne nous arrive rien de grave. Nouvelle illusion, démasque Jésus.

  • Jésus lui déclara : Il est aussi écrit : «  Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu ».

L’univers a été créé avec ses lois et nous devons les observer. C’est grâce à cette obéissance que nous avons pu, à la suite de calculs et d’expérimentations, nous échapper vers les planètes. Mais nous ne pouvons défier Dieu de résoudre nos problèmes, exiger de lui qu’il fasse un miracle pour nous tirer d’embarras, nous dispenser du travail. Certes Jésus a accompli des guérisons mais elles furent peu nombreuses, jamais accomplies pour faire du merveilleux, réalisées comme à contrecœur car il ne voulait pas forcer notre liberté.

  • Le démon l’emmène alors sur une très haute montagne et lui fait voir le monde avec sa gloire. Il lui dit : «  Tout cela, je te le donnerai si tu te prosternes pour m’adorer ».

Le pire : user de moyens diaboliques, diviser, encourager l’envie, la cupidité, la frénésie sexuelle, la traite des êtres humains, le trafic des drogues, éliminer les faibles, imposer la violence, déclencher des guerres, attiser les conflits. Hélas – l’histoire et l’actualité récente nous le montrent – des multitudes sont prêtes à foncer derrière des menteurs et rêvent d’empire, de gloire. Et toujours au prix exorbitant de victimes, de ruines, de massacres, de ravages. Et toujours pour retomber de son piédestal. Le communisme de Staline a fait le goulag, le nazisme du Führer a culminé à Auschwitz, le capitalisme risque de conduire le monde à la destruction finale. Et l’histoire semble ne rien nous apprendre : il y a toujours des foules hypnotisées par les promesses diaboliques de gloire et de bonheur.

  • Alors Jésus lui dit : Arrière, Satan ! Il est écrit : «  C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras et c’est lui seul que tu adoreras ».

Toute la Bible raconte l’histoire d’un petit peuple à qui Dieu apprend à se méfier, comme de la peste, de l’idolâtrie et qui, en dépit des appels des prophètes, n’y parvient guère. Jésus, comme ceux-ci, répète la déclaration solennelle de Dieu : « J’ai mis devant toi la vie et la mort : choisis la vie ». La foi n’est pas une pommade religieuse pour adoucir un peu les peines de la vie. Adorer un Dieu unique, n’adorer que lui, ne céder à aucune autre pression, se savoir aimé infiniment et porté à aimer indéfiniment. On ne discute pas avec satan, on ne cherche pas de compromis avec lui : on le chasse. Notre société glorifie « les idoles » : qu’elle prenne garde, c’est un signe de décadence.

  • Alors le démon le quitte. Voici que des anges s’approchèrent de Jésus et ils le servaient.

Jésus a vaincu les trois tentations fondamentales auxquelles toutes les autres se rattachent. Son Père l’a laissé libre et maintenant il l‘assure de son aide. Ce combat lui a permis de clarifier son engagement et il va commencer sa mission.

  • Ayant appris que Jean avait été livré, Jésus se retira en Galilée. Quittant Nazareth, il vint habiter à Capharnaüm, au bord du lac de Galilée…. A partir de ce moment, il commença à proclamer : «  Convertissez-vous : le Règne de Dieu s’est approché. »

Par crainte d’une insurrection, le roi Hérode fait arrêter le prophète gêneur …et Jésus n’use pas de la force pour libérer son maître. Devant le danger, il fuit vers le nord et s’installe dans la province d’Israël marquée par la présence romaine. Son ministère débute au contraire des suggestions diaboliques : pauvre, seul, il circule dans les villages et utilise un moyen pauvre – parler – pour s’adresser à des pauvres. Mais en effet avec lui Dieu vient changer l’humanité non de manière spectaculaire avec armes et trompettes mais avec un appel pressant : « Changez de conception, n’adorez que Dieu ».

Nouveau Tournant

Mais que se passe-t-il alors ? Le jeune Prophète se heurte à une opposition farouche : non celle des grands pécheurs ni celle des Romains païens, mais bien celle des hommes qui se prétendent les plus pieux : pharisiens, prêtres, scribes ! Très vite leur hostilité se durcit, leurs attaques se multiplient, leurs menaces se précisent : « Cet individu a le diable au corps »…

Jésus de plus en plus prie pour pénétrer la volonté de son Père et recevoir la force de l’accomplir jusqu’au bout. Il ne peut ni se taire ni édulcorer ses exigences. La Vérité du Royaume est en jeu, il lui faut accomplir sa mission jusqu’au bout. Il monte au coeur d’Israël, le Temple, et dénonce le formalisme des liturgies, la fausse piété et la vanité des hauts responsables. Leur conduite et leur enseignement ne construisent pas une société basée sur le droit et la justice. Loin de mener le peuple à Dieu, ils le détournent de lui. L’issue est évidente : ce sera la condamnation et la croix. Mais l’infinie miséricorde de la victime, qui est bien le Fils, l’ouvre à la Vie nouvelle de son Père. A Pâques, le mystérieux Royaume est ouvert.

Autant les disciples étaient fiers de suivre un maître qui, par ses miracles, attiraient les foules, autant ils se braquèrent lorsque celui-ci leur annonça l’issue inéluctable de la croix, non par l’obligation de la souffrance mais à cause de la dureté des hommes. Au dernier moment ils l’abandonnèrent et s’enfuirent. Mais le Ressuscité revint vers eux et l’Esprit les combla enfin de la lumière, de la paix, de l’assurance : c’était eux d’abord qui devaient être convertis

Notre Carême

Baptisés souvent dès l’enfance, élevés dans la pratique des rites, nous ne remarquons pas que notre foi est tiède, routinière. Or elle n’est pas un opium pour nous tranquilliser. Le carême que nous n’avons pas fait au baptême, nous sommes appelés chaque année à le faire car on n’est pas chrétien une fois pour toutes. Comme les apôtres, nous renâclons devant le combat à mener, la croix que nous refusons de prendre.

Nous voulons, avec le Seigneur, changer le monde ? Commençons par nous changer et changer l’Eglise.

Fr. Raphaël Devillers, dominicain.

Source : RÉSURGENCES.BE, le 22 février 2023

5ème dimanche de carême – Année C – 3 avril 2022 – Évangile de Jean 8, 1-11

Par le Frère Raphaël Devillers

Évangile de Jean 8, 1-11

La Misère et la Miséricorde

La scène de la rencontre de Jésus avec la femme adultère est une des plus célèbres de l’Évangile, mais elle constitue un des gros problèmes du livre de Jean. En effet elle est absente des plus anciens manuscrits ou bien elle est insérée à une autre place et même parfois dans l’évangile de Luc car ses caractéristiques lui ressemblent. C’est pourquoi les exégètes R. Brown et X. Léon-Dufour l’omettent dans leurs grands commentaires de Jean. Toutefois Saint Augustin la commente à sa place et soupçonne la censure antique de « copistes de peu de foi qui craignaient pour la fidélité de leurs épouses ». En tout cas « son caractère canonique n’est pas à contester » (la Tob). « Une perle …un récit certainement authentique » dit Marchadour.

La Fête des Tentes

Comme toujours, il faut replacer le texte dans son contexte. La grande Fête des Tentes (« Soukkôt en hébreu) était la solennité la plus joyeuse de l’année : à la fin des récoltes et des vendanges (novembre), tout le peuple des pèlerins célébrait à Jérusalem les bienfaits de Dieu et faisait mémoire des ancêtres qui jadis, libérés de l’esclavage et riches de la Loi reçue au Sinaï, marchèrent à travers le désert, guidés par Dieu, pour entrer dans la terre promise. A leur imitation, les gens, pendant 8 jours, logeaient sous tente ou dans des cabanes et une joie immense éclatait partout avec exubérance. La fête se célèbre encore aujourd’hui.

Jésus menacé

A l’approche de cette fête, Jésus qui se sait pourtant menacé de mort par certaines autorités du temple a osé monter à Jérusalem (7,10). La foule s’étonne de le voir et les questions à son sujet fusent de partout : qui donc est-il ? D’où lui vient sa capacité d’enseigner ? Où va-t-il ? Certains le tiennent pour le messie mais les grands prêtres cherchent à le capturer. L’un d’eux, Nicodème, demande l’ouverture d’un procès sous la règle du droit. Il se fait remballer.

Le dernier jour de la fête, le huitième, où l’on implorait pour avoir des pluies, Jésus a osé lancer en public : « Si quelqu’un a soif – de la Vie – qu’il vienne à moi – et qu’il vive ». Scandale pour ses ennemis qui décident d’en finir une bonne fois avec ce blasphémateur. C’est alors qu’une occasion va se présenter à eux pour coincer Jésus. Le soir, comme d’habitude, Jésus va passer la nuit sur le mont des Oliviers.

La misère effondrée devant la Miséricorde

Dès le point du jour, Jésus revint au temple et, comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.

Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme qu’on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe. « Maître, disent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Or dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? ». Ils parlaient ainsi dans l’intention de lui tendre un piège pour avoir de quoi l’accuser.

Dès l’ouverture des portes Jésus revient sur l’esplanade, s’assied dans la position du maître et enseigne la Parole de Dieu. Tout à coup un groupe de spécialistes de la Loi fend la foule à l’écoute en hurlant : «  Laissez passer !!! » et ils lancent une femme en larmes, mourant de honte et d’angoisse, aux pieds de Jésus. Le cercle impitoyable des accusateurs se referme.

En effet il était écrit : «  Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort, l’homme adultère aussi bien que la femme adultère » (Lév 20, 10). Alors où est cet homme ? pourquoi la femme seule ? Certains supposent qu’il s’agissait d’un soldat romain, sur lequel la juridiction juive n’avait évidemment aucun pouvoir. D’autre part cette sentence ne s’appliquait plus puisque César s’était réservé le droit de condamnation à mort. Notez qu’on n’a aucun témoignage antique sur l’application de cette loi.

D’où la question tendue à Jésus : Lui, le prétendu messie libérateur, va-t-il se soumettre à la loi païenne ? Ou demandera-t-il une exécution qui contredirait son enseignement d’amour et qui provoquerait immédiatement une répression générale ? La femme n’est donc qu’un prétexte : ce qu’ils cherchent, c’est le rejet et la suppression de Jésus. Mais celui-ci va éviter le piège et les laisser a quia.

Réponse explosive de Jésus

Jésus se baissa et, du doigt, il traçait des traits sur le sol. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre ». Et il se baissa à nouveau pour tracer des traits sur le sol.

Impassible, Jésus, assis, se courbe comme pour rejoindre la femme épouvantée et former le couple des accusés. Notons que la femme ne se défend nullement, elle n’accuse ni son amant ni son époux, elle ne cherche pas de circonstances atténuantes. Et Jésus d’un doigt gratte le sol, sans rien écrire. La Loi sacrée d’Israël était gravée sur la pierre, inamovible : elle pouvait donc toujours servir de pierre, de projectile pour condamner celui ou celle qui la bafouait. Mais pour mettre un terme à la vie d’un coupable, ne faudrait-il pas être un juge parfaitement intègre, à la conscience lumineuse, être soi-même sans péché ?…

Jésus, lui, n’a jamais rien écrit : il parle, il explique, il répète, il s’adapte à ses auditeurs, appelle à la conversion, accueille à nouveau celui qui a été rétif, remet le pécheur dans les mains de son Père. Dans l’évangile, la porte est toujours entrouverte pour accueillir avec miséricorde Lévy, le fils prodigue, Zachée, la Samaritaine….

Quant à eux, sur cette réponse, ils s’en allaient l’un après l’autre …en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui. Il se redressa et lui demanda : « «  Femme, où sont-ils donc ? Alors personne ne t’a condamnée ? ». Elle répondit : « Personne, Seigneur ». Et Jésus lui dit : « Moi non plus je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus » .

La réponse inattendue désarçonne les juges et fait sauter le cercle des accusateurs : l’un après l’autre – les plus âgés d’abord, note malicieusement Jean –, ils se détournent et s’en vont, le bec cloué, reconnaissant publiquement la vérité de la parole de Jésus.

Et ils restent seuls, Jésus et la femme. « La misère et la Miséricorde » dit magnifiquement St Augustin. La femme est comme l’humanité, faible et misérable, promettant l’obéissance et chutant sans cesse dans la boue du péché. Et Jésus n’est plus le « maître » comme l’appelaient ses ennemis, quelqu’un qui ne peut que répéter les lois. Il est le « Seigneur » qui peut faire miséricorde.

Lui, le seul à être sans péché, murmure « Je ne te condamne pas » mais il ajoute : « Va et désormais ne pèche plus ». Un nouvel avenir s’ouvre pour celle que l’on voulait clouer dans son passé. L’ adultère reste un péché et il faudra continuer à combattre les tentations.

A deux reprises, Jean note que Jésus, après s’être abaissé, se redresse . Il se démarque du cercle raide et accusateur des juristes pour rejoindre la femme coupable tombée au plus bas. Mais ensuite il se relève. Il effectue ainsi comme un signe symbolique de ce qu’il va vivre lui-même.

Car à la grande solennité suivante de printemps, la Pâque, le cercle des juges se refermera sur Jésus. Giflé, injurié, fouetté mais debout, il ne répondra pas au verdict impitoyable de la Loi : « Il s’est fait roi : à mort, crucifie-le ». Dressé au Golgotha, il s’offrira par amour de son Père et des hommes et deviendra le Vivant, le Seigneur.Tous ceux qui croiront en lui seront certains d’être pardonnés.

Fr Raphael Devillers, dominicain

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Source: RÉSURGENCES, le 29 mars 2022