08.11.2026 – HOMÉLIE DU 32ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 25,1-13

L’amour que l’on emporte au ciel

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Matthieu 25, 1 – 13

En cette période de Toussaint, propice à une réflexion sur la mort, nous lisons le discours sur la fin des temps, des chapitres 24 et 25 de l’Évangile selon saint Matthieu. Lundi, nous avons commémoré tous les fidèles défunts, afin d’obtenir de Dieu qu’il délivre ou soulage leurs âmes du purgatoire. C’est aussi le propos de la parabole des dix vierges que nous méditons ce dimanche.

En effet, les vierges de la parabole représentent les âmes qui vont au ciel, certaines prévoyantes, d’autres insouciantes de ce qu’elles y emportent. Le sommeil dans lequel elles s’endorment, c’est la mort et l’huile est ici, comme partout dans la Bible, l’onction de l’Esprit Saint, l’Amour divin qui les a pénétrées. On comprend dès lors que le refus de partager l’huile, la grâce reçue de Dieu de notre vivant, ne signifie pas un égoïsme, mais reflète plutôt l’impossibilité de transmettre désormais notre charité, de donner encore personnellement notre amour au-delà de la mort. On découvre ainsi un éclairage eschatologique au commandement de Jésus d’aller nous réconcilier, avant de présenter notre offrande à l’autel (Mt 5, 23-24). Il s’agit, avant de mourir, non seulement d’avoir apaisé tous les chagrins, toutes les dissensions, tous les ressentiments que nous conserverions, mais il s’agit encore d’emporter avec soi un reliquat de grâce, une réserve de charité à présenter à Dieu, l’onction d’Esprit Saint qui percole encore de notre vie défunte.

Nous l’avions évoqué dimanche passé, le purgatoire n’apparaît qu’en filigrane dans la Bible, notamment à travers les paraboles qui évoquent le jugement de Dieu, l’invitation à s’apprêter pour ses banquets ou, comme ici, la prévoyance nécessaire à l’entrée dans son royaume. Le propos du purgatoire est d’assumer le fait, qu’à notre mort, ni l’amour que nous avons semé, ni les offenses que nous avons commises ici-bas ne cessent d’agir. L’esprit que nous avons incarné vivants persiste à réjouir ou attrister nos proches. Notamment, à notre mort, la souffrance que nous avons semée, même si elle s’apaise parfois, ne s’éteint pas dans le cœur de ceux que nous avons offensés. Et il ne nous est alors plus possible d’aller nous réconcilier. Ce seront d’autres, Dieu et les vivants que son Amour inspire, l’Église, qui devront consoler les blessés que nous laisserons en plan. On n’imagine pas qu’un malfaiteur entre joyeusement au ciel alors que des victimes souffrent encore douloureusement de ses méfaits. A tout le moins, faut-il que d’autres aient endossé la réparation de ses péchés, Dieu d’abord, et ceux ensuite qui apporteront sa consolation. La prière pour les âmes du purgatoire est la prière de l’Église qui assume la guérison des fautes des trépassés. Elle est, à la fois, demande de délivrance des âmes défuntes que des souffrances relient encore à la Terre, et affirmation de la volonté de guérir ces souffrances. Elle est, par excellence, la prière qui apaise les tensions persistantes entre les vivants et les morts.

L’enseignement de la parabole des dix vierges est de dire que, non seulement, il s’agit de mourir vierge de toute souillure affective mais encore s’agit-il d’emporter, dans la mort, des ressources spirituelle, quelque part emporter une réserve de grâce – l’amour de Dieu que nous aurons su incarner sur Terre et qui restera vivant au-delà de notre présence charnelle. Il ne s’agit pas simplement de faire place nette au moment de mourir, encore faut-il laisser une trace enchantée. Les larmes de ceux que notre disparition attristera en seront le témoignage immédiat. Mais au-delà de notre mort, nous espérons laisser un amour – toujours vivant – qui encore console et apaise. La réserve d’huile des vierges, c’est la charité persistant de leur vie qu’elles emportent au ciel, l’amour vivant que nous laisserons et qui permettra à nos proches de faire leur deuil. Ainsi, avons-nous un indice pour savoir si nos proches défunts sont au ciel : lorsque leur amour, persistant en nous, nous a déjà consolés.

La vigilance personnelle en vue de la Parousie, du retour du Christ – « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » – est à comprendre sous l’angle très concret et très quotidien d’une veille du cœur à non seulement ne laisser, entre nous, aucune trace de dissension mais, surtout, à s’apprêter à mourir le cœur débordant d’amour.

A mesure que notre vie débordera de charité à l’heure de la mort, nos proches seront consolés, établissant en leur cœur notre proximité avec Dieu. C’est d’ailleurs ainsi que l’Église décide des saints, à savoir des morts qui toujours consolent les vivants. A travers eux, concrètement, nous trouvons l’Esprit de résurrection de Dieu à l’œuvre. Ce peut être aussi à travers nos chers défunts, dont l’amour nous fait encore vivre. Ce pourra être aussi à travers nous, si nous nous y préparons.

« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure »

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 4 novembre 2026

08.11.2026 – HOMÉLIE DU 32ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 25,1-13

Dans la fidélité à Dieu, soyons vigilants

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


En ce dimanche, la seconde lecture nous parle des défunts. Tout au long de ce mois de novembre, nous les portons dans notre prière. C’était la grande préoccupation des chrétiens de Thessalonique ; il y a eu beaucoup de deuils chez eux. Les membres de cette communauté éprouvent un chagrin que l’espérance de la résurrection semble ne pas transfigurer. Pour dissiper leurs préoccupations et leurs inquiétudes, Paul leur explique que la mort n’est pas un obstacle. Il leur ouvre les yeux sur ce qui se passe après la mort : nous serons pour toujours avec le Seigneur. Il ne s’agit pas d’une vague survie ni d’une réincarnation. Notre espérance en Jésus ressuscité s’enracine dans le témoignage des apôtres qui ont donné leur vie pour lui.

L’Évangile nous indique les conditions à remplir pour entrer avec Jésus dans la gloire céleste. Le Seigneur compare le Royaume des cieux à un groupe de jeunes filles qui se prépare à la célébration des noces. Lui-même se compare à l’époux qui est attendu. Ces jeunes filles doivent veiller pour partager la joie de la fête. Le moment venu, le cortège nuptial devait s’avancer avec des lampes allumées. C’est une manière de dire que nous nous préparons à cette grande rencontre en gardant notre cœur en état d’éveil.

Cette lampe qui doit rester allumée, c’est celle de notre foi et de notre amour. Au jour de notre baptême, nous avons reçu un cadeau extraordinaire. Mais ce cadeau, c’est un peu comme le téléphone portable : il faut le recharger chaque jour, sinon il ne sert plus à rien. Si nous voulons que notre vie porte du fruit, nous avons besoin d’être reliés au Christ. L’huile qui ne doit jamais manquer c’est la prière, la Parole de Dieu, les sacrements. Si nous n’avons pas cette huile, notre lampe s’éteint, notre vie ne porte pas de fruit.

L’histoire de ces jeunes filles prévoyantes et imprévoyantes nous fait penser à une autre parabole de l’Évangile : il s’agit de cet homme prévoyant qui écoute la Parole de Dieu et qui la met en pratique. Il est comparable à un homme qui a bâti sa maison sur le roc et qui ne craint ni le vent ni les torrents. Par contre, l’insensé, l’insouciant qui a construit sur le sable s’expose à la ruine. Au lieu de construire sa vie sur Dieu, il a construit sur des valeurs qui n’en sont pas. Il nous fait penser à celui qui dit : “Quand j’aurai du temps, il faudra que je remette de l’ordre dans ma vie.” Pourquoi remettre à “quand j’aurai du temps” ou à “quand je serai à la retraite ?”

Cet Évangile nous renvoie donc à notre vie : de quel côté sommes-nous ? Des prévoyants ou des insensés ? L’insensé a construit sa vie sur du sable. Il est victime de la folie de celui qui s’oppose à Dieu et qui l’a mis en dehors de sa vie. Il s’est détourné de Dieu. Les sages, les prévoyants sont ceux et celles qui ont choisi de s’installer dans la fidélité. Ils se sont nourris de la Parole de Dieu et des sacrements. Ils se sont donnés du temps pour la prière.

La première lecture est extraite du livre de la Sagesse. Elle nous donne le témoignage d’un croyant qui chante sa foi. À la lumière de l’Évangile, nous comprenons que la Sagesse dont il est question, c’est le Christ lui-même. Il apporte à tous ceux qui le cherchent lumière, joie et espérance. Il illumine notre vie et nous montre le chemin. Le Christ nous rend capables de l’accueillir lorsqu’il se présente dans notre vie. Il se présente chaque jour et nous sommes invités à l’accueillir avec amour et prévenance. Notre foi doit être une recherche, un désir de Dieu, une ouverture de nous-mêmes qui nous remet en route chaque jour.

La liturgie de ce dimanche nous rappelle que c’est l’amour de Dieu qui doit imprégner notre vie. C’est ainsi que nous entretenons notre désir de Dieu et de son Royaume. Cette provision d’huile précieuse nous est offerte chaque dimanche à la messe. La Parole de Dieu et l’Eucharistie sont une nourriture qui nous permet de rester en état de veille. C’est chaque jour que le Seigneur vient à notre rencontre pour nous modeler à son image. En ce jour, nous le supplions : “Toi qui es Lumière, Toi qui es l’Amour, mets en nos ténèbres ton Esprit d’amour”. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 31 octobre 2026