jeudi 2 avril 2026 à 19h, Mgr Ulrich, archevêque de Paris, préside la messe de la Cène du Seigneur en la cathédrale Notre-Dame de Paris. Avec la commémoration de la Dernière Cène commence véritablement le Triduum pascal.
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Messe in Coena Domini: le Pape invite à imiter le dévouement du Christ
Messe in Coena Domini: le Pape invite à imiter le dévouement du Christ
Le Pape Léon XIV a célébré ce jeudi en début de soirée en la basilique Saint-Jean-de-Latran la messe In Coena Domini, c’est-à-dire la commémoration du dernier repas du Christ avant sa Passion. Dans son homélie, Léon XIV a invité les fidèles à contempler le geste du lavement de pieds en se mettant à genoux comme Jésus, et en demandant à Dieu «la force de l’imiter dans le service avec le même amour».
Alexandra Sirgant – Cité du Vatican
Pour sa première messe «in Coena Domini» en tant que Successeur de Pierre, Léon XIV a choisi de renouer avec la tradition en célébrant l’eucharistie dans la basilique Saint-Jean-de-Latran, aux côtés du cardinal vicaire de Rome, Mgr Baldo Reina. Entrant dans le Triduum pascal entouré de centaines de fidèles, Léon XIV a centré son homélie sur le sens du lavement des pieds, geste de service et d’humilité accompli par Jésus envers ses disciples.
Au cours de la dernière Cène, Jésus lave les pieds de ses apôtres. «Ce que le Seigneur nous montre, en prenant l’eau, la vasque et le tablier, est bien plus qu’un modèle moral», a assuré Léon XIV. En réalisant ce geste réservé aux serviteurs, Jésus confie aux hommes «sa propre forme de vie» et bouleverse «les critères mondains qui ternissent notre conscience». Les disciples eux-mêmes furent stupéfait par le geste de Jésus.
La simplicité du geste révèle la grandeur de Dieu
«À l’instar de Pierre, qui résiste d’abord à l’initiative de Jésus, nous devons nous aussi réapprendre sans cesse que la grandeur de Dieu diffère de notre conception de la grandeur, […] car nous désirons systématiquement un Dieu de succès et non de Passion», a rappelé le Pape, citant un passage de l’homélie de Benoit XIV lors de la messe in Coena Domini de 2008. «Ces paroles», a expliqué Léon XIV, «reconnaissent lucidement que nous sommes toujours tentés de rechercher un Dieu qui “nous serve”, qui nous fasse gagner, qui soit utile comme l’argent et le pouvoir». Or, la toute-puissance de Dieu réside dans ce geste gratuit et humble du lavement des pieds, lors duquel le Seigneur s’agenouille pour laver l’homme, par amour pour lui.
“Par son geste, Jésus purifie non seulement notre image de Dieu des idolâtries et des blasphèmes qui l’ont souillée, mais il purifie notre image de l’homme qui se croit puissant quand il domine, qui veut vaincre en tuant ceux qui lui sont égaux, qui se croit grand quand il est craint.”
Le Pape a invité les fidèles à prendre exemple sur le dévouement, le service et l’amour donnés par le Christ. «Apprendre à agir comme Jésus (…) est la tâche de toute une vie», a rappelé le Saint-Père.
Un amour à partager
Preuve de l’amour inconditionnel du Seigneur, Jésus réalise ce geste non pas «quand tout le monde est heureux et l’aime, mais durant la nuit où il était trahi, dans l’obscurité de l’incompréhension et de la violence». Ainsi, «le Seigneur ne nous aime pas parce que nous sommes bons et purs», a précisé le Pape, mais c’est parce qu’il nous aime qu’«Il nous pardonne et nous purifie».
Léon XIV invite les catholiques à apprendre de Jésus ce «service réciproque». Il ne demande pas aux hommes de le lui rendre, mais de le partager entre eux, comme indiqué dans l’évangile du jour selon Saint Jean: «Vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres» (Jn 13, 14).

S’agenouiller, comme le Christ
Déplorant une humanité à genoux, confrontée à de nombreux exemples de brutalité, le Pape appelle les fidèles à s’agenouiller «en tant que frères et sœurs des opprimés». «Que l’adoration eucharistique de ce soir, dans chaque paroisse et chaque communauté, soit un moment pour contempler le geste de Jésus, en nous mettant à genoux comme Il l’a fait, et en demandant la force de l’imiter dans le service avec le même amour».
Le Pape a rappelé qu’en renouvelant les gestes et les paroles du Seigneur en ce Jeudi Saint, jour où les fidèles sont spécialement appelés à prier pour les prêtres, les catholiques du monde entier font mémoire «de l’institution de l’Eucharistie et de l’Ordre sacré». «Dans les évêques et les prêtres (…) réside le signe de sa charité envers tout le Peuple de Dieu que nous sommes appelés à servir, chers confrères, de tout notre être», a-t-il souligné.
L’évêque de Rome a ensuite lavé et embrassé les pieds de douze prêtres de son diocèse, dont onze d’entre eux avait été ordonnés par François un an auparavant. Le Pape Argentin avait pour habitude de célébrer cette liturgie dans des lieux de détention, comme il le faisait lorsqu’il était archevêque de Buenos Aires, et de laver les pieds à des détenus.
Source: VATICANNEWS, le 2 avril 2026
02.04.2026 – CHAPELET À LOURDES
05.04.2026 – HOMÉLIE DU DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 20, 1-9

L’éclatant mystère
Homélie par le Dr. Laurent Mathelot
Les deux évangiles proposés pour ce dimanche de Pâques sont, d’une part, la découverte du tombeau vide par Marie-Madeleine et, si la messe est dite au soir, la rencontre des disciples d’Emmaüs. Ces deux récits forment un diptyque qui encadre le mystère joyeux que nous célébrons : la Résurrection.
Jean commence par nous dire que Marie-Madeleine s’est rendue au tombeau « de grand matin ; c’était encore les ténèbres ». Ainsi, le récit de ce jour merveilleux qui proclame la victoire définitive du Christ sur la mort commence-t-il dans le noir, au creux d’un tombeau où l’on pense trouver un cadavre. D’emblée, on se rappelle que Pâques embrasse la mort, que la Résurrection surgit des ténèbres, que le deuil est un terreau de la joie. Pendant le Carême, nous avons scruté nos abîmes, nos puits stagnants, les tombeaux qui nous enferment encore, au bord desquels Jésus pleurant est venu nous crier : ‘sors !’. Tout le mystère de la Résurrection est contenu dans le verset suivant : « Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. » Nulle part le texte ne raconte ni par qui, ni comment la pierre a été enlevée. On aurait aimé un peu plus d’explications … Non ! Il nous confronte à une simple constatation : le tombeau est ouvert ; le corps n’est plus là.
Les personnes qui guérissent d’un épisode ténébreux de la vie, de l’impression d’une existence en deuil, vous diront sans doute qu’ils ne savent non plus pas très bien comment la pierre de leur tombeau a été enlevée. Nos guérisons et relèvements ne nous apparaissent qu’une fois établis. Toutes les résurrections comportent une part de mystère, un passage des ténèbres à la lumière qui se fait dans le trouble, quasi à notre insu. A ceux qui, en ce jour de Pâques, traînent encore une impression de vie au tombeau, voici un conseil spirituel : méditez-le vide, la pierre enlevée, vos linges funéraires repliés et vous dehors. La spiritualité de la vie ténébreuse n’est pas une obsession sur la manière de s’en sortir, comme s’il s’agissait de nous-même soulever le poids qui nous enferme. Au contraire, c’est précisément là, enfermés dans un tombeau de larmes, qu’il s’agit de croire intensément en la résurrection des morts. Il s’agit avant tout de s’espérer au-delà de la tombe, vivant à nouveau. Nous ne sommes pas tant appelés à nous battre contre la mort qu’à désirer la vie. Pour le chrétien, la spiritualité de la tombe est nécessairement une spiritualité du resurgissement mystérieux de la vie. Que Dieu nous donne à tous de voir au-delà de nos pierres tombales.
Au soir de ce dimanche de Pâques, c’est la rencontre sur le chemin d’Emmaüs qui nous est proposée comme méditation de la Résurrection. On est au-delà de la tombe, quand la mort emporte l’espérance. Les disciples d’Emmaüs ont définitivement enterré l’espoir christique. Pour eux, Jésus est mort et c’est la fin de tout : ils quittent Jérusalem ; ils fuient la tombe et s’enfoncent dans le désespoir. Emmaüs, c’est la route vers nulle part.
Comme la Résurrection surgit des ténèbres, c’est dans le désespoir que se rencontre en personne le Ressuscité. Là aussi, le texte préserve le mystère : d’abord, ils ne l’ont pas reconnu. C’est alors que le jour de la Résurrection tombe, que le Christ se révèle à la fraction du pain béni. Bien sûr, nous voyons là une invitation à reconnaître le Seigneur présent dans nos eucharisties. Mais, au-delà, il s’agit de saisir que la résurrection surgit aussi à la fin du jour, au creux des espoirs déçus, par le simple partage d’un bout de pain béni, quand le Christ nous nourrit simplement de sa présence.
Ainsi, les textes ne nous éclairent-ils pas beaucoup sur le processus de résurrection, qui reste mystérieux. Par contre, ils présentent des constats de Résurrection qui ne sont pas immédiats, un au-delà du mystère enfin découvert, une présence du Ressuscité qu’on reconnaît enfin à ses cotés.
Les Évangiles ne sont pas des manuels de résurrection, mais des récits de témoins. Toute notre foi repose sur le témoignage de ceux qui ont vu le ressuscité venir à eux : ceux qu’il a libérés d’un tombeau ; ceux qu’il a nourris au-delà du désespoir.
C’est une tautologie de dire que la résurrection ne s’aperçoit qu’alors qu’on est sauvé. Mais cela souligne que le processus de guérison de nos souffrances dissimule toujours quelque peu sa finalité : le nez dans le guidon, on ne voit pas l’arrivée. Comment Dieu, finalement, me délivrera-t-il de la mort ? Cela reste un mystère. Seul le constat de ma délivrance ratifiera ma foi.
Pour asseoir notre foi en la Résurrection, pour l’ancrer dans le réel, nous n’avons que nos propres expériences de résurrection : là où nous avons pu constater la présence salvatrice du Christ dans notre vie. Mais ce n’est pas encore la résurrection des morts, juste de petites morts à soi.
En ce monde, confrontés à la souffrance, la Résurrection du Christ apparaîtra toujours mystérieuse. Tout au plus pouvons-nous l’imaginer comme une guérison aboutie dont nous ne pouvons mesurer les effets qu’en espérance. Seuls les témoignages de personnes ayant effectivement rencontré le Ressuscité permettent d’ancrer notre foi. Or tout témoignage reste contestable … Les disciples d’Emmaüs ont-il réellement rencontré le Christ ou le traumatisme de sa mort a-t-il exacerbé leur désir de le voir toujours vivant ? N’y a-t-il pas des illuminés prétendant avoir rencontré personnellement Dieu ?
Heureusement, le Christ nous a donné une clé ultime pour discerner l’effectivité de son action sur Terre : les fruits de nos conversions. S’il est difficile de discerner la grâce de Dieu au quotidien, à long terme, la rencontre avec le Ressuscité porte du fruit : « Un arbre bon ne peut pas donner des fruits mauvais, ni un arbre qui pourrit donner de beaux fruits. Donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » (Mt 7, 16.18). Ainsi malgré le danger de n’être pas crue, Marie-Madeleine court-elle annoncer la Résurrection. De même, les disciples d’Emmaüs retournent-ils vers Jérusalem qu’ils fuyaient. Le fruit ultime de la rencontre avec le Ressuscité, c’est l’affranchissement de la peur de la mort.
Témoigner de sa foi en la Résurrection, c’est certes raconter sa rencontre personnelle avec le Ressuscité, mais c’est surtout apporter au monde les fruits de cette rencontre. C’est alors que notre témoignage revêt une portée concrète.
Voici Pâques, le jour où nous célébrons l’abondance de fruits dont nous n’avons que l’avant-goût ; le jour où nous fêtons l’éclat de la Résurrection dans un monde encore enténébré de souffrance, la joie du Salut éternel dans une Humanité toujours affrontée à la mort.
Pâques, c’est quand quelqu’un vient vous dire « J’étais mort et je suis vivant » et que ça se voit. Allons offrir au monde nos témoignages de résurrection, toutes ces fois où nous étions morts et qu’une espérance divine nous a rendu la vie. Alors, selon l’abondance des fruits que nous apporterons, peut-être nos interlocuteurs y verront-ils le Christ, mort et ressuscité.

Source : RESURGENCE.BE, le 2 avril 2026
05.04.2026 – HOMÉLIE DU DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 20,1-9

Réjouissons-nous, Christ est ressuscité, alléluia
Homélie par l’Abbé Jean Compazieu
Textes bibliques : Lire
Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine se rend au tombeau de Jésus. Pour elle, c’est un jour de tristesse. C’est souvent le cas dans notre vie quand nous nous rendons sur la tombe d’un être cher. Mais aujourd’hui, il y a une tristesse de plus : ce n’est plus seulement le corps d’un ami qui finit dans la tombe ; c’est l’espérance d’un règne nouveau qui est anéantie.
L’Évangile de saint Jean nous dit qu’il faisait encore sombre ; comprenons bien : ce n’est pas seulement l’obscurité de la nuit. Il veut nous montrer que la lumière est en train de l’emporter sur les ténèbres. Elle chasse la nuit dans laquelle les hommes sont plongés à cause de leur péché. Jésus ressuscité est la Lumière qui luit dans les ténèbres. Cette lumière, rien ne peut l’arrêter ; rien ne peut l’empêcher de briller.
Arrivée devant le tombeau, Marie-Madeleine découvre que la pierre a été roulée. Elle en déduit qu’on a enlevé le corps de Jésus ; elle court prévenir Pierre et Jean. Tous deux arrivent devant le tombeau vide. Ils voient les linges restés sur place et bien rangés. Pierre est perplexe ; mais pour Jean, c’est différent : quelques mots disent sa foi : “Il vit et il crut.” Nous nous rappelons qu’il avait suivi Jésus jusqu’au pied de la croix ; il avait participé à l’ensevelissement. Il voit bien qu’il n’y a pas de désordre provoqué par une violation de sépulture. Plus tard, Jésus dira : “Heureux ceux qui croient sans avoir vu.”
C’est important pour nous aujourd’hui : nous n’aurons jamais d’autre preuve de la résurrection de Jésus que le tombeau vide. Bien sûr, il y a les apparitions du Christ ressuscité. Les quatre Évangiles nous en donnent le témoignage. Mais aucune de ces preuves n’est vraiment contraignante. Si nous croyons au Christ ressuscité, c’est parce que nous faisons confiance au témoignage des apôtres et à celui des communautés chrétiennes qui nous a été transmis de génération en génération.
La première lecture (Actes des Apôtres) nous rapporte un discours de Pierre après la résurrection. Nous nous rappelons qu’il avait renié son Maître devant de simples domestiques. Aujourd’hui, il ose proclamer la bonne nouvelle de sa résurrection dans la ville de Césarée qui est le lieu de résidence de Pilate et de ses légions. Les mots de ce discours de Pierre sont très audacieux : “Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois de la croix, Dieu l’a ressuscité le 3ème jour.”
Tout cela se passe chez le centurion de l’armée romaine. C’est une manière de dire que le salut est offert à tous, même aux païens. Dieu n’exclut personne. Quelle que soit sa nation ou sa langue, toute personne peut recevoir le salut dans la mesure où elle accueille l’Évangile. Cette bonne nouvelle doit être proclamée à tous les peuples du monde entier. C’est pour tous que le Christ a donné sa vie sur la croix.
C’est aussi ce témoignage de foi en Jésus ressuscité que nous trouvons chez saint Paul dans la 2ème lecture. Cette résurrection n’est pas un simple retour en arrière comme c’était le cas pour Lazare. Paul nous dit qu’il est ” assis à la droite de Dieu”. Il est monté au ciel ; il a reçu l’autorité de la part du Père. C’est un appel pour nous à lever les yeux vers le ciel et à rechercher “les réalités d’en haut”. Si nous croyons en Jésus ressuscité et si nous le suivons, plus rien ne peut être comme avant. Cette résurrection du Christ nous provoque à un renouveau de notre vie, un renouveau de la prière, une joie de découvrir et de vivre l’Évangile.
Tout cela passe par des décisions concrètes : sortir du “tombeau” de notre égoïsme pour vivre un amour vrai, rouler la pierre du découragement qui nous emprisonne et nous empêche d’aller de l’avant, ne pas nous laisser emporter par la rancune et la vengeance mais faire triompher le pardon et la miséricorde. C’est par notre manière de vivre que nous pourrons montrer que le Christ est vivant et qu’il transfigure ceux et celles qui accueillent sa force de vie.
C’est en vivant ainsi que nous pourrons être porteurs de vie et d’espérance. Le Christ ressuscité veut nous associer tous à sa victoire sur toutes les forces du mal qui cherchent à détruire l’homme. Nous sommes tous appelés à choisir la vie et à nous laisser envahir par l’amour de Dieu. Nous vivons dans un monde où beaucoup souffrent de la guerre, de la violence, de la haine et du mépris des autres. Mais le Seigneur ressuscité ne demande qu’à enlever de nos cœurs cette pierre qui nous enferme dans les ténèbres. Il veut que la lumière de Pâques brille dans le monde entier. En communion avec toute l’Église, soyons témoins de cette bonne nouvelle auprès de tous ceux et celles que nous rencontrons.

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 29 mars 2026
02.04.2026 – PRIÈRE DU MILIEU DU JOUR AU SACRÉ-CŒUR DE MONTMARTRE
02.04.2026 – OFFICE DU JEUDI SAINT AU SACRÉ-CŒUR DE MONTMARTRE
02.04.2026 – MESSE À NOTRE-DAME DE LA GARDE
02.04.2026 – INTÉGRALE DES LECTURES DU JEUDI SAINT
Marie-Noëlle Thabut lit et commente l’intégralité des lectures du Jeudi saint.
Pourquoi ai-je obéi à cette impulsion contraire à ma volonté ?

Pourquoi ai-je obéi à cette impulsion contraire à ma volonté ?
Durant la Seconde Guerre mondiale, mon père rapporte comment une force mystérieuse l’a conduit à sauver un homme. Il attribue cette force à l’intercession de la Vierge Marie. Sous la pression de l’avancée de l’armée soviétique, la colonne de prisonniers avait quitté le camp de Stablack en Prusse Orientale ce mois glacial de février 1945. Avec un ami, mon père cherchait à s’évader et avait récupéré un brassard de médecin de l’armée allemande. Il écrit ces lignes :
« Mon compagnon Robert et moi avons décidé de nous éclipser pendant la traversée du petit village vers lequel se dirige le cortège des prisonniers. Nous devons nous retrouver dans la grange d’une ferme que l’on distingue vaguement sous la faible clarté de la lune et c’est maintenant le moment le plus favorable. Je suis du regard la haute silhouette de Robert montant vers le village. À un moment donné, je le vois se pencher sur le corps d’un camarade, affalé sur le côté de la route et tenter sans succès de le ranimer.
Tout à mon idée d’évasion, je me mets à maugréer. Cet idiot de Robert va attirer l’attention sur lui ; ensuite, il ne pourra plus s’enfuir. La seule chance d’en sortir est de s’occuper exclusivement de soi. J’éprouve un soulagement égoïste lorsque je vois Robert abandonner le pauvre bougre et continuer sa route.
Quelques instants plus tard, je passe auprès du malheureux que Robert a vainement tenté de ranimer. Il est allongé sur le dos dans la neige, les yeux à demi révulsés. Il est foutu ! Pensai-je et je continue mon chemin, uniquement préoccupé par mon plan d’évasion.
Brusquement, j’éprouve une curieuse impression comme si quelqu’un me donnait le pressant conseil de retourner vers le gars. Pourquoi ai-je obéi à cette impulsion irraisonnée et contraire à ma volonté ? Aujourd’hui encore je ne le comprends pas. Quand je suis près de lui, je le saisis à plein bras et me mets à hurler devant son visage livide et inconscient : – Marche ! Marche ! Marche ! A ma stupéfaction, je vois le gars reprendre ses sens, remuer les yeux. Je le saisis aux épaules et crie à trois centimètres de son visage : – Tu marches ! Tu tiendras !
Les sentinelles ont entassé leurs paquets dans une charrette et s’accrochent de la main au véhicule pour se faire tirer. Je guide mon type jusqu’au char à banc. Là, je commande à mon malade de s’accrocher et de tenir bon. Le gardien, dérangé, grogne furieux : – Pas de prisonniers ici ! – Fais lui place, lui dis-je avec autorité. L’Allemand fit le geste de dégager le fusil qu’il porte en bandoulière. J’ai alors une inspiration : – Je suis médecin et le devoir d’un médecin est de s’occuper des malades quelle que soit leur nationalité, compris ?
– Médecin ? reprit le soldat incrédule. – Voilà mon insigne et je tire de ma poche le brassard volé à Stablack, et le montre au gardien. Un médecin, dans des situations comme celle-ci, après tout, qui peut se vanter de ne pas en avoir besoin avant longtemps ? Le gardien n’insiste pas et en bougonnant laisse le prisonnier titubant s’accrocher au véhicule. »
Extrait de Charles Belbéoc’h, Le Feu sur la Neige (Mon carnet d’évasions) Editions du Panthéon – Nov 2018
Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.
Source : une minute avec Marie