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17.04.2026 – ÉVANGILE DU JOUR

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,1-15. 

En ce temps-là, Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée, le lac de Tibériade.
Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades.
Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples.
Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche.
Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? »
Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire.
Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. »
Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :
« Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »

Jésus dit : « Faites asseoir les gens. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient.

Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. »
Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.
À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. »
Mais Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.

Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :

Cardinal Joseph Ratzinger [Benoît XVI

pape de 2005 à 2013]

Meditationen zur Karwoche, 1969 (trad. Un seul Seigneur, Mame 1971, p. 118)

« Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14,16)

Dans le pain de l’eucharistie, nous recevons la multiplication inépuisable des pains de l’amour de Jésus Christ, assez riche pour rassasier la faim de tous les siècles, et qui cherche ainsi à nous mettre, nous aussi, au service de cette multiplication des pains. Les quelques pains de seigle de notre vie pourront sembler inutiles, mais le Seigneur en a besoin et les demande. Les sacrements de l’Église sont, comme l’Église elle-même, le fruit du grain de blé mourant (Jn 12,24). Pour les recevoir, nous devons entrer dans le mouvement d’où ils proviennent eux-mêmes. Ce mouvement consiste à se perdre soi-même, sans quoi l’on ne peut pas se trouver : « Celui qui veut garder sa vie la perdra ; mais celui qui perd sa vie à cause de moi et de l’Évangile, celui-là la gardera » (Mc 8,35). Cette parole du Seigneur est la formule fondamentale d’une vie chrétienne…; la forme caractéristique de la vie chrétienne lui vient de la croix. L’ouverture chrétienne au monde, tant prônée aujourd’hui, ne peut trouver son vrai modèle que dans le côté ouvert du Seigneur (Jn 19,34), expression de cet amour radical, seul capable de sauver. Du sang et de l’eau ont jailli du côté transpercé de Jésus crucifié. Ce qui, à première vue, est signe de sa mort, signe de son échec le plus complet, constitue en même temps un commencement nouveau : le Crucifié ressuscite et ne meurt plus. Des profondeurs de la mort surgit la promesse de la vie éternelle. Au-dessus de la croix de Jésus Christ, resplendit déjà la clarté victorieuse du matin de Pâques. C’est pourquoi, vivre avec lui sous le signe de la croix est synonyme de vivre sous la promesse de la joie pascale.

LECTURES :

Livre des Actes des Apôtres 5,34-42. 

En ces jours-là, comme les Apôtres étaient en train de comparaître devant le Conseil suprême, intervint un pharisien nommé Gamaliel, docteur de la Loi, qui était honoré par tout le peuple. Il ordonna de les faire sortir un instant,
puis il dit : « Vous, Israélites, prenez garde à ce que vous allez faire à ces gens-là.
Il y a un certain temps, se leva Theudas qui prétendait être quelqu’un, et à qui se rallièrent quatre cents hommes environ ; il a été supprimé, et tous ses partisans ont été mis en déroute et réduits à rien.
Après lui, à l’époque du recensement, se leva Judas le Galiléen qui a entraîné beaucoup de monde derrière lui. Il a péri lui aussi, et tous ses partisans ont été dispersés.
Eh bien, dans la circonstance présente, je vous le dis : ne vous occupez plus de ces gens-là, laissez-les. En effet, si leur résolution ou leur entreprise vient des hommes, elle tombera.
Mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire tomber. Ne risquez donc pas de vous trouver en guerre contre Dieu. » Les membres du Conseil se laissèrent convaincre ;
ils rappelèrent alors les Apôtres et, après les avoir fait fouetter, ils leur interdirent de parler au nom de Jésus, puis ils les relâchèrent.
Quant à eux, quittant le Conseil suprême, ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus.
Tous les jours, au Temple et dans leurs maisons, sans cesse, ils enseignaient et annonçaient la Bonne Nouvelle : le Christ, c’est Jésus.

Psaume 27(26),1.4.13-14. 

R/ J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. (Ps 26, 13)

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; 
de qui aurais-je crainte ? 
Le Seigneur est le rempart de ma vie ; 
devant qui tremblerais-je ?

J’ai demandé une chose au Seigneur, 
la seule que je cherche :
habiter la maison du Seigneur 
tous les jours de ma vie, 
pour admirer le Seigneur dans sa beauté 
et m’attacher à son temple.

Mais, j’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur 
sur la terre des vivants.
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; 
espère le Seigneur. »

16.04.2026 – MESSE PRÉSIDÉE PAR LE PAPE LÉON XIV À L’AÉROPORT BAMENDA AU CAMÉROUN

Messe à Bamenda: Léon XIV dénonce le mal venant de l’extérieur qui pille l’Afrique

Après sa rencontre pour la paix à la mi-journée avec la communauté camerounaise de la région anglophone du Nord-Ouest, le Pape a présidé une messe à l’aéroport de Bamenda, à laquelle ont participé fidèles, prêtres et religieux. Ils ont été invités à être des acteurs actifs du changement en obéissant au Seigneur. «C’est le moment de changer, de transformer l’histoire de ce pays. Aujourd’hui et non demain» a-t-il dit, dénonçant ceux qui, de l’extérieur, exploite le continent africain. 

Myriam Sandouno – Cité du Vatican

À Bamenda, épicentre des violences séparatises qui ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés en près d’une décennie dans la zone anglophone, Léon XIV a livré avec ferveur son message de paix, d’unité, et de réconciliation, au cours d’une messe célébrée en anglais à l’aéroport international de cette ville camerounaise. Fermé en 2019 suite à une attaque de rebelles séparatistes contre un vol de Camair-Co, qui isola la région du Nord-Ouest du reste du Cameroun et du monde, l’aéroport de Bamenda a été rénové et modernisé aux normes internationales, en vue de la visite du Pape. Il restera ouvert après le départ de Léon XIV.

Parole du Seigneur, transformation et guérison

Face à la communauté locale en quête d’un désir ardent de quiétude et de sérénité, le Souverain pontife a souligné au début de son homélie être venu pour «partager votre cheminement, vos peines et vos espoirs». Au regard de toutes ces «situations qui brisent le cœur et plongent dans la détresse», le Pape reste convaincu que «la consolation des cœurs brisés et l’espérance d’un changement de société sont possibles si nous nous en remettons à Dieu». La Parole du Seigneur «ouvre des espaces et engendre transformation et guérison», parce qu’elle est «capable de mettre le cœur en mouvement, de remettre en question le cours normal des choses auquel nous risquons facilement de nous habituer».

“Dieu est nouveauté, Dieu crée des choses nouvelles, Dieu fait de nous des personnes courageuses qui, en défiant le mal, construisent le bien.”

Obéissance, artisan de paix et de fraternité

Le Saint-Père a ensuite mis l’accent sur l’obéissance à Dieu qui «n’est pas un acte de soumission qui nous opprime ou nous prive de notre liberté». Au contraire, «elle nous rend libres», car «elle signifie Lui confier notre vie et laisser sa Parole inspirer notre façon de penser et d’agir». Léon XIV a insisté sur le fait que «celui qui obéit à Dieu avant d’obéir aux hommes ou à la pensée humaine et terrestre retrouve sa liberté intérieure, parvient à découvrir la valeur du bien et à ne pas se résigner au mal, redécouvre le chemin de la vie, devient artisan de paix et de fraternité».

Pour le Successeur de Pierre «les manifestations festives qui accompagnent vos liturgies et la joie qui jaillit de la prière que vous élevez, sont le signe de votre abandon confiant, de votre espérance inébranlable, de votre attachement, par toutes vos forces, à l’amour du Père qui se fait proche et regarde avec compassion les souffrances de ses enfants».

Inculturation, foi catholique, croyances et traditions

Léon XIV a encouragé à promouvoir «l’inculturation de l’Évangile» et à «veiller attentivement, y compris sur notre propre religiosité, afin de ne pas tomber dans le piège de suivre ces courants qui mélangent foi catholique avec d’autres croyances et traditions de type ésotérique ou gnostique» qui, en réalité, «ont souvent des finalités politiques et économiques. Seul Dieu libère, seule sa Parole ouvre des chemins de liberté, seul son Esprit fait de nous des personnes nouvelles capables de changer ce pays».

Corruption, crise alimentaire, migration des jeunes

Il est possible, a continué le Souverain pontife, d‘être «des acteurs actifs du changement», face aux multiples «formes de pauvreté qui touchent encore actuellement un très grand nombre de personnes dans le contexte d’une crise alimentaire en cours»; à la «corruption morale, sociale et politique, liée surtout à la gestion des richesses qui empêche le développement des institutions et des structures»; aux «graves problèmes» qui en découlent et qui «touchent les systèmes éducatif et sanitaire», ainsi que «la grande migration vers l’étranger, en particulier des jeunes» a détaillé Léon XIV.

La joie des fidèles lors de la messe célébrée à Bamenda
La joie des fidèles lors de la messe célébrée à Bamenda

«C’est le moment de changer, de transformer l’histoire de ce pays. Aujourd’hui et non demain, maintenant et non dans le futur, le moment est venu de reconstruire, de composer à nouveau la mosaïque de l’unité en réunissant les diversités et les richesses du pays et du continent, d’édifier une société où règnent la paix et la réconciliation» a déclaré le Pape au peuple camerounais.

Pillage de l’Afrique

Déplorant les problèmes internes, souvent alimentés par la haine et la violence, le Pape a fustigé «le mal causé venant de l’extérieur, par ceux qui, au nom du profit, continuent de s’emparer du continent africain pour l’exploiter et le piller». Au terme de son homélie, Léon XIV a salué le courage des prêtres, missionnaires, religieux et laïcs qui œuvrent pour être source de consolation et d’espérance. «Je vous encourage à poursuivre sur cette voie», a conclu le Saint-Père.

Procession d'entrée lors de la messe
Procession d’entrée lors de la messe

Le Bon Pasteur qui n’abandonne pas son troupeau

Près de 20 000 fidèles, certains vêtus de tenues traditionnelles, cardinaux, évêques, prêtres, religieux et religieuses ont participé la célébration eucharistique animée par une chorale joyeuse d’environ 500 personnes. L’archevêque de Bamenda, Mgr Andrew Nkea Fuanya, a exprimé ses sincères remerciements au Saint-Père pour sa visite dans cette localité, «qui nous a apporté un regain d’énergie spirituelle, un encouragement moral, un soutien psychologique et une consolation physique». En effet, a-t-il ajouté, «vous êtes venu vers nous comme le Bon Pasteur qui n’abandonne jamais son troupeau, et votre présence a relevé notre moral».

Des prêtres camerounais
Des prêtres camerounais   (@Vatican Media)

Source: VATICANNEWS, le 16.04.2026

19.04.2026 – HOMÉLIE DU 3ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – LUC 24 13-35

La crainte de Dieu

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Lectures: Évangile selon saint Luc 24, 13-35

Nous avons médité l’Évangile des disciples d’Emmaüs, il y a deux semaines, à l’occasion de Pâques (voir L’éclatant mystère), en lien avec la découverte du tombeau vide par Marie-Madeleine. Lisons-le ce dimanche en parallèle de la Première lettre de Pierre proposée en deuxième lecture, en particulier le verset « Vivez donc dans la crainte de Dieu » (1 Pierre 1, 17)

Intéressons-nous à l’état d’esprit des disciples d’Emmaüs, à ce qui motive leur fuite de Jérusalem. Ils étaient disciples du Christ, qu’ils savent avoir été jugé, condamné et crucifié par l’occupant romain, avec l’assentiment des élites juives. Nous avons déjà évoqué à quel point les autorités en Terre sainte étaient fébriles, principalement à l’occasion des fêtes religieuses qui voyaient des milliers de pèlerins converger vers Jérusalem. A tel point que le procurateur Pilate quittait sa résidence de Césarée maritime pour assurer le maintien de l’ordre. Dans ces circonstances, l’entrée triomphale de Jésus acclamé comme un roi par les foules signe son arrêt de mort. Conformément à l’habitude romaine d’écraser dans le sang toute sédition, le Christ est brutalement mis à mort non seulement pour briser l’espérance qu’il incarne mais aussi pour terroriser ses disciples qui, de fait, se disperseront ou vivront cachés. Être reconnu complice d’un criminel comportait alors un réel danger : celui de subir le même sort, suscitant la peur des disciples et même le reniement de Pierre. Ainsi, les disciples d’Emmaüs fuient-ils Jérusalem, leurs espérances anéanties et la peur au ventre.

Le texte va plus loin, qui nous raconte que ces disciples sont informés que des femmes ont trouvé le tombeau du Christ vide et « qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. » Cependant, ils fuient. La peur les empêche de comprendre la Résurrection. C’est d’ailleurs le reproche que leur fait le Ressuscité qu’ils rencontrent sur leur chemin d’exil : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! » Ainsi observons-nous que la peur, parce qu’elle tue l’espérance, nous empêche de comprendre les mystères divins. Dès lors, nous pouvons conclure que, dans le christianisme, peur et résurrection s’opposent. On retrouve l’intuition de saint Jean-Paul II, à l’inauguration de son pontificat, quand il crie à l’égard des populations, notamment polonaises, au-delà du Rideau de fer : « N’ayez pas peur ! », ressuscitant l’espérance d’un changement. Les disciples d’Emmaüs ont perdu cette espérance : « Les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. »

Dans sa première lettre, Pierre écrit : « Bien-aimés, si vous invoquez comme Père celui qui juge impartialement chacun selon son œuvre, vivez donc dans la crainte de Dieu, pendant le temps où vous résidez ici-bas en étrangers. » N’est-ce pas, d’une part, contradictoire avec ce que nous venons de dire ? D’autre part, n’est-ce pas revenir à l’image d’un Dieu terrible, qui scrute le moindre défaut des âmes, finalement à la peur du jugement divin comme argument d’évangélisation ? L’Église ne s’est-elle déjà pas trop servie de cette image d’un Dieu inquisiteur voyant tout, même ce que nous faisons dans le secret, pour régir les âmes ?

J’ai rencontré dans l’accompagnement spirituel des personnes éminemment scrupuleuses, qui venaient confesser des listes détaillées heure par heure de leurs péchés, des personnes qui s’imposaient un petit enfer scrutateur, s’humiliant devant Dieu pour la moindre peccadille, écrasées par la peur de son jugement. A ces personnes, il est crucial d’enseigner la nuance entre la crainte et la peur de Dieu.

La peur de Dieu est une réaction négative qui éloigne. C’est une émotion de terreur, d’angoisse et de fuite. Dieu est ici perçu comme menaçant et punitif. Elle naît souvent du péché et de la rupture de la relation divine : après la chute, Adam et Ève ont eu peur et se sont cachés (Genèse 3). Cette peur est liée à la conscience de la culpabilité et au jugement redouté. Elle paralyse, empêche l’intimité avec Dieu et peut venir du diable – « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné » (2 Timothée 1, 7) ; « L’amour parfait bannit la peur » (1 Jean 4, 18). Ainsi la peur éloigne-t-elle de Dieu, ruine-t-elle l’espérance et empêche-t-elle la joie.

La crainte de Dieu est, quant à elle, une attitude positive qui scrute le relâchement du lien avec Dieu et, en conséquence, vise au rapprochement. C’est une révérence profonde, un respect mêlé d’admiration et d’émerveillement devant la sainteté, la grandeur, la puissance et la bonté de Dieu. En hébreu, le terme « yir’ah » évoque bien plus l’émerveillement respectueux, la révérence admirative que la terreur. Pour le Livre des Proverbes (1, 7 ; 9, 10), elle est le commencement de la sagesse, le fondement d’une vie pieuse, de l’obéissance joyeuse et de la connaissance de Dieu. Ainsi la crainte de Dieu mêle-t-elle la conscience de la distance entre le Créateur et nous à l’attraction vers Lui, grâce à son amour. Elle produit des fruits positifs : sagesse, obéissance, paix, joie, protection du mal, et intimité. La crainte de Dieu, c’est finalement le reflet affectif de l’humilité aimante.

Il reste que le récit des disciples d’Emmaüs est rassurant, alors qu’il montre le Ressuscité venir rechercher les égarés de la peur, sur leur chemin d’exil. Comme Dieu cherchant Adam partout dans le paradis, le Ressuscité vient nous sauver des peurs qui nous égarent.

Dans notre quête de résurrection, il convient essentiellement de scruter les peurs qui nous incitent à fuir le regard de Dieu, en les distinguant des craintes qui nous font le désirer. Ce sont ces peurs qui nous éloignent de Dieu que le Ressuscité doit venir rejoindre en personne, alors que nous fuyons dans le désespoir. Le récit des disciples d’Emmaüs est là pour nous confirmer qu’il le fait ; que le Ressuscité, comme le Bon berger, se préoccupe particulièrement de la brebis perdue que la peur égare.

Nous sommes délivrés de la peur de Dieu par la rencontre sacramentelle avec le Christ ressuscité, dans la communion respectueuse et craintive qui convient à ceux qui s’aiment. La crainte de Dieu est essentiellement la crainte de perdre le langage de l’Amour. AMEN.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 15 avril 2026

19.04.2026 – HOMÉLIE DU 3ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – LUC 24 13-35

Le verbe se fait chair 
dans la Parole proclamée et le pain partagé

Homélie par l’Abbé Jean Compazieu

Textes bibliques : lire

Les textes de ce dimanche nous apportent des témoignages sur la résurrection de Jésus. Nous avons tout d’abord celui de l’apôtre Pierre (1ère lecture). Dans sa vie, il y a eu un changement radical. Nous nous rappelons de sa réponse quand Jésus avait annoncé sa Passion, sa mort et sa résurrection. Il ne supportait pas cette idée. Ça ne correspondait pas à l’idée qu’il se faisait du Messie. Et quand Jésus a été arrêté, il e eu tellement peur pour sa vie qu’il a affirmé ne pas faire partie de son groupe.

Mais au jour de la Pentecôte, tout est changé : les apôtres ont reçu l’Esprit Saint. Désormais, Pierre peut témoigner avec force et courage : Ce Jésus que vous avez fait mourir sur la croix, Dieu l’a ressuscité. » Sa mort n’est pas un échec. Il est vivant pour toujours ; tout cela était annoncé dans les Écritures, Moïse, les psaumes, les prophètes. Désormais, il faudra relire tout l’Ancien Testament à la lumière de la résurrection de Jésus. Cette bonne nouvelle a été annoncée d’abord au peuple juif, puis très tôt aux païens. Il faut que le monde entier le sache : avec Jésus, la mort n’a pas le dernier mot ; le projet de Dieu débouche sur la vie.

Cet appel de Pierre, nous le retrouvons dans la 2ème lecture : ce Jésus qui est mort et ressuscité est le sauveur de tous les hommes. Ce n’est pas l’or et l’argent qui nous ont rachetés de la conduite superficielle de nos pères ; c’est par le sang précieux de Jésus Christ que nous sommes purifiés ; c’est pour nous et pour la multitude qu’il a offert sa vie et versé son sang. Son amour dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Nous sommes invités à recevoir cette lettre comme un appel à une véritable conversion.

Avec l’Évangile, nous sommes ramenés au troisième jour après la mort de Jésus : deux disciples revenaient de Jérusalem. Ils avaient été témoins de la Passion et de la mort de leur maître. Pour eux, tout était fini. C’était la fin d’une grande espérance. Saint Luc précise que l’un d’eux s’appelait Cléophas ; il ne dit pas le nom du deuxième. Mais si nous relisons cet Évangile dans notre contexte, nous pouvons dire que ce deuxième disciple c’est chacun de nous.

En effet, nous sommes souvent ce disciple marqué par la tristesse et le découragement. C’est ce qui arrive quand nous voyons notre vie de tous les jours comme une défaite : la défaite de l’Évangile pour les chrétiens persécutés, pour les pauvres, les exclus, les victimes de la violence, des guerres, de la solitude, de l’abandon. Cette défaite c’est aussi quand nous disons qu’au point où nous en sommes, il n’y a plus d’espoir possible.

Mais voilà que sur ce chemin d’Emmaüs, Jésus s’approche des siens et les rejoint. Ils ne le reconnaissent pas : leurs yeux sont aveuglés par la tristesse et la déception. Le même Christ nous rejoint sur nos routes. Quand tout va mal, il est là. Mais trop souvent, nous ne le reconnaissons pas car nous sommes ailleurs. Et pourtant, il est toujours là, prêt à nous écouter. Nous pouvons lui crier notre souffrance, notre déception, notre tristesse.

C’est alors qu’il intervient pour nous expliquer les Écritures, Moïse, les prophètes… C’est à cela que nous sommes tous appelés : accueillir le Christ, nous laisser transformer par son Évangile. Saint Luc précise que le cœur des disciples était brulant tandis qu’il leur parlait. C’est ce qui était annoncé par le prophète Isaïe : «  »…ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. » C’est aussi cela que nous pouvons demander au Seigneur : que notre cœur soit rempli de l’amour qui jaillit de son cœur.

Dans cet Évangile, nous découvrons une autre étape : c’est la demande des disciples : « Reste avec nous ! » Une telle rencontre ne peut s’arrêter ainsi. Alors leurs yeux s’ouvrent et ils le reconnaissent. Pour reconnaître le Christ ressuscité, présent dans notre vie, il nous faut le regard de la foi, une foi réchauffée par la Parole de Dieu et l’Eucharistie. C’est ainsi que le Christ ressuscité nous rejoint au cœur de nos vies pour raviver et fortifier notre espérance.

Et quand on a reconnu et accueilli le Christ vivant, on ne peut pas le garder pour soi-même ; on a envie de le crier au monde. À la fin de cette messe, nous serons envoyés pour témoigner, aux yeux de tous, de la foi qui nous anime. Nous ne pouvons pas nous contenter de rester entre chrétien à l’intérieur de l’Église. Notre témoignage doit rejoindre tous les hommes, en particulier ceux qui sont aux « périphéries ».

En ce jour, nous accueillons les paroles de ce chant :
Allez-vous en sur les places et sur les parvis !
Allez-vous en sur les places, y chercher mes amis.
Tous mes enfants de lumière qui vivent dans la nuit,
Tous les enfants de mon Père, séparés de Lui,
Allez-vous en sur les places et soyez mes témoins, chaque jour.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 12 avril 2026