« L’Ecole de la pitié », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

« L’Ecole de la pitié », par Mgr Francesco Follo

Commentaire des lectures de dimanche 18 juillet 2021

Par

Mgr Follo invite à « comprendre qu’en invitant les apôtres au repos, le Christ leur proposait  non seulement de récupérer leur forces après les fatigues de la mission, mais les invitait aussi à demeurer dans son amour d’ami fraternel ».

Mgr Francesco Follo propose ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 18 juillet 2021.

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris, propose aussi comme lecture patristique un commentaire de saint Bède le Vénérable (+ 735) sur l’évangile de Marc.

AB

École de pitié 

            1) Rester avec le Christ pour ensuite l’apporter aux autres

L’invitation que le Christ fait à ses disciples (d’hier et d’aujourd’hui) qui reviennent de leur mission d’évangélisateurs, est de se reposer. Donc, Il va avec eux dans un lieu désert. Mais Jésus fait ça non seulement pour les faire se reposer mais aussi parce que dans le lieu solitaire Dieu semble cela au cœur (cf. Osée 2). Dans ce lieu dépourvu de bruit et de distractions, le Seigneur concède ce qu’il a vraiment promis, ce qui est le plus nécessaire : il se donne lui-même. Et il transmet le secret du Royaume et de la vie.

La vraie terre promise n’est pas tant un lieu géographique qu’un lieu spirituel qui permet d’être avec le Seigneur, de l’écouter, de recevoir de lui le souffle de sa paix, de se remplir de sa Présence, de s’enraciner davantage et plus dans son amour. Être avec lui est le premier travail de tous les envoyés. Ce n’est qu’après avoir accueilli sa personne, avant même son message, qu’il les enverra prêcher, après cette contagion de lumière

En cohérence avec le fait d’avoir choisi ses apôtres « pour qu’ils soient avec lui et pouvoir les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle. » (Mc 3,14 – 15), Jésus invite ses envoyés qui rentrent de leur tour missionnaire à venir se reposer auprès de Lui : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu » (Mc 6, 31). La mission née de la communion de vie avec le Christ a besoin de repos, elle exige de se mettre en retrait, de se retrouver « seuls » avec Jésus, dans un lieu solitaire, pour un cœur à cœur (cf. Osée 2). Le Messie utilise cette « halte de repos », à l’écart, pour donner la possibilité à ses disciples de reprendre des forces mais aussi pour les initier plus profondément aux « mystères du royaume » (cf. Mc 4,10-11) et les rendre encore plus capables d’annoncer la Parole.

Quelqu’un a écrit: «  Marche pour chercher les autres, mais arrête-toi pour te trouver toi ». C’est à cela que fait allusion l’invitation du Seigneur à ses disciples. Même les meilleures intentions du monde, ou la simple volonté de faire du bien aux autres, n’empêchent pas de s’égarer soi-même.  On peut «  se vider » au point de ne plus donner un sens ou une direction à ce que l’on fait. Et si cela peut arriver à l’apôtre, au missionnaire, alors à plus forte raison à ceux qui se sont comme « noyés » dans la vie active de tous les jours, une vie qui entraine une série d’engagements et de problèmes tous à l’extérieur de nous.

Il est donc indispensable d’accueillir l’invitation de Jésus qui nous dit à nous aussi: « Venez à l’écart, avec moi ». A ses côtés, on apprend le cœur de Dieu. Lors de cette pause à l’écart, le Seigneur donne ce qu’il a promis de plus précieux, ce dont on a le plus besoin: Lui-même. Remplis de sa présence nous pouvons repartir dans la multitude, emportant avec nous le cœur de Dieu qui fait de nous un sanctuaire de beauté et de compassion.

Selon moi, Jésus n’hésite pas entre s’occuper de ses disciples fatigués ou répondre aux gens qui sont à Sa recherche et à la recherche de Sa parole. Il fait reposer ses amis et, en même temps, répond aux chercheurs. De cette façon les disciples apprennent à se mettre à la disposition de l’homme, toujours. Ils apprennent à ne pas appartenir à eux-mêmes, mais à la douleur et à la soif de lumière des chercheurs de Lumière. Ils apprennent de Jésus sa simple et divine capacité à s’émouvoir. En étant avec le Christ, ils apprennent de Lui ce qu’est un regard ému.  Ce même trésor qu’aujourd’hui nous devons sauver : la compassion, ce mouvement qui, du cœur, descend jusqu’à la main et la fait agir.

2) Jésus formateur et évangélisateur

Pour bien comprendre les cinq versets du passage de l’Evangile d’aujourd’hui, il nous faut parler du contexte. Le chapitre 6 de Saint Marc illustre deux faits opposés. D’un côté, il parle du banquet de la mort, organisé par Hérode pour les notables de Galilée, au palais de la Capitale, où Jean Baptiste sera mis à mort (Mc 6,17-29). De l’autre, d’un banquet de la vie, organisé par Jésus pour le peuple de Galilée, affamé dans le désert, pour qu’ils ne périssent pas durant leur marche (Mc 6,35-44).

Les cinq versets de la lecture de ce dimanche (Mc 6, 30-34) figurent exactement entre ces deux banquets et soulignent deux choses: Jésus 1) formateur des disciples et 2) annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus n’est pas qu’une question de doctrine, mais d’accueil, de bonté, de tendresse, de disponibilité, de révélation de l’amour de Dieu.

            2.1. Formation

Les versets 30-32 de Marc au chapitre 6 montrent que Jésus formait ses amis à la responsabilité. Il impliquait les disciples dans la mission, les amenait dans un endroit plus tranquille pour se reposer et faire le point avec eux (cf. Lc 10,17-20). Il se préoccupait de leur alimentation et de leur repos, car leur mission les occupait tellement qu’ils n’avaient pas le temps de manger (cf. Jn 21,9-13). Former à «  marcher dans les pas du Christ » ne consistait pas d’emblée à transmettre la vérité et la faire apprendre par cœur, mais à transmettre la nouvelle expérience de Dieu et de la vie qui rayonnait de Jésus pour les disciples. La communauté qui se formait autour de Jésus était l’expression de cette nouvelle expérience de communion. La formation changeait le regard des personnes, leurs comportements. Elle faisait naître en elles une nouvelle conscience de la mission et d’eux-mêmes, leur faisait mettre les pieds près de ceux des exclus. Elle produisait cette «  conversion » qui se réalisait en acceptant la Bonne Nouvelle (Mc 1,15).

            2.2. Evangélisation

Puis aux versets 33-34, toujours du chapitre 6 de Marc, nous lisons que Jésus, pris de compassion, change sa manière d’utiliser son temps et accueille les gens qui le cherchent.

Les gens avaient eu l’intuition que Jésus aurait gagné l’autre rive du lac, et ils l’avaient suivi. Quand Jésus, après être descendu de la barque, s’aperçut de la foule, il renonça au repos et commença à enseigner. Les personnes ont l’air comme égarées et Jésus s’en émeut, « parce qu’elles étaient comme des brebis sans berger ». Ces paroles renvoient au psaume du Bon pasteur (Ps 23). Voyant qu’ils sont sans pasteur, Jésus s’offre comme guide. Il recommence à enseigner. Il guide la multitude qui, autrement, serait perdue dans le désert de la vie. Les gens peuvent alors entonner: « Le Seigneur est mon berger ! Je ne manque de rien! ».

 L’annonce de la Bonne Nouvelle montre que Jésus est plein de sollicitude et agit sous l’élan de la compassion.

Le Christ parcourt toute la Galilée : villages, petits bourgs, villes (Mc1,39). Il change même de résidence et part vivre à Capharnaüm (Mc1,21; 2,1), ville carrefour entre plusieurs routes, pour répandre l’Evangile. Il est toujours en train de marcher. Les disciples sont avec lui, partout. Dans les prairies, le long des routes, en montagne, dans le désert, en bateau, dans les synagogues, dans les maisons.

Cette compassion qu’il porte en lui, il la doit à sa passion pour le Père et pour les pauvres gens abandonnés de sa terre. N’importe où, partout où il trouvait des gens qui l’écoutaient, il parlait et transmettait la Bonne Nouvelle.

Les habitants de Galilée était impressionnés par la manière d’enseigner de Jésus, parce qu’ils avaient affaire à un « nouvel enseignement donné en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes! » (Mc 1,22.27). Enseigner était ce que Jésus faisait le plus (Mc 2,13; 4,1-2; 6,34). Plus de 15 fois par jour, affirme l’Evangile de saint Marc. Mais Marc ne dit presque jamais ce que le messie enseignait. Est-ce à dire que le contenu ne l’intéressait pas? Cela dépend de ce que l’on entend par « contenu ». Enseigner ne veut pas dire seulement transmettre des vérités à apprendre par cœur. Jésus avait un contenu qu’il transmettait par la parole mais aussi par le geste et dans sa manière de se rapporter aux autres. Le contenu n’est jamais séparé de la personne qui le transmet.

Pour saint Marc le contenu de l’enseignement de Jésus est «  la Bonne Nouvelle de Dieu » (Mc 1,14). La Bonne Nouvelle que Jésus proclame vient de Dieu et parle de Dieu. Dans tout ce que Dieu dit et fait, transparaissent les traits du visage de Dieu. Transparait l’expérience que lui-même a de Dieu, l’expérience du Père. Révéler Dieu comme Père est la source, le contenu et le but de la Bonne Nouvelle de Jésus.

Cette heureuse et bonne nouvelle doit avoir chez tous les chrétiens des annonciateurs. Toutefois, permettez-moi de souligner la contribution spéciale des Vierges consacrées dans la divulgation de l’Evangile partout dans le monde. Leur consécration dans la virginité n’est pas une fuite du monde, occasionnée par la peur ou le manque d’intérêt ou une question de dé-responsabilisation, mais pour exprimer, par des signes plus efficaces et incisifs, les éléments qui font partie de l’essence même de chaque vie chrétienne et de la fidélité au Seigneur: être toujours prêtes à tout quitter pour le royaume des Cieux ; refuser la logique du monde ; tendre aux biens spirituels qui ne passent pas, auxquels tout le monde est appelé; affirmer la primauté de l’amour de Dieu sur toutes les autres valeurs ; vivre dans la totale disponibilité à l’écoute du Verbe et dans la louange de Dieu; imiter le Christ en restant en Sa présence le plus possible, offrir par une existence exemplaire qui devient service d’amour, la réalisation exemplaire de ce que toute l’Eglise doit être.

Voici ce que dit la prière de consécration de saint Léon Le Grand : « Tu … as réservé à certaines de tes fidèles un don particulier prenant sa source à ta miséricorde. A la lumière de la sagesse éternelle tu leur as fait comprendre que, alors que demeuraient intacts la valeur et l’honneur des noces sanctifiées au début de ta bénédiction, selon ton dessein providentiel, il doit surgir des vierges qui, malgré leur renoncement au mariage, aspirent à posséder dans leur cœur la réalité de son mystère. Tu les appelles ainsi à réaliser, au-delà de l’union conjugale le lien sponsal avec le Christ dont les noces sont une image et un signe(RCV, n.38).

Lecture patristique

Saint Bède le Vénérable (+ 735)

Commentaire sur l’évangile de Marc, 2 (CCL 120, 5 10-5 H)

Suivre le Christ à l’écart

Les Apôtres se réunissent auprès de Jésus et lui rapportent tout ce qu’ils ont fait et enseigné (Mc 6,30). Les Apôtres ne sont pas seuls lorsqu’ils rapportent au Seigneur ce qu’ils ont fait et enseigné, mais ses disciples et ceux de Jean Baptiste viennent aussi lui annoncer ce que Jean a souffert pendant que les Apôtres enseignaient. <> Et il leur dit: Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. <> Pour faire comprendre combien il était nécessaire d’accorder du repos aux disciples, l’évangéliste poursuit en disant: De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux qu’on n’avait même pas le temps de manger (Mc 6,31) La fatigue de ceux qui enseignaient, ainsi que l’ardeur de ceux qui s’instruisaient, montrent bien ici comme on était heureux en ce temps-là.

Plût au ciel qu’il en fût de même encore à notre époque, qu’un grand concours de fidèles se pressât autour des ministres de la Parole pour les entendre, sans même leur laisser le temps de reprendre des forces! Car lorsqu’ils manquent du temps nécessaire pour prendre soin d’eux-mêmes, ils ont encore moins la possibilité de s’abandonner aux séductions de l’âme et du corps. Ou plutôt, du fait que l’on réclame d’eux à temps et à contretemps la parole de foi et le ministère du salut, ils brûlent du désir de méditer les pensées célestes et de les mettre sans cesse en pratique, de sorte que leurs actes ne démentent pas leurs enseignements.

Ils partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l’écart (Mc 6,32). Les disciples ne montèrent pas seuls dans la barque, mais ils prirent avec eux le Seigneur et gagnèrent un endroit désert, comme l’évangéliste Matthieu l’indique clairement. Les gens les virent s’éloigner et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux (Mc 6,33). En disant qu’ils partirent à pied et arrivèrent avant eux, l’évangéliste laisse entendre que les disciples et le Seigneur n’ont pas navigué jusqu’à l’autre rive de la mer de Galilée ou du Jourdain, mais qu’après avoir traversé en barque un bras de mer ou une crique, ils sont parvenus à un endroit proche, situé dans la même région, et que les gens du pays pouvaient aussi gagner à pied.

En débarquant, Jésus vit une foule nombreuse, et il en eut pitié, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger, et il se mit à les instruire longuement (Mc 6,34). Matthieu donne plus d’explications sur la manière dont Jésus eut pitié d’eux, quand il dit: Et il en eut pitié, et il guérit leurs infirmes (Mt 14,14). Car avoir pitié des pauvres et de ceux qui n’ont pas de berger, c’est précisément leur ouvrir le chemin de la vérité en les instruisant, faire disparaître leurs infirmités physiques en les soignant, mais aussi les nourrir quand ils ont faim, et les encourager ainsi à louer la générosité divine. C’est ce que Jésus a fait, comme nous le rappelle encore la suite de cet évangile.

Il a en outre mis à l’épreuve la foi de la foule, et l’ayant éprouvée, lui a donné en retour une récompense proportionnée. Il a gagné en effet un endroit isolé pour voir si les gens auraient soin de les suivre. Eux l’ont suivi. Ils ont pris en toute hâte la route du désert, non sur des ânes ou des véhicules de tout genre, mais à pied, et ils ont montré, par cet effort personnel, quel grand soin ils avaient de leur salut.

En retour, Jésus a accueilli ces gens fatigués. Comme sauveur et médecin plein de puissance et de bonté, il a instruit les ignorants, guéri les malades et nourri les affamés, manifestant ainsi quelle grande joie lui procure l’amour des croyants.

Source: ZENIT.ORG, le 15 juillet 2021

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