Naissance de la première faculté de théologie catholique de Syrie

Vue sur le quartier Bab-Charki dans le Vieux Damas, où se trouve la faculté. Image d'illustration. Vue sur le quartier Bab-Charki dans le Vieux Damas, où se trouve la faculté. Image d’illustration.  

Naissance de la première faculté de théologie catholique de Syrie

Le projet est dans les cartons et dans les têtes du diocèse patriarcal de Damas depuis 2002. En septembre, la première faculté de théologie catholique de Syrie ouvrira ses portes. Le futur doyen, l’archimandrite Youssef Lajin nous détaille le projet.

Entretien réalisé par Marine Henriot – Cité du Vatican

L’inauguration est prévue pour les 21 et 22 septembre, les 90 étudiants feront eux leur rentrée le 1er octobre. Le projet ambitieux est porté par l’Eglise melkite, et il s’agit d’une «faculté catholique selon les directives de la Congrégation pour l’éducation catholique», nous détaille l’archimandrite Youssef Lajin, joint à Damas. Il sera le doyen de la faculté.

A ses côtés, le patriarche Joseph Absi endossera l’habit de recteur. La faculté emploie déjà 25 professeurs et maitres de conférences, pour un cursus qui se déroulera en cinq ans, deux ans de philosophie et trois ans de théologie. Les locaux de la faculté sont installés dans l’enceinte du Patriarcat grec-catholique, dans le quartier de Bab-Charki, dans le cœur du Vieux Damas. Un décret présidentiel de mai 2019 a rendu son existence possible, explique le père Youssef Lafin, précisant la portée œcuménique de ce projet, puisque les étudiants «de toutes les religions» seront accueuillis.

Faculté pontificale ?

La faculté voit grand pour le futur, nous confie l’archimandrite, «nous proposons qu’elle soit une faculté pontificale ad experimentum pour 5 ans», un statut pour l’instant en cours de création ; «le nonce apostolique en Syrie, le cardinal Mario Zenari était très content de savoir qu’il y a cette première en Syrie, il a donc fait envoyer à Rome tous les documents nécessaires».

Dans un pays ravagé par le conflit et les sanctions internationales, l’ouverture de cette faculté envoie aux Syriens un message d’espoir fort : «Nous sommes là, nous restons en Syrie, nous ne partons pas, nous ne vidons pas le pays des chrétiens.»

Quant aux problèmes logistiques, tel que le manque de générateurs pour avoir de l’électricité toute la journée, «nous traiterons les difficultés les unes après les autres». A noter que cette faculté bénéficie du soutien financier de plusieurs organisations étrangères, notamment de l’Oeuvre d’Orient.

Source: VATICANNEWS, le 28 août 2021

Il y a 8 ans… La disparition du père Paolo Dall’Oglio en Syrie

Le père Paolo Dall'Oglio, jésuite disparu en Syrie en juillet 20213. Le père Paolo Dall’Oglio, jésuite disparu en Syrie en juillet 20213.  

Il y a 8 ans… La disparition du père Paolo Dall’Oglio en Syrie

C’était le 29 juillet 2013, le jésuite italien a été enlevé à Raqqa, en Syrie. Cette année encore, de nombreuses initiatives sont prévues pour rappeler ce triste jour et renouveler l’invitation au dialogue, à la rencontre et à la conversion des cœurs que Dall’Oglio a promue chaque jour dans sa mission. 

Andrea De Angelis – Città del Vaticano 

Riccardo Cristiano, journaliste, vaticaniste et fondateur de l’Association des journalistes amis du père Dall’Oglio, a longtemps été correspondant au Moyen-Orient. Il évoque la figure du Père Paolo avec nous et souligne comment sa capacité d’écoute l’a rendu vraiment proche du peuple syrien. 

Au centre de la Source d’Ismaël (centre qui accueille des enfants mineurs, ndlr), vous parlerez du Père Paolo aux mineurs non accompagnés. Pourquoi est-il important de faire connaître sa figure aux jeunes ?

Je crois qu’il est important de parler de lui aux jeunes et à tout le monde en général. Il est particulièrement important pour les jeunes car le père Paolo était convaincu qu’il fallait construire une théologie interreligieuse au nom de sa foi. Il l’a construit à partir de la figure d’Ismaël, qui dans l’Islam est le fils d’Abraham, d’abord amené au sacrifice, puis qui ne l’est plus. Ismaël est expulsé de sa famille avec sa mère et entreprend un voyage dans le désert. Abraham voit dans les larmes de sa mère, qui ne trouve pas d’eau dans le désert pour étancher la soif de son fils, les mêmes larmes que Marie a versées sous la croix. Dans les pleurs d’Ismaël, il voit des pleurs évangéliques et cette histoire lui fait comprendre comment, puisqu’il y a un pacte au nom de l’élection, un pacte avec Dieu, il y a aussi un pacte au nom de la marginalisation. Au nom de l’exclusion. Les marginaux, les exclus sont les élus de Dieu et le symbole de ce pacte, de cette élection est précisément la figure du petit Ismaël. Une histoire qui nous fait comprendre ce que signifie trouver la clé pour présenter, même avec une pensée évangélique, ce qui n’est pas évangélique. Dans l’espoir de comprendre ensemble le mystère, son propre chemin, son propre sens dans le plan global de Dieu.

En écoutant vos paroles, je pense à la manière dont le père Paolo aurait promu, parlé, fait connaître l’encyclique Fratelli tutti. Avez-vous aussi pensé à cela parfois ?

J’y ai pensé de nombreuses fois et je dois dire que cette pensée m’accompagne très souvent, chaque fois que j’entends parler de la fraternité. J’aime souligner comment le père Paolo a consacré tant de temps à la fraternité. A ceux qui lui demandaient de convertir les musulmans, en tant que missionnaire dans ce qu’on appelle la Terre d’Islam, il répondait qu’en réalité il ne ressentait pas tant ce désir, que celui de se convertir à l’œuvre de Dieu dans chaque âme humaine. Nous avons besoin d’un nouveau prophétisme dans le dialogue, dans une expérience toujours nouvelle de l’action de l’Esprit de Dieu. Je pense que l’hospitalité est la marque de toutes les cultures religieuses du Moyen-Orient, et je la ressens dans la fraternité du Pape François. Je le trouve dans l’encyclique.

Pourquoi tant de témoins ont-ils dit, et répètent encore aujourd’hui, que le père Dall’Oglio était un ami du peuple syrien ?

Pour répondre à cette question, je veux partir de ce qu’il a écrit sur la mondialisation, à savoir qu’elle a fait beaucoup de mal aux Syriens. Aux musulmans et aux Syriens chrétiens. La raison en est l’arrivée de la télévision, où les femmes chrétiennes, par exemple, ont vu les images d’autres femmes chrétiennes de différents pays qui s’habillent différemment d’elles. Il en va de même pour les femmes musulmanes. Ils ont ainsi changé leur façon de s’habiller, par un processus qui est l’assimilation d’un modèle. Cette assimilation a commencé à faire perdre aux gens leur spécificité, qui consistait à s’habiller d’un voile léger, différent des autres ou complètement absent. Un voile de couleur, reposant sur les cheveux, qui indiquait le sentiment commun de leur peuple. C’est un exemple de la manière dont la tradition n’est pas quelque chose de littéraliste ou de procédural, mais une appartenance à une manière d’être que d’autres appartenances imposées peuvent modifier, conduisant à un choc qui était au contraire une culture commune. C’est pourquoi il était l’ami de tous les Syriens.

Comment la Syrie a-t-elle changé au cours de ces huit années ?

Je ne veux pas voir tout ce qui est négatif, la mort et la disparition de milliers et de milliers d’êtres humains. Des personnes dont, comme le père Paolo, on ne sait plus rien. Des choses terribles se sont produites, des armes chimiques aux expulsions, des bombardements aux violations des droits de l’homme. Mais il s’est aussi passé autre chose, et c’est le fil conducteur auquel je m’accroche en pensant au père Paolo et à ces amis qui vivent en Syrie, comme nous le ferions si nous étions nés là-bas. Je crois qu’aujourd’hui le mur de la peur est tombé. Lorsque ce mur tombe, il ne peut être reconstruit. Je ne sais pas comment nous arriverons à marcher après la chute de ce mur, mais ce fait est encore sous-estimé à mon avis.

Source: VATICANNEWS, le 29 juillet 2021

Cardinal Zenari: le départ des chrétiens est une « blessure grave » pour toute la Syrie

Cardinale Zenari Mario e arcivescovo cattolico italiano nunzio apostolico in Siria

Cardinal Zenari: le départ des chrétiens est une « blessure grave » pour toute la Syrie

De passage à Rome où il participait à l’assemblée de la ROACO (du 21 au 25 juin), le nonce apostolique à Damas, le cardinal Mario Zenari évoque la situation dramatique de la Syrie, écrasée par dix années de guerre et étreinte par la pauvreté. Il presse la communauté internationale de remettre le processus de paix en route et s’inquiète des conséquences de l’émigration des chrétiens pour toute la société.

Entretien avec le cardinal Mario Zenari

C’est le Liban qui a été au cœur de l’actualité ces derniers jours, notamment au Vatican. Mais la situation de la Syrie n’est guère meilleure. Quel est le quotidien des Syriens aujourd’hui ?

Je le répète souvent: les bombes ne tombent plus dans plusieurs régions de la Syrie, grâce à Dieu, mais nous avons maintenant une autre bombe, celle de la pauvreté, qui d’après les statistiques des Nations unies, touche 90% de la population. Et je peux vous en donner des exemples. A Damas, je vois des gens faire la queue devant les boulangeries, je vois des files et des files de voitures attendent devant les stations-service pour acheter de l’essence. Ce sont des images qui touchent au cœur. Cela s’explique par dix années de guerre et de destruction; malheureusement le processus de paix est arrêté, il n’y a pas encore de reconstruction, ni de reprise économique alors que la pauvreté, elle, progresse rapidement. En plus de tout cela, la Syrie est oubliée depuis quelque temps et on parle plutôt des autres crises du Moyen-Orient, très graves aussi comme au Liban qui a d’ailleurs des conséquences très graves sur la Syrie.

Cela me fait penser à cette parabole de l’Évangile et à ce pauvre homme tombé entre les mains de criminels sur la route qui va de Jérusalem à Jéricho, volé, frappé et laissé pour mort au bord du chemin; heureusement pour lui, passe un bon Samaritain.

Aujourd’hui, il y a de bons Samaritains, mais il ne faut pas seulement secourir la Syrie comme le malheureux de la parabole. Il faut que la Syrie soit mise debout, qu’elle puisse marcher en toute dignité ! Et cela, on ne le voit pas encore.

Vous étiez à Rome pour participer à l’assemblée de la ROACO (Réunion des œuvres d’aide aux Églises orientales) qui s’est penchée sur un Orient en crise: au Liban, en Éthiopie, dans le Haut-Karabagh, en Irak ou en Terre Sainte. Qu’êtes-vous venu demander pour votre Syrie oubliée ?

Je n’ai pas ouvert la main comme je le fais d’habitude, mais bien mes deux mains aux agences qui nous aident très généreusement. Tout en sachant que ces aides, bien que très précieuses, sont des gouttes d’eau dans le désert, alors qu’il faudrait un fleuve ! Et cela ne peut arriver uniquement que grâce à la communauté internationale. Il faut qu’elle bouge et mette en marche le processus de paix; il faut mettre fin au syndrome du “you first” -c’est l’expression de l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie-, c’est-à-dire lorsque chacun attend que ce soit l’autre qui fasse le premier pas. Il faut au contraire, tous ensemble, mettre quelque chose sur la table.

Damas, Washington et Bruxelles: ces trois capitales doivent poser un geste de bonne volonté pour que les sanctions tombent, que la reconstruction commence et que l’économie redémarre. Si l’on ne bouge pas, la Syrie risque d’être étranglée.

Ici, comme tous les ans à la ROACO, j’ai présenté la situation au Pape et aux différentes personnes que j’ai rencontrées – représentants de gouvernements et d’ambassades. Je ne suis pas ici pour représenter l’un ou l’autre parti, mais pour porter le cri de la population.

Il y a cinq armées différentes qui opèrent en Syrie, sur terre et dans les airs. Craignez-vous une partition du pays à terme ?

On dit toujours que la Syrie doit être indépendante, unifiée et unie. Mais on voit bien que la réalité du terrain ne correspond pas à ce souhait qui est le nôtre et celui de la communauté internationale.

Il y a en effet cinq armées étrangères qui y opèrent et qui ne sont pas d’accord entre elles. Puis, vous avez encore 30% du territoire qui ne sont pas encore sous le contrôle du gouvernement. Et dans une partie du nord, vous avez quand même des gens qui commencent à utiliser une autre monnaie que la livre syrienne… Donc oui, il y a ce risque.

C’est tout un peuple qui souffre mais bien sûr le Saint-Siège et l’Église universelle accordent une attention particulière aux chrétiens syriens. Ils étaient nombreux il y a encore dix ans; beaucoup sont partis à l’étranger. Disposez-vous de chiffres récents sur cette présence chrétienne en Syrie ?

Plus de la moitié des chrétiens sont partis, tout le monde est d’accord sur ça. J’ai vu d’autres chiffres qui pourraient être vraisemblables selon lesquels 1,5 millions de chrétiens, toutes confessions confondues, se trouvaient dans le pays avant le conflit. Maintenant ils pourraient être 500 000, donc ce seraient les deux tiers d’entre eux qui auraient fui.

C’est une grave blessure pour les Églises mais aussi pour la Syrie, surtout si l’on pense que ceux qui émigrent sont jeunes et qualifiés. C’est d’autant plus grave qu’en 2000 ans de présence, les chrétiens ont donné un apport considérable à leur pays, dans le domaine de la culture, de l’éducation, de la santé, mais aussi sur le terrain politique. Pour la société syrienne, les chrétiens sont comme une fenêtre ouverte sur le monde; et quand je vois des familles partir, je me dis que la fenêtre est en train de se fermer petit à petit.

Je dois dire qu’il n’y a pas eu de persécution au sens strict du terme pour les chrétiens, mais il faut dire qu’ils ont souffert plus que les autres parce que les groupes minoritaires sont les maillons les plus faibles de la chaîne, dans ce genre de conflit. Nous avons encore trois paroisses dans la province d’Idleb, dominée par des groupes fondamentalistes dont le front Al-Nosra, qui tiennent encore et les fidèles, catholiques et orthodoxes, peuvent encore fréquenter l’église.

Signalons enfin les discussions de Genève sur la réforme de la Constitution; il faudrait arriver à avoir une «laïcité positive» de l’État -autrement nous aurons des États théocratiques comme il en existe dans la région et cela n’est pas bon pour les minorités-, mais aussi la liberté religieuse et de conscience.

Source: VATICANNEWS, le 2 juillet 2021

Témoignages : ces musulmans syriens convertis au christianisme

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Nadine Sayegh – et sa fille de trois ans se recueillant devant une statue de saint Charbel.

Témoignages : ces musulmans syriens convertis au christianisme

Après dix ans de guerre, la Syrie apparaît par bien des aspects comme un pays en ruines. Mais il est aussi une terre d’espérance pour nombre d’habitants qui y ont découvert, malgré les épreuves, le message du Christ. Aleteia est allée à la rencontre de Yahya, Mayas et Oubada, trois Syriens musulmans qui se sont convertis au christianisme.

« Bien-aimée et martyrisée Syrie », c’est ainsi que le pape François a évoqué, lors de bénédiction Urbi et Orbi de Pâques, ce pays endeuillé et fragilisé par dix années de guerre. Dix années de souffrances, que l’Église a tenté de soulager par la présence de communautés au chevet des plus pauvres ainsi que l’investissement de près de 2 milliards de dollars. Ces épreuves, nombre de Syriens ont dû les affronter sans détour, puisant en eux des ressources insoupçonnées. Parmi eux, certains, dont Yahya, Mayas et Oubada, y ont découvert la foi et l’incroyable message d’amour du Christ. 

Chaque année ce sont des centaines de baptêmes, toutes communautés confondues – latine, grecque catholique melkite, syriaque, orthodoxe ou évangéliste kurde – qui ont lieu, confirme le pasteur Nihad Hassan qui a déjà baptisé une centaine de réfugiés syriens au Liban, ou le père Raafat Abou El Nasser de l’église catholique melkite de Damas. « Il y a eu une demande croissante au vu des circonstances, de la guerre et de l’arrivée de l’État islamique », assure-t-il à Aleteia. « Les gens ont découvert une religion inconnue ou, méconnue. Ils sont passés de l’Islam au Christ, du simple prophète au Sauveur. Ces nouveaux convertis ont été suivis et accompagnés tout au long du chemin, entre 6 et 24 mois, jusqu’à leur baptême. » Des itinéraires personnels bouleversants que le prêtre regrette de ne pouvoir détailler plus. « Il y a la peur de la famille et de l’entourage. D’ailleurs, beaucoup ont refusé de témoigner de peur d’être reconnus ».  

La foi, refuge dans les épreuves

C’est le cas de Yahya, né dans une famille musulmane, père d’une petite fille de 3 ans, originaire de Homs et syro-libanais. L’idée germe dans sa tête depuis plusieurs années mais le point culminant de sa conversion a été sa visite au monastère de Saint Charbel, au Liban. En 2014, la ville de Homs est assiégée et son père tué d’un missile lancé par Daech. Il décide alors de quitter Bab Amro avec son épouse, Mayas, pour le Liban puis le Kurdistan. « Je me suis senti tout d’un coup libéré d’un fardeau, en paix avec moi-même », confie-t-il. « J’ai eu la sensation d’avoir trouvé ce que je cherchais depuis longtemps. J’étais serein. Heureux. Je suis né de nouveau. Depuis, je me présente avec ma nouvelle identité, Jean. Aujourd’hui je fais partie de la chorale de l’église catholique d’Erbil, en Irak, où je vis avec mon épouse et notre petite fille de 3 ans, née directement chrétienne et baptisée ».

Je cherchais un sens à ma Vie, et quand j’ai appris à connaitre Jésus, j’ai compris qu’Il était la Vie.

La parcours d’Oubada est lui aussi atypique. Issu d’une famille damascène musulmane conservatrice, il vit depuis longtemps en Arabie Saoudite pour le travail, fréquente les écoles publiques de confession islamique et s’intéresse à l’étude du Coran qu’il finit par comprendre parfaitement, jusqu’à en être frustré, ligoté. Il décide un jour, par curiosité, de se plonger dans l’Évangile et dans la vie de Jésus. En racontent son cheminement, sa main se saisit soudainement d’un chapelet qu’il a toujours à proximité. « Depuis toujours j’éprouve des sentiments très forts quand je passe devant une église », raconte-t-il. « Daech n’a fait que confirmer ce que je ressentais à propos de l’islam. Je m’en suis détaché. Il y a cinq ans, j’ai rencontré le père Raafat. Et deux ans plus tard, je recevais le baptême. Ce jour-là, je suis devenu un autre homme, c’était un sentiment indescriptible, tellement il était beau et profond ». Un sentiment que partage pleinement Yahya : « Je cherchais un sens à ma Vie, et quand j’ai appris à connaitre Jésus, j’ai compris qu’Il était la Vie ».

Malheureusement, leur foi les a conduits à être rejetés par leur entourage, leurs proches. Pour Yahya et Mayas, délaissés, affirment : « Notre famille en Syrie nous a rejetés ; nos voisins au Liban nous ont menacés, car pour eux, notre état civil est resté musulman. Et ici à Erbil, on éprouve beaucoup de difficultés à intégrer la communauté chaldéenne, refermée sur elle-même » ! Une épreuve qui pousse Mayas a affirmer : « L’église est ma deuxième maison. Il n’y a que ma foi qui m’aide aujourd’hui à supporter ces moments difficiles ». 

Quant à Oubada, ce résident en Arabie, c’est discrètement qu’il vit sa foi. « Je ne peux pas témoigner publiquement mais je vis ma foi avec les évangiles, mon livre de chevet, et les chants byzantins. Je suis un homme comblé de l’amour du Christ ». 

Source: ALETEIA, le 8 avril 2021

Syrie : dans l’attente d’une « résurrection », par le cardinal Zenari

Mgr Zenari, capture TG 2000

Mgr Zenari, Capture TG 2000

Syrie : dans l’attente d’une « résurrection », par le cardinal Zenari

« Ne laissons pas mourir l’espérance ! »

En Syrie, « on cherche à vivre avec le peuple ce ‘Carême’ qui dure, sans interruption, depuis désormais 10 ans, dans l’attente de pouvoir entrevoir la fin du tunnel et le renouveau de la Syrie, une ‘résurrection’ de ce pays ».

Telles sont les paroles du cardinal Mario Zenari, nonce apostolique à Damas depuis douze ans, qui fait le bilan de dix ans de conflit dans cetteRépublique arabe, au fil d’un grand entretien à Vatican News publié le 15 mars 2021.

Pendant ces longues années de guerre, dit le cardinal, « la Syrie a perdu la paix, elle a perdu des personnes, elle a perdu des jeunes, elle a perdu des chrétiens ». Il compare la Syrie qui a perdu l’espérance « au malheureux de la parabole du ‘bon Samaritain’ : agressée par des brigands, pillée et laissée à moitié morte et humiliée sur le bord de la route ». La Syrie « attend d’être relevée socialement et économiquement et que sa dignité soit reconnue », souligne-t-il.

Le Saint-Siège, explique le cardinal Zenari, propose des initiatives « nombreuses et variées » « pour que cesse la violence et que soit lancé le processus de paix » en Syrie, et le pape François, rappelle-t-il, a adressé plusieurs appels à la communauté internationale pour la « Syrie bien-aimée et meurtrie »

Le cardinal Zenari cite des chiffres qui ont changé « le visage » du pays pendant les dix dernières années : « Le nombre de morts du conflit monte à environ un demi-million ; on compte 5,5 millions de réfugiés syriens dans les pays voisins ; 6 autres millions de personnes déplacées internes errent, d’un village à l’autre et cela à plusieurs reprises. Il manque également un million de personnes qui ont émigré. Il manque des dizaines de milliers de personnes disparues. Il manque les jeunes, l’avenir du pays. Il manque plus de la moitié des chrétiens. »

Précisant que « dans différentes régions de Syrie, depuis quelque temps, il ne tombe plus de bombes », le cardinal souligne que « ce que nous pourrions appeler la ‘bombe’ de la pauvreté a explosé ». Environ 90 % de la population syrienne « vit actuellement en dessous du seuil de pauvreté », affirme-t-il : « C’est le chiffre le plus élevé au monde! »

Le cardinal s’inquiète beaucoup pour lesjeunes qui « sont la meilleure ressource d’un pays », « sont l’avenir de la société et de l’Église ». « Malheureusement, dit-il, la Syrie et l’Église ont perdu une grande partie de ce patrimoine unique…On pourrait définir cette perte incalculable comme une autre ‘bombe’ néfaste pour la Syrie. »

Le nonce affirme que « la paix n’arrivera pas en Syrie sans reconstruction et relance économique ». Dans son encyclique Fratelli tutti, rappelle-t-il, « le pape François cite Centesimus annus du saint pape Jean-Paul II, lorsqu’il parle de la nécessité de garantir le ‘droit fondamental des peuples à la subsistance et au progrès’ ». Paraphrasant le titre d’un roman paru il y a quelques années, « The peace like a river » (La paix comme un fleuve), le cardinal souligne qu’« il faut un ‘fleuve’ d’aides ciblées pour la reconstruction d’hôpitaux, d’écoles, d’usines et de diverses infrastructures ».

En ce qui concerne le rôle de l’Église, le nonce souligne qu’elle est « active sur le terrain avec un vaste réseau de projets humanitaires ouverts à tous, sans différences ethniques ou religieuses ».

Le cardinal Zenari adresse « des remerciements particuliers à tous les ‘bons Samaritains’ » – institutions humanitaires internationales, organisations religieuses, personnes privées – et demande : « Ne laissons pas mourir l’espérance ! »

Avec une traduction d’Hélène Ginabat

Source: ZENIT.ORG, le 16 mars 2021

Syrie: des patriarches orientaux demandent à Joe Biden la levée des sanctions

Camp de déplacés dans le nord-ouest d'Idlib, près de la frontière avec la TurquieCamp de déplacés dans le nord-ouest d’Idlib, près de la frontière avec la Turquie  (AFP or licensors)

Syrie: des patriarches orientaux demandent à Joe Biden la levée des sanctions 

Dans une lettre adressée au président américain tout récemment investi, plusieurs patriarches d’Orient le pressent de lever les sanctions qui étranglent la Syrie, au risque de se rendre «complice» de la crise humanitaire en cours.

La missive est signée par le patriarche syrien orthodoxe Ignace Ephrem II Karim, le patriarche syrien catholique Ignace Yousef III Younan, le patriarche melkite Youssef Absi et Michel Abs, secrétaire général du Conseil des Églises du Moyen-Orient.

Après les félicitations d’usage au président Biden pour son entrée en fonction, les chefs d’Églises centrent leur intervention sur les conséquences dramatiques générées par les sanctions imposées à Damas par les précédentes administrations américaines, -dont la dernière en date, la loi César, est entrée en vigueur en décembre. Celles-ci «rendent la situation grave en Syrie encore plus intenable, surtout dans le contexte de la pandémie de Covid-19, en bloquant l’aide, le commerce et les investissements nécessaires au fonctionnement du système de santé et de l’économie syrienne», déjà fragilisés par une décennie de guerre, constatent les patriarches.

Une « punition collective » du peuple syrien

Ressenties comme une «punition collective», ces mesures «plongent le pays dans une catastrophe humanitaire sans précédent». Considérée auparavant comme le grenier à blé de l’Orient, la Syrie peine aujourd’hui à nourrir ses habitants affamés, assène la lettre. La rudesse de l’hiver et la crise sanitaire que les hôpitaux ne peuvent contenir parachèvent ce tableau apocalyptique.

S’ensuit un appel solennel des patriarches au nouveau locataire de la Maison Blanche: «nous vous demandons instamment, Monsieur le Président d’aider les Syriens à atténuer la crise humanitaire qui menace de déclencher une nouvelle vague d’instabilité au Moyen-Orient et au-delà, en suivant les recommandations du rapporteur spécial des Nations unies ». Les intérêts nationaux légitimes des États-Unis peuvent être défendus sans pour autant punir collectivement le peuple syrien, concluent-ils.

Source: VATICANNEWS, le 23 janvier 2021

SYRIE – Lettre des Patriarches des Eglises du Proche-Orient au nouveau Président américain à propos des sanction contre le peuple syrien

Ora pro Siria

SYRIE – Lettre des Patriarches des Eglises du Proche-Orient au nouveau Président américain à propos des sanction contre le peuple syrien

Le nouveau Président des Etats-Unis, Joe Biden, doit lever au plus vite les sanctions économiques qui triturent le peuple syrien comme une « punition collective » injustifiable s’il ne veut être complice de la « catastrophe humanitaire » qui frappe déjà des millions de personnes en Syrie et finira par devenir un nouveau facteur d’instabilité pour le Proche-Orient. C’est en synthèse le contenu de la lettre que des représentants autorisés des Eglises du Proche-Orient ont adressé au nouveau Président des Etats-Unis au lendemain de son installation officielle à la Maison Blanche. La lettre, daté du 21 janvier, a été signée par le Patriarche d’Antioche des syriens, S.B. Ignace Youssef III Younan, le Patriarche d’Antioche des grecs melkites, S.B. Youssef Absi, le Patriarche syro orthodoxe Ignace Ephrem II et par le Secrétaire général du Conseil des Eglises du Proche-Orient (MECC).


Après les félicitations d’usage pour le début du mandat du 46ème Président des Etats-Unis, les signataires expliquent leur initiative par la volonté d’obtenir de sa part une « réponse urgente » à propos de la grave crise humanitaire en cours en Syrie. La lettre cite le travail d’Alena Douhan, rapporteur spécial des Nations-unies sur la question des mesures coercitives unilatérales, qui, fin décembre, avait rappelé l’urgence de mettre fin au réseau de sanctions qui infligent actuellement des souffrances sans distinctions à l’ensemble du peuple syrien. Selon ce qu’indiquait le rapporteur, les sanctions « rendent encore plus insoutenable la grave situation en Syrie, en particulier alors qu’es tn cours la pandémie de Covid-19 en bloquant les aides, le commerce et les investissements nécessaires à faire fonctionner le système sanitaire syrien et l’économie ».

Parmi les opérateurs humanitaires – soulignent les signataires de la lettre – grandit le consensus sur le fait que « cette forme de punition collective infligée à tout le peuple syrien fait précipiter le pays dans une catastrophe humanitaire sans précédent ». Voici dix ans – poursuit la lettre – la Syrie était le grenier de la région » alors qu’en juin dernier déjà, David Beasley, Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial, devait reconnaître que la moitié des syriens se trouvaient dans une situation de faim, une catastrophe qui s’élargit avec le froid de l’hiver alors que le système sanitaire, détruit au cours de la guerre, se montre totalement incapable d’affronter l’urgence provoquée par la pandémie.

« Nous vous exhortons, M. le Président, à aider les syriens à soulager la crise humanitaire qui menace de déclencher une nouvelle vague d’instabilité au Proche-Orient et au-delà, en suivant les recommandations exprimées par le rapporteur spécial des Nations-unies. Nous croyons que les intérêts nationaux légitimes des Etats-Unis peuvent être poursuivis sans punir collectivement le peuple syrien au travers de sanctions économiques ».

Source: Agence Fides, le 22 janvier 2021

Nouvelle campagne de l’AED en faveur des chrétiens de Syrie

Noël orthodoxe à Damas (archives 2019)Noël orthodoxe à Damas (archives 2019)  (ANSA)

Nouvelle campagne de l’AED en faveur des chrétiens de Syrie

Baptisée «Nous sommes leur ancre de salut», cette collecte de fonds de l’Aide à l’Église en détresse est entièrement consacrée aux chrétiens toujours moins nombreux de Syrie. 

Les conditions de vie restent très difficiles pour les Syriens, surtout les plus vulnérables, particulièrement exposés à la menace du coronavirus, d’autant que les structures de santé du pays, gravement endommagées par des années de guerre, ne peuvent répondre à l’urgence.

Sur les quelque 11,7 millions de déplacés recensés -dont la moitié se trouvent à l’intérieur du pays-, on estime que les chrétiens représentent entre 500 et 600 000. A cette communauté minoritaire, la fondation de Droit pontifical continue d’apporter une aide matérielle et un soutien moral. C’est dans cet esprit que se place cette nouvelle campagne, en continuité avec tout ce qui a été accompli l’année dernière.

En 2020, de nombreuses interventions et initiatives pastorales ont été réalisées en faveur des familles chrétiennes à travers le pays: des milliers de foyers ont été alimentés en électricité, des centaines de familles ont été soutenues dans le paiement de leur loyer, des colis alimentaires ont été distribués aux personnes les plus démunies et grâce à des bourses, 6 500 jeunes ont pu poursuivre leurs études. A Lattaquié et Tartous, un plan d’aide a garanti des soins de santé pour les habitants de ces deux villes de l’est de la Syrie, tandis qu’à Alep, la cathédrale Saint Élie, détruite en 2013 dans une attaque d’un groupe djihadiste, a été rouverte et reconsacrée.

Pour le directeur de l’antenne italienne de l’AED, cette aide matérielle, loin de s’apparenter à de l’assistanat, contribue à insuffler une véritable espérance. «L’AED connaît parfaitement les chrétiens de Syrie et sait par expérience qu’ils sont les premiers à se retrousser les manches pour faire face aux vrais problèmes, qu’ils sont les premiers à donner des exemples lumineux de foi et qu’ils sont encore une fois les premiers à chérir leur pays, ce qui les rend naturellement réticents à l’émigration. Ils veulent simplement vivre leur foi, leur vie, avec dignité dans le pays où ils sont nés», assure Alessandro Monteduro.

L’organisation s’inquiète également de la situation des jeunes Syriens; 2,8 millions de mineurs se trouvent parmi les déplacés internes, hors de tout circuit scolaire. Les conséquences s’en feront sentir sur plusieurs générations, craint Monteduro.

Source: VATICANNEWS, le 22 janvier 2021