Témoignages : ces musulmans syriens convertis au christianisme

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Nadine Sayegh – et sa fille de trois ans se recueillant devant une statue de saint Charbel.

Témoignages : ces musulmans syriens convertis au christianisme

Après dix ans de guerre, la Syrie apparaît par bien des aspects comme un pays en ruines. Mais il est aussi une terre d’espérance pour nombre d’habitants qui y ont découvert, malgré les épreuves, le message du Christ. Aleteia est allée à la rencontre de Yahya, Mayas et Oubada, trois Syriens musulmans qui se sont convertis au christianisme.

« Bien-aimée et martyrisée Syrie », c’est ainsi que le pape François a évoqué, lors de bénédiction Urbi et Orbi de Pâques, ce pays endeuillé et fragilisé par dix années de guerre. Dix années de souffrances, que l’Église a tenté de soulager par la présence de communautés au chevet des plus pauvres ainsi que l’investissement de près de 2 milliards de dollars. Ces épreuves, nombre de Syriens ont dû les affronter sans détour, puisant en eux des ressources insoupçonnées. Parmi eux, certains, dont Yahya, Mayas et Oubada, y ont découvert la foi et l’incroyable message d’amour du Christ. 

Chaque année ce sont des centaines de baptêmes, toutes communautés confondues – latine, grecque catholique melkite, syriaque, orthodoxe ou évangéliste kurde – qui ont lieu, confirme le pasteur Nihad Hassan qui a déjà baptisé une centaine de réfugiés syriens au Liban, ou le père Raafat Abou El Nasser de l’église catholique melkite de Damas. « Il y a eu une demande croissante au vu des circonstances, de la guerre et de l’arrivée de l’État islamique », assure-t-il à Aleteia. « Les gens ont découvert une religion inconnue ou, méconnue. Ils sont passés de l’Islam au Christ, du simple prophète au Sauveur. Ces nouveaux convertis ont été suivis et accompagnés tout au long du chemin, entre 6 et 24 mois, jusqu’à leur baptême. » Des itinéraires personnels bouleversants que le prêtre regrette de ne pouvoir détailler plus. « Il y a la peur de la famille et de l’entourage. D’ailleurs, beaucoup ont refusé de témoigner de peur d’être reconnus ».  

La foi, refuge dans les épreuves

C’est le cas de Yahya, né dans une famille musulmane, père d’une petite fille de 3 ans, originaire de Homs et syro-libanais. L’idée germe dans sa tête depuis plusieurs années mais le point culminant de sa conversion a été sa visite au monastère de Saint Charbel, au Liban. En 2014, la ville de Homs est assiégée et son père tué d’un missile lancé par Daech. Il décide alors de quitter Bab Amro avec son épouse, Mayas, pour le Liban puis le Kurdistan. « Je me suis senti tout d’un coup libéré d’un fardeau, en paix avec moi-même », confie-t-il. « J’ai eu la sensation d’avoir trouvé ce que je cherchais depuis longtemps. J’étais serein. Heureux. Je suis né de nouveau. Depuis, je me présente avec ma nouvelle identité, Jean. Aujourd’hui je fais partie de la chorale de l’église catholique d’Erbil, en Irak, où je vis avec mon épouse et notre petite fille de 3 ans, née directement chrétienne et baptisée ».

Je cherchais un sens à ma Vie, et quand j’ai appris à connaitre Jésus, j’ai compris qu’Il était la Vie.

La parcours d’Oubada est lui aussi atypique. Issu d’une famille damascène musulmane conservatrice, il vit depuis longtemps en Arabie Saoudite pour le travail, fréquente les écoles publiques de confession islamique et s’intéresse à l’étude du Coran qu’il finit par comprendre parfaitement, jusqu’à en être frustré, ligoté. Il décide un jour, par curiosité, de se plonger dans l’Évangile et dans la vie de Jésus. En racontent son cheminement, sa main se saisit soudainement d’un chapelet qu’il a toujours à proximité. « Depuis toujours j’éprouve des sentiments très forts quand je passe devant une église », raconte-t-il. « Daech n’a fait que confirmer ce que je ressentais à propos de l’islam. Je m’en suis détaché. Il y a cinq ans, j’ai rencontré le père Raafat. Et deux ans plus tard, je recevais le baptême. Ce jour-là, je suis devenu un autre homme, c’était un sentiment indescriptible, tellement il était beau et profond ». Un sentiment que partage pleinement Yahya : « Je cherchais un sens à ma Vie, et quand j’ai appris à connaitre Jésus, j’ai compris qu’Il était la Vie ».

Malheureusement, leur foi les a conduits à être rejetés par leur entourage, leurs proches. Pour Yahya et Mayas, délaissés, affirment : « Notre famille en Syrie nous a rejetés ; nos voisins au Liban nous ont menacés, car pour eux, notre état civil est resté musulman. Et ici à Erbil, on éprouve beaucoup de difficultés à intégrer la communauté chaldéenne, refermée sur elle-même » ! Une épreuve qui pousse Mayas a affirmer : « L’église est ma deuxième maison. Il n’y a que ma foi qui m’aide aujourd’hui à supporter ces moments difficiles ». 

Quant à Oubada, ce résident en Arabie, c’est discrètement qu’il vit sa foi. « Je ne peux pas témoigner publiquement mais je vis ma foi avec les évangiles, mon livre de chevet, et les chants byzantins. Je suis un homme comblé de l’amour du Christ ». 

Source: ALETEIA, le 8 avril 2021

Syrie : dans l’attente d’une « résurrection », par le cardinal Zenari

Mgr Zenari, capture TG 2000

Mgr Zenari, Capture TG 2000

Syrie : dans l’attente d’une « résurrection », par le cardinal Zenari

« Ne laissons pas mourir l’espérance ! »

En Syrie, « on cherche à vivre avec le peuple ce ‘Carême’ qui dure, sans interruption, depuis désormais 10 ans, dans l’attente de pouvoir entrevoir la fin du tunnel et le renouveau de la Syrie, une ‘résurrection’ de ce pays ».

Telles sont les paroles du cardinal Mario Zenari, nonce apostolique à Damas depuis douze ans, qui fait le bilan de dix ans de conflit dans cetteRépublique arabe, au fil d’un grand entretien à Vatican News publié le 15 mars 2021.

Pendant ces longues années de guerre, dit le cardinal, « la Syrie a perdu la paix, elle a perdu des personnes, elle a perdu des jeunes, elle a perdu des chrétiens ». Il compare la Syrie qui a perdu l’espérance « au malheureux de la parabole du ‘bon Samaritain’ : agressée par des brigands, pillée et laissée à moitié morte et humiliée sur le bord de la route ». La Syrie « attend d’être relevée socialement et économiquement et que sa dignité soit reconnue », souligne-t-il.

Le Saint-Siège, explique le cardinal Zenari, propose des initiatives « nombreuses et variées » « pour que cesse la violence et que soit lancé le processus de paix » en Syrie, et le pape François, rappelle-t-il, a adressé plusieurs appels à la communauté internationale pour la « Syrie bien-aimée et meurtrie »

Le cardinal Zenari cite des chiffres qui ont changé « le visage » du pays pendant les dix dernières années : « Le nombre de morts du conflit monte à environ un demi-million ; on compte 5,5 millions de réfugiés syriens dans les pays voisins ; 6 autres millions de personnes déplacées internes errent, d’un village à l’autre et cela à plusieurs reprises. Il manque également un million de personnes qui ont émigré. Il manque des dizaines de milliers de personnes disparues. Il manque les jeunes, l’avenir du pays. Il manque plus de la moitié des chrétiens. »

Précisant que « dans différentes régions de Syrie, depuis quelque temps, il ne tombe plus de bombes », le cardinal souligne que « ce que nous pourrions appeler la ‘bombe’ de la pauvreté a explosé ». Environ 90 % de la population syrienne « vit actuellement en dessous du seuil de pauvreté », affirme-t-il : « C’est le chiffre le plus élevé au monde! »

Le cardinal s’inquiète beaucoup pour lesjeunes qui « sont la meilleure ressource d’un pays », « sont l’avenir de la société et de l’Église ». « Malheureusement, dit-il, la Syrie et l’Église ont perdu une grande partie de ce patrimoine unique…On pourrait définir cette perte incalculable comme une autre ‘bombe’ néfaste pour la Syrie. »

Le nonce affirme que « la paix n’arrivera pas en Syrie sans reconstruction et relance économique ». Dans son encyclique Fratelli tutti, rappelle-t-il, « le pape François cite Centesimus annus du saint pape Jean-Paul II, lorsqu’il parle de la nécessité de garantir le ‘droit fondamental des peuples à la subsistance et au progrès’ ». Paraphrasant le titre d’un roman paru il y a quelques années, « The peace like a river » (La paix comme un fleuve), le cardinal souligne qu’« il faut un ‘fleuve’ d’aides ciblées pour la reconstruction d’hôpitaux, d’écoles, d’usines et de diverses infrastructures ».

En ce qui concerne le rôle de l’Église, le nonce souligne qu’elle est « active sur le terrain avec un vaste réseau de projets humanitaires ouverts à tous, sans différences ethniques ou religieuses ».

Le cardinal Zenari adresse « des remerciements particuliers à tous les ‘bons Samaritains’ » – institutions humanitaires internationales, organisations religieuses, personnes privées – et demande : « Ne laissons pas mourir l’espérance ! »

Avec une traduction d’Hélène Ginabat

Source: ZENIT.ORG, le 16 mars 2021

Syrie: des patriarches orientaux demandent à Joe Biden la levée des sanctions

Camp de déplacés dans le nord-ouest d'Idlib, près de la frontière avec la TurquieCamp de déplacés dans le nord-ouest d’Idlib, près de la frontière avec la Turquie  (AFP or licensors)

Syrie: des patriarches orientaux demandent à Joe Biden la levée des sanctions 

Dans une lettre adressée au président américain tout récemment investi, plusieurs patriarches d’Orient le pressent de lever les sanctions qui étranglent la Syrie, au risque de se rendre «complice» de la crise humanitaire en cours.

La missive est signée par le patriarche syrien orthodoxe Ignace Ephrem II Karim, le patriarche syrien catholique Ignace Yousef III Younan, le patriarche melkite Youssef Absi et Michel Abs, secrétaire général du Conseil des Églises du Moyen-Orient.

Après les félicitations d’usage au président Biden pour son entrée en fonction, les chefs d’Églises centrent leur intervention sur les conséquences dramatiques générées par les sanctions imposées à Damas par les précédentes administrations américaines, -dont la dernière en date, la loi César, est entrée en vigueur en décembre. Celles-ci «rendent la situation grave en Syrie encore plus intenable, surtout dans le contexte de la pandémie de Covid-19, en bloquant l’aide, le commerce et les investissements nécessaires au fonctionnement du système de santé et de l’économie syrienne», déjà fragilisés par une décennie de guerre, constatent les patriarches.

Une « punition collective » du peuple syrien

Ressenties comme une «punition collective», ces mesures «plongent le pays dans une catastrophe humanitaire sans précédent». Considérée auparavant comme le grenier à blé de l’Orient, la Syrie peine aujourd’hui à nourrir ses habitants affamés, assène la lettre. La rudesse de l’hiver et la crise sanitaire que les hôpitaux ne peuvent contenir parachèvent ce tableau apocalyptique.

S’ensuit un appel solennel des patriarches au nouveau locataire de la Maison Blanche: «nous vous demandons instamment, Monsieur le Président d’aider les Syriens à atténuer la crise humanitaire qui menace de déclencher une nouvelle vague d’instabilité au Moyen-Orient et au-delà, en suivant les recommandations du rapporteur spécial des Nations unies ». Les intérêts nationaux légitimes des États-Unis peuvent être défendus sans pour autant punir collectivement le peuple syrien, concluent-ils.

Source: VATICANNEWS, le 23 janvier 2021

SYRIE – Lettre des Patriarches des Eglises du Proche-Orient au nouveau Président américain à propos des sanction contre le peuple syrien

Ora pro Siria

SYRIE – Lettre des Patriarches des Eglises du Proche-Orient au nouveau Président américain à propos des sanction contre le peuple syrien

Le nouveau Président des Etats-Unis, Joe Biden, doit lever au plus vite les sanctions économiques qui triturent le peuple syrien comme une « punition collective » injustifiable s’il ne veut être complice de la « catastrophe humanitaire » qui frappe déjà des millions de personnes en Syrie et finira par devenir un nouveau facteur d’instabilité pour le Proche-Orient. C’est en synthèse le contenu de la lettre que des représentants autorisés des Eglises du Proche-Orient ont adressé au nouveau Président des Etats-Unis au lendemain de son installation officielle à la Maison Blanche. La lettre, daté du 21 janvier, a été signée par le Patriarche d’Antioche des syriens, S.B. Ignace Youssef III Younan, le Patriarche d’Antioche des grecs melkites, S.B. Youssef Absi, le Patriarche syro orthodoxe Ignace Ephrem II et par le Secrétaire général du Conseil des Eglises du Proche-Orient (MECC).


Après les félicitations d’usage pour le début du mandat du 46ème Président des Etats-Unis, les signataires expliquent leur initiative par la volonté d’obtenir de sa part une « réponse urgente » à propos de la grave crise humanitaire en cours en Syrie. La lettre cite le travail d’Alena Douhan, rapporteur spécial des Nations-unies sur la question des mesures coercitives unilatérales, qui, fin décembre, avait rappelé l’urgence de mettre fin au réseau de sanctions qui infligent actuellement des souffrances sans distinctions à l’ensemble du peuple syrien. Selon ce qu’indiquait le rapporteur, les sanctions « rendent encore plus insoutenable la grave situation en Syrie, en particulier alors qu’es tn cours la pandémie de Covid-19 en bloquant les aides, le commerce et les investissements nécessaires à faire fonctionner le système sanitaire syrien et l’économie ».

Parmi les opérateurs humanitaires – soulignent les signataires de la lettre – grandit le consensus sur le fait que « cette forme de punition collective infligée à tout le peuple syrien fait précipiter le pays dans une catastrophe humanitaire sans précédent ». Voici dix ans – poursuit la lettre – la Syrie était le grenier de la région » alors qu’en juin dernier déjà, David Beasley, Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial, devait reconnaître que la moitié des syriens se trouvaient dans une situation de faim, une catastrophe qui s’élargit avec le froid de l’hiver alors que le système sanitaire, détruit au cours de la guerre, se montre totalement incapable d’affronter l’urgence provoquée par la pandémie.

« Nous vous exhortons, M. le Président, à aider les syriens à soulager la crise humanitaire qui menace de déclencher une nouvelle vague d’instabilité au Proche-Orient et au-delà, en suivant les recommandations exprimées par le rapporteur spécial des Nations-unies. Nous croyons que les intérêts nationaux légitimes des Etats-Unis peuvent être poursuivis sans punir collectivement le peuple syrien au travers de sanctions économiques ».

Source: Agence Fides, le 22 janvier 2021

Nouvelle campagne de l’AED en faveur des chrétiens de Syrie

Noël orthodoxe à Damas (archives 2019)Noël orthodoxe à Damas (archives 2019)  (ANSA)

Nouvelle campagne de l’AED en faveur des chrétiens de Syrie

Baptisée «Nous sommes leur ancre de salut», cette collecte de fonds de l’Aide à l’Église en détresse est entièrement consacrée aux chrétiens toujours moins nombreux de Syrie. 

Les conditions de vie restent très difficiles pour les Syriens, surtout les plus vulnérables, particulièrement exposés à la menace du coronavirus, d’autant que les structures de santé du pays, gravement endommagées par des années de guerre, ne peuvent répondre à l’urgence.

Sur les quelque 11,7 millions de déplacés recensés -dont la moitié se trouvent à l’intérieur du pays-, on estime que les chrétiens représentent entre 500 et 600 000. A cette communauté minoritaire, la fondation de Droit pontifical continue d’apporter une aide matérielle et un soutien moral. C’est dans cet esprit que se place cette nouvelle campagne, en continuité avec tout ce qui a été accompli l’année dernière.

En 2020, de nombreuses interventions et initiatives pastorales ont été réalisées en faveur des familles chrétiennes à travers le pays: des milliers de foyers ont été alimentés en électricité, des centaines de familles ont été soutenues dans le paiement de leur loyer, des colis alimentaires ont été distribués aux personnes les plus démunies et grâce à des bourses, 6 500 jeunes ont pu poursuivre leurs études. A Lattaquié et Tartous, un plan d’aide a garanti des soins de santé pour les habitants de ces deux villes de l’est de la Syrie, tandis qu’à Alep, la cathédrale Saint Élie, détruite en 2013 dans une attaque d’un groupe djihadiste, a été rouverte et reconsacrée.

Pour le directeur de l’antenne italienne de l’AED, cette aide matérielle, loin de s’apparenter à de l’assistanat, contribue à insuffler une véritable espérance. «L’AED connaît parfaitement les chrétiens de Syrie et sait par expérience qu’ils sont les premiers à se retrousser les manches pour faire face aux vrais problèmes, qu’ils sont les premiers à donner des exemples lumineux de foi et qu’ils sont encore une fois les premiers à chérir leur pays, ce qui les rend naturellement réticents à l’émigration. Ils veulent simplement vivre leur foi, leur vie, avec dignité dans le pays où ils sont nés», assure Alessandro Monteduro.

L’organisation s’inquiète également de la situation des jeunes Syriens; 2,8 millions de mineurs se trouvent parmi les déplacés internes, hors de tout circuit scolaire. Les conséquences s’en feront sentir sur plusieurs générations, craint Monteduro.

Source: VATICANNEWS, le 22 janvier 2021