L’aide internationale indispensable pour les chrétiens de Syrie

Homs, en grande partie détruite par la guerreHoms, en grande partie détruite par la guerre

L’aide internationale indispensable pour les chrétiens de Syrie

L’Archéparchie de Homs des Melkites, comme pour les églises des autres rites catholiques et confessions chrétiennes, a subi de lourds dégâts au cours la guerre. Le soutien international à la reconstruction des édifices religieux a été, et reste, fondamental. Sans églises, il est difficile d’envisager le retour des communautés chrétiennes.

Vatican News

ACN International, la fondation pontificale ‘Aid to the Church in Need’ dont le siège est en Allemagne, est présente dans vingt-trois pays et connue en France sous l’appellation ‘Aide à l’Église en détresse’. Récemment, AED a alloué 5 millions d’euros pour des programmes au Liban et en Syrie. Ils seront utilisés pour financer de nouveaux projets, grands et petits, dans les deux pays. Sans ce soutien, les communautés chrétiennes de Syrie, tourmentées par plus de 10 ans de guerre, ne pourraient pas retourner prier dans leurs églises, qui ont été endommagées, pillées ou même bombardées.

En 2014, il restait 20 chrétiens à Homs

Ainsi, ces dernières années, AED a consacré des fonds à la reconstruction de l’Archéparchie de Homs des Melkites et de la cathédrale au cœur de la troisième ville la plus peuplée du pays. «Lorsque je suis revenu à Homs, je n’ai pas pu entrer dans le siège épiscopal car il était toujours assiégé par des hommes en armes. La première fois que j’ai pu entrer dans les bâtiments diocésains, c’était le 9 mai 2014 et la ville de Homs était complètement détruite, toutes les maisons étaient à terre et il ne restait plus que 20 chrétiens dans toute la ville», témoigne Mgr Jean Abdo Arbach, archévêque Grec-Melkite de Homs.

Mgr Jean Abdo Arbach, archevêque Grec-Melkite de Homs

Mgr Jean Abdo Arbach, archevêque Grec-Melkite de Homs

Mgr Arbach a retroussé les manches pour participer activement à la reconstruction de plusieurs habitations d’abord, puis de la résidence épiscopale, et de la cathédrale. Grâce à cela, des familles chrétiennes de différentes confessions ont pu revenir s’installer en ville. Elles sont encore peu nombreuses, mais c’est déjà un signe. L’Église Grecque Orthodoxe a également repris des couleurs, avec 140 familles. Avant la guerre, c’était la plus importante communauté chrétienne. La reconstruction de l’église orthodoxe a révélé une belle découverte: une ancienne église souterraine datant de l’époque des premiers chrétiens de la région, qui se cachaient pour prier dans des cavités creusées sous terre.

Ave Maria, dans l’église découverte sous la cathédrale Grecque Orthodoxe

Pendant la guerre, la situation était moins grave

Mgr Jean Abdo Arbach prend du papier et un crayon pour, en quelques chiffres, expliquer que la situation actuelle est plus difficile que pendant la guerre, qui s’est terminée à Homs en 2014 après un accord entre les belligérants. «Pendant la guerre,explique l’évêque, la situation était une chose et après la guerre, c’en est une autre. Pendant la guerre, nous pouvions en quelque sorte remercier Dieu de ne nous faire manquer de rien. Les frontières avec le Liban et la Jordanie étaient ouvertes et nous pouvions nous déplacer. Cela semble paradoxal, mais en réalité, le coup de grâce est venu après la guerre, avec la crise économique et la pandémie qui a entraîné la fermeture de la frontière avec le Liban voisin». La crise s’est par ailleurs aggravée avec les sanctions imposées à la Syrie, à savoir le ‘Caesar Act’ promulgué par le président américain Donald Trump en 2019 et entré en vigueur en juin 2020. Depuis lors, toutes les entreprises étrangères se sont retirées, laissant les Syriens à leur propre sort. «Nous nous sommes retrouvés comme assiégés», raconte le prélat, «nous ne pouvions plus nous déplacer, nous n’avions plus d’argent liquide entre les mains, il n’y avait plus importations ni exportations, et les prix ont explosé». Les gens ont touché le fond.

Le café ou le thé est toujours servi aux hôtes en signe de bienvenue

Le café ou le thé est toujours servi aux hôtes en signe de bienvenue

Les familles se sont retrouvées en situation de grande pauvreté en très peu de temps. Situation observée dans un premier temps dans les villages des périphéries de Homs, Damas et Alep, car personne n’avait plus assez d’argent pour s’y rendre, ou pour en sortir. Parallèlement, les services de santé se sont détériorés, faute de moyens. Écrivant les chiffres sur le papier, Mgr Arbach attire l’attention sur le coût d’une opération chirurgicale. De 200 000 livres syriennes avant la guerre, une intervention coûte désormais 2 millions. Il en va de même pour les médicaments, qui sont inaccessibles pour l’écrasante majorité des familles, atteignant des prix exorbitants.

Une coupure d’électricité interrompt Mgr Arbach dans ses explications. Immédiatement, un générateur entre en fonction. «À Homs, nous n’avons que deux heures d’électricité par jour», dit-il.  Pour la plupart des familles qui ne peuvent s’offrir les services d’un générateur privé ou collectif, pour lequel elles doivent payer le carburant, tout s’arrête dans la maison : réfrigérateur, lave-linge, télévision.  À l’approche de l’hiver et du froid, le chauffage est un luxe hors de portée en raison du prix du mazout.

10 familles parties pour la Biélorussie

Ce contexte n’aide en rien le retour des chrétiens. Pire, il finit par faire fuir ceux qui ont résisté jusqu’à présent. Les plus jeunes n’imaginent pas leur propre avenir dans le pays. Nombreux sont ceux qui ont développé une pathologie dépressive et de l’anxiété. «Nous avons récemment eu 10 familles qui ont tout vendu pour aller en Biélorussie», poursuit Mgr Arbach. «Elles sont maintenant bloquées à la frontière avec la Pologne et ne peuvent aller nulle part. Que vont-elles devenir ?» se demande-t-il.

Une école occupée et pillée par les djihadistes pendant la guerre à Homs

Une école occupée et pillée par les djihadistes pendant la guerre à Homs

L’accès à l’éducation

Enfin, reste la question de l’éducation. De nombreux enfants, garçons et de filles, ne vont plus à l’école, contraints de travailler pour compléter le revenu familial afin de permettre à leurs familles de se nourrir. Outre cette nécessité vitale, il faut aussi prendre acte que la plupart des écoles ont été gravement endommagées et peu ont été reconstruites. «Que pourra devenir un enfant plus tard s’il n’a pas accès à l’éducation ? C’est très dangereux», prévient l’évêque.

Favoriser le retour des chrétiens sur leurs terres

Par conséquent, ajoute-t-il, «nous devons réfléchir et demander à Dieu de réveiller les consciences des gouvernants pour qu’ils lèvent les sanctions imposées à la Syrie afin que le pays puisse à nouveau s’ouvrir au monde». A travers un programme de reconstruction, l’évêque soutient qu’il serait possible de créer des emplois, d’espérer un salaire décent, la restitution de la dignité et la consolidation de la paix. La fin des sanctions favoriserait également le retour des chrétiens. Mgr Arbach considère que leur présence est très importante non seulement pour la Syrie, mais aussi pour les autres pays du Moyen-Orient. «En tant qu’évêques et serviteurs de Dieu, conclut-il,nous devons travailler avec les associations caritatives comme Aide à l’Église en détresse, l’Œuvre d’Orient, et toutes les autres organisations afin de renforcer et d’enraciner notre présence, notre droit, et notre dignité de citoyens dans notre pays, et sur nos terres».

Source: VATICANNEWS, le 3 janvier 2022

Homs: le discernement ignacien à rude épreuve

un appartement 'reconstruit' dans un immeuble de Homs détruit par la guerre.un appartement ‘reconstruit’ dans un immeuble de Homs détruit par la guerre.

Homs: le discernement ignacien à rude épreuve

La compagnie de Jésus est installée au cœur de Homs, en Syrie. Elle a payé un lourd tribut pendant la guerre avec la mort du père Franz Van Der Lugt, en 2014, tué par les djihadistes. Elle s’efforce aujourd’hui, non sans difficultés, à offrir aux jeunes une source d’espérance.

Vatican News

Homs a été longtemps le carrefour des routes commerciales et industrielles de la Syrie. Située à mi-chemin entre Damas et Alep, la ville est aussi une porte vers le Liban voisin et c’est aussi de là que partent les voies principales pour les côtes syriennes de la méditerranée. La troisième ville de Syrie, avec environ 700.000 habitants avant la guerre, est également l’une des plus abimées par 10 années de conflit. Des quartiers entiers dévastés, éventrés, et le sa sensation que la guerre s’est arrêtée hier. Le temps semble figé depuis quatre ans. Difficile de dire combien d’habitants compte l’agglomération aujourd’hui, il n’existe aucune statistique fiable. Mais au vu des destructions, du nombre de maisons réduites en tas de gravats, et prenant en compte la fuite massive des syriens vers l’étranger ou dans les camps de réfugiés du Liban, tout proche, qui accueillent 1,5 millions de personnes, la population de Homs s’est sensiblement réduite.

On estime qu’environ un tiers de la ville de Homs a été détruite pendant la guerre

On estime qu’environ un tiers de la ville de Homs a été détruite pendant la guerre

Encore une fois, comme cela s’est souvent produit dans la région lorsque les tensions atteignent des points de non-retour, les chrétiens sont les premiers à prendre les routes de l’exil. Les «terroristes» ont développé des méthodes d’intimidation sanguinaires, ne laissant guère le choix à la minorité chrétienne.

Un lieu de rencontre pour les jeunes

Chez les jésuites de Homs, les jeunes chrétiens, mais aussi des musulmans, se retrouvent presque tous les jours de la semaine pour participer aux différentes activités de la paroisse «ignacienne». Le père Vincent de Beaucoudrey est l’un des pères jésuites de Homs qui reçoit Vatican News dans la petite cour carrée de la résidence, en débutant par un temps de recueillement devant la tombe du père Franz Van Der Lugt, égorgé seul, ici, dans la cour, le 7 avril 2014. Ses compagnons étaient partis loin des combats, mais lui avait décidé de rester pour continuer à accueillir tous ceux qui pendant la guerre, auraient souhaité un temps de prière, de dialogue ou de réconfort. Les djihadistes n’ont eu aucune pitié. Ses compagnons l’ont enterré sur le lieu de son martyr. Une tombe en forme de croix permet aujourd’hui de se recueillir et de ne pas oublier.

la tombe du père Franz Van Der Lugt

la tombe du père Franz Van Der Lugt

Le père Vincent, Mansour en arabe, nous étale les difficultés des gens que les jésuites côtoient. Elles sont liées au manque de travail, de perspective et d’espérance. «Nous vivons avec eux, autant que nous le pouvons» dit-il. «Nous essayons de les aider spirituellement, et bien-sur – ajoute-t-il – nous souffrons avec eux».

Le jésuite précise que sa communauté opère sur deux niveaux : social et pastoral, et qu’une nette distinction est faite entre les deux. Ainsi, au total, un millier de jeunes se retrouvent pour jouer au Basket dans la cour, pour jouer au foot, pour des activités théâtrales, des camps ou des fêtes. Autant de moments de détente que les compagnons partagent avec ces jeunes, mais qui sont bien distincts des temps pour Dieu. «S’ils viennent, ils savent pourquoi ils viennent. Pour jouer, ou pour prier ou un temps d’écoute. Nous ne souhaitons pas mélanger les deux», explique le prêtre. Homs est tellement dévastée que les espaces de détente sont quasiment inexistants, et le couvent des jésuites peut offrir cet espace : «Ils sont nombreux, 20% de plus chaque année. On pourrait dire que nos activés ont du succès. Mais on sait aussi que si nous n’étions pas là, ils n’auraient rien d’autre à faire».

le père Vincent de Beaucoudrey sj

le père Vincent de Beaucoudrey sj

Pas lumière au bout du tunnel

En revanche, les temps d’écoute, de partage et de prière suivent un autre calendrier. Et c’est ici que le père Vincent se laisse déborder par l’émotion: «je n’en sais rien, je ne sais pas», répond-il lorsqu’on lui demande quel peut être l’avenir de ces jeunes, puis il ajoute : «On ne peut pas être focalisé sur le long terme, on essaie de vivre, de se laisser toucher par l’Évangile. Le charisme des jésuites c’est d’aider les gens à prendre des décisions, et quand on est aumônier d’étudiants, on se dit qu’on va aider les gens à construire leur vie. Mais qu’est-ce qu’on fait quand on ne sait pas ce qui peut être décidé ? C’est compliqué».

Vincent de Beaucoudrey reprend ses esprits et développe : «une de nos plus grandes difficultés est d’aider au discernement. Lorsqu’on propose à quelqu’un de choisir, cela signifie qu’il peut opérer un choix entre deux bonnes choses. Mais on ne peut pas parler de choix lorsque toutes les issues sont bouchées. Ils n’ont rien à choisir dans ce contexte sans lumière au bout du tunnel».

Les limites du discernement

Les étudiants se retrouvent souvent dans des filières qui ne les intéressent pas vraiment. Ils n’ont pas choisi leurs études pour la plupart, mais se sont adaptés aux moyens de transports disponibles dans leur quartier, et aux universités desservies. «Quand on connait cela, que l’on parle avec eux, que l’on essaie d’évoquer leur avenir, ils nous répondent ‘oui, et après ?’. Ils n’ont plus aucune source d’espérance», regrette le père De Beaucoudrey. «Il nous faut donc descendre plus bas, dans les petits détails du quotidien. Ce sont nos activités sociales qui peuvent constituer pour eux un début d’espérance». Mais cette espérance est comme enfermée dans une boite, et le jésuite admet que cette condition l’amène à toucher les limites du discernement ignacien. «On ne peut aider au discernement uniquement lorsqu’ils ont à choisir entre deux bonnes choses. Il n’y a aucune décision à prendre, devant le Seigneur, entre une bonne et une mauvaise chose, vous choisissez la bonne. Mais ce n’est plus du discernement», dit-il, avant de poursuivre : «Ici les jeunes peuvent choisir éventuellement entre deux petits boulots, s’ils ont la chance d’avoir ce choix. Mais comment peut-on les aider au discernement lorsqu’ils doivent choisir entre faire leur service militaire [ndr : ce qui implique rester plusieurs années dans l’armée, jusqu’à 7 ou 8 ans, parce que le pays est en guerre] et partir pour l’étranger ? Lorsqu’ils viennent me demander s’ils doivent rester ou partir, je suis incapable de répondre. Je ne peux que leur dire de prendre soin d’eux, et que Dieu les accompagne».

Homs et Ma’aloula, les traces de la guerre

Source: VATICANNEWS, le 30 décembre 2021

SYRIE : Le moine Jacques Mourad : le monastère de Mar Elian, dévasté par les djihadistes, peut renaître

Pris pro Siria

SYRIE : Le moine Jacques Mourad : le monastère de Mar Elian, dévasté par les djihadistes, peut renaître

L’ancien monastère de Mar Elian, situé à la périphérie de la ville syrienne de Quaryatayn, et qui en 2016 a été dévasté et profané par des miliciens djihadistes, pourrait bientôt redevenir un lieu de prière et de paix pour les chrétiens syriens mais aussi pour leurs compatriotes musulmans.

Le père Jacques Mourad, le moine de la communauté de Deir Mar Moussa qui a été enlevé le 21 mai 2015 par un commando de djihadistes de l’autoproclamé État islamique, et a passé de longs mois en captivité, d’abord en isolement puis avec plus de 150 chrétiens de Qaryatayn, eux aussi pris en otage dans les territoires alors conquis par le Califat noir, l’annonce joyeusement en cette période de Noël.


La renaissance du monastère de Mar Elian – rapporte le Père Jacques dans le message également envoyé à l’Agence Fides – sera rendue possible grâce à un accord entre l’Archiéparchie syriaque catholique de Homs, Hama et Nabk et la communauté monastique de Deir Mar Moussa, fondée par le Père Paolo Dall’Oglio, le jésuite romain dont on a perdu les traces le 29 juillet 2013, alors qu’il se trouvait à Raqqa, à l’époque capitale syrienne de Daesh.


Dans son message, le père Mourad demande à tous de prier pour qu’en ce moment les paroissiens de Qaryatayn discernent également quelle est  » de la volonté de Dieu pour le futur de cette zone géographique importante de notre pays la Syrie ».


Le plan de renaissance de Mar Elian, décrit dans ses grandes lignes par le moine de Deir Mar Musa, prévoit dans un premier temps la replantation des vignes et des oliviers sur les terres entourant le monastère, ainsi que la reconstruction dles murs de clôture et des portes.

Elle cherchera ensuite à aider les chrétiens de Quaryatein a retourné dans leurs maison par des moyens concrets: restaurer leurs maisons. aider les a replanter leurs terrain et reprendre leurs chantier de travail qu’ils avait avant. La deuxième étape si la première avance avec courage, c’est la reconstruction du monastère de Mar Elian et l’Eglise de la paroisse, et reprendre le travail de fouille archéologique qui ne sera pas facile après toute la destruction qu’ils ont fait. »


La nouvelle du projet de renaissance du monastère de Qaryatayn est partagée par le Père Jacques, confiant qu’elle apportera joie et consolation dans la connaissance du lien spirituel tenace entre ce monastère et la vocation de la communauté monastique de Deir Mar Moussa.


Actuellement, moins de 10 000 musulmans vivent dans la région de Qaryatayn, tandis que les chrétiens ne sont que 26. Mais des expériences similaires, comme celles des chrétiens qui sont retournés, au moins en partie, dans les villages irakiens de la plaine de Ninive – d’où ils avaient fui devant l’avancée des milices djihadistes – encouragent à « suivre leurs pas », et à ne pas céder aux processus qui sont en train d’éteindre la présence des communautés chrétiennes autochtones dans des pays entiers du Moyen-Orient.


Dans les années précédant le conflit, l’ancien sanctuaire de Mar Elian, datant du Ve siècle, avait été affilié à la communauté monastique de Deir Mar Moussa et avait connu une période de renaissance, entouré de la sympathie de la population majoritairement musulmane.

Sous la direction du père Jacques Mourad, qui était alors prieur. Puis, en février 2015, le père Jacques a été enlevé par des djihadistes, qui ont pris le contrôle de toute la zone au mois d’août suivant. Depuis les premiers jours de l’occupation djihadiste, la tombe de Mar Elian avait été brutalement profanée, pour effacer ce qui, même aux yeux des affiliés de l’État islamique, représentait le cœur du complexe monastique.

Mais les reliques de Mar Elian, dispersées autour de la tombe du saint, n’avaient pas été perdues : en particulier, les ossements du saint ont été retrouvés, recueillis et transférés sous bonne garde à Homs en avril 2016, après la fin de l’occupation djihadiste de la zone (cf. Fides 5/4/2016).

Même alors, le père Jacques Mourad confie à Fides quel est son espoir :  » Nous savons que l’ancien sanctuaire a été rasé, que le site archéologique a été dévasté, tandis que la nouvelle église et le monastère ont été brûlés et partiellement bombardés.

Lorsque nous reviendrons travailler à Mar Elian à l’avenir, nous remettrons également les reliques du saint à leur place. Autour de la mémoire des saints, la vie de la grâce s’épanouira à nouveau. Et ce sera un grand signe de bénédiction pour toute notre Église ».

Source: AGENCE FIDES, le 28 décembre 2021

L’appel à l’aide des chrétiens de Syrie

L’appel à l’aide des chrétiens de Syrie

Mgr Nidal Abdel Massih Thomas, vicaire patriarcal chaldéen d’Al Jazira, vit dans le nord-est de la Syrie, une région en territoire syrien mais sous contrôle kurde. Dans l’interview accordée à Vatican News, il détaille la situation des chrétiens dans sa région et leur fuite irrépressible.

Vatican News

La région d’Al-Jazira se trouve dans le nord de la Syrie, à l’est de l’Euphrate, à la frontière avec la Turquie, et est largement contrôlée par les forces kurdes. Dans les villages chrétiens, presque tous les fidèles, assyriens pour la plupart, sont partis. Dans les 38 villages habités par des chrétiens, se trouvent de nombreuses églises, mais en raison des migrations, seules deux sont encore actives. Des 21 000 orthodoxes assyriens présents dans la région avant la guerre, il n’en reste que 800 aujourd’hui.

Les origines de l’exode

Cette fuite massive s’explique par un épisode survenu il y a quatre ans, lorsque 150 chrétiens ont été enlevés par les djihadistes du groupe État islamique. Parmi eux se trouvait une famille chaldéenne de cinq personnes. Les terroristes ont exigé une rançon après 15 jours, et comme aucun paiement n’a été versé, ils ont diffusé une vidéo de l’exécution de trois otages. La même vidéo montrait, derrière les trois «condamnés», trois autres otages, dont un membre de la famille chaldéenne, présentés comme les trois prochaines victimes. Il a été demandé au chaldéen de lire un message aux dirigeants des églises chrétiennes leur demandant de payer la rançon. Celle-ci fut versée, en échange de la libération de 146 des 147 survivants. Malheureusement, un djihadiste a retenu une femme qu’il avait choisie comme épouse et avec laquelle il a eu par la suite deux enfants. Lorsque le califat est tombé, la jeune femme a été autorisée à partir, ce qu’elle n’a pas fait de peur d’être tuée par sa famille, bien qu’elle ait été retenue de force par le terroriste.

Le «business» des enlèvements

Par la suite, 80% des assyriens ont fui au Liban. Les enlèvements n’ont pas cessé pour autant. «C’était un business» , dit Mgr Nidal Thomas, «ils enlevaient des chrétiens à Hassaké, et ils prenaient l’argent des rançons». À l’époque, explique le prêtre, aucune des parties impliquées et présentes dans la région ne pouvait protéger les chrétiens. Beaucoup sont donc partis ; d‘autres continuent de le faire.

7 chrétiens sur 10 fuient

Les acteurs présents sur le terrain sont nombreux : la Turquie, qui occupe une bande de terre en Syrie derrière sa frontière, le Hezbollah, quelques soldats français et iraniens, l’armée syrienne avec ses alliés russes, et les kurdes, soutenus par les forces américaines également présentes dans la zone. Ce sont les kurdes qui contrôlent l’extraction des principaux puits de pétrole dans la région qui partage aussi une frontière avec l’Irak. Toujours dans cette zone, Mgr Thomas rapporte que certains groupes de chrétiens se sont alliés aux kurdes, d’autres à l’armée syrienne. Il est donc compliqué pour les chrétiens de rester car ils sont à tout moment susceptibles d’être considérés comme des ennemis par l’une des parties, et pris pour cible. Par conséquent, si la situation des chrétiens est difficile dans l’ensemble de la Syrie, elle l’est encore plus dans sa région d’Al-Jazira (l’île, en arabe). Pour cette raison, ils ont massivement choisi de partir, les assyriens surtout.

Appel à l’aide internationale

En plus de cela, les kurdes enrôlent des jeunes recrues, explique le religieux, pour aller grossir les rangs des combattants, et ils choisissent surtout des jeunes. Pour ceux qui sont restés, de gré ou de force, dans cette région où la guerre n’est pas terminée, il y a encore une autre complication: l’énorme difficulté de recevoir l’argent que les membres de la famille partis se réfugier à l’étranger envoient au pays. Cet argent est indispensable compte tenu du manque de travail, de la crise économique et de l’inflation.

Mgr Thomas implore le soutien de toutes les forces de bonne volonté: «Tout le monde doit savoir quelles sont les conditions dans lesquelles nous vivons», dit-il. «Tout le monde ici est impatient de partir. Ils supplient leurs parents réfugiés à l’étranger de les aider à s’en aller, car ici ils ne rencontrent que des difficultés, et ils n’ont pas d’avenir», conclut le vicaire patriarcal chaldéen pour le nord-est de la Syrie.

Source: VATICANNEWS, le 20 décembre 2021

Naissance de la première faculté de théologie catholique de Syrie

Vue sur le quartier Bab-Charki dans le Vieux Damas, où se trouve la faculté. Image d'illustration. Vue sur le quartier Bab-Charki dans le Vieux Damas, où se trouve la faculté. Image d’illustration.  

Naissance de la première faculté de théologie catholique de Syrie

Le projet est dans les cartons et dans les têtes du diocèse patriarcal de Damas depuis 2002. En septembre, la première faculté de théologie catholique de Syrie ouvrira ses portes. Le futur doyen, l’archimandrite Youssef Lajin nous détaille le projet.

Entretien réalisé par Marine Henriot – Cité du Vatican

L’inauguration est prévue pour les 21 et 22 septembre, les 90 étudiants feront eux leur rentrée le 1er octobre. Le projet ambitieux est porté par l’Eglise melkite, et il s’agit d’une «faculté catholique selon les directives de la Congrégation pour l’éducation catholique», nous détaille l’archimandrite Youssef Lajin, joint à Damas. Il sera le doyen de la faculté.

A ses côtés, le patriarche Joseph Absi endossera l’habit de recteur. La faculté emploie déjà 25 professeurs et maitres de conférences, pour un cursus qui se déroulera en cinq ans, deux ans de philosophie et trois ans de théologie. Les locaux de la faculté sont installés dans l’enceinte du Patriarcat grec-catholique, dans le quartier de Bab-Charki, dans le cœur du Vieux Damas. Un décret présidentiel de mai 2019 a rendu son existence possible, explique le père Youssef Lafin, précisant la portée œcuménique de ce projet, puisque les étudiants «de toutes les religions» seront accueuillis.

Faculté pontificale ?

La faculté voit grand pour le futur, nous confie l’archimandrite, «nous proposons qu’elle soit une faculté pontificale ad experimentum pour 5 ans», un statut pour l’instant en cours de création ; «le nonce apostolique en Syrie, le cardinal Mario Zenari était très content de savoir qu’il y a cette première en Syrie, il a donc fait envoyer à Rome tous les documents nécessaires».

Dans un pays ravagé par le conflit et les sanctions internationales, l’ouverture de cette faculté envoie aux Syriens un message d’espoir fort : «Nous sommes là, nous restons en Syrie, nous ne partons pas, nous ne vidons pas le pays des chrétiens.»

Quant aux problèmes logistiques, tel que le manque de générateurs pour avoir de l’électricité toute la journée, «nous traiterons les difficultés les unes après les autres». A noter que cette faculté bénéficie du soutien financier de plusieurs organisations étrangères, notamment de l’Oeuvre d’Orient.

Source: VATICANNEWS, le 28 août 2021

Il y a 8 ans… La disparition du père Paolo Dall’Oglio en Syrie

Le père Paolo Dall'Oglio, jésuite disparu en Syrie en juillet 20213. Le père Paolo Dall’Oglio, jésuite disparu en Syrie en juillet 20213.  

Il y a 8 ans… La disparition du père Paolo Dall’Oglio en Syrie

C’était le 29 juillet 2013, le jésuite italien a été enlevé à Raqqa, en Syrie. Cette année encore, de nombreuses initiatives sont prévues pour rappeler ce triste jour et renouveler l’invitation au dialogue, à la rencontre et à la conversion des cœurs que Dall’Oglio a promue chaque jour dans sa mission. 

Andrea De Angelis – Città del Vaticano 

Riccardo Cristiano, journaliste, vaticaniste et fondateur de l’Association des journalistes amis du père Dall’Oglio, a longtemps été correspondant au Moyen-Orient. Il évoque la figure du Père Paolo avec nous et souligne comment sa capacité d’écoute l’a rendu vraiment proche du peuple syrien. 

Au centre de la Source d’Ismaël (centre qui accueille des enfants mineurs, ndlr), vous parlerez du Père Paolo aux mineurs non accompagnés. Pourquoi est-il important de faire connaître sa figure aux jeunes ?

Je crois qu’il est important de parler de lui aux jeunes et à tout le monde en général. Il est particulièrement important pour les jeunes car le père Paolo était convaincu qu’il fallait construire une théologie interreligieuse au nom de sa foi. Il l’a construit à partir de la figure d’Ismaël, qui dans l’Islam est le fils d’Abraham, d’abord amené au sacrifice, puis qui ne l’est plus. Ismaël est expulsé de sa famille avec sa mère et entreprend un voyage dans le désert. Abraham voit dans les larmes de sa mère, qui ne trouve pas d’eau dans le désert pour étancher la soif de son fils, les mêmes larmes que Marie a versées sous la croix. Dans les pleurs d’Ismaël, il voit des pleurs évangéliques et cette histoire lui fait comprendre comment, puisqu’il y a un pacte au nom de l’élection, un pacte avec Dieu, il y a aussi un pacte au nom de la marginalisation. Au nom de l’exclusion. Les marginaux, les exclus sont les élus de Dieu et le symbole de ce pacte, de cette élection est précisément la figure du petit Ismaël. Une histoire qui nous fait comprendre ce que signifie trouver la clé pour présenter, même avec une pensée évangélique, ce qui n’est pas évangélique. Dans l’espoir de comprendre ensemble le mystère, son propre chemin, son propre sens dans le plan global de Dieu.

En écoutant vos paroles, je pense à la manière dont le père Paolo aurait promu, parlé, fait connaître l’encyclique Fratelli tutti. Avez-vous aussi pensé à cela parfois ?

J’y ai pensé de nombreuses fois et je dois dire que cette pensée m’accompagne très souvent, chaque fois que j’entends parler de la fraternité. J’aime souligner comment le père Paolo a consacré tant de temps à la fraternité. A ceux qui lui demandaient de convertir les musulmans, en tant que missionnaire dans ce qu’on appelle la Terre d’Islam, il répondait qu’en réalité il ne ressentait pas tant ce désir, que celui de se convertir à l’œuvre de Dieu dans chaque âme humaine. Nous avons besoin d’un nouveau prophétisme dans le dialogue, dans une expérience toujours nouvelle de l’action de l’Esprit de Dieu. Je pense que l’hospitalité est la marque de toutes les cultures religieuses du Moyen-Orient, et je la ressens dans la fraternité du Pape François. Je le trouve dans l’encyclique.

Pourquoi tant de témoins ont-ils dit, et répètent encore aujourd’hui, que le père Dall’Oglio était un ami du peuple syrien ?

Pour répondre à cette question, je veux partir de ce qu’il a écrit sur la mondialisation, à savoir qu’elle a fait beaucoup de mal aux Syriens. Aux musulmans et aux Syriens chrétiens. La raison en est l’arrivée de la télévision, où les femmes chrétiennes, par exemple, ont vu les images d’autres femmes chrétiennes de différents pays qui s’habillent différemment d’elles. Il en va de même pour les femmes musulmanes. Ils ont ainsi changé leur façon de s’habiller, par un processus qui est l’assimilation d’un modèle. Cette assimilation a commencé à faire perdre aux gens leur spécificité, qui consistait à s’habiller d’un voile léger, différent des autres ou complètement absent. Un voile de couleur, reposant sur les cheveux, qui indiquait le sentiment commun de leur peuple. C’est un exemple de la manière dont la tradition n’est pas quelque chose de littéraliste ou de procédural, mais une appartenance à une manière d’être que d’autres appartenances imposées peuvent modifier, conduisant à un choc qui était au contraire une culture commune. C’est pourquoi il était l’ami de tous les Syriens.

Comment la Syrie a-t-elle changé au cours de ces huit années ?

Je ne veux pas voir tout ce qui est négatif, la mort et la disparition de milliers et de milliers d’êtres humains. Des personnes dont, comme le père Paolo, on ne sait plus rien. Des choses terribles se sont produites, des armes chimiques aux expulsions, des bombardements aux violations des droits de l’homme. Mais il s’est aussi passé autre chose, et c’est le fil conducteur auquel je m’accroche en pensant au père Paolo et à ces amis qui vivent en Syrie, comme nous le ferions si nous étions nés là-bas. Je crois qu’aujourd’hui le mur de la peur est tombé. Lorsque ce mur tombe, il ne peut être reconstruit. Je ne sais pas comment nous arriverons à marcher après la chute de ce mur, mais ce fait est encore sous-estimé à mon avis.

Source: VATICANNEWS, le 29 juillet 2021

Cardinal Zenari: le départ des chrétiens est une « blessure grave » pour toute la Syrie

Cardinale Zenari Mario e arcivescovo cattolico italiano nunzio apostolico in Siria

Cardinal Zenari: le départ des chrétiens est une « blessure grave » pour toute la Syrie

De passage à Rome où il participait à l’assemblée de la ROACO (du 21 au 25 juin), le nonce apostolique à Damas, le cardinal Mario Zenari évoque la situation dramatique de la Syrie, écrasée par dix années de guerre et étreinte par la pauvreté. Il presse la communauté internationale de remettre le processus de paix en route et s’inquiète des conséquences de l’émigration des chrétiens pour toute la société.

Entretien avec le cardinal Mario Zenari

C’est le Liban qui a été au cœur de l’actualité ces derniers jours, notamment au Vatican. Mais la situation de la Syrie n’est guère meilleure. Quel est le quotidien des Syriens aujourd’hui ?

Je le répète souvent: les bombes ne tombent plus dans plusieurs régions de la Syrie, grâce à Dieu, mais nous avons maintenant une autre bombe, celle de la pauvreté, qui d’après les statistiques des Nations unies, touche 90% de la population. Et je peux vous en donner des exemples. A Damas, je vois des gens faire la queue devant les boulangeries, je vois des files et des files de voitures attendent devant les stations-service pour acheter de l’essence. Ce sont des images qui touchent au cœur. Cela s’explique par dix années de guerre et de destruction; malheureusement le processus de paix est arrêté, il n’y a pas encore de reconstruction, ni de reprise économique alors que la pauvreté, elle, progresse rapidement. En plus de tout cela, la Syrie est oubliée depuis quelque temps et on parle plutôt des autres crises du Moyen-Orient, très graves aussi comme au Liban qui a d’ailleurs des conséquences très graves sur la Syrie.

Cela me fait penser à cette parabole de l’Évangile et à ce pauvre homme tombé entre les mains de criminels sur la route qui va de Jérusalem à Jéricho, volé, frappé et laissé pour mort au bord du chemin; heureusement pour lui, passe un bon Samaritain.

Aujourd’hui, il y a de bons Samaritains, mais il ne faut pas seulement secourir la Syrie comme le malheureux de la parabole. Il faut que la Syrie soit mise debout, qu’elle puisse marcher en toute dignité ! Et cela, on ne le voit pas encore.

Vous étiez à Rome pour participer à l’assemblée de la ROACO (Réunion des œuvres d’aide aux Églises orientales) qui s’est penchée sur un Orient en crise: au Liban, en Éthiopie, dans le Haut-Karabagh, en Irak ou en Terre Sainte. Qu’êtes-vous venu demander pour votre Syrie oubliée ?

Je n’ai pas ouvert la main comme je le fais d’habitude, mais bien mes deux mains aux agences qui nous aident très généreusement. Tout en sachant que ces aides, bien que très précieuses, sont des gouttes d’eau dans le désert, alors qu’il faudrait un fleuve ! Et cela ne peut arriver uniquement que grâce à la communauté internationale. Il faut qu’elle bouge et mette en marche le processus de paix; il faut mettre fin au syndrome du “you first” -c’est l’expression de l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie-, c’est-à-dire lorsque chacun attend que ce soit l’autre qui fasse le premier pas. Il faut au contraire, tous ensemble, mettre quelque chose sur la table.

Damas, Washington et Bruxelles: ces trois capitales doivent poser un geste de bonne volonté pour que les sanctions tombent, que la reconstruction commence et que l’économie redémarre. Si l’on ne bouge pas, la Syrie risque d’être étranglée.

Ici, comme tous les ans à la ROACO, j’ai présenté la situation au Pape et aux différentes personnes que j’ai rencontrées – représentants de gouvernements et d’ambassades. Je ne suis pas ici pour représenter l’un ou l’autre parti, mais pour porter le cri de la population.

Il y a cinq armées différentes qui opèrent en Syrie, sur terre et dans les airs. Craignez-vous une partition du pays à terme ?

On dit toujours que la Syrie doit être indépendante, unifiée et unie. Mais on voit bien que la réalité du terrain ne correspond pas à ce souhait qui est le nôtre et celui de la communauté internationale.

Il y a en effet cinq armées étrangères qui y opèrent et qui ne sont pas d’accord entre elles. Puis, vous avez encore 30% du territoire qui ne sont pas encore sous le contrôle du gouvernement. Et dans une partie du nord, vous avez quand même des gens qui commencent à utiliser une autre monnaie que la livre syrienne… Donc oui, il y a ce risque.

C’est tout un peuple qui souffre mais bien sûr le Saint-Siège et l’Église universelle accordent une attention particulière aux chrétiens syriens. Ils étaient nombreux il y a encore dix ans; beaucoup sont partis à l’étranger. Disposez-vous de chiffres récents sur cette présence chrétienne en Syrie ?

Plus de la moitié des chrétiens sont partis, tout le monde est d’accord sur ça. J’ai vu d’autres chiffres qui pourraient être vraisemblables selon lesquels 1,5 millions de chrétiens, toutes confessions confondues, se trouvaient dans le pays avant le conflit. Maintenant ils pourraient être 500 000, donc ce seraient les deux tiers d’entre eux qui auraient fui.

C’est une grave blessure pour les Églises mais aussi pour la Syrie, surtout si l’on pense que ceux qui émigrent sont jeunes et qualifiés. C’est d’autant plus grave qu’en 2000 ans de présence, les chrétiens ont donné un apport considérable à leur pays, dans le domaine de la culture, de l’éducation, de la santé, mais aussi sur le terrain politique. Pour la société syrienne, les chrétiens sont comme une fenêtre ouverte sur le monde; et quand je vois des familles partir, je me dis que la fenêtre est en train de se fermer petit à petit.

Je dois dire qu’il n’y a pas eu de persécution au sens strict du terme pour les chrétiens, mais il faut dire qu’ils ont souffert plus que les autres parce que les groupes minoritaires sont les maillons les plus faibles de la chaîne, dans ce genre de conflit. Nous avons encore trois paroisses dans la province d’Idleb, dominée par des groupes fondamentalistes dont le front Al-Nosra, qui tiennent encore et les fidèles, catholiques et orthodoxes, peuvent encore fréquenter l’église.

Signalons enfin les discussions de Genève sur la réforme de la Constitution; il faudrait arriver à avoir une «laïcité positive» de l’État -autrement nous aurons des États théocratiques comme il en existe dans la région et cela n’est pas bon pour les minorités-, mais aussi la liberté religieuse et de conscience.

Source: VATICANNEWS, le 2 juillet 2021

Témoignages : ces musulmans syriens convertis au christianisme

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Nadine Sayegh – et sa fille de trois ans se recueillant devant une statue de saint Charbel.

Témoignages : ces musulmans syriens convertis au christianisme

Après dix ans de guerre, la Syrie apparaît par bien des aspects comme un pays en ruines. Mais il est aussi une terre d’espérance pour nombre d’habitants qui y ont découvert, malgré les épreuves, le message du Christ. Aleteia est allée à la rencontre de Yahya, Mayas et Oubada, trois Syriens musulmans qui se sont convertis au christianisme.

« Bien-aimée et martyrisée Syrie », c’est ainsi que le pape François a évoqué, lors de bénédiction Urbi et Orbi de Pâques, ce pays endeuillé et fragilisé par dix années de guerre. Dix années de souffrances, que l’Église a tenté de soulager par la présence de communautés au chevet des plus pauvres ainsi que l’investissement de près de 2 milliards de dollars. Ces épreuves, nombre de Syriens ont dû les affronter sans détour, puisant en eux des ressources insoupçonnées. Parmi eux, certains, dont Yahya, Mayas et Oubada, y ont découvert la foi et l’incroyable message d’amour du Christ. 

Chaque année ce sont des centaines de baptêmes, toutes communautés confondues – latine, grecque catholique melkite, syriaque, orthodoxe ou évangéliste kurde – qui ont lieu, confirme le pasteur Nihad Hassan qui a déjà baptisé une centaine de réfugiés syriens au Liban, ou le père Raafat Abou El Nasser de l’église catholique melkite de Damas. « Il y a eu une demande croissante au vu des circonstances, de la guerre et de l’arrivée de l’État islamique », assure-t-il à Aleteia. « Les gens ont découvert une religion inconnue ou, méconnue. Ils sont passés de l’Islam au Christ, du simple prophète au Sauveur. Ces nouveaux convertis ont été suivis et accompagnés tout au long du chemin, entre 6 et 24 mois, jusqu’à leur baptême. » Des itinéraires personnels bouleversants que le prêtre regrette de ne pouvoir détailler plus. « Il y a la peur de la famille et de l’entourage. D’ailleurs, beaucoup ont refusé de témoigner de peur d’être reconnus ».  

La foi, refuge dans les épreuves

C’est le cas de Yahya, né dans une famille musulmane, père d’une petite fille de 3 ans, originaire de Homs et syro-libanais. L’idée germe dans sa tête depuis plusieurs années mais le point culminant de sa conversion a été sa visite au monastère de Saint Charbel, au Liban. En 2014, la ville de Homs est assiégée et son père tué d’un missile lancé par Daech. Il décide alors de quitter Bab Amro avec son épouse, Mayas, pour le Liban puis le Kurdistan. « Je me suis senti tout d’un coup libéré d’un fardeau, en paix avec moi-même », confie-t-il. « J’ai eu la sensation d’avoir trouvé ce que je cherchais depuis longtemps. J’étais serein. Heureux. Je suis né de nouveau. Depuis, je me présente avec ma nouvelle identité, Jean. Aujourd’hui je fais partie de la chorale de l’église catholique d’Erbil, en Irak, où je vis avec mon épouse et notre petite fille de 3 ans, née directement chrétienne et baptisée ».

Je cherchais un sens à ma Vie, et quand j’ai appris à connaitre Jésus, j’ai compris qu’Il était la Vie.

La parcours d’Oubada est lui aussi atypique. Issu d’une famille damascène musulmane conservatrice, il vit depuis longtemps en Arabie Saoudite pour le travail, fréquente les écoles publiques de confession islamique et s’intéresse à l’étude du Coran qu’il finit par comprendre parfaitement, jusqu’à en être frustré, ligoté. Il décide un jour, par curiosité, de se plonger dans l’Évangile et dans la vie de Jésus. En racontent son cheminement, sa main se saisit soudainement d’un chapelet qu’il a toujours à proximité. « Depuis toujours j’éprouve des sentiments très forts quand je passe devant une église », raconte-t-il. « Daech n’a fait que confirmer ce que je ressentais à propos de l’islam. Je m’en suis détaché. Il y a cinq ans, j’ai rencontré le père Raafat. Et deux ans plus tard, je recevais le baptême. Ce jour-là, je suis devenu un autre homme, c’était un sentiment indescriptible, tellement il était beau et profond ». Un sentiment que partage pleinement Yahya : « Je cherchais un sens à ma Vie, et quand j’ai appris à connaitre Jésus, j’ai compris qu’Il était la Vie ».

Malheureusement, leur foi les a conduits à être rejetés par leur entourage, leurs proches. Pour Yahya et Mayas, délaissés, affirment : « Notre famille en Syrie nous a rejetés ; nos voisins au Liban nous ont menacés, car pour eux, notre état civil est resté musulman. Et ici à Erbil, on éprouve beaucoup de difficultés à intégrer la communauté chaldéenne, refermée sur elle-même » ! Une épreuve qui pousse Mayas a affirmer : « L’église est ma deuxième maison. Il n’y a que ma foi qui m’aide aujourd’hui à supporter ces moments difficiles ». 

Quant à Oubada, ce résident en Arabie, c’est discrètement qu’il vit sa foi. « Je ne peux pas témoigner publiquement mais je vis ma foi avec les évangiles, mon livre de chevet, et les chants byzantins. Je suis un homme comblé de l’amour du Christ ». 

Source: ALETEIA, le 8 avril 2021

Syrie : dans l’attente d’une « résurrection », par le cardinal Zenari

Mgr Zenari, capture TG 2000

Mgr Zenari, Capture TG 2000

Syrie : dans l’attente d’une « résurrection », par le cardinal Zenari

« Ne laissons pas mourir l’espérance ! »

En Syrie, « on cherche à vivre avec le peuple ce ‘Carême’ qui dure, sans interruption, depuis désormais 10 ans, dans l’attente de pouvoir entrevoir la fin du tunnel et le renouveau de la Syrie, une ‘résurrection’ de ce pays ».

Telles sont les paroles du cardinal Mario Zenari, nonce apostolique à Damas depuis douze ans, qui fait le bilan de dix ans de conflit dans cetteRépublique arabe, au fil d’un grand entretien à Vatican News publié le 15 mars 2021.

Pendant ces longues années de guerre, dit le cardinal, « la Syrie a perdu la paix, elle a perdu des personnes, elle a perdu des jeunes, elle a perdu des chrétiens ». Il compare la Syrie qui a perdu l’espérance « au malheureux de la parabole du ‘bon Samaritain’ : agressée par des brigands, pillée et laissée à moitié morte et humiliée sur le bord de la route ». La Syrie « attend d’être relevée socialement et économiquement et que sa dignité soit reconnue », souligne-t-il.

Le Saint-Siège, explique le cardinal Zenari, propose des initiatives « nombreuses et variées » « pour que cesse la violence et que soit lancé le processus de paix » en Syrie, et le pape François, rappelle-t-il, a adressé plusieurs appels à la communauté internationale pour la « Syrie bien-aimée et meurtrie »

Le cardinal Zenari cite des chiffres qui ont changé « le visage » du pays pendant les dix dernières années : « Le nombre de morts du conflit monte à environ un demi-million ; on compte 5,5 millions de réfugiés syriens dans les pays voisins ; 6 autres millions de personnes déplacées internes errent, d’un village à l’autre et cela à plusieurs reprises. Il manque également un million de personnes qui ont émigré. Il manque des dizaines de milliers de personnes disparues. Il manque les jeunes, l’avenir du pays. Il manque plus de la moitié des chrétiens. »

Précisant que « dans différentes régions de Syrie, depuis quelque temps, il ne tombe plus de bombes », le cardinal souligne que « ce que nous pourrions appeler la ‘bombe’ de la pauvreté a explosé ». Environ 90 % de la population syrienne « vit actuellement en dessous du seuil de pauvreté », affirme-t-il : « C’est le chiffre le plus élevé au monde! »

Le cardinal s’inquiète beaucoup pour lesjeunes qui « sont la meilleure ressource d’un pays », « sont l’avenir de la société et de l’Église ». « Malheureusement, dit-il, la Syrie et l’Église ont perdu une grande partie de ce patrimoine unique…On pourrait définir cette perte incalculable comme une autre ‘bombe’ néfaste pour la Syrie. »

Le nonce affirme que « la paix n’arrivera pas en Syrie sans reconstruction et relance économique ». Dans son encyclique Fratelli tutti, rappelle-t-il, « le pape François cite Centesimus annus du saint pape Jean-Paul II, lorsqu’il parle de la nécessité de garantir le ‘droit fondamental des peuples à la subsistance et au progrès’ ». Paraphrasant le titre d’un roman paru il y a quelques années, « The peace like a river » (La paix comme un fleuve), le cardinal souligne qu’« il faut un ‘fleuve’ d’aides ciblées pour la reconstruction d’hôpitaux, d’écoles, d’usines et de diverses infrastructures ».

En ce qui concerne le rôle de l’Église, le nonce souligne qu’elle est « active sur le terrain avec un vaste réseau de projets humanitaires ouverts à tous, sans différences ethniques ou religieuses ».

Le cardinal Zenari adresse « des remerciements particuliers à tous les ‘bons Samaritains’ » – institutions humanitaires internationales, organisations religieuses, personnes privées – et demande : « Ne laissons pas mourir l’espérance ! »

Avec une traduction d’Hélène Ginabat

Source: ZENIT.ORG, le 16 mars 2021

Syrie: des patriarches orientaux demandent à Joe Biden la levée des sanctions

Camp de déplacés dans le nord-ouest d'Idlib, près de la frontière avec la TurquieCamp de déplacés dans le nord-ouest d’Idlib, près de la frontière avec la Turquie  (AFP or licensors)

Syrie: des patriarches orientaux demandent à Joe Biden la levée des sanctions 

Dans une lettre adressée au président américain tout récemment investi, plusieurs patriarches d’Orient le pressent de lever les sanctions qui étranglent la Syrie, au risque de se rendre «complice» de la crise humanitaire en cours.

La missive est signée par le patriarche syrien orthodoxe Ignace Ephrem II Karim, le patriarche syrien catholique Ignace Yousef III Younan, le patriarche melkite Youssef Absi et Michel Abs, secrétaire général du Conseil des Églises du Moyen-Orient.

Après les félicitations d’usage au président Biden pour son entrée en fonction, les chefs d’Églises centrent leur intervention sur les conséquences dramatiques générées par les sanctions imposées à Damas par les précédentes administrations américaines, -dont la dernière en date, la loi César, est entrée en vigueur en décembre. Celles-ci «rendent la situation grave en Syrie encore plus intenable, surtout dans le contexte de la pandémie de Covid-19, en bloquant l’aide, le commerce et les investissements nécessaires au fonctionnement du système de santé et de l’économie syrienne», déjà fragilisés par une décennie de guerre, constatent les patriarches.

Une « punition collective » du peuple syrien

Ressenties comme une «punition collective», ces mesures «plongent le pays dans une catastrophe humanitaire sans précédent». Considérée auparavant comme le grenier à blé de l’Orient, la Syrie peine aujourd’hui à nourrir ses habitants affamés, assène la lettre. La rudesse de l’hiver et la crise sanitaire que les hôpitaux ne peuvent contenir parachèvent ce tableau apocalyptique.

S’ensuit un appel solennel des patriarches au nouveau locataire de la Maison Blanche: «nous vous demandons instamment, Monsieur le Président d’aider les Syriens à atténuer la crise humanitaire qui menace de déclencher une nouvelle vague d’instabilité au Moyen-Orient et au-delà, en suivant les recommandations du rapporteur spécial des Nations unies ». Les intérêts nationaux légitimes des États-Unis peuvent être défendus sans pour autant punir collectivement le peuple syrien, concluent-ils.

Source: VATICANNEWS, le 23 janvier 2021