Des « horreurs », qui offensent gravement le nom de Dieu
Le pape François a assuré de sa prière pour le Nigeria, « malheureusement encore ensanglanté par un massacre terroriste », lors de l’audience générale de ce mercredi matin, 2 décembre 2020.
« Samedi dernier, dans le nord-est du pays, a déploré le pape depuis la Bibliothèque du palais apostolique, plus de cent paysans ont été brutalement tués. Que Dieu les accueille dans sa paix et qu’il réconforte leurs familles. »
Et, a-t-il ajouté, « qu’il convertisse le cœur de ceux qui commettent de telles horreurs, qui offensent gravement son nom ».
D’après l’ONU citée par l’agence vaticane Fides, plus de 110 agriculteurs ont été tués par les rebelles de Boko Haram le 28 novembre dans le village de Zabarmari, communauté de cultivateurs de riz de la zone de Jere, dans l’Etat du Borno. Outre le massacre, de nombreuses femmes pourraient avoir été enlevées par les hommes de Boko Haram venus en motocyclette.
L’assaut pourrait constituer des représailles contre l’arrestation d’un membre de Boko Haram par un groupe d’agriculteurs, qui l’ont livré aux force de l’ordre.
«Libérez vos prisonniers»: rapport de l’AED sur les chrétiens détenus à cause de leur foi
Chaque mois, plus de 300 chrétiens dans 50 pays du monde sont injustement emprisonnés en raison de leur foi: c’est la dramatique constatation qui ressort du rapport “Libérez vos prisonniers”, élaboré sous la houlette de l’organisation Aide à l’Église en détresse.
L’étude rapporte des cas spécifiques de chrétiens détenus principalement dans quatre pays: Nigeria, Érythrée, Pakistan et Chine. Il détaille les emprisonnements pour des raisons de conscience, les détentions arbitraires, les procès injustes, les mauvaises conditions de détention, les cas de torture et les pressions exercées pour inciter les croyants à abjurer leur foi.
Enlèvements, détentions, enrôlement
Au Nigeria, l’enlèvement de chrétiens représente le phénomène le plus grave. Chaque année, plus de 220 fidèles sont enlevés et injustement emprisonnés par des milices jihadistes. «Les rapts contre rançon entraînent souvent l’assassinat de pasteurs protestants et de prêtres catholiques», est-il précisé dans le rapport.
Il en va de même en Égypte, où «de jeunes femmes chrétiennes coptes sont kidnappées et forcées d’épouser leurs ravisseurs non chrétiens», tandis qu’ «en Érythrée, on estime que plus d’un millier de fidèles chrétiens sont injustement emprisonnés». En Asie, le scénario est tout aussi grave: au Pakistan, «chaque année, il y a environ un millier de cas de conversions forcées de jeunes filles et de jeunes femmes chrétiennes et hindoues», tandis qu’en Corée du Nord, l’on estime qu’«environ 50 000 chrétiens se trouvent dans des camps de travail, soit près de 50 % du nombre total de prisonniers». En Birmanie, l’armée aurait interrogé et arrêté une centaine de pasteurs et recruté de force des étudiants chrétiens, cela, depuis 2018.
Lourdes conséquences de la pandémie
Le rapport souligne également «l’impact dévastateur et sans précédent» de la pandémie sur ces détentions injustes. «Trois acteurs-clés ont provoqué une aggravation de la situation, explique l’AED : premièrement, la fermeture partielle ou totale des tribunaux et la cessation d’autres activités légales ont entraîné de nouveaux retards pour des chrétiens en détention qui attendaient leur procès en appel ; en second lieu, «depuis que les services religieux se sont déplacés sur internet pour des raisons de sécurité et de confinement, les gouvernements autoritaires ont pu accroître la surveillance et la répression de ceux qui participent à des activités prétendûment illégales» ; enfin, la pandémie «a donné aux persécuteurs l’occasion de frapper pendant que toute l’attention était concentrée sur la gestion de l’urgence sanitaire».
L’Aide à l’Église en détresse rappelle donc que les chrétiens constituent la communauté religieuse la plus menacée au monde, ainsi que l’ont démontré de nombreux rapports antérieurs. En effet, selon le Pew Research Center, «l’emprisonnement injuste de chrétiens, tant par les Etats que par des sujets non gouvernementaux, apparaît comme une violation des droits de l’Homme dans 143 pays où l’on observe de graves vexations» à leur encontre.
Asia Bibi et le père Dall’Oglio
L’étude de l’AED s’ouvre sur deux figures, symbolee de la persécution religieuse : la première est Asia Bibi, chrétienne pakistanaise faussement accusée de blasphème et emprisonnée durant neuf ans. C’est d’ailleurs elle qui signe la préface du rapport, rappelant qu’«il est temps de dire la vérité à ceux qui sont au pouvoir afin que ceux qui, défiant la loi, détiennent des innocents, soient enfin traduits en justice. Il est temps pour les gouvernements d’agir. Il est temps de manifester pour la défense de nos communautés de fidèles, vulnérables, pauvres et persécutées. Nous ne devons pas nous arrêter avant que l’oppresseur n’entende enfin notre cri : “Libérez vos prisonniers”», écrit-elle.
La deuxième figure mentionnée est celle du père Paolo Dall’Oglio, enlevé en Syrie le 29 juillet 2013. «Peu de personnes se sont occupées de la liberté religieuse comme lui, et peu ont eu à souffrir en raison de leurs convictions plus que lui», souligne l’AED qui conclut : «le père Paul est l’un des cinq prêtres, dont deux évêques, enlevés par Daech en Syrie en 2013 : des hommes de foi dont on ignore le lieu de détention, ni s’ils sont morts ou encore en vie».
Décédé le 29 juin 2020 au Pakistan en raison de sa religion chrétienne, Nadeem Joseph est devenu l’un des nouveaux symboles de la menace qui pèse sur les chrétiens dans certaines régions du monde.
Ses « défenseurs » le surnomment le « George Floyd du Pakistan ». Nadeem Joseph, un chrétien pakistanais, est décédé le 29 juin dernier de ses blessures à Peshawar (nord-ouest du pays) après que plusieurs de ses voisins, de confession musulmane, lui ont tiré dessus trois semaines plus tôt. Son tort ? Il venait d’emménager avec sa famille dans un quartier à majorité musulmane. Considéré comme persona non grata, il avait reçu plusieurs avertissements de la part de ses voisins qui avaient mis de la colle dans la serrure de la grille de la maison et avaient menacé ses enfants, avant de lui intimer l’ordre de quitter les lieux dans les vingt-quatre heures.
« À peine installés, nos voisins musulmans nous ont demandé notre religion et quand ils ont su que nous étions chrétiens, ils ont commencé à nous menacer en nous intimant l’ordre de quitter la maison. Le quartier est une zone résidentielle pour musulmans : les juifs et les chrétiens ne peuvent pas acheter une maison et vivre ici, nous ont-ils dit », racontait-il à l’agence Fides quelque temps avant sa mort. Face à la menace, le jour de l’agression, il avait appelé les forces de l’ordre mais ses voisins avaient eu le temps de le rouer de coups et d’ouvrir le feu contre sa famille et lui, puis de s’enfuir avant l’arrivée de la police. Sa belle-mère a été blessée à l’épaule et, malgré cinq opérations chirurgicales, le père de famille de deux enfants n’a pas survécu.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs militants des droits humains se sont questionnés, interpellant Imran Khan, le Premier ministre, sur la christianophobie qui sévit au Pakistan. Certains comparent Nadeem Joseph à George Floyd. Si les deux hommes n’ont pas été victimes du même type de discrimination, tous deux ont perdu la vie de façon injuste et indigne, le premier à cause de ses origines, le second à cause de sa religion.
Samson Salamat, président de Rwadari Tehreek Pakistan, un mouvement pour la tolérance au Pakistan, a déclaré à l’agence Fides que cette attaque était « la pire forme existante de discrimination et de persécution envers les minorités religieuses du Pakistan ». Il partage ses interrogations : « Qui parviendra à protéger et à sauver la vie des êtres humains membres des minorités religieuses du Pakistan ? ». Ce cas d’agression anti-chrétienne n’est en effet malheureusement pas isolé. En février dernier, dans la province du Pendjab, Saleem Masih, 22 ans, s’était fait lyncher par un groupe d’hommes musulmans, accusé d’avoir contaminé le puits dans lequel il avait puisé de l’eau pour se laver après une journée de travail aux champs.