Cet évangile nous parle de bonheur. C’est un sujet qui nous tient tous à cœur. Nous voulons tous être heureux. Des hommes et des femmes se battent pour de meilleures conditions de vie. En lisant cet évangile, je pensais à tous ceux et celles qui sont douloureusement éprouvés par la maladie, l’accident, les tensions familiales, les conflits de générations. Et puis, il y a aussi la solitude, le chômage et la précarité qui nous rendent bien fragiles devant l’avenir. Et pourtant, sur la montagne, Jésus ne voit que des gens heureux. Non ce n’est pas de la provocation ; il veut tout simplement nous inviter à chercher au-delà de l’apparence.
L’important, c’est en effet d’accueillir cet évangile comme une bonne nouvelle pour les petits, les pauvres, les exclus, tous ceux et celles qui sont accablés par toutes sortes de malheurs. Jésus les proclame heureux, non à cause de toutes ces souffrances qui leur sont tombées dessus, mais parce que le Royaume de Dieu est à eux. Grâce à lui, leur vie retrouve un sens nouveau et ils peuvent se remettre en marche. Cette rencontre avec le Christ devient pour chacun le point de départ d’une grande espérance. C’est une invitation pour nous à mettre toute notre confiance en Dieu. Lui seul peut nous combler de ses richesses. Ce cadeau nous est offert gratuitement sans mérite de notre part.
Le problème c’est que certains parmi ces pauvres n’ont plus la force de se lever. Leur cri de souffrance, nous devons l’entendre et le respecter. Jésus a accueilli les malades, les lépreux, les paralysés, les pécheurs. Il a pardonné, guéri, relevé. Aujourd’hui, il compte sur nous pour le porter à tous ceux et celles qui se trouvent sur notre route. Quand nous allons à leur rencontre, ce n’est pas seulement un geste d’amitié. Jésus est là, près de nous ou en nous. Avec lui, nos visites deviennent des « visitations ». C’est toujours un grand bonheur quand le Seigneur vient dans la vie de quelqu’un.
Cet évangile des béatitudes n’est pas une simple leçon de morale. Jésus voudrait nous apprendre à tout voir avec le cœur, et surtout avec le regard de Dieu. La nuit de Noël, nous avons entendu que « Marie méditait ces événements dans son cœur. » C’est un exemple que nous sommes tous invités à suivre. Même quand tout va mal, Dieu est là, et il a un projet d’amour sur nous. Si nous nous arrêtons au seul regard des médias, nous ne pouvons pas nous en rendre compte. Nous devons entendre l’appel du prophète Sophonie : « Cherchez le Seigneur, vous les humbles du pays… Cherchez la justice et la vérité. » Dieu construit son projet avec des petits et des humbles. En choisissant ce qui n’est rien, il exerce sa puissance de Créateur.
Cet évangile nous adresse donc un message de la plus haute importance. Autrefois, on nous a fait apprendre les commandements de Dieu et de l’Église ainsi qu’un certain nombre de prières. Mais la plupart d’entre nous n’avons pas eu à apprendre cet évangile des béatitudes. Et pourtant, c’est la clé de la bonne nouvelle. Il nous montre Jésus qui vient nous rejoindre au cœur de nos vies, de nos joies et de nos peines. Il ne cesse de nous ouvrir la porte pour le rencontrer. Il est le Chemin, la Vérité et la Vie. Personne ne va au Père sans le rencontrer. Et quand tout va mal, c’est lui qui nous porte.
Pour vraiment entrer dans le message de cet évangile, c’est vers le Christ qu’il nous faut regarder : il est le pauvre de cœur qui met toute sa confiance au Père et auquel il remet toute sa vie. Il est le bon berger qui prend soin de chacune de ses brebis et qui part à la recherche de celle qui est perdue. Il est le miséricordieux qui vient nous libérer et nous remettre debout. Il est Celui qui donne la paix non pas à la manière du monde mais en se donnant lui-même au nom de l’amour dont il est habité. Il est le juste totalement ajusté à l’amour de son Père. Il est celui qui pleure sur la tombe de son ami Lazare. C’est tout cela et bien plus que nous découvrons en nous tournant vers le Christ.
Jésus ne nous demande pas seulement d’être vertueux, ce qui est déjà pas mal. Ce qu’il veut par-dessus tout, c’est que nous soyons heureux en le suivant. Et il nous indique inlassablement le sentier pour y parvenir : il est notre guide, notre modèle de pauvreté, de douceur. Lui seul peut nous apprendre à vraiment vivre toutes les béatitudes. Alors, n’hésitons pas à nous approcher de lui. Une rencontre avec lui c’est la chance de notre vie. C’est en choisissant de le suivre que nous trouvons le vrai bonheur.
Alors oui, Seigneur, nous venons à toi. Tu es le chemin qui nous conduit vers la vraie vie, vers la joie d’être fils et filles de Dieu en toi. Tu nous demandes de te donner notre misère, nos déséquilibres, nos faiblesses. Tu es capable de prendre tout cela dans ton amour pour nous donner ta vie pour toujours. Nous voulons crier la joyeuse nouvelle : « Au cœur de ce monde, le souffle de l’Esprit Fait retentir le cri de la Bonne Nouvelle! Au cœur de ce monde, le souffle de l’Esprit Met à l’œuvre aujourd’hui des énergies nouvelles. »
Bienheureuse Bolesława Maria Lament Vierge et fondatrice : « Sœurs missionnaires de la Sainte-Famille »
Bolesława Maria Lament naît à Łowicz (Pologne) le 3 juillet 1862, première de huit enfants. Son père s’appelait Marcin Lament, sa mère Łucja Cyganowska.
Encore petite, elle eut la douleur d’assister à la mort de deux petites sœurs, Elena et Léocadia, ainsi que du petit frère Martin. Après avoir fréquenté l’école primaire et le collège, elle alla à Varsovie dans une école d’arts et métiers, où elle obtint le diplôme de tailleur. De retour à Łowicz elle ouvrit un atelier de couture avec sa sœur Stanisława. Pendant tout ce temps, elle vivait une vie intérieure intense, profondément marquée de spiritualité.
En 1884, elle décida d’entrer dans la Congrégation de la Famille de Marie, qui était en train de s’organiser à Varsovie, clandestinement à cause des persécutions tsaristes. C’était une sœur pleine de zèle ; elle se distinguait particulièrement dans la prière, le recueillement, le sérieux et la fidélité avec laquelle elle remplissait toutes ses tâches. Après le noviciat et les vœux simples, elle travailla comme maîtresse de couture, enseignante et éducatrice en différentes maisons de la Congrégation, disséminées dans l’empire russe.
Après neuf années, juste avant de prononcer les vœux solennels, elle eut une crise profonde : elle n’avait plus la certitude de sa vocation dans cette Congrégation, au point qu’elle la quitta pour rentrer chez elle à Łowicz, dans l’intention de rejoindre un monastère cloîtré, dès que possible ; mais sur le conseil de son confesseur, elle choisit plutôt les œuvres d’assistance auprès des sans-logis, activité qu’elle poursuivit à Varsovie, quand sa famille s’y transféra ; là, pour vivre, elle ouvrit avec sa petite sœur Maria un atelier de couture.
En 1894, une énième épidémie de choléra lui enleva son père, en lui ajoutant de nouvelles charges et responsabilités familiales ; elle prit chez elle sa mère et son frère Stephan âgé de treize ans, qui fréquentait le collège à Varsovie et désirait être prêtre. Mais en 1900, le jeune Stephan mourait à son tour ; devant son cercueil, Bolesława promit de revenir à la vie religieuse.
En octobre 1905, avec Leokodia Górczyńska et Łucja Czechowska, avec l’aide du père jésuite Félix Wierciński, Bolesława donna naissance à la Congrégation appelée « Société de la Sainte Famille », qui ensuite prit le nom de « Sœurs Missionnaires de la Sainte Famille », dont la première supérieure fut Bolesława.
À l’automne 1907, en compagnie des six sœurs de la communauté d’alors, Bolesława se déplaça à Saint-Pétersbourg, où elle déploya une large activité d’instruction et d’éducation, dédiée surtout aux jeunes, et dès 1913 elle pouvait étendre cette activité en Finlande, en ouvrant à Wyborg un collège pour jeunes filles.
Il y eut ensuite d’autres maisons dans l’archidiocèse de Vilnius et le diocèse de Pinsk ; en 1935, il y avait jusqu’à 33 maisons un peu partout en Pologne, et même une à Rome.
En 1935, mère Bolesława Maria Lament décida de renoncer à la charge de Supérieure Générale pour de graves motifs de santé et, en accord avec la nouvelle Supérieure, elle se retira à Białystok ; là, malgré son âge et sa pénible maladie, elle s’employa à ouvrir des écoles, des asiles, un hospice pour dames seules et une cantine pour les chômeurs.
En 1941, ce fut la paralysie complète : sa vie devint plus ascétique encore, tandis qu’elle communiquait de précieux conseils aux consœurs.
Elle mourut saintement à Białystok le 29 janvier 1946 à 84 ans ; sa dépouille fut transférée au couvent de Ratowo, et ensevelie dans la crypte de l’église Saint-Antoine.
La Congrégation des Sœurs Missionnaires de la Sainte Famillese répandit largement en Pologne, en Russie, en Zambie, en Lybie, aux Etats-Unis, à Rome.
Bolesława Maria Lamenta été proclamée Bienheureuse le 5 juin 1991, par saint Jean-Paul II (Karol Józef Wojtyła, 1978-2005), durant son voyage apostolique en Pologne.
Source principale : nouvl.evangelisation.free.fr/ (« Rév. x gpm »).
Bienheureuse Bolesława Maria Lament priez pour nous !
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 4,21-25.
En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « Est-ce que la lampe est apportée pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? N’est-ce pas pour être mise sur le lampadaire ? Car rien n’est caché, sinon pour être manifesté ; rien n’a été gardé secret, sinon pour venir à la clarté.
Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » Il leur disait encore : « Faites attention à ce que vous entendez ! La mesure que vous utilisez sera utilisée aussi pour vous, et il vous sera donné encore plus. Car celui qui a, on lui donnera ; celui qui n’a pas, on lui enlèvera même ce qu’il a. »
Acclamons et partageons la parole de Dieu !
COMMENTAIRE :
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997)
fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love, p. 67 (trad. Il n’y a pas de plus grand amour, Lattès 1997, p.77 rev.)
Être la lumière du monde (Mt 5,14)
Il se peut que je sois incapable de garder mon attention pleinement fixée sur Dieu quand je travaille — mais Dieu ne me l’exige pas. Toutefois, je peux pleinement désirer et projeter d’accomplir mon travail avec Jésus et pour Jésus. C’est là une belle chose et c’est là ce que Dieu veut. Il veut que notre volonté et notre désir se rapportent à lui, à notre famille, à nos enfants, à nos frères, et aux pauvres. Chacun de nous reste seulement un petit instrument. Si tu observes les composants d’un appareil électrique, tu y verras un enchevêtrement de fils grands et petits, neufs et vieux, chers et pas chers. Si le courant ne passe pas à travers eux, il ne peut pas y avoir de lumière. Ces fils, ce sont toi et moi. Le courant, c’est Dieu. Nous avons le pouvoir de laisser passer le courant à travers nous, de le laisser nous utiliser, de le laisser produire la lumière du monde — ou de refuser d’être utilisés et de laisser les ténèbres s’étendre.
LECTURES :
Deuxième livre de Samuel 7,18-19.24-29.
Tu Lorsque le prophète Nathan eut transmis à David les promesses de Dieu, le roi David vint s’asseoir en présence du Seigneur. Il dit : « Qui suis-je donc, Seigneur, et qu’est-ce que ma maison, pour que tu m’aies conduit jusqu’ici ? Mais cela ne te paraît pas encore suffisant, Seigneur, et tu adresses une parole à la maison de ton serviteur pour un avenir lointain. Est-ce là, Seigneur Dieu, la destinée de l’homme ? Pour toi, tu as établi à jamais ton peuple Israël, et toi, Seigneur, tu es devenu son Dieu. Maintenant donc, Seigneur Dieu, la parole que tu as dite au sujet de ton serviteur et de sa maison, tiens-la pour toujours, et agis selon ce que tu as dit. Que ton nom soit exalté pour toujours ! Que l’on dise : “Le Seigneur de l’univers est le Dieu d’Israël”, et la maison de ton serviteur David sera stable en ta présence. Oui, c’est toi, Seigneur de l’univers, Dieu d’Israël, qui as fait cette révélation à ton serviteur : “Je te bâtirai une maison.” C’est pourquoi ton serviteur ose t’adresser cette prière : Seigneur, c’est toi qui es Dieu, tes paroles sont vérité, et tu as fait cette magnifique promesse à ton serviteur. Daigne bénir la maison de ton serviteur, afin qu’elle soit pour toujours en ta présence. Car toi, Seigneur Dieu, tu as parlé, et par ta bénédiction la maison de ton serviteur sera bénie pour toujours. »
Psaume 132(131),1-2.3a.4a.5.11.12.13-14.
R/ Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. (Lc 1, 32)
Souviens-toi, Seigneur, de David et de sa grande soumission quand il fit au Seigneur un serment, une promesse au Puissant de Jacob :
« Jamais je n’entrerai sous ma tente, «J’interdirai tout sommeil à mes yeux avant d’avoir trouvé un lieu pour le Seigneur, une demeure pour le Puissant de Jacob. »
Le Seigneur l’a juré à David, et jamais il ne reprendra sa parole : « C’est un homme issu de toi que je placerai sur ton trône.
« Si tes fils gardent mon alliance, les volontés que je leur fais connaître, leurs fils, eux aussi, à tout jamais, siégeront sur le trône dressé pour toi. »
Car le Seigneur a fait choix de Sion ; elle est le séjour qu’il désire : « Voilà mon repos à tout jamais, c’est le séjour que j’avais désiré. »
De l’anonymat au silence, le voyage spirituel et humain de Lúcia de Jesus
Après les apparitions de 1917, la vie des trois enfants de Fatima a subi de profondes transformations. À partir de l’exposition « Refuge et chemin », nous avons récupéré l’espace et le temps de Lucia jusqu’à ses 40 ans.
Nous ne sommes pas encore entrés et Lucia nous regarde déjà. Méticuleusement mesuré et pensé, le panneau qui accueille le visiteur de l’exposition temporaire « Refuge et chemin » permet d’y voir la figure de Sœur Lucia. Une fente coupe de haut en bas les deux éléments qui synthétisent le thème de cette exposition commémorant le centenaire des apparitions de Pontevedra : le cœur de Marie et la couronne d’épines qui l’entoure. C’est à travers cette ouverture que l’on entrevoit une photographie de Lucia, très jeune, à l’époque où elle a vécu en Galice, en tant que religieuse de l’Institut des Sœurs de Santa Doroteia.
Cette image qui est offerte au visiteur dès qu’il entre dans l’exposition n’est pas irréfléchie. C’est une invitation. Lucia se propose comme guide du parcours, nous rappelant que c’est son rôle depuis qu’on lui a dit, par la Mère de Dieu, que sa vie se prolongerait « un peu plus longtemps ». Contrairement à ses cousins François et Jacinthe, elle survivrait à la pandémie et aux difficultés de l’époque pour assumer la mission de devenir apôtre du Cœur Immaculé de Marie.
Au fur et à mesure que la première étape de l’exposition avance et se transpose, la figure de la jeune femme devient plus nette. Le deuxième noyau présente ce qui était sa première habitude religieuse. Ce n’est pas la Lucia des dernières décennies de sa vie, la plus photographiée et la plus répandue, d’où la plus connue non plus.
Les objets personnels exposés dans « Refuge et Chemin » sont donc particulièrement intéressants et curieux. À la garde du Musée du Sanctuaire de Fatima, ce sont des pièces qui n’ont jamais été sous le regard du public, d’about d’abois l’habitude de doroteia qui comprend une robe, un tablier, un bonnet, un voile de maison, un châle et un chapelet et aussi les fils de lin, un dé à coudre, un bouton de chambre, une aiguille et une pelote sont des objets inédits qui transportent le visiteur dans la vie quotidienne de la religieuse.
Cependant, c’est l’ensemble des miniatures, visible dans cette aile de l’exposition, qui surprend le plus le visiteur. Plusieurs parements, un autel et l’ussinage respectif, que Lucia a créé en miniature, révèlent l’équilibre qu’elle entretenait entre la vie domestique et sa dévotion religieuse. La création de ces pièces désigne une jeune femme profondément engagée dans les travaux manuels. Le travail de création de répliques miniatures d’objets liturgiques complexes reflète une personnalité patiente et minutieuse et une femme dotée d’énormes compétences manuelles.
Lucia trouvait satisfaction et but dans la vie simple et disciplinée du couvent. Il accomplissait les tâches ménagères, interagissait et jouait avec les autres sœurs sans perdre la capacité de se concentrer sur des tâches qui nécessitaient du recueillement et de la concentration. L’écriture en est le reflet. Tout en doroteia, il a écrit des documents fondamentaux pour l’histoire et pour le message de Fatima, dont sont ses quatre Mémoires et la troisième partie du Secret.
Dans l’exposition, on peut voir deux stylos qu’il a utilisés dans l’activité de rédaction et, déjà dans le troisième noyau, est exposé son récit sur les visions de Notre-Dame et de l’Enfant Jésus dont il a été témoin à Pontevedra.
Les travaux manuels et l’écriture révèlent que la personnalité de Lucia n’était pas compartimentée. Il n’y avait pas de séparation entre la « Lucia artisane », la « Lucia écrivaine » et la « Lucia religieuse ». En consacrant son temps à la construction d’objets liturgiques et à l’écriture de ce qu’elle avait vu et vécu jusqu’alors, elle a montré que les questions religieuses occupaient à tout moment le centre de son attention. Tout était un instrument pour le sacré, à commencer par elle.
De Fatima à Porto
L’exposition « Refuge et chemin » rappelle les apparitions de Pontevedra, en Galice, en 1925 et 1926. C’est l’occasion de faire connaître le troisième cycle des apparitions de Fatima, appelé cordimarien, par les messages relatifs au Cœur Immaculé de Marie.
Cette initiative du Sanctuaire de Fatima est également une occasion précieuse de connaître le parcours de Lúcia de Jesus et de comprendre la personnalité de la femme qui a marqué de manière indélébile la vie de l’Église au XXe siècle.
La plupart des visiteurs ignoreront la direction que l’aînée des trois enfants de Fatima a prise après les apparitions de la Cova da Iria. Et, face à un cycle d’apparitions sur les terres galiciennes, il y aura des questions qui s’imposeront nécessairement à ceux qui visitent l’exposition : « que faisait Lucia en Espagne ? Qui a décidé que ce serait votre destin ? Comment avez-vous vécu cette période ? ».
Après les apparitions de 1917, Lucia n’avait aucun moyen d’échapper à l’étiquette de « voyante » et aux risques que cela comportait. Il était nécessaire de définir son avenir et d’investir dans son éducation. Il était imposé de l’éloigner du statut de miracle et d’un contexte propice à l’idolâtrie et à la persécution que rien de bon ne pouvait lui apporter. C’était la préoccupation de D. José Alves Correia da Silva, premier évêque de Leiria après la restauration du diocèse.
La vie de la famille de Lúcia avait également subi une profonde transformation avec l’événement de Fatima et elle était conntrée à de sérieuses difficultés. La Cova da Iria appartenait à ses parents et on y cultivait beaucoup de maïs et de légumes. Cependant, depuis que l’endroit a commencé à être recherché par les pèlerins, la famille n’a plus pu le cultiver. Le terrain appartenait maintenant au peuple de Dieu. « Les gens marchaient sur tout ; la plupart montaient à cheval et les animaux venaient de manger et de tout gâcher », a écrit Lucia dans ses Mémoires. Rappelant que sa mère, Maria Rosa, s’est toujours exprimée incrédule dans les apparitions de la Vierge Marie, se souvient de ce qu’elle lui disait face à une si grande perte : « Toi, maintenant, quand tu voudras manger, tu le demanderas à cette Dame ! ».
En plus de cette difficulté, la maison de la famille de Lucia, ainsi que celle de Francisco et Jacinta, s’est transformée en lieu de pèlerinage, dès les premières apparitions. Maria Rosa s’est alors plainte : « Comment vais-je faire en sorte que ces gens qui viennent là-bas se résignent à partir sans avoir vu et parlé à la petite ? Ils me mettent là-bas à la maison et à partir de là, ils ne partent pas sans qu’elle vienne ! C’est facile à dire, mais c’est très difficile à dire. Que Dieu m’aide, je ne sais pas ce que je vais donner à la vie ! ».
Le 17 juin 1921, alors âgée de 14 ans, Lúcia rejoint, en tant qu’étudiante, la communauté éducative des Sœurs Doroteias, à Vilar, dans la ville de Porto. Cet éloignement de la famille et des lieux qu’il connaissait lui a causé une énorme tristesse qu’il a décrite ainsi : « cela m’a semé un enfouissement vivant dans une tombe ». Il avait accepté la décision de l’évêque de Leiria, mais le sacrifice de quitter tout et tout le monde lui semblait insupportable.
Son identité est également derrière elle. Pour que personne ne soupçonne de qui il s’agissait, à l’asile de Vilar, il a perdu le nom de Lúcia et a reçu celui de Maria das Dores, avec l’indication qu’il n’avait rien révélé sur ses origines.
Lucia a vécu et souffert en silence de l’adaptation à cette nouvelle vie. Il offrait à Dieu le sacrifice, la renonciation et son abandon total. Étudiante appliquée et avec de bonnes notes, elle a été empêchée de passer l’examen de quatrième année car il n’était pas possible de se soumettre à l’examen sans présenter de pièce d’identité. L’anonymat auquel elle était soumise serait perdue. Dans la biographie Um Caminho sous o Olhar de Maria, il est indiqué que Lucia « embrasse généreusement ce sacrifice, mais l’épine sera ressentie toute sa vie ».
De Porto à la Galice
À Porto, Lucia a confirmé le désir de se consacrer à Dieu et de poursuivre la vie religieuse. Ce ne serait pas une option simple. L’implantation de la République en 1910 avait déterminé l’extinction des ordres religieux. Les sœurs de l’Institut de Santa Doroteia ont gardé l’asile de Vilar déguisées en « dames » qui ne s’occupaient que de l’éducation des filles. Les ordres contemplatifs, comme les sœurs du Carmel, avaient été expulsés du territoire portugais.
C’était l’ordre qu’il exerçait sur l’attirance particulière de Lucia. Des décennies plus tard, en 1948, il y s’y rendra, mais dans sa jeunesse, l’entrée au Carmel lui a été refusée au motif qu’elle ne serait pas prudente en raison de sa mauvaise santé.
Le 25 octobre 1925, Lúcia entre à l’Institut des Sœurs de Santa Doroteia, à Pontevedra, en tant que postulante, l’étape de préparation qui précède le noviciat. Une fois de plus, dirigez-vous vers l’inconnu. Il souffre de la nostalgie des amis qu’il s’est faits à Porto et de sa mère, maintenant plus éloignée. « Chaque fois que le Seigneur demandait plus de solitude à son cœur », rapporte la même biographie, mais Lucia savait qu’elle était protégée par la promesse que Notre-Dame lui avait faite, lors de l’apparition de juin 1917 : « ne te décourage pas. Je ne te quitterai jamais. Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira à Dieu ».
Contrairement à ce qui lui avait été promis, Lucia n’a pas pu poursuivre sa formation scolaire à Pontevedra. Elle a été placée parmi les sœurs coadjutrices, qui n’étaient pas autorisées à étudier, car il était entendu que dans cette catégorie, Lúcia, « cachée sous le nom de Maria das Dores, pourrait mieux vivre sa vie religieuse ». Elle, à son tour, se souvient : « moralement, elle souffrait d’un véritable martyre, mais j’ai toujours cherché à ce qu’il ne transparaisse pas extérieurement ».
C’est à Pontevedra que Lucia, en 1925 et 1926, est témoin de nouvelles apparitions, non seulement de la Mère de Dieu, mais aussi de Jésus alors qu’il était enfant. Le Cœur Immaculé de Marie qui lui est donné à voir est parsemé d’épines, symbole des péchés des hommes. En rendant à nouveau visite à Lucie, la Vierge Marie lance une nouvelle invitation à la conversion, proposant cette fois la dévotion des premiers samedis.
C’est son confesseur, le père jésuite Aparício, qui lui demande d’écrire tout ce qu’il a vu et entendu. Lucia, en toute obéissance, se livre à l’écriture, activité qui, désormais, sera entrecoupée de tâches ménagères et de travaux manuels.
Le 20 juillet 1926, il arrive à Tuy, pour compléter le postulat. Le 2 octobre de la même année, il commence son noviciat, avec la prise d’habitude, et le 3 octobre 1928, il professe ses premiers vœux religieux. Le Portugal ne reviendra qu’en 1946.
« Pierre cachée dans les fondations »
Sur le chemin qu’elle a fait jusqu’à Pontevedra et pendant les deux décennies où elle est restée en Galice, il y a des traits de la personnalité de Lúcia qui sont accentués et sur lesquels l’exposition « Refuge et chemin » invite à réfléchir.
En tant que sœur dorotea, elle était une synthèse parfaite entre la simplicité des tâches ménagères et la profondeur de sa mission spirituelle. Propriétaire d’une force intérieure inébranlable, qui allie une profonde humilité, elle devient une figure fascinante. Il s’est montré capable de vivre en totale obéissance à ses supérieurs et en fidélité au « oui » qu’il a prononcé le 13 mai 1917.
Lucia incarnait le charisme des Dorothées de « ne regarder que Dieu » sans se soucier de ses propres intérêts. Le désir de transiter vers le Carmel, qui s’est concrétisé à la fin des années 40, était justifié par la recherche d’une « vie plus tranquille », dans la mesure où il privilégiait le silence et la contemplation au détriment de l’exposition publique qu’une congrégation de vie active comme les Dorotées apportait parfois.
Il a vécu et a agi de manière à apporter au monde la bonne nouvelle que la paix dans le monde est possible, que c’est le désir de Dieu pour l’humanité et dans lequel chacun est appelé à collaborer. Cependant, il a toujours voulu être une « pierre cachée dans les fondations », évitant le rôle principal et l’éclat personnel afin que seul le message de Fatima se démarque. Il en fut ainsi, par des chemins qui ne lui semblaient jamais évidents, mais en faisant entièrement confiance à celui qui la conduisait. « Dieu fait tout bien et guide toujours nos pas sur le meilleur chemin », a-t-il déclaré.