Voici donc qu’il arrive, le Pape slave, le frère des peuples !
Karol Wojtyla (1920-2005), le premier pape polonais de l’histoire de l’Église devenu saint Jean PaulII, fut un pape éminemment marial. Il avait pris comme devise de son pontificat, « Totus tuus », « tout à Toi, Marie ».
Lorsque il est devenu le premier Pape slave de l’histoire, le 16 octobre 1978, les évêques polonais ont immédiatement pensé au « poème prophétique » écrit dans la première moitié du XIXe siècle par Julius Slowacki (1809-1849) :
« Au sein des discordes, Dieu fait retentir l’énorme bourdon, C’est à un Pape slave qu’Il ouvre l’accès au Trône des trônes, Celui-là ne fuira pas devant l’épée, comme cet Italien, Celui-là, hardi comme Dieu, affrontera en face l’épée ! C’est le monde qui est poussière. Les foules s’enfleront et le suivront vers la Lumière que Dieu habite. Il débarrassera les plaies du monde de leur sanie et de toute leur vermine. Il nettoiera les sanctuaires des églises et en balaiera le seuil. Il révèlera Dieu aussi clair que le jour. Il en faut de la force pour ramener à Dieu un monde qui est le sien ! Voici donc qu’il arrive, le Pape slave, le frère des peuples. » Ce poème avait marqué les foules et l’espérance d’un pape slave était née à ce moment-là. On pourrait croire que Jean-Paul II s’est appliqué à suivre le « programme » tracé par le célèbre poète polonais qui était enseveli près de chez lui, à Wawel Krakow…
Prions : Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.
Sainte Marguerite-MarieAlacoque Confidente du Sacré-Cœur
Marguerite-Marie Alacoque, cinquième enfant de Claude Alacoque et Philiberte Lamyn, naît dans un village du charolais, à Verosvres (Vroules en patois charolais), le 22 juillet 1647. Son père, notaire royal, décède quand elle a huit ans.
À 10 ans elle est très malade et elle fait vœu de devenir religieuse si Notre Dame la guérit. Ayant retrouvé la santé, elle oublie sa promesse, mais un peu plus tard la maladie de sa mère la lui rappelle. C’est pourquoi, bien que sa famille soit contre, le 25 mai 1671, elle entre au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial où elle prend l’habit des visitandines le 25 août 1671.
Marguerite-Marie fait profession le 6 novembre 1672. Elle épouse dès ce moment-là le Christ souffrant, le Christ en agonie. Jusque-là, elle a bien souvent entendu la voix du Seigneur au fond d’elle.
Mais le 27 décembre 1673, le Christ lui apparaît physiquement, lui révélant son divin Cœur rayonnant comme un soleil, portant la trace du coup de lance, la couronne d’épines. Une croix le domine. Il lui adresse alors ce premier message : « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen. » Le Christ alors unit le cœur de Marguerite-Marie au sien, et dès cet instant Marguerite-Marie gardera toujours une douleur au côté. La mission laissée à la sainte n’est pas petite : faire connaître aux hommes l’Amour débordant de Dieu… C’est la première des trois grandes apparitions.
La deuxième grande apparition a lieu l’année suivante, un premier vendredi du mois. Le Christ lui apparaît de nouveau manifestant son divin Cœur, “tout rayonnant de gloire avec ses cinq plaies brillantes comme cinq soleils”. Le Christ alors se plaint que les hommes soient si loin de son Amour, et le lui rendent si peu. Il lui dit alors : « Tu communieras […] tous les premiers vendredis de chaque mois. Et, toutes les nuits du jeudi au vendredi je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j’ai bien voulu sentir au jardin des Olives […] Et, pour m’accompagner […] tu te lèveras entre onze heures et minuit pour te prosterner pendant une heure avec moi ». De plus, le Christ lui rappelle alors l’importance de l’obéissance, car Satan « n’a point de pouvoir sur les obéissants ».
Durant l’octave du Saint-Sacrement, en 1675, c’est la troisième grande apparition, et sans nul doute la plus connue. De nouveau, le Christ lui révèle son divin Cœur, et lui laisse ces paroles : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris […] Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. » Il lui demande alors que soit instaurée la fête du Sacré-Cœur, un culte public ! Marguerite-Marie, petite visitandine dans une petite ville, voit alors évidemment mal par quel moyen elle pourrait y répondre ! Plusieurs visions suivront jusqu’en 1677.
Au début elle passe pour possédée, mais, heureusement, elle est soutenue par son confesseur, le père Claude La Colombière (canonisé le 31 mai 1992) qui, quand Marguerite-Marie lui ouvre sa conscience, voit en elle l’œuvre de Dieu, la rassure et l’encourage. Peu à peu la communauté accepte et vénère le Sacré Cœur (cœur souffrant entouré de flammes et d’une couronne d’épines).
La « dévotion au Sacré-Cœur » va se répandre dans toute la chrétienté et, en 1899, le pape Léon XIII (Vincenzo Gioacchino Pecci, 1878-1903) instituera la fête du Sacré-Cœur (3e vendredi après la Pentecôte).
En 1689, Marguerite-Marie reçoit un dernier message du Seigneur : elle doit faire savoir au roi, Louis XIV, qu’il doit se consacrer au Sacré Cœur, ainsi que tous les grands du royaume, et Lui construire un lieu de culte. Le message arriva-t-il au destinataire ? Nul ne sait, mais toujours est-il qu’il n’y eut point de suite.
En octobre 1690, elle annonce à ses sœurs, incrédules, que le Seigneur veut la rappeler à Lui, et en effet, sœur Marguerite-Marie rend saintement son âme à Dieu le 17 octobre. Depuis son corps repose à la basilique de Paray-le-Monial.
Déclarée vénérable en 1824 et bienheureuse en 1864, Marguerite-Marie à été canonisée le 13 mai 1920 par le pape Benoît XV (Giacomo della Chiesa, 1914-1922).
Martyrologe Romain : À Paray-le-Monial en Bourgogne, l’an 1690, la naissance au ciel de sainte Marguerite-Marie Alacoque, dont la mémoire a été célébrée la veille.
Sources principales : livres-Mystiques.com ; wikipédia (« Rév. x gpm »).
Sainte Marguerite-MarieAlacoque priez pour nous !
Les douze promesses de Jésus
Notre Seigneur a fait les douze promesses suivantes à sainte Marguerite-Marie afin d’encourager la vraie dévotion au Sacré Cœur de Jésus qui est également la dévotion au Saint-Sacrement. Ces promesses sont octroyées aux dévots du Sacré Cœur.
1. Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires dans leur état. 2. Je mettrai la paix dans leur famille. 3. Je les consolerai dans toutes leurs peines. 4. Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à la mort. 5. Je répandrai d’abondantes bénédictions sur toutes leurs entreprises. 6. Les pécheurs trouveront dans mon Cœur la source et l’océan infini de la miséricorde. 7. Les âmes tièdes deviendront ferventes. 8. Les âmes ferventes s’élèveront à une grande perfection. 9. Je bénirai même les maisons où l’image de mon Cœur sera exposée et honorée. 10. Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les cœurs les plus endurcis. 11. Les personnes qui propageront cette dévotion auront leur nom écrit dans mon Cœur, et il n’en sera jamais effacé. 12. Je te promets, dans l’excès de la miséricorde de mon Cœur, que mon amour tout puissant accordera à tous ceux qui communieront les premiers vendredis, neuf fois de suite, la grâce de la pénitence finale, qu’ils ne mourront point dans ma disgrâce, ni sans recevoir les sacrements, et que mon Cœur se rendra leur asile assuré à cette heure dernière.
En ce temps-là, comme la foule s’était rassemblée par milliers au point qu’on s’écrasait, Jésus, s’adressant d’abord à ses disciples, se mit à dire : « Méfiez-vous du levain des pharisiens, c’est-à-dire de leur hypocrisie. Tout ce qui est couvert d’un voile sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. Aussi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu en pleine lumière, ce que vous aurez dit à l’oreille dans le fond de la maison sera proclamé sur les toits. Je vous le dis, à vous mes amis : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et après cela ne peuvent rien faire de plus. Je vais vous montrer qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne. Oui, je vous le dis : c’est celui-là que vous devez craindre. Est-ce que l’on ne vend pas cinq moineaux pour deux sous ? Or pas un seul n’est oublié au regard de Dieu.
À plus forte raison les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez sans crainte : vous valez plus qu’une multitude de moineaux. »
Le Royaume de Jésus, 2ème part., 30. Œuvres complètes (1922), t. 1, p. 238.
« Même vos cheveux sont tous comptés. Soyez sans crainte »
Notre très aimable Sauveur nous assure en divers lieux de ses saintes Écritures, qu’il est dans un soin et dans une vigilance continuelle au regard de nous ; qu’il nous porte et qu’il nous portera toujours lui-même dans son sein, dans son cœur et dans ses entrailles… Prenons bien garde à ne nous appuyer point, ni sur le pouvoir ou la faveur de nos amis, ni sur nos biens, ni sur notre esprit, ni sur notre science, ni sur nos forces, ni sur nos bons désirs et résolutions, ni sur nos prières, ni même sur la confiance que nous sentons avoir en Dieu, ni sur les moyens humains, ni sur aucune chose créée, mais sur la seule miséricorde de Dieu. Ce n’est pas qu’il ne faille employer les choses susdites, et apporter de notre côté tout ce que nous pouvons pour vaincre le vice, pour nous exercer en la vertu et pour conduire et accomplir les affaires que Dieu nous a mises en main, et nous acquitter des obligations qui sont attachées à notre condition. Mais nous devons renoncer à tout l’appui et à toute la confiance que nous pourrions avoir sur ces choses-là, et nous appuyer sur la pure bonté de notre Seigneur. De sorte que nous devons prendre autant de soin et travailler de notre côté, comme si nous n’attendions rien de la part de Dieu : et néanmoins nous ne devons non plus nous appuyer sur notre soin et travail, que si nous ne faisions rien du tout, mais attendre tout de la seule miséricorde de Dieu.
LECTURES :
Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 1,11-14.
Frères, dans le Christ, nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu, nous y avons été prédestinés selon le projet de celui qui réalise tout ce qu’il a décidé : il a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons d’avance espéré dans le Christ. En lui, vous aussi, après avoir écouté la parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et après y avoir cru, vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint. Et l’Esprit promis par Dieu est une première avance sur notre héritage, en vue de la rédemption que nous obtiendrons, à la louange de sa gloire.
Psaume 33(32),1-2.4-5.12-13.
Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange ! Rendez grâce au Seigneur sur la cithare, jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.
Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ; il est fidèle en tout ce qu’il fait. Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour.
Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu, heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine ! Du haut des cieux, le Seigneur regarde : il voit la race des hommes.
En ce 29ème dimanche du Temps ordinaire, nous entendons des textes bibliques qui nous interpellent. Ils nous rappellent l’importance que nous avons aux yeux de Dieu et le rôle que nous avons auprès des autres ; ce sont les paroles de la première lecture : “Je t’ai appelé par ton nom. Je t’ai donné un titre ; je suis le Seigneur et il n’en est pas d’autre.” Cette bonne nouvelle a été annoncée à un peuple qui vient de passer 50 ans en exil sur une terre étrangère. Ce peuple anéanti et humilié va pouvoir retrouver sa dignité et sa fierté. Ce qui est extraordinaire, c’est que Dieu se sert d’un roi païen pour réaliser son projet de salut. Cyrus, roi de Perse est devenu l’homme providentiel qui permettra au peuple d’Israël de retrouver sa terre.
À travers ce texte du prophète, nous entrevoyons un autre libérateur : il s’agit de Jésus lui-même. Avec lui, ce n’est pas seulement Israël qui est sauvé. Il est venu pour tous les peuples du monde. Il nous voit plongés dans notre péché, loin de Dieu. Il a livré son Corps et versé son Sang pour nous et pour la multitude. Il veut associer tous les hommes à sa victoire sur la mort et le péché. La journée missionnaire est là pour nous appeler à être missionnaires.
Nous sommes envoyés pour annoncer “la joie de l’Évangile” ; c’est l’appel que nous adressait inlassablement le pape François : “la joie de l’Évangile remplit le cœur de ceux qui rencontrent Jésus.” C’est cette joie que nous avons à communiquer et à rayonner dans ce monde qui en a bien besoin. Devant ce désert spirituel, la tentation est grande de se décourager et de dire que ça ne sert à rien. Mais dans ce désert, “il faut des hommes de foi, qui par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi, tiennent en éveil l’espérance”. (Pape François)
C’est de cette espérance que Paul témoigne dans la 2èmelecture ; il découvre chez les chrétiens de Thessalonique une foi active. Il a annoncé l’Évangile à des gens qui ne le connaissaient pas. Ces païens ont accueilli la Bonne nouvelle et se sont convertis à Jésus Christ. Mais il découvre que le principal travail, c’est Dieu qui le fait dans le cœur des hommes.
Cette annonce de l’Évangile n’a pas été facile pour les envoyés. Ils se sont trouvés affrontés à des gens qui ont cherché à le discréditer. C’est ce qui s’est passé pour Jésus tout au long de son ministère. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, nous voyons les pharisiens et les partisans d’Hérode se mettre d’accord pour lui tendre un piège ; ils commencent par faire l’éloge de sa franchise, de sa rectitude et de son intégrité ; mais ce langage flatteur vire progressivement vers un complot contre Jésus : “Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur César ?”
Ces oppositions à l’Évangile sont toujours d’actualité : la tentation est grande de mettre hors circuit ceux qui nous remettent en question et nous poussent à changer. Quand la parole de l’Église nous dérange, on fait tout pour la discréditer. Mais rien ne doit arrêter l’annonce de la bonne nouvelle. Le Christ compte sur chacun de nous pour être les témoins et les messagers de ces paroles de la Vie Éternelle.
Dans l’Évangile de ce jour, Jésus remet les choses “à l’endroit” : “Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.” Certains pourraient croire que Jésus nous invite à un partage clair entre les deux domaines. Pour beaucoup c’est “la semaine à César et le dimanche à Dieu. » Mais ce n’est pas cela que Jésus nous demande. Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, “c’est reconnaître, face à n’importe quel type de pouvoir que Dieu est le Seigneur de l’homme et qu’il n’y en a pas d’autre” (pape François). Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est s’ouvrir à sa volonté et coopérer à son Royaume de miséricorde, d’amour et de paix.”
Rendre à césar ce qui est à césar, c’est participer à l’organisation de la société dans laquelle nous vivons, c’est assainir les relations en les fondant sur la loyauté, c’est assumer nos tâches dans les divers domaines de la vie sociale, économique et familiale. Nous avons tous à lutter pour que la dignité des plus pauvres soit reconnue et respectée. C’est dans ce monde tel qu’il est que nous sommes envoyés comme messagers de l’Évangile. À l’occasion de cette semaine missionnaire, nous sommes mis devant nos responsabilités. Le Christ nous veut en état de mission quels que soient notre et notre situation.
En célébrant cette Eucharistie, nous voulons, Seigneur, te rendre ce qui te revient. Nous t’offrons tous les actes de foi, d’espérance et de charité qui émaillent de nos vies et de celles de tous nos frères. Avec toi nous nous engageons à tout faire pour que l’amour l’emporte sur la haine et la violence. Sois avec nous pour que l’Évangile soit annoncé dans le monde entier. Amen
Coincée entre l’Égypte et la Mésopotamie, la Terre d’Israël a de tous temps été le jeu des empires. Elle l’est encore un peu aujourd’hui. On comprend dès lors que la question des impérialismes traverse la Bible, qui tantôt s’en prend à Pharaon, tantôt au roi de Babylone, selon que la menace vient du sud ou du nord. Sur les trois derniers millénaires, la Terre Sainte n’a connu que trois périodes d’indépendance : celle des royaumes bibliques, de Saül à Sédécias ; celle du royaume hasmonéen – les fameux Maccabées –, un siècle avant Jésus-Christ ; et la période moderne, depuis 1948. Le reste du temps, Israël est une terre occupée successivement par les empires assyrien, babylonien, perse, hellénistique, romain, byzantin, arabo-musulman, croisé, mamelouk, ottoman et, finalement, britannique. Cette question des impérialismes qui balayent la Terre Sainte resurgit dans l’Évangile d’aujourd’hui, sous une forme très pragmatique : « Faut-il payer l’impôt à César, l’empereur ? ».
On aurait tort de penser que la Bible dénonce unilatéralement l’impérialisme. La première lecture, tirée du Livre d’Isaïe, est là pour le démentir. On est en 538 av. J.-C., Cyrus le Grand, roi de Perse, vient de soumettre Babylone, libérant les Juifs que Nabuchodonosor y avait déportés. Le texte proclame que c’est Dieu qui est à l’œuvre. A Cyrus, il dit : « Je t’ai appelé par ton nom, je t’ai donné un titre, (…) je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas ». Et le titre que Dieu donne à Cyrus est celui de messie, c’est-à-dire christ en grec. La Bible considère très favorablement l’impérialisme de Cyrus, parce qu’il est libérateur.
A l’époque de Jésus, la situation a radicalement changé. La Terre d’Israël est désormais sous le joug romain : une occupation dure, militaire, culturellement imposante et économiquement prédatrice. Le propos de l’impérialisme romain est la « PaxRomana », c’est à dire garantir à Rome la paix, au prix d’une soumission totale des peuples alentour. D’où la hantise romaine de la moindre sédition ou révolte ; d’où sa férule particulièrement féroce ; d’où, surtout, un assèchement économique des territoires conquis afin de nourrir l’Urbs et l’armée. L’impérialisme romain vise à garantir la paix de Rome au prix de l’asservissement des provinces. Dans ces conditions, « Faut-il payer l’impôt à César, l’empereur ? ».
Comme le relève l’Évangile, la question est piégée : si Jésus répond « non », il est un séditieux ; s’il répond « oui », il est un collabo. Par son impossible réponse satisfaisante, cette question révèle l’impuissance dans laquelle se trouve le peuple hébreu, contraint de payer l’impôt à son oppresseur. Et Jésus l’a parfaitement compris, qui répond précisément sur les enjeux de pouvoir : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », séparant radicalement pouvoir mondain et pouvoir divin. A Pilate, qui cherchera à le condamner pour sédition – « Es-tu le roi des Juifs ? » –, Jésus répondra « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18, 33-37).
La distinction qu’opère ici le Christ est celle de l’esprit avec lequel on gouverne. « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». L’argent, le pouvoir coercitif, la prédation sont du côté de César ; le détachement, le pouvoir élévateur et la libération sont du côté de Dieu. « Faites la part des choses dans votre vie quotidienne », voilà l’enseignement du Christ aujourd’hui. Et, au-delà, comment souhaitez vous être gouvernés : par un pragmatisme qui cède, pour sa réassurance, au mépris d’autrui – en l’occurrence César – ou par l’idéalisme patient qui espère une paix de tous en Dieu ?
En cette vie, nous oscillons en permanence entre les deux, entre des solutions immédiates, spirituellement insatisfaisantes voire ultimement néfastes, qu’avidement nous mettons en œuvre pour faussement nous rassurer et, d’autre part, des espérances ultimes, que nous peinons à atteindre et qui, pourtant, nous offrent une perspective de salut véritable.
Le ressort de ce balancier sont les peurs que nous éprouvons. C’est elle, la peur de manquer de bien-être, de maîtrise et d’amour qui, à mesure qu’elle atteint notre espérance, focalise notre esprit sur les promesses immédiates des fausses réassurances.
Notre monde aujourd’hui s’affronte brutalement à cet esprit du repli apeuré sur soi, avide de solutions simples mais immédiates, qui voit les populations favoriser les discours extrêmes et des solutions politiques radicales voire violentes. L’individualisme exacerbé, qu’amplifient les réseaux sociaux, fait de beaucoup d’entre nous des petits Césars spirituels, de petits autocrates individuels soumis à la satisfaction immédiate de leurs émotions craintives. Ce faisant, les perspectives éternelles – le temps long de Dieu – s’éloignent, comme en témoigne le désenchantement spirituel de notre monde, qui n’agit plus que dans l’urgence des crises, tant individuelles que collectives.
Cette politique de l’apaisement aussi immédiat que temporaire des craintes, est ultimement vouée à l’échec. Rome, en effet, tombera finalement, en 410, sous les assauts des Wisigoths d’Alaric. La Pax Romana promise par César n’a pas tenu. Nos réassurances immédiates ne durent qu’un temps.
Frères et sœurs, le pouvoir mondain et le pouvoir spirituel nous sont à tous donnés. La question est celle de l’esprit qui nous gouverne. Pour chacune de nos décisions, il s’agit de discerner quel esprit nous pousse : celui de César, avide d’immédiateté fragile et de réassurance vaine ou celui de Dieu, qui nous pousse à agir dans la perspective de l’éternité ?
Quelle paix voulons-nous, immédiate et futile ou patiente et durable ? Amen.