La monnaie de Dieu, par Mgr Follo

Monnaie À L’effigie De Jules César © LesDioscures.com Source Gallica.bnf.fr

La monnaie de Dieu, par Mgr Follo

Respecter les droits supérieurs de Dieu

Rite Romain

Is 45, 1.4-6 ; Ps 95 ; 1 Ts 1, 1-5 : Mt22, 15 – 21

1)  Les taxes à l’Etat, l’homme à Dieu

Le contexte de l’Evangile de ce 29ème dimanche concerne le débat de Jésus avec les pharisiens et les hérodiens qui lui tendent un piège en lui posant une question sur les taxes à payer aux romains. Sous l’apparence de fidélité à la loi de Dieu ou à celle de l’Empereur romain, ceux-ci cherchent  des raisons pour l’accuser. Si, à leur question « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? », Jésus répond : « Vous devez payer », ils pourraient, avec le peuple, l’accuser d’être un ami des romains. Si le Messie donne comme réponse : « Vous ne devez pas payer », ils pourraient l’accuser auprès des autorités romaines d’être un révolutionnaire. Enfin, ils veulent le mettre dans une situation que les pharisiens pensent être sans issue. Au contraire, le Christ trouve une voie d’issue en répondant à la question de l’impôt à César avec un réalisme politique surprenant. La taxe doit être payée à l’Empereur parce que l’effigie sur la monnaie est celle de l’empereur. Mais, l’homme, chaque être humain, porte en lui l’image de Dieu et c’est donc à lui et à lui seul que chacun doit « payer » l’impôt parce qu’il est débiteur de sa propre existence.

Dans sa réponse : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », le Christ ne reste pas seulement sur plan politique mais affirme clairement que ce qui compte le plus est le Royaume de Dieu. Les mots du Christ illuminent la ligne de conduite du chrétien dans monde. La foi ne lui demande pas de se marginaliser des réalités temporelles, cela devient plutôt pour lui une stimulation plus grande pour qu’il s’engage généreusement à les transformer de l’intérieur en contribuant à l’instauration du Royaume des Cieux.

Donc, si la première réflexion qui vient de la lecture de l’Evangile d’aujourd’hui est que le Messie n’oppose pas l’Etat à Dieu et dit de contribuer au bien commun aussi en payant les taxes, parce que le « vivre ensemble » demande de la solidarité, la deuxième réflexion qui me vient à l’ esprit est que la phrase « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »   n’oppose pas seulement César à Dieu (ou l’homme ou Dieu) ni ne juxtapose César à Dieu (et l’homme et Dieu), mais c’est comme s’il disait « Donnez à l’homme ce qui est à l’homme de sorte qu’ il puisse sentir et vivre la joie de donner à Dieu ce qui est à Dieu ».

En se référant à l’effigie de César imprimée sur la monnaie dont les pharisiens et les hérodiens parlent, Jésus leur rappelle et nous rappelle que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, et que si leurs impôts reviennent à César, leur vie appartient à Dieu. Jésus part du devoir de restituer l’argent à César dont l’image est imprimée sur le métal pour arriver à l’obligation de redonner l’homme à Dieu dont l’image est « imprimée » dans la nature humaine. Il est juste rendre à César la monnaie qui porte son image, et, il est juste rendre à Dieu l’homme fait à son image.

En proposant ces réflexions je me mets dans le sillon des Pères de l’Eglise dont un écrivit : « L’image de Dieu n’est pas imprimée sur l’or, mais sur le genre humain. La monnaie de César est or, celle de Dieu est l’humanité … Donc donne ta richesse matérielle à César mais réserve pour Dieu l’innocence unique de ta conscience où Dieu est contemplé …César, en effet, a voulu son image sur chaque monnaie, mais Dieu a choisi l’homme qu’il a créé pour refléter sa gloire » (Anonyme, Œuvre incomplète sur Mathieu, Homélie 42). Saint Augustin a utilisé plusieurs fois cette référence dans ses homélies : « Si César réclame sa propre image imprimée sur la monnaie, n’exigera-t-il pas Dieu de l’homme l’image divine sculptée en lui? » (Ennarrationes in psalmos, psaume 94,2). Et encore : « Comme on redonne la monnaie à César, on redonne à Dieu l’âme illuminée et imprimée par la lumière de son visage… Le Christ, en effet, habite à l’intérieur de l’homme » (Ibid.., psaume 4,8). Parce que l’homme n’est pas seulement réductible à la matérialité mais c’est la dimension spirituelle qui constitue la dimension dominante de chaque existence.

2) Restituer l’homme à Dieu

En commandant de payer l’impôt à César, Jésus-Christ reconnaît le pouvoir civil et ses droits, mais il rappelle clairement aussi qu’il faut respecter les droits supérieurs de Dieu (cf. Con Vat. II, Dignitatis humanae,8). En disant : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu », le Messie enseigne d’une manière claire que ce qui compte le plus est le Royaume de Dieu.

Donc, si, d’une part, à la lumière de l’évangile qui relate cette diatribe sur l’impôt à donner à César (cf Mc12,13-17; Mt 22,15-22; Lc 20,20-26), les chrétiens reconnaissent et respectent la distinction et l’autonomie de l’Etat, en la considérant un grand progrès de l’humanité et une condition fondamentale pour la même liberté de l’Eglise et pour la réalisation de sa mission universelle de sauver tous les peuples, d’autre part, les croyants dans le Christ prennent au sérieux le commandement de restituer à Dieu ce qui est à Dieu, c’est-à-dire tout : « parce qu’au Seigneur c’est la terre et tout ce qu’elle contient » (1Cor 10, 26). Redonnons à Dieu nos êtres chers, notre prochain, tous les hommes en les honorant, en prenant soin d’eux comme d’un trésor précieux. Chaque femme, chaque homme, sont des talents d’or qui nous sont offerts pour notre bien, et sont dans le monde les vraies monnaies d’or qui portent gravées sur elles-mêmes l’image et l’inscription de Dieu.

Une manière particulière de tout restituer à Dieu est celle des vierges consacrées qui, grâce à leur consécration sont un « espace humain habité par la Trinité » (VC 41).  Elles témoignent comme le don total d’elles-mêmes à cet Amour qui les pousse à « prendre soin de l’image divine déformée des visages des frères et sœurs « (VC 75d). Elles révèlent ainsi le mystère d’un Dieu qui se met au service de l’homme.

La vie de ces femmes est fondée sur au  moins trois piliers.

– le 1er est la « consécration » même, qui est déterminée par l’initiative de l’amour gratuit de Dieu qui appelle et par la foi en Lui comme réponse à cet amour. La consécration est vie centrée sur Dieu, en abandon total, amoureuse confiance, vie de gratuité et de gratitude, de particulière manifestation du Mystère de Dieu en une personne humble et simple

– le 2è pilier est l’amour envers les frères et sœurs du monde entier. La femme consacrée est appelée à partager l’Amour, parce que le don reçu est un don à donner, à partager, en reconnaissance et amour à Dieu qui en premier lieu l’a aimée. Le don du Seigneur qui lui a été fait n’exclut pas les autres, mais à travers elle il est destiné à circuler avant tout parmi tous ceux avec qui elle vit et travaille, pour arriver ensuite au monde entier.

– le 3è pilier ou, mieux, le but de la vie consacrée est une mission à accomplir en faveur des hommes qui habitent dans ce monde qui est de Dieu : « Allez dans le monde entier » (Mt 16,15). Dans le cœur de l’Evangile, retentissant solennellement le jour de Pentecôte, la mission du chrétien d’aller vers les autres a son secret gardé lui-aussi comme la perle précieuse dans l’évangile où le Christ dit : « Restez dans mon amour ». « Aller et rester » sont les deux coordonnées évangéliques dans lesquelles la vierge consacrée agit et d’où elle tire tous les jours sa sève vitale.

Cet « aller dans le monde entier » est la continuation du don de soi aux autres vécu dans l’Eglise et qui, à l’intérieur de la communauté chrétienne s’étend à tous les êtres humains. Dans ce geste de donation, les autres sont perçus, eux aussi, comme un don de Dieu pour nous, avec lesquels nous devons « vivre-avec » et partager les dons que nous avons reçu du Seigneur. Dans ce parcours dans le monde, l’engagement fondamental est la louange à Dieu, le témoignage de Jésus au niveau personnel et communautaire et l’annonce explicite de son nom aux nations, en vivant une dimension missionnaire vraie et en restituant le monde à Dieu.

Lecture patristique
Saint Laurent de Brindes (1559 – 1619)
29e dimanche après la Pentecôte, 2-5

Opera omnia, 8, 335.336.339-340.346.

Nous trouvons deux questions dans l’évangile d’aujourd’hui : la première a été posée au Christ par les pharisiens, la seconde aux pharisiens par le Christ. La leur est tout entière terrestre et inspirée par le diable, la sienne tout entière céleste et divine. Celle-là est un effet de l’ignorance et de la méchanceté, celle-ci procède de la sagesse et de la bonté parfaites: Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles? Eux répondent: De César. Il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22,20-21). Il faut rendre à chacun ce qui lui revient.

Voilà une parole vraiment pleine de sagesse et de science célestes. Car elle nous enseigne qu’il y a deux sortes de pouvoir, l’un terrestre et humain, l’autre céleste et divin.  Elle nous apprend que nous sommes tenus à une double obéissance, l’une aux lois humaines et l’autre aux lois divines. Qu’il nous faut payer à César le denier portant l’effigie et l’inscription de César, à Dieu ce qui a reçu le sceau de l’image et de la ressemblance divines : La lumière de ton visage a laissé sur nous ton empreinte, Seigneur (cf. Ps 4,7).

Nous sommes faits à l’image et à la ressemblance (Gn 1,26) de Dieu. Tu es homme, ô chrétien. Tu es donc la monnaie du trésor divin, un denier portant l’effigie et l’inscription de l’empereur divin. Dès lors, je demande avec le Christ: Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles? Tu réponds : « De Dieu. » J’ajoute : « Pourquoi donc ne rends-tu pas à Dieu ce qui est à lui ? »

Si nous voulons être réellement une image de Dieu, nous devons ressembler au Christ, puisqu’il est l’image de la bonté de Dieu et l’effigie exprimant son être (cf. He 1,3). Et Dieu a destiné ceux qu’il connaissait par avance à être l’image de son Fils (Rm 8,29). Le Christ a vraiment rendu à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Il a observé de la manière la plus parfaite les préceptes contenus dans les deux tables de la loi divine en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix (Ph 2,8), et il était orné au plus haut degré de toutes les vertus visibles et cachées.

L’évangile de ce jour met en évidence la prudence sans pareille du Christ, qui lui a fait éviter les pièges de ses ennemis par une réponse si sage et si habile. C’est là qu’apparaît également sa justice: elle inspire son enseignement quand il nous dit de rendre à chacun ce qui lui revient; elle montre qu’il voulut lui aussi s’acquitter de l’impôt, et qu’il paya deux drachmes pour lui-même et deux pour Pierre. C’est là que se manifeste la force d’âme qui le rendit capable d’enseigner ouvertement la vérité, de dire aux Juifs en colère, sans nullement les craindre, qu’il fallait payer les impôts à César. Telle est la voie de Dieu que le Christ a enseignée avec droiture.

Ainsi ceux qui ressemblent au Christ par leur vie, leur conduite et leurs vertus se modelant sur lui, rendent vraiment visible l’image de Dieu. Le renouvellement de cette image divine s’accomplit par la parfaite justice: Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, à chacun ce qui lui revient.

Source : ZENIT.ORG, le 20 octobre 2023

Un paradoxe : le refus d’une invitation à noces, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

Un paradoxe : le refus d’une invitation à noces, par Mgr Francesco Follo

L’invitation du Seigneur est un appel à la joie vraie et durable

Avec le souhait de comprendre que l’invitation du Seigneur est un appel à la joie vraie et durable.

Rite Romain

XXVIIIème Dimanche du Temps ordinaire –  15 octobre 2023

Is 25, 6 -10 ; Ps 22; Phil 4,12-14.19-20; Mt 22,1-14

Dédicace de la Cathédrale de Milan, Eglise mère pour tous les fidèles ambrosiens

1) Les festivités humaines sont-elles suffisantes?

Comme la parabole des vignerons et celle des enfants invités à travailler à la vigne du Seigneur, la parabole d’aujourd’hui relate l’invitation du Roi à assister au banquet de mariage de son Fils. Elle nous révèle le grand désir du Père de nous avoir près de lui. Les dimanches précédents, nous ayons été invités à rester avec lui et à travailler pour lui comme « vignerons » à sa « vigne ». Aujourd’hui, Dieu nous adresse une invitation pour une fête qu’il donne, en participant à son banquet nuptial qui compare la foi à une véritable rencontre divine « conviviale ».

Étonnamment, cette invitation est rejetée par les premiers destinataires.

Pourquoi ce rejet se produit-il? quand il y a une fête humaine, tout le monde se dépêche d’y participer, et, lorsque la fête est « organisée » par Dieu, pourquoi il y a tant de personnes qui refusent l’invitation, comme en témoigne le fait que beaucoup de personnes ne vont pas à la messe, ne vont pas au banquet du dimanche où Christ se fait nourriture et boisson pour chacun de nous ? Malheureusement, beaucoup croient qu’ils n’ont pas besoin de cette table divine. Si nos yeux ne connaissent que la richesse matérielle dont le monde nous a habitué, ils ne peuvent pas voir que dans le « petit morceau de pain » et dans la « gorgée de vin » qui nous sont offerts, le Ciel est caché. Dieu se « cache » et Il se fait notre nourriture et notre boisson pour nous revêtir de sa propre divinité.

Dieu est généreux envers nous. Il nous offre son amitié, ses dons, sa joie, mais souvent nous n’accueillons pas ses paroles, nous montrons plus d’intérêt pour d’autres choses, nous mettons nos préoccupations matérielles, nos intérêts en premier lieu. L’invitation du roi rencontre même des réactions agressives.

Pourquoi avons-nous tant de mal à accueillir l’invitation à participer à un tel événement joyeux si important pour notre vie ? Pourquoi nous arrive-t-il même d’avoir une réaction hostile?

Par orgueil et parce que nous donnons la préférence à nos propres intérêts, comme le dit le Christ, en disant que les premiers invités ont refusé et « sont allés soit dans leurs propres champs, soit à leurs propres affaires ». Le pape François, lui-aussi, a rappelé dans une homélie d’il y a quelques mois: « Oublier le passé, ne pas accepter le présent, défigurer l’avenir: c’est ce que font les richesses et les soucis ». Il y a tant, trop, de personnes qui rejettent aujourd’hui l’invitation de Dieu. C’est l’histoire de l’orgueil, de l’autosuffisance humaine, qui ne peut que voir l’angle de son propre ego, éclairé par les lumières de l’éphémère et incapable d’ouvrir les yeux sur la grandeur du soleil qu’est le Royaume de Dieu.

  Donc, plus l’homme est attaché aux fêtes humaines, moins il est disposé à accueillir une invitation qui comporte l’abandon des fêtes qui ont la saveur donnée par les richesses terrestres pour aller à une fête qui a le goût du ciel. Voilà pourquoi le Christ dit: « Il est plus facile pour un chameau de passer à travers le trou d’une aiguille, qu’à un homme riche d’entrer dans le royaume des cieux » (Mt 19, 24) ? Le riche, en effet, croit qu’il peut combler l’abîme de son cœur avec des richesses matérielles. Le pauvre en esprit croit que Dieu donne la richesse qui dure et, dans sa pauvreté, Il est proche de Dieu. Le pauvre, dans son humilité, est proche du cœur de Dieu, au contraire, le riche dans son orgueil n’a confiance qu’en lui-même. L’esprit de ces pauvres de Dieu ouvre leurs mains vides pour non pas pour saisir ou serrer quelque chose ou quelqu’un, mais donner et recevoir la bonté de Dieu qui donne.

Les mendiants de Dieu, ceux qui n’ont rien ou ne sont pas attachés aux biens matériels et, comme les saints, n’ont pas peur de montrer leur pauvreté d’esprit, c’est-à-dire un cœur ouvert à Dieu et véritable gardien de la terre. Ces pauvres sont ravis de pouvoir participer au banquet du Roi et « courent » à la fête pour répondre à son invitation.

2) La condition d’assister à la fête: porter le vêtement de noce.

Dieu ne freine pas sa générosité. Il n’est pas découragé per le refus des premiers invités, et envoie ses serviteurs pour convier beaucoup d’autres personnes que l’esprit humain pense indécents : les pauvres et les malheureux. Tout le monde peut entrer, mais, dans la parabole d’aujourd’hui, il y a une condition que Jésus pose et il la pose à nous aussi qui croyons en Lui.  Il exige le vêtement de nocequi est la charité, l’amour. « Nous sommes tous invités à partager en convives le festin de noce avec le Seigneur, à entrer avec la foi à son banquet, mais nous devons porter et garder le vêtement de noce, la charité, vivre un amour profond pour Dieu et pour le prochain » (Pape François). 

Et ceci est dans le sillage de l’enseignement de saint Grégoire le Grand qui disait : « Chacun de vous, donc, qui dans l’Église a foi en Dieu a déjà participé au banquet de noce, mais il ne peut pas dire qu’il a le vêtement de noce si elle ne garde pas la grâce de la Charité » (Homélie 38,9: PL 76,1287). Et ce vêtement est symboliquement ‘tissé’ de deux bois, l’un en haut et l’autre en bas: l’amour de Dieu et l’amour du prochain (cf. ibid., 10: PL 76, 1288). Nous sommes tous invités à être des invités qui mangeons avec le Seigneur, à aller avec la foi à son banquet, mais nous devons porter et garder le vêtement de noce : la charité qui est la mesure de notre foi. Nous ne pouvons pas nous séparer de la prière, la rencontre avec Dieu dans les Sacrements, de la proximité de la vie de notre prochain et, surtout, de ses blessures.

Mais pourquoi le Christ parle-t-il du vêtement de noce ? Parce que selon l’usage en vigueur en Israël pendant la vie terrestre de Jésus, l’Epoux donne aux invités le « kittel », un vêtement spécial à porter pour son mariage. Il suffit donc que les invités le portent, en le prenant avant d’entrer dans la salle de fête.

Celui qui arrive à l’entrée de salle du banquet reçoit ce manteau blanc, un habit de fête donné gratuitement qui indique que l’invité a librement répondu « oui » à l’invitation du roi. Aussi il suffit d’accepter le vêtement de noce et le porter. Il ne doit être ni mérité ni acheté.

L’interprétation spirituelle de ce cadeau est que, si nous voulons participer à la fête, nous devons revêtir un vêtement tissé de « sentiments de pitié, de bonté, d’humilité, d’humilité et de patience ». Seulement si nous avons la charité de Dieu, nous pouvons entrer chez lui et vivre en communion avec lui.

Comme le mariage, même la consécration virginale est une alliance et une fête nuptiale, mais faite avec Dieu d’une manière exclusive et absolue, sans la médiation d’une autre personne. C’est pour cette raison qu’il s’agit de prémices de vie céleste primordiale parce que la consacrée appartient déjà au monde futur et elle est « signe eschatologique », une indication du but vers lequel l’humanité entière rachetée par le Christ est en chemin.

Elle est en fait l’épouse qu’Il attire à Lui, en l’unissant par un lien d’amour éternel. Aux vierges consacrées est donné de vivre une anticipation des noces éternelles déjà dans la vie terrestre, et, d’une certaine manière, d’être dans le temps, ce que tout le monde est appelé à devenir dans l’éternité.

La grâce du mariage rend sacrée la « vie ordinaire ». En transfigurant l’amour humain, elle l’oriente vers une fin surnaturelle et l’ouvre à une dimension interpersonnelle qui le libère de ce qui pourrait être une recherche égoïste du plaisir personnel, instinctif et passionnel.

La vie consacrée est un charisme « exceptionnel », au sens où elle est comme un pas en avant, comme une prise de possession d’une réalité qui, dans la norme, est encore et seulement une promesse. Il ne s’agit pas, cependant, d’un privilège qui provoque des différences, mais d’un appel qui engage à être davantage, mais exclusivement, donnés à Dieu et, par conséquent, au prochain.

En outre, la vierge consacrée joue également le rôle de mettre en évidence la valeur de l’amour des noces humaines. En fait, bien que ces noces-là aient une fin terrestre bien définie, elles t ordonnées dernièrement aux noces divines, pour une fête sans fin

Parmi les dons de l’Esprit à la sainte Église de Dieu, il faut reconnaître l’Ordo Virginum:

« C’est une cause de joie et d’espoir de voir que l’ancien Ordre des Vierges vient à nouveau à fleurir aujourd’hui comme témoigné dans les communautés chrétiennes depuis les temps apostoliques. Consacrées par l’évêque diocésain, ces femmes acquièrent un lien particulier avec l’Eglise, au service de laquelle elle se consacrent : tout en restant dans le monde, elles constituent une image eschatologique spéciale de l’Epouse céleste et de la vie future, lorsqu’enfin l’Église vivra en plénitude l’amour pour le Christ l’Époux » (Saint Jean-Paul II, Exhortation apostolique Vita consecrata, n. 7, 25 mars 1996).

« La chasteté pour le Royaume des Cieux (cf. Mt 19,12) libère le cœur humain d’une manière spéciale, afin de le rendre de plus en plus allumé de charité pour Dieu et pour tous les hommes » (Concile Vatican II, Décret Perfectae caritatis, n. 12).

Lecture patristique
Saint Augustin  d’Hippone (354 – 430)
Sermon 90, 1 5-6

PL 38, 559 561-562

Tous les fidèles connaissent les noces du fils du roi, et le banquet qui les suivit. Ils savent que le Seigneur les invite tous, s’ils le veulent, à sa table somptueuse. 

Le roi entra pour voir les convives. Il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce, et lui dit: « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noce? » L’autre garda le silence (Mt 22,11-12).

Que signifie donc cette parabole?  Mes frères, tâchons de trouver ce qui appartient à certains fidèles et qui manque aux méchants: c’est précisément cela qui sera le vêtement de noce. Seraient-ce les sacrements? Vous pouvez voir qu’ils sont communs aux méchants et aux bons. Serait-ce le baptême? Personne, il est vrai, n’arrive à Dieu sans le baptême, mais tous ceux qui le reçoivent n’arrivent pas jusqu’à Dieu. Je ne puis donc penser que le baptême, j’entends le sacrement seul, soit le vêtement de noce, car je vois qu’il est porté par les méchants comme par les bons. Serait-ce l’autel, ou ce que nous recevons à l’autel? Nous voyons que beaucoup viennent y prendre leur nourriture, et pourtant ils mangent et boivent leur condamnation. Qu’est-ce donc? Le jeûne? Les méchants jeûnent aussi. La fréquentation de l’église? Les méchants y vont aussi.

Dès lors, quel est ce vêtement de noce? Voici ce que l’Apôtre nous en dit: Le but de cette prescription, c’est l’amour qui vient d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère (1Tm 1,5). Tel est le vêtement de noce. Il n’est pas n’importe quel amour, car on voit très souvent des hommes malhonnêtes en aimer d’autres, malhonnêtes comme eux, mais on ne trouve pas chez eux l’amour qui vient d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère. Cet amour, c’est le vêtement de noce.

J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, dit l’Apôtre, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J’aurais beau être prophète, connaître tous les mystères et toute la science, et avoir la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien (1Co 13,1-2).  J’aurais beau avoir tout cela, dit-il, sans le Christ je ne suis rien. Donc, la prophétie n’est-elle rien? Et la science des mystères n’est-elle rien? Si, elles ont de la valeur; mais quand bien même je les posséderais, sans l’amour je ne suis rien.

Que de biens sont inutiles, si un seul bien vient à manquer! Si je n’ai pas l’amour, j’aurais beau confesser le nom du Christ jusqu’à verser mon sang, jusqu’à livrer mon corps aux flammes, cela ne servirait à rien, puisque je puis agir ainsi par amour de la gloire. Il peut donc arriver, en effet, que ces œuvres soient privées de l’amour et de la piété, qui les auraient rendues fécondes, et qu’elles soient frappées de stérilité par le désir de la gloire. Aussi l’Apôtre les mentionne-t-il avec les autres. Ecoute ce qu’il en dit: J’aurais beau distribuer toute ma fortune en aumônes, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne sert à rien (1Co 13,3).

Voilà le vêtement de noce. Examinez-vous: si vous l’avez, vous prendrez place avec confiance au banquet du Seigneur.

Source : ZENIT.ORG, le 12 octobre 2023

Le Dieu fidèle et les fidèles de Dieu, par Mgr Follo

Vigne de Louis Pasteur © commons.wikimedia.org
Vigne De Louis Pasteur © Commons.wikimedia.org

Le Dieu fidèle et les fidèles de Dieu, par Mgr Follo

« Dans la vigne du Seigneur, tout est gratuit »

Rite Romain

Is 5,1-7 ; Ps 79 ; Phil 4,6-9 ; Mt 21,33-43

1) Le Dieu fidèle

La première lecture, tirée du livre d’Isaïe 5,1-71, est un chef d’œuvre. Elle introduit la parabole de Jésus qui, ce dimanche encore, nous parle de la vigne et nous dit que la punition de Dieu est pour convertir et non pour détruire.

Ce prophète de l’Ancien Testament se sert de l’allégorie de la vigne pour décrire l’histoire du peuple d’Israël, quand il trahit l’amour de Dieu, choisi comme peuple élu pour annoncer que Dieu n’avait pas oublié les hommes et pour donner chair au Fils de Dieu.

Mais cette histoire d’infidélité – dit Isaïe – ne peut continuer à l’infini. La patience de Dieu a des limites et il y aura un jugement (5,3). Dieu s’attendait à de beaux raisins, mais la vigne en donna de mauvais (5,2). Hors métaphore : il en attendait la justice et voici l’oppression, il en attendait le droit et voici la malhonnêteté (5,7). Il ne reste alors plus que le châtiment : la vigne tombera en ruine, ne sera plus cultivée et des ronces et des épines pousseront au milieu. Mais le châtiment de Dieu n’est jamais pour toujours.

Les menaces de Dieu sont pour convertir, non pour détruire.

Et cela apparaît avec évidence dans la parabole racontée dans ce passage par le Christ, qui s’inspire du chant d’Isaïe sur la vigne, précisant que le péché des vignerons ne consiste pas seulement en une dure, mais générale désobéissance à Dieu. Leur péché réside dans le fait que les prophètes, voire même le Messie, fils de Dieu, sont tués.

Par ailleurs, alors que dans le chant d’Isaïe le maître s’attendait à de beaux raisins mais en eut de mauvais, dans la parabole il n’est d’abord pas question de fruits. Les paysans ne veulent pas reconnaitre le maitre comme tel. Voilà leur péché. Ils se comportent comme si la vigne leur appartenait. Et quand ils tuent le fils ils le disent clairement : ils veulent être les héritiers et devenir les maîtres.

Mais en refusant la seigneurie de Dieu, ils refusent la pierre angulaire, la seule qui soutient le monde. Sans la reconnaissance de Dieu, le monde ne peut tenir debout, la cohabitation se brise : « On peut construire un monde sans Dieu, mais ce sera toujours contre l’homme » (Card. Henri de Lubac).

2) Les pauvres d’esprit : les fidèles de Dieu

Dieu est toujours fidèle à son amour miséricordieux, à ses promesses. Et son projet de salut ne s’interrompt pas et ses exigences de vérité et justice ne sont pas mises de côté. C’est pourquoi Jésus, le Fils de Dieu, termine la parabole par une vision positive : l’histoire éternelle de l’amour de Dieu et de ma trahison ne finit pas sur un échec.  Le péché ne bloque pas le plan de Dieu. L’issue de l’histoire sera bonne, la vigne généreuse de fruits, le Maitre ne gaspillera pas les jours éternels en vengeances. Pour révéler sa bonté qui ne réagit pas au mal, mais propose le bien, le Messie dit que la vigne est donnée à un Peuple nouveau, le reste d’Israël, les pauvres d’esprit, qui accueilleront humblement Jésus et son heureux évangile d’amour.

En ces petits, ces « rejetés » par le peuple comme « les constructeurs écartaient les pierres » ébréchées et impropres à la construction du Temple, le Seigneur devient « la pierre angulaire » du Nouveau temple, son corps ressuscité et vivant dans l’histoire. En eux se révèle la victoire de la patience infinie de Dieu sur tout critère religieux ou mondain de justice.

Aujourd’hui nous est offerte encore la possibilité de faire partie de ce « reste d’Israël », de ces pauvres d’esprit. Il suffit de nous reconnaître pécheurs, comme Pierre sur les rives du lac de Galilée quand il remit au Christ sa douleur et le Christ le confirma dans son amour. Il suffit que nous accueillions l’invitation d’aller travailler dans la vigne même s’il ne reste plus qu’une heure pour finir le travail. Il suffit que nous convertissions notre cœur pour transformer notre « non » en un « oui » amoureux.

Alors la « Vigne » sera retirée au vieil homme que nous étions et donnée à l’homme nouveau, pauvre, et donc capable d’accueillir avec stupeur et gratitude le pardon, humble pour obéir à l’Eglise. Saint parce qu’uni au Christ, le fruit que nous sommes appelés à offrir au monde.

Dans la vigne du Seigneur, dans son Eglise, tout est gratuit : l’innocence et la virginité de Thérèse de l’Enfant Jésus sont gratuites, comme est gratuit le témoignage jusqu’au martyre de Pierre et Paul, la conversion d’Augustin et de Charles de Foucauld, la science théologique de Thomas d’Aquin et de John-Henry Newman, le ministère de miséricorde de Padre Pio de Pietrelcina, la mission de charité de Mère Teresa de Calcutta. La longue liste des vierges consacrées : bien connues de l’Eglise comme Sainte Geneviève et sainte Marcelline, sœur de saint Ambroise, et bien connues de Dieu qui les a gravées dans son cœur.

A leur exemple, les vierges consacrées d’aujourd’hui, et nous avec elles, n’avançons aucun mérite, aucune prétention devant Dieu. Il ne regarde pas la quantité de nos prestations. Il regarde le cœur et attend de n’y trouver que notre amour, notre confiance, notre adhésion à son appel dans un total abandon et une totale confiance amoureuse. L’important est qu’humblement nous priions : « O Jésus, à l’ombre de Votre main, protégez-moi et accueillez-moi. Ouvrez-moi la porte de Votre Miséricorde ; marquez-moi du sceau de la Sagesse ; par votre Vérité, enlevez-moi à tous les désirs terrestres ; et faites qu’à la suave odeur de Vos Commandements, je Vous serve avec joie dans Votre sainte Église et que, de jour en jour, j’avance de vertu en vertu » (Gertrude de Helfta).

A lui qui a dit : « Je suis la vigne et vous les sarments que je rends féconds » disons merci du plus profond de notre cœur, et demandons humblement qu’Il nous accorde la grâce de rester toujours unis à lui dans le mystère éternel de la mort et de la résurrection, du don de soi au Père ».

Les vierges consacrées dans le monde ont offert et renouvellent leur don de soi « comme sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu » (Rm 12,1). En s’offrant ainsi elles se greffent au Christ comme les sarments à la Vigne et leur « être » avec le Christ est le secret de leur fécondité spirituelle.

Avec le Christ, ces femmes consacrées sont auprès des frères et sœurs en humanité, qui « cultivent » en prenant soin de leur bien.

Lecture Patristique

Saint Basile le Grand (330 – 379)

Homélies sur l’Hexaéméron, 5, 6 ;

version remaniée de SC 27, 304-307

Il te suffit de regarder la vigne avec intelligence pour te souvenir de ta nature. Tu te rappelles évidemment la comparaison faite par le Seigneur quand il dit qu’il est lui-même la vigne et son Père, le vigneron. Chacun de nous avons été greffés par la foi sur l’Église, et le Seigneur nous appelle des sarments, il nous exhorte à porter beaucoup de fruits, de peur que notre stérilité ne nous fasse condamner et livrer au feu. Il ne cesse, en toutes occasions, de comparer les âmes humaines à des vignes. Mon bien-aimé avait une vigne, dit-il, sur un coteau, en un lieu fertile (Is 5,1), et : J’ai planté une vigne, je l’ai entourée d’une haie (cf. Mt 21,33). Ce sont évidemment les âmes humaines que Jésus appelle sa vigne, elles qu’il a entourées comme d’une clôture, de la sécurité que donnent ses commandements et de la garde de ses anges, car l’ange du Seigneur campera autour de ceux qui le craignent (Ps 33,8). Ensuite il a planté autour de nous une sorte de palissade en établissant dans l’Église premièrement des Apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement des docteurs.

En outre, par les exemples des saints hommes d’autrefois, il élève nos pensées sans les laisser tomber à terre où elles mériteraient d’être foulées aux pieds. Il veut que les embrassements de la charité, comme les vrilles d’une vigne, nous attachent à notre prochain et nous fassent reposer sur lui afin qu’en gardant constamment notre élan vers le ciel, nous nous élevions comme des vignes grimpantes jusqu’aux plus hautes cimes.

Il nous demande encore de consentir à être sarclés. Or une âme est sarclée quand elle écarte d’elle les soucis du monde qui sont un fardeau pour nos cœurs. Ainsi celui qui écarte de soi l’amour charnel et l’attachement aux richesses, ou qui tient pour détestable et méprisable la passion pour cette misérable gloriole, a, pour ainsi dire, été sarclé, et il respire de nouveau, débarrassé du fardeau inutile des pensées terrestres.

Mais, pour rester dans la ligne de la parabole, il ne nous faut pas produire que du bois, c’est-à-dire vivre avec ostentation, ni rechercher la louange de ceux du dehors : il nous faut porter du fruit en réservant nos œuvres pour les montrer au vrai vigneron.

1 Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais. Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne ! Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? Eh bien, je vais vous apprendre ce que je ferai de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée. J’en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris.” (Is 5, 1-7)

Source : ZENIT.ORG, le 6 octobre 2023

La conversion du cœur, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

La conversion du cœur, par Mgr Francesco Follo

Un cœur repenti s’ouvre au divin amour infini

Avec le souhait de comprendre qu’un cœur repenti s’ouvre au divin amour infini et qu’il accueille l’invitation à travailler à la vigne du Père

Rite Romain

XXVIe dimanche du Temps Ordinaire – 1er octobre 2023

Ez 18, 25-28; Ps 24; Ph 2, 1-11; Mt 21, 28-32

1°) De la nécessité de la conversion

Aujourd’hui encore le Christ nous parle de la vigne du Seigneur qui dans la Bible désigne le peuple de Dieu.

Tout d’abord, l’image de la vigne exprime l’attention, c’est à dire l’amour de Dieu pour son peuple. Toute l’histoire de l’Ancienne Alliance nous parle d’un Dieu bienveillant, rempli de sollicitude et de miséricorde, qui partage les joies et les souffrances de son peuple. C’est l’histoire d’un Dieu qui est présence salvifique. Tout particulièrement dans le mystère de l’Incarnation de Jésus, dans les paroles et les œuvres du Christ, dans sa mort et sa résurrection, il se révèle comme le Dieu avec nous, le Dieu pour nous, à la fois notre salut et notre rédemption.

Ensuite, l’image de la vigne rappelle la nécessité pour l’homme de collaborer à la vigne de Dieu. C’est pour cela que dans l’Évangile de dimanche dernier, le Christ a enseigné que la vigne est le lieu où nous sommes tous invités à travailler et à être compagnon de journée pour prendre soin du peuple de Dieu. « En travaillant dans cette vigne, nous préparons le vin de la miséricorde divine à verser sur les blessures de toutes les personnes éprouvées » Saint Grégoire le Grand. Aujourd’hui le Christ précise que cette collaboration n’est pas offerte à des ouvriers qui sont étrangers à la maison du Père mais aux propres enfants du Père. L’un d’eux dit oui au Père qui l’invite à aller travailler dans la vigne familiale, mais ensuite il n’y va pas, l’autre dit non mais ensuite il y va parce qu’il s’est repenti, parce que son cœur s’est ouvert. Ce changement lui permet d’observer le commandement du Père. C’est une obéissance qui le met sur le chemin d’une vie bonne: le chemin du cœur unifié.

Prions donc le Seigneur pour qu’il conserve notre cœur unifié (cf Ps 86, 11), cherchons-le d’un cœur simple sans arrière-pensée.

En priant et en agissant dans une obéissance faite d’amour, donnons-nous nous-même la vie et soyons les premiers à en tirer profit, en gagnant un cœur immense qui fait la volonté vivifiante du Père et d’où jaillit la vie (Cf Pr 4, 23). La volonté du Père n’est pas d’avoir une maison où travaillent des serviteurs contraints d’obéir mais une maison habitée par des fils libres et mûrs dans l’amour, remplis de zèle et donc collaborateurs du Père pour la maturation du monde et pour la fécondité de la terre.

La différence entre le fils qui se comporte comme un serviteur rebelle et le fils qui reconnaît l’amour du Père n’est pas tant dans le fait d’avoir dit oui ou non au Père mais dans ce qui se passe effectivement dans leur cœur: l’un ne se repent pas, l’autre oui et il se convertit en allant travailler dans la vigne du Père « avec des mains qui sont le paysage du cœur »(Saint Jean Paul II).

C’est pour cela que nous devons nous repentir c’est à dire nous convertir comme nous le rappelle la première lecture d’aujourd’hui où nous lisons : « Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Il a ouvert les yeux et s’est détourné de ses crimes. C’est certain, il vivra, il ne mourra pas » (Ez 18, 28).

Le verbe grec qui dans l’Évangile d’aujourd’hui est traduit par « s’étant repenti », signifie « ayant changé son cœur ». En effet la repentance que le fils obéissant a expérimenté dans son existence ne se limite pas sur un plan moral à une conversion de l’immoralité à la moralité, ni sur un plan intellectuel à un changement de sa façon de comprendre la réalité : il s’agit plutôt d’un renouvellement radical de son cœur, semblable par de nombreux aspects à une renaissance : il renaît en prenant conscience de son statut de fils et non de serviteur.

Il nous arrivera la même expérience si nous éprouvons de la douleur devant notre péché et si nous accueillons la grâce de l’amour de Dieu. Si nous offrons à Dieu notre douleur, Il nous maintiendra dans son amour et nous pourrons travailler joyeusement à sa vigne.

2°) La double signification de la vigne.

Dieu est un Père non un patron. Dieu nous aime et nous invite à travailler à sa vigne selon sa volonté d’amour bienveillant qui veut que tous ses enfants soient sauvés, qu’ils vivent dans la paix et la communion fraternelle et qu’ils travaillent pour améliorer le monde.

C’est comme cela que nous pouvons affirmer que le mot « vigne » a deux significations. « Elle signifie tout le monde créé par Dieu pour l’homme : pour chaque homme et pour tous les hommes. Et en même temps elle signifie cette petite parcelle du monde, ce « fragment », qui est le devoir concret de chaque homme. Dans ce second sens, la vigne est à la fois en nous et en dehors de nous. Nous devons la cultiver en améliorant le monde et en nous améliorant nous même. Ou plutôt, l’un dépend de l’autre : je rends le monde meilleur dans la mesure où je me rends moi-même meilleur. Dans le cas contraire, je ne suis qu’un technicien du développement du monde et non l’ouvrier de la vigne (Saint Jean Paul II). »

Dans ce sens-là, la « vigne » à laquelle je suis envoyé, comme le furent aussi les deux fils de l’évangile d’aujourd’hui, doit devenir le lieu de mon travail pour le monde et de mon travail sur moi-même.

S’il est juste de dire que la « vigne » signifie aussi notre monde intérieur, il est tout aussi juste d’affirmer que nous devons travailler la vigne de notre cœur pour accueillir Jésus Christ.

Le travail de la vigne intérieure est difficile parce qu’il demande de renoncer à soi-même. Et il n’est pas étonnant qu’un fils, appelé à y travailler, dise : « Non, je n’irai pas ». Cependant le travail de la vigne intérieure est indispensable. Autrement l’homme introduit le péché en ce monde qui a été créé pour lui, il introduit le mal. Et ainsi, dans la vigne intérieure s’élargit le cercle du péché, les structures du péché augmentent en puissance. L’atmosphère du monde dans lequel nous vivons devient moralement toujours plus empoisonné. On ne peut pas se déclarer vaincu devant cette destruction de l’environnement humain par le péché. Il est nécessaire de s’y opposer.

Alors, pourrait-on se demander : « Comment peut-on s’opposer au péché et se consacrer à cette vigne intérieure ? » En vivant dans la « Grâce ». En s’engageant à être toujours partie prenante de la vie divine greffée en nous par le Baptême. Vivre dans la Grâce c’est une dignité suprême, une joie ineffable, c’est une garantie de paix, un idéal merveilleux et ce doit être aussi la logique préoccupation de celui qui se dit disciple du Christ.

Une manière exemplaire de vivre la vie dans la Grâce est celle des Vierges consacrées qui se donnent entièrement au Christ : « Je suis la vigne ; vous les sarments, dit le Seigneur. Celui  qui demeure en moi porte beaucoup de fruits » (Jn 15, 5). Elles cultivent la « vigne de leur cœur » en donnant le primat à l’amour de Dieu sur toutes les autres valeurs ; en vivant dans une totale disponibilité à l’écoute du Verbe dans la louange divine ; en offrant une existence qui devient service d’amour ; une réalisation exemplaire de ce que doit être l’entière communauté chrétienne au service du monde.

Enfin elles témoignent que le salaire de leur journée de travail est bien de l’argent mais que cet argent est le Christ qui se donne totalement à chacun de nous, même quand nous sommes appelés à la 11ème heure.

En conclusion de notre réflexion et comme prière commune que nous élevons à Dieu, disons avec foi : « O Père, toujours prêt à accueillir les publicains et les pécheurs à peine sont-ils disposés à se repentir dans leur cœur, tu promets la vie et le salut à tout homme qui renonce à l’injustice : que ton Esprit nous rende docile à ta parole et nous donne les sentiments mêmes du Christ » (Collecte du XXVIème dimanche du Temps ordinaire, Année A).  

Lecture Patristique

Clément d’Alexandrie ( 150 – 215)
Homélie « Quel riche sera sauvé? », 39-40

GCS 3, 185-187

Les portes sont ouvertes à quiconque se tourne sincèrement vers Dieu, de tout son coeur, et le Père reçoit avec joie un fils qui se repent vraiment. C’est le signe d’un repentir véritable que de ne plus retomber dans les mêmes fautes, mais aussi d’extirper complètement de ton âme les péchés pour lesquels tu te juges digne de mort. Une fois qu’ils auront été effacés, Dieu reviendra donc habiter en toi. Car, comme dit l’Écriture, un pécheur qui se convertit et se repent procurera au Père et aux anges du ciel une joie immense et incomparable (cf. Lc 15,10). Voilà pourquoi le Seigneur s’est écrié: C’est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice (Os 6,6 Mt 9,13; 12,7); je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse (Ez 33,11); si vos péchés sont comme la laine écarlate, ils deviendront blancs comme la neige; s’ils sont plus noirs que la nuit, je les laverai, si bien qu’ils deviendront comme la laine blanche (Is 1,18).

Dieu seul, en effet, peut remettre les péchés et ne pas imputer les fautes, alors que le Seigneur nous exhorte à pardonner chaque jour aux frères qui se repentent. Et si nous, qui sommes mauvais, savons donner de bonnes choses aux autres (cf. Mt 7,11), combien plus le Père plein de tendresse (2Co 1,3) le fera-t-il? Le Père de toute consolation, qui est bon, plein de compassion, de miséricorde et de patience par nature, attend ceux qui se convertissent. Or, la conversion véritable suppose que l’on cesse de pécher et que l’on ne regarde plus en arrière.

Dieu accorde donc la rémission des fautes passées, tandis que, pour ce qui concerne le futur, chacun est responsable de ses propres actes. Se repentir, c’est condamner ses fautes passées et prier le Père pour qu’il les oublie. Lui seul peut, dans sa miséricorde, défaire ce qui a été fait et, par la rosée de l’Esprit, effacer les fautes passées.

Si tu es voleur et veux recevoir le pardon, cesse de voler. Si tu as dérobé un objet, restitue-le avec un supplément. As-tu fait un faux témoignage? Exerce-toi à dire la vérité. As-tu été parjure? Ne fais plus de serment. Tu dois aussi refréner les autres passions mauvaises: la colère, la convoitise, la tristesse et la crainte. Les passions que tu as laissé grandir en toi, tu ne pourras sans doute pas les supprimer d’un seul coup. Mais, moyennant un vrai repentir et une application constante, tu y parviendras avec la puissance de Dieu, la prière des hommes et l’aide de tes frères.

Source : ZENIT.ORG, le 29 septembre 2023

Onzième heure : pour Dieu il y a toujours une heure bonne, par Mgr Follo

Parabole des ouvriers à la vigne © Andrei Mironov
Parabole Des Ouvriers À La Vigne © Andrei Mironov

Onzième heure : pour Dieu il y a toujours une heure bonne, par Mgr Follo

La justice de Dieu donne à chacun le meilleur

Rite Romain

Is 55, 6-9; Ps 144; Phil 1, 20-24.27; Mt 20, 1- 16

1) Dieu n’est pas injuste, il est généreux 

La première lecture de la messe d’aujourd’hui est composée par les versets 6 à 9 du 55ème chapitre du livre d’Isaïe qui est le dernier chapitre de ce livre. Dans ces versets, le prophète est inspiré par Dieu qui dit : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées » (Is 55, 6-9). Aujourd’hui, afin de nous faire connaître la pensée de Dieu, le Christ nous donne une parabole magnifique qui décrit une façon de penser et d’agir humainement paradoxale. 

La parabole se termine ainsi : « Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant : « Appelle les ouvriers, et paie-leur leur salaire, en commençant des derniers vers les premiers ». Ceux qui avaient commencé à cinq heures de l’après-midi s’avancèrent en premier, et reçurent chacun un denier. Les premiers vinrent ensuite, croyant recevoir davantage ; mais ils reçurent aussi chacun un denier. En le recevant, ils murmurèrent contre le maître de la maison ».

Le maître de la maison les a perturbés car les derniers sont payés en premier, et ils reçoivent la paye d’une journée entière pour seulement une heure de travail. La générosité du maître de la maison envers les ouvriers de la dernière heure avait suscité chez les ouvriers des premières heures l’attente injustifiée de recevoir une paye supérieure à celle qui avait été prévue. Ceux-ci s’en plaignent, mais le maître de la maison leur fait remarquer qu’il a respecté la justice à leur égard et que, s’il veut ensuite être généreux avec les autres, c’est son bon droit de leur donner autant qu’il le veut. 

Dieu n’est pas injuste, il est généreux. Il n’enlève rien aux premiers, il donne généreusement aux autres. Dieu fait vivre à tous une aventure inconnue : celle de la bonté. La bonté n’est pas juste, elle est autre, elle est beaucoup plus. La justice humaine donne à chacun ce qu’il lui appartient, la justice de Dieu donne à chacun le meilleur.

Dieu n’est pas seulement généreux, il est bonté amoureuse et infinie. Il ne paye pas mais il offre, il donne avec une abondance gratuite. Il est le Dieu de la bonté sans limites, vertige dans les pensées les plus normales, il transgresse toutes les règles de l’économie, il nous rassasie de surprises. Aucun patron ne ferait ainsi. Mais Dieu n’est pas un patron, ni le meilleur des patrons non plus. Dieu n’est pas le comptable de l’humanité et ne paye pas selon ce qui est juste, au sens distributif du terme. Dieu est le père qui donne à ses enfants, selon ce qui est le mieux pour eux. La justice distributive ne rend pas à l’être humain tout ce qui lui est du. De la même manière, et plus que du pain, l’homme a besoin de Dieu. Saint Augustin écrit : « Si la justice est la vertu qui attribue à chacun ce qui lui revient… Quelle est donc la justice de l’homme qui soustrait l’homme lui-même au vrai Dieu ? » (La Cité de Dieu, Livre XIX, 21)

Si le Maître divin agit lui-même comme il agit, ce n’est pas parce qu’il oublie ceux qui ont travaillé le plus, mais parce qu’il aime même les derniers. La justice n’est pas violée (le maître donne aux premiers ce qui avait été convenu), mais c’est la proportionnalité distributive qui l’est. L’espace de l’action de Dieu est le vaste espace de la bonté, et non l’espace restreint du « autant que« . 

Le Dieu de l’Evangile n’est pas sans justice, mais il ne se laisse pas emprisonner dans l’espace restreint de la proportionnalité. Aux yeux des hommes, la proportionnalité distributive est l’application la plus juste possible d’une loi, mais cela ne vaut pas pour Dieu. Si nous voulons rentrer dans le mystère d’amour de Dieu, nous devons nous libérer du schéma de la proportionnalité rigide dans nos relations.

Nous devons apprendre et pratiquer cette manière de penser et d’agir « pour être fidèles à celui qui n’est jamais fatigué de passer par les places des hommes jusqu’à l’onzième heure afin de proposer son offre d’amour » (pape François) et pour recevoir le Christ comme « denier », comme récompense de notre travail dans les vignes du Père. 

2) Justice et Grâce 

La justice de Dieu découle de la grâce car ce n’est pas nous qui réparons, nous qui nous soignons nous-mêmes et les autres. Le fait que « l’expiation » ait lieu dans le « sang » de Jésus signifie que ce ne sont pas nos sacrifices qui nous libèrent du poids de nos fautes ; c’est le geste de l’amour de Dieu qui s’ouvre jusqu’à l’extrême fin, jusqu’à prendre sur lui la « malédiction » qui nous appartient à nous, pauvres êtres humains, afin de nous donner en échange la « bénédiction » qui appartient à Dieu (v. Gal 3, 13-14).

Le travail que nous faisons dans la vigne du Seigneur nous vaut une récompense non pas parce que Dieu doit nous payer mais parce que, par cet humble et agréable travail, notre esprit et notre cœur s’ouvrent à la grâce qui nous recrée dans la miséricorde. 

Si nous disions que Dieu n’est juste que s’il nous paye au prix convenu, comment pourrions-nous dire que la justice se trouve là où le juste meurt pour le coupable et que le coupable reçoit en échange la bénédiction qui appartient au juste ? chacun d’entre nous ne reçoit-il pas le contraire de ce qui lui appartient ? En réalité, la justice divine est profondément différente de la justice humaine. Dieu a payé pour nous par son Fils le prix de notre rédemption, un prix vraiment disproportionné. 

La justice de la Croix met en évidence que nous sommes autarciques et autosuffisants et que, pour être pleinement nous-mêmes, nous avons besoin d’un Autre.

Cet Autre est le père, qui sort de la maison à différentes heures de la journée pour nous appeler au travail dans sa vigne et pour nous donner le bonheur. Ces différentes heures de la journée sont, comme l’écrit Saint Grégoire le Grand, les différents âges de la vie humaine : « Les différentes heures de la journée se retrouvent dans notre vie : le matin c’est l’enfance de notre intelligence ; la troisième heure, la jeunesse qui peut être comparée à l’adolescence car le soleil commence à monter, pour ainsi dire au sens où les ardeurs de la jeunesse commencent à se  réchauffer ; la sixième heure est l’âge de la maturité : le soleil s’y établit comme point d’équilibre car l’homme est arrivé à la plénitude de la force; la neuvième heure indique l’âge qui avance lorsque le soleil descend du haut du ciel parce que les ardeurs de l’âge mature se refroidissement . Et enfin la onzième heure est l’âge de la vieillesse où la journée tend vers sa fin… Comme certains mènent une vie honnête dès l’enfance, d’autres dans l’adolescence, d’autres dans la maturité, d’autres dans la vieillesse et d’autres dans le très grand âge, c’est comme s’ils étaient appelés à la vigne à différentes heures de la journée ».  Nous avons par conséquent à examiner notre façon de vivre et à voir si nous avons commencé à nous conduire comme les ouvriers de Dieu. Nous devons faire un examen de conscience pour comprendre si nous travaillons à la vigne du Seigneur, heureux d’être ses collaborateurs.

Et puis, le Pape continue :

Celui qui n’a voulu vivre pour Dieu jusqu’au dernier moment de sa vie est comme l’ouvrier qui est resté paresseux jusqu’à la onzième heure… « Pourquoi êtes-vous là, toute la journée, sans rien faire ? » C’est comme si l’on disait clairement : « Si vous n’avez pas voulu vivre pour Dieu durant votre jeunesse et votre âge mûr, repentez-vous du moins au dernier temps de la vie… venez quand même sur les chemins de la vie » … N’est-ce pas à dernière heure que le larron est arrivé ? (cf. Lc 23, 39-43) « Ce n’est pas par son âge avancé, mais par sa condamnation qu’il se trouva parvenu au soir de sa vie. Il confessa Dieu sur la croix, et il exhala son dernier souffle au moment où le Seigneur rendait sa sentence. Et le Seigneur du lieu, en admettant le larron avant Pierre dans le repos du paradis, a bien distribué les salaires en commençant par le dernier » (Saint Grégoire le Grand, Homélie sur l’Evangile, n. 19).

Un exemple de réponse dans les différents moments de la vie, à l’appel du Seigneur qui nous demande de travailler à sa vigne nous est donné par les vierges consacrées. Il est vrai que la spécificité de leur « travail », ou ministère ou service, auquel le rite de Consécration les habilite, est de vivre la virginité comme un signe prophétique de la Parousie, de la venue du Christ qui vient définitivement en tant qu’époux.

Il est vrai aussi que leur service, c’est de manifester l’amour de l’Église épouse envers le Christ, « en travaillant » avec la prière :(n’oublions pas que liturgie veut dire action du peuple pour Dieu et que la liturgie est aussi appelée Opus Dei, œuvre de Dieu).

Il faut cependant avoir à l’esprit que les vierges consacrées dans l’Eglise sont les femmes qui sous l’inspiration de l’Esprit saint, font vœu de chasteté pour aimer ardemment le christ, et servir leurs frères avec un dévouement plus libre. Leur tâche est celle s’adonner aux œuvres de pénitence et de miséricorde, à l’activité apostolique et à la prière. (RCV 2)

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)
Sermon 87

Les ouvriers de la vigne ou le délai de la conversion

ANALYSE. – Non-seulement nous honorons Dieu ou nous le cultivons, comme disent les Latins, mais lui aussi nous cultive, puisqu’il nous appelle sa vigne. Les ouvriers qu’il emploie à la culture de cette vigne désignent ses différents ministres; ils désignent même chacun de nous, et le dernier donné à tous pour salaire figure l’éternité du bonheur. Pourquoi ne pas répondre à son appel immédiatement? Dirons-nous que nous ne l’avons pas entendu? Mais l’univers entier est plein du bruit et de l’éclat de l’Évangile. Dirons-nous que nous avons toujours le temps, puisque la même récompense est assurée à tous, quelle que soit l’heure où ils commencent à travailler? Le désespoir est à craindre; la présomption n’est pas moins redoutable. Tremblerons-nous devant la désapprobation de certains amis puissants? Mais ils ne nous empêcheraient pas de réclamer les soins d’un médecin habile qu’ils n’aimeraient pas et par qui nous serions sûrs de recouvrer la santé. Courons tous au grand Médecin des âmes, gardons-nous, si nous ne le connaissons pas encore, de nous mettre en fureur contre lui ; prenons garde aussi à la léthargie ou à l’indifférence spirituelle et considérons comme un grand service les importunités pressantes qui ont pour but de nous en faire sortir.

1. On vient de vous lire dans le saint Évangile une parabole convenable à cette saison. Il y est question d’ouvriers qui travaillent dans une vigne, et nous sommes au temps des vendanges, des vendanges matérielles ; car il y a aussi des vendanges spirituelles, durant lesquelles Dieu se réjouit de voir le fruit de sa vigne.

Si nous rendons à Dieu un culte, Dieu aussi nous cultive. Nous ne le cultivons pas pour le rendre meilleur, puisque notre culte consiste dans l’adoration et non dans le labour. Mais lui nous cultive comme fait un laboureur de son champ; aussi cette culture nous améliore comme celle du laboureur rend son champ plus fertile; et le fruit que Dieu nous demande consiste dans son culte même. Il montre qu’il nous cultive en ne cessant, d’arracher par sa parole, de nos meurs les germes funestes, de nous ouvrir l’âme avec le soc de ses instructions, et d’y répandre ta semence de ses préceptes pour en attendre des fruits de piété. Quand en effet nous laissons ce laboureur céleste travailler nos cœurs et que nous lui rendons le culte qui lui est dû, nous ne nous montrons pas ingrats ; envers lui et nous lui présentons des fruits qui sont sa joie ; ces fruits ne le rendent pas plus riche, mais ils accroissent notre bonheur.

2. Voici maintenant la preuve que Dieu nous cultive, ainsi que je me suis exprimé. Il n’est pas nécessaire de démontrer devant vous que nous rendons un culte à Dieu; chacun répète que l’homme rend à Dieu ce culte. Mais on est tout surpris d’entendre dire que Dieu cultive les hommes; le langage humain ne se sert pas habituellement de ces termes, tandis qu’on répète souvent que les hommes rendent un culte à Dieu. Montrons par conséquent que Dieu cultive les hommes; on pourrait croire, sans cela, qu’il nous est échappé un mot inexact et murmurer intérieurement contre nous, nous accuser même, pour ne savoir pas ce que nous disons. Je veux donc et je dois vous montrer que Dieu nous cultive et qu’il nous cultive comme on cultive une terre, afin de nous rendre meilleurs. Le Seigneur dit dans l’Évangile : « Je suis le cep, vous en êtes les branches et mon Père est le vigneron (1). » Que fait un vigneron ? A vous qui l’êtes, je demande: Que fait un vigneron? Sans doute il cultive sa vigne. Si donc Dieu notre Père est vigneron, il a sûrement une vigne qu’il cultive et dont il attend la récolte.

3. Il a planté cette vigne, ainsi que le dit notre Seigneur Jésus-Christ lui-même, et il l’a louée à des vignerons qui devaient lui en rendre les fruits aux époques convenables. Afin donc (381) de les leur réclamer, il envoya vers ceux ses serviteurs. Les vignerons les outragèrent, en tirèrent même quelques-uns et dédaignèrent de payer. Il en envoya d’autres: mêmes traitements. Ce père de famille qui avait cultivé le champ, planté et loué sa vigne, se dit alors : « Je leur enverrai mon Fils unique; peut-être au moins le respecteront-ils. Et il leur envoya son Fils en personne. Voici l’héritier, dirent-ils en eux-mêmes, venez, mettons-le à mort, et son héritage sera pour nous. » Effectivement ils le mixent à mort, et le jettent hors de la vigne. Que fera, en venant, le Manne de la vigne à ces mauvais vignerons? On répondit à cette question : « Il fera mourir misérablement ces misérables et louera sa vigne à d’autres vignerons en recevoir le fruit eu son temps. (2) »

Cette vigne fut plantée lorsque la loi fut gravée dans le cœur des Juifs. Dieu ensuite envoya les Prophètes pour en recueillir tes fruits, pour exiger la sainteté; les Prophètes furent couverts d’outrages et mis à mort. Le Fils unique du Père de famille, le Christ vint ensuite; c’est l’héritier qu’ils ont tué. Aussi ont-ils perdu son héritage; leur dessein criminel a tourné contre eux-mêmes. Ils ont tué l’héritier pour accueillir sa succession et pour l’avoir tué ils ont tout perdu.

4. Tout à l’heure encore vous avez entendu dans le saint Évangile cette autre parabole. « Il en est du royaume des cieux comme d’un père de famille qui sortit afin de louer des ouvriers pour sa vigne.» Il sortit le matin, prit ceux qu’il trouva et convint avec eux du salaire d’un denier. Il sortit encore à la troisième heure et il en trouva d’autres qu’il conduisit travailler à sa vigne. A la sixième et à la neuvième heure il en fit autant. Il sortit enfin à la onzième heure, presque au déclin du jour, il rencontra quelques hommes debout dans l’oisiveté. Pourquoi restez-vous ici? leur dit-il; pourquoi ne travaillez-vous pas à la vigne? Parce que personne ne nous a loués, répondirent-ils. Vous aussi, venez, ajouta le Père de famille, et je vous donnerai ce qui conviendra. Il s’agissait d’un denier pour salaire. Mais comment ces derniers, qui ne devaient travailler qu’une heure, auraient-ils osé l’espérer? Ils étaient heureux néanmoins de compter encore sur quelque chose ; et pour une heure on les mena au travail.

Le soir venu, le Père de famille ordonna de payer tout le monde, des derniers aux premiers. Il commença donc par ceux qui étaient venus à la dernière heure, et il leur fit donner un denier. En les voyant recevoir et denier, dont on avait convenu avec eux, les premiers arrivés comptèrent sur davantage; en arriva enfin à eux, et ils reçurent un denier. Ils murmurèrent alors contre le Père de famille. Nous avons, dirent-ils, porté le poids du jour et de la chaleur brûlante, et vous ne nous traitez que comme ceux qui ont travaillé une bure seulement dans votre vigne? Le Père de famille, s’adressant à l’un d’eux, lui fit cette réponse pleine de justice: Mon ami, dit-il, je ne viole pas ton droit, c’est-à-dire je ne te trompe pas: je te donne ce qui est convenu. Je ne te trompe pas, puisque je suis fidèle à mon engagement. Je n’ai pas dessein de payer celui-ci, mais de lui donner. Ne puis-je faire de mon bien ce que je veux? Ton œil est-il jaloux, parce que je suis bon ? Si je prenais à quelqu’un ce qui ne m’appartient pas, je serais avec raison traité de voleur et d’homme injuste; je mériterais également d’être accusé de friponnerie et d’infidélité si je ne payais pas ce que je dois. Mais quand j’acquitte mes dettes et que de plus je donne à qui il me plaît, celui que je paie ne saurait me reprocher rien, et celui à qui je donne doit ressentir une joie plus vite. – Il n’y avait, rien à répliquer. Tous ainsi furent égaux; des derniers devinrent les premiers et les premiers les derniers, c’est-à-dire qu’il y eut égalité et non primauté. Que signifie en effet: Les premiers furent les derniers et les derniers les premiers? Qu’ils reçurent autant les uns que tes autres.

5. Pourquoi, alors, commença-t-on par payer les derniers ? N’avons-nous pas lu que la récompense sera donnée à tous en même temps? Car d’après un autre passage de l’Évangile que nous avons lu aussi, le Sauveur dira à tous ceux qui seront placés à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père, recevez le Royaume qui vous a été préparé dès l’origine du monde (3).» Si donc tous les élus le doivent recevoir en même temps, comment expliquer que les ouvriers de la onzième heure ont été récompensés avant ceux de la première ? Vous rendrez grâces à Dieu si je parviens à m’exprimer de manière à vous le faire bien saisir. C’est à lui en effet que vous devez rendre grâces.

1. Jn 15,1-5

2. Mt 21,33-41

3. Mt 25,34

Source : ZENIT.ORG, le 22 septembre 2023

Le pardon n’a pas de limite, par Mgr Follo

Détail De L’œuvre De Rembrandt « Le Retour Du Fils Prodigue »

Le pardon n’a pas de limite, par Mgr Follo

« La gratuité est un des noyaux de l’Évangile »

Rite Romain

Is 56,1.6-7; Ps 66; Rm 11,13-15.29-32; Mt 15,21-28

1) Une mesure démesurée

L’Evangile de ce dimanche reporte ce que Pierre demanda au Christ sur le nombre de fois où il devait pardonner à son prochain. Le Messie, le porteur de l’évangile de la miséricorde répondit qu’il devait pardonner « non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept » (Mt 18,21s), c’est-à-dire toujours. En effet le nombre « soixante-dix » par « sept » est symbolique et ne signifie pas une grande quantité déterminée, mais une quantité infinie, démesurée.

En disant qu’il faut pardonner « soixante-dix fois sept », Jésus enseigne que le pardon chrétien n’a pas de limites et que, seul, le pardon sans limites ressemble au pardon de Dieu.
Ce pardon divin est la raison et la mesure du pardon fraternel. C’est parce que Dieu le Père nous a fait objet d’un pardon sans mesures, que nous devons pardonner sans mesure.

Le pardon fraternel est la conséquence du pardon paternel de Dieu à invoquer sur ceux qui nous offensent, en priant : « Notre Père qui est au cieux … pardonne nous nos offenses s comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » et en nous appropriant la prière du Christ sur la Croix lorsqu’en s’adressant au Père, il supplia : « Père pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23.34).

« Pardonne-leur » est la parole prononcée par le Christ à qui on a fait tant de mal, de façon injuste et sans mesures. Le Messie mourant pardonne et ouvre l’espace de l’amour infini à celui qui l’offense et qui le tue. Il prononce cette parole du cœur qui révèle un Dieu infiniment bon : le Dieu du pardon et de la miséricorde.

Comment pouvons-nous, nous pauvres êtres limités, mettre en pratique cet amour illimité ?
En premier lieu, en mendiant la miséricorde de Dieu, parce que nous ne pouvons donner ce que nous n’avons pas. Le Patron, celui dont parle le Christ dans la parabole d’aujourd’hui, se laisse attendrir par la supplication du serviteur et lui efface toute sa dette, en révélant un amour non seulement patient mais sans limites dans sa miséricorde. L’erreur à éviter, après avoir reçu ce pardon, est de ne pas reconnaître qu’en ce pardon il y a son amour pour nous et que cet amour grandit en nous si nous le partageons.

En deuxième lieu, en prenant conscience que l’accueil du pardon de Dieu se concrétise en sachant pardonner aux autres et qu’en pardonnant à celui qui nous a offensé, nous aimons le prochain comme nous-même et nous réalisons non seulement son bonheur et sa joie mais également notre bonheur et notre joie.

En troisième lieu, il faut prendre conscience que le pardon n’est pas seulement un acte que nous sommes appelés à faire un nombre infini de fois, mais que c’est une façon d’être qui doit influencer toute notre vie quotidienne pendant toute notre existence. C’est une dimension « religieuse » au vrai sens du terme parce qu’elle exprime notre communion avec Dieu dont l’amour transforme. « Pardonner ce n’est pas ignorer mais transformer :  Dieu doit entrer dans ce monde et opposer à l’océan de l’injustice un plus grand océan du bien et de l’amour » (Benoît XVI, 24 juillet 2005).

Un grand exemple, humain de ce pardon nous vient de la Vierge Marie qui souvent est invoquée comme Mère de Miséricorde. Aux pieds de son Fils crucifié, Marie nous pardonna, acceptant comme ses fils les hommes par lesquels le Christ avait été mis sur la Croix et par lesquels il mourrait. Avec ce « oui » (fiat) elle devint pour toujours, sans limites, notre Mère, Mère du pardon, comme auparavant elle se mit pleinement à disposition de Dieu et devint la mère de Jésus, le visage humain de la divine Miséricorde. Marie est ainsi devenue et reste pour toujours la « Mère de la Miséricorde » modèle et exemple de pardon.

              2) Pardon et gratuité

              La parabole d’aujourd’hui nous donne aussi un autre enseignement : le pardon ne doit pas seulement être pour toujours mais il doit aussi être gratuit car il ne faut pas séparer le rapport avec Dieu de celui avec le prochain. En effet le serviteur des paraboles de l’Evangile d’aujourd’hui est condamné parce qu’il garde le Pardon pour lui et qu’il ne permet pas que le pardon reçu devienne joie et pardon pour les autres aussi.

L’erreur de ce serviteur est de séparer le rapport avec Dieu du rapport avec le prochain. C’est en fait un rapport unique : comme il y a un rapport de gratuité, d’amour accueillant entre Dieu et les hommes, ainsi il doit y être la même chose entre l’homme et ses frères.

Je pense que la parabole veut souligner que l’amour de Dieu envers nous n’est pas avant tout circulaire, réciproque mais expansif et oblatif. Il est gratuit. Dieu ne se laisse pas enfermer dans l’étroite réciprocité. Donc, celui qui croit en Dieu et parle de Dieu doit élargir l’espace du pardon qui réalise la vraie justice.

L’important est de comprendre et vivre le fait que « la justice de Dieu est son pardon (Misericordiae vultus, 20). Le pape François écrit : « La miséricorde n’est pas contraire à la justice mais elle exprime le comportement de Dieu envers le pécheur en lui offrant une possibilité ultérieure de se convertir et de croire » (Id, 21). Nous devons être Eglise « en sortie » regardant les autres avec les yeux de Jésus : des yeux d’amour et non d’exclusion, certains que Dieu est tout et seul Amour. Parce qu’il est Amour, il est accueil et dialogue. Dans sa relation avec nous, hommes pécheurs, Il est compassion, grâce et pardon : miséricorde.

Les vierges consacrées sont particulièrement appelées à être des témoins de cette miséricorde du Seigneur dans laquelle nous sommes tous sauvés.

L’existence de ces femmes est une vive expérience du pardon de Dieu parce qu’elles vivent dans la conscience d’être des personnes sauvées, d’être « grandes » lorsqu’elles se reconnaissent « petites », de se sentir renouvelées et enveloppées par la sainteté de Dieu lorsqu’elles reconnaissent leur propre péché.

La vie consacrée reste donc une école privilégiée de la « componction du cœur », de la reconnaissance humble de sa propre misère, mais est aussi une école de la confiance en la miséricorde de Dieu, en son amour qu’il n’abandonne jamais.

En effet, plus nous sommes près de Dieu, plus nous sommes utiles aux autres.
Avec le don total d’elles-mêmes, les vierges consacrées expérimentent la grâce, la miséricorde et le pardon de Dieu non seulement pour elles-mêmes mais aussi pour les frères parce que leur vocation est de porter dans le cœur et dans la prière les angoisses et les attentes des hommes, particulièrement de ceux qui sont loin de Dieu.

La virginité est le fruit d’une amitié prolongée et mûrie avec Jésus par l’écoute constante de sa parole, dans le dialogue de la prière, dans la rencontre eucharistique. Pour cela les vierges consacrées sont des témoins crédibles de la foi. Elles doivent être des personnes qui vivent pour le Christ, avec le Christ et dans le Christ en transformant leur propre vie selon les plus grandes exigences de la gratuité.

La gratuité est un des noyaux de l’évangile. Tout est Grâce. « Personne » ne peut rien prétendre, tout est donné.

Comme Paul, il faut dire : « Qui donc t’a mis à part ? As-tu quelque chose sans l’avoir reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Cor 4,7). La gratuité n’est pas de faire les choses sans raison mais de les faire avec la plus grande de motivations, qui est la foi qui devient active par la charité (cf. Gal5,6)

Lecture patristique

Saint Augustin (354 – 430)
Sermon 83, 2.4

PL 38, 515-516.

Le Seigneur a raconté pour notre instruction la parabole du débiteur impitoyable, et, comme il ne veut pas que nous périssions, il y a joint cet avertissement : C’est ainsi que votre Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur (Mt 18,35). Vous le voyez, mes frères, la parole est claire, l’avertissement utile ; ils réclament notre obéissance, ce moyen de salut très efficace, qui nous rend capables d’observer le commandement.

Tout homme, il est vrai, est débiteur de Dieu, et tout homme a un frère qui est son débiteur. Y a-t-il quelqu’un qui ne doive rien à Dieu, sinon celui en qui on ne peut trouver de péché ? Et quel est l’homme qui n’a pas un frère pour débiteur, sinon celui que personne n’a offensé ? Pourrait-on, à ton avis, en trouver un seul dans le genre humain, qui ne soit comptable de quelque manquement envers un frère ?

Donc, tout homme est débiteur envers quelqu’un, et il a, lui aussi, un débiteur. Dès lors, le Dieu juste t’a donné une règle à suivre envers ton débiteur, règle qu’il appliquera lui-même envers le sien. Il existe, en effet, deux œuvres de miséricorde qui peuvent nous libérer. Le Seigneur lui-même les a formulées brièvement dans son évangile : Remettez, et il vous sera remis ; donnez, et l’on vous donnera (Lc 6,37-38). La première a pour objet le pardon, et la seconde, la charité.

Le Seigneur parle du pardon. Or, tu désires obtenir le pardon de tes péchés, et tu as aussi des péchés à pardonner à quelqu’un. Il en va de même pour la charité : un mendiant te demande l’aumône et tu es le mendiant de Dieu, car nous sommes tous, quand nous le prions, les mendiants de Dieu. Nous nous tenons, ou plutôt nous nous prosternons devant la porte de notre Père de famille ; nous le supplions en nous lamentant, désireux de recevoir de lui une grâce, et cette grâce, c’est Dieu même. Que te demande le mendiant ? Du pain. Et toi, que demandes-tu à Dieu ? Simplement le Christ, qui dit : Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel (Jn 6,51). Vous voulez être pardonnes ? Pardonnez. Remettez, et il vous sera remis. Vous voulez recevoir ? Donnez, et l’on vous donnera.

Oui, vraiment, si nous considérons nos péchés et passons en revue les fautes que nous avons commises par action, par la vue, par l’ouïe, par la pensée, par tant de mouvements de notre cœur, j’ignore si nous pourrions nous endormir sans sentir peser tout le poids de notre dette. Voilà pourquoi chaque jour nous présentons à Dieu des demandes, chaque jour nos prières vont frapper à ses oreilles, chaque jour nous nous prosternons en disant : Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient (Mt 6,12).

Quelles dettes veux-tu te faire remettre ? Toutes, ou une partie ? Tu vas répondre « Toutes. » Fais-donc de même pour ton débiteur. C’est la règle que tu formules et la condition que tu poses. Tu les rappelles lorsque tu pries en accord avec ce pacte et cette alliance, et que tu dis : Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient.

Source : ZENIT.ORG, le 16 septembre 2023

Le pardon n’a pas de limite, par Mgr Follo

Détail De L’œuvre De Rembrandt « Le Retour Du Fils Prodigue »

Le pardon n’a pas de limite, par Mgr Follo

« La gratuité est un des noyaux de l’Évangile »

Rite Romain

Is 56,1.6-7; Ps 66; Rm 11,13-15.29-32; Mt 15,21-28

1) Une mesure démesurée

L’Evangile de ce dimanche reporte ce que Pierre demanda au Christ sur le nombre de fois où il devait pardonner à son prochain. Le Messie, le porteur de l’évangile de la miséricorde répondit qu’il devait pardonner « non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept » (Mt 18,21s), c’est-à-dire toujours. En effet le nombre « soixante-dix » par « sept » est symbolique et ne signifie pas une grande quantité déterminée, mais une quantité infinie, démesurée.

En disant qu’il faut pardonner « soixante-dix fois sept », Jésus enseigne que le pardon chrétien n’a pas de limites et que, seul, le pardon sans limites ressemble au pardon de Dieu.
Ce pardon divin est la raison et la mesure du pardon fraternel. C’est parce que Dieu le Père nous a fait objet d’un pardon sans mesures, que nous devons pardonner sans mesure.

Le pardon fraternel est la conséquence du pardon paternel de Dieu à invoquer sur ceux qui nous offensent, en priant : « Notre Père qui est au cieux … pardonne nous nos offenses s comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » et en nous appropriant la prière du Christ sur la Croix lorsqu’en s’adressant au Père, il supplia : « Père pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23.34).

« Pardonne-leur » est la parole prononcée par le Christ à qui on a fait tant de mal, de façon injuste et sans mesures. Le Messie mourant pardonne et ouvre l’espace de l’amour infini à celui qui l’offense et qui le tue. Il prononce cette parole du cœur qui révèle un Dieu infiniment bon : le Dieu du pardon et de la miséricorde.

Comment pouvons-nous, nous pauvres êtres limités, mettre en pratique cet amour illimité ?
En premier lieu, en mendiant la miséricorde de Dieu, parce que nous ne pouvons donner ce que nous n’avons pas. Le Patron, celui dont parle le Christ dans la parabole d’aujourd’hui, se laisse attendrir par la supplication du serviteur et lui efface toute sa dette, en révélant un amour non seulement patient mais sans limites dans sa miséricorde. L’erreur à éviter, après avoir reçu ce pardon, est de ne pas reconnaître qu’en ce pardon il y a son amour pour nous et que cet amour grandit en nous si nous le partageons.

En deuxième lieu, en prenant conscience que l’accueil du pardon de Dieu se concrétise en sachant pardonner aux autres et qu’en pardonnant à celui qui nous a offensé, nous aimons le prochain comme nous-même et nous réalisons non seulement son bonheur et sa joie mais également notre bonheur et notre joie.

En troisième lieu, il faut prendre conscience que le pardon n’est pas seulement un acte que nous sommes appelés à faire un nombre infini de fois, mais que c’est une façon d’être qui doit influencer toute notre vie quotidienne pendant toute notre existence. C’est une dimension « religieuse » au vrai sens du terme parce qu’elle exprime notre communion avec Dieu dont l’amour transforme. « Pardonner ce n’est pas ignorer mais transformer :  Dieu doit entrer dans ce monde et opposer à l’océan de l’injustice un plus grand océan du bien et de l’amour » (Benoît XVI, 24 juillet 2005).

Un grand exemple, humain de ce pardon nous vient de la Vierge Marie qui souvent est invoquée comme Mère de Miséricorde. Aux pieds de son Fils crucifié, Marie nous pardonna, acceptant comme ses fils les hommes par lesquels le Christ avait été mis sur la Croix et par lesquels il mourrait. Avec ce « oui » (fiat) elle devint pour toujours, sans limites, notre Mère, Mère du pardon, comme auparavant elle se mit pleinement à disposition de Dieu et devint la mère de Jésus, le visage humain de la divine Miséricorde. Marie est ainsi devenue et reste pour toujours la « Mère de la Miséricorde » modèle et exemple de pardon.

              2) Pardon et gratuité

              La parabole d’aujourd’hui nous donne aussi un autre enseignement : le pardon ne doit pas seulement être pour toujours mais il doit aussi être gratuit car il ne faut pas séparer le rapport avec Dieu de celui avec le prochain. En effet le serviteur des paraboles de l’Evangile d’aujourd’hui est condamné parce qu’il garde le Pardon pour lui et qu’il ne permet pas que le pardon reçu devienne joie et pardon pour les autres aussi.

L’erreur de ce serviteur est de séparer le rapport avec Dieu du rapport avec le prochain. C’est en fait un rapport unique : comme il y a un rapport de gratuité, d’amour accueillant entre Dieu et les hommes, ainsi il doit y être la même chose entre l’homme et ses frères.

Je pense que la parabole veut souligner que l’amour de Dieu envers nous n’est pas avant tout circulaire, réciproque mais expansif et oblatif. Il est gratuit. Dieu ne se laisse pas enfermer dans l’étroite réciprocité. Donc, celui qui croit en Dieu et parle de Dieu doit élargir l’espace du pardon qui réalise la vraie justice.

L’important est de comprendre et vivre le fait que « la justice de Dieu est son pardon (Misericordiae vultus, 20). Le pape François écrit : « La miséricorde n’est pas contraire à la justice mais elle exprime le comportement de Dieu envers le pécheur en lui offrant une possibilité ultérieure de se convertir et de croire » (Id, 21). Nous devons être Eglise « en sortie » regardant les autres avec les yeux de Jésus : des yeux d’amour et non d’exclusion, certains que Dieu est tout et seul Amour. Parce qu’il est Amour, il est accueil et dialogue. Dans sa relation avec nous, hommes pécheurs, Il est compassion, grâce et pardon : miséricorde.

Les vierges consacrées sont particulièrement appelées à être des témoins de cette miséricorde du Seigneur dans laquelle nous sommes tous sauvés.

L’existence de ces femmes est une vive expérience du pardon de Dieu parce qu’elles vivent dans la conscience d’être des personnes sauvées, d’être « grandes » lorsqu’elles se reconnaissent « petites », de se sentir renouvelées et enveloppées par la sainteté de Dieu lorsqu’elles reconnaissent leur propre péché.

La vie consacrée reste donc une école privilégiée de la « componction du cœur », de la reconnaissance humble de sa propre misère, mais est aussi une école de la confiance en la miséricorde de Dieu, en son amour qu’il n’abandonne jamais.

En effet, plus nous sommes près de Dieu, plus nous sommes utiles aux autres.
Avec le don total d’elles-mêmes, les vierges consacrées expérimentent la grâce, la miséricorde et le pardon de Dieu non seulement pour elles-mêmes mais aussi pour les frères parce que leur vocation est de porter dans le cœur et dans la prière les angoisses et les attentes des hommes, particulièrement de ceux qui sont loin de Dieu.

La virginité est le fruit d’une amitié prolongée et mûrie avec Jésus par l’écoute constante de sa parole, dans le dialogue de la prière, dans la rencontre eucharistique. Pour cela les vierges consacrées sont des témoins crédibles de la foi. Elles doivent être des personnes qui vivent pour le Christ, avec le Christ et dans le Christ en transformant leur propre vie selon les plus grandes exigences de la gratuité.

La gratuité est un des noyaux de l’évangile. Tout est Grâce. « Personne » ne peut rien prétendre, tout est donné.

Comme Paul, il faut dire : « Qui donc t’a mis à part ? As-tu quelque chose sans l’avoir reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Cor 4,7). La gratuité n’est pas de faire les choses sans raison mais de les faire avec la plus grande de motivations, qui est la foi qui devient active par la charité (cf. Gal5,6)

Lecture patristique

Saint Augustin (354 – 430)
Sermon 83, 2.4

PL 38, 515-516.

Le Seigneur a raconté pour notre instruction la parabole du débiteur impitoyable, et, comme il ne veut pas que nous périssions, il y a joint cet avertissement : C’est ainsi que votre Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur (Mt 18,35). Vous le voyez, mes frères, la parole est claire, l’avertissement utile ; ils réclament notre obéissance, ce moyen de salut très efficace, qui nous rend capables d’observer le commandement.

Tout homme, il est vrai, est débiteur de Dieu, et tout homme a un frère qui est son débiteur. Y a-t-il quelqu’un qui ne doive rien à Dieu, sinon celui en qui on ne peut trouver de péché ? Et quel est l’homme qui n’a pas un frère pour débiteur, sinon celui que personne n’a offensé ? Pourrait-on, à ton avis, en trouver un seul dans le genre humain, qui ne soit comptable de quelque manquement envers un frère ?

Donc, tout homme est débiteur envers quelqu’un, et il a, lui aussi, un débiteur. Dès lors, le Dieu juste t’a donné une règle à suivre envers ton débiteur, règle qu’il appliquera lui-même envers le sien. Il existe, en effet, deux œuvres de miséricorde qui peuvent nous libérer. Le Seigneur lui-même les a formulées brièvement dans son évangile : Remettez, et il vous sera remis ; donnez, et l’on vous donnera (Lc 6,37-38). La première a pour objet le pardon, et la seconde, la charité.

Le Seigneur parle du pardon. Or, tu désires obtenir le pardon de tes péchés, et tu as aussi des péchés à pardonner à quelqu’un. Il en va de même pour la charité : un mendiant te demande l’aumône et tu es le mendiant de Dieu, car nous sommes tous, quand nous le prions, les mendiants de Dieu. Nous nous tenons, ou plutôt nous nous prosternons devant la porte de notre Père de famille ; nous le supplions en nous lamentant, désireux de recevoir de lui une grâce, et cette grâce, c’est Dieu même. Que te demande le mendiant ? Du pain. Et toi, que demandes-tu à Dieu ? Simplement le Christ, qui dit : Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel (Jn 6,51). Vous voulez être pardonnes ? Pardonnez. Remettez, et il vous sera remis. Vous voulez recevoir ? Donnez, et l’on vous donnera.

Oui, vraiment, si nous considérons nos péchés et passons en revue les fautes que nous avons commises par action, par la vue, par l’ouïe, par la pensée, par tant de mouvements de notre cœur, j’ignore si nous pourrions nous endormir sans sentir peser tout le poids de notre dette. Voilà pourquoi chaque jour nous présentons à Dieu des demandes, chaque jour nos prières vont frapper à ses oreilles, chaque jour nous nous prosternons en disant : Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient (Mt 6,12).

Quelles dettes veux-tu te faire remettre ? Toutes, ou une partie ? Tu vas répondre « Toutes. » Fais-donc de même pour ton débiteur. C’est la règle que tu formules et la condition que tu poses. Tu les rappelles lorsque tu pries en accord avec ce pacte et cette alliance, et que tu dis : Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient.

Source : ZENIT.ORG, le 16 septembre 2023

Corriger dans l’amour et prier dans la concorde, par Mgr Follo

Benoît XVI et François en prière © L'Osservatore Romano
Benoît XVI Et François En Prière © L’Osservatore Romano

Corriger dans l’amour et prier dans la concorde, par Mgr Follo

Dieu écoute les voix « accordées »

Rite Romain

Ez 33,1.7-9 ; Ps 94 ; Rm 13,8-10 ; Mt 18,15-20

  1. Corriger en pardonnant

  L’Évangile d’aujourd’hui nous offre deux enseignements du Christ sur la vie de l’Église en tant que communauté de frères, parce que nous sommes fils dans le Fils de Dieu.

Le premier enseignement concerne la correction fraternelle ; il explique comment procéder en cas de conflit entre les membres de la communauté (Mt 18, 15-18). Le récit évangélique d’aujourd’hui est consacré à la vie de la communauté chrétienne et nous enseigne que l’amour fraternel implique également un sens de responsabilité réciproque selon lequel, si l’un de nos frères commet un péché contre nous, nous devons faire preuve de charité envers lui en allant lui parler en privé pour lui faire comprendre l’erreur qu’il a commise envers nous.

Cette manière de faire s’appelle correction fraternelle. Elle ne doit pas être une réaction à une offense subie, mais elle doit être faite par amour pour le frère, comme saint Augustin le dit bien : « Celui qui t’a offensé, en te faisant une offense, il s’est fait à lui-même une blessure grave, et vous ne vous souciez pas de la blessure de votre frère ? … tu dois oublier l’offense que tu as reçue, pas la blessure de ton frère » (Discours 82, 7).

Le deuxième enseignement concerne « la toute-puissante prière d’intercession » (omnipotentia supplex) de la prière de la communauté, même si elle est très petite, « parce que là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18, 20). Donc, le Seigneur est présent dans l’assemblée liturgique qui prie et loue, dans les sacrements qui communiquent sa vie et dans sa Parole : « C’est lui qui parle quand l’Église lit les Écritures » (Conc. Vat II, Constitution sur la Liturgie sacrée, Sacrosanctum Concilium, 7). Bien sûr, la prière personnelle est indispensable, mais le Seigneur assure sa présence dans la communauté qui est unie et en accord parce qu’elle reflète la réalité même de Dieu Un et Trine, parfaite communion d’amour.

Continuons notre réflexion en approfondissant brièvement le premier enseignement que le Christ nous offre aujourd’hui : le devoir de charité de la correction.

Pendant la messe dans l’église de Sancta Martha, le pape François a dit dans un sermon : « Celui qui juge un frère a tort et finira par être jugé de la même manière. Dieu est le seul juge et celui qui est jugé pourra toujours compter sur la défense de Jésus, son premier défenseur et sur le Saint-Esprit … Si nous voulons aller sur la route de Jésus, plus que des accusateurs, nous devons être des défenseurs des autres devant Père et leur parler avec charité. » En disant cela, le Saint-Père a également réitéré l’exhortation d’aujourd’hui : « Frères, n’ayez aucune dette envers personne si ce n’est de vous aimer les uns les autres… L’amour ne fait de mal à personne : l’amour est plein accomplissement de la loi » (Rm 13, 8-10). Sur la base de l’enseignement du Christ, le pape François enseigne que la correction est l’expression d’un amour humble et doux, car le frère ne doit pas être victime du mal et doit connaître la joie du bien.

La correction fraternelle est un pur fruit de l’amour, peut-être son incarnation la plus difficile, car, pour corriger, il faut aimer l’autre au point de vouloir porter avec lui le poids de ses péchés. En fait, « corriger » signifie « régir ensemble » pour marcher ensemble sur le droit chemin.

Afin que la correction soit fraternelle, elle doit être basée sur la prière unanime des frères. Lorsque la prière de la communauté est unanime, le Christ est présent et apporte la pitié du Père au rassemblement concorde de l’Église.

Quand nous vivons dans la prière la relation avec les « frères pécheurs » et les aimons dans le Christ, nous ne les jugeons pas, mais nous frémissons de compassion et de miséricorde, nous les regardons avec les yeux du cœur et ne les laissons s’en aller sans les pardonner : c’est la correction selon le cœur du Christ. La prière unanime c’est-à-dire faite avec notre cœur uni à ceux de nos frères et celui du Christ, est une prière juste, pure, humble et confiante qui nous met dans la lumière de la communion avec Dieu-Trinité. La prière est chrétienne lorsqu’elle est communion avec le Christ et qu’elle s’élargit dans l’Église qui est son corps. Ses dimensions sont celles de l’amour du Christ, présent dans la communauté qui est le lieu du pardon et de la fête pour le pécheur repentant, corrigé par le pardon.

  1. Prière unanime

A cet enseignement sur la correction fraternelle, le Christ unit celui sur l’importance de la toute-puissante prière d’intercession, surtout quand elle est faite en communauté. La prière unanime, même s’elle est faite par deux ou trois personnes seulement, rend Dieu présent en elle.

C’est la présence du Christ qui rend efficace la prière commune de ceux qui sont rassemblés en son nom. Quand nous nous réunissons pour prier, c’est Jésus lui-même qui est au milieu de nous. Nous sommes un avec Lui qui est le seul médiateur entre Dieu et les hommes, lorsque nous sommes réconciliés avec lui par son pardon que nous devons partager avec nos frères et sœurs.

Il est vraiment réconfortant de savoir que, si nous sommes unis dans la prière, le Christ est parmi nous. Mais le Christ n’insiste pas seulement sur l’unité, il dit que nous devons nous rassembler en son nom. Il y a beaucoup de raisons pour rester ensemble : pour travailler, pour s’amuser, pour rester en famille, pour manger, pour faire des manifestations, etc., etc. Mais il y a une manière d’être ensemble qui est la garantie de la Présence de Jésus parmi nous : si nous sommes unis en son Nom.

Qu’est-ce que signifie d’être réuni en son Nom ? Cela signifie :

– prier par le Christ : par lui, par ses mérites, par la force de son commandement, par son autorité ;

– prier avec le Christ : unis à Lui, notre frère.

– prier en le Christ : demander en étant unis indissolublement à Lui dans son esprit, dans son cœur, dans ses pensées, dans ses sentiments, dans ses idéaux, dans ses désirs : en tout.

Si, d’un côté la prière unanime est la condition pour qu’elle soit exaucée, la présence du Christ dans cette concorde est, d’un autre côté, la garantie pour que cette prière soit exaucée parce qu’elle est adressée à notre Père, par nous ses fils dans le Fils. C’est l’enseignement que le Christ nous donne aujourd’hui en disant : «si deux d’entre vous s’accordent pour demander quelque chose, mon Père céleste l’accordera. Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux ». (Mt 18, 19-20).

Si nous consultons un dictionnaire, on peut trouver que le mot « accord » a plusieurs significations : concordance des sentiments ; conformité d’idées ; être en parfaite concordance, c’est-à-dire avoir le même cœur ; rencontre de plusieurs volontés.

Si, de plus, nous cherchons le verbe « accorder », nous pouvons trouver ces significations : Mettre d’accord ; Concilier ; Disposer ; Combiner quelque chose d’une manière harmonieuse, agréable et pratique ; Harmoniser les instruments et les voix entre elles.

Donc, la phrase : « Si deux se mettent d’accord » fait penser aux instruments musicaux qui s’accordent pour pouvoir jouer une symphonie. Aucun Maestro ne donne le signal à son orchestre de commencer à jouer, si les instruments ne sont pas accordés préalablement. Aucun directeur de chœur ne commencera à faire chanter, s’il n’a pas accordé les voix préalablement.

Nous pouvons donc dire que, comme dans la musique, l’accord produit la beauté harmonieuse de deux instruments ou de deux voix, ainsi l’accord de deux personnes dans la communauté produit la beauté de deux cœurs et deux volontés qui s’unissent jusqu’à être une seule « Chose » : Jésus présent entre eux, en eux. C’est lui qui devient la prière que le Père ne peut manquer d’entendre, d’accueillir, d’exaucer.

L’évangile de ce dimanche nous révèle une vérité merveilleuse : Dieu écoute les voix « accordées », la prière unanime, exprimée par un cœur qui vibre à l’unisson avec l’autre, la volonté qui cherche le bien dans l’accord avec l’autre, parce que le Fils bien-aimé est présent en ce priant. Avant d’adresser notre demande à Dieu le Père, nous devons nous mettre d’accord avec l’autre, non pas parce que nous descendons à des compromis, mais parce que nous unissons nos cœurs à ceux d’autres frères et sœurs et parce que nous les accordons au cœur du Christ.

Un exemple de cette prière « unanime » est celui des vierges consacrées qui reçoivent le Livre de la Liturgie des Heures pendant le Rite de consécration et sont invitées à une prière assidue pour l’Eglise.

La prière constante et unanime est un instrument précieux qui permet à ces femmes d’exercer un service d’intercession efficace. Leur être profondément uni à Dieu par le don total d’elles-mêmes leur permet d’être profondément unies aux autres.

En se consacrant à Dieu, elles témoignent qu’il vaut la peine de s’abandonner pleinement à Dieu. Cette totale confiance s’exprime avec une prière assidue, unanime, solidaire avec les autres, pleinement confiant en Dieu qui nous connaît dans la profondeur de notre cœur et qui prend soin de nous au point tel que – Jésus dit – « même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Donc, n’ayez pas peur » (Mt 10, 30-31).

Enfin, avec la Liturgie des Heures, ces femmes consacrées soulignent que « notre prière est publique et commune : et quand nous prions, nous ne prions pas pour un seul mais pour tout le peuple de Dieu : et ceci, parce que nous, avec tout le peuple, nous sommes un » (Saint-Cyprien, De oratione dominica, 8). De cette manière, elles pratiquent l’enseignement d’unité que le Christ, le Prince de la paix et le fondement de la concorde demande à chacun de nous ses frères et sœurs de prier pour tout le monde comme il l’a fait pour nous tous. Pour mémoire, l’Église célèbre une année sainte en 2025 – le Grand Jubilé 2025 – où est prévue une rencontre pour la vie consacrée (voir détails sur le lien ICI).

Lecture patristique
Saint Jean Chrysostome (344/354 – 407)
Catéchèses baptismales, 6, 18-20

SC 50, 224-225.

Écoute cette exhortation de l’Apôtre : Tout ce que vous faites : manger, boire ou n’importe quoi d’autre, faites-le pour la gloire de Dieu (1Co 10,31). Oui vraiment, tout ce que tu feras servira à la gloire de Dieu, si tu t’emploies, dès que tu auras quitté ce lieu, au salut de tes frères. Tu leur adresseras non seulement des reproches et des blâmes, mais aussi des conseils et des encouragements, pour les avertir du tort que leur causent les divertissements profanes, et tu leur montreras le profit et l’utilité qu’ils peuvent retirer de notre enseignement. Tu te ménageras ainsi un double salaire, en travaillant d’une part très efficacement à ton propre salut, et en cherchant d’autre part à guérir celui qui est avec toi membre du Corps du Christ. La fierté de l’Église, le commandement du Sauveur, c’est que tu ne penses pas uniquement à toi, mais aussi à ton prochain.

Considère à quel point celui qui se préoccupe du salut de son frère mérite d’être honoré. En faisant cela, il imite Dieu autant qu’il est au pouvoir de l’homme. Écoute donc ce que le Seigneur dit par son prophète : Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est méprisable, tu seras comme ma propre bouche (Jr 15,19), ce qui revient à dire : « Celui qui s’efforce de sauver son frère négligent et de l’arracher à la dent du diable, m’imite moi-même, autant qu’il est au pouvoir de l’homme. » Qu’est-ce qui pourrait bien égaler une pareille action ? C’est la plus grande de toutes les bonnes œuvres

 et le couronnement de toute vie vertueuse.

C’est aussi ce qu’il te convient vraiment de faire, puisque le Christ a versé son sang pour notre salut. Quand Paul parle des fauteurs de scandales, qui blessent la conscience de ceux qui les voient faire, il s’écrie : La connaissance que tu as va faire périr le faible, ce frère pour qui le Christ est mort (1Co 8,11). Ton Maître a donc versé son sang pour cet homme. Aussi bien, ceux qui, par leur mollesse, sont tombés dans les filets du diable, peuvent à juste titre attendre de chaque chrétien qu’il leur apporte au moins l’encouragement de sa parole et leur tende une main secourable.

Vous le ferez, j’en suis sûr, à cause de la grande affection que vous éprouvez pour ceux qui sont avec vous membres du Corps du Christ, et vous n’épargnerez aucun effort pour ramener vos frères à notre mère commune, car vous êtes capables, avec la grâce de Dieu, de donner aux autres des avertissements pleins de sagesse.

Source : ZENIT.ORG, le 8 septembre 2023

Se renier soi-même n’est pas un choix pour la mort mais pour la vie, par Mgr Follo

Chemin de croix lors des JMJ à Lisbonne © Vatican Media
Chemin De Croix Lors Des JMJ À Lisbonne © Vatican Media

Se renier soi-même n’est pas un choix pour la mort mais pour la vie, par Mgr Follo

Notre chemin vers le Christ passe par la croix

Rite romain

Jr 20,7-9 ; Ps 62 ; Rm 12,1-2 ; Mt 16,21-27

1) Choisir la croix, c’est choisir la vie

Dans l’Évangile de dimanche dernier, il nous a été rappelé que Simon, le pêcheur de Capharnaüm, a professé que Jésus de Nazareth est le Messie. Grâce à cette foi, il a reçu du Christ le nom de Pierre et l’autorité d’être la pierre de fondation au service de l’amour et de la vérité dans l’Église.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, qui est en continuité directe avec le passage de dimanche dernier, il nous est raconté que Pierre est réprimandé par le Christ parce qu’il ne comprend pas et n’accepte pas que le Messie aie la croix comme passage nécessaire pour la résurrection. Quand, aujourd’hui, Jésus explique qu’il devra « partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter » (Mt 16,21).

Tout semble se renverser dans le cœur et dans l’esprit de Pierre. Il lui paraît impossible que « le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16) puisse souffrir jusqu’à la mort. Le premier des apôtres se rebelle, il n’accepte pas cette route, il prend la parole et dit au Maître : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas» (Mt 16,22). La divergence apparaît évidente entre le dessein d’amour du Père, qui va jusqu’à donner son Fils unique sur la croix pour sauver l’humanité, et les attentes, les désirs, les projets des disciples.

On peut confesser que Jésus est le Fils de Dieu et toutefois ne pas se rendre compte qu’il est un Dieu d’amour, d’un amour crucifié. Encore prisonnier de la logique des hommes, Pierre tente d’empêcher Jésus de se conformer à la logique de Dieu. Alors Jésus répond au disciple, qu’il venait à peine d’appeler pierre de fondation et qui, maintenant, avec son objection, devient pierre de scandale (= d’obstacle) : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (Mt 16,23).

Parcourir les routes selon les pensées des hommes, c’est mettre Dieu à part, c’est ne pas accepter son projet d’amour, quasiment l’empêcher d’accomplir sa sage volonté. Aujourd’hui, Jésus nous redit que « le chemin des disciples consiste à le suivre, [aller derrière lui], le Crucifié. Dans les trois Évangiles, il explique toutefois ce que signifie le suivre sous le signe de la croix… comme le chemin qui consiste à « se perdre soi-même », qui est nécessaire pour l’homme et sans lequel il ne lui est pas possible de se trouver lui-même » (Benoît XVI, Jésus de Nazareth, 2007).

C’est ainsi que le Christ décrit son chemin, qui – en passant par la croix – le conduit à la résurrection. C’est le « chemin » du grain de blé qui tombe en terre et meurt et ainsi porte beaucoup de fruit. Avec le chemin de la croix, avec la Via Crucis qui est un chemin chargé d’amour, Jésus révèle l’essence de l’amour. Laissons-nous aimer par celui qui nous aime depuis la croix.

En partant du centre de son sacrifice personnel et de l’amour qui en lui atteint son accomplissement, le Messie révèle que le véritable pouvoir, celui de Dieu, est d’aimer en se donnant soi-même jusqu’à la mort : c’est la suprématie de la tendresse et les pouvoirs du monde seront impuissants contre elle : le troisième jour, le Christ est ressuscité de la mort.

2) Se renier veut dire s’abandonner totalement au Christ

En acceptant volontairement la mort par amour, Jésus prend la croix de tous les hommes et devient source de salut pour toute l’humanité qui est invitée à comprendre que se renier veut dire se jeter dans les bras du Christ en croix et recevoir de lui la vie.

Sur la croix en effet, notre faiblesse est remise au Christ qui a le pouvoir d’en faire le tabernacle de son amour tendre, tout-puissant et victorieux. « La croix victorieuse a illuminé celui qui était aveuglé par l’ignorance, a libéré celui qui était prisonnier du péché et a porté la rédemption à l’humanité entière » (Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèse XIII,1 sur le Christ crucifié et mis au tombeau, PG 33, 772B).

À ce point, ce que signifie vraiment suivre le Christ, l’impératif qu’il rappelle encore une fois à ses disciples est clair : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive» (Mt 16,24).

Se renier soi-même signifie renoncer à son idée de Dieu pour accepter celle de Jésus.

Se renier soi-même n’est pas un choix pour la mort mais pour la vie, pour la beauté et pour la joie. C’est suivre le Verbe de Dieu pour apprendre le langage du véritable amour. En suivant le Christ qui se révèle être Dieu dans l’amour et dans le don de soi, nous apprenons aussi à changer la logique de notre existence : non plus une vie vécue pour nous-mêmes mais une vie vécue comme un don. C’est cela, fondamentalement, la logique de la croix, pour Jésus comme pour ses disciples.

Se renier soi-même pour se mettre à la suite de Jésus « signifie prendre sa croix – nous en avons tous une – pour l’accompagner sur son chemin, un chemin malcommode qui n’est pas celui du succès, de la gloire passagère, mais celui qui conduit à la vraie liberté, celle qui nous libère de l’égoïsme et du péché. Il s’agit d’opérer un refus net de cette mentalité mondaine qui met le « je » et les intérêts propres au centre de l’existence : ce n’est pas ce que Jésus veut de nous ! Au contraire, Jésus nous invite à perdre notre vie pour lui, pour l’Évangile, pour la recevoir renouvelée, réalisée et authentique » (Pape François, Discours à l’Angelus du 13 septembre 2015).

Se renier soi-même veut dire « perdre » sa vie pour le Christ et dans le Christ, pour la recevoir renouvelée, réalisée et authentique, parce que suivre la croix conduit à la résurrection, à la vie pleine et définitive avec Dieu.

Se renier soi-même, c’est accepter d’être une argile malléable dans la main créatrice de Dieu qui fait de nous des vases de grâce et d’amour.

Se renier soi-même veut dire renoncer à nos fragiles pensées et à nos sentiments inconstants pour avoir en nous les sentiments du Christ.

Se renier soi-même veut dire tout quitter pour le suivre, notre Maître et Seigneur qui s’est fait serviteur de tous. Cela veut dire marcher derrière lui et l’écouter attentivement dans sa Parole et dans les sacrements, pour apprendre à sentir comme il sentait, conformer notre manière de penser et de décider aux sentiments de Jésus en nous conformant à lui et pour être « déjà comme des anges sur cette terre » (saint Ambroise de Milan). Non pas dans le sens où leur vie se soustrait à la réalité concrète, mais parce qu’ils témoignent dès aujourd’hui que le destin de l’homme se joue en référence au Christ.

Mais le saint évêque de Milan va encore au-delà. Dans le commentaire de l’Évangile de Luc, saint Ambroise parle de la « génération du Christ ». Expliquant le Magnificat, il dit ceci : « Vois bien que Marie n’avait pas douté, mais cru et c’est pourquoi elle avait obtenu le fruit de sa foi. Bienheureuse toi qui as cru (Lc 1,47). Mais bienheureux vous aussi qui avez entendu et avez cru : en effet, toute âme qui croit, conçoit et engendre le Verbe de Dieu et en comprend les œuvres. Que l’âme de Marie soit en chacun pour magnifier le Seigneur, que soit en chacun l’esprit de Marie pour exulter en Dieu ; si en effet selon la chair, une seule est la mère du Christ, selon la foi toutes les âmes engendrent le Christ ; chacune en effet accueille en soi le Verbe de Dieu pourvu que, se gardant sans tâche et libre du péché, elle garde avec une pudeur persévérante la pureté de la vie » (Expos. Evangelii sec. Lucam, II, 26-27).

De là nous comprenons que la valeur exemplaire de la virginité consacrée est de montrer une fécondité qui se réalise dans la virginité, mais cette fécondité est proposée à tous les croyants. Concevoir et engendrer le Verbe de Dieu, en effet, signifie avoir les mêmes sentiments que le Christ et reproposer dans la vie ses gestes et ses paroles, faisant réadvenir la présence du Christ à l’intérieur de son Église qui célèbre une année sainte en 2025 – le Grand Jubilé 2025 – où est prévue une rencontre pour la vie consacrée (voir détails sur ce lien)

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)
Sermon 96, 1 3-4

PL 38, 584-586

Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive (Mc 8,34). Quand le Seigneur engage l’homme qui veut le suivre à renoncer à soi-même, nous trouvons son commandement difficile et dur à entendre. Mais si celui qui commande nous aide à l’accomplir, son commandement n’est ni difficile ni pénible. <> Et cette autre parole sortie de la bouche du Seigneur est également vraie : Mon joug est facile à porter, et mon fardeau léger (Mt 11,30).

L’amour, en effet, adoucit ce que les préceptes peuvent avoir de pénible. Nous connaissons toutes les merveilles que l’amour peut accomplir. Sans doute, cet amour est souvent immoral et malhonnête ! Quelles rigueurs les hommes n’ont-ils pas endurées, quelles conditions de vie indignes et intolérables n’ont-ils pas supportées pour arriver à posséder l’objet de leur amour ! <> Or, ce qu’ils aiment nous permet, le plus souvent, de savoir ce qu’ils sont eux-mêmes ; ils devraient, quand ils s’interrogent sur la direction à donner à leur vie, se soucier uniquement du choix de ce qu’ils aimeront. Pourquoi s’étonner que celui qui aime le Christ et veut le suivre, renonce à soi-même pour l’aimer ? Car, si l’homme se perd en s’aimant soi-même, il doit sans aucun doute se trouver en se renonçant.

Qui refuserait de suivre le Christ au séjour du bonheur parfait, de la paix suprême et de l’éternelle tranquillité ? Il est bon de le suivre jusque-là ; encore faut-il connaître la voie pour y parvenir. Aussi bien le Seigneur n’a pas fait cette recommandation après sa résurrection, mais avant sa passion. Il devait encore être crucifié, endurer l’ignominie, les outrages, les coups, les épines, les blessures, les insultes, l’opprobre et la mort !

Le chemin te semble couvert d’aspérités, il te rebute, tu ne veux pas suivre le Christ. Marche à sa suite ! Le chemin que les hommes se sont tracé est raboteux, mais il a été aplani quand le Christ l’a foulé en retournant au ciel. Qui donc refuserait d’avancer vers la gloire ? Tout le monde aime à s’élever en gloire, mais l’humilité est la marche à gravir pour y arriver. Pourquoi lèves-tu le pied plus haut que toi ? Tu veux donc tomber au lieu de monter ? Commence par cette marche : déjà elle te fait monter.

Les deux disciples qui disaient : Seigneur, accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume (Mc 10,37), ne prêtaient aucune attention à ce degré d’humilité. Ils visaient le sommet et ne voyaient pas la marche. Mais le Seigneur leur a montré la marche. Eh bien, qu’a-t-il répondu ? « Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire (Mc 10,38) ? Vous qui désirez parvenir au faîte des honneurs, pouvez-vous boire le calice de l’humilité ? » Voilà pourquoi il ne s’est pas borné à dire d’une manière générale : Qu’il renonce à lui-même et qu’il me suive, mais il a ajouté : Qu’il prenne sa croix et qu’il me suive (Mc 8,34).

Que signifie : Qu’il prenne sa croix ? Qu’il supporte tout ce qui lui est pénible ; c’est ainsi qu’il me suivra. Dès qu’il aura commencé à me suivre en se conformant à ma vie et à mes commandements, il trouvera sur son chemin bien des gens qui le contrediront, qui chercheront à le détourner et à le dissuader, et cela même parmi ceux qui passent pour des compagnons du Christ.

Quelles que soient les menaces, les séductions ou les interdictions dont tu seras l’objet, si tu veux le suivre, fais de tout cela ta croix. Accepte-la, porte-la, ne succombe pas sous le poids.
Ces paroles du Christ ont encouragé les martyrs. Ne faut-il pas, à l’heure de la persécution, que tu ne comptes pour rien toutes choses à cause du Christ ?

Source : ZENIT.ORG, le 1er septembre

La mission du Christ devient la vocation de Pierre

Statue de saint Pierre dans la basilique Saint-Pierre de Rome © Zenit

Statue De Saint Pierre Dans La Basilique Saint-Pierre De Rome © Zenit

La mission du Christ devient la vocation de Pierre, par Mgr Follo

La mission de Pierre et de ses successeurs est de servir l’unité de Église de Dieu

Rite Romain

Is 22,19-23; Ps 137; Rm 11,33-36; Mt 16,13-20

1) Tu es le Christ

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus pose deux questions aux Apôtres.

La première est : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » (Mt 16,13). Ils lui répondent que pour certains il était Jean-Baptiste, pour d’autres Elie ou Jérémie ou quelques un des prophètes.

La seconde est : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »  (Mt 16, 15). Au nom de tous les disciples, Pierre professe la foi qui reste celle de l’Église de tous les âges : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). En effet, à partir de ce jour-là, l’Église continue de répéter cette profession solennelle de foi. Aujourd’hui, nous aussi, nous sommes appelés à laisser Dieu parler à nos cœurs comme il parla aux cœurs des Apôtres. Si nous écoutions les paroles évangéliques avec une foi parfaite et avec un amour parfait, nous comprendrions le vrai sens de ces mots : « Jésus, le Christ, la Parole, le Fils de l’Homme et de Dieu» et nous proclamerons avec une profonde conviction : « Jésus, Christ, le Fils du Dieu vivant »(Id.). Nous le faisons avec la conscience que le Christ est la « perle » inestimable, le véritable « trésor », pour lequel il vaut la peine de tout sacrifier, comme l’on a rappelé le 17ème dimanche du temps ordinaire – 30 juillet 2023).

Il est l’ami qui ne nous abandonne jamais, parce qu’il est Emmanuel, le Dieu toujours avec nous qui connaît les attentes les plus intimes de notre cœur. Jésus est le « Fils du Dieu vivant », le Messie promis, qui est venu sur terre pour offrir le salut à l’humanité et pour satisfaire la soif de vie et d’amour qui habite dans le cœur de chaque être humain. Cette soif est étanchée par la Divine Miséricorde qui est toujours prête à se donner à ceux qui se convertissent dans leur cœur et le demander à l’Église.

Il faut donc se rappeler que le Christ n’adresse pas ces deux questions aux disciples pour connaître une ou plusieurs opinions à propos de lui. Il n’a pas besoin de savoir ce que les hommes pensent de lui. Avec cette double question, Jésus demande un acte de foi en lui et, par conséquence, de le suivre. « Jésus n’a pas dit ‘Connais-moi !’. Il a dit ‘Suis-moi !’. Suivre Jésus avec nos vertus et malgré nos péchés. L’important est de toujours suivre Jésus. Ce n’est pas une étude des choses qui est nécessaire, mais c’est une vie de et en disciple. Il est nécessaire rencontre quotidienne avec le Seigneur, avec nos victoires et nos faiblesses » (Pape François).

De toute évidence, la question du Christ ne résulte pas d’une crise d’identité, mais s’offre comme un chemin pour amener les disciples dans son mystère de vérité et d’amour. La question du Messie est une vocation à le suivre. Et cette suite ne repose pas sur une adhésion à une théorie, mais sur la solidité d’une présence, aussi solide qu’une pierre.

Le Christ est la Pierre vivante qui choisit Pierre comme pierre. Les deux ne s’excluent pas. Le Christ, Pierre angulaire, appelle Pierre à une assimilation progressive, à devenir de plus en plus disciple et à être la Pierre apostolique, car, malgré sa fragilité et son péché, il aime son Seigneur plus que tous les autres Apôtres et disciples, et doit les confirmer dans cette foi active qui est l’amour.

C’est pour cela que le pape est celui qui préside la charité et confirme notre foi par le ministère de la vérité et de la miséricorde, et qui utilise les clés du Royaume pour réconcilier les personnes avec Dieu et entre elles. Les clés livrées à Pierre sont les clés de la grâce, de la miséricorde, du pardon, de l’espérance et de la joie.

Faisons nôtre la réponse de Pierre qui n’a pas répondu aux questions du Christ avec une théorie mais avec une profession de foi. Le problème n’est pas de mettre en question Dieu, mais de lui faire des questions. Lui, il est et reste un mystère ; Lui répondre constitue l’aventure d’être des hommes : l’aventure de suivre Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.

La foi est l’accueil du Christ, le suivant, la communion d’amour avec lui. Il est notre rédemption et le monde.

2) Tu es Pierre

A la confession de Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt16,16), Jésus répond : « Tu es Pierre et sur cette pierre je construirai mon église et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux » (Mt 16, 18).

La profession de foi de Pierre, l’humble pêcheur de Galilée, est la voix de condisciples et aujourd’hui elle nous indique la présence divine et le lieu du salut pour chaque homme et femme de la terre. Sur cette « pierre » de la foi, on bâtit la nouvelle communauté humaine, réconciliée et mariée à Dieu.

Il est vrai que l’Église est construite par le Seigneur : « Sur cette pierre, je bâtirai mon Église ». L’Église aussi est un pur don de Dieu, pour accueillir et sauver tout le monde avec toutes les limites et les erreurs de l’humanité blessée et pécheresse.

Il est vrai aussi que sur la foi de Pierre le Christ a fondé son Église, avec le pouvoir de lier et de délier, de pardonner et de sanctifier, avec la mission d’évangéliser, d’annoncer la bonne et heureuse nouvelle au monde entier. L’Église est établie sur communion avec Pierre et en obéissance à Pierre. Il est consolant et réconfortant d’entendre encore aujourd’hui la parole du Seigneur qui scelle ce dessein de Dieu : « Les pouvoirs de l’enfer ne l’emporteront pas ». Il donne la force de pouvoir marcher dans le monde d’aujourd’hui, non pas avec la présomption, mais avec la certitude que l’’Église est conduite par l’Esprit de Dieu

Le mot « église », en grecque ekklésia, signifie « convocation », « assemblée » et indique le peuple qui est rassemblé par la Parole de Dieu et qui essaie de vivre le message du Royaume apporté par le Christ. La mission de l’Église est de mettre en œuvre le grand plan de Dieu : rassembler toute l’humanité en une seule famille dans le Christ.

La mission de Pierre et de ses successeurs est de servir cette unité de l’unique Église de Dieu formée par tous les peuples du monde entier. Son ministère indispensable est de s’assurer qu’elle ne s’identifie jamais à une seule nation, à une seule culture, mais qu’elle est l’Église de tous les peuples, afin de rendre présent parmi les hommes, marqués par d’innombrables divisions et contrastes, la paix de Dieu et le pouvoir renouvelant de son amour.

La mission particulière du Pape, évêque de Rome et successeur de Pierre, est de servir l’unité intérieure qui vient de la paix de Dieu, l’unité de ceux qui sont devenus frères et sœurs en Jésus-Christ.

Unis au Saint-Père, nous tous, nous sommes appelés à être missionnaires du Christ et à témoins de son amour. La clé qui nous est donnée à tous est celle de la croix, ce qui implique le don de soi-même. En communion avec le Pape, nous sommes appelés à offrir – dans nos vies, sauvés et remplies de l’amour de Dieu – une pierre sur laquelle chaque personne humaine peut déposer ses chagrins, ses incertitudes et ses doutes.

Nous sommes « heureux », parce que nous avons été choisis pour proclamer l’Évangile : pour cela, en toutes circonstances, la puissance infinie de l’amour de Dieu brillant dans la gloire de sa résurrection nous maintiendra près de sa Croix, clé du royaume de Dieu.

Le Christ a donné à Pierre les « clefs » du Royaume, en l’appelant à être crucifié avec Lui, à porter avec lui Son joug léger et doux sur ses épaules, pour apprendre l’humilité et la douceur pour « délier » les hommes de l’esclavage du monde, de la chair et du démon, et les « lier » à Lui, le Christ, dans une alliance qui ne finira jamais.

Les vierges consacrées en sont des témoins spéciaux, parce que, « se liant » totalement et seulement au Christ, elles demeurent L’embrassant sur la croix. La virginité est la crucifixion de soi pour se donner à Dieu, pour se clouer à son amour en embrassant le Christ sur la Croix. La virginité ne peut être réduite à une renonciation, ni à une limitation : c’est un renforcement de l’amour comme cadeau de soi-même qui consacre la personne dans l’Amour et transforme l’aimant dans l’Aimé. L’amour vécu dans la virginité est un amour crucifié non pas parce qu’il s’agit d’un amour mortifié, mais parce que c’est un amour « sacrifié », c’est-à-dire sacré par le don total de soi-même à Dieu.

Lecture patristique

saint Jean Chrysostome  (344/354  – 407)
Homélie sur saint Pierre et saint Élie, 1

PG 50, 727-728.

Pierre devait recevoir les clés de l’Église, plus encore les clés des cieux, et le gouvernement d’un peuple nombreux devait lui être confié. Le Seigneur lui avait dit : Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux (Mt 16,19). Si Pierre, avec sa tendance à la sévérité, était resté sans péché, comment aurait-il pu faire preuve de miséricorde pour ses disciples ? Or, par une disposition de la grâce divine, il est tombé dans le péché, si bien qu’après avoir fait lui-même l’expérience de sa misère, il a pu se montrer bon envers les autres.

Rends-toi compte: celui qui a cédé au péché, c’est bien Pierre, le coryphée des Apôtres, le fondement solide, le rocher indestructible, le guide de l’Église, le port imprenable, la tour inébranlable, lui qui avait dit au Christ: Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas (Mt 26,35); lui qui, par une divine révélation, avait confessé la vérité: Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant (Mt 16,16).

Or, l’évangile rapporte que, la nuit même où le Christ fut livré, Pierre vint s’approcher du feu pour se chauffer. Une jeune fille lui dit alors : Toi aussi, hier, tu étais avec cet homme, et Pierre lui répondit : Je ne connais pas cet homme (cf. Mt 26,69-72).

Tu viens de dire : Même si je dois mourir avec toi, et maintenant tu nies en disant : Je ne connais pas cet homme. Pierre, est-ce bien cela que tu avais promis ? On ne t’a encore fait subir aucune torture, infligé aucun coup de fouet, mais il a suffi qu’une fille t’adresse la parole pour que tu te mettes à nier !

Une deuxième fois, la fille lui dit : Toi aussi, hier, tu étais avec lui. Et Pierre répondit : Je ne connais pas l’homme en question.

Quelle est la personne qui te parle pour que tu nies ainsi ? Une femme sans influence, une portière, une étrangère, une esclave, qui n’a droit à aucune considération, te parle et tu lui réponds en niant. Que c’est étonnant ! Une fille vient vers Pierre, une femme de mauvaise vie bouleverse la foi de Pierre. Lui, la colonne, le rempart, se dérobe devant les soupçons d’une femme. Ce n’étaient que des mots, mais ils ont ébranlé la colonne, ils ont fait trembler le rempart lui-même.

On lui dit une troisième fois : Toi aussi, hier tu étais avec cet homme, mais il le nia une troisième fois.

Finalement, Jésus fixa sur lui son regard pour lui rappeler ce qu’il lui avait dit. Pierre comprit, se repentit de sa faute et se mit à pleurer. Mais alors le Seigneur miséricordieux lui accorda son pardon, car il savait que Pierre, étant un homme, était sujet à la faiblesse humaine.

Comme je l’ai déjà dit, Dieu en a disposé ainsi et a permis que Pierre commette un péché, parce qu’un peuple nombreux allait lui être confié : car il ne fallait pas que, sévère parce que sans péché, il soit incapable de pardonner à ses frères. Il a été soumis au péché pour que la conscience de sa faute et du pardon reçu du Seigneur, le conduise à pardonner aux autres par amour. Il accomplissait ainsi une disposition providentielle conforme à la manière d’agir de Dieu.

Il a fallu que Pierre, lui à qui l’Église devait être confiée, la colonne des Églises, le port de la foi, le docteur du monde, se montre faible et pécheur. C’était, en vérité, pour qu’il puisse trouver dans sa faiblesse une raison d’exercer sa bonté envers les autres hommes.

Source : ZENIT.ORG, le 25 août 2023