La vie est vocation à la joie, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

La vie est vocation à la joie, par Mgr Francesco Follo

Méditation des lectures du 2e dimanche du Temps Ordinaire

Avec le souhait de comprendre que notre vocation est un choix de Dieu qui nous appelle pour être collaborateurs de la joie

Rite romain – IIe dimanche du temps ordinaire – Année B – 14 janvier 2024

1S 3,3-10.19; Ps 39; 1Co 6,13-15.17-20; Jn 1,35-42.

  1. La vocation dans la vie de tous les jours

Après la célébration du Baptême de Jésus qui dimanche dernier a conclu la période de Noël, la Liturgie présente aujourd’hui un passage du premier chapitre de l’Evangile de Jean pour compléter la narration des événements qui ont marqué la manifestation de Jésus comme Messie et Fils de Dieu, qui appelle à le suivre.

Ce n’est pas un hasard, si même pour les deux autres lectures de la messe de ce dimanche, la IIe du temps ordinaire, la vocation est le thème central. Nous avons tous été appelés à suivre une “vocation” à réaliser dans notre vie de tous les jours. Nous sommes tous appelés à vivre notre vocation de fils de Dieu dans le Fils unique dans l’apparente banalité de la vie quotidienne. Nous sommes tous appelés à être avec le Christ, avant que de faire quelque chose pour le Christ. Le plus bel exemple à cet égard nous est offert par la Vierge Marie qui, avant de “faire” la mère, “fut” et “est” encore mère. Et les apôtres aussi dont nous parle l’Evangile de ce jour, avant de faire quelque chose pour le Christ, furent avec le Christ. A Jean et André qui lui demandaient : “Maître, où habites-tu?”, Jésus répondit: “Venez et vous verrez”, c’est-à-dire qu’il leur proposa d’“être” avec Lui, avant de “faire” quelque chose avec Lui.

Ce n’est pas un hasard non plus si la liturgie du temps ordinaire demande que le prêtre porte les ornements verts, pour signifier le temps vert de notre vie. Il s’agit d’un temps chargé d’espoir, qui accompagne et illumine le quotidien que nous devons “passer” à la suite du Christ. Le temps ordinaire n’est pas un temps mineur, c’est le temps dans lequel le Mystère de la vie du Christ et de notre vie en Lui s’écoule sous nos yeux de manière ordinaire et nous, nous sommes appelés à le recevoir et à le comprendre, pour parcourir la voie du salut, en Jésus Christ, notre Voie.

Chaque existence est déjà un appel : Dieu nous a sauvés de l’abîme vertigineux du néant et, en nous offrant l’être, il nous a donné aussi un projet à accomplir, un dessein à réaliser qui est même gravé “sur ses paumes” (Isaïe 49). C’est là le sens de notre vie : être avec Dieu et collaborer au grand projet qu’Il nourrit de toute éternité pour chacun de nous. 

Nous sommes souvent tentés de croire que la vocation que Dieu nous donne, est un devoir pénible, une vertu obligatoire et ennuyeuse. Non. Dieu adresse aux hommes un appel à  tisser un lien d’amour avec Lui. Il les invite dans sa demeure, les accueille de nouveau dans sa maison quand ils reviennent à son amour. Et non seulement ils peuvent rester avec Lui mais Lui reste dans leur cœur. La philosophie de l’homme dans la quête éternelle de sa maison est la nostalgie de sa patrie, de sa maison natale, comme l’a écrit le philosophe et écrivain allemand Novalis (1772 -1801) : “la philosophie est la nostalgie de retour à la maison”. Eh bien l’Evangile d’aujourd’hui montre comment on arrive à cette maison. En suivant le Christ, en Lui demandant où il habite et en demeurant avec Lui.

L’effet le plus admirable de cette démarche est que nous devenons sa demeure. Car se rapprocher de Dieu c’est devenir une cathédrale vivante. En recevant sa Présence en nous, nous comprenons la grandeur de la condition “humaine” à laquelle nous sommes appelés. La Bible abonde d’histoires de vocation : à titre d’exemple, Abraham, Moïse, David, chacun des prophètes, le petit Samuel dont il est question dans la première lecture d’aujourd’hui (1 Samuel 3,3-10), la Vierge Marie, les apôtres.

Chacun sous des formes différentes, mais nous avons tous en commun de recevoir cette invitation à donner à notre existence la valeur suprême de s’ouvrir à la relation avec Dieu, en disant comme Marie : “Amen, Fiat, que tout se passe pour moi comme tu l’as dit”. 

2) Les trois verbes de la vocation, qui n’est pas une profession

Les lectures de la messe d’aujourd’hui montrent que la vocation se caractérise par trois verbes : appeler, écouter, répondre

Appeler. Excepté les rares appels directs, la vocation se produit par l’intermédiaire d’autres hommes, comme on le voit dans l’épisode d’aujourd’hui : pour les deux disciples du Baptiste, c’est lui l’intermédiaire, qui leur désigne l’Agneau de Dieu ; pour Pierre, c’est son frère André; pour Samuel enfant, c’est son “tuteur” Eli.

Ecouter, comme il le fit le petit Samuel qui répondit à Dieu qui l’appelait par son nom “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute”. 

Répondre en allant habiter auprès de Celui qui nous dit, comme à Jean et André: “Venez et vous verrez”.

Revenons au passage de l’Evangile d’aujourd’hui, où il nous est  raconté que, remarquant Jean et André qui le suivaient, Jésus se retourna et demanda : “Qu’est-ce que vous cherchez ?”. Jésus ne posa pas cette question pour se renseigner, mais pour provoquer la réponse et les amener à prendre conscience de leur propre recherche. Jésus oblige l’homme à s’interroger sur les raisons de son propre chemin. 

La recherche doit être mise en question. Il y a, effectivement, recherche et recherche. Il y a celui qui cherche vraiment Dieu et qui, en réalité se cherche lui-même. 

Donc, la première condition est de vérifier continuellement l’authenticité de sa propre recherche de Dieu. La deuxième est de ne pas chercher à comprendre la vocation comme une recherche visant à ordonner le monde ni à trouver sa place dans le monde, parce que la vocation n’est pas le fruit d’un projet humain ou d’une stratégie d’organisation. Elle est  vocation à l’Amour reçu et offert. La vocation n’est pas un choix, c’est être choisi : “Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais c’est moi qui vous ai choisis” (Jn 15, 16).

3) La vocation au bonheur à travers un exode

Dans l’Evangile de Marc on lit : “Puis il fit venir la foule avec ses disciples et il leur dit : Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive. En effet, qui veut sauver sa vie la perdra ; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. (…) Jésus le regarda et se prit à l’aimer ; il lui dit : « Une seule chose te manque : va, ce que tu as vends-le, et donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel, puis viens, suis-moi.” (Mc 8, 34-35; 10,21). 

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus, en d’autres termes, répète cette invitation à Jean et André pour qu’eux aussi se mettent en route à sa suite. Dans les deux cas, le Christ demande de parcourir avec Lui le nouvel exode, qui n’est pas uniquement de libération du mal et de tout autre esclavage physique ou moral, mais pour la liberté, la vérité, l’amour, la joie qui nous tiennent tant à coeur.

Un exemple de saint qui accepta totalement de faire cet exode avec le Christ, c’est celui de Saint François d’Assise (1182 –1226), qui exprima son expérience de libération et de vocation par ces paroles connues sous le nom de La Prière simple :

Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix.

Là où il y a de la haine, que je mette l’amour.

Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.

Là où il y a la discorde, que je mette l’union.

Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.

Là où il y a le doute, que je mette la foi.

Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance.

Là où il y a les ténèbres, que je mette votre lumière.

Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

Ô Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, 

à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer, 

car c’est en donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on trouve, 

c’est en pardonnant qu’on est pardonné, 

c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.

Des siècles avant, un autre saint exprima l’expérience d’être appelé de manière très profonde. Il s’agit de Saint Augustin d’Hippone (354 – 430), dont la vocation-conversion fut obtenue par la prière et les larmes de sa mère, Monique. Dans les Confessions, écrites pour raconter sa vocation et rendre gloire à Dieu pour sa miséricorde, ce grand Saint affirme que “le poids de l’amour élève vers le haut” (Pondus meum amor meus – Confessions, XIII, 9, 10). Autrement dit, l’ Evêque d’Hippone ajoutait : “En quelque lieu que j’aille, c’est l’amour qui m’y porte”.

Lui aussi avait trouvé l’amour et non seulement il ne voulait pas le perdre, mais il voulait lui rester fidèle pour toujours.

Pendant des années il avait cherché la vérité et l’amour. Quand il l’eut rencontré dans la personne du Christ, il resta fidèle à jamais.

A lui aussi, le Christ dit “que cherches-tu?”, et à sa réponse interrogative : “Maître où habites-tu?” la réponse est encore “viens et tu verras”. 

4) Le témoignage des Vierges consacrées dans le monde

La vocation de Jean et André fut suscitée par le témoignage de leur “vieux” maître, Jean le Baptiste, qui avait désigné Jésus comme “l’Agneau qui enlève les péchés du monde”, mais elle devint plus claire dans le dialogue avec le Christ : “Que cherchez-vous ?”, “ Maître, où habites-tu?, “Venez et vous verrez”.

A Jean et à André, comme à l’interminable cortège de personnes qui Le cherchent et Lui demandent : “ Où habites-tu?”, Jésus répond par un impératif (“venez”) et par une promesse (“vous verrez”). La recherche n’est jamais finie. La découverte de Dieu n’est jamais terminée. Jésus ne dit pas ce qu’ils verront ni quand. C’est en demeurant avec Lui que l’avenir se dévoilera et s’épanouira.

Suivre Jésus ne signifie pas savoir à l’avance où Il nous conduit ; cela veut dire lui faire confiance, pleinement confiance. Cet abandon total est vécu de manière particulière par le Vierges consacrées. Ces femmes nous donnent le témoignage que la vocation consiste à reconnaitre le Christ comme centre affectif de la vie humaine. A leur exemple, à la question du Christ “Qui, que cherchez-vous ?”, nous répondons : “Toi”, et dans le quotidien “oui” (fiat), elles se conforment à son dessein d’amour, en renouvelant  fidèlement le “oui” prononcé entre les mains de l’Evêque le jour de leur consécration.

Nous savons tous que l’amour de Dieu pour l’homme est fidèle et éternel : “ Je t’ai aimé d’un amour éternel ”, dit Dieu à l’homme (Jér31, 3). Les Vierges consacrées nous témoignent que même nous, nous pouvons vivre la vocation à l’amour de Dieu qui est lumière, bonheur, et épanouissement de la vie ici-bas et pour l’éternité.

Lecture Patristique

Saint Thomas d’Aquin

Ev. sec. Ioan., 1, 15, 1 s.

C’est maintenant le contenu du témoignage du Baptiste qui nous est exposé. Par ces paroles, non seulement il montre le Christ, mais il admire sa puissance. Isaïe avait dit: Il sera appelé l’Admirable. Et vraiment Il est d’une puissance admirable, cet Agneau qui, égorgé, tua le lion, ce lion dont il est dit: Votre adversaire le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Aussi ce même Agneau a-t-il mérité d’être appelé Lion vainqueur et glorieux — Il a vaincu, le Lion de la tribu de Juda.

Jean donne brièvement son témoignage:

VOICI L’AGNEAU DE DIEU, soit parce que les disciples à qui il présentait ce témoignage étaient déjà suffisamment informés sur le Christ par tout ce qu’ils avaient entendu de Jean, soit encore parce que cela fait bien comprendre toute l’intention de Jean, qui était uniquement d’amener ses disciples au Christ. Et Jean ne leur dit pas: « Allez à Lui », pour que ses disciples ne paraissent pas faire une grâce au Christ en Le suivant, mais il met en lumière la grâce du Christ comme un bienfait pour eux s’ils Le suivent. C’est pourquoi il dit VOICI L’AGNEAU DE DIEU, c’est-à-dire voici Celui en qui est la grâce, et la puissance purificatrice des péchés. On offrait en effet un agneau en sacrifice pour les péchés, comme le dit l’Ecriture

LES DEUX DISCIPLES L’ENTENDIRENT PARLER  AINSI, ET ILS SUIVIRENT JESUS.

JESUS SE RETOURNA, LES VIT QUI LE SUIVAIENT ET LEUR DIT: « QUE CHERCHEZ-VOUS? » ILS LUI REPON DIRENT: « RABBI (CE QUI SIGNIFIE MAITRE), OU HABITES-TU? » » VENEZ ET VOYEZ », LEUR DIT-IL. ILS VINRENT DONC ET VIRENT OU IL DEMEURAIT, ET ILS DEMEURERENT AUPRES DE LUI CE JOUR LA. C’ETAIT ENVIRON LA DIXIEME HEURE.

L’Evangéliste rapporte ici le fruit de ce témoignage. Il expose en premier lieu le fruit du témoignage de Jean et de ses disciples, ensuite celui de la prédication du Christ.

Le premier point comporte deux parties. Dans la première, l’Evangéliste expose le fruit du témoignage de Jean, dans la seconde celui de la prédication d’un de ses disciples. Au sujet du fruit provenant du témoignage de Jean, l’Evangéliste indique d’abord sa formation première, puis son achèvement par le Christ.

L’Evangéliste dit d’abord: LES DEUX DISCIPLES qui étaient avec Jean L’ENTENDIRENT qui disait: VOICI L’AGNEAU DE DIEU, et ILS SUIVIRENT JESUS — littéralement: ils s’en allèrent avec Lui.

A ce sujet on peut faire, selon Chrysostome 1, quatre remarques.

Voici la première: Jean parle, le Christ se tait, et c’est à la parole de Jean que ses disciples se rassemblent autour du Christ. Cela correspond à un mystère. Le Christ est en effet l’époux de l’Eglise; Jean, l’ami de l’époux et son paranymphe. Le rôle du paranymphe est de remettre l’épouse à l’époux et, avec les paroles voulues, de livrer la dot. Il revient à l’époux de se taire, comme par réserve, mais, une fois qu’il a reçu l’épouse, de disposer d’elle comme il le veut. Ainsi Jean remet au Christ les disciples qui Lui sont fiancés par la foi. Jean parle, le Christ se tait; mais après les avoir reçus, Il les instruit avec soin.

La seconde remarque est celle-ci: lorsque Jean sou lignait la dignité du Christ en disant: Il existait avant moi, et moi, je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure 2, personne ne s’est converti. Mais quand il a parlé des abaissements du Christ et du mystère de l’Incarnation, alors ses disciples ont suivi Jésus. Car les abaissements du Christ, ce qu’Il a souffert pour nous, nous émeuvent davantage. En ce sens on lit dans le Cantique des Cantiques: Ton nom est une huile répandue 3. Il s’agit de la miséricorde avec laquelle Il a procuré le salut des hommes; aussi l’Ecriture ajoute-t-elle aussitôt: Les jeunes filles t’aiment.

La troisième remarque de Chrysostome est la sui vante. La parole de la prédication est comme une semence qui tombe en diverses terres. Dans l’une elle fructifie, dans l’autre, non. Ainsi, lorsque Jean prêche, il ne convertit pas au Christ tous ses disciples mais deux seulement, ceux qui étaient bien disposés. La jalousie, au contraire, anime les autres contre le Christ; aussi soulèvent-ils à son endroit une accusation: Pourquoi, tandis que les Pharisiens et nous, nous jeûnons souvent, tes disciples ne jeûnent-ils pas? 4

Dernière remarque: ayant entendu son témoignage, les disciples de Jean ne se permirent pas de parler sur-le-champ à Jésus, mais pleins à la fois d’ardeur et de retenue, ils cherchèrent à s’entretenir avec Lui en parti culier dans un endroit retiré — Il y a en effet pour toute chose un temps et un jugement.

1. Ioannem hom., 18, PG 59, col. 115-118.

2. Jean 1, 27.

3. Cant 1, 3.

4. Mt 9, 14.

Source : ZENIT.ORG, le 12 janvier 2024

Dieu, les Rois mages et nous, par Mgr Follo

Rois Mages © Vatican Media

Dieu, les Rois mages et nous, par Mgr Follo

L’Epiphanie est aussi la solennité de l’adoration et de la donation

Épiphanie 

Is 60,1-6 ; Ps 71 ; Eph 3,2-3.5-6 ; Mt 2,1-12

 1) Trois questions et un conte pour comprendre l’Epiphanie.

Avec la fête de l’Épiphanie[1] les fêtes de Noël ont leur achèvement qui donne au mystère de l’Incarnation la nouvelle perspective d’universalité du salut, sa signification la plus consolante d’espoir infini.  En effet, à la question : « A qui Dieu veut-il faire connaître son Fils Incarné? » La réponse qui nous est proposée aujourd’hui est : « A tous ». Mais alors, « pourquoi n’est-t-il pas reconnu par tous? » Parce qu’il ne suffit pas de savoir ce l’Ecriture que dit sur le Messie pour croire en Jésus. C’est qui arriva aux prêtres interrogés par Hérode sur la naissance du Messie. Ils donnèrent la réponse juste mais n’allèrent pas à la grotte de Bethléem. Ils ne peuvent même pas le rencontrer qui Le sent comme ennemi potentiel, comme Hérode qui voulait savoir où Jésus était né pour l’éliminer.

Comme les pasteurs et les gens simples à Noël, seuls les Rois Mages  – et aujourd’hui ceux qui ont la même attitude – trouvent Jésus qui se manifeste comme l’objectif de leur voyage (Epiphanie signifie  manifestation). Mettons-nous en route nous aussi, il ne nous arrivera pas de ne pas le rencontrer et de ne pas l’accueillir, tandis que des étrangers viendront de loin pour nous demander où le Roi est né.

Qu’avaient-ils en commun les Pasteurs et les Rois Mages? Le désir du salut, reconnu dans un Enfant à qui les premiers  donnèrent du  lait et de la laine et  les seconds de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais surtout ils donnèrent soi-même, en s’agenouillant et en adorant. 

Aujourd’hui nous sommes appelés à avoir la même attitude de chercheurs de l’Infini et d’adorateurs de la Vérité qui se manifeste dans cet amour d’Enfant. Dieu ne se manifeste pas comme un enfant, Lui est cet Enfant, qui manifeste le cœur du Père, qui nous le donne pour qu’il devienne nourriture pour notre chemin, médicament pour nos faiblesses, ami de notre conversation.

Cet enfant grandira, sera un jeune homme, adulte, sera Maître et opérateur de miracles, sera moqué, refusé, abandonné, enterré, ressuscitera parmi les morts, à nouveau et éternellement vivant : en tout cela, Lui est « épiphanie » dans laquelle Dieu se manifeste. C’est ce Dieu, que nous, comme les Rois Mages, adorons.

Mais chaque être humain est, dans un certain sens, Epiphanie de Dieu. Dieu a décidé de se révéler en se « cachant » dans chaque homme. Cet écrivain anonyme nous le rappelle et nous invite à chercher et trouver des restes du visage de Dieu dans le visage des frères :

« Il était une fois un moine appelé Epiphane. Un jour il découvrit un don qu’il ne pensait pas posséder : il savait peindre de belles icones. Il  voulait absolument  peindre le visage de Jésus. Mais où trouver un modèle qui exprime, à la fois, la souffrance et la joie, la mort et la résurrection, la divinité et l’humanité.

Epiphane se mit alors en voyage. Il parcourut la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, examinant chaque  visage. Rien : le visage qui pouvait représenter le Christ n’existait pas. Fatigué, il s’endormit en répétant les paroles du psaume : « Je cherche ton visage, Seigneur, montre-moi ton visage! ». Il fit un rêve. Un Ange lui apparut, il le ramena auprès des personnes rencontrées et pour chaque personne il lui indiqua un détail qui rendait ce visage semblable à celui de Jésus : la joie d’un amoureux, l’innocence d’un enfant, la force d’un paysan, la souffrance d’un malade, la peur d’un condamné, la tendresse d’une mère, la consternation d’un orphelin, l’espoir d’un jeune, la joie d’un clown, la miséricorde d’un confesseur, le mystère du visage bandé d’ un lépreux…… Et alors, Epiphane comprit et retourna dans son couvent. Il se mit au travail et l’icône fut prête en peu de temps et la présenta à son abbé. Celui-ci fut surpris: elle était merveilleuse. Il voulut savoir qui était le modèle dont il s’était servi parce qu’il désirait la montrer aux autres artistes du monastère. Le moine répondit « personne, père, ne m’a servi de modèle, parce que personne n’est comme le Christ mais le Christ est semblable à tous. Tu ne trouves pas le Christ dans le visage d’un seul homme, mais tu trouves des fragments du visage du Christ en chaque homme. »

2) Un chemin cohérent à l’idéal

Les Rois Mages sont un modèle pour nous non seulement parce qu’ils furent des chercheurs de l’Infini, mais parce qu’ils l’ont trouvé en sachant le reconnaître  dans en enfant ou, mieux exprimé, dans cet Enfant. Ils ont été très grands dans leur fidélité au fragile signe d’une étoile, sans se faire conditionner par la nostalgie des palais qu’ils avaient quittés (cf T.S. Eliot). Ils surent continuer la recherche de l’Exceptionnel, de l’Extraordinaire sur les chemins du quotidien.
Ces trois marcheurs ne se sont pas contentés des richesses et de leur sagesse. Ils ne voulaient pas seulement savoir beaucoup de choses, mais ils voulaient savoir l’essentiel. Ils ont senti le coeur vibrer et se sont déplacés, en accrochant à une étoile au grognement de leurs animaux élevés dans les étables d’Orient. « Où se trouve le Roi des Juifs qui est né? » Ils choisirent le risque de l’inconnu à la sécurité des calculs, avec cette angoisse d’aller trouver un enfant : « la recherche de la Vérité était, pour les Rois Mages, plus importante que la dérision du monde en apparence  intelligent » (Benoît XVI).

Dans leurs humbles pas, l’écho de mille voix résonne, de voix qui chantaient et disaient que tout ceci était pure folie. Le risque de la folie ou la sécurité de l’ignorance : les Rois Mages préfèrent le fragile chemin du ciel à la carte habituelle tracée par les hommes. Ils se sont servis de leur intelligence et de leur sagesse d’une façon qui pouvait apparaître humainement absurde  et peu scientifique et se sont dirigés vers Bethléem. Ils ont échangé la sécurité de leurs habitudes avec le risque d’un voyage périlleux qui devint un pèlerinage.

En effet, le pèlerin n’a pas comme but un lieu touristique, mais un lieu sacré: un Temple où se trouve Dieu. Paul Claudel l’a bien compris  « les choses ne sont plus le mobilier de notre prison mais celles de notre temple », où l’ Enfant Jésus rendit sacré même la paille. La grotte, la paille devenue un lit, les habits nécessaires et essentiels pour le voyage en Judée devient sacrés, se transfigurent autour du noyau  essentiel du mystère de l’Incarnation dans une naissance.

L’Epiphanie n’est pas seulement la manifestation de Jésus Christ, Fils de Dieu incarné et Rédempteur de toute l’humanité mais est aussi la solennité de l’adoration et de la donation. Le texte de l’Evangile d’aujourd’hui nous rappelle l’arrivée des Rois Mages à la grotte de Bethléem et les trois actions importantes de ces rois devant le Roi des juifs : prostration, adoration et donation.

Prostration : c’est l’attitude d’humble révérence vers une autorité morale et spirituelle. Jésus est reconnu,  par les sages de son temps, l’autorité morale et religieuse à laquelle se confronter.

Adoration : c’est l’autre action que font les Rois Mages devant Jésus. Ils adorent la divinité. Les païens adoraient les idoles. Dans un moment dramatique les Juif se construirent un veau en or et l’adorèrent pendant que Moïse était sur le Mont Sinaï avec Dieu. Toujours, l’homme se construit des fausses idoles et les a travaillés comme une solution possible de ses propres problèmes existentiels. Aujourd’hui encore, les idoles fascinent, celles du succès, du bien-être, de la carrière, du pouvoir économique, militaire, politique et religieux et tant d’autres qui mettent l’homme dans la condition d’offenser et de détruire d’autres hommes pour arriver à leurs buts. Au contraire, les Rois Mages adorent le Dieu vivant qui dans cet enfant, pauvre, humble, reposant dans cette crèche attire à juste raison  toute leur attention et leur prière.

Donation : lorsqu’il y a la bonté dans le cœur et l’ouverture à l’autre presqu’instinctivement se déclenche l’action de donner quelque chose de soi à celui qui se trouve en face. Ici les Rois Mages se trouvent en face du Roi des juifs et leur offrent trois dons, de l’or, de l’encens et de la myrrhe, pour faire ressortir sa royauté, sa mission, sa mort et sa résurrection. A travers ces dons se trouve une signification spécifique  qui peut être attribuée à l’ Enfant Jésus, ce Fils d Dieu et Rédempteur de l’humanité. De plus, comme je l’ai mentionné ci -dessus, ils donnent eux-mêmes.

Voilà la fête de l’Epiphanie qui ouvre indirectement sur une autre et plus importante fête liturgique de l’Eglise catholique : la Pâques de Jésus qui a donné soi-même, complètement. Nous serons sages comme les Mages si, en prenant Jésus comme Chemin, nous prenons le chemin de la foi, le chemin de la conversion, le chemin de l’amour.

Un exemple spécial de ce chemin d’amour est donné par les Vierges Consacrées dans le monde. Toute leur vie appartient au Seigneur. Par la consécration, elles se sont mises à la disposition de Dieu sans aucune réserve, de façon à ce que toute leur vie exprime prostration, adoration er donation pure et pleine à Dieu. La vie d’une personne consacrée dans le monde témoigne que l’on peut vivre du Christ à chaque instant et vivre dans l’espoir qui vient de la grotte de Bethléem. A ce propos, ce qui est affirmé dans  l’Exhortation post-synodale Vita consecrata est  éclairant. « Celui qui veille pour attendre l’accomplissement des promesses du Christ est en mesure de communiquer l’espérance à ses frères et sœurs, souvent découragés et pessimistes face à l’avenir. Son espérance se fonde sur la promesse de Dieu que contient la Parole révélée : l’histoire des hommes avance vers « le ciel nouveau et la terre nouvelle » (Ap 21, 1). » (Vita consecrata, n. 27).

Lecture Patristique
SAINT LÉON LE GRAND
SERMON 3 POUR L’ÉPIPHANIE
1-3. 5; PL 54, 240-244

Dans tout l’univers, le Seigneur a fait connaître son salut

.La miséricordieuse providence de Dieu a voulu, sur la fin des temps, venir au secours du monde en détresse. Elle décida que le salut de toutes les nations se ferait dans le Christ. ~
C’est à propos de ces nations que le saint patriarche Abraham, autrefois, reçut la promesse d’une descendance innombrable, engendrée non par la chair, mais par la foi ; aussi est-elle comparée à la multitude des étoiles, car on doit attendre du père de toutes les nations une postérité non pas terrestre, mais céleste.

Que l’universalité des nations entre donc dans la famille des patriarches ; que les fils de la promesse reçoivent la bénédiction en appartenant à la race d’Abraham, ce qui les fait renoncer à leur filiation charnelle. En la personne des trois mages, que tous les peuples adorent le Créateur de l’univers ; et que Dieu ne soit plus connu seulement en Judée, mais sur la terre entière afin que partout, comme en Israël, son nom soit grand. 

Mes bien-aimés, instruits par les mystères de la grâce divine, célébrons dans la joie de l’Esprit le jour de nos débuts et le premier appel des nations. Rendons grâce au Dieu de miséricorde qui, selon saint Paul, nous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière, à l’héritage du peuple saint ; qui nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, et nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé. Ainsi que l’annonça le prophète Isaïe : Le peuple des nations, qui vivait dans les ténèbres, a vu se lever une grande lumière, et sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Le même prophète a dit à ce sujet : Les nations qui ne te connaissaient pas t’invoqueront ; et les peuples qui t’ignoraient accourront vers toi. Ce jour-là, Abraham l’a vu, et il s’est réjoui lorsqu’il découvrit que les fils de sa foi seraient bénis dans sa descendance, c’est-à-dire dans le Christ ; lorsqu’il aperçut dans la foi qu’il serait le père de toutes les nations ; il rendait gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d’accomplir ce qu’il a promis.

Ce jour-là, David le chantait dans les psaumes : Toutes les nations, toutes celles que tu as faites, viendront t’adorer, Seigneur, et rendre gloire à ton nom. Et encore : Le Seigneur a fait connaître son salut, aux yeux des païens révélé sa justice.

Nous savons bien que tout cela s’est réalisé quand une étoile guida les trois mages, appelés de leur lointain pays, pour leur faire connaître et adorer le Roi du ciel et de la terre. Cette étoile nous invite toujours à suivre cet exemple d’obéissance et à nous soumettre, autant que nous le pouvons, à cette grâce qui attire tous les hommes vers le Christ.

Dans cette recherche, mes bien-aimés, vous devez tous vous entraider afin de parvenir au royaume de Dieu par la foi droite et les bonnes actions, et d’y resplendir comme des fils de lumière ; par Jésus Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.

[1] Epiphanie est le mot grec qui signifie “manifestation”.

Source : ZENIT.ORG, le 5 janvier 2024

De Nazareth à Bethléem : le 2023e Noël, par Mgr Francesco Follo

Audience Générale, 20 Décembre 2023 © Vatican Media

De Nazareth à Bethléem : le 2023e Noël, par Mgr Francesco Follo

La crèche est le lieu où l’on rencontre la vraie joie qui dure

Avec le souhait de comprendre que la crèche est le lieu où l’on rencontre la vraie joie qui dure.

  1. Veille de Noël

En cette année 2023, le IVème dimanche de l’Avent tombe le 24 décembre. Après le témoignage de Jean-Baptiste (IIIème dimanche de l’Avent), la liturgie de la Parole de ce IVème dimanche nous propose le témoignage de Marie, Vierge Mère de Dieu, qui a conservé avec dévotion en son cœur les grandes choses que le Seigneur avait faites pour elle.

Faisons nôtre le regard plein d’espérance qui a alimenté l’attente patiente de Jean le Baptiste et la maternelle attente de Marie, pour chanter avec elle son hymne de louange pour Dieu qui relève « Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais » (Lc 1, 54-55).

À la vigile de Noël, la liturgie nous conduit à Nazareth où le premier « Je vous salue Marie » a été dit et où le Verbe s’est fait chair, et elle nous propose l’Évangile de l’Annonciation. Contemplons ce fait évangélique – qui nous est raconté par saint Luc, qui l’a probablement entendu raconter par Marie elle-même, la Mère, protagoniste de cet événement – et faisons nôtre le « oui », le « fiat » (en latin), l’ « Amen » (en hébreu) de cette jeune femme. Ainsi, nous pourrons réaliser nous aussi les paroles de l’ange Gabriel : « Sois sans crainte… tu vas concevoir… tu lui donneras le nom de Jésus ».

L’événement de l’Annonciation nous dit clairement que Marie est l’intermédiaire immédiat, y compris temporel, outre que biologique et affectif, théologique et biblique pour accueillir Jésus en ce Noël et pour toujours. En effet, à quoi « cela nous sert-il que le Christ soit né une fois de Marie à Bethléem s’il ne nait pas aussi par la foi dans notre âme » (Origène). Par conséquent, « émus par la bonté de Dieu qui, dans le Christ, manifeste son amour pour l’homme » (pape François), accueillons le Sauveur.

Une grande stupeur pleine d’émotion s’empare de nous si nous contemplons le miracle du Dieu qui assume un corps humain en faisant sa demeure dans un sein maternel et le fait que « ce sein de chair ait été en mesure de porter le feu, que la flamme ait habité dans le corps délicat sans le brûler » (saint Ephrem le Syrien) mais qu’il ait brûlé nos péchés.

  1. Noël et la crèche

Maintenant, de Nazareth qui veut dire « jardin » et où est né la fleur du Christ, nous allons à Bethléem qui veut dire « maison du pain » et qui héberge celui qui se fera Pain de vie pour nous.

À Bethléem est né celui qui, sous le signe du pain rompu, allait laissé le mémorial de sa Pâque. L’adoration de l’Enfant Jésus, en cette nuit sainte, se poursuit dans l’adoration eucharistique. Adorons le Seigneur qui s’est fait chair pour sauver notre chair, qui s’est fait Pain vivant pour donner la vie à tous les êtres humains. Reconnaissons comme notre unique Dieu ce fragile Enfant, immobile dans la crèche. « Dans la plénitude des temps, tu t’es fait homme parmi les hommes pour unir la fin au principe, c’est-à-dire l’homme à Dieu » (cf. St Irénée, Adv. Haer., IV, 20,4). Dans le Fils de la Vierge, « enveloppé de langes » et déposé « dans une mangeoire » (Lc 2, 12), reconnaissons et adorons « le Pain descendu du ciel » (Jn  6, 41.51), le Rédempteur venu sur terre pour donner la vie au monde.

Aujourd’hui, il ne nous est pas seulement donné d’écouter, mais aussi de voir la Parole de Dieu, il suffit que nous allions « jusqu’à Bethléem et que nous regardions cette Parole que le Seigneur a faite et qu’il nous a montrée » (Guerric d’Igny).

Allons donc à la grotte de Bethléem et contemplons ce miracle impensable et qui, pour beaucoup, est encore incroyable : « Dieu, qui mesure le ciel à l’empan, git dans une mangeoire d’un empan ; lui, qui contient la mer dans le creux de sa main, connut sa propre naissance dans une grotte. Le ciel est plein de sa gloire et la mangeoire est pleine de sa splendeur (saint Ephrem le Syrien, Hymne pour la naissance du Christ, 1).

Si nous lisons avec attention l’Évangile de la Nativité, tel que le propose saint Luc, nous pouvons recréer dans notre esprit et notre cœur la scène de la crèche. Imaginons une grotte utilisée aussi comme étable : pauvre logement de fortune, choisi par les deux pèlerins, Marie et Joseph, pour accueillir la naissance de Celui qui est le centre du monde et de l’humanité : événement mûr qui accomplit les temps. Laissons les yeux de notre cœur être attirés par la nuit, par le froid, par la pauvreté, par la solitude et puis, à l’improviste, par le ciel qui s’ouvre et par l’extraordinaire annonce des anges et par l’arrivée des bergers. Avec notre imagination, nous pouvons reconstruire les détails et transformer la scène en un paysage pastoral qui semble familier, pour une histoire charmante. Tous, nous devenons des enfants et nous goûtons un moment enchanté qui nous fait rêver. C’est beau, mais réducteur, parce que le Christ nait dans une grotte. Et quand les bergers y parvinrent, que virent-ils ? Un petit enfant enveloppé de langues et déposé dans la mangeoire, comme les anges le leur avaient annoncé. C’est la merveille de Noël : celui qui est proclamé Seigneur, le Prince de la paix, le Messie et Sauveur est un enfant qui a pour trône une mangeoire et pour palais royal une grotte. La simplicité absolue de la première crèche étonne. Le détail qui surprend le plus est l’absence de tout caractère merveilleux dans la grotte. Les bergers ont été recouverts et effrayés par la gloire de Dieu, mais le signe qu’ils reçoivent des anges est simplement : « Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et déposé dans une mangeoire ». Et quand ils arrivent à Bethléem, il ne voit rien d’autre qu’ « un enfant déposé dans la mangeoire ». Demandons donc d’entrevoir le miracle de Noël dans la « banalité » du quotidien et prenons au sérieux ce qu’un auteur anonyme a écrit il y a des siècles : 

« Notre corps est la crèche vivante dans les lieux où nous sommes appelés à vivre et à travailler. Nos jambes, comme celles des animaux qui ont réchauffé Jésus la nuit de sa naissance. Notre ventre, comme celui de Marie qui a accueilli et fait grandir Jésus. Nos bras, comme ceux de Joseph qui ont bercé, soulevé, serré Jésus et qui ont travaillé pour lui. Notre voix, comme celle des anges pour louer le Verbe qui s’est fait chair. Nos yeux, comme ceux de tous ceux qui l’ont vu, la nuit, dans la mangeoire. Nos oreilles, comme celles des bergers qui ont écouté – stupéfaits – le chant angélique provenant du ciel. Notre intelligence, comme celle des rois mages qui ont suivi l’étoile jusqu’à la « maison » de Jésus : la grotte. Notre cœur comme la mangeoire qui a accueilli l’Éternel qui s’est fait petit et pauvre comme l’un de nous ».

Allons donc à la crèche pour devenir, nous-mêmes, toujours plus crèche vivante qui révèle l’homme et Dieu. L’homme que nous ne sommes pas encore mais que nous sommes appelés à être et Dieu qui ne peut se manifester que dans une humanité humble mais transparente, qui fait passer à travers elle cet amour qui est uniquement amour.

Si nous allons à la crèche, c’est parce que Noël est le centre de l’histoire universelle. C’est en lien avec Noël que l’on conte tous les siècles.

Si nous allons à la crèche, c’est parce que dans la naissance du Christ il y a notre naissance, notre dignité, notre grandeur et notre liberté.

Si nous allons à la crèche, c’est parce que Dieu s’y révèle non plus comme un maître qui nous domine, qui revendique des droits sur nous, mais comme un amour doux, qui veut se cacher en nous et qui n’arrête pas de nous attendre parce que la « seule » chose qu’il puisse faire toujours est de nous aimer.

L’unique réponse logique à cet amour est de l’aimer. Les chrétiens sont ceux qui ont cru et qui croient à cet amour né au milieu de nous et pour nous. Les chrétiens sont appelés par l’amour pour aimer. C’est la vocation que propose Noël et qui se renouvelle tous les ans.

Cette vocation à l’amour est vécue de manière particulière par les vierges consacrées. Si la vie chrétienne est un chemin et une assimilation progressive à la vie du Seigneur Jésus, celle de ces femmes qui se sont joyeusement consacrées au Christ avec une confiance amoureuse et un total abandon l’est de manière particulière. Les vierges consacrées nous témoignent que le Christ est un don auquel on répond en se donnant et en faisant de notre cœur la mangeoire d’où il ouvre les bras au monde. Noël n’est pas une émotion mais une vocation à être toujours chastement avec lui. Le Fils de Dieu qui s’incarne, se fait l’un de nous et nous appelle à croire avec notre cœur, à proclamer avec notre bouche (cf. Rm 10, 9-10) et à confirmer par les œuvres que l’alliance de Dieu est dans notre chair consacrée par l’offrande virginale afin que les hommes, voyant nos œuvres bonnes, rendent gloire à notre Père qui est dans les cieux (cf. Mt 5,16) en Jésus-Christ notre Seigneur (cf. liturgie). Être vierges consacrées veut dire être le signe de la fidélité de Dieu et le lieu où la vie du Christ donnée engendre la vie ici sur la terre et pour l’éternité.

Les vierges consacrées dans le monde, et nous avec elles, sont appelées à être le berceau du véritable Adam où le monde entier est mis au monde dans la communion divine. « J’espère donc que la “spiritualité de la communion” indiquée par saint Jean-Paul II deviendra réalité et que vous serez en première ligne pour saisir “le grand défi qui est devant nous » en ce nouveau millénaire : faire de l’Église la maison et l’école de la communion » (Pape François, Lettre à l’occasion de l’Année de la vie consacrée, novembre 2014).

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Lecture patristique

Saint Léon le Grand (390 – 461)
Sermons pour Noël, 6, 2-35

CCL 138, 126-127

La majesté du Fils de Dieu n’avait pas dédaigné l’état d’enfance; mais l’enfant a grandi avec l’âge jusqu’à la stature de l’homme parfait; puis, lorsqu’il a pleinement accompli le triomphe de sa passion et de sa résurrection, toutes les actions de la condition humiliée qu’il avait adoptée pour l’amour de nous sont devenues du passé. Pourtant, la fête d’aujourd’hui renouvelle pour nous les premiers instants de Jésus, né de la Vierge Marie. Et lorsque nous adorons la naissance de notre Sauveur, il se trouve que nous célébrons notre propre origine.

En effet, lorsque le Christ vient au monde, le peuple chrétien commence; l’anniversaire de la tête, c’est l’anniversaire du corps.

Sans doute, chacun de ceux qui sont appelés le sont à leur tour, et les fils de l’Église apparaissent à des époques différentes. Pourtant, puisque les fidèles dans leur totalité, nés de la source du baptême, ont été crucifiés avec le Christ dans sa passion, ressuscités dans sa résurrection, établis à la droite du Père dans son ascension, ils sont nés avec lui en cette Nativité.

Tout croyant, de n’importe quelle partie du monde, qui renaît dans le Christ, après avoir abandonné le chemin du péché qu’il tenait de son origine, devient un homme nouveau par sa seconde naissance. Il n’appartient plus à la descendance de son père selon la chair, mais à la race du Sauveur, car celui-ci est devenu Fils de l’homme pour que nous puissions être fils de Dieu.

Car si lui-même, par son abaissement, n’était pas descendu jusqu’à nous, personne n’aurait pu, par ses propres mérites, parvenir jusqu’à lui. <>

Un si grand bienfait appelle de notre part une reconnaissance digne de sa splendeur. En effet, comme nous l’enseigne saint Paul, l’Esprit que nous avons reçu, ce n’est pas celui du monde, c’est celui qui vient de Dieu, et ainsi nous avons conscience des dons que Dieu nous a faits (1Co 2,12). On ne peut l’honorer avec assez de piété qu’en lui offrant ce que lui-même nous a donné.

Or, dans les trésors de la générosité divine, que pouvons-nous trouver qui soit aussi bien accordé à la dignité de la fête présente, que cette paix proclamée par le cantique des anges lors de la nativité du Seigneur?

Car c’est la paix qui engendre les fils de Dieu (Ep 4,3), qui favorise l’amour, qui enfante l’unité, qui est le repos des bienheureux, la demeure de l’éternité. Son ouvrage propre, son bienfait particulier, c’est d’unir à Dieu ceux qu’elle sépare du monde. <>

Donc, ceux qui ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d’une volonté chamelle, ni d’une volonté d’homme, mais qui sont nés de Dieu (Jn 1,13), doivent offrir au Père la volonté unanime des artisans de paix. Tous ceux qui sont devenus par adoption les membres du Christ, doivent accourir pour rejoindre ensemble le premier-né de la nouvelle création, celui qui est venu faire non pas sa volonté, mais la volonté de celui qui l’envoie (Jn 6,38). Les héritiers que la grâce du Père adopte ne sont pas des héritiers divisés ou disparates; ils ont les mêmes sentiments et le même amour. Ceux qui sont recréés selon l’Image unique doivent avoir une âme qui lui ressemble.

La naissance du Seigneur Jésus, c’est la naissance de la paix. Comme le dit saint Paul: C’est lui, le Christ, qui est notre paix (Ep 2,14). Que nous soyons d’origine juive ou païenne, c’est par lui que nous avons accès auprès du Père, dans un seul Esprit (Ep 2,18).

Source : ZENIT.ORG, le 22 décembre 2023

Le dimanche de la Joie, par Mgr Follo

Joie Et Enthousiasme De La Jeunesse À Lisbonne © ZENIT Irene Ferreira

Le dimanche de la Joie, par Mgr Follo

« Chacun de nous est aussi une personne envoyée de Dieu »

Rite Romain

Is 61,1-2.10-11; Ps Lc 1; 1Ts 5,16-24; Jn 1,6-8.19-28

  1. La joie pour Noël tout proche. 

      Le Noël de Jésus a un charme particulier pour tous et dans le monde entier. J’ai vu écrit “Noël, Christmas, Navidad, Natale” même dans des pays et des villes où les chrétiens sont une petite minorité. Peut-être est-ce un prétexte pour faire croître la consommation. Toutefois, un charme, une nostalgie de paix et de joie demeure. C’est comme si, en se rappelant la naissance de Jésus, Dieu parmi nous, l’on entrait dans une vie d’espérance, comme si nous présagions que le chant des Anges au-dessus de la cabane de Bethléem – “Paix sur la terre aux hommes qu’Il aime” – puisse vraiment faire refleurir l’espérance, dans notre temps qui a tant besoin de se nourrir de consolation, de sécurité, de joie vraie, profonde, retrouvée.

      A proximité de Noël, l’Eglise nous fait aujourd’hui goûter par avance la grande joie que Dieu nous a donnée avec Jésus. Dans la lettre aux Thessaloniciens (seconde lecture du rite romain), l’Apôtre Paul nous invite à retrouver la joie éternelle d’être frères et sœurs, à prier sans cesse et à rendre grâce en toute chose, parce que c’est là la volonté de Dieu pour nous. Saint Paul poursuit avec ce vœu : « Que le Dieu de la paix vous sanctifie totalement et que votre personne tout entière, esprit, âme et corps, soit parfaitement gardée pour être irréprochables lors de la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, celui qui vous appelle :  c’est lui encore qui agira » (1 Th 5,16-24).

      Bien sûr, le risque existe de chercher à étouffer ce besoin de la Joie du Christ et de Noël. Malheureusement ce risque est devenu une réalité qui a tout transformé en un bruyant et fugitif moment d’allégresse superficielle qui laisse ensuite le cœur vide. Le risque est grand et il est difficile d’y échapper parce que l’attraction de la “mode ”est forte. 

      Pour s’opposer à cette mode, il suffirait de se laisser remplir le cœur des sentiments du prophète Isaïe qui exprimait ainsi sa joie : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a donné l’onction ; il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération, proclamer une année de miséricorde de la part du Seigneur. Je me réjouis pleinement dans le Seigneur ; mon âme exulte en mon Dieu, car il m’a revêtu de vêtements de salut, il m’a drapé dans un manteau de justice, comme l’époux qui se coiffe d’un diadème, comme la fiancée qui se pare de ses bijoux » (Is 61, 1-11 – première lecture du rite romain).

Ce sont vraiment là des paroles de joie profonde que celles d’Isaïe qui, à la seule pensée de voir Dieu tout proche, s’exclame : « Je me réjouis pleinement dans le Seigneur ». La joie chrétienne naît, non pas d’une simple émotion mais d’une rencontre – une rencontre qui a transformé notre vie. 

  1. La rencontre du Témoin et du Précurseur. 

Cette rencontre peut et doit se répéter encore et d’une manière particulière à l’approche de Noël. Jean-Baptiste, le Témoin et le Précurseur, peut, par son exemple et son intercession, nous aider à renouveler cette rencontre. 

« Jean a devancé le Christ par sa naissance et ses prédications, mais il l’a devancé pour le servir et non pour se préférer à Lui » (Saint Augustin, Sermon 66, 19). Lui, il est la voix de la Parole de Joie, il est le flambeau qui indique la Lumière de l’Amour, il est le témoin de Jésus, il baptise dans l’attente de Son Baptême, il Lui est totalement lié. Sans Jésus, le Baptiste ne peut pas vivre parce que sans le Christ, sa vie n’aurait pas de sens, elle n’aurait ni signification ni but.  

Jean vient comme témoin, envoyé de Dieu pour rendre témoignage à la Lumière. Il ne rend pas témoignage de la grandeur, de la majesté, de la puissance de Dieu, mais de la Lumière de l’Amour, de la Lumière d’une Présence. 

Jean témoigne d’un monde gouverné par un Principe de Lumière pour lequel il vaut bien mieux allumer une lampe que maudire mille fois la nuit. 

Nous aussi, même dans notre fragilité et notre petitesse, nous sommes appelés à témoigner que l’histoire est un chemin de croix qui devient un chemin de Lumière lorsque nous avons la force de fixer le regard sur la Lumière naissante de l’Enfant Christ. D’apparence, le Christ que d’ici peu de jours nous contemplerons dans le berceau de Bethléem, est petit, fragile, sans défense. Il est pourtant vainqueur et depuis la Cité du Pain (Bethléem), il fera les premiers pas de la bonté et de la justice qu’il réalisera dans la Cité de la Paix (Jérusalem). 

A chacun de nous, est confié le ministère prophétique de Jean le Baptiste : celui d’être annonciateur non de la dégradation, de l’écroulement et du péché qui assaillent pourtant notre monde, mais de la Lumière qui illumine le monde et le sauve. Nous devons être – comme saint Jean – témoins de l’espérance et du futur, d’un Dieu qui est Lumière, d’un Dieu amoureux et si proche qu’il demeure au milieu de nous, guérisseur de notre vie et de tous nos frères et sœurs en humanité. 

Nous sommes témoins parce que nous avons demandé qu’il nous couvre de son manteau et fasse germer un printemps de justice, un printemps qui sans lui est impossible. 

Avec l’intercession de saint Jean, nous pouvons l’imiter, lui, Jean, qui est l’image de l’homme authentique, qui connaît ses propres limites et est ouvert à la nouveauté de la rencontre. Comme le Précurseur, nous devons avoir conscience que nous sommes charnels mais aussi vivre de ce désir de Dieu imprimé en lui par la Parole créatrice et la promesse faite à Israël. Nous serons les disciples sauvés par le Rédempteur, parce que comme saint Jean, nous cherchons, nous rencontrons, nous reconnaissons, nous accueillons Jésus comme le Fils de Dieu dont nous témoignons auprès des autres en disant “Voici l’Agneau de Dieu”. Nous sommes nous aussi la pauvre voix d’une Parole qui crée et élève avec douceur. “Alors le Seigneur fera don de sa douceur et notre terre donnera son fruit” (St. Augustin, En. in Psalmos, 84,15).

  1. Le témoin d’une Présence.

L’Evangile dit de Jean : “Il y eut un homme envoyé de Dieu” (Jn 1, 6). Chacun de nous est aussi une personne envoyée de Dieu, appelée à être témoin de la Lumière. 

La force de Jean est de ne pas resplendir de lui-même, mais de resplendir par sa vie pour que la Lumière se voie. Dieu est la Lumière qui illumine aussi les ténèbres les plus épaisses. Jean crie pour annoncer l’Evangile, et le désigne de son doigt comme le Christ Jésus. Il n’attire pas l’attention sur lui, en se mettant au premier plan de façon arrogante, comme ç’eût été naturel. Sa voix renvoie à quelqu’un qui est déjà « au milieu de vous » (Jn 1, 26) et le désigne comme « celui qui vient après moi dont je ne suis pas digne de dénouer la courroie des sandales » (Jn 1, 27). 

La grandeur de Jean est d’avoir su reconnaître Dieu en Jésus donc de l’avoir indiqué comme le Dieu présent au milieu de l’humanité. 

Jean Le Baptiste n’attire pas l’attention sur un Messie absent qui doit venir, mais bien sur un Messie déjà au milieu de nous et que nous ne connaissons pas : « Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas » (Jn 1, 26). Jean est le témoin d’un Dieu qui est déjà là. Il est déjà présent parmi nous, mais cela est à découvrir et tout le monde ne le voit pas, et pour cette raison il faut un prophète qui nous l’indique. 

Désormais, il nous revient à chacun individuellement et en tant que communauté chrétienne, d’imiter Jean Le Baptiste en montrant au monde un Christ déjà présent dans le monde.

Une manière particulière d’indiquer le Christ est celle des vierges consacrées dans le monde. L’offrande totale d’elles-mêmes au Christ Epoux indique que Lui, Il mérite tout. Veiller dans la prière nous apprend que l’avent consiste à attendre l’Aimé en se serrant contre Lui qui est déjà présent dans le cœur de celles qui se sont confiées complètement à Lui dans un total abandon, dans une amoureuse confiance et félicité. En ce monde, elles, et nous avec elles, expérimentons que « lorsque le Seigneur nous invite à devenir saint, il ne nous appelle pas à quelque chose de lourd, de triste. C’est l’invitation à partager sa Joie, à vivre et à offrir avec joie chaque moment de notre vie, en le faisant devenir en même temps un don d’amour pour les personnes qui se trouvent à côté de nous » (Pape François, Cathéchèses à l’occasion de l’audience générale, 19 novembre 2014). 

Nous, si banals soyons-nous, sommes appelés à faire connaître à tant d’autres Celui qui est au milieu de nous. Faibles, nous sommes forts. Tristes, nous sommes heureux. Parce que le Seigneur vient, il fait regermer la terre et en fait de nouveau un jardin, où la liberté, la fraternité et la miséricorde sont annoncées, mais surtout pratiquées, vécues, vécues ensemble. 

Lecture Patristique

Saint Augustin d’Hippone, évêque

Sermon, 293, 3 s.

Jean est la voix, mais le Seigneur « depuis le principe, était le Verbe » (Jn 1,1). Jean fut une voix pour un temps, le Christ est le Verbe depuis le principe, éternel. Il porte en avant l’idée. Veut-elle mieux qu’une parole ? Si l’on n’y comprend rien, la parole devient un inutile vacarme. La parole sans idée brasse de l’air, n’alimente par le cœur. De plus, tandis que nous alimentons le cœur, nous conservons l’ordre des choses. Si je pense à ce que je dois dire, il y a déjà l’idée dans mon cœur, mais si je veux parler avec toi, je me mets à me demander si c’est aussi dans ton cœur, ce qui est déjà dans le mien. Tandis que je cherche comment je pourrais te rejoindre et fixer dans ton cœur l’idée qui est déjà dans le mien, je forme la parole et une fois la parole formée, je te parle : le son de la parole t’apporte l’intelligence de l’idée, c’est le son qui passe de moi à toi, en revanche, l’idée qui t’es apportée par la parole, est déjà dans ton cœur et ne s’en est pas allée du mien.

Le son qui t’a donc apporté l’idée, ne semble-t-il pas te dire « Il faut que lui grandisse et que moi je diminue » ? Le son de la parole fait son office et disparait comme s’il disait « C’est ma joie et elle est complète » (Jn 3,30). Nous saisissons l’idée, nous assimilons l’idée pour ne pas la perdre. Veux-tu voir la parole qui passe et la divinité permanente du Verbe ? Où est-il désormais le Baptême de Jean ? Il fit son office et passa. C’est le baptême du Christ qui est désormais d’actualité. Nous croyons tous en Christ, nous espérons être sauvé en lui : c’est ce que dit la parole. Mais puisqu’il est difficile de distinguer entre la parole et l’idée, Jean lui-même fut pris pour le Christ. 

La parole est prise pour l’idée, mais la parole se déclara parole, pour ne pas léser l’idée. « Je ne suis pas le Christ, dit-il, ni Elie, ni un prophète ». On lui a répondu : « Toi, qui es-tu donc ? Je suis, dit-il, la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur » (Jn 1, 20-23). « Voix de celui qui crie dans le désert » : voix de quelqu’un qui rompt le silence. « Préparez le chemin du Seigneur » : comme si elle voulait dire, « Je vais en raisonnant pour l’introduire dans les cœurs, mais je ne trouverai pas un cœur dans lequel il soit digne d’entrer si vous ne préparez pas le chemin ».

Que veut dire « Préparez le chemin » sinon de supplier convenablement ? Sinon de penser humblement ?  Prenez exemple d’humilité sur lui. On pense qu’il est le Christ. Il déclare ne pas être Celui auquel on pense et ne profite pas de l’erreur des autres pour son prestige. S’il disait « Je suis le Christ », combien il lui serait facile d’être cru puisque, avant qu’il le dise, on le pensait déjà tel. Il ne le dit pas, il se remit à sa place, il se démarqua, il s’humilia. Il comprit où était son salut : il comprit qu’il n’était qu’une petite lampe et eut peur d’être éteint par le vent de l’orgueil… Les yeux fragiles ont peur de la lumière du jour, mais ils peuvent supporter celle d’une petite lampe. Pour cela, la Lumière du jour envoya au-devant la petite lampe. Mais Elle envoya la petite lampe dans le cœur des fidèles pour confondre le cœur des infidèles. « J’ai préparé, dit-il, la petite lampe pour mon Christ » : Jean, héraut du Sauveur, précurseur du Juge qui doit venir, l’ami de l’Epoux. 

Des écrits de Guerric d’Igny (Sermon V au sujet de l’Avent, 1)

« Préparez le chemin du Seigneur » (Is 40,3 ; Mc 1,3) : Oh mes frères, le chemin du Seigneur qui nous ordonne de nous préparer, ou bien nous le préparons en cheminant, ou bien nous cheminons en le préparant. Lorsque vous avez beaucoup progresser sur cette voie, il vous reste toujours et néanmoins à la préparer parce que depuis le point auquel vous êtes arrivé, vous pouvez toujours avancer, tendus vers ce qui demeure autre. Ainsi, à chaque étape singulière, la voie étant préparé pour son avènement, le Seigneur viendra toujours à nouveau à votre rencontre, et d’une certaine manière toujours plus grande qu’avant. C’est donc avec raison que le juste élevait cette prière : « Indique-moi, Seigneur, la voie de tes préceptes, et je l’observerai jusqu’à la fin » (Ps 118, 33). Peut-être la « vie éternelle” a-t-elle ainsi été définie puisque la Providence, tout en ayant prévu pour chacun une voie et lui ayant fixé un terme, ne donne néanmoins aucun terme à la nature de la bonté vers laquelle on tend. Pour cela, le sage et voyageur appliqué, lorsqu’il sera parvenu à la moitié, ne fera que recommencer, puisqu’oubliant ce qu’on laisse derrière (cf. Phil. 3, 13), il se dira à lui-même tous les jours ; « Je commence maintenant » (Ps. 76,11).  Il se lance comme un géant qui ne craint rien pour parcourir la voie des commandements de Dieu ; tout comme Yedoutoun (cf. 1Chr. 16,42), il dépasse facilement, dans l’ardeur de sa course, le paresseux qui s’arrête en route. Bien que parvenu à l’heure ultime du jour, il a atteint la perfection en peu de temps, parcourant d’ailleurs un long chemin (cf Sag 4,13) ; devenant diligent, de dernier qu’il était, il fut parmi les premiers à être couronné. 

Du commentaire de Jean de saint Augustin, évêque (Comment. In Ioan., 4,1)

Souvent vous avez entendu dire et vous en avez donc parfaitement connaissance, que Jean-Baptiste, plus il excellait parmi ceux qui sont nés d’une femme et plus il était humble face au Seigneur, plus il mérita d’être l’ami de l’Epoux. Il fut plein de zèle pour l’Epoux et non pas pour lui ; il ne chercha pas sa propre gloire mais celle de son Juge qu’il devançait comme un héraut. Ainsi tandis que les anciens prophètes avaient eu le privilège d’annoncer les avènements futurs concernant le Christ, il revint à Jean le privilège de l’indiquer directement. En fait, de même que le Christ était méconnu de ceux qui n’avaient pas cru aux prophètes avant qu’Il ne vienne, de même Il était méconnu de ceux au milieu desquels, une fois venu, Il était présent, puisque la première fois, Il est venu en toute humilité et de manière cachée, d’autant plus cachée qu’elle était d’autant plus humble. 

Mais les peuples, dépréciant dans leur orgueil l’humilité de Dieu, crucifièrent leur Sauveur et en firent ainsi leur juge.

Source: ZENIT.ORG, le 15 décembre 2023

Conversion à l’heureuse Nouvelle : la venue du Christ, par Mgr Francesco Follo

Couronne de l'Avent, audience du 23 déc. 2020 © Vatican Media
Couronne De L’Avent, Audience Du 23 Déc. 2020 © Vatican Media

Conversion à l’heureuse Nouvelle : la venue du Christ, par Mgr Francesco Follo

Méditation sur les lectures du 2e dimanche de l’Avent

Avec l’invitation à imiter Saint Jean Baptiste dans l’attendre le Christ et dans l’indiquer aux frères et soeur en humanité

Rite Romain

II Dimanche d’Avent – Année B – 10 Décembre 2023

Is 40,1-5.9-11; Ps 84; 2Pt 3,8-14; Mc 1,1-

1) Changer de vie et de pensées.

Dimanche dernier, I Dimanche de l’Avent, la Liturgie nous a invités à la vigilance, aujourd’hui, II dimanche de l’Avent, elle nous demande la conversion, le retour à Dieu. Elle exige un changement de mentalité et de vie. Soyons attentifs aux gestes et aux paroles de Saint-Jean Baptiste, qui, en baptisant dans un lieu désert sur les rives du Jourdan, proclamait le baptême de conversion pour le pardon des péchés et criait : « Préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (Mc 1,3)

Rendre droites les voies du Seigneur signifie accueillir une parole qui vient de Dieu et blesse le cœur de celui qui l’écoute, en l’ouvrant au grand don de la conversion qui libère. Ça signifie aussi se mettre dans la condition spirituelle d’une profonde révision de notre vie de foi, d’espérance et de charité et de moralité. Donc, la conversion débute avec l’écoute attentive et accueillante de la parole de Dieu contenue dans l’Ecriture.

S’il est vrai que la Bible nous conduit au Christ, il est aussi vrai que la parole de Dieu a comme premier résultat de nous faire reconnaître nos péchés (cf Mc 1,5). Devant le Seigneur qui vient, nous reconnaissons que nos chemins ne sont pas les siens (cf. Is 55,9) et nous sommes poussés à la conversion, à changer de route, à changer de direction de vie pour retourner vers le Seigneur.

Pour marcher rapidement sur ce chemin qui nous fait retourner “chez nous”, chez notre Père, il faut retrouver l’essentiel comme Saint-Jean Baptiste nous le montre et comme l’Evangile nous le décrit en disant qu’il était sobre dans la nourriture et pauvre dans l’habillement. L’essentiel de ses prédications est profondément lié à l’essentiel de sa façon de vivre.

En outre, Saint-Jean ne se limite pas préparer un chemin au Seigneur, mais il le devient dans sa personne. Lui, il est le précurseur non seulement parce qu’il vient avant le Messie mais aussi parce c’est sa voix qui précède le Christ et il est le porte-Parole et crie dans le désert spirituel de cette humanité, peu attentive à la Parole de Dieu et en syntonie avec les paroles du monde (il serait plus juste dire : le bavardage des hommes).

L’Apôtre Pierre invite à rechercher une nouvelle et authentique conduite de vie, qui puisse conduire à la pleine sainteté pour être trouvés « sans tâche et irréprochables devant Dieu. (Cf 2Pt3,8-14).

Outre à l’écoute de la parole de Dieu et à une vie sobre qui mettes en en pratique cette parole, il y a un troisième aspect à ne pas oublier pour un chemin de conversion : c’est celui de la confession sacramentelle qui, comme nous apprennent les Pères de l’Eglise est un « deuxième » baptême.

Dans le premier nous avons été baptisés avec l’eau et il vaut une fois pour toutes. Dans le deuxième que nous devons recevoir lorsque nous avons perdu la candide innocence baptismale, l’eau est représentée par nos larmes, au moins spirituelles, qui expriment notre douleur au Christ qui nous confirme dans son amour et nous embrasse.

Le Pape François nous enseigne : « La confession c’est l’embrassement de l’infinie miséricorde divine. Souvenons-nous de cette belle parabole du fils qui est quitta sa maison avec l’argent de son héritage ; il a dépensé tout son argent et, ensuite, lorsqu’il n’avait plus rien, il a décidé de rentrer chez lui non pas comme un fils mais comme un serviteur, parce qu’il avait beaucoup de fautes et de honte dans son cœur. Grande fut sa surprise lorsqu’il commença à parler et à demander pardon et son père ne le laissa pas parler, l’embrassa et fit une fête ; Mais moi, je vous dis : chaque fois que nous nous confessons, Dieu nous embrasse et fait la fête (Audience générale, 19 février 2017). Avançons sur ce chemin de conversion et Noel fleurira dans notre cœur que pendant l’Avent nous avons préparé « comme la mangeoire qui a accueilli l’Eternel qui s’est fait petit et pauvre comme un de nous » (anonyme médiéval).

2) Jean le Baptiste : exemple de converti.

Comme l’Evangile de ce dimanche le rappelle, la venue de Jésus demande un temps de préparation qui est annoncé par Jean-Baptiste en proposant un « baptême de conversion pour le pardon des péchés » .

La manière la plus authentique, plus simple, plus immédiate et, au fond, la plus humaine pour préparer la voie du seigneur (Cf. Mc 1,3) c’est de commencer à la parcourir. On vit l’Avent en se mettant en route pour aller, même d’un pas timide et incertain, vers Celui qui, miséricordieux et aimant, vient gratuitement à l’encontre de l’homme.

Dans ce chemin, aujourd’hui l’Eglise nous propose l’exemple merveilleux et humainement déconcertant de Saint-Jean Baptiste qui demande de se convertir et de préparer le chemin du Seigneur en vivant l’attente du Christ en première personne.

En effet, Saint-Marc, dans son évangile, ne le présente pas comme un simple annonciateur de Jésus mais comme son précurseur. Cet évangéliste ne parle pas beaucoup de la prédication du Baptiste. Il se limite de dire que « il baptisait dans le désert en prédicant un baptême de conversion ». Et se concentre sur le fait que le Précurseur annonce l’arrivée imminente du Messie et en indique la supériorité. Jean-Baptiste est pris par ce devoir : attirer l’attention sur Jésus. C’est le devoir essentiel de chaque disciple. Il y a aussi une seconde insistance : l’évangéliste se poursuit dans la description de la manière dont Jean vivait : dans le désert, dans l’austérité, comme le prophète Elie. Jean n’est pas seulement le prédicateur de la conversion, il est la « figure » du converti.

Certes, s’il ne nous est pas demandé de l’imiter dans sa manière de vivre dans le désert, de s’habiller avec peaux de chameaux et de manger des sauterelles, il nous est demandé de l’imiter dans la sobriété, dans l’humilité et dans la solide décision de tendre vers le Christ. Jean sut déjà reconnaître le Messie quand il était encore dans les entrailles de sa mère Elisabeth, et il exulta de joie. En adulte, le Précurseur eut des yeux si purs qui sut reconnaître le Messie qui se trouvait parmi la foule. Il l’indiqua clairement en disant : « Voici l’Agneau de Dieu ». Il sut se mettre en retraite en disant : « Il faut qu’il grandisse et moi, je diminue ».

      3) Saint-Jean Baptiste et la virginité qui n’est pas stérilité.

Le thème de la virginité et celui de l’Epoux (le Christ) acquièrent un lien étroit à partir de la signification positive de l’offrande de soi dans la virginité pour le règne des cieux. Certaines formes de Virginité sont immédiatement préparatoires au Nouveau Testament, comme celle de Jean Baptiste. D’autres figures sont la pleine réalisation de ce lien : la Vierge Marie, Joseph, l’Apôtre Jean, Marie Madeleine, l’Apôtre Paul.

On pourrait dire qu’avec la naissance de Jean, la stérilité qui est la condition négative dans laquelle a vécu sa mère Elisabeth, avant de l’intervention miraculeuse de Dieu, est définitivement séparée de la virginité qui commence à avoir une valeur positive en fonction du Règne de Dieu et de la personne du Christ dont Jean est le précurseur.

La virginité du Baptiste est fortement ascétique. Elle a toutes les caractéristiques de la renonciation et de l’offrande, mais ce saint est apparemment austère. Lui, il n’est pas indifférent à l’affection du Christ, dont il se définit ami en disant qu’il est l’ami de l’époux : Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit : Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. (Jn 3,28-30).

Donc la virginité ne signifie pas stérilité mais, au contraire, fécondité maximale même si c’est sur un plan différent du plan du physique.

La première fois que la virginité apparaît dans l’histoire du salut, elle est associée à la naissance d’un enfant : » voici la vierge concevra et accouchera un fils…(Is7,14). La tradition a accueilli ce lien en associant constamment le titre de vierge à celui de mère. Marie est la Vierge Mère. L’Eglise est vierge et mère.  « Un est le père de tous – écrit Clément Alessandrino- Un est le Verbe de tous, Un est identique, est le Saint -Esprit et une seule est la vierge mère : c’est de cette façon que j’aime appeler l’église (Clémente d’Alexandrie, Pédagogue, 1,6).

Enfin, chaque chrétien et, en particulier chaque vierge consacrée, est vierge et mère : « Chaque âme croyante, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et soeur du Christ, est considérée, à sa façon, vierge et féconde » (B. Isaac de l’Etoile, Sermo 51, PL 194, 1863

L’invitation que j’adresse aux vierges consacrées est de tenir éveillé leur cœur pour accueillir le Christ-Epoux qui arrive dans le monde et l’indiquer aux frères et sœurs comme Saint-Jean Baptiste l’a fait.

Lecture patristique

Origène (ca 185 – 253)
Homélies sur saint Luc, 22, 1-4

SC 67, 300-302.

Examinons comment l’avènement du Christ est proclamé, et d’abord ce qui est écrit au sujet de Jean: A travers le désert une voix crie: Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Ce qui suit concerne en propre le Seigneur notre Sauveur, car ce n’est pas par Jean Baptiste que tout ravin sera comblé, mais par le Seigneur notre Sauveur. Que chacun se considère soi-même, ce qu’il était avant de croire, et il découvrira qu’il a été une vallée basse, une vallée en pente rapide, plongeant vers les bas-fonds. Mais le Seigneur Jésus a envoyé l’Esprit Saint, son remplaçant. Alors toute vallée a été comblée, par les bonnes œuvres et les fruits de l’Esprit Saint.

La charité ne laisse pas subsister en vous de vallée, si bien que, si vous possédez la paix, la patience et la bonté, non seulement vous cesserez d’être vallée, mais vous commencerez à être montagne de Dieu. Nous voyons se produire et s’accomplir chaque jour pour les païens cette parole: Tout ravin sera comblé, et pour le peuple d’Israël, qui est tombé de si haut: Toute colline et toute montagne seront abaissées (Lc 3,4-5).

C’est à la faute des fils d’Israël que les païens doivent le salut: Dieu voulait les rendre jaloux (Rm 11,11). Si vous dites que ces montagnes et ces collines qui ont été abattues sont les puissances ennemies qui se dressaient contre les hommes, vous ne vous tromperez pas. En effet, pour que les vallées en question soient comblées, il faut que les puissances ennemies, montagnes et collines, soient abaissées.

Mais voyons si une autre prophétie s’est accomplie à l’avènement du Christ. Car le texte poursuit: Les passages tortueux deviennent droits. Chacun de nous était tortueux, du moins s’il l’était et ne le reste plus aujourd’hui, car, par l’avènement du Christ qui s’est réalisé pour notre âme, tout ce qui était tortueux a été redressé. A quoi peut-il nous se rvir en effet, que le Christ soit venu jadis dans la chair, s’il n’est pas venu aussi jusqu’à notre âme? Prions pour que son avènement s’accomplisse chaque jour en nous, et que nous puissions dire : Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20).

Donc Jésus mon Seigneur est venu; il a égalisé nos aspérités et converti en routes unies tout ce qui était chaotique, pour faire de nous un chemin sans danger de chute, un chemin facile et très pur, pour que Dieu le Père puisse progresser en nous et que le Seigneur Jésus Christ fasse en nous sa demeure et dise: Mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. (Jn 14,23).

Source : ZENIT.ORG, le 8 décembre 2023

Vigilants dans l’attente de Dieu, par Mgr Follo

Mgr Follo, 2016 © Courtoisie De La Mission Du Saint-Siège À L’UNESCO

Vigilants dans l’attente de Dieu, par Mgr Follo

«Le pardon est la première expression de son amour »

Rite Romain

Is 63, 16-17, 19 ; 64, 2-7 ; Ps 79 ; 1Cor 1, 3-9 ; Mc 13, 33-37

1) Attente d’une visite et Accueil

C’est le premier dimanche de l’Avent : L’horizon de la prière s’ouvre sur l’histoire dont le centre est le Christ, Dieu qui se fait homme, le bon Visage du destin. Il nous faut donc renouveler notre attitude envers la prière, entendue comme une tension qui nous élève vers Dieu, qui se révèle comme source de savoir et de puissance, de bonté et d’amour.

C’est pourquoi l’Église fait commencer la Messe d’aujourd’hui avec ce beau chant d’Introït : « Vers vous, ô mon Dieu, j’ai élevé mon âme. En vous, j’ai mis ma confiance, et je sais que je n’aurai point à en rougir : car vous viendrez au temps marqué. En vain les ennemis de mon salut riront de ma patience : quiconque vous attend ne sera point confondu« . Ce chant d’entrée montre très bien la confiance de l’Eglise-Epouse. Répétons-le avec elle du fond de notre cœur, parce que le Sauveur viendra à nous dans la mesure où nous l’aurons désiré et attendu fidèlement.

Donc en ce premier dimanche de l’Avent, nous sommes appelés à prendre conscience du Christ qui vient nous rendre visite comme un soleil qui se lève d’en-haut.

Il s’agit de la visite de Dieu : Il rentre dans la vie de chacun d’entre nous, se tourne vers chacun d’entre nous car il veut trouver une demeure stable en chacun d’entre nous.

Dieu entre dans notre vie par cette visite et se tourne vers chacun d’entre nous. L’Avent nous invite à élever notre âme pour accueillir le Présent qui vient.

C’est une invitation à comprendre que chaque événement de la journée est un signe de l’attention qu’il a pour chacun d’entre nous. L’Avent nous invite et nous incite à contempler le Seigneur présent et la certitude de sa présence nous aide à regarder le monde et notre vie avec un autre regard.  L’Avent nous aide à considérer notre existence entière comme « visite », comme un moyen qu’Il a pour venir vers nous et proche de nous, dans toute situation et à tout moment car Il est l’Emmanuel, le Dieu qui est toujours avec nous.

Après la « visite », l’autre élément important de l’Avent est l’attente vigilante qui est en même temps espoir. L’Avent, le temps liturgique qui renouvèle l’attente pour la venue du Christ d’année en année, nous incite à comprendre le sens du temps et de l’histoire en tant que temps favorable (« kairós ») pour notre salut. Jésus a illustré cet élément de l’attente dans plusieurs paraboles : dans l’épisode des ouvriers invités à attendre leur maître, dans la parabole des vierges qui attendent l’époux, ou dans celle de la semence.

Dans notre vie, nous sommes en attente permanente : quand nous sommes jeunes nous voulons grandir ; adultes, nous recherchons le succès ; quand nous avançons en âge, nous souhaitons le repos. Alors, arrive le temps où nous trouvons que nous avons espéré trop peu si, au-delà de la carrière et de la position sociale, il n’y a rien d’autre de laissé pour l’espérance.

L’espérance marque le chemin de tout être humain, mais pour nous les chrétiens, il est animé par une certitude : le Seigneur est présent tout au long de notre vie, nous accompagne tous les jours et Il essuiera aussi nos larmes.

Un jour, pas très lointain, tout trouvera son achèvement dans le Règne de Dieu, Règne de Justice et de Paix. Entre-temps, prions : « J’espère le Seigneur de toute mon âme ; je l’espère, et j’attends sa parole. Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur ne guette l’aurore, attends le Seigneur, Israël. Oui, près du Seigneur, est l’amour ; près de lui, abonde le rachat » (Ps129, 5-7).

2) Vigilance et contrition

Le temps liturgique de l’Avent célèbre la visite de Dieu, en réveillant l’attente du retour glorieux du Christ et donc en nous préparant à accueillir le Fils de Dieu, le Verbe qui se fait homme pour nous donner le salut. Mais le Seigneur vient constamment dans notre vie. Par conséquence nous devons prendre au sérieux l’invitation du Christ qui revient avec force ce dimanche : « Veillez ! » (Mc 13, 33.35.37). Cet « ordre » ne s’adresse pas seulement aux disciples mais aussi « à tous », car chacun d’entre nous, à l’heure que, seul, Dieu connait, sera appelé à rendre compte de sa propre existence. Cela demande surtout une humble confiance dans les mains de Dieu, notre Père tendre et miséricordieux mais aussi une charité active vis-à-vis du prochain et une sincère contrition de ses péchés.

La prière d’un cœur qui veille dans l’attente est la prière de celui qui reconnaît qu’il est dans le besoin. Quand nous reconnaissons notre état d’indigence, c’est à ce moment-là que Dieu nous comble de ses dons. Le premier don est le pardon, car la plus grande indigence est le péché. La prière qui est demande et attente, est demande et attente de pardon. Une attente qui ne demande pas et accepte ce pardon, n’attend pas le Rédempteur, qui aime nous pardonner, qui aime nous aimer. Le pardon est la première expression de son amour. La prière a toujours une dimension de contrition qui nous fait dire « Seigneur, avant de parler avec moi, pardonne-moi » (Saint Ambroise). Mais à la dimension pénitentielle s’unit aussi la dimension nuptiale, car elle naît de notre péché et fleurit dans le mariage avec Dieu. 

La contrition que nous avons au début de la célébration de la Sainte Messe, ou la contrition qui se trouve au cœur de notre participation au mystère du Christ qui est le Sacrement de la confession, doit qualifier notre Avent. Sans une telle contrition, notre attente du Christ qui vient pour nous dans une grotte, est trop infantile ou trop légère : dans les faits, elle est un peu superficielle, c’est-à-dire qu’elle est prise pour acquise. C’est seulement par la contrition que l’imminence du Christ et l’arrivée du Christ sont vives en nous, et la vigilance se réalise.

La vigilance est donc contrition. Et existentiellement, le long du chemin de notre vie, la vigilance est contrition chargée d’amour.

Afin de vivre cette attente contrite, nous pouvons dire la prière que Saint Ambroise de Milan disait avant de célébrer la Messe « Roi des vierges, qui êtes la Couronne des âmes saintes, éloignez de moi le poison de l’impureté qui se glisse dans mes veines ; mortifiez la loi de mes membres, qui résiste sans cesse à celle de votre Esprit ; afin qu’ayant le corps et le cœur pur, je boive ce Vin délicieux qui rend les vierges fécondes ».

La forme de vie qui témoigne de manière évidente que la contrition est unie à la dimension nuptiale est celle des vierges consacrées. Le mariage spirituel avec le Christ rend ces dames étrangères au monde mais intimement proches de Dieu. Elles sont convaincues d’être un « rien ».  Aux yeux du monde, elles sont méprisables, mais aux yeux de Dieu, elles sont précieuses et chères et sont un modèle sur la manière de vivre l’attente pour accueillir le Christ de façon complète et sans réserve.

Le cœur de Dieu s’étend en elles comme dans une mangeoire. En elles l’humanité peut voir le reflet de Dieu. 

Lecture Patristique

Geoffroy d’Admont (+ 1165)
Homélies pour les fêtes, 23

PL 174, 725-726

Voyez, veillez et priez (cf. Mc 13,33 ; 14,38). Par ces paroles, le Seigneur notre Sauveur n’a pas averti seulement ses disciples auxquels il parlait physiquement, mais en outre, par ces mêmes paroles, il a révélé clairement à nous-mêmes ce que nous devons faire, comment nous devons veiller. Cette triple parole indique nettement comment doit se sauver chacun de nous qui, oubliant tout ce qui est en arrière, désire se lancer vers l’avenir (cf. Ph 3,14), voudrait saisir le sommet de la perfection auquel il tend.

Celui qui, saisi par l’inspiration divine, aura décidé de renoncer au monde et à ses convoitises, selon l’avertissement que la parole divine nous a donné au début de la lecture d’évangile, (Mc 13,33), doit avoir les yeux ouverts pour comprendre d’emblée, avec sagesse, ce qu’il doit faire ou ce qu’il doit éviter.

Mais, pour quiconque vient à la conversion, il ne suffit pas, pour devenir parfait, de comprendre ce qui est bien, s’il ne cherche ensuite à veiller pour agir de même. C’est pourquoi le Seigneur, après avoir exhorté ses disciples à voir, ajoute aussitôt : Veillez et priez (Mc 13,33). Il est prescrit à chacun de veiller, c’est-à-dire de s’appliquer à réaliser effectivement ce qu’il a bien compris, et de repousser la paresse d’une vie oisive dans laquelle il se trouvait jusque-là, par la recherche vigilante d’une activité vertueuse. A celui qui veille ainsi, par le zèle d’une vie fervente, le Seigneur indique une voie encore supérieure, puisqu’il ajoute aussitôt : et priez.

Priez est donc prescrit à tous les élus, c’est-à-dire qu’en désirant les biens éternels, on doit rechercher le fruit de son effort fervent dans la seule espérance de la récompense céleste. Il semble que saint Paul prescrivait à ses disciples cette obstination dans la prière, quand il disait : Priez sans relâche (1Th 5,17). En effet, nous prions sans relâche s i, lorsque nous faisons le bien, nous ne recherchons pour cela aucune gloire terrestre, mais nous nous préoccupons uniquement de désirer les biens éternels. 

Voyez, veillez et priez. Voyez ce qu’il faut faire, en comprenant ce qui est juste ; veillez en faisant le bien ; priez en désirant les biens éternels. Pourquoi il est si important pour nous de voir, de veiller et de prier, on le voit clairement par les paroles qui suivent : Car vous ne savez pas quand viendra le moment (Mc 13,33). Donc, parce que nous ignorons quand sera le moment de cette visite, il nous faut veiller et prier sans cesse, c’est-à-dire préparer à cette grâce, par un zèle vigilant, le fond de notre cœur.

Source : ZENIT.ORG, le 1er décembre 2023

Règne paradisiaque, par Mgr Francesco Follo

Règne paradisiaque, par Mgr Francesco Follo

Si nous regardons en suppliant le Christ en Croix et, si nous le reconnaissons comme Roi, nous serons sauvés comme cela est arrivé au bon larron

Rite Romain

XXXIV Dimanche du Temps ordinaire – Année A – Solennité de Notre Seigneur Jésus-Christ Roi de l’univers – 26 Novembre 2023

Ez 34,11-12.15-17 ; Ps 22 ; 1Cor 15,20-26.28 ; Mt 25,31-46

1) Le Christ, Roi en croix

Ce dimanche, dernier dimanche de l’année liturgique, célèbre Jésus Roi de l’univers. Le Christ-Roi dirige le monde de la croix et nous demande de participer à sa royauté, en nous agenouillant devant son trône d’Amour : la Croix, et devant nos frères, comme Lui, le Roi, se mit à genoux pour laver les pieds de ses apôtres.

 Au cours de l’année liturgique l’Eglise nous fait accomplir ce chemin de foi et de charité, qui embrasse l’histoire de la rédemption. Ce cheminement commence avec l’Avent, le temps de l’Attente de Dieu parmi nous, qui fleurit à Noël, apportant la grande et heureuse nouvelle que Dieu s’est vraiment fait un de nous. Puis arrive le temps de la conversion, au Carême, qui nous prépare à la sainte Paques et, 50 jours après, le début de la marche de l’Eglise avec la Pentecôte. Tout au long de ce ‘pèlerinage’ Dieu nous accompagne de Son Amour et de sa Grâce, encore faut-il que nous décidions de marcher avec Lui.

En ce dimanche qui clôture l’année liturgique et célèbre le Christ-Roi, réfléchissons ensemble au sens de cette solennité en méditant la scène du « Jugement dernier » (Mt25,31-46).  Cette page de l’évangile est celle qui révèle, précisément, le sens bouleversant de la royauté du Christ qui nous interpelle : avons-nous vraiment choisi de suivre ce Roi crucifié pour et par amour ?

Un Roi qui nous demande de faire le bien aux autres et ne demande rien pour lui. Au contraire, c’est lui-même qui a tout donner pour nous, en mourant sur la croix, en se sacrifiant pour nous. Un roi spécial, hors des canons de la royauté et des royaumes de cette terre, qui ont en vue d’assujettir les personnes et le monde à ses propres idées et positions. 

Un Roi dont le royaume se construit chaque jour grâce à l’œuvre de tous ceux qui croient en Jésus Christ et aux valeurs qu’Il a proclamées. La Préface de la solennité du Christ-Roi nous le rappelle en quelques mots : « Vous, Dieu, qui avez oint de l’huile d’allégresse votre Fils unique notre Seigneur Jésus-Christ, prêtre éternel et roi de l’univers, afin que s’offrant lui-même sur l’autel de la croix en victime immaculée et pacifique, il accomplisse le mystère de la rédemption de l’humanité, et qu’après avoir soumis à son pouvoir toutes les créatures, il remette à votre majesté infinie un royaume universel et éternel : royaume de vérité et de vie, royaume de sainteté et de grâce, royaume de justice, d’amour et de paix ».

Le Royaume de Dieu n’est donc pas une question d’honneurs et d’apparences. Il est « justice, amour et paix dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17). 

Pour bien comprendre cela, nous devons partir du trône du Christ qui est la Croix. Sur la croix élevée en haut du Golgotha, Jésus Christ manifeste sa royauté spéciale. Au Calvaire, deux attitudes opposées se font face. Des personnages aux pieds de la croix, mais également un des larrons en croix, s’adressent au Crucifié avec mépris, lui disent : « Si tu es le Christ, le Roi Messie, sauve-toi toi-même, descends de la croix ». Mais Jésus révèle sa propre royauté en restant sur la croix, comme Agneau immolé. Prend parti pour lui l’autre larron qui, implicitement, confesse la royauté du juste innocent et implore : « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » (Lc 23,42). Saint Ambroise de Milan commente : « Celui-ci priait que le Seigneur se souvienne de lui quand il viendrait dans son Royaume, mais le Seigneur lui répondit :  En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. La vie est d’être avec le Christ, car là où se trouve le Christ se trouve le Royaume » (Traité sur l’Evangile selon Luc, 10,121).

Nous aussi adressons nous au Christ humblement et Lui nous accueillera dans son Royaume de la vie éternelle. 

2) Prière et charité

Le Royaume où nous accueille le Christ, que le Rédempteur nous donne, n’est pas un lieu ou quelque chose mais lui-même. Il nous livre son cœur, sa parole, ses sentiments. Et en réponse il ne veut pas quelque chose que nous avons, mais tout ce que nous sommes. Peu importe si cette offrande nous la faisons comme la pauvre veuve qui mit dans le trésor du temps tout ce qu’elle avait, quelques pièces de monnaie, ou bien comme Zachée qui offrit la moitié de ses biens, l’important est d’imiter la Vierge Marie qui, joyeusement, s’offrit toute entière et devint sur terre le paradis du Fils du ciel. L’important est de vivre le don de soi à Dieu avec joie.

     Pour nous éduquer à ce don total nous devons vivre la charité en faisant la charité, en donnant aux plus petits. En donnant aux pauvres nous donnons à Dieu et Lui, reconnaissant, nous accueille avec eux. Il leur a dit : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; ’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? Tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ? Et le Roi leur répondra : Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 34 – 40).

A ce propos saint Augustin commente : « Que nul ne craigne de donner aux pauvres ; que nul ne s’imagine que la main qu’il voit est celle qui reçoit. Celui qui reçoit est celui qui t’a commandé de donner. Nous l’affirmons, non point d’après nos inspirations personnelles ni d’après d’humaines conjectures. Prête l’oreille au Sauveur lui-même ; voici ses conseils et les garanties qu’il te donne par écrit. « J’ai eu faim, dit-il, et vous m’avez donné à manger ; » et comme on lui répondait, après avoir entendu (376) l’énumération des services rendus : « Quand vous avons-nous vu souffrir de la faim ? » il poursuit « Chaque fois que vous avez fait quelque chose pour l’un de ces plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » Celui qui mendie est pauvre mais Celui qui reçoit est riche. Tu donnes à l’un pour manger, un autre accepte pour te rendre ; et il ne rendra pas ce qu’il reçoit : il veut emprunter à intérêt, il te promet plus que tu ne lui donnes. Montre maintenant ton avarice, considère-toi comme usurier. Si tu l’étais réellement, l’Eglise te réprimanderait, tu serais confondu par la parole de Dieu et tous tes frères t’auraient en horreur comme un usurier cruel qui cherche à s’enrichir des larmes d’autrui. Eh bien ! sois usurier ; personne ici ne t’en détourne. Au lieu de prêter à un pauvre qui pleurera lorsqu’il lui faudra payer ; donne à un Solvable qui va même jusqu’à te pousser à recevoir ce qu’il t’a promis » (Sermon 86,3).

Dans cette charité envers le prochain les vierges consacrées sont un exemple très important. En effet, ce qui se donne à Dieu, on ne l’enlève pas aux hommes, parce qu’on le consacre à Dieu purement, avec son amour, son cœur, ses pensées. La personne consacrée n’oublie pas et ne néglige pas ce monde et les hommes qui y luttent et souffrent. Le Dieu chrétien est un Amour qui ne reçoit pas, mais donne, ou mieux encore un Dieu qui reçoit non pas pour garder pour lui ce qu’il reçoit, mais pour le redonner encore plus grand. Donc ce qui se donne à Dieu se répand sur les hommes, enrichi de l’amour même de Dieu.  Ce n’est pas un amour appauvri, mais un amour rendu plus fort et donc plus contraignant et plus fécond. C’est la raison pour laquelle la grande majorité des œuvres de charité envers les pauvres ont été réalisées par des vierges, dont la dernière à être canonisée est sainte Thérèse de Calcutta, qui se fit missionnaire de la charité en se mettant au service des plus pauvres, parce que totalement donnée à Dieu.

Lecture patristique

Homélie attribuée à saint Hippolyte de Rome (+ 236)

Traité sur la fin du monde, 41-43, GCS I, 2, 305-307.

Comme le saint évangile l’affirme avec force, le Fils de l’homme rassemblera toutes les nations ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. Alors il dira à ceux qui sont à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde » (Mt 25,32-34). <>

Venez, vous qui avez aimé les pauvres et les étrangers. Venez, vous qui êtes restés fidèles à mon amour, car je suis l’amour. Venez, vous dont la paix a été la part d’élection, car je suis la paix. Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous.

Vous n’avez pas honoré la richesse, mais fait l’aumône aux pauvres. Vous avez secouru les orphelins, aidé les veuves, donné à boire à ceux qui avaient soif et à manger à ceux qui avaient faim. Vous avez accueilli les étrangers, habillé ceux qui étaient nus, visité les malades, réconforté les prisonniers, apporté votre aide aux aveugles. Vous avez gardé intact le sceau de la foi et vous avez été prompts à vous rassembler dans les églises. Vous avez écouté mes Ecritures et tant désiré entendre mes paroles. Vous avez observé ma loi le jour et la nuit et partagé mes souffrances comme de courageux soldats, pour trouver grâce devant moi, votre roi du ciel. Venez, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde.

Voici que mon Royaume est préparé et mon ciel ouvert. Voici que mon immortalité apparaît dans toute sa beauté. Venez tous, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde.

Alors les justes s’étonneront d’être invités à s’approcher comme des amis – ô merveille – de celui dont les troupes angéliques ne peuvent avoir une claire vision. Ils lui répondront d’une voix forte : Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? Tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ! Maître, tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais nu, et nous t’avons habillé, toi que nous révérons ? Toi l’immortel, quand t’avons-nous vu étranger, que nous t’ayons accueilli ? Toi qui aimes les hommes, quand t’avons-nous vu malade ou en prison, que nous soyons venus vers toi ! (Mt 25,37-39). Tu es l’Éternel. Avec le Père, tu es sans commencement, et tu es coéternel à l’Esprit. C’est toi qui as tout créé de rien, toi, le roi des anges, toi que redoutent les abîmes. Tu as pour manteau la lumière (Ps 103,2). C’est toi qui nous a faits et modelés avec de la terre, toi qui as créé les êtres invisibles. Toute la terre s’enfuit loin de ta face. Et comment avons-nous accueilli ta royauté et ta souveraineté ?

Alors le Roi des rois leur répondra : Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25,40). Chaque fois que vous avez accueilli et vêtu ces pauvres dont j’ai parlé, et que vous leur avez donné à manger et à boire, à eux qui sont mes membres, c’est à moi que vous l’avez fait. Mais venez dans le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Vous jouirez éternellement des biens de mon Père qui est aux cieux, et de l’Esprit très saint qui donne la vie.

Quelle langue pourra donc décrire de tels bienfaits ? Personne n’a vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, le coeur de l’homme n’a pas imaginé ce qui a été préparé pour ceux qui aiment Dieu (1Co 2,9).

Source : ZENIT.ORG, le 24 novembre 2023

arabole des talents de Mironov © commons.wikimedia 
Parabole des Talents De Mironov © Commons.wikimedia

La parabole des talents : la perspective de l’amour, par Mgr Follo

Le talent par excellence, le plus précieux de tous les dons est Jésus lui même

Rite Romain

Pr 31, 10-13. 19-20. 30-31; Ps 127; 1 Th 5, 1-6; Mt 25, 14-30

  1. La parabole des talents : l’amour vécu comme responsabilité.

La parabole des talents (Mt 25, 14-30) qui nous est proposée ce dimanche, se situe entre la parabole des dix vierges (Mt 25, 31-46) qui a été méditée dimanche dernier et le passage sur le jugement dernier (Mt 25, 31-46) qui sera lu dimanche prochain.

La parabole des dix vierges nous a fait méditer sur la vigilance prévoyante : le Royaume de Dieu peut arriver d’un moment à l’autre et si nous voulons donc être prêts pour sa venue, il est nécessaire d’être prévoyants. La parabole des talents nous fait réfléchir sur la vigilance laborieuse et porte donc sur la croissance du Royaume : celui-ci croît lorsque nous utilisons les dons que nous avons reçus pour servir. Dimanche prochain, le récit du jugement dernier nous rappellera comment entrer dans le Royaume : nous y entrons quand nous sommes zélés dans la charité envers le prochain, en particulier quand nous accueillons les « derniers ».

Pour bien comprendre la parabole de ce dimanche, il faut rappeler que les « talents » (contrairement à ce que l’on dit souvent) ne sont pas tant les dons ou les capacités (intelligence ou autres) que Dieu a donnés à chacun, mais les responsabilités que nous sommes appelés à assumer. De fait la parabole raconte que le patron donna « à l’un, cinq talents, à l’autre deux, à chacun selon ses capacités ».

Les deux premiers serviteurs sont l’image même de la diligence et de l’esprit d’initiative : ils font du commerce avec ce qui leur a été confié et ils rendent le double de ce qu’ils ont reçu. Par conséquent ils sont considérés comme « bons et fidèles ». Le troisième en revanche est paresseux et passif : il ne fait pas de commerce, il ne court pas de risque et il se limite à « conserver » et par conséquent il est considéré comme « mauvais, paresseux » et « bon à rien ». Il y a un contraste entre la diligence et la paresse.

Même si cette parabole a eu une influence sur le plan social et historique en encourageant chez les populations chrétiennes une mentalité active et entreprenante, l’enseignement central qu’elle nous délivre concerne l’esprit de responsabilité avec lequel nous devons accueillir le Royaume de Dieu : responsabilité envers Dieu et envers l’humanité.

Aujourd’hui Jésus veut nous apprendre à bien utiliser les dons qu’il nous fait. Il appelle chaque homme à la vie et il lui remet des talents en lui confiant en même temps une mission à remplir. Il serait inepte de penser que ces dons sont un dû, de même que renoncer à les utiliser reviendrait à tourner le dos au sens de sa propre existence. Commentant cette page de l’Évangile, Saint Grégoire le Grand remarque que le Seigneur ne fait manquer à personne le don de sa charité et de son amour. Il écrit : « Il est donc nécessaire, chers frères, que vous mettiez tous vos soins à garder la charité dans toutes les actions que vous devez accomplir. » (Homélie sur l’Évangile 9, 6). Et après avoir précisé que la vraie charité consiste à aimer autant les amis que les ennemis, il ajoute : « Si l’un de vous n’a pas cette vertu, il perd tous ses biens, il est privé du talent qu’il a reçu et il est jeté dehors dans les ténèbres » (ibidem).

2) Le talent par excellence. 

Je voudrais rappeler cependant que le talent par excellence, le plus précieux de tous les dons est Jésus lui même qui s’est offert au monde dans un immense amour.

Ce don a été offert aux disciples que nous sommes nous aujourd’hui. Et nous le sommes non pas tant et seulement parce que nous avons accueilli la doctrine du Christ et que nous nous efforçons d’observer ses préceptes moraux, mais parce que nous l’avons accueilli Lui, don imprévisible de Dieu qui vient dans notre chair, qui fait de nous ses enfants et qui nous rend producteurs féconds de nouveaux fruits.

Aujourd’hui comme alors, les disciples de Jésus sont vigilants et attentifs à accueillir le don toujours nouveau des merveilles de Dieu et ils sont soucieux de laisser le don accueilli porter ses fruits et se multiplier.

Les vierges consacrées nous donnent un bon exemple de disciple de Jésus et de « serviteur bon et fidèle ». En effet elles sont :

  • des « bonnes servantes » parce qu’elles ne vivent pas pour elles-mêmes en s’appuyant sur leurs propres dons, mais parce qu’elles vivent la vie comme un don qu’elles ont reçu et qu’elles doivent partager et parce qu’elles comprennent que le don accueilli doit être donné à son tour pour pouvoir continuer à porter des fruits ;
  • des « fidèles servantes » parce qu’elles s’abandonnent totalement tous les jours, je dirais même à chaque instant, au Christ dans une confiance amoureuse. « La fidélité est la perfection de l’amour » (Saint Escriva de Balaguer) et affranchit le temps (Cf Ep 5, 16).

La virginité est la plus haute façon de vivre la parabole des talents parce que la personne qui se consacre et qui s’offre elle-même totalement à Dieu ouvre son cœur au grand don libérateur du Christ. En libérant de manière particulière son cœur et en le faisant ainsi encore plus brûler de charité pour Dieu et pour tous les hommes, la vierge consacrée témoigne que le Royaume de Dieu et sa justice sont cette perle précieuse qui va préférée à tout autre bien, même de grande valeur, et ce talent qu’il faut faire fructifier.

« C’est pour cela, en raison du lien tout à fait singulier de ce charisme avec le Royaume de Dieu, que l’Église, tout au long de son histoire, a toujours défendu sa supériorité par rapport à celui du mariage. Tout en ayant renoncé à la fécondité physique, la personne vierge devient féconde spirituellement, père et mère d’un grand nombre, coopérant à la réalisation de la famille suivant le dessein de Dieu » (Saint Jean Paul II, Familiaris Consortio, 16).

La vierge consacrée partage de manière particulière le Talent-Christ.

Enfin il ne faut pas oublier que la parabole d’aujourd’hui insiste sur l’attitude intérieure, je dirais même virginale, avec laquelle nous devons accueillir et valoriser ce don. L’attitude erronée est celle de la peur : le serviteur qui a peur de son patron et qui redoute son retour cache la monnaie sous terre et celle-ci ne produit aucun fruit. Cela arrive par exemple à ceux qui ayant reçu le Baptême, la Communion, la Confirmation enterrent par la suite ces dons sous un manteau de préjugés, sous une fausse image de Dieu qui paralyse la foi et les œuvres de façon à trahir les attentes du Seigneur. Mais la parabole met davantage en évidence les bons fruits apportés par les disciples qui, heureux du don reçu, ne l’ont ni gardé ni caché par peur et jalousie, mais l’ont fait fructifier en le partageant et en le distribuant. Oui, ce que le Christ nous a donné se multiplie en étant donné à son tour ! C’est un trésor fait pour être dépensé, investi, partagé avec tous :

« La virginité a la valeur symbolique de l’amour qui n’a pas besoin de posséder l’autre, et elle reflète ainsi la liberté du Royaume des cieux. C’est une invitation aux époux à vivre leur amour conjugal dans la perspective de l’amour définitif du Christ, comme un parcours commun vers la plénitude du Royaume » (Pape François, Amoris Laetitia, n.161).

Enfin n’oublions pas que Dieu donne le Christ et tous « ses biens » à chacun de nous, selon les capacités de chacun que Lui seul connaît.

Maintenant tout dépend de comment chacun répond avec sa liberté propre à la responsabilité qui lui a été confiée librement par celui qui veut impliquer ses serviteurs dans un projet de joie et de bonheur en leur donnant jusqu’à « ses propres biens ». Efforçons-nous d’être des disciples « vigilants » et de vivre notre vie comme un espace de liberté qui nous a été confié par un Dieu qui connaît personnellement chacun de nous et qui donne à chacun de nous ses propres biens pour vivre intensément sa propre vie. Tout est don : la vie, la confiance, l’amour, la liberté sont des dons à vivre sans peur. Il nous est seulement demandé d’accueillir le don, de ne pas étouffer ni retenir l’Amour, de ne pas le rendre vain.

Lecture patristique

Saint Jean Chrysostome (+ 407)
Homélies sur l’évangile de Matthieu, 78, 2-3

PO 58, 713-714.

Dans la parabole des talents, Jésus nous raconte l’histoire d’un homme qui partit en voyage après avoir confié son argent à ses serviteurs. Il veut ainsi nous révéler la patience de notre Maître, mais, à mon avis, il y fait aussi allusion à la résurrection. Par ailleurs, Jésus ne parle ni d’agriculteurs ni de vignerons, mais d’ouvriers en général. La raison en est qu’il veut s’adresser non seulement aux chefs du peuple ou aux Juifs, mais à tout le monde.

Tout d’abord les serviteurs qui rendent l’argent avec les intérêts déclarent sans tergiverser ce qui vient d’eux et ce qui vient de leur maître. Le premier dit : Seigneur, tu m’as confié cinq talents (Mt 25,20), et le deuxième : Seigneur, tu m’as confié deux talents (Mt 25,22). Ils reconnaissent ainsi que leur Maître leur a donné les moyens de réaliser une opération avantageuse. Ils lui en savent gré et portent à son crédit la totalité de la somme qui est en leur possession.

Que répond alors le maître ? Très bien, serviteur bon et fidèle (car on reconnaît l’homme bon à sa sollicitude pour le prochain), tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître (Mt 25,23).

Mais il n’en va pas de même pour le mauvais serviteur : Je savais, dit-il, que tu es un homme dur: tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient (Mt 25,24-25).

Quelle est donc la réponse du maître ? Il fallait placer mon argent à la banque (Mt 25,27), c’est-à-dire qu’il fallait parler, exhorter, conseiller. « Mais, réplique l’autre, les gens ne m’écouteront pas. » A quoi le maître répond : « Cela n’est pas ton affaire. <> Tu aurais pu au moins mettre cet argent en dépôt et me laisser le soin de le redemander, et je l’aurais réclamé avec les intérêts – entendant par là les oeuvres qui procèdent de l’écoute de la Parole -. Tu avais seulement à fournir la part la plus facile du travail et à me laisser la plus difficile » (cf. Mt 25,27).

Voilà comment ce serviteur a manqué à sa tâche. Aussi, ajoute le maître, enlevez-lui son talent et donnez-le à celui qui en a dix. Car celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a (Mt 25,28-29).

Qu’est-ce à dire ? Celui qui a reçu pour le bien d’autrui la grâce de la parole et de l’enseignement, et n’en fait pas usage, se fera enlever cette grâce. Quant au serviteur zélé, il attirera sur lui une grâce plus abondante, tout comme l’autre perdra celle qu’il a reçue.

Source : ZENIT.ORG, le 17 novembre 2023

La vie est « attente » et « pèlerinage », par Mgr Francesco Follo

Les Vierges Folles Séduites Par Le Tentateur (Cathédrale De Strasbourg)

La vie est « attente » et « pèlerinage », par Mgr Francesco Follo

Êtres prêts pour la rencontre

Avec le souhait de comprendre qu’un cœur pur est toujours prêt même quand le corps dort

Rite Romain

XXXII Dimanche du Temps ordinaire – Année A – 12 Novembre 2023

Sag 6,12-16; Ps 62; 1 Ts 4,13-18 [4,13-14]; Mt 25,1-13

1) La vraie vigilance est prudente.

C’est être réaliste que de reconnaitre que notre vie sur terre est fragile. Comment ne ne pas nous reconnaître dans e bref poème du poète italien « On est là comme sur les arbres les feuilles d’automne ». Si nous avons la grâce de croire, nous vivons cette caducité non comme une frustration à éviter en cherchant à savourer l’instant présent. Pour le chrétien, la vie, aussi fragile soit-elle, est « vigilance », attente d’une rencontre et un pèlerinage vers la vraie Vie, la Vie éternelle. Sans la perspective d’une rencontre pleine de sens et porteuse d’éternité, le sens de la vie est bouleversé : il cède à la frénésie pour cacher le désespoir. 

               Pour nous aider à vivre cette vigilance qui se fait pèlerinage, l’évangile d’aujourd’hui nous propose la parabole des dix vierges. Parabole qui illustre bien  le dicton de Mt 24,42 : « Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient ».

Si d’un côté, l’accent est mis sur la nécessité d’être prêts pour ne pas être exclus de la fête nuptiale, de l’autre il est rappelé que l’attente vigilante et prudente concerne la venue du Christ glorieux, appliquant sur lui l’image de l’Epoux que l’Ancien Testament utilise pour Dieu.

En divisant le groupe des dix vierges en deux catégories, cinq prévoyantes et cinq insouciantes, comme ces personnes qui construisent sur la roche ou sur le sable (cf. Mt 25, 1-13), Saint Matthieu décrit la façon dont se passaient les noces entre Juifs à l’époque de Jésus. Celles-ci impliquaient aussi un cortège de jeunes filles (c’est le sens donné au mot « vierge »), qui accompagnait les époux, généralement vers le soir (d’où l’utilisation des lampes).

L’époux se rendait dans la maison paternelle de la future épouse pour l’amener dans la sienne, mais il devait d’abord conclure des accords avec le père, un contrat nuptial. Il pouvait arriver qu’ils doivent encore à discuter et que les choses s’étirent à la longue. Les cinq vierges prévoyantes montrent qu’elles sont prêtes à toute éventualité, portant avec elles de l’huile pour alimenter leurs lampes, au cas où l’attente devenait plus longue que prévue.

Ce qui distingue les deux groupes de jeunes filles n’est pas la vigilance, mais la prudence face à l’imprévu : en effet le passage de l’évangile nous raconte qu’elles s’assoupirent toutes et s’endormirent, quand l’éventualité du retard se vérifia.

Pourquoi certaines furent prudentes et d’autres pas ? Ce n’était pas seulement une question de bon sens, mais d’amour.

L’amour est la vertu avec laquelle on vit l’attente vigilante et prudente. Si on attend intensément, ardemment, celui qu’on aime, on se prépare à tout et on prend toutes les précautions nécessaires, on pense à tous les détails qui permettront à cette attente de se dérouler le mieux possible et à la rencontre avec l’Epoux de se réaliser.

A l’image de ces vierges prudentes et prévoyantes qui attendent l’époux avec les lampes allumées, après avoir pris la précaution de se faire une réserve d’huile. Contrairement aux cinq jeunes filles insouciantes, celles-ci ont été prévoyantes, car éprises de l’époux qu’elles attendent. Même si le sommeil les surprend, elles ont eu la prudence d’acheter de l’huile pour ne pas risquer de ne pas rencontrer l’Epoux, ajoutant leur lumière à celle du Christ et marchant avec lui vers la fête nuptiale. Sans l’amour pour les motiver elles n’auraient pas pensé à devoir se fournir en huile et seraient restées sans la lumière de l’amour. Seul l’amour pour le Christ, l’Epoux qui vient pour nous faire entrer dans son Royaume nous motive à attendre avec prudence, de manière active et assidue, sans crainte, car même si le corps est endormi, le cœur veille.

2) L’huile de la lampe est l’amour.

Il est à noter que l’Epoux est le premier à aimer, l’attente n’est pas la cause de la rencontre mais celle-ci ne se réalise pas sans l’attente entretenue par le cœur vigilant. Sachons également présenter cette attente en priant : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres ! Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom. Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange. Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler. Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes » (Ps 62 – Psaume responsorial de la Messe d’aujourd’hui)

Mais pourquoi le cœur des jeunes filles prudentes, pourtant si ouvert dans l’attente de l’Epoux, est-il fermé au partage de l’huile avec les autres jeunes filles, qui le leur demande avec insistance et préoccupation ? 

Je vous propose une interprétation spirituelle : « La lampe appartient à toutes les vierges, l’huile que les unes refondent est un don qu’elles ont reçu de Celui qui l’accroît. Chaque jeune fille doit alimenter amoureusement sa relation avec celui qui vient, avant que l’huile ne commence à manquer. C’est pourquoi il ne peut pas passer de l’une à l’autre, ne peut être reçu que de celui qui peut le donner à tous. L’huile de la relation d’amour ne peut être acheté et vécu par personne interposée. L’Epoux qui est sa réserve le donne et le verse dans de petites bocaux. L’important n’est pas d’en avoir beaucoup, mais veiller à ce qu’il n’en manque pas et que la lampe reste allumée jusqu’ l’arrivée de l’époux » (D. Mongillo, Per lo Spirito in Cristo al Padre, Bose, Ed. Qiqajon, 2005 pag. 16-19).

Naturellement la phrase de l’Evangile d’aujourd’hui : « Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient », ne s’adresse pas qu’aux personnes appelées à la virginité. Elle vaut pour tous les chrétiens et pour tous les temps. La vigilance doit être comprise comme une attitude vitale générale faite de désir et d’attention, d’amour actif et d’espérance.

Les vierges sages sont ces personnes qui ont saisi le moment favorable de leur permanence sur Terre pour faire de bonnes actions, et se sont préparées à la venue du Seigneur. Les vierges insouciantes sont ces personnes, inattentives et obtuses qui ne se préoccupent que des choses présentes et oublient les promesses de Dieu, n’entretiennent pas la flamme de l’espérance de la résurrection. 

Un exemple de comment vivre l’existence quotidienne, chez soi ou au travail, nous vient des vierges consacrées.

En se donnant totalement au Christ-Epoux, ces femmes montrent que l’on peut vivre la vie comme une attente, en faisant de la journée, du travail, des occupations, un pas vers l’infini, c’est-à-dire avec le corps sur terre mais l’âme au ciel. Ces consacrées témoignent que l’on peut ne se « préoccuper » que du Christ, et leur unique « préoccupation » est d’être des femmes de prière qui regardent en Haut, là où règne la joie. 

  C’est le propre de leur vocation comme le rappelle la prière de l’évêque le jour de leur consécration : « Ecoute Seigneur ton Eglise en prière : dans ton amour, prends pitié de celle que tu as appelée ; conduis-la dans la voie du salut et pour qu’elle désire ce qui te plaît et soit toujours vigilante pour l’accomplir. Par Jésus, le Christ notre Seigneur » (Rituel de consécration des Vierges, n 34) 

Lecture Patristique

Saint Grégoire de Nazianze (320 – 389)
Discours 40, 46

PG 36, 425

Aussitôt après ton baptême, tu te tiendras debout devant le grand sanctuaire, pour signifier la gloire du monde à venir. Le chant des psaumes qui t’accueillera est le prélude des louanges célestes. Les lampes que tu allumeras préfigurent ce cortège des lumières qui conduira au-devant de l’Époux nos âmes resplendissantes et vierges, munies des lampes étincelantes de la foi.

Prenons garde à ne pas nous abandonner au sommeil, par insouciance, de peur que celui que nous attendons ne se présente à l’improviste, sans que nous l’ayons vu venir. Ne restons pas sans provision d’huile et de bonnes oeuvres, de crainte d’être exclus de la salle des noces.

Je vois, en effet, ce que sera ce malheur si affligeant. L’Époux arrivera. Une voix puissante nous appellera à nous présenter devant lui. Toutes les âmes prudentes iront à sa rencontre avec leur lampe allumée et une réserve d’huile très abondante. Les autres, pleines d’inquiétude, chercheront bien tardivement à en obtenir auprès de celles qui en seront pourvues.

L’Époux fera son entrée en grande hâte. Les premières entreront avec lui. Les autres, tout occupées à préparer leurs lampes, ne trouveront pas le temps d’entrer et seront laissées d ehors au milieu des lamentations. Elles se rendront compte trop tard de ce qu’elles auront perdu par leur insouciance. Alors, malgré toutes leurs supplications, elles ne pourront plus pénétrer dans la salle des noces dont elles se seront exclues par leur propre faute.

Elles ressembleront aussi à des invités aux noces qu’un noble père célèbre en l’honneur d’un noble époux, et qui s’abstiennent d’y prendre part. L’un, parce qu’il vient de prendre femme; un autre, parce qu’il vient d’acheter un champ; un troisième, parce qu’il a acquis une paire de boeufs (cf. Lc 14,18-20). Ce qu’ils ont obtenu ainsi leur a été bien dommageable, puisqu’ils se sont privés d’un excellent profit pour des avantages médiocres.

Car il n’y a pas de place dans le ciel pour l’orgueilleux et l’insouciant, pour l’homme sans habit convenable, qui ne porte pas le vêtement de noce (cf. Mt 22,11), même s’il s’est cru, sur terre, digne de la splendeur céleste, et s’est introduit furtivement dans le groupe des fidèles en se berçant de faux espoirs.

Qu’adviendra-t-il ensuite? L’Époux connaît ce qu’il nous enseignera quand nous serons au ciel, et il sait quelles relations il entretiendra avec les âmes qui y seront entrées avec lui. Je crois qu’il vivra en leur compagnie, et qu’il leur enseignera les mystères les plus parfaits et les plus purs.

Nous qui vous donnons cet enseignement et vous qui nous écoutez, puissions-nous y avoir part dans le Christ notre Seigneur, à qui soient la gloire et la puissance dans les siècles. Amen.

Source : ZENIT.ORG, le 9 novembre 2023

La Chaire du Christ est la Croix où l’Amour est Loi, par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo, Eglise.catholique.fr

La Chaire du Christ est la Croix où l’Amour est Loi, par Mgr Follo

« Comme tabernacles, portons l’amour dans le monde »

Rite Romain

XXXIème dimanche du Temps Ordinaire – 5 novembre 2023

Mal 1.14- 2.2.8-10 ; Ps131 ; 1Ths 2.7-9.13 ; Mt 23 : 1-12

  1. L’Amour et la Loi.

Dimanche dernier nous avons médité sur le premier et grand commandement, celui de l’amour de Dieu et sur le deuxième, qui est semblable au premier, celui de l’amour du prochain : « De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes » (Mt 22,40);

   Dans l’Evangile de ce dimanche nous sommes appelés à approfondir le fait que l’amour ne s’oppose pas à la loi. Saint-Mathieu montre que, contrairement à ce que les scribes et les pharisiens pensent, Jésus ne méprise pas la loi et n’entend pas remplacer l’Amour à la Loi. L’Amour est l’achèvement de la Loi et lien de la perfection (cf. Col 3,14 ; Rm 13,10). Sans l’Amour, la Loi meurt et le Prophète s’éteint. L’Amour ne remplace pas la Loi mais l’observe.  L’Amour n’est pas un sentiment vide et superficiel, il ne néglige pas la loi, il la vit pleinement. Il ne se contente pas de ne pas dire le faux, il cherche la vérité. Il ne se contente pas de ne pas tuer, il donne la vie. Non seulement il ne vole pas mais il vient à la rencontre des nécessités des frères.

  Dans l’évangile d’aujourd’hui, il apparait que, pour le Christ, la Loi n’est pas à réduire à série de préceptes à mettre en pratique. La Loi est la parole de Dieu qui indique sa volonté pour la vie. Jésus est le premier qui a réalisé cette volonté qui est un don que Dieu nous donne pour vivre en tant qu’hommes nouveaux dans l’amour. Celui qui observe les commandements, aime et suit toute la loi qui est le chemin de la vie.

   Comme les Prophètes l’ont déjà continuellement rappelé, Jésus enseigne que la Loi est l’expression du soin avec lequel Dieu, en tant que pasteur, guide son peuple vers le chemin de la liberté.

    Si nous écoutons la parole du Père comme le Christ l’a fait, nous la vivons comme lui, en pratiquant l’amour filial qui empêche que l’observation de la loi soit réduite à un vide rigide déshumanisé et légaliste, mais devienne un chemin d’authenticité et de sainteté, donc de maturité intégrale et donc pas pharisaïque.

  1. Fils, Frères et Serviteurs

En effet, le comportement contraire au pharisaïsme est la fraternité entre nous parce que nous sommes réellement des fils de Dieu (cf. 1Jn 3,1), qui est un Père qui aime jusqu’au don de son propre fils pour notre salut. Dieu est un Père qui n’abandonne jamais ses enfants. C’est un Père amoureux qui aide, accueille, pardonne, sauve avec une fidélité qui dépasse grandement celle des hommes pour s’ouvrir vers des dimensions d’éternité « parce que son amour est pour toujours (Ps136). L’amour de Dieu Père est toujours grand, ne se fatigue jamais de nous. C’est un amour qui donne jusqu’à l’extrême, jusqu’au sacrifice du Fils. Nous, fils dans le Fils, sommes appelés à vivre la morale chrétienne comme éthique de la fraternité qui devient praticable grâce à la communion eucharistique.

Cette communion sacramentelle n’est pas simplement une prière privée où le simple chrétien rencontre son Dieu. La communion sacramentelle est plus : elle est le sceau de l’appartenance des chrétiens entre eux à travers leur lien avec le Christ. Pour cela elle est la partie essentielle de la Sainte Messe dans laquelle nous célébrons notre union comme des frères à travers notre frère Jésus Christ.

La communion eucharistique

– est partie intégrante de cet évènement qui est la Sainte Messe ;

– est le sceau de la fraternité entre Dieu et les hommes et, à partir de Dieu, des hommes entre eux ;

– est l’inclusion de tous les hommes dans l’événement de la croix, et, de cette façon, tout le monde est remis à Dieu et donc reconduit à son sens authentique ;

– est l’appel de chaque chrétien à être un tabernacle vivant de Dieu dans le monde.

Comme tabernacles, portons l’amour dans le monde, en prenant conscience que le plus grand n’est pas celui qui a plus mais celui qui aime le plus grâce à l’amour qu’il porte en lui. Le monde a besoin d’amour et non de richesse pour fleurir. Et alors le plus grand de ce monde peut être une personne inconnue qui travaille dans le secret de sa maison ou dans les forêts d’Afrique ou d’Amazonie ou en cachette dans un petit bureau ou dans une usine. Jésus renverse notre idée de grandeur en disant : « vous êtes grands comme votre cœur est grand ». Nous sommes grands lorsque nous savons aimer, lorsque nous savons le faire comme Jésus en traduisant l’amour dans la divine folie du service : « Je suis venu pour servir et non pour être servi. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé » (Mt 23,11-12).

 Cette folie est la nouvelle apportée par le Christ : Dieu est parmi nous et ne tient pas le monde à ses pieds, c’est Lui qui est aux pieds de tous. Dieu est le grand serviteur et non le patron. Servons-le parce que Lui, il est devenu notre serviteur.

    Le service est ce qui permet l’instauration de la civilisation de l’amour où le plus grand est celui qui aime en servant. « En lavant les pieds aux apôtres, Jésus a voulu révéler la manière d’agir de Dieu envers nous et donner l’exemple de son commandement nouveau, celui de nous aimer les uns les autres comme lui nous a aimé, en donnant sa vie pour nous » (Pape François, 12 mars 2016). Le « service est le chemin à parcourir pour vivre la foi » en Jésus et c’est de donner le témoignage de son amour. Et l’amour est le service concret, un service humble fait dans le silence et en cachette. L’amour « demande » des œuvres et non pas seulement des paroles. Il demande « de mettre à disposition les dons que le Saint Esprit nous a donnés pour que la communauté puisse grandir et puisse s’exprimer dans le partage des biens matériels pour que personne ne soit dans le besoin ». Une tâche qui vaut non seulement pour les croyants, mais aussi pour tous : le partage et la dédicace à qui dans le besoin est un style de vie que Dieu demande à tous les chrétiens comme parcours d’humanité authentique et de sainteté.

  Pour ce qui concerne le service, le Christ commande avec amour : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13,12-14). Ceci signifie que celui qui a plus, ce n’est pas pour tenir mais pour donner ; celui qui est plus n’a pas un privilège mais il a une mission.

Les dons et les charismes de Dieu sont pour l’utilité commune (cf. 1Cor 12).  Nous sommes comme un corps avec divers membres – nobles et moins nobles – mais tous nécessaires pour le bien de tout l’organisme. Le service, la charité, la mise à disposition des autres n’est pas un surplus ou une aumône, mais une responsabilité et un devoir. Ils sont un droit des pauvres et des faibles, un droit revendiqué devant Dieu.

Cet « commandement » de servir est adressé de façon particulière aux vierges consacrées. En effet, l’Ordo virginum comprend des femmes vierges qui « en émettant le saint propositum de suivre le Christ de très près, sont consacrées au Christ par l’évêque diocésain selon le rite liturgique approuvé, « s’unissent en noces mystiques au Christ Fils de Dieu et se mettent au service de l’église » (CIC can. 604 § 1). La spécificité de la virginité consacrée est la nuptialité avec le Christ qui « acquiert la valeur d’un ministère au service du peuple de Dieu et intègre les personnes consacrées dans le cœur de l’Eglise et du monde » (Rite de la consécration des vierges, Praenotanda).

Les vierges consacrées s’intègrent dans ce parcours ecclésial par une référence particulière aux affections. En fait, à travers leur vie, en Lui donnant et à son règne toutes leurs forces d’amour, elles témoignent que chaque vocation est accueil de la charité de Dieu et réponse envers lui dans le service aux autres. Elles rappellent la source théologique de l’amour surtout à travers la virginité qui rappelle cette virginité du cœur et des affections qui naît et s’alimente de la communion intime et féconde avec le Seigneur.

Lecture patristique

Saint Paschase Radbert (+ 860)
Commentaire sur l’évangile de Matthieu, 10, 23

CCM 56 B, 1112-1113

Qui s’abaissera sera élevé (Mt 23,12). Non seulement le Christ a dit à ses disciples de ne pas se faire appeler maîtres et de ne pas aimer les premières places dans les repas ni aucun autre honneur. Mais il a donné lui-même, en sa personne, l’exemple et le modèle de l’humilité. Alors que le nom de maître lui est donné non par complaisance mais par droit de nature, car tout subsiste par lui (Col 1,17), il nous a communiqué, par son entrée dans la chair, un enseignement qui nous conduit tous à la vie et, parce qu’il est plus grand que nous, il nous a réconciliés avec Dieu (Rm 5,10). Comme s’il nous disait : N’aimez pas les premiers honneurs, ne désirez pas vous faire appeler maîtres (Mt 23,7), de même que ce n’est pas moi qui recherche ma gloire, il y a quelqu’un qui la recherche (Jn 8,50). Tenez aussi vos regards fixés sur moi, car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la multitude (Mt 20,28).

Assurément, dans ce passage de l’évangile, le Seigneur instruit non seulement ses disciples, mais aussi les chefs des Églises, leur prescrivant à tous de ne pas se laisser entraîner par l’avidité à rechercher les honneurs. Au contraire, que celui qui veut devenir grand soit le premier à se faire comme lui le serviteur de tous (cf. Mt 20,26-27). Si quelqu’un trouve bon de désirer une haute charge (cf. 1Tm 3,1), qu’il désire l’œuvre que celle-ci permet de réaliser et non le grand honneur qui lui est attaché ; qu’il veuille aider et servir tous les hommes, plutôt qu’être aidé et servi par tous. Car le désir d’être servi procède de l’orgueil pharisaïque, et le désir de servir naît de la sagesse et de l’enseignement du Christ.

En vérité, ceux qui sollicitent les honneurs et les réclament pour eux-mêmes sont ceux qui s’élèvent. Et ceux qui se réjouissent d’apporter leur aide et de servir sont ceux qui s’abaissent pour que le Seigneur les élève.

Il faut encore remarquer que le Christ n’a pas parlé de celui que le Seigneur élève, mais qu’il a dit : Celui qui s’élève sera abaissé, de toute évidence par le Seigneur. Il n’a pas parlé non plus de celui que le Seigneur abaisse, mais il a dit : Celui qui s’abaisse volontairement sera élevé (Mt 23,12), en retour, par le Seigneur.

Ainsi, à peine le Christ s’est-il réservé tout particulièrement le titre de maître qu’il invoque la règle de sagesse en vertu de laquelle celui qui veut devenir grand doit être le serviteur (Mt 20,26) de tous. Cette règle, il l’avait exprimée en termes différents : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (Mt 11,29).

Dès lors, quiconque veut être son disciple ne doit pas tarder à apprendre la sagesse dont le Christ affirme qu’il fait lui-même profession, car tout disciple accompli sera comme son maître (Lc 6,40). Au contraire, celui qui aura refusé d’apprendre la sagesse enseignée par le Maître, loin de devenir un maître, ne sera même pas un disciple.

Source : ZENIT.ORG, le 3 novembre 2023