Haïti : tous les religieux otages ont été libérés

Messe à Port-au-Prince, le 15 avril 2021.Messe à Port-au-Prince, le 15 avril 2021. 

Haïti : tous les religieux otages ont été libérés

Tous les religieux catholiques enlevés en Haïti début avril, parmis lesquels deux Français, ont été libérés, a annoncé ce vendredi la Société des prêtres de Saint-Jacques à laquelle ils appartiennent.

«Nous avons retrouvé nos confrères, les religieuses et les membres de la famille du père Jean Anel Joseph en bonne santé», a affirmé la société missionnaire dans un communiqué. L’épiscopat local a confirmé cette information à Vatican News.

«Nos remerciements vont également aux ambassadeurs de France et des États-Unis, pour leur apport diplomatique discret et efficace, ainsi qu’à toutes les autorités politiques et morales du pays ainsi qu’aux gouvernements pour leur indéfectible soutien», a ajouté la socité missionnaire. Trois des sept religieux enlevés avaient déjà été libérés il y a une semaine.

En tout, 10 personnes avaient été kidnappées le 11 avril à la Croix-des-Bouquets, près de la capitale Port-au-Prince, alors qu’elles se rendaient à l’installation d’un nouveau curé. Le groupe comprenait notamment quatre prêtres et une religieuse de nationalité haïtienne, ainsi que deux Français originaires de l’ouest de la France: une religieuse originaire du département de la Mayenne et un prêtre originaire de l’Ille-et-Vilaine qui vit en Haïti depuis plus de trente ans. Trois autres personnes, membres de la famille d’un prêtre haïtien, le père Jean Anel Joseph, qui ne faisait pas partie des personnes kidnappées, avaient également été enlevées.

La Société des prêtres de Saint-Jacques, une présence missionnaire importante en Haïti

Les cinq prêtres font partie de la Société des prêtres de Saint-Jacques, dont la maison mère se trouve à Guiclan dans le diocèse de Quimper (qui correspond au département du Finistère, en Bretagne). Cette société missionnaire compte une quinzaine de prêtres en Haïti, sur un total de 80 prêtres et une vingtaine de séminaristes présents aussi en France, au Brésil et au Canada.

L’enlèvement des religieux avait provoqué un grand retentissement international et une profonde crise politique dans le pays, en proie à une recrudescence des enlèvements contre rançon ces derniers mois à Port-au-Prince comme en province, témoignant de l’emprise grandissante des gangs armés sur le territoire haïtien.

(Avec AFP)

Source: VATICANNEWS, le 30 avril 2021

Les évêques d’Haïti appellent à intensifier les prières pour la libération des otages

L'église Saint-Antoine, où le prêtre français Michel Briand, l'un des otages, a été en mission pendant plusieurs années. Port-au-Prince, le 12 avril 2021.L’église Saint-Antoine, où le prêtre français Michel Briand, l’un des otages, a été en mission pendant plusieurs années. Port-au-Prince, le 12 avril 2021.  (ANSA)

Les évêques d’Haïti appellent à intensifier les prières pour la libération des otages

Dix jours après l’enlèvement de cinq prêtres et deux religieuses, ainsi que de trois laïcs en périphérie de Port-au-Prince, l’épiscopat haïtien demande dans un message trois journées de prière et de mobilisation, jusqu’à ce vendredi. 

Dans ce message daté du 20 avril, les évêques haïtiens appellent à une nouvelle grève de toutes les écoles catholiques, presbytérales, congréganistes, des universités et de toutes les autres institutions catholiques, à l’exception des hôpitaux et des centres de santé. Aucune activité donc, du 21 au 23 avril inclus, comme ce fut le cas déjà le 15 avril dernier.

Chapelet, messes, adoration du Saint-Sacrement

Les 21 et 22 avril, les prêtres sont appelés à continuer de célébrer la sainte Messe «afin d’implorer Dieu pour la libération des personnes enlevées, la conversion des ravisseurs, le salut d’Haïti». «Après l’homélie, nous invitons les prêtres à faire la Litanie de la Miséricorde Divine comme prière universelle», ajoute l’épiscopat. Le 23 avril, «à midi sonnant, les cloches résonneront dans toutes les églises; nous exposerons le Très Saint Sacrement en méditant quelques Psaumes de louange (…). Ce même vendredi, à trois heures, le Chapelet de la Miséricorde Divine sera récité dans toutes les paroisses, suivi de la célébration de la sainte Messe pour la clôture de la journée», est-il également écrit.

Les évêques invitent à prier «pour que chaque responsable, chaque autorité du pays tienne ses engagements», et pour «que la Puissance de la Résurrection du Christ triomphe sur toutes les forces des ténèbres et de la mort qui nous empêchent de vivre en enfants de Dieu».

Des ravisseurs inflexibles

Après l’enlèvement le 11 avril dernier de dix personnes, dont sept religieux et trois laïcs – seule la mère d’un prêtre, septuagénaire, a été libérée depuis -, l’épiscopat constate «avec beaucoup de tristesse que la situation de nos frères et sœurs pris en otage par des bandits n’a pas changé jusqu’à présent». L’inquiétude grandit, car «malgré tous les appels de l’Église, des évêques, des prêtres, des religieux/religieuses, des fidèles laïcs, des organisations de la société civile, en Haïti comme à l’étranger, les otages (…) sont toujours entre les mains des kidnappeurs, qui semblent ne pas entendre raison». Ceux-ci avaient exigé une rançon d’un million de dollars pour libérer les otages. «Face à cette situation, nous devons agir comme chrétiens et comme citoyens conséquents, fils et filles d’une même nation», estiment avec gravité les évêques haïtiens. 

Source: VATICANNEWS, le 22 avril 2021

Sept religieux catholiques enlevés en Haïti

Célébrations de la Semaine Sainte à Port-au-Prince, Haïti en 2021. Célébrations de la Semaine Sainte à Port-au-Prince, Haïti en 2021.   (ANSA)

Sept religieux catholiques enlevés en Haïti

Dimanche matin 11 avril, sept religieux ont été enlevés à la Croix-des-Bouquets, en périphérie de Port-aux-Prince alors qu’ils se rendaient à l’installation d’un nouveau curé. Le «400 Mawozo», un gang local, serait à l’origine du kidnapping selon la police. Parmi ces religieux enlevés figurent deux français. 

Un prêtre et une religieuse française font partie des sept victimes du kidnapping qui a eu lieu hier en périphérie de Port-au-Prince.

Le prêtre originaire de Bretagne, parmi les quatre autres, appartient à la Société des prêtres de Saint Jacques. Le cinquième est du diocèse du Cap-Haïtien. La religieuse française fait elle partie des sœurs de la Providence de la Pommeraye, sa consœur d’une autre congrégation, est haïtienne. Enfin, il faut ajouter à ces disparus trois membres de la famille d’un autre prêtre.

Interrogé sur France-Inter lundi matin, un prêtre exprimait son inquiétude pour ces religieux qu’il connait, certains étant âgés ou de santé fragile. Il avait également été appelé par un des ravisseurs, qui réclamait une rançon: un million de dollars; autrement il en allait de la vie de ces dix personnes.

Des actes inhumains

«C’en est trop. L’heure est venue pour que ces actes inhumains s’arrêtent», a réagi hier Mgr Pierre-André Dumas, évêque de Miragoâne. La conférence haïtienne des Religieux a fait part quant à elle de «sa profonde douleur» et de «sa colère» devant «la situation infrahumaine dans laquelle nous pataugeons depuis déjà plus d’une décennie», dénonce-t-elle.

«Pas un jour sans qu’il y ait des pleurs et des grincements des dents et pourtant les dits responsables de ce pays, tout en s’accrochant au pouvoir, sont de plus en plus impuissants et, tout autant inexistants si nous considérons la responsabilité d’un pouvoir établi selon les normes qui régissent une nation», dénoncent les religieux haïtiens dans cette note.

«Nous n’en pouvons plus!», lit-on encore dans cette note qui donne le détail des noms des personnes enlevées: père Evens Joseph, père Michel Briand (de nationalité française), père Jean Nicaisse Milien, père Joël Thomas, tous les quatre de la Société des prêtres de Saint Jacques, et le père Hugues Baptiste, du diocèse du Cap-Haitien. 

Les deux religieuses sont sœur Anne Marie Dorcélus, et sœur Agnès Bordeau (de nationalité française), sœur de la Providence de la Pommeraye.

Réaction de l’Église de France

La Conférence des éveques et celle des Religieux et Religieuses de France ont toutes deux réagi ce matin, exprimant «leur très vive inquiétude». «La grande pauvreté de ce pays alliée aux contestations politiques accroît l’insécurité déjà très prégnante depuis de nombreuses années», assurent les deux conférences dans un communiqué commun. 

Dans ce «temps d’angoisse», l’Église de France assure les les catholiques d’Haïti et tous ses habitants de «leur soutien et de leur prière». Les deux conférences enjoignent enfin les ravisseurs de libérer «les hommes et les femmes de paix qu’ils ont enlevés et de ne pas ajouter encore de la haine là où se trouvent déjà la pauvreté et l’insécurité».

L’insécurité croît depuis des années

L’île d’Haïti est plongé depuis plusieurs années dans une profonde crise politique et sociale. Le président Jovenel Moïse est de plus en plus contesté, sur fond d’insécurité grandissante.

En mars, le pouvoir exécutif haïtien avait décrété l’état d’urgence pour un mois dans certains quartiers de la capitale et une région de province afin de «restaurer l’autorité de l’État» dans des zones contrôlées par des gangs.

La mesure est motivée par les actions de bandes armées qui «séquestrent des personnes contre rançon en le déclarant ouvertement, volent et pillent des biens publics et privés, et affrontent ouvertement les forces de sécurité publique», selon l’arrêté présidentiel.

La violence des gangs et l’instabilité politique dans le pays ont conduit récemment à des manifestations dans les rues de la capitale.

Olivier Bonnel a recueilli la réaction de Mgr Launay Saturné, l’archevêque de Cap Haïtien, qui est également le président de la conférence épiscopale du pays:

Entretien avec Mgr Launay Saturné

«C’est une situation qui plonge le peuple haïtien et l’Église d’Haïti dans la plus grande consternation. Parce que depuis deux ans et demi, c’est le quotidien du peuple haïtien. C’est une situation sans remède, parce que ce sont les autorités qui devaient trouver une solution à cette situation, et elles ne font rien! Tout le monde est touché par cette situation de kidnapping au quotidien. Avant, deux personnes, trois personnnes étaient kidnappées… Maintenant ce sont 10 personnes à la fois. Le nombre, ça effraie. Et quand le kidnapping est arrivé, c’est un prêtre de la Société de Saint-Jacques qu’on allait installer dans une paroisse où les gens ont beaucoup de problèmes, où les gens ont besoin de l’accompagnement de l’Église.

Donc c’est une situation qui touche tout le monde indistinctement, pas seulement l’Église catholique, parce qu’en kidnappant 10 personnes, les gens pensent que personne n’est à l’abri dans ce pays.

On sent une colère dans vos propos, Mgr Saturné, une colère qui montre que cet état d’insécurité est un état chronique, en Haïti?

La situation n’est pas transitoire: elle est chronique, parce qu’elle a des conséquences incalculables sur la vie d’un peuple qui est non violent, qui est pacifique, un peuple qui cherche sa paix, alors que chaque jour nous faisons l’expérience de la violence. La situation peut entraîner des conséquences vraiment incalculables, parce que à force de mal aider un peuple, un jour il peut sortir ses griffes, et on ne sait pas quel peut être sa réaction.

Qu’attendez-vous concrètement de la part des autorités haïtiennes pour en finir avec cette situation d’instabilité et d’insécurité permanente?

Que les autorités prennent leurs responsabilités en main. Les autorités sont là pour garantir la vie, la sécurité des biens et des personnes. Et les droits de l’homme exigent que les gens puissent vivre en paix.»

Source: VATICANNEWS, le 12 avril 2021