Sept religieux catholiques enlevés en Haïti

Célébrations de la Semaine Sainte à Port-au-Prince, Haïti en 2021. Célébrations de la Semaine Sainte à Port-au-Prince, Haïti en 2021.   (ANSA)

Sept religieux catholiques enlevés en Haïti

Dimanche matin 11 avril, sept religieux ont été enlevés à la Croix-des-Bouquets, en périphérie de Port-aux-Prince alors qu’ils se rendaient à l’installation d’un nouveau curé. Le «400 Mawozo», un gang local, serait à l’origine du kidnapping selon la police. Parmi ces religieux enlevés figurent deux français. 

Un prêtre et une religieuse française font partie des sept victimes du kidnapping qui a eu lieu hier en périphérie de Port-au-Prince.

Le prêtre originaire de Bretagne, parmi les quatre autres, appartient à la Société des prêtres de Saint Jacques. Le cinquième est du diocèse du Cap-Haïtien. La religieuse française fait elle partie des sœurs de la Providence de la Pommeraye, sa consœur d’une autre congrégation, est haïtienne. Enfin, il faut ajouter à ces disparus trois membres de la famille d’un autre prêtre.

Interrogé sur France-Inter lundi matin, un prêtre exprimait son inquiétude pour ces religieux qu’il connait, certains étant âgés ou de santé fragile. Il avait également été appelé par un des ravisseurs, qui réclamait une rançon: un million de dollars; autrement il en allait de la vie de ces dix personnes.

Des actes inhumains

«C’en est trop. L’heure est venue pour que ces actes inhumains s’arrêtent», a réagi hier Mgr Pierre-André Dumas, évêque de Miragoâne. La conférence haïtienne des Religieux a fait part quant à elle de «sa profonde douleur» et de «sa colère» devant «la situation infrahumaine dans laquelle nous pataugeons depuis déjà plus d’une décennie», dénonce-t-elle.

«Pas un jour sans qu’il y ait des pleurs et des grincements des dents et pourtant les dits responsables de ce pays, tout en s’accrochant au pouvoir, sont de plus en plus impuissants et, tout autant inexistants si nous considérons la responsabilité d’un pouvoir établi selon les normes qui régissent une nation», dénoncent les religieux haïtiens dans cette note.

«Nous n’en pouvons plus!», lit-on encore dans cette note qui donne le détail des noms des personnes enlevées: père Evens Joseph, père Michel Briand (de nationalité française), père Jean Nicaisse Milien, père Joël Thomas, tous les quatre de la Société des prêtres de Saint Jacques, et le père Hugues Baptiste, du diocèse du Cap-Haitien. 

Les deux religieuses sont sœur Anne Marie Dorcélus, et sœur Agnès Bordeau (de nationalité française), sœur de la Providence de la Pommeraye.

Réaction de l’Église de France

La Conférence des éveques et celle des Religieux et Religieuses de France ont toutes deux réagi ce matin, exprimant «leur très vive inquiétude». «La grande pauvreté de ce pays alliée aux contestations politiques accroît l’insécurité déjà très prégnante depuis de nombreuses années», assurent les deux conférences dans un communiqué commun. 

Dans ce «temps d’angoisse», l’Église de France assure les les catholiques d’Haïti et tous ses habitants de «leur soutien et de leur prière». Les deux conférences enjoignent enfin les ravisseurs de libérer «les hommes et les femmes de paix qu’ils ont enlevés et de ne pas ajouter encore de la haine là où se trouvent déjà la pauvreté et l’insécurité».

L’insécurité croît depuis des années

L’île d’Haïti est plongé depuis plusieurs années dans une profonde crise politique et sociale. Le président Jovenel Moïse est de plus en plus contesté, sur fond d’insécurité grandissante.

En mars, le pouvoir exécutif haïtien avait décrété l’état d’urgence pour un mois dans certains quartiers de la capitale et une région de province afin de «restaurer l’autorité de l’État» dans des zones contrôlées par des gangs.

La mesure est motivée par les actions de bandes armées qui «séquestrent des personnes contre rançon en le déclarant ouvertement, volent et pillent des biens publics et privés, et affrontent ouvertement les forces de sécurité publique», selon l’arrêté présidentiel.

La violence des gangs et l’instabilité politique dans le pays ont conduit récemment à des manifestations dans les rues de la capitale.

Olivier Bonnel a recueilli la réaction de Mgr Launay Saturné, l’archevêque de Cap Haïtien, qui est également le président de la conférence épiscopale du pays:

Entretien avec Mgr Launay Saturné

«C’est une situation qui plonge le peuple haïtien et l’Église d’Haïti dans la plus grande consternation. Parce que depuis deux ans et demi, c’est le quotidien du peuple haïtien. C’est une situation sans remède, parce que ce sont les autorités qui devaient trouver une solution à cette situation, et elles ne font rien! Tout le monde est touché par cette situation de kidnapping au quotidien. Avant, deux personnes, trois personnnes étaient kidnappées… Maintenant ce sont 10 personnes à la fois. Le nombre, ça effraie. Et quand le kidnapping est arrivé, c’est un prêtre de la Société de Saint-Jacques qu’on allait installer dans une paroisse où les gens ont beaucoup de problèmes, où les gens ont besoin de l’accompagnement de l’Église.

Donc c’est une situation qui touche tout le monde indistinctement, pas seulement l’Église catholique, parce qu’en kidnappant 10 personnes, les gens pensent que personne n’est à l’abri dans ce pays.

On sent une colère dans vos propos, Mgr Saturné, une colère qui montre que cet état d’insécurité est un état chronique, en Haïti?

La situation n’est pas transitoire: elle est chronique, parce qu’elle a des conséquences incalculables sur la vie d’un peuple qui est non violent, qui est pacifique, un peuple qui cherche sa paix, alors que chaque jour nous faisons l’expérience de la violence. La situation peut entraîner des conséquences vraiment incalculables, parce que à force de mal aider un peuple, un jour il peut sortir ses griffes, et on ne sait pas quel peut être sa réaction.

Qu’attendez-vous concrètement de la part des autorités haïtiennes pour en finir avec cette situation d’instabilité et d’insécurité permanente?

Que les autorités prennent leurs responsabilités en main. Les autorités sont là pour garantir la vie, la sécurité des biens et des personnes. Et les droits de l’homme exigent que les gens puissent vivre en paix.»

Source: VATICANNEWS, le 12 avril 2021

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