19.03.2026 – MESSE DE LA SOLENNITÉ DE SAINT JOSEPH

Le jeudi 19 mars 2026, à l’occasion de la solennité de saint Joseph, KTO retransmet en direct la messe depuis Nazareth, à 17h (heure de Paris). Présidée par le Custode de Terre Sainte, frère Francesco Ielpo, la célébration a lieu en la basilique de l’Annonciation à Nazareth. En partenariat avec le Christian Media Center.

22.03.2026 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE DE CARÊME – JEAN 11, 1-45

Dieu dans les larmes

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Lectures: Évangile selon saint Jean 11, 1-45

Sans doute le savez-vous, c’est dans l’Évangile de ce dimanche que se trouve le plus court verset de la Bible, également un des plus profonds : « Jésus pleura » (Jn 11, 35). Ainsi, Dieu, en l’homme, pleure-t-il. Il pleure la mort d’un ami. Il pleure avec ceux que la mort de Lazare effondre. Il pleure la condition mortelle de l’homme.

Si on comprend aisément que les larmes du Christ montrent la profondeur de son humanité, que la résurrection de Lazare préfigure la sienne, que Jésus opère ici une résurrection prophétique – « Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé » – la difficulté à comprendre ce verset vient du récit lui-même.

Pourquoi Jésus pleure-t-il ? Il sait qu’il reverra Lazare vivant. D’ailleurs, le texte insiste pour nous dire qu’il ne se presse pas à son chevet, qu’il s’y rend pour montrer la gloire de Dieu. Pourtant, il pleure à la rencontre de Marthe et Marie. Et le récit souligne que, face à la tombe, il est repris par l’émotion. Il n’y a de doute pour personne que Lazare soit mort : cela fait quatre jours qu’il est au tombeau. Jésus ne feint pas ici le chagrin. Puisqu’il sait que Lazare vivra, c’est sur la mort-même qu’il pleure. Ainsi, prolongeant d’espérance chrétienne l’exclamation des Juifs alentours, pourrait-on dire : « Voyez comme il l’aimait vivant ! » Les larmes du Christ sont des larmes d’amour pour la vie de son ami défunt.

Le prénom Lazare vient de l’hébreu El’azar (אלעזר), signifiant « Dieu a aidé » ou « Dieu a secouru ». Nous comprenons, avec le récit, qu’il s’agit de nous secourir au bord de l’abîme, de pleurer nos larmes, de nous voir vivants au-delà de toute mort et de nous aider à sortir de nos tombeaux. Nous comprenons surtout que la résurrection d’entre les morts n’est pas qu’un processus ultime, qui se produira à la fin des temps ; qu’être chrétien, c’est entrer dans un processus résurrectionnel ; que la vie baptismale est en soi résurrection.

La semaine passée, nous avions médité sur les blessures héritées, toutes ces petites morts à soi, ces crucifixions personnelles que nous ont imposées des proches, nos familles et le monde qui nous entoure, répercutant parfois de génération en génération leurs propres blessures. De beaucoup de ces morts à nous-même, nous nous sommes relevés ; de beaucoup d’humiliations, blessures, chagrins et souffrances, nous avons déjà guéri. Et si nous creusons les motifs de tous ces relèvements, nous trouvons toujours l’amour. C’est par amour et pour l’amour que nous avons su déjà ressusciter des larmes qui nous ont été imposées.

L’amour transcende toujours les larmes et Jésus le sait. S’il pleure, c’est pour montrer que, même dans le deuil et les larmes, Dieu se trouve. Et il montrera sur la croix que, dans la mort, au-delà du sentiment ultime d’abandon, Dieu se trouve encore.

Avec Jésus, nous saisissons que les larmes sont les prémisses de la résurrection. Que toutes nos larmes – sur autrui ou sur nous-mêmes – sont aussi et avant tout des actes d’amour, qu’elles confessent un désir résurrectionnel brûlant, qu’elles sont un cri vers Dieu pour la vie. Et Dieu vient au bord de nos tombeaux pleurer avec nous.

C’est toujours à partir des larmes que nous ressuscitons. Ainsi faut-il changer notre regard sur nos chagrins, qui proclament autant notre affliction que notre amour pour la vie, et comprendre que nos larmes sont autant signes de deuil que désir de résurrection. C’est du fond des larmes que surgit la gloire de Dieu. Si nous parvenons à trouver le Christ dans les larmes, comme il se présente dans l’Évangile aujourd’hui – c’est-à-dire, si nous parvenons à trouver l’amour de Dieu dans nos chagrins, nos regrets, nos blessures – alors notre deuil s’accomplira et nous ressusciterons. Lazare signifie « Dieu a aidé ». Le Christ nous montre qu’il vient nous aider au bord de nos tombeaux, dans les larmes.

Le carême est un temps pour se pencher sur nos pleurs au bord de l’abîme et y trouver l’amour de Dieu en pleurs. De quels tombeaux de votre vie attendez-vous encore que quelqu’un vienne pleurer avec vous, avant de crier ‘Sors !’ ?

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 18 mars 2026

22.03.2026 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE DE CARÊME – JEAN 11,1-45

« Lazare, viens dehors ! »

Homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Nous approchons de la fin du Carême.  Les textes bibliques de ce dimanche nous laissent entrevoir la joie de Pâques, la victoire de la vie sur la mort. Nous sommes invités à participer à cette victoire en nous engageant au service de la paix et de la vie. Comme chaque année, le CCFD nous appelle à lutter contre les souffrances et les inégalités qui marquent notre monde. Nous le voyons bien, les pauvres sont de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux. L’actualité internationale est dominée par la violence, les conflits, la détresse de ceux qui fuient leur terre à la recherche d’un lieu de paix. Il est important d’être attentifs aux cris d’ici et de là-bas. Le CCFD-Terre Solidaire nous invite cette année à nous laisser toucher par les cris du monde et à les transformer en espérance partagée.

Pour ce combat, c’est vers le Seigneur que nous nous tournons. Les textes bibliques de ce dimanche voudraient nous y aider. Nous avons tout d’abord la première lecture qui nous ramène au quatrième siècle avant Jésus Christ. Le peuple d’Israël se trouve en grande détresse car il est déporté en terre d’exil. Mais le prophète Ézéchiel intervient pour raviver l’espérance des exilés. Dieu ouvrira le tombeau dans lequel ce peuple s’est englouti. Il le ramènera vers la terre d’Israël. Ce sera la victoire de la vie sur la mort. À travers ce texte biblique, nous avons déjà une approche de l’idée de résurrection.

Il y a un mot qui revient souvent dans l’Ancien Testament et dans l’Évangile : c’est le verbe « sortir ». Nous découvrons un Dieu qui fait « sortir » son peuple d’Égypte ; il lui annonce qu’il le fera sortir de ses tombeaux : « Je mettrai en vous mon Esprit et vous vivrez. » L’Évangile nous parle également d’un Dieu qui « sort ». Nous connaissons tous la parabole du semeur qui est sorti pour semer. Et nous n’oublions pas le maître qui sort pour embaucher jusqu’à la 11ème heure. Aujourd’hui, le CCFD nous invite à sortir de notre indifférence et de notre passivité. Comme au temps de Moïse, le Seigneur voit la misère de son peuple et il nous envoie pour le libérer de tout ce qui le détruit.

Dans la lettre aux Romains, l’apôtre Paul nous parle de l’Esprit qui nous fait sortir de l’emprise de la chair. Dans son langage, il s’agit des faiblesses de la condition humaine et du péché. Nous sommes appelés à vivre sous l’emprise de l’Esprit. À travers ce message, il nous revoie à la vie divine qui est semée en nous. Elle est le gage de notre résurrection. C’est la vie qui l’emporte sur la mort. Nous devenons de jour en jour plus attentifs, plus solidaires et généreux. Grâce à l’Esprit Saint, nous apprenons à ouvrir nos yeux, nos mains et notre cœur.

L’Évangile de ce dimanche nous fait assister à la sortie de Lazare de son tombeau. À travers ce geste extraordinaire, Jésus exprime pleinement son pouvoir sur la mort. Les disciples savent que cette montée vers Jérusalem est une marche vers la mort. Malgré leur incrédulité, il veut leur faire comprendre que cette route s’achèvera par la victoire de la vie.

De cet Évangile, nous devons surtout retenir la déclaration solennelle de Jésus : « Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ». Puis nous avons la réponse de Marthe : « Oui, Seigneur, je crois. » En lisant cet Évangile, nous prenons conscience d’une réalité importante : ce n’est pas seulement Lazare qu’il faut sortir de son tombeau ; c’est l’humanité tout entière qu’il faut délivrer de la mort. Nous sommes tous appelés à sortir de notre égoïsme, notre indifférence, notre péché. Comme pour Lazare, le Seigneur nous dit à tous : « Viens dehors ! »

Un simple retour à la vie ne fait que reculer l’échéance. Le Christ veut nous faire émerger à une autre vie. Il nous appelle à une vie nouvelle. Ce sera le triomphe de la vie sur la mort. C’est une vie qui ne passera pas. Mais avant toute chose, il nous faut entendre l’appel du Christ qui veut nous faire sortir de notre tombeau. Avec lui, c’est l’événement merveilleux de la victoire de la vie sur la mort. Nous sommes invités à vivre ce carême comme un passage vers une vie plus juste, plus solidaire, plus ouverte à Dieu et aux autres. Avec le Christ, nous pouvons toujours triompher de nos peurs et retrouver le courage et l’espérance de repartir en avant. C’est chaque jour qu’il nous faut ressusciter avec lui.

Aujourd’hui, le même Christ compte sur nous pour participer à cette œuvre de libération. Beaucoup de nos frères et sœurs sont un peu comme s’ils étaient enfermés dans des tombeaux. Nous pensons à tous ceux qui sont opprimés, sans travail, affamés ou malades. Nous croyons que le Seigneur peut ouvrir ces tombeaux-là. Mais nous savons aussi que sa parole et son action passent par nos engagements.

Le CCFD Terre solidaire nous lance un appel à transformer la clameur du monde en espérance. Il n’est pas acceptable que des hommes, des femmes et des enfants restent enfermés dans leur précarité. Le Christ nous apprend à écouter et à nous laisser toucher par leur souffrance. Il nous invite à ouvrir notre cœur, nos yeux, nos oreilles et nos mains. Les bandelettes qui entourent Lazare sont le symbole de notre égoïsme, de notre froideur et de notre indifférence. C’est de cela que Jésus veut nous libérer.

En appelant Lazare à venir dehors, Jésus s’adresse aussi à tous les hommes. Il les appelle tous par leur nom. Avec lui, la mort ne peut avoir le dernier mot. Elle est devenue un passage, une porte vers l’éternité. En ce jour, nous faisons nôtre la profession de foi de Marthe: « Je crois, Seigneur ; tu es le Fils de Dieu qui vient sauver le monde. »

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 15 mars 2026

Saint Joseph, gardien du Sauveur

Illustration

Saint Joseph, gardien du Sauveur

Saint Joseph apparaît dans les Évangiles comme un homme juste, entièrement disponible à la volonté de Dieu. Époux de Marie et père légal de Jésus, il reçoit la mission de garder l’Enfant, de le protéger, de pourvoir à ses besoins et de lui donner une éducation authentiquement humaine. Son existence est marquée par le travail, la chasteté, l’obéissance, la confiance et la persévérance. Docile aux avertissements divins, Joseph accepte sans réserve les chemins que Dieu lui indique, depuis l’accueil de Marie jusqu’à la fuite en Égypte, puis au retour à Nazareth. Par son amour fidèle, son courage discret et sa soumission intelligente au dessein de Dieu, il coopère à la mission du Sauveur. Gardien de Jésus durant sa vie cachée, il apparaît ainsi comme un serviteur décisif du mystère de la Rédemption.

Les raisons d’y croire

  • L’Évangile présente saint Joseph comme un charpentier qui travaille honnêtement pour nourrir sa famille. Sa place est discrète, bien qu’il soit un personnage essentiel, et aucune parole de lui n’est rapportée. Cette sobriété narrative est frappante. Une telle retenue, loin d’un souci d’embellissement, suggère que les auteurs ont transmis les faits tels qu’ils les connaissaient, sans chercher à enrichir artificiellement le récit.
  • Le fait que Marie soit enceinte avant la vie commune avec Joseph constitue, humainement, une situation délicate. L’Évangile de saint Matthieu rapporte que Joseph, troublé, envisage de se séparer discrètement de Marie. Rapporter un tel épisode peut prêter à suspicion ou à critique. Cela correspond à ce que les historiens appellent un critère d’embarras : un récit peu avantageux a peu de chances d’avoir été inventé.
  • Joseph est un descendant du roi David, ce qui permet d’inscrire Jésus dans l’accomplissement des promesses messianiques de l’Ancien Testament (2 S 7,12-16 et Is 11,1 ). En donnant à Jésus son nom et en l’accueillant légalement dans sa famille, Joseph lui confère son appartenance à la lignée davidique. Cet aspect de l’histoire de Jésus répond donc aussi auxattentes messianiques.
  • Les songes ont une place déterminante pour orienter les décisions de Joseph. Il reçoit à plusieurs reprises des indications précises en rêve : accueillir Marie chez lui malgré une situation incompréhensible, fuir en Égypte pour protéger l’enfant, revenir lorsque le danger disparaît, s’établir en Galilée et non en Judée… Ces décisions sont graves et rien dans le récit ne permet de les expliquer autrement que par ces avertissements surnaturels reçus pendant le sommeil.
  • Or, les événements historiques donnent chaque fois raison à ces songes. « Lève-toi ;prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr » (Mt 2,13 ). Joseph ne tergiverse pas : l’ordre est impérieux. Dieu, qui l’a donné, se dit-il certainement, apportera aussi les moyens de l’observer. Aussi « il se leva dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode » ( Mt 2,14-15). La fuite en Égypte permet d’échapper à la menace d’Hérode, qui est bien réelle.
  • Joseph, comme tous les hommes de l’Antiquité, craint la divinité. Non pas seulement d’une crainte servile, c’est-à-dire par peur des châtiments, mais surtout d’une crainte filiale : il ne veut pas déplaire à Dieu. En cela, il se montre aussi un exemple pour les hommes d’aujourd’hui : son attitude va à rebours de l’indifférentisme religieux actuel.
  • L’espérance, vertu octroyée par Dieu et qui a Dieu pour but et terme, implique la confiance : si Joseph accomplit ce que Dieu lui demande, c’est d’abord parce qu’il a confiance dans le fait que Dieu veut son bien et que, parce qu’il est tout-puissant, il peut le réaliser.
  • Aussi Joseph ne se laisse-t-il pas aller au découragement : que d’initiatives audacieuses ne doit-il pas prendre pour veiller sur la vie de la Sainte Vierge et de l’Enfant Jésus pendant le voyage en Égypte ? Ses journées ne sont-elles pas tissées d’une suite d’actes de persévérance pour mener à bien la mission reçue de Dieu ? Le don de sa vie et de ses efforts à l’Enfant Jésus en est la clé.
  • Comme père responsable de l’éducation humaine de son fils, Joseph a enseigné à Jésus à être soumis à ses parents (cf. Lc 2,51 ), selon le commandement de Dieu (cf. Ex 20,12 ). L’obéissance de l’enfant à l’égard de ses parents est analogue à celle que l’homme est appelé à observer envers Dieu ; aussi Jésus a-t-il appris à l’école de Joseph à faire la volonté du Père divin. Quand le Christ dit que cette volonté est devenue sa nourriture quotidienne (cf. Jn 4,34 ), c’est à Joseph qu’il doit l’acquisition de cette vertu. Les petits sacrifices qu’il apprend à offrir durant ses jeunes années le conduisent, au terme de sa vie terrestre, au grand sacrifice : il « a appris par ses souffrances l’obéissance» ( He 5,8 ). À Gethsémani, il préfère accomplir la volonté du Père plutôt que la sienne « jusqu’à la mort… de la Croix » ( Ph 2,8 ). Le rôle de saint Joseph est donc primordial à l’égard du Sauveur comme homme : en le préparant, Joseph se montre coopérateur au mystère de la Rédemption.

Auteur :

Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.

Source : La foi chrétienne est vraie, le 19 mars 2026