À l’approche de Noël, le Pape demande de faire avancer la cause de la paix
Ukraine, Israël et Palestine une nouvelle fois au cœur des pensées de François après la prière de l’Angélus du 10 décembre. «Serons nous capable de prendre des mesures concrètes en faveur de la paix?», demande le Successeur de Pierre.
Au terme de la prière de l’Angélus, en s’adressant à la foule nombreuse venue place Saint-Pierre admirer la crèche qui accueillera le Prince de la Paix, le Pape invite les fidèles à continuer à prier «pour les populations qui souffrent de la guerre».
«À l’approche de Noël, serons-nous capables, avec l’aide de Dieu, de prendre des mesures concrètes en faveur de la paix?», s’interroge le Souverain Pontife, admettant la difficulté face à des situation qui ont «des racines historiques profondes». Il invite à s’appuyer sur les témoignages des hommes et des femmes qui au cours de l’histoire, ont «œuvré avec sagesse et patience pour une coexistence pacifique». Il ne faut épargner aucun effort, estime François, «pour affronter et éliminer les causes des conflits».
Protéger les civils, les hôpitaux et les lieux de culte
Revenant sur la thématique des droits de l’homme, en ce 10 décembre, 75e anniversaire de l’adoption à Paris de la Déclaration universelle, l’évêque de Rome appelle une nouvelle fois à protéger les populations civiles souvent prises en étau entre les belligérants, à protéger aussi les lieux de culte, les hôpitaux, et à la libération des personnes retenues en otage.
Les pensées du Pape se tournent aussi vers l’Ukraine martyrisée, qui subit dans la région de Donetsk des assauts continus menés par les forces russes au sol et dans les airs. Le Souverain pontife ne dissimule pas non plus son inquiétude pour Israël et la Palestine, en guerre depuis plus de deux mois, et dont les combats et les bombardements sur Gaza et dans le sud de la bande n’épargnent ni les civils, ni les structures hospitalières, ni les lieux de culte, mosquées et églises. Au 65e jour de conflit, le Hamas annonce un bilan de près de 18 000 morts, et retient toujours 137 personnes en otage depuis son incursion terroriste du 7 octobre.
Le Pape salue la libération de prisonniers arméniens et azerbaïdjanais
À l’issue de l’angélus, dimanche 10 décembre place Saint-Pierre, le Souverain pontife a évoqué la récente percée dans les relations entre Bakou et Erevan, saluant la libération réciproque de prisonniers et appelant les deux parties à conclure rapidement un accord de paix. Le 7 décembre, les deux pays du Caucase publiaient une déclaration commune confirmant leur «intention de normalisation» après des décennies de guerre.
Delphine Allaire – Cité du Vatican
«Je me réjouis de la libération d’un nombre significatif de prisonniers arméniens et azerbaïdjanais. Je regarde avec grande espérance ce signe positif pour les relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan et pour la paix dans le Caucase du Sud. J’encourage les parties et leurs dirigeants à conclure un traité de paix dès que possible.» En ces termes prononcés depuis la fenêtre des appartements pontificaux, dimanche 10 décembre, le Pape a réagi à la dernière avancée diplomatique entre les deux États, qui ont promis jeudi 7 décembre «des mesures concrètes» visant à «renforcer la confiance».
Arménie et Azerbaïdjan ont ainsi réaffirmé «leur intention de normaliser leurs liens et de signer un accord de paix», et se sont entendus sur la libération de 32 prisonniers de guerre arméniens, en échange de celle de deux soldats azerbaïdjanais.
Erevan et Bakou «continueront de discuter de mesures pour renforcer la confiance, qui seront prises dans un avenir proche, et appellent à un soutien de la communauté internationale», lit-on encore dans la déclaration commune publiée à l’issue de pourparlers entre le cabinet du Premier ministre arménien et la présidence azerbaïdjanaise.
Le jeu des négociations
Outre le Pape, les alliés des deux pays comme la Russie ou la Turquie se sont montrés satisfaits de cette inflexion. La diplomatie arménienne a affirmé jeudi avoir répondu «positivement» à une proposition du secrétaire d’État américain Antony Blinken d’organiser une rencontre des ministres arménien et azerbaïdjanais des Affaires étrangères à Washington.
Le secrétaire d’État adjoint américain était lui le 6 décembre à Bakou où il a eu des discussions «positives et constructives» avec le président Aliev visant à favoriser la paix, selon le département d’État. Des incidents armés ont toujours lieu régulièrement à la frontière entre les deux pays. L’Arménie et l’Azerbaïdjan se sont livrés trois guerres en trente ans pour le contrôle de l’enclave arménienne du Haut-Karabagh, que Bakou a reconquise en septembre après une offensive éclair.
Cardinal Müller : synode, un premier bilan intermédiaire
Nous traduisons ici en exclusivité un entretien avec le cardinal Müller par Lothar C. Rilinger publié le 5 décembre 2023 sur le site allemand Kath.net (https://www.kath.net/).
La première session du synode mondial convoqué par le pape François est désormais terminée. Selon plusieurs participants, les discussions se seraient déroulées dans un climat apaisée. Aucune question impliquant un changement décisif dans l’Église aurait été abordée. Au contraire, des sujets concernant les opportunités pastorales et l’évangélisation auraient été traitées. En outre, des voix se seraient exprimées en marge du Synode pour rappeler les principes fondamentaux de la doctrine et de la constitution de l’Église. Ainsi, le Synode devrait être considéré comme un forum de réflexion sur l’avenir de l’Église. Des questions, soulevées avant, au cours et en marge de la session synodale ont stimulé les débats en ce qu’elles ont porté sur la compréhension de l’enseignement de l’Église. Nous nous sommes entretenus avec le cardinal Gerhard Ludwig Müller, théologien et historien du dogme, de certains des points de discorde afin qu’il puisse nous éclairer sur ceux-ci à partir de la perspective d’une personne qui entend s’appuyer fermement sur le fondement théologique et philosophique du catholicisme et, donc, sur la Sainte Écriture, sur la Tradition apostolique et sur l’enseignement de l’Église, et qui n’accepte pas que sa pensée et ses arguments puissent être influencés par les découvertes pseudo-scientifiques de l’esprit du temps.
Lothar C. Rilinger : Des évêques, mais aussi des laïcs, hommes et femmes, se sont réunis pour la première fois à Rome à l’occasion du synode mondial pour parler de l’avenir de l’Église. En convoquant ce synode mondial, le pape François a poursuivi l’idée que le pape Pie IV avait déjà préconisée lors du Concile de Trente, à savoir une discussion synodale sur les fondements de l’Église. Estimez-vous nécessaire, dans le cadre d’un synode, que les principes fondamentaux de l’enseignement de l’Église soient discutés dans un cercle où non seulement le clergé mais aussi les laïcs ont droit de vote, afin que l’enseignement de l’Église ne soit pas seulement formulé par des prêtres formés en théologie mais aussi par des laïcs, ceux-ci pouvant avancer des arguments non théologiques et disposer d’un pouvoir décisionnel égal à celui des clercs, ce d’autant plus que le Pape peut déclarer juridiquement contraignantes les décisions du synode ?
Cardinal Gerhard Ludwig Müller (M.) : Il n’y a rien à redire contre une discussion portant sur des sujets religieux au sein d’un groupe d’évêques, de prêtres, de religieux et de laïcs. Bien que leurs tâches dans l’Église soient différentes, tous, selon leurs ministères et leurs charismes, doivent « contribuer à l’édification du corps du Christ » (Éphésiens 4, 12) et, ainsi « au bien de toute l’Église » (Lumen Gentium, 30). Le Synode des évêques, en revanche, a un caractère propre, en ce sens que les évêques, avec le Pape comme chef du collège, exercent l’autorité épiscopale qu’ils ont reçue du Christ dans le sacrement de l’Ordre et qui se manifeste dans la triple charge de la sanctification, de l’enseignement et du gouvernement (Lumen gentium, 21). Vatican II voulait contrecarrer l’impression de « centralisme romain » qui pouvait naître de la doctrine de la primauté issue de Vatican I, en mettant l’accent sur la responsabilité globale du collège des évêques à l’égard de l’Église universelle. Par conséquent, à l’instar des anciens synodes ecclésiastiques, bien que d’une manière nouvelle, la réunion régulière de nombreux évêques avec le Pape a été institutionnalisée à travers le « Synode des évêques » (Christus Dominus 5), tout comme ont été créées des conférences épiscopales pour le bien de l’Église dans son ensemble. Or, dans l’hypothèse où, comme ce qui vient de se passer pour le Synode sur la synodalité, des laïcs nommés par le Pape reçoivent le même droit de vote que les évêques (lesquels jouissent de ce droit de vote en vertu de leur ordination épiscopale), le risque est que les évêques soient à nouveau éloignés du Pape et se trouvent face à lui comme des requérants devant un unique décideur, ce qui contredit le sens de la collégialité épiscopale. Par la double fonction de cette assemblée comme synode des évêques et comme forum de discussion au sein de l’Église, quelque chose est gagnée sur le plan de la coopération des évêques, des prêtres et des laïcs, d’une part, mais quelque chose, qui était le fruit précieux de Vatican II, est perdue sur le plan de la collégialité vécue entre le pape et les évêques.
J’ajoute que, lorsque des décisions visent à modifier la nature d’un organe relevant de la Constitution de l’Église, ce ne sont pas seulement les bonnes intentions qui sont en cause. De telles décisions doivent être en accord avec les données ecclésiologiques de base, résultant de normes de droit divin de la Constitution de l’Église. Il faut donc distinguer les différences essentielles entre les deux assemblées : le Synode des évêques (en tant qu’élément constitutionnel de l’Église) et un symposium ou forum théologique et pastoral composé de membres délégués appartenant à tous les états (clercs et fidèles).
R : La Révélation de Jésus-Christ, telle que contenue dans les Saintes Écritures, est complète et immuable, au sens où il ne peut y avoir d’autre révélation. Les modifications ou ajouts sont donc exclus. Cependant, la Révélation doit être interprétée à la lumière de l’enseignement et de la tradition apostolique de l’Église, sans changement apporté à l’énoncé lui-même. Est-il néanmoins permis d’interpréter la Révélation de manière nouvelle et différente, sur la base de nouvelles découvertes scientifiques ou culturelles, afin de modifier l’enseignement de l’Église ?
M. : La révélation de Dieu dans le Christ comme vérité et salut du monde n’est certainement pas une somme vaguement reliée d’idées hétérogènes, mais plutôt la présence constante du Seigneur crucifié et ressuscité dans le Saint-Esprit. Dieu lui-même annonce l’Évangile à tous par l’intermédiaire de l’Église (Éphésiens 3, 10). C’est le Christ ressuscité lui-même, élevé auprès du Père, qui, dans l’Esprit Saint, comble les croyants de sa grâce à travers les sept sacrements, les fortifie et les prépare à la vie éternelle dans une communauté de vie la plus intime avec le Dieu trinitaire. Le Christ est également présent et agit comme Chef de l’Église à travers les Apôtres et leurs successeurs dans l’épiscopat et le sacerdoce, qu’il a désignés comme pasteurs selon son cœur. Parce que, dans le Verbe devenu chair, la plénitude de la vérité et de la grâce est venue de manière irréversible et définitive dans le monde, « l’enseignement des apôtres » (Actes 2, 42), qui en témoigne, est immuable, insurmontable et indiscutable. Cependant, il existe une croissance dans la conscience de foi et dans la vie de grâce de toute l’Église. Nous devons être prêts à répondre à quiconque nous interroge sur le fondement rationnel (le logos divin) de l’espérance qui est en nous (cf. 1 Pierre 3, 15). Il ne faut pas s’écarter de la « saine doctrine », c’est-à-dire de la doctrine salvifique – la « sana doctrina » – à la seule fin de flatter les gens (2 Tim 4, 3). Car, dans le Christ, la plénitude de la vérité et de la grâce est venue dans le monde une fois pour toutes. En tant que Souverain Sacrificateur de la Nouvelle Alliance, le Christ « est entré dans le sanctuaire une fois pour toutes, en répandant […] son propre sang », obtenant ainsi la « libération définitive » (Hébreux 9, 12). Cet enseignement de la foi apostolique a été communiqué à l’Église afin qu’il soit transmis de manière fidèle et intacte (traditio).
Il existe une compréhension plus profonde tout au long de l’histoire de l’Église qui mène à la pleine révélation de la gloire de Dieu à la fin des temps. Mais il ne s’agit pas d’un changement au sens moderniste, où l’autorité de la Parole de Dieu serait déformée par sa réinterprétation dans un raisonnement humain, c’est-à-dire dans une considération rationnelle. Vatican II décrit ainsi le lien correct entre l’immuabilité de la Révélation finale et sa compréhension croissante dans l’écoute et la prière de l’Église : « Quant à la Tradition reçue des Apôtres, elle comprend tout ce qui contribue à conduire saintement la vie du peuple de Dieu et à en augmenter la foi ; ainsi l’Église perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération, tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit. Cette Tradition qui vient des Apôtres progresse dans l’Église, sous l’assistance du Saint-Esprit ; en effet, la perception des réalités aussi bien que des paroles transmises s’accroît, soit par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur (cf. Lc 2, 19.51), soit par l’intelligence intérieure qu’ils éprouvent des réalités spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, ont reçu un charisme certain de vérité. Ainsi l’Église, tandis que les siècles s’écoulent, tend constamment vers la plénitude de la divine vérité, jusqu’à ce que soient accomplies en elle les paroles de Dieu. » (Dei verbum, 8).
R. : Le Concile a rappelé que les évêques, avec le Pape, avait pour charge de « diriger la maison du Dieu vivant » (Lumen gentium, 18). Bien que le Concile ait déterminé comment l’Église doit être gouvernée, l’actuel Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, l’Argentin et proche confident de l’actuel Pape, le cardinal Fernández, a déclaré au monde que seul le successeur de Pierre, c’est-à-dire le Pape, dispose du charisme de préserver la vraie foi et que ceux qui critiquent ce point de vue commettent une hérésie. De plus, les défenseurs de la doctrine sont qualifiés par le Préfet, de manière désobligeante, de « traditionalistes ». Vous qui êtes l’un des dogmaticiens les plus éminents de la Curie, voire de l’Église, pouvez-vous nous éclairer sur la manière dont l’Église doit être gouvernée afin de répondre aux exigences de l’Écriture ? En particulier, quelle est la fonction du Pape dans ce contexte ?
M. : La doctrine du magistère infaillible du Pape (et des conciles œcuméniques) s’intègre dans la mission confiée à l’Église de préserver fidèlement et de manière intacte la Révélation, mais elle ne la précède ni même ne la domine. Les décisions doctrinales les plus élevées trouvent leur fondement dans le Pape non pas en tant que personne privée avec ses propres limites, mais en sa qualité d’« enseignant » de la foi chrétienne désigné par le Christ, « en qui, en tant que personne, le charisme de l’infaillibilité de l’Église elle-même est donné » (Lumen gentium 25). Cette autorité formelle est pleinement liée à l’enseignement du Christ et des Apôtres dans l’Écriture et la tradition (en particulier dans le credo, la liturgie, les sacrements et les définitions doctrinales dogmatiques antérieures). Pour le Pape et l’ensemble de l’épiscopat réunis en concile, ce qui suit s’applique cependant : « Mais ils ne reçoivent, comme appartenant au dépôt divin de la foi, aucune nouvelle révélation publique » (Lumen Gentium 25). Vatican I explique ainsi la dogmatisation de l’infaillibilité pontificale : « Car le Saint Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. » (Pastor aeternus, chap. 4).
C’est donc de manière impropre qu’on parle de l’« enseignement social » du pape Léon XIII ou de la « christologie » du pape Léon le Grand. En effet, à proprement parler, les papes n’ont pas d’enseignement propre qui complète et actualise la Révélation ou qui s’adapte aux visions philosophiques du monde et aux idéologies politiques pour se conformer au prétendu progrès. Il en va tout autrement lorsque la théologie scientifique entre en débat avec les défis auxquels elle est exposée (par exemple, autrefois, avec la révolution industrielle ; aujourd’hui, avec la révolution technologique et les enjeux en matière de dignité humaine). Mais cette tâche exige de se montrer à la hauteur, de résister aux tendances de l’antihumanisme et du transhumanisme et de défendre la dignité personnelle inaliénable de chaque être humain contre la massification et l’utilisation des personnes comme de simples matériaux de guerre et à des fins économiques. L’apôtre dit. « Éprouvez tout et gardez ce qui est bon » (1 Thess. 5, 21).
R. : La question se pose de savoir quels critères doivent être appliqués pour interpréter la Révélation et donc le depositum fidei. En particulier, cette interprétation peut-elle aussi s’inspirer de l’air du temps pour adapter les croyances aux évolutions des sociétés ?
M. : La foi est la relation avec Dieu dans la connaissance et l’amour, qui aide l’homme à s’orienter dans le monde, dans la société et dans sa vie intérieure. Il existe des développements positifs dans la médecine ou la technique ou encore en ce qui concerne les valeurs au sein de l’État et la société. En tant que chrétiens, nous devons y contribuer avec une expertise professionnelle, mais aussi avec un esprit chrétien. De même, nous devons lutter de manière prophétique, y compris au risque du martyre, contre les évolutions négatives de la société de masse, ces évolutions pouvant se traduire par la tendance à se donner un « leader » ou un « bureau politique » dont la volonté de pouvoir l’emporte sur toute valeur morale. Je pense à nos frères chrétiens comme Dietrich Bonhoeffer, Alfred Delp, Maximilian Kolbe et à tous les martyrs du Christ dans les régimes totalitaires de notre époque.
R : L’égalité de traitement en matière de mariage – et donc le mariage homosexuel – sont revendiqués de manière toujours plus pressante au sein même de l’Église. Indépendamment du fait que l’Église peut, bien évidemment, bénir des croyants homosexuels, la question se pose de savoir si la bénédiction de mariages homosexuels peut être autorisée selon l’enseignement de l’Église ?
M. : La bénédiction vient de Dieu et est une expression de la grâce qu’il donne à sa création. Le rite de bénédiction de l’Église est une prière pour que ces grâces soient accordées individuellement à nous, les humains. Nous pouvons demander au prêtre, en tant que celui-ci est le représentant de l’Église du Christ, de prier pour que nos bonnes œuvres réussissent et que nous soyons libérés de l’attachement au péché. Mais il ne peut y avoir de bénédiction pour des actions qui sont par nature des péchés graves et contraires à la volonté de Dieu pour le salut et la conversion des pécheurs. On sait également que la faiblesse de la nature humaine se révèle précisément dans la sexualité, difficile à contrôler et ordonnée vers son but ultime, l’union de l’homme et de la femme dans un amour fécond. Le laxisme en matière de moralité sexuelle, tout comme le rigorisme, sont à l’opposé de la pastorale compréhensive du Bon Berger et du Maître de maison, qui ne recherche jamais sa propre louange par la flatterie, mais qui, toujours, « à temps et à contretemps » (2 Tim 4,2), conduit les fidèles sur le chemin du salut.
R. : Même si l’enseignement de l’Église n’autorise pas la bénédiction de ces unions car elles ne peuvent être considérées comme un mariage, cette interdiction pourrait-elle être levée pour des raisons pastorales ? Serait-il possible, dans des cas exceptionnels, de bénir des unions homosexuelles comme un mariage si, de l’avis du prêtre responsable, cela apparaît nécessaire pour des raisons pastorales ?
M. : Une pastorale qui a en vue le salut humain et non les applaudissements de l’opinion publique ne peut ignorer la vérité selon laquelle le mariage a été fondé par Dieu comme l’union de l’homme et de la femme dans laquelle la sexualité trouve sa place et son sens véritable.
R. : La doctrine interdit aux personnes divorcées remariées de communier. En effet, malgré le divorce, le premier mariage existe toujours selon le droit canonique, de sorte que le deuxième mariage et les suivants sont considérés comme coexistant avec le premier mariage. En conséquence, celui qui s’engage dans un deuxième mariage civil commet un adultère durable, considéré comme un péché mortel. Un tel acte conduit à l’exclusion de sa participation à la communion. Cette interdiction pourrait-elle être levée si, pour des raisons pastorales, une telle exclusion représente une contrainte déraisonnable ? Je pense simplement aux cas dans lesquels l’un des époux rompt le mariage, mais que l’autre veut le conserver, mais est néanmoins exclu de la communion ?
M. : L’enseignement de l’Église n’est pas une théorie qui s’oppose à la vie, mais la Parole vivante de Dieu, qui nous est annoncée par l’intermédiaire de l’Église. Dieu veut toujours nous conduire au salut, même si ce chemin peut nous paraître trop escarpé. Le magistère de l’Église doit s’orienter, ainsi que ceux qui entendent la Parole de Dieu, vers le Christ qui, au temps de la Nouvelle Alliance, a restauré le mariage indissoluble de l’homme et de la femme dans l’esprit du Créateur, son Père, et l’a même élevé à la dignité d’un sacrement. Le mariage sacramentel d’un homme et d’une femme représente l’unité durable du Christ et de l’Église et créée la grâce d’une coexistence harmonieuse et du soin de chaque époux à l’égard de son conjoint et de ses enfants. Le prêtre ne doit pas se prétendre plus humain que le Christ lui-même, dont il est le serviteur. Les sacrements ne lui sont pas confiés comme s’il s’agissait de rites religieux par lesquels il pourrait manifester sa générosité. Ce qui est pastoralement permis et sensé ne peut pas contredire la vérité divine telle que reconnue dans l’enseignement de l’Église. S’agissant d’un premier mariage qui a échoué, il faut vérifier si ce mariage a été validement célébré, ce qui n’est pas toujours le cas car beaucoup de mariés ne sont pas correctement informés sur les vérités de la foi dont ils célèbrent les symboles dans les sacrements. Il est ici important d’évaluer correctement la situation du point de vue du droit canonique afin de trouver une voie adéquate pour les personnes confrontées à de telles crises conjugales.
R. : Pensez-vous qu’il soit compatible avec les principes de la doctrine catholique qu’un prêtre puisse décider lui-même, pour des raisons pastorales, d’admettre à la communion les divorcés remariés ?
M. : Le prêtre doit s’en tenir à la vérité de l’Évangile. La pastorale signifie conduire les gens sur le bon chemin comme le fait le Bon Berger et ne pas viser approximativement le salut selon les critères d’un christianisme réduit à un humanisme pragmatique.
R. : Un divorcé remarié peut toujours aller communier dans une église où il n’est pas connu. S’il se confesse ultérieurement de cet acte, l’absolution peut-elle lui être accordée alors même qu’il entend continuer à communier pour des raisons de « besoin intérieur » ?
M. : Il s’agit là de subterfuges avec lesquels on peut tromper les gens, mais pas Dieu. La Sainte Communion n’est pas une question de soi-disant « besoins intérieurs » comme dans une religion émotionnelle, mais plutôt de communion réelle avec Jésus dans le sacrement de l’Église, qui présuppose la communion religieuse et morale avec Lui, l’exprime et permet la conformité intérieure avec lui. Dans tous les cas, la personne déjà baptisée doit être conduite de l’état de péché mortel à l’état de sanctification par le repentir complet et la réception du sacrement de pénitence. Ce que les fidèles des différentes paroisses savent, ne savent pas, ou même supposent au sujet des participants au culte qu’ils connaissent et qu’ils ne connaissent pas n’est pas pertinent pour la réception valide et/ou digne de la Sainte-Cène. Il reste qu’un sage discernement pastoral peut intervenir dans les nombreux cas où l’un des deux époux n’a pas quitté son conjoint par méchanceté et s’est attaché à un autre partenaire parce qu’il lui semblait au-dessus de ses forces de rester seul, c’est-à-dire surtout dans les situations où l’invalidité du premier mariage ne peut être prouvé canoniquement.
R. : Dans son exhortation apostolique Ordinatio Sacerdotalis de 1994, le pape Jean-Paul II a rappelé, de manière contraignante, que seuls les hommes peuvent être ordonnés prêtres. Il a souligné que l’Église n’a pas le pouvoir d’ordonner des femmes prêtres et que sa décision doit être considérée comme définitive. Cependant, des doutes s’entendent de plus en plus sur la question de savoir si le pape de l’époque pouvait prendre une telle décision définitive, décision qui, en outre, n’a pas été proclamée ex cathedra et comme un dogme. Quel est donc le statut juridique d’une telle exhortation apostolique ?
M. : Le fait qu’une décision soit déclarée infaillible ex cathedra n’établit pas la vérité d’un enseignement de l’Église sur un point précis (en l’occurrence, ici, sur la qualité de la personne habilitée à recevoir le sacrement de l’ordre), mais a pour seul objet d’exprimer publiquement cette décision. La décision dogmatique selon laquelle seul un homme peut recevoir ce sacrement dans ses trois degrés (évêque, prêtre et diacre) est fondée dans toute la tradition de l’Église et constitue donc une vérité révélée et un fait de droit divin (dans mon livre Der Empfänger des Weihesakrementes, Würzburg 1999, j’ai rassemblé et interprété toutes les sources et références pertinentes à cet égard). Ainsi, en cette matière, et ainsi qu’il ressort de la volonté exprimée par le Pape, il s’agit d’une décision définitive et qui relève du dépôt de la « foi divine et catholique ». C’est donc un effort inutile que de réfléchir, par sophisme, sur cette décision doctrinale dans le but de la contourner, alors que, d’un autre côté, certains entendent attribuer le statut de nouvelle vérité révélée aux opinions privées du pape régnant, même sur des sujets qui ne sont pas pertinents pour la Révélation (par exemple l’obligation de vaccination ou le changement climatique).
R. : Alors que presque plus aucun fidèle ne se confesse et que, en pratique, les possibilités de confession ont largement disparu (outre le fait que le Confitor est rarement récité pendant la messe…), le pape François semble remettre en question la nature du sacrement de confession. Traditionnellement, l’octroi de l’absolution dépend du repentir du pénitent à l’égard de ses péchés. Pourtant, le Pape estime que, dans des cas particuliers, en l’absence même de repentir, l’absolution peut être accordée si des raisons pastorales le justifient. Le sacrement de confession pourrait-il ainsi être modifié ?
M. : La pastorale ne peut envisager une bénédiction des personnes qu’à la condition qu’elle soit fondée sur la vérité de la Révélation. Le sacrement de pénitence se compose du repentir, de la confession orale des péchés et de la réparation des dommages causés au prochain, à soi-même et à l’Église entière, après quoi le prêtre peut pardonner les péchés par l’autorité de l’Église. Dans le cas où les conditions intérieures font défaut, notamment l’intention d’éviter le péché, le prêtre doit refuser l’absolution, car Dieu lui-même ne pardonne pas le péché du pécheur impénitent, parce que le péché entre en contradiction avec l’amour de Dieu. Et Dieu tient aussi compte de notre liberté de rejeter son pardon, même dans le sacrement de pénitence.
R. : Je ne peux m’empêcher d’avoir l’impression que les raisons pastorales invoquées pour accorder l’absolution visent uniquement à camoufler la conviction que l’acte répréhensible ne devrait plus être considéré comme un péché, afin qu’il n’y ait aucun obstacle à l’octroi de l’absolution. Peut-on reconnaître un relativisme dans la revalorisation du péché, relativisme contre lequel le pape Benoît XVI entendait lutter ?
M. : Le Christ est mort pour nos péchés. Tous les hommes ont perdu la gloire de Dieu et ont besoin de la rédemption offerte par le sacrifice que le Fils de Dieu a offert au Père sur la croix pour le salut du monde, alors qu’il était lui-même sans péché. Si vous éloignez les personnes de la conscience du péché, vous apaiserez peut-être leur conscience, mais vous ne les libérerez pas du fardeau de la culpabilité. Un médecin ne parle pas au patient des symptômes, mais remonte plutôt à la cause de ceux-ci afin de guérir le patient par un traitement approprié.
R. : Les papes Jean-Paul II et Benoît XVI ont expliqué et défini dogmatiquement les enseignements de l’Église. Or, un tiers non impliqué ne pourrait que constater le manque de clarté de l’argumentation dans les déclarations du pape François. Dans son argumentation, il s’appuie sur son fidèle de longue date, Fernández, qu’il a non seulement élevé au rang de cardinal, mais qu’il a également nommé Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, bien que celui-ci ait fait l’objet à plusieurs reprises de doutes significatifs sur ses qualifications théologiques et qu’il soit soupçonné d’avoir dissimulé des abus sexuels en Argentine. Est-il logique de confier à un tel théologien la tâche importante de veiller à l’enseignement de l’Église ?
M. : On m’a souvent posé des questions sur ce sujet. Le Pape est responsable de ses propres décisions dans le choix de ses collaborateurs. Quant à moi, je m’efforcerai à l’avenir, avec l’aide de la Grâce, de répondre aux questions sur la doctrine catholique sans me laisser influencer par les louanges ou les reproches humains. Le Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi est tenu, en conscience, de fournir au Pape des avis professionnels et qualifiés pour l’exercice de sa charge d’enseignement suprême, de même qu’il doit, de manière constructive et critique, identifier les bornes entre lesquelles le Magistère doit se déployer. Il ne saurait donc être seulement un instrument d’exécution mécanique d’une autorité supérieure autoréférentielle. Je renvoie à mon livre Der Papst. Sendung und Auftrag(Le Pape. Mission et Charge), Freiburg.
R. : Construire l’amitié avec Dieu est le but de notre vie, comme le disaient les anciens mystiques : une relation intime avec Dieu. Cette relation peut être un modèle pour d’autres croyants qui ne sont pas proches de Dieu mais qui souhaitent néanmoins parvenir à cette proximité. Comment pouvons-nous devenir « un signe et un instrument d’union avec Dieu » et ainsi convaincre les autres du désir de rechercher cette amitié avec Dieu ?
M. : Par une vie de foi dans l’amour.
R. : Nous, croyants, avons reçu de Dieu la responsabilité d’être les messagers de son enseignement. Comment pouvons-nous être à la hauteur de cette mission ?
M. : Dans la mission que Jésus nous a confiée, nous poursuivons sans crainte celle que Jésus a reçue du Père pour le salut du monde. Il ne s’agit pas d’imposer notre vision personnelle du monde et nos jugements moraux aux autres (par exemple par des menaces ou des flatteries). Par amour pour eux, nous sommes plutôt les ambassadeurs de l’amour inconditionnel de Dieu pour toute personne qui veut faire de nous ses fils et ses filles dans le Christ, par la puissance du Saint-Esprit, afin que nous puissions devenir héritiers de la vie éternelle. Je ne pense pas qu’il nous faut, avec frénésie, rechercher des méthodes. Un couple musulman est devenu catholique et s’est fait baptiser parce que, pour la première fois de leur vie, ils ont reçu l’amour pour eux-mêmes dans une communauté chrétienne sans rien attendre en retour. Cette pure charité leur a ouvert la porte à l’amour de Dieu par-dessus tout et à la certitude que Dieu nous aime de manière inconditionnelle : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son propre Fils, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3, 16).
R. : Votre Éminence, je vous remercie pour cette interview.
Les larmes de la Vierge de Syracuse « continuent de couler »
70e anniversaire du miracle des larmes en Sicile
Ce vendredi 8 décembre, l’Église de Syracuse clôture l’Année mariale ouverte à l’occasion des 70 ans du miracle des larmes de la Vierge, survenu en août 1953 dans un foyer de la ville sicilienne.
Dans la nuit du 29 août au 1erseptembre 1953, deux jeunes mariés, Antonina Lucia Giusto et Angelo Iannuso vivent une nuit épouvantable. Antonina attend leur premier enfant. Malade et alitée, elle souffre terriblement. Les époux se mettent à genoux devant une statuette de la Vierge qu’ils ont reçue en cadeau de mariage. C’est alors que tous deux deviennent les témoins d’un surprenant miracle. Des larmes coulent des yeux de la Vierge, représentée sur un bas-relief avec son Cœur Immaculé entouré d’épines. À ce moment-là, Antonina ne souffre plus.
La Vierge a pleuré pendant quatre jours, aussi bien dans la maison qu’au dehors, où l’image était exposée. Invoquée sous le titre de « Notre-Dame des Larmes », la Vierge a prodigué des guérisons physiques et spirituelles à ceux qui se sont tournés vers elle.
Ce phénomène surnaturel a été reconnu par l’Église catholique dès le 13 décembre 1953. Pour le Saint-Père, les larmes surnaturelles apparues dans une modeste maison, montrent la valeur inestimable de la famille fondée sur le mariage ainsi que l’amour privilégié du Seigneur pour les pauvres et les nécessiteux.
En mai 2018, le reliquaire a voyagé jusqu’au Vatican et le pape François avait alors exhorté les fidèles à se tourner vers la Vierge : « Prions la Sainte Vierge de nous donner, ainsi qu’à l’humanité qui en a besoin, le don des larmes, que nous puissions pleurer pour nos péchés et pour de nombreuses calamités qui font souffrir le peuple de Dieu et les enfants de Dieu. »
Les pleurs de Marie montrent la tendresse de Dieu
Le Saint-Père a adressé ce jeudi 7 décembre une lettre à Mgr Francesco Lomanto, archevêque de Syracuse, à l’occasion du 70eanniversaire, en disant que ce miracle des larmes est signe de la proximité de Marie avec l’humanité : « Les pleurs de Marie montrent l’amour compatissant du Seigneur qui souffre pour ses enfants, qui espère ardemment notre conversion ; qui nous attend, comme un Père miséricordieux, pour nous pardonner tout et toujours. »
Il a également souligné que les larmes de la Mère de Dieu continuent de couler aujourd’hui : « Mais les larmes de la Mère continuent à être versées lorsque les plus faibles sont discriminés et lorsque sévissent la violence et les guerres, qui font des victimes innocentes. Face aux épreuves de la vie et de l’histoire, en particulier face aux scénarios de guerre préoccupants d’aujourd’hui, ne nous lassons pas d’invoquer l’intercession de Marie, Reine de la paix et Mère de la consolation. »
Enfin, le Saint-Père a terminé cette lettre, adressée à Mgr Lomanto, par cette prière :
« Que la Sainte Vierge, que j’implore avec vous, vous soutienne :
Ô Vierge Marie, accompagne le chemin de l’Église
avec le don de tes larmes sacrées,
accorde la paix au monde entier
et garde tes enfants de ta protection maternelle.
Soutiens-nous dans notre fidélité à Dieu,
dans le service de l’Église,
et dans l’amour envers tous nos frères et sœurs. Amen. »
Angélus de l’Avent: se dépouiller du superflu, redécouvrir le silence
En ce deuxième dimanche de l’Avent, 10 décembre, le Pape a offert aux fidèles une méditation sur les deux images de l’Évangile du jour consacré à saint Jean-Baptiste, que sont le désert et la voix. L’évêque de Rome a exhorté chacun à s’interroger sur la place du silence dans son quotidien. Silence et sobriété sont des éléments essentiels de la vie chrétienne, a-t-il estimé.
Delphine Allaire – Cité du Vatican
Jean-Baptiste ou la «voix de celui qui crie dans le désert». Devant les milliers de fidèles réunis sur une place Saint-Pierre désormais ornée de la crèche et du sapin, le Souverain pontife a expliqué comment le désert et la voix, images d’apparence contradictoires, se rejoignent chez celui qui fut le précurseur du Christ.
Le désert est le lieu où Jean prêche, près du Jourdain, à proximité de l’endroit où son peuple, bien des siècles auparavant, était entré dans la terre promise. Ce faisant, pour le Pape, cela signifie que «pour écouter Dieu, nous devons retourner à l’endroit où, pendant quarante ans, il a accompagné, protégé et éduqué son peuple, dans le désert».
Le désert, lieu du silence et de l’essentiel
Le désert se mue en lieu du silence et de l’essentiel, «où l’on ne peut pas se permettre de s’attarder sur des choses inutiles, mais où l’on doit se concentrer sur ce qui est indispensable pour vivre», a souligné le Pape, faisant écho à notre époque.
«Pour avancer sur le chemin de la vie, il est nécessaire de se dépouiller du « plus », car bien vivre ne signifie pas se remplir de choses inutiles, mais se libérer du superflu, afin de creuser au plus profond de soi, pour saisir ce qui est vraiment important devant Dieu», a-t-il relevé en ce deuxième dimanche de l’Avent. Pour François, «ce n’est que si, par le silence et la prière, nous faisons place à Jésus, qui est la Parole du Père, que nous pourrons nous libérer de la pollution des vaines paroles et du bavardage».
La voix de l’intériorité
«Le silence et la sobriété -dans les mots, dans l’utilisation des choses, des médias et des réseaux sociaux- ne sont pas seulement des « vœux pieux » ou des vertus, mais des éléments essentiels de la vie chrétienne», a rappelé le Successeur de Pierre depuis la fenêtre du Palais apostolique, arrivant à la deuxième image de la voix.
«Nous comprenons qu’elle est très liée au silence, parce qu’elle exprime ce qui mûrit à l’intérieur, à partir de l’écoute de ce que l’Esprit suggère», a-t-il remarqué, déduisant: «Si l’on ne sait pas se taire, il est difficile d’avoir quelque chose de bon à dire; en revanche, plus le silence est attentif, plus la parole est forte».
Le modèle de Jean-Baptiste
Pour François, la puissance prophétique de la voix de Jean-Baptiste est liée à l’authenticité de son expérience et à la clarté de son cœur. Et le Souverain pontife d’interpeller les fidèles sur la place du silence dans une journée: «S’agit-il d’un silence vide, voire oppressant, ou d’un espace pour écouter, prier, où protéger son cœur? Ma vie est-elle sobre ou pleine de choses superflues?» «Même si cela veut dire aller à contre-courant, valorisons le silence, la sobriété et l’écoute», a-t-il conclu.
Conversion à l’heureuse Nouvelle : la venue du Christ, par Mgr Francesco Follo
Méditation sur les lectures du 2e dimanche de l’Avent
Avec l’invitation à imiter Saint Jean Baptiste dans l’attendre le Christ et dans l’indiquer aux frères et soeur en humanité
Rite Romain
II Dimanche d’Avent – Année B – 10 Décembre 2023
Is 40,1-5.9-11; Ps 84; 2Pt 3,8-14; Mc 1,1-
1) Changer de vie et de pensées.
Dimanche dernier, I Dimanche de l’Avent, la Liturgie nous a invités à la vigilance, aujourd’hui, II dimanche de l’Avent, elle nous demande la conversion, le retour à Dieu. Elle exige un changement de mentalité et de vie. Soyons attentifs aux gestes et aux paroles de Saint-Jean Baptiste, qui, en baptisant dans un lieu désert sur les rives du Jourdan, proclamait le baptême de conversion pour le pardon des péchés et criait : « Préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (Mc 1,3)
Rendre droites les voies du Seigneur signifie accueillir une parole qui vient de Dieu et blesse le cœur de celui qui l’écoute, en l’ouvrant au grand don de la conversion qui libère. Ça signifie aussi se mettre dans la condition spirituelle d’une profonde révision de notre vie de foi, d’espérance et de charité et de moralité. Donc, la conversion débute avec l’écoute attentive et accueillante de la parole de Dieu contenue dans l’Ecriture.
S’il est vrai que la Bible nous conduit au Christ, il est aussi vrai que la parole de Dieu a comme premier résultat de nous faire reconnaître nos péchés (cf Mc 1,5). Devant le Seigneur qui vient, nous reconnaissons que nos chemins ne sont pas les siens (cf. Is 55,9) et nous sommes poussés à la conversion, à changer de route, à changer de direction de vie pour retourner vers le Seigneur.
Pour marcher rapidement sur ce chemin qui nous fait retourner “chez nous”, chez notre Père, il faut retrouver l’essentiel comme Saint-Jean Baptiste nous le montre et comme l’Evangile nous le décrit en disant qu’il était sobre dans la nourriture et pauvre dans l’habillement. L’essentiel de ses prédications est profondément lié à l’essentiel de sa façon de vivre.
En outre, Saint-Jean ne se limite pas préparer un chemin au Seigneur, mais il le devient dans sa personne. Lui, il est le précurseur non seulement parce qu’il vient avant le Messie mais aussi parce c’est sa voix qui précède le Christ et il est le porte-Parole et crie dans le désert spirituel de cette humanité, peu attentive à la Parole de Dieu et en syntonie avec les paroles du monde (il serait plus juste dire : le bavardage des hommes).
L’Apôtre Pierre invite à rechercher une nouvelle et authentique conduite de vie, qui puisse conduire à la pleine sainteté pour être trouvés « sans tâche et irréprochables devant Dieu. (Cf 2Pt3,8-14).
Outre à l’écoute de la parole de Dieu et à une vie sobre qui mettes en en pratique cette parole, il y a un troisième aspect à ne pas oublier pour un chemin de conversion : c’est celui de la confession sacramentelle qui, comme nous apprennent les Pères de l’Eglise est un « deuxième » baptême.
Dans le premier nous avons été baptisés avec l’eau et il vaut une fois pour toutes. Dans le deuxième que nous devons recevoir lorsque nous avons perdu la candide innocence baptismale, l’eau est représentée par nos larmes, au moins spirituelles, qui expriment notre douleur au Christ qui nous confirme dans son amour et nous embrasse.
Le Pape François nous enseigne : « La confession c’est l’embrassement de l’infinie miséricorde divine. Souvenons-nous de cette belle parabole du fils qui est quitta sa maison avec l’argent de son héritage ; il a dépensé tout son argent et, ensuite, lorsqu’il n’avait plus rien, il a décidé de rentrer chez lui non pas comme un fils mais comme un serviteur, parce qu’il avait beaucoup de fautes et de honte dans son cœur. Grande fut sa surprise lorsqu’il commença à parler et à demander pardon et son père ne le laissa pas parler, l’embrassa et fit une fête ; Mais moi, je vous dis : chaque fois que nous nous confessons, Dieu nous embrasse et fait la fête (Audience générale, 19 février 2017). Avançons sur ce chemin de conversion et Noel fleurira dans notre cœur que pendant l’Avent nous avons préparé « comme la mangeoire qui a accueilli l’Eternel qui s’est fait petit et pauvre comme un de nous » (anonyme médiéval).
2) Jean le Baptiste : exemple de converti.
Comme l’Evangile de ce dimanche le rappelle, la venue de Jésus demande un temps de préparation qui est annoncé par Jean-Baptiste en proposant un « baptême de conversion pour le pardon des péchés » .
La manière la plus authentique, plus simple, plus immédiate et, au fond, la plus humaine pour préparer la voie du seigneur (Cf. Mc 1,3) c’est de commencer à la parcourir. On vit l’Avent en se mettant en route pour aller, même d’un pas timide et incertain, vers Celui qui, miséricordieux et aimant, vient gratuitement à l’encontre de l’homme.
Dans ce chemin, aujourd’hui l’Eglise nous propose l’exemple merveilleux et humainement déconcertant de Saint-Jean Baptiste qui demande de se convertir et de préparer le chemin du Seigneur en vivant l’attente du Christ en première personne.
En effet, Saint-Marc, dans son évangile, ne le présente pas comme un simple annonciateur de Jésus mais comme son précurseur. Cet évangéliste ne parle pas beaucoup de la prédication du Baptiste. Il se limite de dire que « il baptisait dans le désert en prédicant un baptême de conversion ». Et se concentre sur le fait que le Précurseur annonce l’arrivée imminente du Messie et en indique la supériorité. Jean-Baptiste est pris par ce devoir : attirer l’attention sur Jésus. C’est le devoir essentiel de chaque disciple. Il y a aussi une seconde insistance : l’évangéliste se poursuit dans la description de la manière dont Jean vivait : dans le désert, dans l’austérité, comme le prophète Elie. Jean n’est pas seulement le prédicateur de la conversion, il est la « figure » du converti.
Certes, s’il ne nous est pas demandé de l’imiter dans sa manière de vivre dans le désert, de s’habiller avec peaux de chameaux et de manger des sauterelles, il nous est demandé de l’imiter dans la sobriété, dans l’humilité et dans la solide décision de tendre vers le Christ. Jean sut déjà reconnaître le Messie quand il était encore dans les entrailles de sa mère Elisabeth, et il exulta de joie. En adulte, le Précurseur eut des yeux si purs qui sut reconnaître le Messie qui se trouvait parmi la foule. Il l’indiqua clairement en disant : « Voici l’Agneau de Dieu ». Il sut se mettre en retraite en disant : « Il faut qu’il grandisse et moi, je diminue ».
3) Saint-Jean Baptiste et la virginité qui n’est pas stérilité.
Le thème de la virginité et celui de l’Epoux (le Christ) acquièrent un lien étroit à partir de la signification positive de l’offrande de soi dans la virginité pour le règne des cieux. Certaines formes de Virginité sont immédiatement préparatoires au Nouveau Testament, comme celle de Jean Baptiste. D’autres figures sont la pleine réalisation de ce lien : la Vierge Marie, Joseph, l’Apôtre Jean, Marie Madeleine, l’Apôtre Paul.
On pourrait dire qu’avec la naissance de Jean, la stérilité qui est la condition négative dans laquelle a vécu sa mère Elisabeth, avant de l’intervention miraculeuse de Dieu, est définitivement séparée de la virginité qui commence à avoir une valeur positive en fonction du Règne de Dieu et de la personne du Christ dont Jean est le précurseur.
La virginité du Baptiste est fortement ascétique. Elle a toutes les caractéristiques de la renonciation et de l’offrande, mais ce saint est apparemment austère. Lui, il n’est pas indifférent à l’affection du Christ, dont il se définit ami en disant qu’il est l’ami de l’époux : Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit : Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. (Jn 3,28-30).
Donc la virginité ne signifie pas stérilité mais, au contraire, fécondité maximale même si c’est sur un plan différent du plan du physique.
La première fois que la virginité apparaît dans l’histoire du salut, elle est associée à la naissance d’un enfant : » voici la vierge concevra et accouchera un fils…(Is7,14). La tradition a accueilli ce lien en associant constamment le titre de vierge à celui de mère. Marie est la Vierge Mère. L’Eglise est vierge et mère. « Un est le père de tous – écrit Clément Alessandrino- Un est le Verbe de tous, Un est identique, est le Saint -Esprit et une seule est la vierge mère : c’est de cette façon que j’aime appeler l’église (Clémente d’Alexandrie, Pédagogue, 1,6).
Enfin, chaque chrétien et, en particulier chaque vierge consacrée, est vierge et mère : « Chaque âme croyante, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et soeur du Christ, est considérée, à sa façon, vierge et féconde » (B. Isaac de l’Etoile, Sermo 51, PL 194, 1863
L’invitation que j’adresse aux vierges consacrées est de tenir éveillé leur cœur pour accueillir le Christ-Epoux qui arrive dans le monde et l’indiquer aux frères et sœurs comme Saint-Jean Baptiste l’a fait.
Lecture patristique
Origène (ca 185 – 253) Homélies sur saint Luc, 22, 1-4
SC 67, 300-302.
Examinons comment l’avènement du Christ est proclamé, et d’abord ce qui est écrit au sujet de Jean: A travers le désert une voix crie: Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Ce qui suit concerne en propre le Seigneur notre Sauveur, car ce n’est pas par Jean Baptiste que tout ravin sera comblé, mais par le Seigneur notre Sauveur. Que chacun se considère soi-même, ce qu’il était avant de croire, et il découvrira qu’il a été une vallée basse, une vallée en pente rapide, plongeant vers les bas-fonds. Mais le Seigneur Jésus a envoyé l’Esprit Saint, son remplaçant. Alors toute vallée a été comblée, par les bonnes œuvres et les fruits de l’Esprit Saint.
La charité ne laisse pas subsister en vous de vallée, si bien que, si vous possédez la paix, la patience et la bonté, non seulement vous cesserez d’être vallée, mais vous commencerez à être montagne de Dieu. Nous voyons se produire et s’accomplir chaque jour pour les païens cette parole: Tout ravin sera comblé, et pour le peuple d’Israël, qui est tombé de si haut: Toute colline et toute montagne seront abaissées (Lc 3,4-5).
C’est à la faute des fils d’Israël que les païens doivent le salut: Dieu voulait les rendre jaloux (Rm 11,11). Si vous dites que ces montagnes et ces collines qui ont été abattues sont les puissances ennemies qui se dressaient contre les hommes, vous ne vous tromperez pas. En effet, pour que les vallées en question soient comblées, il faut que les puissances ennemies, montagnes et collines, soient abaissées.
Mais voyons si une autre prophétie s’est accomplie à l’avènement du Christ. Car le texte poursuit: Les passages tortueux deviennent droits. Chacun de nous était tortueux, du moins s’il l’était et ne le reste plus aujourd’hui, car, par l’avènement du Christ qui s’est réalisé pour notre âme, tout ce qui était tortueux a été redressé. A quoi peut-il nous se rvir en effet, que le Christ soit venu jadis dans la chair, s’il n’est pas venu aussi jusqu’à notre âme? Prions pour que son avènement s’accomplisse chaque jour en nous, et que nous puissions dire : Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20).
Donc Jésus mon Seigneur est venu; il a égalisé nos aspérités et converti en routes unies tout ce qui était chaotique, pour faire de nous un chemin sans danger de chute, un chemin facile et très pur, pour que Dieu le Père puisse progresser en nous et que le Seigneur Jésus Christ fasse en nous sa demeure et dise: Mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. (Jn 14,23).
La crèche installée place Saint-Pierre a été réalisée par des artisans de la région de Greccio, lieu d’origine de la première représentaiton de la Nativité (Colombo Artese )
La crèche place Saint-Pierre, un appel au silence et à la prière pour François
Ce samedi 9 décembre, le Pape François a reçu les fidèles ainsi que les autorités ecclésiales et civiles de Rieti et Macra, les deux communes d’origine respectivement de la crèche et du sapin installés place Saint-Pierre. Il a encouragé chacun à désirer, dans la contemplation de la crèche, un temps de «silence et de prière, dans nos vies souvent trépidantes».
Jean-Benoît Harel – Cité du Vatican
Il y a 800 ans, à Greccio petit village du centre de l’Italie actuelle, s’organise la toute première crèche vivante autour d’une mangeoire, d’un âne et d’un bœuf. Les villageois des alentours jouent les différents personnages: Marie, Joseph, bergers, anges… sous le regard bienveillant de Saint François d’Assise. Frappé par les grottes de Greccio, semblables aux paysages de Bethléem, Saint François initie alors la tradition des crèches vivantes et des crèches avec des santons qui perdurera jusqu’à aujourd’hui dans de nombreuses régions du monde. Cette année, les crèche de la salle Paul VI et de la place Saint-Pierre ont été réalisées par des artisans de la ville de Rieti, à quelques kilomètres du village de Greccio. Le sapin argenté installé place Saint-Pierre vient du Nord de l’Italie, de la commune de Macra, dans la province piémontaise de Cuneo.
Un rappel du drame des habitants de Terre Sainte
Rappelant l’histoire de la crèche de Greccio, le Pape François, dans son discours aux délégations de deux communes de Rieti et de Macra, a eu une pensée pour les habitants de Terre Sainte. «En contemplant Jésus, Dieu fait homme, petit, pauvre, sans défense, nous ne pouvons nous empêcher de penser au drame que vivent les habitants de la Terre Sainte, a-t-il affirmé, en montrant à nos frères et sœurs, en particulier aux enfants et à leurs parents, notre proximité et notre soutien spirituel».
Par la représentation partout dans le monde de cet événement extraordinaire qu’est la Nativité, le Saint-Père a souligné que «nous revivons ce qui s’est passé à Bethléem, il y a plus de deux mille ans». Cette commémoration doit éveiller un double désir selon le Pape, faire silence et prier. «Le silence, pour pouvoir écouter ce que Jésus nous dit depuis cette « chaire » singulière qu’est la crèche. La prière, pour exprimer la crainte reconnaissante, la tendresse, peut-être les larmes que la crèche suscite en nous». Dans la crèche, François appelle chacun à prendre Marie pour modèle: «elle ne dit rien, mais contemple et adore».
Le sapin place Saint-Pierre, symbole écologique
Ombre bienveillante au-dessus de la crèche et signe de renouveau, le sapin de la place Saint-Pierre, haut de 25 mètres sera illuminé ce 9 décembre à la tombée de la nuit. Pour l’évêque de Rome, le sapin originaire de Macra revêt une dimension écologique symbolique car il est orné d’edelweiss cultivées en plaine, afin de respecter ces fleurs sauvages qui poussent d’ordinaire en montagne. «C’est un choix qui nous fait réfléchir, en soulignant l’importance de prendre soin de notre maison commune: les petits gestes sont essentiels dans la conversion écologique, des gestes de respect et de gratitude pour les dons de Dieu» a fait remarquer le Pape François.
La crèche et le sapin seront dévoilés au public le 9 décembre à 17 heures et resteront exposés jusqu’à la fin de la période de Noël, qui coïncide avec la fête du Baptême du Seigneur, dimanche 7 janvier 2024.