12.09.2025 – ÉVANGILE DU JOUR

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 6,39-42. 

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples en parabole : « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ?
Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître.
Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ?
Comment peux-tu dire à ton frère : “Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil”, alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère. »

Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

tertiaire dominicaine, docteur de l’Église, copatronne de l’Europe

Appendice, chap. XI, n° 108 (Le dialogue, trad. J. Hurtaud, éd. Téqui, 1976, p. 394)

Aveugle et infirme, moi qui juge !

Ô foyer d’amour ! Grâces, grâces, soient à vous, Père éternel ! À moi imparfaite et remplie de ténèbres, vous le Parfait, vous la Lumière, vous avez montré la perfection et la voie lumineuse de la doctrine de votre Fils unique. J’étais morte, vous m’avez rendu la vie ! J’étais malade, vous m’avez servi le remède ! Et non seulement le remède du Sang, que vous avez appliqué par votre Fils à ce malade qu’est le genre humain : mais encore vous m’avez donné contre une infirmité secrète un remède que je ne connaissais pas ; vous m’avez enseigné cette doctrine que je ne puis d’aucune manière juger la créature raisonnable et spécialement vos serviteurs ! Aveugle et infirme que j’étais ! Que de fois ne les ai-je pas jugés, sous couleur de votre honneur et du salut des âmes ! Je vous remercie donc, ô Bonté souveraine et éternelle, de ce qu’en me découvrant votre Vérité, et les tromperies du démon, et les illusions du sens propre, vous m’avez fait connaître mon infirmité ! Je vous en supplie par votre grâce et par votre miséricorde, qu’aujourd’hui soit le terme et la fin de mes égarements ! Que je ne m’écarte plus désormais de la doctrine que votre Bonté m’a donnée, à moi et à quiconque la voudra suivre. Sans vous, rien ne se peut faire ! J’ai donc recours à vous, vous êtes mon refuge, Père éternel, et ce n’est pas pour moi seule que je vous implore, mais encore pour le monde entier, et particulièrement pour le corps mystique de la sainte Eglise.

LECTURES :

Première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 1,1-2.12-14. 

Paul, Apôtre du Christ Jésus par ordre de Dieu notre Sauveur et du Christ Jésus notre espérance,
à Timothée, mon véritable enfant dans la foi. À toi, la grâce, la miséricorde et la paix de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur.
Je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur, car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère,
moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. Mais il m’a été fait miséricorde, car j’avais agi par ignorance, n’ayant pas encore la foi ;
la grâce de notre Seigneur a été encore plus abondante, avec elle la foi, et avec l’amour qui est dans le Christ Jésus.

Psaume 16(15),1-2a.5.7-8.11. 

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe : 
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille : 
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Tu m’apprends le chemin de la vie : 
devant ta face, débordement de joie ! 
À ta droite, éternité de délices !

14.09.2025 – HOMÉLIE DU 24ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – JEAN 3, 13-17

Venin et remède

Évangile selon saint Jean 3, 13-17

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Quel bel oxymore que la fête d’aujourd’hui : nous célébrons la Croix glorieuse. Un oxymore, vous le savez, est une figure de style qui associe des termes en apparence contradictoires pour en déployer le sens. Ainsi, parle-t-on d’un « illustre inconnu », d’un « silence éloquent » ou d’une « obscure clarté ». Que peut bien avoir de glorieuse une mort injuste et humiliante, crucifié nu sous les yeux de sa mère ? Quelle gloire y a-t-il à se laisser sacrifier comme un esclave ? Au-delà, comme l’évoque l’hymne aux Philippiens de saint Paul, quel sens y a-t-il pour Dieu de venir se mêler de toute cette médiocrité humaine, d’anéantir sa toute-puissance dans l’impuissance ? C’est pourtant là que sa puissance est la plus éclatante. Voilà la force de l’oxymore.

On est ici au cœur de la foi chrétienne. Logiquement, on touche au paradoxe et, spirituellement, au mystère qu’éclaire notre foi. Et ce que révèle cet oxymore, c’est la puissance du salut. Pourquoi Dieu s’abaisse-t-il aux affaires humaines ? Pourquoi surtout se laisse-t-il atrocement humilier ? Au fond, pourquoi ne reste-il pas juge impassible bien haut dans la ciel et se mêle-t-il personnellement de nos conflits ? Essentiellement, la réponse n’appartient qu’à Dieu. La raison fondamentale de son fol amour pour l’humanité nous échappera toujours, parce que nous sommes incapables de nous voir comme Dieu nous voit.

Mais le fait est qu’il le fait. C’est le propos de notre religion. Dieu s’incarne. Il endosse l’amour et l’esprit humain. Avec nous, il se réjouit ; il partage sa vie, sa sagesse et sa tendresse. Avec nous, il pleure, souffre et meurt. Si les motivations intimes de l’amour de Dieu pour l’humanité nous échapperont toujours quelque peu, la reconnaissance effective de cet amour est ce qui motive notre foi. Pourquoi Dieu nous aime-t-il autant alors que nous connaissons fort bien tout ce qu’il y a de détestable dans l’humanité ? Mystère. Mais la certitude de son amour est ce qui nous sauve.

Or, à bien y réfléchir, il n’y a de certitude d’être sauvé que si Dieu peut investir tous les aspects de la condition humaine. S’il existe pour quelqu’humain quelqu’enfer que Dieu ne puisse ou ne veuille rejoindre, alors l’espérance s’effondre et Dieu n’est plus tout-puissant. Il faut que Dieu s’incarne dans tous les aspects de notre vie pour que nous soyons sûrs qu’il pourra toujours nous sauver. C’est le sens de l’expression « Hors de l’Église, point de salut » formulée par s. Cyprien de Carthage que nous fêterons après-demain. Il ne s’agit pas de dire que tous ceux qui ne sont pas baptisés iront en Enfer. Il s’agit de proclamer qu’en dehors de la foi chrétienne, la certitude du salut n’est plus acquise. Seule la religion qui accepte que, par amour, Dieu veuille rejoindre tous les aspects de la médiocrité humaine donne en effet la certitude qu’il veuille en toutes circonstances nous sauver. « Il est descendu aux enfers » disons-nous dans notre Credo. Nous sommes la seule religion à affirmer cela. Voilà la conception chrétienne de la toute-puissance de Dieu.

Le serpent dans la Bible incarne tout à fait ce paradoxe de la pensée chrétienne, au même titre que la croix du Christ. Dans la Genèse, il est cette personnification du discours persiflant du Diable qui mord l’âme humaine ; il est celui qui instille le venin de sa pensée comme la crucifixion du Christ personnifie le péché qui tue l’amour. Et, par ailleurs, comme dans la première lecture, il est aussi celui qui procure le sérum pour guérir de ses morsures. Cette image du serpent de bronze que brandit Moïse, on la retrouve sur le bâton d’Esculape des médecins ou la coupe d’Hygie des pharmaciens pour symboliser la guérison et les remèdes. On retrouve aussi le serpent sur le caducée des juristes, symbolisant la sagesse et l’éloquence, la parole piquante au service de la lutte contre l’injustice. Au fond, ce que nous présentent les lectures d’aujourd’hui et que nous fêtons comme Croix glorieuse est parfaitement symbolisé par les enseignes de pharmacies lorsqu’elles représentent un serpent, une coupe et une croix : la morsure du mal et le calice du salut, sur fond de crucifixion. Paradoxalement, le corps sacrifié du Christ, son sang répandu personnifient autant le drame des maux humains, que le moyen qui nous sauve. Et nous retrouvons la gloire de la Croix. Aujourd’hui les textes nous invitent à voir l’Église comme une médecine, une pharmacie où même les pilules les plus amères sont sources de guérison.

Enfin, pour être complet, dans le christianisme, il reste un enfer que Dieu ne pourra rejoindre, qui est le péché contre l’Esprit, c’est à dire la volonté de voir le remède comme un venin, celle de considérer la religion, voire l’idée-même de Dieu, comme nuisibles, comme un obscurantisme mortifère plutôt qu’une source vitale. C’est en creux le signe de notre absolue liberté. Oui, Dieu nous a créés libres de le crucifier dans l’espoir qu’il meure vraiment, qu’il disparaisse de nos vies et qu’on n’entende plus jamais parler de lui. Il nous a créés libres à ce point et il respectera le don de cette liberté. Notre religion proclame que l’enfer existe et que nous sommes libres de vouloir y plonger et volontairement nous y reclure. Si nous reprenons notre analogie médicale, le péché contre l’Esprit se présente alors comme le refus de prendre le médicament : il nous enferme dans la maladie.

L’acceptation de la médiocrité humaine, celle de la souffrance imposée, l’acceptation de la crucifixion, de la mort, l’acceptation de toutes les pilules amères de la vie munis de la certitude de trouver là encore Dieu, est ce qui nous sauve. Voilà la suite du Christ, voilà la Croix glorieuse.

La religion chrétienne n’est pas un « opium du peuple » qui nous anesthésie de nos maux. La religion chrétienne, c’est la certitude de trouver au-delà de tous les maux, le remède qui rend Vie. Encore faut-il accepter de le prendre …

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.ORG, le 9 septembre 2025

14.09.2025 – HOMÉLIE DU 24ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – JEAN 3, 13-17

Victoire, tu règneras

O croix, tu nous sauveras

Homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire
Les textes bibliques de ce dimanche nous renvoient à la croix. Cet objet dont nous avons l’habitude est devenu le signe des chrétiens. Nous la retrouvons dans nos maisons mais aussi aux carrefours de nos chemins ou encore sur la tombe de nos défunts. Et surtout, elle est en bonne place dans nos églises. Elle fait partie des signes que les chrétiens des générations passées nous ont légués. Et Pour certaines personnes, la croix est devenue un bijou de grande valeur…

Oui, bien sûr, mais cette croix c’est aussi celle qui marque douloureusement la vie des chrétiens en Irak, en Syrie et dans bien d’autres pays. Ils préfèrent mourir plutôt que d’adhérer à une religion qui n’est pas celle de Jésus Christ. Nous pensons aussi à tous ceux qui sont tournés en dérision dans leur école, leur lieu de travail à cause de leur foi. Nous sommes tous de la même grande famille. Et si nous nous sommes rassemblés à l’église, c’est d’abord pour communier au sacrifice volontaire de Jésus qui donne sa vie pour sauver tous les hommes. Dieu s’est fait homme pour assumer notre condition humaine. Dans sa mort, il assume notre mort. Il est toujours du côté des victimes de la violence, des massacres et des génocides.

Les textes bibliques de ce jour nous invitent à accueillir cette bonne nouvelle. La première lecture a été écrite plusieurs siècles avant Jésus Christ. Elle nous raconte les tribulations des hébreux pendant leur longue traversée du désert. Nous avons peut-être été surpris par cette étrange histoire du serpent de bronze. Il semble que l’auteur a repris un vieux mythe du monde oriental. Les hébreux, dans le désert, ont récriminé contre Dieu. Il leur manquait les bonnes choses de l’Égypte. Au fil des jours, ils étaient de plus en plus dégoûtés par cette nourriture misérable et si peu variée. Juste une question au passage : De nos jours, qui récrimine contre les émissions, les sites Internet, les articles et les livres qui sont des fausses nourritures, toujours aussi peu variées, et qui devraient nous dégoûter ? Le serpent de bronze est le point de départ de la guérison car il oblige à lever les yeux, à regarder vers le haut. C’est le signe qu’on se tourne vers Dieu et qu’on veut accueillir son amour.

L’apôtre Paul nous donne l’occasion de faire un pas de plus. Il nous rappelle comment le Christ Jésus s’est abaissé jusqu’à mourir sur une croix. A l’époque, c’était le supplice le plus avilissant qui était réservé aux esclaves. En tant que citoyen romain, Paul a échappé à la crucifixion pour être décapité. La réalité d’un Dieu qui se dépouille pour prendre la condition de serviteur, c’est difficile à admettre. On pense que c’est trop beau pour être vrai. Comment peut-on admettre un tel excès d’amour ? A travers son message d’aujourd’hui, Paul nous invite à fixer notre regard sur la croix glorieuse jusqu’au moment où s’impose cet amour excessif. Ce geste peut nous libérer et nous sauver bien mieux que le serpent d’airain planté en terre.

Dans l’évangile, le Christ nous adresse une bonne nouvelle de la plus haute importance : Créateur et Sauveur ne font qu’un. Si nous croyons, c’est pour entrer dans cette histoire d’amour entre Dieu et l’humanité. Trop souvent, nous traînons derrière nous des images de la mort chargées de peur. Elles sont liées au jugement et à la condamnation. Or voilà que Jésus vient rectifier l’idée que nous nous en faisons : “Dieu a envoyé son Fils, non pas pour condamner le monde mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.” Ces paroles sont au cœur de notre foi. Elles excluent la peur. Celui qui vit dans la confiance échappe au jugement. Sa confiance ne peut être déçue. Telle est la bonne nouvelle qui repose sur la prédication de Jésus lui-même.

C’est pour cette raison que nous nous tournons vers la croix du Christ. Ce qui en fait la valeur, ce n’est pas d’abord les souffrances du Crucifié mais la Passion de l’Amour. Si les plaies du crucifié sont notre salut c’est parce qu’elles sont les conséquences d’un amour sans mesure. Nous, chrétiens, nous regardons la croix comme un signe de guérison et de salut. Comme le disait si bien le Cardinal Marty, “la croix devient la clé qui ouvre la prison, qui brise le cercle infernal.” C’est de cette espérance que nous avons à témoigner auprès de ceux et celles qui souffrent physiquement et moralement. Nous pensons aussi à toutes les victimes de la haine, des violences, du racisme et des guerres. Le Christ vainqueur veut nous entraîner tous dans son élévation.

Comme chaque semaine, nous nous rassemblons pour l’Eucharistie. C’est LE grand moment de la semaine. Dans certains pays, on fait des heures de chemin à pied pour y participer. Ne pas répondre à cet appel du Seigneur, c’est un affront aux martyrs d’autrefois et à ceux d’aujourd’hui. Et c’est surtout un affront à Celui qui a livré son Corps et versé son sang pour nous et pour la multitude.

En ce jour, nous te prions, Seigneur : augmente notre foi et notre amour ; Donne-nous force et courage pour te suivre avec confiance. Fais de notre vie, de nos joies et de nos souffrances une offrande d’amour qui rejoigne la tienne pour que le monde soit sauvé.

Abbé Jean Compazieu

Sources : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 7 septembre 2025