CAP Fatima – Lettre de liaison n° 170 (29 janvier 2025)

Lettre de liaison n° 170 (29 janvier 2025)

Chers amis,

Le 13 mai 1917, lors de sa première apparition, Notre-Dame avait dit à Lucie : « Je suis venue vous demander de venir ici pendant six mois de suite, le 13 du mois, à cette même heure. Ensuite, je vous dirai qui je suis et ce que je veux. »
Le 13 juillet suivant, Lucie lui ayant demandé : « Je voudrais vous demander de nous dire qui vous êtes, et de faire un miracle afin que tous croient que vous nous apparaissez », Notre-Dame lui avait répondu : « En octobre, je dirai qui je suis, ce que je veux et je ferai un miracle que tous verront pour croire. »
Ainsi, par deux fois, Notre-Dame annonça qu’en octobre elle dirait qui elle est et ce qu’elle voulait. Et c’est ce qu’elle fit.

« Que l’on fasse ici une chapelle »

Effectivement, le 13 octobre, à la question de Lucie « Que veut de moi votre grâce ? », question qu’elle posait au début de chaque apparition, la Sainte Vierge répondit : « Je veux te dire que l’on fasse ici une chapelle en mon honneur. »

Notre-Dame avait déjà exprimé cette demande lors des deux précédentes apparitions.
Le 19 août en effet, Lucie lui avait demandé : « Que voulez-vous que l’on fasse de l’argent que les gens laissent à la Cova da Iria ? » Et la Sainte Vierge avait répondu : « L’argent sera pour faire des brancards pour la fête de Notre-Dame du Rosaire et ce qui restera sera pour aider à construire une chapelle que l’on fera faire. »
De même, le 13 septembre, Lucie lui avait dit : « Le peuple voudrait bien avoir ici une chapelle. » Et Notre-Dame avait répondu : « Avec la moitié de l’argent reçu jusqu’à ce jour, que l’on fasse les brancards de procession et qu’on les porte à la fête de Notre-Dame du Rosaire ; que l’autre moitié soit pour aider à la chapelle» Ainsi, avant d’exprimer formellement sa demande le 13 octobre, Notre-Dame en avait déjà parlé deux fois. C’est donc une demande à laquelle elle tient.

En apparence, cette demande peut paraître anodine, voire banale. Mais il n’en est rien. Par cette demande expresse de construire une chapelle, Notre-Dame manifeste son désir de voir de nombreux pèlerins venir la prier à Fatima. C’est en ce lieu qu’elle veut plus particulièrement nous accorder ses grâces.

Ce n’est pas la première fois que Notre-Dame fait une telle demande. Par exemple, le 10 août 1519, à Cotignac, elle demanda à Jean de la Baume : « Je suis la Vierge Marie. Allez dire au clergé et aux Consuls de Cotignac de me bâtir ici même une église, sous le vocable de Notre-Dame de Grâces et qu’on y vienne en procession pour recevoir les dons que je veux y répandre. » En cette occasion, non seulement la Sainte Vierge demanda la construction d’une église, mais elle en indiqua précisément la raison : pour y répandre ses dons. Ainsi, Notre-Dame désire que nous venions la prier en certains lieux pour nous y accorder ses grâces.

Mais pourquoi une telle demande ? La Sainte Vierge ne peut-elle pas nous accorder ses grâces ailleurs, si nous la prions avec ferveur ? Oui, bien sûr ! Notre-Dame peut nous accorder – et nous accorde souvent – ses grâces où que nous soyons. Mais l’homme n’est ni un simple animal, ni un pur esprit : il est à la fois corps et âme. Cette union est si forte que la séparation du cops et de l’âme, c’est la mort. Il en va de même pour les actes de notre vie : pour atteindre leur plénitude, ces actes doivent engager non seulement notre esprit, mais aussi notre corps.
C’est notamment vrai pour le plus bel acte que nous puissions accomplir ici-bas : la prière. Toute prière doit être accompagnée par des actes concrétisant notre volonté. Le 19 août 1917, Notre-Dame précisa que, pour la fête de Notre-Dame du Rosaire, les porteurs de brancards devront être vêtus de blanc. (Voir lettre de liaison n° 167). Lorsque nous allons à la messe, nous nous habillons dignement ; nous adaptons une attitude marquant le respect (debout, à genoux, silence, …). Pour réciter le Rosaire, nous nous tenons à genoux en tenant un chapelet entre les doigts. Etc.

Jésus fit de même. À Cana, Il demanda de remplir des jarres avant de transformer l’eau en vin. À Béthanie, Il demanda de rouler la pierre avant de ressusciter Lazare. Pourtant, Il aurait pu faire tous ces miracles sans demander ces actes en apparence inutile.
Ainsi, Dieu Lui-même veut que nos prières soient accompagnées de gestes concrets. Il convient donc de ne pas les négliger. Voilà pourquoi Notre-Dame demanda la construction d’une chapelle. Même si elle peut nous accorder – et nous accorde volontiers – ses grâces en tout lieu de la terre, c’est plus particulièrement en certains lieux comme Lourdes ou Fatima qu’elle nous les accordera.
Dans le même ordre d’idée, nous venons d’entrer dans une année jubilaire. Pour recevoir toutes les grâces que Dieu veut nous accorder au cours de cette année, il convient d’exécuter humblement les différentes démarches que demande l’Église.

« Je suis Notre-Dame du Rosaire »

Après avoir demandé la construction d’une chapelle, Notre-Dame continua en disant : « Je suis Notre-Dame du Rosaire. » Ainsi en ce 13 octobre, Notre-Dame a bien révélé qui elle était et ce qu’elle voulait.

Ce n’est pas la première fois qu’il est question de Notre-Dame du Rosaire. En effet, à partir du 13 juillet 1917, la Sainte Vierge utilisera l’expression à chaque apparition :
13 juillet 1917 : « Je veux (…) que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire. »
19 août 1917 : « Notre-Seigneur viendra bénir le peuple. Viendra aussi Notre-Dame du Rosaire et Notre-Dame des Douleurs. (…) L’argent des brancards sera pour la fête de Notre-Dame du Rosaire. »
13 septembre 1917 : « Avec la moitié de l’argent reçu jusqu’à ce jour, que l’on fasse les brancards de procession et qu’on les porte à la fête de Notre-Dame du Rosaire»

Ce n’est pas la première fois non plus qu’elle donne son nom. À Cotignac, elle a demandé à être invoqué sous le nom de “Notre-Dame de Grâces”. À Lourdes, elle avait dit : « Je suis l’Immaculé Conception » et saint Maximilien Kolbe l’appelait « l’Immaculée ».
Tous ces noms révélés par la Sainte Vierge elle-même sont précieux. La plupart ont été inscrits dans les litanies récitées en son nom : « Reine conçue sans le péché originel », « Reine du Très Saint Rosaire », … Mais parmi tous ces noms, celui de Notre-Dame du Rosaire doit avoir une place à part, car sa révélation fut accompagnée d’un signe extraordinaire : juste après, Notre-Dame fit un miracle exceptionnel, le miracle de la danse du soleil (voir lettre de liaison n° 155). Si Dieu a donné à sa Mère le pouvoir de faire tel miracle, c’est sûrement pour que son caractère exceptionnel rejaillisse sur le nom  révélé ce jour-là. En conséquence, il convient d’invoquer souvent notre Mère du Ciel sous ce nom, par exemple à la fin de notre chapelet quotidien.

« Que l’on continue à réciter le chapelet tous les jours »

Si Notre-Dame nous révèle que son nom est Notre-Dame du Rosaire, c’est donc que le Rosaire est, après le saint Sacrifice de la Messe, une prière qu’elle chérit particulièrement. Il n’est donc pas étonnant qu’elle nous demande juste après de le réciter souvent. Mais ayant pitié de notre faiblesse, elle demande la récitation quotidienne non pas du Rosaire complet, mais simplement du chapelet : « Que l’on continue toujours à dire le chapelet tous les jours. » De la sorte, nous pouvons dire deux rosaires entiers chaque semaine.

Ce faisant, c’est la sixième fois qu’elle fait cette demande. Ainsi, elle l’aura faite à chacune de ses apparitions. Cette insistance est n’est sûrement pas fortuite. La Sainte Vierge n’aurait pas agi ainsi s’il s’était agi d’une prière ordinaire. Une telle insistance est nécessairement la marque que le Rosaire est un moyen à part. Cette insistance rappelle d’ailleurs celles des saints ou des papes. En effet, aucune prière n’a reçu autant de recommandations de leur part (après le Saint Sacrifice de la Messe).

Les saints

Notre-Dame au bienheureux Alain de La Roche (1428 – 1475) : « Celui qui persévérera dans la récitation de mon rosaire, recevra toutes les grâces qu’il demandera» et « De tout ce qui se fait dans l’Église, le Rosaire est pour moi ce qu’il y a de plus agréable après la sainte Messe»

Saint Charles Borromée (1538 – 1581) : « Le Rosaire est la prière la plus divine après le Saint Sacrifice de la messe.»

Saint Vincent de Paul (1581 – 1660) : « Après la Messe, la dévotion du Rosaire fait descendre dans les âmes plus de grâces que toute autre, et, par ses Ave Maria, opère plus de miracles que toute autre prière. »   

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673 – 1716) dans Le Secret du Très saint Rosaire :
 « Le Rosaire récité avec la méditation des mystères : 1) nous élève insensiblement à la connaissance parfaite de Jésus-Christ, 2) purifie nos âmes du péché, 3) nous rend victorieux de tous nos ennemis, 4) nous rend la pratique des vertus facile, 5) nous embrase de l’amour de Jésus-Christ, 6) nous enrichit de grâces et de mérites, 7) nous fournit de quoi payer toutes nos dettes à Dieu et aux hommes 8) et enfin nous fait obtenir de Dieu toutes sortes de grâces. » et « Conservez la pratique du saint Rosaire, car jamais une âme qui dit son Rosaire tous les jours ne sera formellement hérétique ni trompée par le démon ; c’est une proposition que je signerais de mon sang. »

Saint Alphonse de Liguori (1696 – 1787) : « Le Rosaire est l’hommage le plus agréable que l’on puisse offrir à la Mère de Dieu. »

Les papes

Une cinquantaine de papes ont écrit sur le Rosaire pour demander aux fidèles de le réciter. C’est un fait unique dans l’histoire de l’Église. Voici quelques exemples.

  • Sixte IV (pape de 1471 à 1484) : « Le Rosaire est spécialement approprié pour détourner du monde les dangers qui le menacent»
  • Grégoire XIII (pape de 1572 à 1585) « Le Rosaire est un moyen donné du Ciel pour apaiser la colère de Dieu.»
  • Grégoire XIV (pape de 1590 à 1591) « Le Rosaire est le moyen le plus merveilleux pour détruire le péché et recouvrer la grâce. »
  • Benoît XIII (pape de 1724 à 1730) : « Le Rosaire est un remède souverain aux erreurs et aux vices.»
  • Pie IX dans un décret du 2 mai 1855 : « Le Rosaire est la prière la plus efficace pour accroître dans le cœur des fidèles la dévotion à Marie»

Léon XIII écrivit plus de dix encycliques ou lettres sur le Rosaire, affirmant notamment qu’il est « l’expression la plus accomplie de la piété chrétienne » et «une prière incomparable et d’une efficacité souveraine ». Voici quelques autres citations :

En 1883 : « Il est bien reconnu que cette forme de prière est si agréable à la Sainte Vierge qu’elle est particulièrement efficace pour sauver du danger l’Église et le peuple chrétien»
En 1894 : « Fasse Dieu que cette dévotion (…) soit aimée et pratiquée (…) comme le meilleur moyen d’obtenir la clémence de Dieu.»En 1895 : « Il y a sans doute plusieurs moyens d’obtenir l’assistance de Marie. Cependant nous estimons que l’institution du Rosaire est le meilleur et le plus fécond. »

Dans son testament, saint Pie X écrivit :

Le Rosaire est, de toutes les prières, la plus belle, la plus riche en grâces, celle qui touche le plus le Cœur de la Mère de Dieu. (…) Si vous voulez que la paix règne dans vos familles et dans votre patrie, récitez tous les jours le chapelet avec les vôtres : le Rosaire est le parfait résumé de l’Évangile et il donne la paix à tous ceux qui le récitent.

Une telle affirmation dans un texte aussi important qu’un testament, et qui plus est celui d’un pape canonisé, marque une importance exceptionnelle. Il est d’ailleurs extraordinaire de voir la convergence entre tous ces enseignements. Et il ne fait aucun doute que, à Fatima, Notre-Dame a voulu en quelque sorte les confirmer.

Et après Fatima, les papes ont continué à recommander le Rosaire :

Pie XI : « Le Rosaire est le moyen privilégié entre tous les autres, de procurer le retour au Christ des individus, des familles et des nations. »  Et aussi : « C’est une arme très puissante pour chasser les démons, pour conserver l’intégrité de la vie, pour acquérir plus facilement la vertu, en un mot pour obtenir la véritable paix aux hommes. »
Pie XII : « Nous estimons que le Saint Rosaire est le moyen le plus efficace et le meilleur pour obtenir l’aide maternelle de la Vierge. »

Plus près de nous, le père Gabriele Amorth, qui fut exorciste du diocèse de Rome, dans l’introduction de son dernier livre Il mio rosario, écrit : « Je pense que le Rosaire est la prière la plus puissante. » Il y révèle que la source de sa force intérieure, il la trouva dans la récitation quotidienne du chapelet, prière qui l’a soutenu dans son combat quotidien contre les manifestations du démon auxquelles il fut confronté durant de longues années.

Les fruits du Rosaire

Cette excellence du Rosaire, si recommandée par les papes et les saints, se manifeste aussi dans les fruits obtenus. Les batailles gagnées par son intercession sont bien connues : Lépante, La Rochelle, Vienne, etc. (voir la fiche Les victoires temporelles du Rosaire). Mais le Rosaire n’obtient pas que des victoires militaires ou politiques : les grâces individuelles obtenues par son intermédiaire sont innombrables. Dans Les gloires de Marie, saint Alphonse de Liguori donne de nombreux exemples. Voici par exemple celui d’une femme qui fut convertie simplement en commençant par avoir un chapelet sur elle.

Le père Bovio rapporte qu’une femme de mauvaise vie nommée Hélène, étant entrée dans une église, y entendit par hasard un sermon sur le rosaire. En sortant, elle acheta un chapelet. Elle le portait sur elle, mais en le tenant soigneusement caché. Bientôt, elle se mit à le réciter, sans dévotion d’abord. La sainte Vierge lui fit néanmoins goûter de telles consolations et douceurs dans cette pratique qu’Hélène ne pouvait plus se rassasier de dire des chapelets. De là, elle en vint à concevoir une telle horreur de ses désordres que, ne trouvant plus de repos, elle fut comme contrainte d’aller se confesser. Elle le fit avec une contrition si vive que le confesseur en fut dans l’admiration.
Sa confession faite, elle alla se jeter aussitôt au pied d’un autel de Marie pour remercier sa céleste avocate ; et, tandis qu’elle y récitait son chapelet, elle entendit la voix de la divine Mère sortir de la statue et lui dire : « Hélène, jusqu’ici tu n’as que trop offensé ton Dieu et moi ; commence aujourd’hui une vie nouvelle et tu auras une large part à mes faveurs. » Confuse d’une telle bonté, la pauvre pécheresse répondit : « Ah ! Vierge sainte, il est vrai que je n’ai été qu’une criminelle ! Mais vous pouvez tout : aidez-moi, car je me donne à vous, et je veux employer le reste de mes jours à faire pénitence de mes péchés. »
Aidée par Marie, Hélène eut le courage de distribuer aux pauvres tout ce qu’elle avait et d’embrasser une vie de rude pénitence. Des tentations terribles vinrent l’assaillir ; mais, attentive à se recommander sans cesse à la Mère de Dieu, elle en sortit toujours victorieuse. Les faveurs divines affluèrent progressivement dans son âme, même les dons surnaturels : visions, prophéties, révélations. Enfin, à sa mort, qui lui fut annoncée par Marie plusieurs jours d’avance, la bienheureuse Vierge vint la visiter elle-même avec son divin Fils ; et, lorsque cette pécheresse expira, on vit son âme, sous la forme d’une belle colombe, s’envoler aux cieux.

Dans Le secret du Très Saint Rosaire, saint Louis-Marie Grignion de Monfort cite de nombreux autres exemples. Que tous ces exemples nous incitent à être très fidèles dans la récitation quotidienne de notre chapelet et à le dire avec de plus en plus de ferveur. Pour cela, prenons de temps à autre un peu de temps pour lire les encycliques des papes sur le Rosaire, les livres de saint Alphonse de Liguori et de saint Louis-Marie Grignon de Montfort, les lettres de sœur Lucie sur le Rosaire (voir lettres de liaison n° 154 et n° 166). Et à l’exemple d’Hélène, ayons toujours un chapelet sur nous : par ce seul geste, la Sainte Vierge peut nous accorder des grâces qui transformeront notre vie.

En union de prière dans le Cœur Immaculé de Marie.
Yves de Lassus

02.02.2025 – HOMÉLIE DE LA FÊTE DE LA PRÉSENTATION DU SEIGNEUR AU TEMPLE – LUC 2,22-40

Des lumières pour le monde

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

C’est aujourd’hui une célébration à plusieurs couches, comme une pile de crêpes, oserais-je dire. C’est donc la Chandeleur, la fête des bougies. Nous célébrons aussi la présentation de Jésus au Temple, la cérémonie de la purification de la Vierge Marie et le rachat de Jésus à Dieu pour le prix de deux colombes. Notre célébration d’aujourd’hui, 40 jours après Noël, conclut le cycle de l’Épiphanie : dans tout le périple de sa naissance, Jésus arrive enfin au Temple de Jérusalem.

Comme s’il fallait rajouter une couche, le pape s. Jean-Paul II en a fait aussi la Journée de la vie consacrée – la fête des personnes qui ont fait des vœux religieux.

Enfin – je l’ai dit – il y a la tradition des crêpes, symboles du soleil qui revient et de la farine qu’on ne craint plus de sacrifier tandis qu’on commence les semailles d’hiver. La tonalité du jour oscille entre célébration de la lumière, consécration à Dieu et espérance en l’avenir.

Saint Luc est prompt à nous présenter Jésus profondément ancré dans la culture juive de son époque. Dans son Évangile, la famille de Jésus est très pieuse. Elle observe scrupuleusement les prescriptions de la Loi de Moïse. Tout premier-né est le don de Dieu et doit lui être consacré. Si l’on veut reprendre son enfant, il s’agit alors de le racheter à Dieu. Il y a, derrière cette coutume, la tradition des prémices, d’offrandes religieuses prélevées sur les premiers fruits de toute récolte. En filigrane, on retrouve ici le récit de Samuel (1 Samuel 1,1-2,10), dont le nom signifie précisément « Don de Dieu », que sa mère Anne consacre au Seigneur dès la naissance, tant elle exulte d’avoir été sauvée de sa stérilité. Il y a aussi, derrière cette tradition, l’attitude assez injuste qui consiste à donner une place particulière à l’aîné des garçons au sein des familles et qui percole jusqu’à nos jours. C’est oublier la partie « rachat » de la tradition juive qui en fait à nouveau un fruit comme les autres. Au fond – et Jean-Paul II l’avait bien vu – nous ne devrions garder que la distinction de la consécration personnelle à Dieu qui est, dans le christianisme, accessible à tous le monde, par des vœux publics ou privés.

On pourrait aussi s’interroger sur la nécessité des rites de purification de la Vierge Marie. En quoi, la Toute-Pure doit-elle se purifier ? Des siècles de christianisme on surchargé de sainteté la notion de pureté, mais dans le judaïsme, ancien comme moderne, il ne s’agit que de purification rituelle, comme on se lave les mains avant d’aller manger. Pureté et péché ne sont pas intrinsèquement liés dans le judaïsme comme il le sont devenus dans le christianisme. On est rituellement impur du simple fait de côtoyer un malade, par exemple. Il s’agit là essentiellement de mesures d’hygiène sociale alors que, pour nous, il s’agit avant tout d’hygiène spirituelle.

Enfin la chandeleur, quant à elle, littéralement la fête des chandelles, tient son nom d’une procession instituée par le pape Gélase en 494, célébrant, avant le lever du jour, Jésus comme la « Lumière qui se révèle aux nations », procession au cours de laquelle on bénissait des cierges que les chrétiens rapportaient ensuite chez eux, afin de protéger leur foyer.

Alors que retenir de tout ceci pour notre vie spirituelle ?

De la purification de la Vierge Marie, qui est notre modèle de consécration chrétienne, nous devons garder, je pense, le souci d’une hygiène spirituelle en société, à nous-mêmes nous purifier l’esprit avant toute rencontre, pour qu’elle soit sous le signe de la présence de Dieu entre nous.

Du rachat de Jésus comme premier-né, ce qui le rend à sa famille, nous comprenons, avec la Lettre aux Hébreux, que le Christ n’est pas confiné au lieu du Temple – pour nous à notre présence à l’église – qu’il est Dieu qui se rend présent dans la chair et que sa véritable consécration aura lieu dans le monde, à son baptême.

De la joie exubérante du vieux Siméon – « mes yeux ont vu le salut » – nous pourrions méditer notre propre sentiment d’avoir été sauvés par la rencontre avec le Christ. Il s’agit, dans cette vie et dans ce monde, de trouver cette joie dont nous sommes appelés à rendre compte.

Enfin, du souvenir des anciennes processions de la Chandeleur, nous devrions garder que nous sommes ces petites lumières envoyées au monde pour témoigner de la véracité du salut, de ce que l’amour de Dieu brille effectivement en nous.

C’est aujourd’hui à tous notre fête comme porteurs de la « Lumière qui se révèle aux nations ». Notre baptême a fait de nous tous des premiers-nés, des consacrés à l’amour de Dieu pour le monde.

Seigneur, fais que notre Église redevienne, pour le monde, cette communauté de petites lumières qui témoignent de ton amour. Seigneur, fais scintiller au quotidien notre propre consécration. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RÉSURGENCE.BE, le 28 janvier 2025

02.02.2025 – HOMÉLIE DE LA FÊTE DE LA PRÉSENTATION DU SEIGNEUR AU TEMPLE – LUC 2,22-40

Jésus lumière du monde

Textes bibliques : Lire


Pistes pour l’homélie par le Père Jean Compazieu


Le 2 février, les chrétiens célèbrent la présentation de Jésus au Temple. A l’époque, tous les parents faisaient cet acte d’offrande de leur fils premier né. Mais cette fête d’aujourd’hui n’est pas un simple rappel de l’événement. Il faut surtout y voir une révélation sur le mystère de Jésus. Nous y découvrons le vieillard Siméon qui reconnaît en lui la Lumière du monde. C’est pour cette raison que cette fête est appelée “la Chandeleur”, la fête de la Lumière.

Cette lumière avait été annoncée par le prophète Malachie (1ère lecture). Ce livre jette un regard très critique sur les prêtres de l’époque qui exercent dans le temple de Jérusalem. Il dénonce les magouilles, les fraudes, les injustices. Tout cela ne va pas durer. Le mal ne peut pas avoir le dernier mot. Dieu saura bien envoyer un messager pour remettre les choses à leur place. Bien sûr, le rêve de Malachie se limitait à une restauration et à un retour des valeurs du passé. Plus tard, on verra Jésus qui arrive au temple. Les chrétiens découvriront en lui celui qui est la Lumière du monde. Ils comprendront que le temple que Jésus veut purifier c’est chacun de nous.

La lettre aux Hébreux (2ème lecture) insiste avec force sur le mystère de Jésus. Il est celui qui a voulu partager avec nous “la condition humaine”. Il a voulu être solidaire de nous jusqu’à l’extrême. Il n’a pas échappé à la mort qui fait partie de notre condition. Siméon avait bien entrevu cette issue fatale en prophétisant que l’enfant serait signe de division. Mais cette destinée ne s’est pas arrêtée à la mort. Jésus appartient pleinement à la famille humaine et pleinement à la famille de Dieu ; de ce fait, il est celui qui ouvre les portes du temple céleste. Désormais avec lui et en lui, les frères de Jésus ont accès à Dieu lui-même.

C’est ainsi qu’en ce jour, Jésus nous est présenté comme la “lumière des nations”. C’est important pour nous car nous vivons dans un monde qui perd ses repères. Chaque jour, les médias nous en donnent de tristes exemples. Cela ne sert à rien de se lamenter. Nous avons bien mieux à faire : comme le vieillard Siméon, nous sommes appelés à montrer Jésus au monde. Un jour, le Cardinal Barbarin disait que nous n’avons pas une obligation de résultat mais une obligation de témoignage. Comme Bernadette de Lourdes, nous ne sommes pas chargés de faire croire mais de dire.

Le principal travail c’est Dieu qui le fait dans le cœur de chacun. La Lumière du monde c’est lui. Comme Siméon, nous pouvons dire : “Mes yeux ont vu ton salut que tu préparais à la face des peuples.” L’Ancien Testament nous a révélé un Dieu qui a fait alliance avec son peuple choisi. Avec la venue de Jésus, cette alliance s’élargit : elle n’est pas offerte au seul peuple élu mais à tous les peuples du monde. Grace au Christ, l’humanité est convoquée pour devenir l’unique peuple de la nouvelle alliance. C’est de cette bonne nouvelle que nous avons tous à témoigner.

Plus tard, Jésus dira : “Je suis la Lumière du monde”. La lumière ça éclaire et ça fait vivre. Une personne qui vivrait en permanence dans une pièce sombre finirait par tomber malade. Le Christ se présente à nous comme cette lumière qui nous montre le chemin, qui éclaire notre conscience et qui nous fait vivre. C’est cette lumière de Dieu qui nous a été transmise au jour de notre baptême. Et c’est pour cette raison que nous la ranimons le 2 février.

Cette fête d’aujourd’hui fait naître en chacun de nous un grand désir de rencontrer Jésus et de nous laisser transformer par la Lumière qui est en lui. Nous le rencontrons dans la liturgie qui nous fait parcourir les étapes de sa vie. Nous le rencontrons aussi dans les sacrements : le baptême qui fait de nous des fils de Dieu, le sacrement du pardon qui nous purifie. Mais par-dessus tout, Jésus vient à nous par l’Eucharistie : “Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi, je demeure en lui.” (Jn 6. 56) Nous avons tous besoin de cette rencontre “source et sommet de toute vie chrétienne” (Concile Vatican II)

Avec Siméon, nous sommes tous invités à prendre l’enfant Jésus dans nos bras pour le contempler et rendre grâce à Dieu. Le Salut qui nous est annoncé en ce jour n’est pas une simple théorie mais quelqu’un. Il est livré entre nos mains de pécheurs. Il attend de nous que nos bras soient grands ouverts pour accueillir son Salut. A la fin de chaque messe, nous sommes envoyés pour le montrer et le communiquer à notre monde. Cette mission nous concerne tous, quel que soit notre âge. Mais la rencontre de Siméon et Anne nous montre l’importance des “seniors” dans la transmission de la foi. Beaucoup d’enfants n’ont entendu parler de Jésus que par leurs grands parents. Nous avons là le visage d’une Église dont le renouvellement repose aussi sur les plus âgés de ses membres.

Nous vivons dans un monde qui est souvent indifférent à la présence de Dieu. Nous te prions Seigneur, envoie ton Esprit Saint : qu’il fasse de nous des témoins de la Lumière, des apôtres de Jésus auprès de tous ceux qui attendent leur délivrance. Amen

Père Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 26 janvier 2025