L’intention de prière du Pape François pour le mois d’avril, rendue publique mardi 1er, est consacrée aux nouvelles technologies: le Saint-Père demande de prier «pour que l’utilisation des nouvelles technologies ne remplace pas les relations humaines, mais respecte la dignité des personnes et aide à affronter les crises de notre temps».
Jean-Benoît Harel – Cité du Vatican
«Combien j’aimerais que nous regardions moins les écrans et que nous nous regardions davantage dans les yeux!» C’est avec ce souhait que le Pape invite l’Église universelle en ce premier jour du mois d’avril à prier pour une bonne utilisation des nouvelles technologies.
Un tiers de la population mondiale sans Internet
Le Saint-Père ne fustige pas la technologie en elle-même, au contraire pour lui, «la technologie est le fruit de l’intelligence que Dieu nous a donnée». «Mais elle doit être utilisée à bon escient», met-il en garde.
D’abord dans les relations entre les personnes, entre utilisateurs de la technologie. «Si nous passons plus de temps avec nos téléphones portables qu’avec les personnes, c’est que quelque chose ne va pas», assure François, qui demande de ne pas oublier que derrière les écrans, «il y a des personnes réelles qui respirent, rient et pleurent».
Ensuite, les nouvelles technologies ne doivent pas être source de discriminations, insiste le Pape, pointant ainsi l’inégalité d’accès au numérique dans le monde. Selon l’agence web Novius, il y aurait plus de smartphones actifs sur la Terre que d’êtres humains (8,2 milliards de personnes contre 8, 6 milliards de smartphones). Toutefois, encore un tiers de la population mondiale est privée d’Internet d’après les chiffres des Nations unies.
«Pour unir et non pour diviser».
Le Souverain pontife donne ensuite des pistes pour une utilisation de la technologie «à bon escient», «pour unir et non pour diviser». Par exemple, en améliorant la vie des personnes fragiles, des pauvres, des personnes en situations de handicap. Ou encore en inventant des solutions pour «prendre soin de la maison commune».
Toutes ces pistes reviennent à se «rencontrer en tant que frères et sœurs», résume François. «Parce que lorsque nous nous regardons dans les yeux, nous découvrons ce qui compte vraiment: que nous sommes frères, sœurs et enfants du même Père».
Le sujet des nouvelles technologies et notamment de l’intelligence artificielle n’est pas nouveau pour le Saint-Siège. Le Pape François a par exemple dédié de nombreux messages et textes au bon usage de l’intelligence artificielle. En février dernier, à l’occasion du «Sommet pour l’action sur l’IA» à Paris, le Saint-Père avait demandé aux dirigeants rassemblés pour l’occasion de s’engager dans «le sens de la protection de l’humanité contre une utilisation de l’intelligence artificielle» pouvant être dévoyée.
Tout au long du mois d’avril, le Pape propose donc de prier pour que «l’utilisation des nouvelles technologies ne remplace pas les relations humaines, mais respecte la dignité des personnes et aide à affronter les crises de notre temps».
Texte de l’audience générale: Jésus nous libère d’une fausse vision de l’amour
Dans sa catéchèse publiée mercredi 16 avril, le Pape François a proposé une réflexion sur la parabole du fils prodigue. Face à l’égoïsme des deux fils, l’un ayant fui la maison de son père et l’autre étant resté, le Saint-Père assure que «l’amour est toujours un engagement, il y a toujours quelque chose à perdre pour rencontrer l’autre».
Jean-Benoît Harel – Cité du Vatican
Pour cette catéchèse du mercredi publiée par la Salle de presse du Saint-Siège, le Pape poursuivant sa convalescence, le Saint-Père inaugure un nouveau chapitre de son cycle jubilaire intitulé «Jésus-Christ notre espérance».
Le Pape a décidé de proposer quelques méditations sur les paraboles racontées par Jésus. Ces histoires reprennent «des images et des situations de la réalité quotidienne» et force chacun à se positionner, souligne-t-il, en se demandant: «où suis-je dans cette histoire?»
Pour ce mercredi de la Semaine Sainte, François s’arrête sur la parabole «la plus célèbre», celle appelée du fils prodigue, lorsqu’un fils cadet demande sa part d’héritage à son père, dilapide son argent avant de rentrer chez son père qui le reçoit en festoyant, provoquant la colère du fils aîné. L’évangéliste Luc précise que Jésus raconte cette parabole aux pharisiens et aux scribes, qui récriminent contre le Christ lorsqu’il mange chez les pêcheurs, un signe pour François que cette parabole est adressée «à ceux qui sont perdus mais qui ne le savent pas et qui jugent les autres».
«Dieu vient toujours nous chercher»
Pour le Saint-Père, cette parabole est avant tout un profond message d’espérance, car «où que nous soyons perdus, […] Dieu vient toujours nous chercher», citant l’image de la brebis égarée à cause de la fatigue, ou d’une pièce de monnaie tombée par terre que l’on ne retrouve plus. Mais dans la parabole, les deux fils sont perdus, le plus jeune car «lassé d’une relation qu’il jugeait trop exigeante» et l’aîné par «l’orgueil ou la rancœur dans son cœur».
“L’amour est toujours un engagement, il y a toujours quelque chose à perdre pour rencontrer l’autre.”
«Le fils cadet de la parabole ne pense qu’à lui», comprend le Pape François, qui dresse un parallèle avec l’égoïsme présent lors de la période de l’enfance et de l’adolescence, qui se poursuit parfois à l’âge adulte aujourd’hui. «Ces adultes s’imaginent qu’ils vont se trouver eux-mêmes et, au contraire, ils se perdent, car ce n’est que lorsqu’on vit pour quelqu’un que l’on vit vraiment», poursuit le Souverain pontife.
Une fausse vision de l’amour
«L’amour est un don précieux, il doit être traité avec soin», poursuit François, contrairement au fils cadet qui cherche l’amour mais «le gaspille, le dévalorise». Avec cette fausse vision de l’amour, le risque est de mendier l’affection «au premier maître venu» et de vivre une relation comme un serviteur, «comme si nous devions expier une faute ou comme si l’amour véritable ne pouvait pas exister». À l’image du fils cadet au moment de famine qui veut revenir chez son père comme serviteur.
«Seul celui qui nous aime vraiment peut nous libérer de cette fausse vision de l’amour», assure le Saint-Père, qui évoque le célèbre tableau de Rembrandt, la tête du jeune homme ressemblant à un enfant, symbole que «ce fils est en train de renaître».
Le Retour du fils prodigue par Rembrandt.
La rancœur du fils aîné
Terminant sa réflexion sur l’attitude du fils aîné, François estime qu’il est «distant de cœur», qu’il aurait peut-être voulu quitter son père mais est resté «par peur ou par devoir». «Quand on s’adapte contre son gré, on commence à nourrir en soi une colère qui, tôt ou tard, explose», prévient-il.
Alors qu’il refuse de célébrer le retour de son petit frère, et «de partager la joie de son père», le fils aîné reçoit la visite de son père qui veut simplement «lui faire ressentir son amour». L’image du père qui laisse la porte ouverte est celle de Dieu «qui nous attend, qui nous voit de loin et qui laisse toujours la porte ouverte».
François termine sa catéchèse en proposant aux fidèles de s’identifier aux deux fils de cette parabole et de demander à «Dieu le Père la grâce de retrouver nous aussi le chemin de la maison».
Chaque 25 mars, des fidèles des deux religions célèbrent ensemble la mère de Jésus, grâce à la ténacité d’un chrétien maronite. Reportage.
Une étudiante d’une école d’art chiite peint la Vierge à Raboueh.Lucienne Bittar
Raboueh, Liban, 25 mars 2025, jour de l’Annonciation qui célèbre l’annonce faite à Marie de la naissance de Jésus par l’archange Gabriel. Une foule bigarrée se présente aux portes de la salle de congrès du Patriarcat grec-catholique. Une flopée d’écoliers et d’écolières, voilées ou pas, entre en premier, devant une haie de scouts maronites et au son d’une fanfare de l’armée libanaise. Elle est suivie de chanteurs, de musiciens et de représentants de communautés chrétiennes (maronites, grec-catholiques, protestants, orthodoxes) et musulmanes (sunnites, chiites, druzes).
Les visiteurs sont accueillis par Nagy el-Khoury, lauréat 2010 du Prix international Sergio Vieira de Mello pour le dialogue entre les cultures, et par son compagnon d’œuvre, le cheikh Mohammad Nokkari, directeur général de Dar el-Fatwa, la plus haute instance religieuse sunnite du Liban. Dans le hall central, des jeunes filles d’une école d’art chiite peignent des tableaux représentant Marie ou le dialogue islamo-chrétien. La fanfare de l’armée ouvre alors les feux de la célébration avec l’hymne national, car cette fête, chrétienne à l’origine, est devenue en 2010 une fête nationale «islamo-chrétienne», symbolisant la coexistence entre chrétiens et musulmans.
Durant ce jour férié instauré par le premier ministre d’alors, Saad Hariri, un sunnite, toutes les communautés religieuses sont appelées à demander ensemble l’aide de Marie face aux épreuves que le pays traverse. L’édition 2025 ne déroge pas à la tradition. Aux premiers rangs de la salle, où près de 400 personnes sont réunies, des dignitaires religieux venus de toutes les régions du pays – aux confessions reconnaissables grâce à leurs costumes – assistent aux discours et aux chants.
Devant l’estrade trône l’icône de l’Annonciation, peinte en 2007 pour le premier événement du genre, avec d’un côté le texte de saint Luc (1,26-38) et de l’autre celui de la sourate Al-imran du Coran qui relate la visite d’anges à Maryam (Marie). Une entorse remarquée à l’interdiction de représentations des êtres animés en islam, et a fortiori des personnages saints. Se succèdent des témoignages de responsables d’œuvres religieuses, une chorale de filles chiites, un chœur d’hommes orthodoxes, des chorales druze et kurde… tous louant Marie dans une belle harmonie.
Une chorale de jeunes chiites se produit en l’honneur de Marie, derrière l’icône de l’Annonciation.Lucienne Bittar
La symbolique vise à endiguer les méfaits du communautarisme. Mais comment la fête de l’Annonciation a-t-elle pu se transformer en journée de dialogue interreligieux dans ce pays déchiré, il y a 35 ans à peine encore, par une guerre civile aux accents confessionnaux? Dans un Liban où la cartographie de la population résidente se décline souvent en quartiers chrétiens ou musulmans? Nagy el-Khoury, 75 ans, est l’initiateur de ce tour de force amorcé il y a 19 ans. Il était alors secrétaire général de l’amicale des anciens du Collège jésuite Notre-Dame de Jamhour.
Peuple divisé
«Le peuple libanais est très divisé, confirme-t-il. Notre but est d’essayer de rapprocher les gens humainement, au-delà de leurs origines communautaires. Comme ancien élève des jésuites, j’ai appris le sens de l’ouverture à l’autre, et comme professeur de français au Collège Jamhour, je l’ai transmis à mon tour durant 40 ans. Mieux encore, je suis né dans un quartier mixte, chrétien et musulman, et donc le contact avec l’autre est pour moi naturel», dit Nagy el-Khoury.
«Je suis originaire de Jezzine, une région du sud en majorité chrétienne, maronite et grecque catholique, mais qui se trouve tout près de Nabatiyé, la chiite, de Saïda, le sunnite (deux villes régulièrement pilonnées par les Israéliens depuis le 23 septembre 2024, ndlr), et du Chouf druze. Je réfléchissais depuis longtemps à organiser une rencontre spirituelle islamo-chrétienne dans le cadre de l’école.»
Depuis sa plus tendre enfance, ce juriste de formation, qui se destinait à la carrière diplomatique avant que la guerre civile (1975-1990) ne déchire son pays, voue en outre, comme bien des Libanais, une dévotion particulière à la Vierge Marie. Un rêve récurrent (qu’il attribue à l’intervention de Marie) s’invite dans ses nuits au début des années 2000.
Prière commune
«Dans une des immenses cours de récréation de l’école, il y avait un chapiteau, et sur les gradins circulaires, je voyais des prêtres et des religieux de toutes les communautés, même un juif, en train de prier. Et leur prière montait vers Dieu depuis l’ouverture centrale du toit, comme au travers d’un entonnoir. Chacun priait à sa façon, mais Dieu recevait toutes leurs invocations de la même manière.»
Nagy el-Khoury
Pour Nagy el-Khoury, pas de doute. «C’est comme si la Sainte Vierge me disait: Qu’est-ce que tu attends pour rassembler chrétiens et musulmans, toi qui animes des fêtes, qui organises des événements?» Il n’aura de cesse alors d’œuvrer pour que ce rêve devienne réalité, allant jusqu’à le présenter au président du pays, Michel Aoun, dont il est alors le conseiller. Celui-ci le chargera d’ailleurs de mission pour le dialogue islamo-chrétien en
Mais Nagy el-Khoury n’est pas seul dans sa quête. Le cheikh Mohammad Nokkari, un juge sunnite convaincu de l’importance de la Vierge en islam, s’allie à lui. «Nous sommes devenus comme deux doigts de la main», témoigne le maronite. Fatigué des groupes de dialogue théologique qu’il fréquente, qui tournent en boucle et «se gargarisent de belles paroles», Nagy el-Khoury, excédé, quitte l’une de ces réunions, aussitôt suivi de Mohammad Nokkari qui lui lance: «Il n’y a que la Vierge qui peut nous rassembler.»
Marie ou Maryam
S’entourant de quelques personnalités religieuses estimées, les deux hommes finissent par organiser une première rencontre de prière, le 25 mars 2007. Elle réunit plus de 1000 personnes dans l’église du Collège Notre-Dame de Jamhour. L’événement fait la une de la presse. «J’ai reçu des centaines de messages et de coups de fil de gens qui étaient en admiration devant ce qui se passait.» Il y a eu, bien sûr, des réactions plus négatives aussi: des musulmans qui pensaient que les organisateurs cherchaient à créer une nouvelle fête religieuse musulmane, des chrétiens qui ne comprenaient pas ce que la Vierge avait à voir avec les musulmans.
«Mais c’est la seule femme dont le nom (Maryam, ndlr) est évoqué dans le Coran, 37 fois plus exactement! s’exclame Nagy el-Khoury. Elle est considérée comme la première dame de l’humanité et les musulmans ont un respect fou pour elle, une dévotion spéciale. Son nom figure au-dessus des mehrabs (les lieux de prière) de toutes les mosquées du monde.» Pour le chrétien maronite et le cheikh sunnite, Marie représente la bonté, l’amour, l’acceptation, la dévotion à Dieu, la confiance, l’intégrité. Et à ceux qui disent que Marie et Maryam ne sont pas la même personne, ils rétorquent que là n’est pas l’essentiel. L’important est que Marie inspire les mêmes valeurs et sentiments chez les chrétiens et chez les musulmans.
Judas se prépare à livrer Jésus pour 30 pièces d’argent, le prix du rachat d’un esclave. C’était l’un des Douze, un de ses plus proches. Jésus l’avait choisi et aimé au même titre que les autres. Et maintenant c’est lui-même qui veut le vendre. En fait, le cœur de Judas s’est laissé séduire par les richesses. Jésus avait averti : « On ne peut servir Dieu et l’argent ». Judas a fini par préférer l’argent.
Nous sommes à peu de temps de la fête de la Pâque. Jésus envoie ses disciples pour la préparer. C’est là, au cours du repas qu’il annonce que l’un des siens va le livrer. En réalité, ce n’est pas Judas qui livrait Jésus aux chefs des prêtres ; c’est Jésus qui « se livrait » par amour pour les hommes. Il ne cherche pas à anéantir celui qui le trahit. Il veut la conversion du pécheur et non sa destruction.
Cette question de l’amour continue à être posée à nous disciples du Christ et à tous les hommes. Judas n’est pas lointain ni étranger à chacun de nous. Mais si nous accueillons la croix du Christ, nous serons libérés de toute trahison, de l’indifférence et du péché.
Mes parents m’avaient envoyé, pour achever mon éducation, au petit séminaire. J’étudiais en philosophie. Le jour de l’Assomption de l’année 1811, j’eus le bonheur de recevoir le scapulaire.
Comme la cérémonie n’eut lieu que le soir, les divers exercices de la maison m’empêchèrent de réciter les prières que les confrères ont coutume de faire tous les jours. Le moment du coucher arrive, et je ne me souviens de mon omission que lorsque, déjà dans mon lit, j’allais éteindre ma bougie. Je la pose alors à mon chevet, sans songer aux suites que pouvait avoir cette imprudence, et je me mets à réciter les prières du scapulaire. Il était environ neuf heures…
Vers neuf heures trois quarts je me réveille, quoique je fusse profondément endormi. Un vif sentiment de crainte, causé par le souvenir de la bougie allumée, fait que je m’assieds en sursaut dans mon lit, et je me tournais pour l’éteindre, quand je me vis au milieu du feu et de la fumée !
Ce fut sans doute le mouvement que je fis pour m’étendre, lorsqu’en disant mes prières, je fus saisi par le sommeil, qui fit tomber la bougie sur mon oreiller: il brûlait, mon matelas brûlait aussi, le bois de lit, du côté de ma tête, n’était qu’un charbon ardent; ma petite chambre était remplie d’une fumée si épaisse, qu’aussitôt que j’en eus ouvert la porte pour appeler du secours, la maison en fut à l’instant toute remplie.
Quant à moi, je n’éprouvai pas le moindre mal. Je ne perdis pas la pointe d’un seul cheveu de ma tête, et le médecin, en voyant le lendemain sur les murs et sur le lit les traces de l’incendie, qu’on avait eu bien de la peine à éteindre, s’étonnait que, si les flammes m’avaient épargné, je n’eusse pas, au moins, été suffoqué par la fumée. Je ne reviens pas moi-même du calme que j’éprouvais.
Je remerciai Notre Dame du Scapulaire, et je ne doute pas que ce ne soit cette bonne Maîtresse qui ait daigné prendre soin de ma vie, par égard pour l’intention que j’avais de La prier, intention que je remplis toutefois si mal.
Prions : Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.