Saint Elphège Archevêque de Cantorbéry, martyr (954-1012)
Elphège sortait d’une famille distinguée d’Angleterre. Il reçut une excellente éducation et ne tarda pas, malgré la voix de la chair et du sang, à quitter le monde pour la solitude, puis pour le cloître, à la demande de bons religieux qui voulurent se mettre sous sa direction.
Le saint abbé exigea que la règle fût observée à la lettre, et Dieu vint à son aide par un miracle, pour soumettre à la ferme conduite plusieurs moines d’abord récalcitrants.
Son mérite le fit placer bientôt, malgré les réclamations de son humilité, sur le siège épiscopal de Winchester, et plus tard sur le siège archiépiscopal de Cantorbéry, où il succéda à saint Dunstan.
Sa vie resta celle d’un moine. Il se levait régulièrement à minuit et priait longtemps pieds nus. Ses grandes austérités n’enlevaient rien à la douceur de son caractère ; ses aumônes étaient abondantes, sa charité sans bornes.
Elphège, pendant une irruption des Danois en Angleterre, se dévoua pour le salut de son peuple. Il alla trouver les barbares, et, après avoir traité avec eux du rachat des captifs, il leur annonça l’Évangile. Un bon nombre se convertirent à sa parole ; mais les autres, plus furieux, s’avancèrent jusqu’à Cantorbéry pour l’assiéger.
Le saint Pontife voulut être à son poste. Durant le siège, il ne cessa d’exhorter ses brebis à s’armer de courage contre tous les événements et à défendre leur foi jusqu’à la mort. La ville céda à la force ; les assiégés furent passés en masse au fil de l’épée. Elphège courut sur le théâtre du massacre, espérant apaiser les vainqueurs : « Épargnez ces innocents, s’écria-t-il. Quelle gloire y a-t-il à répandre leur sang ? Tournez contre moi toute votre indignation ; je me la suis méritée en rachetant vos prisonniers. »
Les Danois farouches, irrités de cette sainte liberté, se saisissent de lui, l’accablent de mauvais traitements, incendient devant lui sa cathédrale, égorgent ses moines et le jettent en prison. Frappé à coups de hache et lapidé, pendant son supplice, il priait pour ses bourreaux : « Ô bon ! ô incomparable Pasteur ayez compassion des enfants de votre Église, que je vous recommande en mourant ! »
Un Danois, qu’il avait nouvellement baptisé, fut touché de le voir languir si longtemps ; et, par un trait de pitié digne d’un barbare, il mit fin à ses souffrances en lui fendant la tête avec sa hache. Ainsi mourut l’évêque Elphège, le 19 avril 1012, en la cinquantième année de son âge.
Le premier jour de la semaine, à la pointe de l’aurore, les femmes se rendirent au tombeau, portant les aromates qu’elles avaient préparés. Elles trouvèrent la pierre roulée sur le côté du tombeau. Elles entrèrent, mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Alors qu’elles étaient désemparées, voici que deux hommes se tinrent devant elles en habit éblouissant. Saisies de crainte, elles gardaient leur visage incliné vers le sol. Ils leur dirent : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité.
Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée : “Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite.” » Alors elles se rappelèrent les paroles qu’il avait dites. Revenues du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. C’étaient Marie Madeleine, Jeanne, et Marie mère de Jacques ; les autres femmes qui les accompagnaient disaient la même chose aux Apôtres. Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas. Alors Pierre se leva et courut au tombeau ; mais en se penchant, il vit les linges, et eux seuls. Il s’en retourna chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé.
Acclamons et partageons la parole de Dieu !
COMMENTAIRE :
Eusèbe le Gallican (5e siècle)
moine, puis évêque
Homélie 12 A ; CCL 101, 145 (trad. Solesmes, Lectionnaire, vol. 3, p. 21 rev.)
« Tu fais resplendir cette nuit très sainte par la gloire de la résurrection du Seigneur » (Collecte)
« Ciel, exulte ! Et toi, terre, réjouis-toi ! » (cf Ps 95,11) Ce jour a resplendi pour nous de l’éclat du tombeau, plus qu’il n’a brillé des rayons du soleil. Que les enfers acclament, car ils ont désormais une issue ; qu’ils se réjouissent, car c’est pour eux le jour de la visite ; qu’ils exultent, car ils ont vu, après des siècles et des siècles, une lumière qu’ils ne connaissaient pas, et dans l’obscurité de leur nuit profonde ils ont enfin respiré ! O belle lumière que l’on a vue poindre du sommet du ciel blanchissant…, tu as revêtu de ta clarté soudaine « ceux qui étaient assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort » (Lc 1,79). Car, à la descente du Christ, l’éternelle nuit des enfers a resplendi aussitôt et les cris des affligés ont cessé ; les liens des condamnés se sont rompus et sont tombés ; les esprits malfaisants ont été saisis de stupeur, comme frappés d’un coup de tonnerre… Dès que le Christ descend, les sombres portiers, aveugles dans leur noir silence et courbant le dos sous la crainte, murmurent entre eux : « Qui est ce redoutable, éblouissant de blancheur ? Jamais notre enfer n’en a reçu de pareil ; jamais le monde n’en a rejeté de pareil dans notre gouffre… S’il était coupable, il n’aurait pas cette audace. Si quelque délit le noircissait, il ne pourrait jamais dissiper nos ténèbres par son éclat. Mais s’il est Dieu, que fait-il au tombeau ? S’il est homme, comment ose-t-il ? S’il est Dieu, pourquoi vient-il ? S’il est homme, comment délivre-t-il les captifs ? … Oh, cette croix qui déjoue nos plaisirs et qui enfante notre malheur ! Le bois nous avait enrichis et le bois nous ruine. Cette grande puissance, toujours redoutée des peuples, a péri ! »
LECTURES :
Livre de l’Exode 14,15-31.15,1a.
En ces jours-là, le Seigneur dit à Moïse : « Pourquoi crier vers moi ? Ordonne aux fils d’Israël de se mettre en route ! Toi, lève ton bâton, étends le bras sur la mer, fends-la en deux, et que les fils d’Israël entrent au milieu de la mer à pied sec. Et moi, je ferai en sorte que les Égyptiens s’obstinent : ils y entreront derrière eux ; je me glorifierai aux dépens de Pharaon et de toute son armée, de ses chars et de ses guerriers. Les Égyptiens sauront que je suis le Seigneur, quand je me serai glorifié aux dépens de Pharaon, de ses chars et de ses guerriers. » L’ange de Dieu, qui marchait en avant d’Israël, se déplaça et marcha à l’arrière. La colonne de nuée se déplaça depuis l’avant-garde et vint se tenir à l’arrière, entre le camp des Égyptiens et le camp d’Israël. Cette nuée était à la fois ténèbres et lumière dans la nuit, si bien que, de toute la nuit, ils ne purent se rencontrer. Moïse étendit le bras sur la mer. Le Seigneur chassa la mer toute la nuit par un fort vent d’est ; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent. Les fils d’Israël entrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche. Les Égyptiens les poursuivirent ; tous les chevaux de Pharaon, ses chars et ses guerriers entrèrent derrière eux jusqu’au milieu de la mer. Aux dernières heures de la nuit, le Seigneur observa, depuis la colonne de feu et de nuée, l’armée des Égyptiens, et il la frappa de panique. Il faussa les roues de leurs chars, et ils eurent beaucoup de peine à les conduire. Les Égyptiens s’écrièrent : « Fuyons devant Israël, car c’est le Seigneur qui combat pour eux contre nous ! » Le Seigneur dit à Moïse : « Étends le bras sur la mer : que les eaux reviennent sur les Égyptiens, leurs chars et leurs guerriers ! » Moïse étendit le bras sur la mer. Au point du jour, la mer reprit sa place ; dans leur fuite, les Égyptiens s’y heurtèrent, et le Seigneur les précipita au milieu de la mer. Les eaux refluèrent et recouvrirent les chars et les guerriers, toute l’armée de Pharaon qui était entrée dans la mer à la poursuite d’Israël. Il n’en resta pas un seul. Mais les fils d’Israël avaient marché à pied sec au milieu de la mer, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche. Ce jour-là, le Seigneur sauva Israël de la main de l’Égypte, et Israël vit les Égyptiens morts sur le bord de la mer. Israël vit avec quelle main puissante le Seigneur avait agi contre l’Égypte. Le peuple craignit le Seigneur, il mit sa foi dans le Seigneur et dans son serviteur Moïse. Alors Moïse et les fils d’Israël chantèrent ce cantique au Seigneur :
Livre de l’Exode 15,1b.2.3-4.5-6.17-18.
R/ Alléluia, alléluia, alléluia !
Je chanterai pour le Seigneur ! Éclatante est sa gloire : il a jeté dans la mer cheval et cavalier !
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur : il est pour moi le salut. Il est mon Dieu, je le célèbre ; j’exalte le Dieu de mon père.
Le Seigneur est le guerrier des combats ; son nom est « Le Seigneur ». Les chars du Pharaon et ses armées, il les lance dans la mer. L’élite de leurs chefs a sombré dans la mer Rouge.
L’abîme les recouvre : ils descendent, comme la pierre, au fond des eaux. Ta droite, Seigneur,
magnifique en sa force, ta droite, Seigneur, écrase l’ennemi. Tu les amènes, tu les plantes sur la montagne, ton héritage,
le lieu que tu as fait, Seigneur, pour l’habiter, le sanctuaire, Seigneur, fondé par tes mains. Le Seigneur régnera pour les siècles des siècles.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 6,3b-11.
Frères, nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. Car, si nous avons été unis à lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection qui ressemblera à la sienne. Nous le savons : l’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui pour que le corps du péché soit réduit à rien, et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. Car celui qui est mort est affranchi du péché. Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.
Office de la Passion: la Croix nous redonne la liberté d’un choix authentique
En ce Vendredi Saint 18 avril, le cardinal Claudio Gugerotti, préfet du dicastère pour les Églises orientales, délégué du Pape, a présidé en la basilique Saint-Pierre, la Liturgie de la Passion du Christ. Dans l’homélie du père Roberto Pasolini, prédicateur de la Maison pontificale, l’accent a été mis sur ce que doit représenter «la Croix» en ce XXIe siècle marqué par l’émergence des nouvelles technologies, en particulier de l’Intelligence artificielle.
Augustine Asta – Cité du Vatican
La Passion du Christ est au cœur de la foi chrétienne, elle est commémorée par l’Église le Vendredi Saint. «Au centre du Triduum pascal bat un cœur, celui du Vendredi saint», a précisé le père Pasolini dans son homélie, à l’occasion de l’Office de la Passion. C’est pourquoi entre le blanc de la Cène et celui de la Résurrection, la liturgie invite au silence et au recueillementmais aussi «interrompt la continuité chromatique en teintant de rouge tous les vêtements et en invitant nos sens à s’accorder aux tonalités intenses et dramatiques du plus grand amour», a-t-il fait savoir devant les 4 500 fidèles présents dans la basilique, parmi lesquels le vice-président américain J. D. Vance, accompagné de sa famille.
Le mystérieux triomphe de la Croix
Le Vendredi Saint est un temps d’adoration et de contemplation. «Non pas l’échec de Dieu», mais de «son mystérieux triomphe sous une forme paradoxale, celle de la croix, comme l’annonçaient déjà les Écritures prophétiques», a noté le prédicateur de la Maison pontificale. Aujourd’hui, dans un contexte de mondialisation marqué par l’essor des nouvelles technologies en général, et de l’intelligence artificielle en particulier, «le mystère de la Passion et de la mort du Christ nous propose un autre type d’intelligence», notamment «l’intelligence de la Croix, qui ne calcule pas, mais qui aime; qui n’optimise pas, mais qui se donne», a souligné le père capucin, précisant surtout qu’il s’agit d’une «intelligence qui n’est pas artificielle, mais profondément relationnelle, parce qu’entièrement ouverte à Dieu et aux autres».
Le cardinal Claudio Gugerotti, préfet du dicastère pour les Églises orientales, préside en la basilique Saint-Pierre la Liturgie de la Passion du Christ. (VATICAN MEDIA Divisione Foto)
Face aux «algorithmes qui semblent nous suggérer quoi désirer, quoi penser, et même qui être»,«la Croix nous redonne la liberté d’un choix authentique, fondé non sur l’efficacité, mais sur l’amour qui se donne», a soutenu le prédicateur de la Maison pontificale. C’est pourquoi a-t-il ajouté «la liturgie a commencé dans un climat de grand silence et de solennité douloureuse». «Comment Dieu entend-il les prières les plus souffrantes et les plus désespérées? Si le Père n’a pas épargné la mort de son Fils, comment nous traitera-t-il lorsque nous lui offrirons toutes nos larmes?», s’est interrogé le père Roberto Pasolini, expliquant par la suite qu’en réalité, «nous savons très bien comment le Père a choisi d’exaucer la prière du Fils», car «il ne lui a pas épargné le supplice de la croix, mais lui a permis de devenir, sur ce même autel, le Sauveur du monde».
“Dieu n’a pas épargné au Christ la souffrance, mais il a soutenu son cœur, lui permettant de s’abandonner aux exigences du plus grand amour, celui qui ne s’arrête pas même face aux ennemis”
Pour le religieux capucin, l’expression «plein abandon»,«par laquelle la lettre aux Hébreux décrit la conduite du Christ», pourrait également être traduite comme «la capacité d’accepter avec confiance ce qui arrive, de bien accueillir même ce qui apparaît au départ comme hostile ou incompréhensible». En effet, a-t-il détaillé, dans sa passion, «le Christ ne s’est pas contenté de subir les événements, mais il les a acceptés avec une telle liberté qu’il les a transformés en un chemin de salut».Un chemin a-t-il poursuivi «qui reste ouvert à quiconque est prêt à faire confiance au Père jusqu’au bout, en se laissant guider par sa volonté même dans les passages les plus obscurs».
Dans son homélie, il s’est aussi focalisé sur trois moments de la Passion, «où Jésus lui-même qui, à travers ses paroles, nous montre comment on peut vivre une pleine confiance en Dieu sans cesser d’être le protagoniste de sa propre histoire». Le père capucin a ainsi demandé à tous de prendre cet exemple. «Lorsque notre vie subit un revers -un revers douloureux, une maladie grave, une crise relationnelle – nous pouvons nous aussi essayer de nous abandonner à Dieu avec la même confiance, en acceptant ce qui nous dérange et nous apparait menaçant», a- t-il déclaré. C’est la condition pour que «le poids de la vie devient plus léger et que la souffrance, tout en restant réelle, cesse d’être inutile et commence à engendrer la vie».
Le cardinal Claudio Gugerotti, préfet du dicastère pour les Églises orientales, délégué du Pape, a présidé en la basilique Saint-Pierre, la Liturgie de la Passion du Christ. (VATICAN MEDIA Divisione Foto)
Le vrai amour: celui de Dieu
Reprenant des passages des Saintes Écritures, le père Pasolini a insisté sur le fait que «le corps du Christ, dépouillé de tout» manifeste le besoin le plus humain: «celui d’être aimé, accueilli, écouté». Et c’est dans ces moments que «la soif de l’homme et l’amour de Dieu se rencontrent enfin», indiquant qu’«il devient possible de bien traverser ces moments où il devient évident que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes».
“Quand la douleur, la fatigue, la solitude ou la peur nous mettent à nu, nous sommes tentés de nous refermer, de nous raidir, de feindre l’autosuffisance. Mais c’est là que s’ouvre un espace pour l’amour le plus vrai: celui qui ne s’impose pas, mais se laisse aider”
«La faiblesse comme le lieu de la plénitude de l’amour»
«Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit: ‘’Tout est accompli’’. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit».(Jean 19,30). C’est une preuve que «Jésus confesse l’accomplissement de son humanité – et de la nôtre – au moment où, dépouillé de tout», il choisit «de nous donner entièrement sa vie et son Esprit», a-t-il souligné. Il ne s’agit pas d’un «abandon passif», mais d’un acte «de liberté suprême», qui accepte «la faiblesse comme le lieu de la plénitude de l’amour». À travers ce geste, a-t-il insisté «Jésus nous révèle que ce n’est pas la force qui sauve le monde, mais la faiblesse d’un amour qui ne garde rien pour soi». Seulement, l’ époque actuelleétant marquée par «le mythe de la performance et de l’individualisme, peine à reconnaître les moments de défaite ou de passivité comme des lieux possibles d’épanouissement». Pourtanta-t-il ajouté «ce n’est pas l’autonomie ou les grands exploits qui donnent un sens à la vie, mais la capacité de transformer la limitation en opportunité de don». Les dernières paroles de Jésus crucifié «nous offrent une autre interprétation». Car «elles nous montrent combien la vie peut jaillir»dans les moments de difficultés.
Un temps fort de l’Office de la Passion. (VATICAN MEDIA Divisione Foto)
Renouveler la confiance en Dieu
En introduisant le Jubilé 2025, le Pape avait alors rappelé que «le Christ est l’ancre de notre espérance, à laquelle nous pouvons rester fermement unis, en resserrant le cordon de la foi qui nous lie à Lui depuis notre baptême». Cependant, «nous devons reconnaître, avec honnêteté, qu’il n’est pas du tout facile de rester ferme dans l’affirmation de notre foi» (Hébreux 4,14), surtout «quand arrive le moment de porter la croix». Ce Vendredi saint donne alors l’occasion de renouveler «notre pleine confiance dans la manière dont Dieu a choisi de sauver le monde». Ainsi a-t-il dit «nous pourrons aussi nous réconcilier avec le destin de passion, de mort et de résurrection vers lequel tend notre vie». En cette Année Sainte les chrétiens doivent choisir le «chemin de la croix comme la seule direction possible» en ayant foi que «l’Esprit Saint, qui a déjà rempli nos cœurs d’une douce espérance», viendra «au secours de notre faiblesse» afin d’être «les témoins de la seule vérité qui sauve le monde: Dieu est notre Père», a-t-il conclu.
Ce Vendredi Saint nous révèle un Dieu qui nous aime sans mesure. Il n’a pas refusé son Fils unique. Il l’a livré pour sauver tous les hommes. Bien sûr, il n’a pas voulu qu’il meure ainsi. Il a simplement voulu qu’il nous aime comme lui, le Père, nous aime. Le Christ nous a aimés jusqu’à mourir sur une croix. Dans sa Passion c’est l’amour du Père qui est à l’œuvre. C’est la réussite du projet de Dieu annoncé dans la première lecture : “Mon serviteur réussira.”
A première vue, cette réussite n’est pas très évidente. En effet, nous voyons une foule qui rejette Jésus. Puis il y a la croix, la mort atroce réservée aux esclaves. Mais le serviteur broyé deviendra le Sauveur de tous ses frères. C’est par la croix que Jésus est devenu cause du Salut éternel. Saint Jean nous présente la Passion comme une marche triomphale du Fils de Dieu vers son Père. Il nous faut la lire comme un récit de glorification.
En lisant ce récit de la Passion, nous découvrons que Jésus a parfaitement conscience de ce qui va lui arriver. C’est lui qui donne librement sa vie : “Ma vie, nul ne la prend mais c’est moi qui la donne.” (Jn 10. 18) C’est lui qui interpelle Judas et non l’inverse.
En ce Vendredi Saint, nous nous tournons vers la croix du Christ et nous faisons silence. Nous ne demandons pas au Seigneur de comprendre ce trop grand mystère mais d’y communier. En cette année de la foi c’est une démarche absolument essentielle. Au cours de cette célébration, une grande prière universelle nous sera proposée pour le monde entier. C’est en effet pour tous les hommes de tous les temps que Jésus a donné sa vie.
En ce jour, notre pensée et notre prière vont vers tant d’hommes et de femmes qui portent une croix douloureuse. Pour beaucoup cette croix s’appelle solitude, longue maladie, précarité… Nous n’oublions pas les victimes de la haine et de la violence des hommes, en particulier ceux qui sont retenus loin de chez eux contre leur volonté. Nous pensons aussi aux chrétiens persécutés en Corée du Nord, en Chine et dans de nombreux autres pays. Beaucoup sont persécutés à cause de leur foi.
Mais à travers ces petits, ces exclus, ces personnes qui souffrent, le Seigneur est là. Il se reconnaît dans celui qui a faim, celui qui est malade et seul, celui qui est persécuté. Il nous rejoint dans notre vie et notre mort pour que nous soyons avec lui dans sa résurrection. En ce Vendredi Saint, nous contemplons la gloire de Celui qui nous a aimés jusqu’au bout. Et avec toute l’Église, nous chantons et nous proclamons : “Victoire, tu règneras ; O Croix, tu nous sauveras.”
À l’entrée du Triduum Pascal, la messe du somdin de la Cène du Seigneur a célébré l’institution de l’Eucharistie et du Sacerdoce, en les lisant à la lumière du partage et du service.
La messe du soir de la Cène du Seigneur a commencé, dans l’après-midi de ce Jeudi Saint, le temps de célébrer la Passion, la Mort et la Résurrection de Jésus-Christ, dans ce qui sont les plus grands jours de la foi catholique. Lors de l’assemblée des pèlerins réunis dans la Basilique de la Sainte Trinité, le recteur du Sanctuaire de Fatima a présenté le service comme clé de lecture pour la célébration de ce premier moment du Triduum Pascal.
« Cet après-midi, nous avons appris de Jésus qu’il n’y a pas de participation digne à l’Eucharistie qui ne passe pas par le service aux autres », a résumé le père Carlos Cabecinhas, présentant le passage de l’Évangile qui raconte le « geste radical de service » dans lequel Jésus lave les pieds de ses disciples, lors de la Cère, comme preuve que « Jésus devient présent, non seulement dans le pain et le vin consacrés, mais aussi dans ceux avec qui nous vivons, vivons ou sommes en contact ».
« La communion avec le Christ, dans l’Eucharistie, n’est pas possible sans la communion avec les autres, si nous oublions ou ignorons les autres et leurs difficultés », a averti le président de la célébration, pour ensuite en vue les gestes de Jésus, lors de la Dernière Cène à la lumière du don.
« L’institution de l’Eucharistie est un geste de partage. C’est le geste du père ou de la mère qui caque le pain et le distribue aux siens, selon leurs besoins ; c’est le geste d’hospitalité et de partage, qui accueille et crée la communion », a rappelé le recteur du Sanctuaire de Fatima, en exhortant l’assemblée au service concret des frères.
Lors de cette messe, qui célèbre également l’institution du sacerdoce, le père Carlos Cabecinhas a remercié le don du sacerdoce ministériel, « intimement uni à l’institution de l’Eucharistie comme sa condition, et qui est compris, à l’image de Jésus, comme un humble service à l’Église, corps du Christ ».
Dans le rite emblématique du lave-pieds, qui symbolise le commandement de l’amour et du service dans l’évocation du moment où le Christ lave les pieds de ses apôtres, lors de la dernière Cère, un gomil et une lavande frappés avec les empreintes digitales des serveurs du sanctuaire de Fatima ont été utilisés, comme l’a expliqué le commentateur de la célébration, dans l’introduction de ce geste.
« Nous utiliserons une lavande et un gomil qui, dans le métal dont ils sont faits, incorporent, de manière artistique, les marques des mains et des pieds de ceux qui servent les pèlerins dans ce Sanctuaire, du recteur aux aumôniers, des employés aux bénévoles et aussi des pèlerins eux-mêmes. Ces empreintes digitales, mélangées à l’argent, ont été récoltées au poste de lavage des pieds du sanctuaire de Fatima, afin que, dans ce rite, nous soyons également unis à ceux qui servent et à ceux qui portent les pieds fatigués et font des pèlerins du Christ. »
À la fin de la célébration, le Saint-Sacrement a été conduit, en procession, à la Chapelle de la Mort de Jésus, où, à 23h00 ce Jeudi Saint, la Prière de l’Agonie du Seigneur sera priée.
Après cette prière, le programme de célébration prévu pour le Vendredi saint commence, avec le Chemin des bergers, à partir de la chapelle des Apparitions, à partir de 00h00.
Le Vendredi saint est le jour consacré à la méditation de prière de la Passion et de la Mort de Jésus-Christ. C’est donc un jour aliturgique, au cours duquel il n’y a pas de messes célébrées, mais il y a un programme de célébration qui évoque la Croix du Sauveur.