15.09.2024 – HOMÉLIE DU 24ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 8,27-35

Dis-moi quelle est ta foi…

Textes bibliques : Lire

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Les lectures de ce dimanche nous interpellent tous. Nous devons y repérer le fil rouge qui nous renvoie à la grande question : qui est Jésus ? Que va-t-il lui arriver ? Les textes de la Bible nous invitent à un travail de purification en Jésus Messie souffrant. Ce “Serviteur de Dieu”, nous le trouvons dans le livre d’Isaïe. En le lisant, nous pensons au prophète qui doit faire face à des adversaires virulents ; nous pensons aussi au peuple opprimé ; les croyants y sont méprisés. Mais la bonne nouvelle c’est que Dieu n’abandonne pas ses serviteurs, ceux qui suivent son chemin de justice et de paix. Malgré les malheurs qui les accablent, ils peuvent toujours compter sur lui. Et c’est aussi une bonne nouvelle pour nous aujourd’hui.

La seconde lecture (lettre de Saint Jacques) est aussi un appel à la foi. C’est important d’accueillir Celui qui nous a aimés le premier. C’est par grâce (par amour) que nous sommes sauvés. Notre amour doit être de plus en plus à la mesure de cet amour gratuit. Mais saint Jacques nous avertit : la foi ne doit pas se contenter de belles paroles ; si elle n’agit pas, elle est morte. Comment se dire disciples de Jésus sans agir en conséquence ? Un jour, Jésus a dit : “Ce ne sont ceux qui disent Seigneur, Seigneur qui entreront dans le Royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté de mon Père.” Les œuvres de la foi doivent compléter les mots de la foi.

L’évangile part d’une question posée aux disciples : Pour les gens, qui est Jésus ?Depuis vingt siècles, la question est posée. Et tout au long de ces années, de nombreuses réponses ont été données. Mais toutes ces réponses, même les meilleures, sont toujours incomplètes, bien loin de ce qu’il est en réalité. Le Seigneur ne se laisse pas enfermer dans des définitions. Le prophète Isaïe nous le dit à sa manière : “Autant le ciel est élevé au dessus de la terre, autant mes pensées sont élevées au dessus de vos pensées.

Mais le Seigneur veut nous aider à grandir dans la foi. Il veut nous faire progresser dans la connaissance de son mystère. Et il continue à nous interpeller personnellement : pour vous, qui suis-je ? C’est aussi à cette question que les enfants et les jeunes devront répondre dans leur groupe de catéchisme ou d’aumônerie. Et nous qui sommes envoyés pour témoigner de notre foi auprès d’eux, nous devrons aussi nous la poser : quelle place tient-il dans notre vie ? Est-il celui que je m’efforce de suivre ? Est-il Celui que je mets au centre de ma vie ?

Nous avons entendu la réponse de Pierre :“Tu es le Messie.” Cette réponse est bonne. Mais aussitôt, une question se pose : que mettons-nous derrière ces mots ? Pierre rêve d’un Messie selon les idées de son temps, un Messie qui viendrait restaurer le Royaume d’Israël, un Messie qui répondrait à ses aspirations humaines. Ce Messie nous débarrasserait de la souffrance ; il apporterait une bonne situation au monde. Ce rêve de Pierre est toujours d’actualité : nous voudrions un Messie qui résoudrait tous les douloureux problèmes dus à la crise économique, à la précarité, aux violences et aux guerres.

Mais ce n’est pas le point de vue de Jésus. Sa mission sera celle du “Serviteur souffrant”. Elle passera par la souffrance, la mort et la résurrection. Pierre, qui ne voudrait pas d’un Messie souffrant, le prend à part. Il lui dit que les croyants ne le feront pas souffrir, qu’ils veilleront sur lui. Jésus se retourne et lui fait de vifs reproches car ses pensées ne sont que des pensées humaines. Confondre le Royaume de Dieu avec le Royaume de ce monde, c’est se poser en adversaire de Dieu, en Satan. Et il ajoute devant la foule, que pour se mettre à sa suite, il faut accueillir la croix afin de sauver sa vie. “Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Pour nous, comme pour Jésus, le chemin de la foi sera un chemin de croix. Celui qui veut sauver sa vie devra accepter de la perdre.

Ces trois lectures, ainsi que le psaume sont un appel à la foi, une foi qui fait confiance à Dieu dans l’épreuve, une foi qui agit, une foi qui se laisse remettre en question. C’est une foi qui doit sans cesse être purifiée à la lumière de l’Évangile. Le Seigneur est là pour nous conduire au Royaume de Dieu. Mais trop souvent, nous sommes ailleurs. Aujourd’hui, il nous rejoint pour nous renouveler. Et il nous envoie dans ce monde marqué par l’incroyance, l’indifférence, la mal croyance. Ce monde a besoin de rencontrer des chrétiens qui n’ont pas peur de témoigner de la foi qui les anime.

Comme chaque dimanche, nous nous sommes rassemblés pour nous nourrir de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie. C’est la nourriture que Dieu nous donne pour nous aider à grandir dans la foi. Nous lui demandons qu’il nous garde derrière lui. Nous nous engageons à marcher à sa suite avec amour dans une foi humble et confiante. Si la monté est rude par moments, je sais que tu es là. Merci Seigneur.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 8 septembre 2024

08.09.2024 – HOMÉLIE DU 23ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 7,31-37

OUVRE-TOI !

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : lire


“Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu. C’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il va vous sauver”. Voilà ce message que nous avons entendu dans la première lecture. Comprenons bien, cette revanche de Dieu c’est celle de son amour. Il ne prend pas sa revanche contre nous mais contre le mal qui nous atteint et nous abime. Sa revanche c’est de supprimer le mal, c’est faire en sorte que les aveugles voient et que les sourds entendent. La bonne nouvelle c’est que Dieu nous aime plus que tout être au monde. Notre vie connaît souvent des humiliations physiques et morales. Mais le Seigneur est là ; il vient pour nous libérer et nous sauver. Avec lui, le mal ne peut avoir le dernier mot.

Dans la seconde lecture, saint Jacques nous rappelle ce que doit être la réponse de la communauté chrétienne. Les considérations de personnes n’y ont pas leur place. La tentation de ménager les riches et les puissants reste toujours bien présente. Ce comportement est incompatible avec l’Évangile de Jésus Christ. Dieu a choisi les pauvres et les a faits riches dans la foi. Il en a fait des héritiers du Royaume. Voilà une mise au point très forte pour notre société ambiante de surconsommation. Les discriminations y sont toujours bien présentes. Nous pensons à la montée du racisme, au rejet de l’étranger. On évite de fréquenter celui qui n’est pas de notre monde. La mise au point de saint Jacques s’adresse aussi à nous aujourd’hui.

L’évangile de saint Marc nous montre qu’avec Jésus c’est exactement le contraire. Aujourd’hui, nous le voyons en territoire païen et non en territoire d’Israël. Sa mission n’est pas réservée à un unique peuple. Elle s’ouvre à tous. C’est là qu’il va guérir un sourd muet. Cet homme représente tout un peuple pratiquement fermé à la Parole de Dieu. Il est incapable de proclamer les merveilles de son Créateur. Il est sourd à la bonne nouvelle de l’Évangile. Sa rencontre avec Jésus a été quelque chose d’extraordinaire. Un mot résume bien toute l’action du Christ : “Effata” (ouvre-toi). Jésus vient nous ouvrir à Dieu, aux autres, à tous les autres.

Cet homme handicapé nous ressemble. Même si nous entendons et parlons correctement, il peut nous arriver de nous enfermer sur nous-mêmes. Nous pensons à tous ces hommes, ces femmes, ces jeunes qui sont “bouclé” dans leur solitude. Ils sont incapables de communiquer avec les autres. Ils vivent repliés sur eux-mêmes, sans relation, sans ami, sans travail, sans conversation. Rien ne les intéresse en dehors de leur “moi”. Nous vivons dans un monde super médiatisé, mais beaucoup continuent à vivre dans l’individualisme. Chacun y cherche à tout prix à ménager ses intérêts et ses privilèges. Cette attitude nous rend sourds aux drames du monde et au bien commun.

A travers cet évangile, saint Marc s’adresse aussi aux chrétiens. Il vient nous montrer ce qui se passe quand nous sommes sourds à la Parole de Dieu. A cause de cette surdité, nous ne pouvons que bégayer un témoignage que le monde ne peut comprendre. Mais Jésus est là comme autrefois. Il fait sans cesse le premier pas vers nous. Comme autrefois, il continue à nous dire “OUVRE-TOI”. C’est avec lui et par lui que se réalise en nous l’ouverture du cœur, des yeux, des oreilles et de la bouche. C’est Jésus seul qui établit notre communication avec Dieu. Il est le médiateur qui nous permet d’entrer en conversation avec Dieu. Toutes les guérisons qui nous sont rapportées dans l’Évangile nous révèlent la guérison profonde que Jésus vient réaliser en nous.

Quand Jésus nous dit “Ouvre-toi”, c’est pour nous ouvrir à la Parole de Dieu. Cette parole nous la découvrons en lisant la Bible. C’est dans notre vie de tous les jours et à travers les divers événements que Dieu nous parle. La Bible, l’Évangile nous donnent de pouvoir décoder le langage de Dieu à travers toutes les réalités de la vie. Prenons le temps de nous nourrir de cette Parole de Dieu pour qu’elle transforme réellement notre vie. Elle nous est donnée pour que nous comprenions à quel point Dieu nous aime.

En ce jour, nous te supplions, Seigneur : Touche mes oreilles pour qu’elles entendent. Touche mes lèvres pour qu’elles proclament ta louange. Dans ton Eucharistie, le sacrement des sacrements, touche tout mon être, tout mon corps, pour que je vive par toi et pour toi. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 1er septembre 2024

01.09.2024 – HOMÉLIE DU 22ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 7,1-8.14-15.21-23

Une religion du cœur

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu

Textes bibliques : Lire

Les textes bibliques de ce dimanche nous font découvrir ce que Dieu dit aux hommes pour conduire leur vie. La parole qu’il leur adresse est celle d’un Dieu libérateur. C’est ce qui s’est passé pour le peuple d’Israël quand il était esclave en Égypte : sous la conduite de Moïse, Dieu les a libérés de cette situation dramatique. La Bible nous raconte comment ils ont traversé la Mer Rouge et marché dans le désert  pour se rendre vers la Terre Promise.

Aujourd’hui, nous découvrons que Dieu veut leur faire franchir une nouvelle étape : en lui donnant sa loi, il lui offre un passeport pour la liberté. En effet, seuls les peuples libres ont une loi. Les autres sont soumis à l’arbitraire et à la violence ; cela, nous le voyons tous les jours. Nous vivons dans un monde qui souffre à cause de ces violences et de ces injustices. Mais l’auteur du livre du Deutéronome vient nous dire que Dieu n’a jamais cessé de nous aimer. La loi  qu’il donne à son peuple se résume en deux volets : Aimer Dieu et aimer tous nos frères.

Le premier volet regarde Dieu : “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu”. Ce commandement est une réponse au Dieu créateur qui fait sans cesse le premier pas vers nous. Il est passionné d’amour pour le monde. En dehors de lui, il n’y a pas de bonheur possible. C’est sur lui que nous sommes invités à construire notre vie. Il ne suffit pas d’accomplir des gestes religieux. L’alliance entre Dieu et les hommes est une histoire d’amour passionné.

Le deuxième volet concerne l’amour du prochain. Il s’agit d’éviter tout ce qui peut faire du mal aux autres. Plus tard, Jésus nous révèlera que Dieu est un Père qui aime chacun de ses enfants. Son amour est pour tous sans exception. Si nous faisons du mal à quelqu’un, c’est contre Dieu que nous péchons. Plus un amour est grand, plus on voit ce qui l’offense. C’est important pour nous aujourd’hui. Nous vivons dans un monde qui souffre de la violence, de l’indifférence, du mépris et de toutes sortes de malheurs. Notre mission c’est d’y vivre autrement et d’y porter l’amour.

Dans sa lettre, saint Jacques s’adresse à des nouveaux baptisés qui vivent en milieu païen et hostile. Il les invite précisément à y vivre autrement. Au jour de leur baptême, ils sont entrés dans une vie nouvelle. Au centre de cette vie, il y a le Christ Lumière du monde. Ses paroles sont  celles “de la vie éternelle”. Cette bonne nouvelle vient changer notre relation avec Dieu et avec les autres. Si nous voulons vivre en accord avec Dieu, il ne faut pas oublier ceux et celles qui ont la première place dans son cœur, les orphelins, les veuves et tous les exclus de la société.

Dans l’Évangile, nous voyons Jésus en conflit avec un groupe de pharisiens : ces derniers reprochent à ses disciples à ses disciples de prendre leurs  repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. Il s’agit là d’un manquement à la tradition des anciens. Ces pratiques ne sont pas un mal en elles-mêmes. Le problème c’est que ces pharisiens oublient le plus important : “Ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi.” Le plus important n’est pas de se laver les mains mais de se laver le cœur. Dans leurs pratiques, les pharisiens cherchent à être bien vus des hommes. Jésus les invite à être vrais. Ce qui est premier ce n’est pas l’accomplissement de gestes religieux mais la pratique effective de l’amour. C’est sur notre amour que nous serons jugés.

Jésus ajoute que ce qui sort de l’homme, c’est ce qui souille l’homme : “C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses, inconduites, débauches, adultères, cupidité, méchanceté, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout cela rend l’homme impur.” Nous recevons cet Évangile comme un appel à nous convertir et à nous nourrir  chaque jour de la Parole de Dieu. Le Seigneur est toujours là pour nous apprendre à mettre de plus en plus d’amour dans notre vie.

En ce jour, nous demandons au Seigneur, par l’intercession de la Sainte Vierge, de nous donner un cœur pur, libre de toute hypocrisie. Ainsi nous pourrons vivre selon l’esprit de la loi et atteindre son but qui est l’amour.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 20 août 2024

25.08.2024 – HOMÉLIE DU 21ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – JEAN 6,60-69

Fidélité au Dieu de l’alliance

Homélie par le Père Jean Compazieu

 

Textes bibliques : lire

“Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.” (Jean 6, 58). Ces paroles de Pierre, nous sommes invités à les faire nôtres, sinon nous ne serions pas là aujourd’hui. Comme Pierre et comme le peuple d’Israël au temps de Josué, nous nous retrouvons face aux mêmes questions : “qui voulez-vous servir ? Les dieux païens ou le Seigneur ?” Et dans l’Évangile : “Voulez-vous partir vous aussi ?”

Ce qu’il ne faut jamais oublier c’est que notre Dieu est un Dieu sauveur : il a libéré son peuple de l’esclavage d’Égypte. Et son grand projet, c’est de le libérer de son péché. Il est le Dieu de l’alliance, un Dieu passionné d’amour pour l’humanité entière. Il fait sans cesse le premier pas vers nous. Les gens qui étaient rassemblés autour de Josué avaient bien compris que l’abandonner serait pire tue tout. Et pourtant, les générations suivantes ont fini par se détourner de lui. Elles se sont tournées vers les dieux païens. Et c’est encore ce qui se passe dans notre monde actuel.

La lettre de saint Paul (2ème lecture) a pu nous dérouter ou en tout cas nous faire sourire. Et pourtant, elle nous adresse un appel de la plus haute importance : quand l’apôtre Paul nous dit : “soyez soumis les uns aux autres”  ça ne veut pas dire “obéissez comme des esclaves” mais “soyez un soutien les uns pour les autres”. Cette qualité de relation prend sa source dans la manière dont Jésus est allé jusqu’au don total pour ses frères et sœurs en humanité. C’est auprès de lui que les couples trouvent la force d’aimer comme lui et avec lui. Cela ne sera possible que s’ils choisissent de le suivre et de s’attacher à ses paroles.

Paul présente l’Église comme “l’épouse du Christ”. Beaucoup se disent déçus par elle et finissent par la quitter l’Église c’est quitter le Christ. Notre monde a besoin de vrais témoins de l’amour qui est en Dieu. En voyant des chrétiens unis et généreux, les gens pourront dire : “C’est ça l’Église”.

L’Évangile vient nous rappeler que notre seule référence c’est le Christ. Tout au long de ces dernières semaines, nous avons écouté le discours sur le Pain de Vie. À travers ces paroles déroutantes, Jésus cherchait à conduire ses auditeurs plus loin et plus haut, vers le Royaume du Père. Mais beaucoup de ceux qui le suivaient l’ont abandonné. Nous l’avons entendu : “Le pain que je donnerai c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie… qui mange ma chair et boit mon sang a la Vie éternelle.” Cela, les gens ne l’ont pas accepté. Que Jésus leur parle de manger sa chair et de boire son sang était intolérable.

Nous chrétiens d’aujourd’hui, nous y croyons ; c’est notre foi, sinon nous ne serions pas là. La foi des disciples et la nôtre est un don de Dieu : “Nul ne peut venir à moi si mon Père ne l’attire. Cela ne veut pas dire que certains sont choisis et d’autres pas. Dans son immense amour, Dieu nous appelle tous. C’est à tous qu’il fait le don de la foi. Ce don, nous l’avons tous reçu. Mais Dieu ne s’impose pas. Il attend de nous une réponse libre et personnelle.

Chaque dimanche, nous nous rassemblons en église pour célébrer ce don de Dieu et rendre grâce. Comme Pierre, nous pouvons dire : “Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la Vie éternelle.” Nous sommes loin des paroles accusatrices qui font mourir. Jésus vient nous révéler un Dieu qui ne cherche qu’à nous combler de son amour. Ses paroles sont une bonne nouvelle pour nous et pour notre monde. Lui seul donne un sens à notre vie. Même si sa façon de faire et ses paroles nous dépassent, nous nous en remettons à son amour. Nous voulons nous laisser guider par lui.

Les textes bibliques de ce dimanche sont un appel à la foi ; nous faisons confiance aux paroles de Jésus qui a dit : “Ceci est mon Corps livré pour vous.” Nous lui faisons confiance parce qu’il est “le chemin, la vérité et la vie.” Ce mystère dépasse notre raison mais il n’est pas absurde. La foi soutient et prolonge notre intelligence sans la nier. Dieu a tellement aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique. Ce dernier a été “livré aux mains des hommes”. À  Noël, c’était le corps fragile d’un petit bébé livré aux soins de Marie et Joseph. Au cours de la Passion le Vendredi Saint, c’est le corps blessé d’un condamné, livré à la cruauté des hommes pécheurs.

Aujourd’hui, c’est dans l’hostie consacrée que Jésus continue à se livrer pour nous. Il se donne à nous comme notre serviteur et notre nourriture par amour pour nous et pour le monde. Il aime chacun d’un amour qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Il attend de nous que nous nous laissions bouleverser par lui, que nous lui rendions “amour pour amour.”

C’est de cela que nous avons à témoigner dans le monde : “Quand le prêtre dit à l’Assemblée “Allez dans la Paix du Christ”, il signifie que le temps de la mission est là. Les chrétiens sont envoyés en mission pour témoigner de la Bonne Nouvelle du Salut offert à tous.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, l 18 août 2024

18.08.2024 – HOMÉLIE DU 20ÉME DIMANCHE ORDINAIRE – JEAN 6,51-58

Pour que les hommes aient la vie

Par l’Abbé Jean Compazieu

Textes bibliques : Lire

En ouvrant l’Évangile de saint Marc, je suis tombé sur cette question de Jésus à ses disciples : “D’après ce que disent les hommes, qui est le Fils de l’Homme ?” Les réponses des uns et des autres, c’est un peu n’importe quoi. Pour les uns, il est Moïse, pour d’autres Élie ou encore un prophète de l’Ancien Testament. La réponse à cette question, nous l’entendons depuis plusieurs semaines : “S’adressant à la foule, Jésus dit : “Moi je suis le Pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.”

Ce n’est pas pour rien que la première lecture nous adresse un appel pressant : “Venez manger mon pain ; buvez le vin que j’ai préparé ; quittez l’étourderie et vous vivrez.” En écoutant ces paroles, nous comprenons que c’est Dieu qui parle à son peuple. Il envoie des prophètes pour transmettre son appel. Il s’adresse à tous les étourdis qui ne comprennent pas l’enjeu de cette invitation solennelle.

Avec Jésus, cette promesse s’est réalisée bien au-delà de toute espérance. Sa déclaration est des plus solennelles : “Oui, vraiment je vous le dis, celui qui mange ma chair et boit mon sang a la Vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Nous désirons tous avoir la vie éternelle. Nous avons donc besoin de ce Pain vivant de Jésus lui-même. C’est lui qui a donné la force aux martyrs de tous les temps de rester fermes dans la foi. Nous en avons de nombreux témoignages dans l’histoire de l’Église.

En écoutant la suite de l’Évangile de ce jour, nous avons entendu les récriminations des juifs. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on refuse Jésus et son Pain vivant. L’abandon que nous constatons actuellement a commencé dès le premier jour où Jésus faisait sa catéchèse sur le Pain de vie. Pour tous ces gens, il n’était pas possible d’accepter les prétentions de cet homme que tout le monde connaissait bien.

Mais Jésus insiste : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie.” Il ne donne pas d’explication. Il les invite à un acte de foi. C’est ce même acte de foi que nous sommes appelés à faire à chaque messe. Nous reconnaissons en Jésus le Pain vivant donné pour la vie du monde. Aujourd’hui comme autrefois, c’est difficile à comprendre. Beaucoup refusent de l’accepter ; d’autres sont trop habitués. Il nous faut retrouver toute la force et la nouveauté du message qu’il nous adresse : Jésus nous donne les paroles et la nourriture de la Vie éternelle. Nous entrons dans une communion d’amour avec Dieu qui nous fait entrer dans une communion d’amour avec tous les hommes.

Bien sûr, à chaque messe, nous n’avons pas toujours conscience de la grandeur de ce mystère de la foi. Mais nous ne devons pas oublier que la messe, c’est le moment le plus important de la journée. C’est Jésus qui est là ; il rejoint les communautés  rassemblées en son nom. Il veut se donner « pour que les hommes aient la vie ». Le prêtre dit avant la communion : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Ces paroles ne sont pas seulement pour l’assemblée présente dans l’église mais pour le monde entier. Le Christ veut se donner à tous. Il est le Pain vivant offert pour la vie du monde.

Dans la seconde lecture, l’apôtre Paul vient nous aider à accueillir ce don de Dieu. “Ne vivez pas comme des fous mais comme des sages.” Le fou c’est celui qui se laisse influencer par les idées à la mode. Il mène une vie trépidante et il oublie le plus important. La seule  vérité c’est celle que nous trouvons dans les Évangiles : “Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, nous dit Jésus, personne ne va au Père sans passer par moi ». Saint Paul nous en parle à sa manière : « Accueillir la volonté de Dieu et la Lumière de l’Esprit Saint aux jours mauvais, prier en chantant des hymnes et des psaumes, célébrer Dieu et lui rendre grâce, se retrouver en frères… » C’est ainsi qu’il nous montre comment vivre en sages.

Nous allons proclamer ensemble notre foi. Mais n’oublions pas que c’est toute l’Eucharistie qui est profession de foi. En disant le « Je crois en Dieu », nous disons que nous faisons confiance aux paroles du Christ et que nous voulons le suivre jusqu’au bout. En ce jour, nous faisons nôtre cette prière du psaume 33 : « je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres. Je me glorifierai dans le Seigneur : que les pauvres m’entendent et soient en fête. »

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 10 août 2024

04.08.2024 – HOMÉLIE DU 18ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – JEAN 6,24-35

Le pain dont nous avons faim

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu

Textes bibliques : Lire

Les textes bibliques de ce dimanche nous invitent à savoir reconnaître le don de Dieu. Ce don est un cadeau gratuit qu’il nous fait pour nous manifester son amour infini. Le problème c’est quand le receveur ne voit pas le signe de cet amour ; il ne voit que le côté matériel de ce cadeau. Les textes de ce jour voudraient nous aider à changer notre regard ; le plus important c’est de reconnaître et d’accueillir les signes de l’amour de Dieu pour nous et pour le monde entier.

C’est ce cheminement que nous trouvons dans la 1ère lecture : la vie des Hébreux dans le désert n’est pas facile : ils sont tenaillés par le manque de nourriture ; le ton s’est mis à monter : ils ont récriminé contre Moïse et Aaron ; ils rêvent de retourner « au pays d’Égypte » pour y retrouver leur ration d’esclave. Pour eux, venir mourir dans le désert, ça n’a pas de sens.

Ces récriminations, Dieu les entend : il leur donne cette nourriture spéciale appelée « manne » ; mais ce don qu’il leur fait est aussi une épreuve, un test pour éprouver leur foi : il leur interdit de faire des réserves ; ils sont invités à mettre une limite à la convoitise et à la peur du manque ; ils doivent surtout avoir foi dans le Seigneur qui leur a promis une ration suffisante tous les jours. Nous, chrétiens, nous croyons qu’aujourd’hui encore, Dieu nous donne tout ce dont nous avons besoin ; les richesses matérielles ne sont pas un mal ; mais elles ne doivent pas nous détourner de Dieu qui a bien mieux à nous offrir.

Dans l’Évangile, nous retrouvons Jésus qui vient de nourrir une foule affamée ; pour ces pauvres gens, c’est quelque chose d’extraordinaire : ils viennent à lui pour qu’il réponde à leurs besoins matériels. Mais Jésus ne veut pas être pris pour un « super boulanger » ; ce n’est pas sa mission : il a bien mieux à leur proposer. C’est également vrai pour nous aujourd’hui. Nos prières ne doivent pas se limiter à de simples demandes matérielles : ce que le Seigneur veut nous donner est bien plus important.

La grande priorité ce n’est pas les biens que nous possédons ni ceux que nous voulons posséder. Jésus voit tous ces gens qui travaillent dur pour leur nourriture corporelle. Or c’est “une nourriture périssable pour une vie périssable”. Aujourd’hui, il voudrait leur révéler une autre nourriture, un pain “venu du ciel” pour la Vie Éternelle.

L’Évangile nous introduit à cet autre pain. Il nous parle du “vrai pain”, “le pain de Dieu”, “le pain de vie”, “le pain venu du ciel”. Ce n’est pas comme la manne que les anciens ont mangée dans le désert au temps de Moïse. Le seul vrai pain, c’est Jésus. Il est le pain du ciel, celui qui donne la vie. Cette nourriture largement offerte à tous c’est d’abord la parole de Jésus : “L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Dt. 8. 3). Jésus est également nourriture par son Corps et son Sang ; cette nourriture est offerte à tous lors de la célébration Eucharistique.

Actuellement, le même Christ continue à nous révéler notre faim et notre soif d’absolu. Il voit tous ces jeunes et moins jeunes qui courent vers les plaisirs que procure la société de consommation, la drogue, l’alcool, les décibels. Il voit tous ces gens qui sont angoissés parce qu’ils ont perdu leur emploi. Leur grande douleur c’est que personne n’a besoin d’eux. Il leur manque un climat de tendresse et d’amour qui pourrait illuminer leur vie. Nous chrétiens, nous sommes envoyés pour témoigner de cet amour qui est en Dieu et le communiquer à tous ceux qui nous entourent.

Saint Paul nous montre le chemin. Il invite les croyants de son temps et chacun de nous à se laisser guider par un esprit renouvelé. Les Éphésiens, auxquels il s’adresse, sont passés sur « l’autre rive ». Ils ont quitté leurs anciennes pratiques pour se mettre à la suite du Christ. Leur foi en Jésus a fait d’eux des hommes nouveaux. Mais saint Paul sait que cette foi est encore fragile car ils vivent dans un monde païen. Nous aussi, nous pouvons, nous aussi, être atteints par l’esprit païen de notre temps. C’est ce qui se passe quand nous donnons la première place à l’argent et aux satisfactions matérielles. Mais le Seigneur veille ; il nous appelle inlassablement à revenir vers « l’autre rive ». C’est là qu’il nous attend. Il nous destine à partager sa vie.

Nous n’avons plus à récriminer contre Dieu comme dans le désert. Le Christ se donne à tous ceux et celles qui faim de sa Parole et de son Pain. Lui seul peut nous guider sur le chemin de la conversion. Rendons-lui grâce pour ce don qu’il nous fait et demandons-lui qu’il nous garde fidèles à ses paroles car elles sont celles de la Vie Éternelle.

abbé Jean Compazieu

Source : PUISER À LA SOURCE, le 27 juillet 2024

28.07.2024 – HOMÉLIE DU 17ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – JEAN 6,1-15

“Quelle est notre faim ?

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Quand nous lisons les textes bibliques de ce dimanche, nous sommes impressionnés par la place donnée aux chiffres : 20 pains d’orge pour cent personnes, cinq pains et deux poissons pour cinq mille hommes, douze paniers pleins de miettes… Et comment ne pas penser à d’autres chiffres qui en disent long : des centaines de milliers de tués dans les guerres, des millions d’affamés dans le monde, des dizaines de millions d’euros pour le transfert d’un footballeur. Ces chiffres nous dispensent de paroles ; ils deviennent parole. D’un côté c’est le cri d’admiration devant le miracle ; de l’autre, c’est l’horreur.

Ces chiffres nous en disent plus qu’un simple calcul mathématique. Dans les lectures bibliques de ce dimanche, ils nous montrent la disproportion entre la nourriture disponible et les besoins énormes : “Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ?” Nous aussi, nous sommes affrontés aux mêmes questions : devant toutes les catastrophes meurtrières, devant les guerres et les famines, nous nous sentons désemparés et impuissants : que pouvons-nous faire ?

Et c’est là qu’il nous faut revenir à l’Évangile et regarder ce que fait Jésus. En ce jour, il nous propose de revoir d’une autre manière notre table de multiplication. Tout d’abord, il accepte le modeste goûter d’un enfant. Rien n’aurait été possible si cet enfant n’avait accepté de tout donner. Dieu a besoin de nos gestes de partage pour réaliser de grandes choses. C’est ainsi que les cinq pains et les deux poissons ont servi à nourrir cinq mille hommes. Une précision : le pain d’orge c’est celui des pauvres. C’est avec ce pain des pauvres qu’il nourrit toute cette foule. Il fait totalement confiance à Dieu. Il sait que tout est possible pour Dieu.

Cet évangile nous renvoie à l’actualité de notre monde Comment ne pas penser à la famine qui ravage une grande partie de l’humanité ? Beaucoup se posent la question : Où est Dieu dans le Sahel ? Et même dans nos pays occidentaux, beaucoup n’ont pas le minimum pour survivre. Alors, nous nous sentons désemparés et impuissants devant l’immensité des besoins. Mais la parole de Jésus est toujours là dans l’évangile de Marc : “Donnez-leur vous-mêmes à manger !” Il suffit du peu que nous avons, un peu d’amour, un peu de biens matériels et un peu de disponibilité pour vaincre la faim, celle du corps et celle du cœur. Ce peu, nous le remettons entre les mains du Seigneur. C’est avec cela qu’il peut réaliser de grandes choses.

Une autre question se pose : Jésus a nourri les foules un jour. Mais le lendemain, elles continueront à avoir faim. Elles se retrouveront dans une situation tout aussi misérable. Alors pourquoi Jésus a-t-il fait de tels actes sans rien changer aux situations ? Quand on veut lutter contre la famine, on ne se contente pas de donner à manger. On agit, en lien avec les organismes de solidarité, contre les causes qui provoquent la famine. Mais le but de Jésus n’est pas de changer les situations ; il est de changer le cœur les hommes. C’est aux hommes renouvelés par l’Évangile d’opérer les redressements nécessaires. Quand on est imprégné du message d’amour du Christ, plus rien ne peut être comme avant. L’important c’est que nous donnions le meilleur de nous-mêmes en lien avec ceux qui organisent la solidarité, Secours Catholique, CCFD Terre Solidaire et autres. Ce sont nos gestes d’amour et de partage qui font la valeur de notre vie.

En voyant Jésus devant ces foules, nous pensons à Moïse face au peuple des Hébreux. Nous nous rappelons qu’il l’avait conduit à travers le désert pour le guider vers la Terre promise. Jésus conduit l’humanité toute entière de l’autre côté du lac, vers le Père. Il nous appelle à le rejoindre sur la montagne pour vivre de l’alliance nouvelle et devenir enfants de Dieu. Il se présente à tous comme le vrai libérateur. Il est Celui qui nous fait passer de l’esclavage du péché à la vraie liberté, des ténèbres à la Lumière, de la mort à la Vie. C’est ainsi que la multiplication des pains est bien plus qu’un miracle ; c’est un signe qui nous parle de Dieu.

En lisant cet évangile, nous ne devons pas nous limiter au pain matériel. Bien sûr, ce pain est nécessaire pour notre vie. Mais le Christ voudrait nous inviter à faire un pas de plus. Il nous dit que Dieu est présent dans toutes les réalités et les événements de notre vie. C’est dans la foi que nous le rencontrons. Nous vivons de son amour. Autrefois, il a multiplié les pains. Ce geste est le signe de la multiplication de l’amour qu’il continue à réaliser en nous. Il nous envoie pour le distribuer à tous ceux et celles qui ont faim d’amour. Ainsi, il dépend de nous que le miracle ne s’arrête jamais, le miracle de l’amour entre les hommes.

“Nous sommes là, au cœur de la vie avec Dieu, au cœur de la vie de Dieu.” En ce dimanche, c’est lui qui nous rassemble autour de la table du Christ ressuscité pour partager son pain. Nous le supplions : “mets en nous ton Esprit Saint pour que nous entrions dans ton amour.” Amen

Abbé Jean Compazieu

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 20 juillet 2024

07.07.2024 – HOMÉLIE DU 14ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 6,1-6

Envoyé comme prophète…

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire

Les textes bibliques de ce dimanche nous parlent de ces hommes qui ont entendu l’appel de Dieu. Nous avons tout d’abord le témoignage du prophète Ézéchiel ; il est envoyé vers un peuple rebelle qui s’est révolté contre Dieu. Il sait qu’il ne sera pas écouté car il sera affronté à l’endurcissement des cœurs. Mais rien ne doit l’arrêter : qu’on l’écoute ou qu’on ne l’écoute pas, il faut que la parole de Dieu soit proclamée. Nous pensons à la petite Bernadette de Lourdes qui disait : « Je ne suis pas chargée de vous faire croire mais de vous dire. » C’est ainsi que Dieu appelle des petits pour nous transmettre les messages les plus importants. Il nous offre de nous convertir et de retrouver l’amitié perdue.

Dans la deuxième lettre aux Corinthiens, nous avons le témoignage de l’apôtre Paul. Il nous décrit les vraies conditions de son apostolat ; il a reçu des révélations extraordinaires, mais il est accablé de difficultés et d’humiliations : insultes, faiblesses, contraintes, persécutions, situations angoissantes. Il est également affronté à de graves problèmes de santé. Il a demandé au Seigneur de l’en libérer. Mais le Seigneur lui a répondu : « Ma grâce te suffit ». Paul découvre que Dieu agit dans sa faiblesse à lui. L’apôtre n’est pas seul dans sa mission. Le principal travail, c’est Dieu qui le fait dans le cœur ce ceux qu’il met sur la route de l’apôtre.

Dans l’Évangile, nous retrouvons Jésus à Nazareth. Sa prédication aurait pu être un succès. Partout en Galilée, tout le monde se réjouit de ses paroles et de ses miracles. Mais les gens de Nazareth ne voient en lui que le charpentier du village. Ce qu’on lui reproche, c’est de dire la parole de Dieu sans être qualifié pour cela ; il n’a pas fait d’étude de rabbin ; il est un simple laïc.

Voilà donc le Christ empêché d’être reconnu comme Messie : « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu… » Nous n’avons pas à les juger ; nous sommes souvent rebelles quand on vient nous parler de la part de Dieu. Mais rien ni personne ne peut arrêter l’annonce de la bonne nouvelle. Devant ce refus, Jésus est parti vers les villages voisins. Les missionnaires de l’Évangile n’ont pas à âtre découragés si on refuse de les accueillir ; comme Jésus, ils doivent partir annoncer l’Évangile car tous doivent l’entendre.

Le problème des auditeurs de Jésus, c’est qu’ils étaient enfermés dans leurs certitudes et leurs traditions. C’est souvent vrai pour nous aussi ; nous pensons savoir beaucoup de choses sur Dieu. Mais ce que nous pouvons en dire sera toujours insignifiant par rapport à ce qu’il est réellement. Nous n’aurons jamais fini de nous poser la question : qui est Jésus pour nous ? Cette question, nous la retrouvons tout au long de l’Évangile de saint Marc. Et la réponse nous sera donnée par un centurion païen au pied de la croix : « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu. »

Comme le prophète et comme Paul, nous avons conscience de nos pauvretés et de nos faiblesses. Mais le Seigneur compte sur nous pour être ses porte-paroles. Le baptême fait de nous un peuple de prophètes, marqués par l’Esprit Saint, appelés et envoyés. Dieu connaît les circonstances de la mission. Il sait mieux que nous ce qui risque d’être pesant et de nous décourager. A ceux qu’il a appelés, il a promis sa présence et son assistance.

Bien sûr, comme tous les prophètes d’autrefois, nous risquons nous aussi de connaître des difficultés. Nous sommes affrontés à l’incroyance, la mal croyance et l’indifférence. Dans le monde entier, de très nombreux chrétiens sont persécutés et mis à mort. Et à l’intérieur même de l’Église, nous assistons à des contre-témoignages qui font mal. Cette Église de Jésus Christ reste un peuple de pécheurs. Nous pouvons être tentés de la critiquer, de dire ce que nous pensons. Mais un enfant ne peut rompre le lien vital qui l’unit à sa mère.

Notre attachement au Christ doit être plus fort que la tentation de la rupture. Dieu ne choisit pas es envoyés parmi les meilleurs mais bien souvent parmi les pauvres, parmi les pécheurs. N’oublions pas que les grands témoins de la foi sont des pécheurs pardonnés. Pensons à Pierre qui avait renié le Christ car il avait peur. Mais en accueillant le pardon du Christ, il a reçu de lui la mission d’être le berger de son peuple.

En célébrant cette Eucharistie, rendons grâce pour la confiance que Dieu nous fait en nous associant à sa mission. Disciples-missionnaires, levons les yeux pour remettre entre ses mains nos fragilités. Que s’accomplisse pour nous aujourd’hui sa parole : « Ma grâce te suffit ».

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 29 juin 2024

30.06.2024 – HOMÉLIE DU 13ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 5,21-43

Dieu n’a pas fait la mort

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Les trois lectures de ce dimanche ainsi que le psaume sont une hymne à la vie : Dieu n’a pas fait la mort ; il est le Dieu de la vie. C’est ce que nous lisons dans le Livre de la Sagesse : “Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants”. Si elle est entrée dans le monde, c’est par la jalousie du démon. C’est lui qui introduit à la tentation et au péché ; cette rupture avec Dieu entraîne la mort ; mais l’amour de Dieu est bien plus fort que toutes les forces du mal.

C’est vrai, Dieu nous veut vivants. C’est pour cette raison qu’il nous invite inlassablement à rejeter le péché. L’Évangile nous montre Jésus qui a rejoint “l’autre rive”, celle du monde païen ; dès son arrivée, il y rencontre des gens qui sont frappés par le désespoir, la souffrance et la douleur ; c’est d’abord Jaïre qui vient le supplier : “Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive.”

Jésus se met donc en route. Mais voilà que dans cette atmosphère bruyante, une femme atteinte d’hémorragies, s’approche de lui pour être guérie. Jésus ne lui dit pas : “Tu es guérie” mais “tu es sauvée”. Elle pourra donc être réintégrée dans sa communauté et y retrouver toute sa place. Le Christ se présente à nous comme celui qui sauve et qui relève.

Puis c’est l’arrivée chez Jaïre. On lui annonce que sa fille vient de mourir et que ça ne sert plus à rien de déranger le Maître. Mais Jésus l’invite à un acte de foi. Cette fille dort et il va la réveiller et la relever. C’est comme quand on relève quelqu’un qui s’est couché. Jésus entre dans la maison. Il fait sortir tout le monde. Il ne garde que le père et la mère de l’enfant et quelques disciples. Il ne fait pas sur la jeune fille un geste de guérison.
Il lui saisit la main et le dit : “Lève-toi”. Dans le langage du Nouveau Testament, le verbe “se lever” est synonyme de ressusciter.

C’est ainsi que Jésus se révèle au monde comme le Sauveur de tous. S’il est venu dans le monde, c’est pour que tous les hommes aient la vie en abondance. Dimanche dernier, nous avons compris que Jésus est parti vers l’autre rive pour rejoindre le monde païen. Il nous fait comprendre que l’amour de Dieu est sans frontière. Il n’accepte pas de discrimination. Plus tard, Jésus enverra ses apôtres dans le monde entier. C’est pour répondre à cet appel que des prêtres, des religieux, des religieuses et des laïcs ont quitté leur famille, leur pays pour annoncer Jésus Christ à ceux qui ne le connaissent pas.

Nous pensons à toutes ces rencontres avec des personnes éprouvées par la maladie, les infirmités et la solitude. Ces nuits qui n’en finissent pas, c’est très éprouvant. Alors on comprend qu’il ne suffit pas de prier POUR les malades mais AU NOM DE ceux qui n’ont plus la force de prier. À ce moment-là, nous sommes comme Jaïre qui vient supplier Jésus pour sa fille.

Il y a dans cet Évangile une parole de Jésus qui risque de passer inaperçue : “Il leur dit de la faire manger”. Oui, bien sûr, elle a besoin de reprendre des forces. Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que le Seigneur est venu nous “ressusciter” dans la foi. Il nous remet debout. Mais si nous voulons vivre de sa vie, nous devons nous nourrir de sa Parole et des sacrements. Si nous ne le faisons pas, la faiblesse reprendra le dessus et nous retomberons.

Le grand désir du Seigneur, c’est que nous soyons réveillés de notre médiocrité, notre égoïsme et de notre désespérance. Il veut nous associer tous à sa mission. En nous nourrissant de sa Parole et de son Corps, il veut nous donner le dynamisme qui transforme les “sauvés” en “sauveurs”. Avec lui, nous pourrons entraîner les malades vers la Source de Vie. Et comme lui, nous tendrons les mains vers les endormis pour les aider à se lever et à marcher. Ils pourront ainsi aller à la rencontre de Celui qui est la vie et la résurrection.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 22 juin 2024

23.06.2024 – HOMÉLIE DU 12ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 4,35-41

Dans nos tempêtes, passer de la peur à la confiance 

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu

Textes bibliques : Lire

Les textes bibliques de ce dimanche nous invitent à passer de la peur à la confiance. Nous savons tous que cela n’est pas facile, surtout quand nous sommes affrontés à des tempêtes. La première lecture nous parle de Job quand il se trouve douloureusement éprouvé par le mal. Il reproche à Dieu de rester muet devant la souffrance qui lui est infligée et qui lui paraît injuste ; mais Dieu lui répond en affirmant sa puissance sur la mer, et, à travers elle, sur tout ce qui détruit l’homme. La suite de ce récit nous montrera que Job va retrouver une situation bien plus belle que celle qu’il avait au début.

Ce cri de souffrance est toujours d’actualité : des hommes, des femmes et des enfants sont douloureusement éprouvés par la maladie, la pauvreté, la famine. Beaucoup n’ont plus la force de crier vers le Seigneur ; nous pouvons le faire en leur nom. Ce cri est une prière que Dieu entend. La bonne nouvelle c’est qu’il ne nous laisse pas désespérés. Il ne cesse de venir vers nous.

Toutes ces souffrances qui accablent notre monde, le Christ les a prises sur lui ; c’est la grande découverte de Paul : Jésus est mort pour tous les hommes en portant le poids de leur mal ; nous ne devons plus rester centrés sur nous-mêmes mais sur lui qui est mort et ressuscité pour nous. Notre priorité absolue doit être d’accueillir cette vie nouvelle qu’il nous a obtenue par sa Passion et sa mort ; c’est une vie essentiellement caractérisée par un immense amour.

Dans l’Évangile, nous voyons que c’est cet amour qui pousse le Christ vers “l’autre rive”. Pour comprendre cette décision, nous devons comprendre qu’il ne s’agit pas seulement de l’autre côté du lac. C’est d’abord celle du monde païen. Jésus veut le rejoindre là où il en est. Il veut le libérer des puissances du mal et lui annoncer la bonne nouvelle de l’Évangile. C’est une manière de dire qu’il n’est pas venu pour le seul peuple d’Israël mais aussi pour tous les hommes du monde entier. Il veut que tous aient la vie en abondance.

Mais au moment de la traversée, les puissances du mal se déchaînent pour faire obstacle à cette annonce de l’Évangile. Elles veulent engloutir la barque de la Parole pour l’empêcher d’atteindre cette autre rive. Ce qui est étonnant dans cet évangile, ce n’est pas la peur des disciples ni leur crainte quand ils reconnaissent Jésus comme Dieu. Le plus surprenant c’est la question qu’il leur pose : “Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ?

Quand on se trouve sur un bateau mal maîtrisé, face à une violente tempête, on a vite fait d’avoir peur. Quand saint Marc écrit son évangile, il s’adresse à des chrétiens persécutés. L’Église est un peu comme la barque de Pierre en train de couler. Ils ont l’impression que Jésus dort. Alors, ils l’appellent au secours : “Seigneur, sauve-nous ; nous périssons.” Et dans son Évangile, Marc leur rappelle ce qui s’est passé autrefois avec Jésus et les Douze sur la mer. Ils étaient complètement désemparés par la violente tempête qu’ils ont dû affronter. Mais avec Jésus, les puissances du mal n’ont jamais le dernier mot.

Si nous voulons être fidèles au Christ, nous sommes appelés à sortir de notre petit confort et à le suivre vers l’autre rive. De nombreux prêtres, religieux, religieuses et laïcs ont quitté leur famille, leurs amis pour aller vers l’inconnu. Ils ont traversé les océans pour annoncer Jésus à des peuples qui ne le connaissaient pas. Et actuellement, nous voyons des prêtres africains, indiens ou autres qui ont quitté leur famille et leur pays pour venir nous évangéliser. L’Évangile doit être annoncé à tous.

Cet évangile est une bonne nouvelle pour notre Église et notre monde affrontés aux tempêtes de la vie. C’est surtout un appel à la foi. Le Seigneur marche à nos côtés. Il est sur la barque de Pierre. Depuis le matin de Pâques, nous sommes passés sur “l’autre rive” celle de la “recréation” du monde. Désormais, plus rien n’est comme avant. Nous vivons de la vie nouvelle du Ressuscité. Cette vie doit être remplie de solidarité, de partage, de justice. Désormais, nous pouvons vivre comme le Christ, non pour être servis mais pour servir. Nous pouvons affronter les mêmes combats que lui pour maîtriser toutes les tempêtes des hommes, celles du mal et de la haine sous toutes ses formes. Avec lui, nous sommes assurés de la victoire.

Le Seigneur est toujours là au cœur de nos vies. Son Eucharistie nous le rappelle. Quelles que soient les tempêtes, et même s’il semble dormir, il veille sur nous comme sur son bien le plus précieux. Il est proche de nous, en nous. Il est notre lumière et notre salut. Rien ne saurait nous séparer de son amour.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 16 juin 2024