28.07.2024 – HOMÉLIE DU 17ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – JEAN 6,1-15

“Quelle est notre faim ?

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Quand nous lisons les textes bibliques de ce dimanche, nous sommes impressionnés par la place donnée aux chiffres : 20 pains d’orge pour cent personnes, cinq pains et deux poissons pour cinq mille hommes, douze paniers pleins de miettes… Et comment ne pas penser à d’autres chiffres qui en disent long : des centaines de milliers de tués dans les guerres, des millions d’affamés dans le monde, des dizaines de millions d’euros pour le transfert d’un footballeur. Ces chiffres nous dispensent de paroles ; ils deviennent parole. D’un côté c’est le cri d’admiration devant le miracle ; de l’autre, c’est l’horreur.

Ces chiffres nous en disent plus qu’un simple calcul mathématique. Dans les lectures bibliques de ce dimanche, ils nous montrent la disproportion entre la nourriture disponible et les besoins énormes : “Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ?” Nous aussi, nous sommes affrontés aux mêmes questions : devant toutes les catastrophes meurtrières, devant les guerres et les famines, nous nous sentons désemparés et impuissants : que pouvons-nous faire ?

Et c’est là qu’il nous faut revenir à l’Évangile et regarder ce que fait Jésus. En ce jour, il nous propose de revoir d’une autre manière notre table de multiplication. Tout d’abord, il accepte le modeste goûter d’un enfant. Rien n’aurait été possible si cet enfant n’avait accepté de tout donner. Dieu a besoin de nos gestes de partage pour réaliser de grandes choses. C’est ainsi que les cinq pains et les deux poissons ont servi à nourrir cinq mille hommes. Une précision : le pain d’orge c’est celui des pauvres. C’est avec ce pain des pauvres qu’il nourrit toute cette foule. Il fait totalement confiance à Dieu. Il sait que tout est possible pour Dieu.

Cet évangile nous renvoie à l’actualité de notre monde Comment ne pas penser à la famine qui ravage une grande partie de l’humanité ? Beaucoup se posent la question : Où est Dieu dans le Sahel ? Et même dans nos pays occidentaux, beaucoup n’ont pas le minimum pour survivre. Alors, nous nous sentons désemparés et impuissants devant l’immensité des besoins. Mais la parole de Jésus est toujours là dans l’évangile de Marc : “Donnez-leur vous-mêmes à manger !” Il suffit du peu que nous avons, un peu d’amour, un peu de biens matériels et un peu de disponibilité pour vaincre la faim, celle du corps et celle du cœur. Ce peu, nous le remettons entre les mains du Seigneur. C’est avec cela qu’il peut réaliser de grandes choses.

Une autre question se pose : Jésus a nourri les foules un jour. Mais le lendemain, elles continueront à avoir faim. Elles se retrouveront dans une situation tout aussi misérable. Alors pourquoi Jésus a-t-il fait de tels actes sans rien changer aux situations ? Quand on veut lutter contre la famine, on ne se contente pas de donner à manger. On agit, en lien avec les organismes de solidarité, contre les causes qui provoquent la famine. Mais le but de Jésus n’est pas de changer les situations ; il est de changer le cœur les hommes. C’est aux hommes renouvelés par l’Évangile d’opérer les redressements nécessaires. Quand on est imprégné du message d’amour du Christ, plus rien ne peut être comme avant. L’important c’est que nous donnions le meilleur de nous-mêmes en lien avec ceux qui organisent la solidarité, Secours Catholique, CCFD Terre Solidaire et autres. Ce sont nos gestes d’amour et de partage qui font la valeur de notre vie.

En voyant Jésus devant ces foules, nous pensons à Moïse face au peuple des Hébreux. Nous nous rappelons qu’il l’avait conduit à travers le désert pour le guider vers la Terre promise. Jésus conduit l’humanité toute entière de l’autre côté du lac, vers le Père. Il nous appelle à le rejoindre sur la montagne pour vivre de l’alliance nouvelle et devenir enfants de Dieu. Il se présente à tous comme le vrai libérateur. Il est Celui qui nous fait passer de l’esclavage du péché à la vraie liberté, des ténèbres à la Lumière, de la mort à la Vie. C’est ainsi que la multiplication des pains est bien plus qu’un miracle ; c’est un signe qui nous parle de Dieu.

En lisant cet évangile, nous ne devons pas nous limiter au pain matériel. Bien sûr, ce pain est nécessaire pour notre vie. Mais le Christ voudrait nous inviter à faire un pas de plus. Il nous dit que Dieu est présent dans toutes les réalités et les événements de notre vie. C’est dans la foi que nous le rencontrons. Nous vivons de son amour. Autrefois, il a multiplié les pains. Ce geste est le signe de la multiplication de l’amour qu’il continue à réaliser en nous. Il nous envoie pour le distribuer à tous ceux et celles qui ont faim d’amour. Ainsi, il dépend de nous que le miracle ne s’arrête jamais, le miracle de l’amour entre les hommes.

“Nous sommes là, au cœur de la vie avec Dieu, au cœur de la vie de Dieu.” En ce dimanche, c’est lui qui nous rassemble autour de la table du Christ ressuscité pour partager son pain. Nous le supplions : “mets en nous ton Esprit Saint pour que nous entrions dans ton amour.” Amen

Abbé Jean Compazieu

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 20 juillet 2024

07.07.2024 – HOMÉLIE DU 14ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 6,1-6

Envoyé comme prophète…

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire

Les textes bibliques de ce dimanche nous parlent de ces hommes qui ont entendu l’appel de Dieu. Nous avons tout d’abord le témoignage du prophète Ézéchiel ; il est envoyé vers un peuple rebelle qui s’est révolté contre Dieu. Il sait qu’il ne sera pas écouté car il sera affronté à l’endurcissement des cœurs. Mais rien ne doit l’arrêter : qu’on l’écoute ou qu’on ne l’écoute pas, il faut que la parole de Dieu soit proclamée. Nous pensons à la petite Bernadette de Lourdes qui disait : « Je ne suis pas chargée de vous faire croire mais de vous dire. » C’est ainsi que Dieu appelle des petits pour nous transmettre les messages les plus importants. Il nous offre de nous convertir et de retrouver l’amitié perdue.

Dans la deuxième lettre aux Corinthiens, nous avons le témoignage de l’apôtre Paul. Il nous décrit les vraies conditions de son apostolat ; il a reçu des révélations extraordinaires, mais il est accablé de difficultés et d’humiliations : insultes, faiblesses, contraintes, persécutions, situations angoissantes. Il est également affronté à de graves problèmes de santé. Il a demandé au Seigneur de l’en libérer. Mais le Seigneur lui a répondu : « Ma grâce te suffit ». Paul découvre que Dieu agit dans sa faiblesse à lui. L’apôtre n’est pas seul dans sa mission. Le principal travail, c’est Dieu qui le fait dans le cœur ce ceux qu’il met sur la route de l’apôtre.

Dans l’Évangile, nous retrouvons Jésus à Nazareth. Sa prédication aurait pu être un succès. Partout en Galilée, tout le monde se réjouit de ses paroles et de ses miracles. Mais les gens de Nazareth ne voient en lui que le charpentier du village. Ce qu’on lui reproche, c’est de dire la parole de Dieu sans être qualifié pour cela ; il n’a pas fait d’étude de rabbin ; il est un simple laïc.

Voilà donc le Christ empêché d’être reconnu comme Messie : « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu… » Nous n’avons pas à les juger ; nous sommes souvent rebelles quand on vient nous parler de la part de Dieu. Mais rien ni personne ne peut arrêter l’annonce de la bonne nouvelle. Devant ce refus, Jésus est parti vers les villages voisins. Les missionnaires de l’Évangile n’ont pas à âtre découragés si on refuse de les accueillir ; comme Jésus, ils doivent partir annoncer l’Évangile car tous doivent l’entendre.

Le problème des auditeurs de Jésus, c’est qu’ils étaient enfermés dans leurs certitudes et leurs traditions. C’est souvent vrai pour nous aussi ; nous pensons savoir beaucoup de choses sur Dieu. Mais ce que nous pouvons en dire sera toujours insignifiant par rapport à ce qu’il est réellement. Nous n’aurons jamais fini de nous poser la question : qui est Jésus pour nous ? Cette question, nous la retrouvons tout au long de l’Évangile de saint Marc. Et la réponse nous sera donnée par un centurion païen au pied de la croix : « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu. »

Comme le prophète et comme Paul, nous avons conscience de nos pauvretés et de nos faiblesses. Mais le Seigneur compte sur nous pour être ses porte-paroles. Le baptême fait de nous un peuple de prophètes, marqués par l’Esprit Saint, appelés et envoyés. Dieu connaît les circonstances de la mission. Il sait mieux que nous ce qui risque d’être pesant et de nous décourager. A ceux qu’il a appelés, il a promis sa présence et son assistance.

Bien sûr, comme tous les prophètes d’autrefois, nous risquons nous aussi de connaître des difficultés. Nous sommes affrontés à l’incroyance, la mal croyance et l’indifférence. Dans le monde entier, de très nombreux chrétiens sont persécutés et mis à mort. Et à l’intérieur même de l’Église, nous assistons à des contre-témoignages qui font mal. Cette Église de Jésus Christ reste un peuple de pécheurs. Nous pouvons être tentés de la critiquer, de dire ce que nous pensons. Mais un enfant ne peut rompre le lien vital qui l’unit à sa mère.

Notre attachement au Christ doit être plus fort que la tentation de la rupture. Dieu ne choisit pas es envoyés parmi les meilleurs mais bien souvent parmi les pauvres, parmi les pécheurs. N’oublions pas que les grands témoins de la foi sont des pécheurs pardonnés. Pensons à Pierre qui avait renié le Christ car il avait peur. Mais en accueillant le pardon du Christ, il a reçu de lui la mission d’être le berger de son peuple.

En célébrant cette Eucharistie, rendons grâce pour la confiance que Dieu nous fait en nous associant à sa mission. Disciples-missionnaires, levons les yeux pour remettre entre ses mains nos fragilités. Que s’accomplisse pour nous aujourd’hui sa parole : « Ma grâce te suffit ».

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 29 juin 2024

30.06.2024 – HOMÉLIE DU 13ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 5,21-43

Dieu n’a pas fait la mort

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Les trois lectures de ce dimanche ainsi que le psaume sont une hymne à la vie : Dieu n’a pas fait la mort ; il est le Dieu de la vie. C’est ce que nous lisons dans le Livre de la Sagesse : “Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants”. Si elle est entrée dans le monde, c’est par la jalousie du démon. C’est lui qui introduit à la tentation et au péché ; cette rupture avec Dieu entraîne la mort ; mais l’amour de Dieu est bien plus fort que toutes les forces du mal.

C’est vrai, Dieu nous veut vivants. C’est pour cette raison qu’il nous invite inlassablement à rejeter le péché. L’Évangile nous montre Jésus qui a rejoint “l’autre rive”, celle du monde païen ; dès son arrivée, il y rencontre des gens qui sont frappés par le désespoir, la souffrance et la douleur ; c’est d’abord Jaïre qui vient le supplier : “Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive.”

Jésus se met donc en route. Mais voilà que dans cette atmosphère bruyante, une femme atteinte d’hémorragies, s’approche de lui pour être guérie. Jésus ne lui dit pas : “Tu es guérie” mais “tu es sauvée”. Elle pourra donc être réintégrée dans sa communauté et y retrouver toute sa place. Le Christ se présente à nous comme celui qui sauve et qui relève.

Puis c’est l’arrivée chez Jaïre. On lui annonce que sa fille vient de mourir et que ça ne sert plus à rien de déranger le Maître. Mais Jésus l’invite à un acte de foi. Cette fille dort et il va la réveiller et la relever. C’est comme quand on relève quelqu’un qui s’est couché. Jésus entre dans la maison. Il fait sortir tout le monde. Il ne garde que le père et la mère de l’enfant et quelques disciples. Il ne fait pas sur la jeune fille un geste de guérison.
Il lui saisit la main et le dit : “Lève-toi”. Dans le langage du Nouveau Testament, le verbe “se lever” est synonyme de ressusciter.

C’est ainsi que Jésus se révèle au monde comme le Sauveur de tous. S’il est venu dans le monde, c’est pour que tous les hommes aient la vie en abondance. Dimanche dernier, nous avons compris que Jésus est parti vers l’autre rive pour rejoindre le monde païen. Il nous fait comprendre que l’amour de Dieu est sans frontière. Il n’accepte pas de discrimination. Plus tard, Jésus enverra ses apôtres dans le monde entier. C’est pour répondre à cet appel que des prêtres, des religieux, des religieuses et des laïcs ont quitté leur famille, leur pays pour annoncer Jésus Christ à ceux qui ne le connaissent pas.

Nous pensons à toutes ces rencontres avec des personnes éprouvées par la maladie, les infirmités et la solitude. Ces nuits qui n’en finissent pas, c’est très éprouvant. Alors on comprend qu’il ne suffit pas de prier POUR les malades mais AU NOM DE ceux qui n’ont plus la force de prier. À ce moment-là, nous sommes comme Jaïre qui vient supplier Jésus pour sa fille.

Il y a dans cet Évangile une parole de Jésus qui risque de passer inaperçue : “Il leur dit de la faire manger”. Oui, bien sûr, elle a besoin de reprendre des forces. Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que le Seigneur est venu nous “ressusciter” dans la foi. Il nous remet debout. Mais si nous voulons vivre de sa vie, nous devons nous nourrir de sa Parole et des sacrements. Si nous ne le faisons pas, la faiblesse reprendra le dessus et nous retomberons.

Le grand désir du Seigneur, c’est que nous soyons réveillés de notre médiocrité, notre égoïsme et de notre désespérance. Il veut nous associer tous à sa mission. En nous nourrissant de sa Parole et de son Corps, il veut nous donner le dynamisme qui transforme les “sauvés” en “sauveurs”. Avec lui, nous pourrons entraîner les malades vers la Source de Vie. Et comme lui, nous tendrons les mains vers les endormis pour les aider à se lever et à marcher. Ils pourront ainsi aller à la rencontre de Celui qui est la vie et la résurrection.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 22 juin 2024

23.06.2024 – HOMÉLIE DU 12ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 4,35-41

Dans nos tempêtes, passer de la peur à la confiance 

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu

Textes bibliques : Lire

Les textes bibliques de ce dimanche nous invitent à passer de la peur à la confiance. Nous savons tous que cela n’est pas facile, surtout quand nous sommes affrontés à des tempêtes. La première lecture nous parle de Job quand il se trouve douloureusement éprouvé par le mal. Il reproche à Dieu de rester muet devant la souffrance qui lui est infligée et qui lui paraît injuste ; mais Dieu lui répond en affirmant sa puissance sur la mer, et, à travers elle, sur tout ce qui détruit l’homme. La suite de ce récit nous montrera que Job va retrouver une situation bien plus belle que celle qu’il avait au début.

Ce cri de souffrance est toujours d’actualité : des hommes, des femmes et des enfants sont douloureusement éprouvés par la maladie, la pauvreté, la famine. Beaucoup n’ont plus la force de crier vers le Seigneur ; nous pouvons le faire en leur nom. Ce cri est une prière que Dieu entend. La bonne nouvelle c’est qu’il ne nous laisse pas désespérés. Il ne cesse de venir vers nous.

Toutes ces souffrances qui accablent notre monde, le Christ les a prises sur lui ; c’est la grande découverte de Paul : Jésus est mort pour tous les hommes en portant le poids de leur mal ; nous ne devons plus rester centrés sur nous-mêmes mais sur lui qui est mort et ressuscité pour nous. Notre priorité absolue doit être d’accueillir cette vie nouvelle qu’il nous a obtenue par sa Passion et sa mort ; c’est une vie essentiellement caractérisée par un immense amour.

Dans l’Évangile, nous voyons que c’est cet amour qui pousse le Christ vers “l’autre rive”. Pour comprendre cette décision, nous devons comprendre qu’il ne s’agit pas seulement de l’autre côté du lac. C’est d’abord celle du monde païen. Jésus veut le rejoindre là où il en est. Il veut le libérer des puissances du mal et lui annoncer la bonne nouvelle de l’Évangile. C’est une manière de dire qu’il n’est pas venu pour le seul peuple d’Israël mais aussi pour tous les hommes du monde entier. Il veut que tous aient la vie en abondance.

Mais au moment de la traversée, les puissances du mal se déchaînent pour faire obstacle à cette annonce de l’Évangile. Elles veulent engloutir la barque de la Parole pour l’empêcher d’atteindre cette autre rive. Ce qui est étonnant dans cet évangile, ce n’est pas la peur des disciples ni leur crainte quand ils reconnaissent Jésus comme Dieu. Le plus surprenant c’est la question qu’il leur pose : “Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ?

Quand on se trouve sur un bateau mal maîtrisé, face à une violente tempête, on a vite fait d’avoir peur. Quand saint Marc écrit son évangile, il s’adresse à des chrétiens persécutés. L’Église est un peu comme la barque de Pierre en train de couler. Ils ont l’impression que Jésus dort. Alors, ils l’appellent au secours : “Seigneur, sauve-nous ; nous périssons.” Et dans son Évangile, Marc leur rappelle ce qui s’est passé autrefois avec Jésus et les Douze sur la mer. Ils étaient complètement désemparés par la violente tempête qu’ils ont dû affronter. Mais avec Jésus, les puissances du mal n’ont jamais le dernier mot.

Si nous voulons être fidèles au Christ, nous sommes appelés à sortir de notre petit confort et à le suivre vers l’autre rive. De nombreux prêtres, religieux, religieuses et laïcs ont quitté leur famille, leurs amis pour aller vers l’inconnu. Ils ont traversé les océans pour annoncer Jésus à des peuples qui ne le connaissaient pas. Et actuellement, nous voyons des prêtres africains, indiens ou autres qui ont quitté leur famille et leur pays pour venir nous évangéliser. L’Évangile doit être annoncé à tous.

Cet évangile est une bonne nouvelle pour notre Église et notre monde affrontés aux tempêtes de la vie. C’est surtout un appel à la foi. Le Seigneur marche à nos côtés. Il est sur la barque de Pierre. Depuis le matin de Pâques, nous sommes passés sur “l’autre rive” celle de la “recréation” du monde. Désormais, plus rien n’est comme avant. Nous vivons de la vie nouvelle du Ressuscité. Cette vie doit être remplie de solidarité, de partage, de justice. Désormais, nous pouvons vivre comme le Christ, non pour être servis mais pour servir. Nous pouvons affronter les mêmes combats que lui pour maîtriser toutes les tempêtes des hommes, celles du mal et de la haine sous toutes ses formes. Avec lui, nous sommes assurés de la victoire.

Le Seigneur est toujours là au cœur de nos vies. Son Eucharistie nous le rappelle. Quelles que soient les tempêtes, et même s’il semble dormir, il veille sur nous comme sur son bien le plus précieux. Il est proche de nous, en nous. Il est notre lumière et notre salut. Rien ne saurait nous séparer de son amour.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 16 juin 2024

16.06.2024 – HOMÉLIE DU 11ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MARC 4,26-34

Espérer contre toute espérance

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Les trois lectures de ce dimanche vont dans le même sens. Elles nous invitent à la confiance et au courage. L’Évangile nous dit que le Royaume de Dieu est une force qui avance au travers de nombreuses difficultés ; rien ne peut l’arrêter. La première lecture est extraite du prophète Ézéchiel ; elle nous parle, elle aussi, d’une extraordinaire croissance. Dans la seconde lecture, saint Paul s’adresse à des chrétiens persécutés ; mais il garde confiance et il réaffirme son engagement pour le Seigneur.

À travers ces trois lectures, c’est le Seigneur qui nous parle ; il nous a promis d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. C’est vrai que les médias nous disent souvent le contraire ; alors on s’interroge : “où es-tu, Seigneur, quand on se fait la guerre dans de nombreux pays, quand on commet des violences contre les plus faibles, quand les plus pauvres sont jetés à la rue ?

Ce cri de désespoir était celui des habitants de Jérusalem. Déportés en exil loin de chez eux, ils sont complètement désemparés. Leur peuple semble voué à la destruction. Le prophète Ézéchiel a assisté à la chute totale de son pays. Mais il annonce à son peuple que rien n’est perdu. Ce qui n’est qu’une minuscule bouture va germer et devenir un grand arbre. Ceux qui sont totalement brisés, Dieu les fera vivre merveilleusement. Le prophète trouve les mots justes pour redonner courage et espérance à son peuple. La haine, la violence et le mal ne peuvent avoir le dernier mot. C’est l’amour qui triomphera. C’est une bonne nouvelle pour nous aujourd’hui. Rien ne doit ébranler notre foi au Dieu sauveur.

C’est aussi de cette espérance que Paul nous parle dans la 2ème lettre aux Corinthiens (2ème lecture). Les premières années du christianisme ont été marquées par des persécutions. L’apôtre Paul rencontre de nombreuses difficultés dans son ministère. Il a l’impression de descendre à la mort. Mais il a la ferme certitude qu’à travers tout cela c’est la vraie vie qui est en train de germer. Le Seigneur nous prépare une demeure éternelle. Il donnera la couronne de gloire à ceux qui auront accompli leur course jusqu’au bout. Ce message de réconfort est aussi une bonne nouvelle pour les chrétiens d’aujourd’hui. Si nous restons reliés au Christ, rien ne peut nous séparer de son amour.

L’Évangile de saint Marc s’adresse aussi à des chrétiens désemparés. Leur question est de tous les temps : dans ce monde où tout va si mal, où est-il notre Dieu ? Que sont devenues les promesses du Christ ? Comment garder la foi face à toute cette violence. Saint Marc leur rappelle les paroles de Jésus autrefois. Il leur parle de cette semence qui germe et grandit toute seule. Mais entre les semailles et la moisson, il y a beaucoup de temps. C’est une manière de dire que le Royaume de Dieu est en gestation. La récolte viendra mais ce sera pour plus tard. Notre Dieu peut paraître absent mais son action est discrète et efficace.

Dans son discours, Jésus précise que cette graine, c’est “la plus petite des semences de la terre”. C’est la logique même de Dieu. Jésus lui-même s’est fait le plus petit et le plus pauvre. Il a été enterré au tombeau. Mais sa résurrection a été le point de départ de la naissance de l’Église. Celle-ci a commencé petitement avec, un groupe d’hommes insignifiants. Mais ce qui est folie aux yeux des hommes est sagesse de Dieu. Nous voyons des statistiques qui s’effondrent, mais rien ne peut empêcher Dieu d’être à l’œuvre.

Avec nos yeux et nos oreilles, nous pouvons savoir ce qui se passe dans le monde. Mais pour reconnaître l’action de Dieu, il faut le regard de la foi. Comme les disciples d’Emmaüs, nous reconnaissons la présence du Christ quand il nous explique les Écritures et qu’il nous partage son pain eucharistique. C’est en lui que toute notre vie retrouve son sens. Nous découvrons que même dans les pires épreuves, Dieu ne nous a jamais abandonnés.

Concrètement, nous croyons que Dieu agit quand les ennemis enfin se parlent, quand des hommes, des femmes et des enfants sortent du cercle infernal de la rancune et de la violence pour faire des gestes de paix et de réconciliation. Dieu agit quand des savants inventent des moyens pour combattre les maladies. Il est présent quand des équipes s’organisent pour visiter des malades ou des prisonniers. C’est ainsi que les signes de la présence de Dieu sont nombreux. Nous sommes comme le paysan de la parabole. Les choses se passent sans que nous n’en sachions rien et sans que nous comprenions comment.

Quand nous voyons la vie germer, c’est Dieu qui est là et qui agit. Que nous dormions ou que nous nous levions, la semence germe. En attendant la moisson, il nous faut apprendre la patience et surtout la confiance. J’ai fait ce que je devais faire. À toi, Seigneur, de jouer. Tu m’as demandé de semer des graines d’amour, de justice, de paix, de réconciliation… Mais c’est toi qui donnes à la semence de pousser et de donner du fruit.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 8 juin 2024

09.06.2024 – HOMÉLIE DU 10ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 3,20-35

Jésus contesté

Pistes pour l’homélie par le l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Nous venons de vivre le temps des fêtes de la Pentecôte, la Trinité, le Saint Sacrement du Corps et Sang du Christ. Aujourd’hui, nous retrouvons les lectures du 10ème dimanche du temps ordinaire qui nous mettent en face d’un choix fondamental ; c’est Dieu lui-même qui nous pose la question : “Veux-tu me suivre, oui ou non ? Veux-tu, oui ou non, entrer dans le chemin du Salut ? Veux-tu te relever et laisser l’Esprit Saint vivre dans ton cœur ?

Les obstacles sont nombreux ; nous avons pu nous en rendre compte en écoutant le récit de la Genèse (1ère lecture). Ce récit nous ramène à la question si actuelle du mal dans le monde. Il nous fait comprendre que si tout va mal, c’est parce que l’homme s’est fermé à la vraie source de vie ; il s’est fermé à la rencontre avec Dieu et les autres. Le résultat c’est la division : comme Adam et Eve, on rejette la responsabilité sur les autres : “Ce n’est pas moi”, un peu à la manière d’un petit enfant qui ne veut pas reconnaitre son tort. Mais le mal n’aura pas le dernier mot. La promesse du Salut est bien là et rien ne peut l’arrêter.

C’est cette bonne nouvelle que nous trouvons dans la lettre de saint Paul aux Corinthiens (2ème lecture). Paul a découvert ce qu’est l’amour gratuit de Dieu ; il a bénéficié de sa miséricorde. Tout au long de son ministère, ill se trouve affronté à la souffrance et aux persécutions. Mais il fait totalement confiance à Dieu. Il nous rappelle aujourd’hui que nous sommes en marche vers notre demeure éternelle. Rien ne peut nous séparer de cet amour qui est en Dieu.

Les tentations sont nombreuses. Mais l’Évangile nous montre que Jésus nous guide à travers celles qu’il a traversées. Il s’est trouvé affronté à ses proches, aux gens de sa famille et de son village. Les uns et les autres estiment que ce qu’il dit est trop fort. Ils pensent qu’il a perdu la tête. Alors on vient l’arracher de là où il est. Et comme si cela ne suffisait pas, les chefs religieux le taxent de possession et d’exorcisme démoniaque : “Il est possédé par Béelzéboul ; c’est par le chef des démons qu’il expulse les démons.”

Mais les accusateurs de Jésus n’ont pas le dernier mot : il est plus fort qu’eux, plus fort même que Satan. Et surtout, il est à nos côtés dans notre lutte contre le mal. Le mal le plus grave, c’est le péché, le refus de l’amour. Mais quand nous nous détournons de lui, le Seigneur ne cesse de nous appeler : “Revenez à moi de tout votre cœur”. Il est toujours prêt à nous accueillir et à nous pardonner.

Mais il y a une exception : “Si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’obtiendra jamais de pardon. Ce péché qui ne peut être remis, c’est le refus de Dieu et de son amour miséricordieux. Pécher contre l’Esprit Saint c’est dire non à la vie que Dieu nous offre, c’est s’enfermer sur soi-même, c’est repousser lucidement toute action de Dieu en soi, c’est se blinder contre la tendresse divine. Face à un tel refus, Dieu ne peut rien. Il nous a faits libres ; il respecte les choix que nous faisons en toute connaissance de cause et en toute responsabilité.

Voilà ce qui arrive quand on se ferme à l’Esprit : c’est la mort. Mais le Seigneur est toujours là pour nous conduire à la vraie vie. Lui-même s’en est remis à l’Esprit. Il a toujours tout accompli sous son inspiration. C’est à cela que nous sommes tous appelés. Le Seigneur est toujours là pour nous guider sur notre route. Ses paroles sont celles de la Vie éternelle.

C’est d’ailleurs ce que nous rappelle la finale de l’Évangile de ce jour. On vient annoncer à Jésus que sa mère et ses frères le cherchent. Il leur fait comprendre que sa vraie famille n’est pas fondée sur les liens du Sang mais sur la conformité à la volonté de Dieu. En font partie ceux et celles qui se mettent à l’écoute de la parole de Dieu autour de Jésus. Faire la volonté de Dieu, c’est travailler chaque jour construire la famille de Dieu sur la terre. C’est ce que nous demandons dans le Notre Père : “que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.”
En ce jour, nous nous tournons vers la Vierge Marie : elle était unie à Jésus par les liens du sang. Mais elle a été la première à accueillir la Parole de Dieu et à la mettre en pratique. Actuellement elle occupe la première place dans l’immense cortège de tous les saints. Et elle est toujours là pour nous redire “faites tout ce qu’il vous dira”.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 1er juin 2024

12.05.2024 – HOMÉLIE DU 7ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 17,11b-19

Sur les chemins de notre humanité sauvée,écoutons le ressuscité nous dire :« Je vous donne part à mon Esprit »

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : lire


Nous avons fêté jeudi dernier l’Ascension de Jésus. Cette fête intimement liée à Pâques nous rappelle que le christ ressuscité est entré le premier dans son Royaume et qu’il donne aux membres de son corps l’espérance de le rejoindre un jour. Nous avons également vu que le retour du christ auprès de son Père a été le point de départ de la mission des apôtres. C’est Jésus lui-même qui les a envoyés pour annoncer la Bonne Nouvelle à toute la Création. Désormais, c’est le temps de l’Église qui commence. Les disciples qui ont suivi Jésus pendant trois ans sont appelés à devenir des apôtres. Ils seront envoyés dans le monde entier pour être les messagers de la bonne nouvelle. Nous sommes bénéficiaires de leur témoignage ; nous avons à transmettre le flambeau autour de nous. Le Seigneur compte sur nous dans nos familles, nos villages, nos quartiers. Rien ne doit arrêter la Parole de Dieu.

La première lecture nous montre que ce témoignage a besoin d’une communauté organisée. Judas n’est plus là. Après avoir trahi Jésus, il a mis fin à ses jours. Lors d’un rassemblement de la communauté, Pierre se lève et prend la parole. Il explique ce qu’ils vont faire pour remplacer Judas. Il faut le remplacer par un témoin de la résurrection. Il n’est pas question de voter. On va simplement tirer au sort en demandant à Dieu de manifester ainsi sa volonté. C’est Mathias qui est choisi pour être associé aux onze apôtres. Ce passage du livre des Actes des Apôtres nous rappelle que l’Esprit Saint est très présent dans la vie de son Église. Il ne cesse d’éclairer sa route et il continue à agir pour faire de nous des hommes et des femmes de foi, témoins de Jésus.

Dans la seconde lecture, saint Jean nous rappelle que pour ce témoignage, il est indispensable d’être en communion avec Dieu. Il ne peut y avoir de vie chrétienne authentique sans amour. Cet amour nous vient de Dieu et s’enracine dans la foi au Fils de Dieu. Le vrai chrétien c’est celui qui est fidèle à la foi enseignée depuis le commencement et à la pratique de l’amour fraternel. C’est à cela que le monde peut le reconnaître. Et c’est l’Esprit Saint qui nous permet de donner ce témoignage. Personne n’a jamais vu Dieu. Mais la foi nous permet de le reconnaître dans l’amour que nous avons pour les autres.

L’Évangile de saint Jean nous rapporte la grande prière de Jésus au moment de passer de ce monde à son Père. Nous y entendons des paroles fortes : “Garde mes disciples dans la fidélité à ton nom !” La fidélité est au cœur de cette prière. Elle est demandée comme une grâce car elle est bien fragile. C’est important car il ne peut y avoir de véritable amour que dans la durée. La mission des disciples, notre mission à tous, c’est d’être des témoins authentiques de Dieu parmi les hommes. S’adressant à son Père, Jésus lui demande de protéger les siens dans cette mission difficile. Ils seront affrontés aux persécutions, à la dérision, à l’indifférence. Mais le Seigneur veille sur nous et rien ne peut nous séparer de son amour.

Autre préoccupation de Jésus : “qu’ils soient un comme nous-mêmes !” C’est absolument essentiel pour que la bonne nouvelle porte du fruit. Le message de l’évangile ne peut être transmis que par des croyants unis par les liens de l’amour. Nous pensons tous aux divisions entre religions catholiques, protestants, orthodoxes et autres. Mais nous ne devons pas oublier celles qui existent à l’intérieur de nos communautés paroissiales, nos familles, nos villages et nos quartiers. Toutes ces rivalités et ces rancunes sont on contre témoignage pour l’Église. Comment croire des chrétiens qui n’arrêtent pas de se critiquer les uns les autres. Toutes ces paroles méchantes qui détruisent l’autre sont un obstacle à l’annonce de la bonne nouvelle.

Mais n’attendons pas d’être parfaits pour nous tourner vers le Christ. Lui-même nous invite à nous associer à sa prière pour l’unité de ses disciples. Nous connaissons nos fragilités, notre péché. Nous vivons dans un monde qui nous regarde vivre et qui ne pardonne pas les scandales dans l’Église. Alors, plus que jamais, nous nous unissons à la prière du Christ pour l’unité et la fidélité des siens. C’est à travers nos gestes d’amour, de partage et de solidarité que nous serons reconnus comme disciples du Christ. C’est cela qui fait la valeur d’une vie.

C’est cet amour du Père que Jésus est venu nous révéler et nous communiquer. Il nous revient de le transmettre autour de nous à tous ceux et celles qui se trouvent sur notre route. Dans ce monde, nous rencontrons la violence, la haine, la rancune, la misère, la faim. En ce dimanche, nous unissons notre prière pour la réconciliation des peuples, la progression de la justice et la résolution des conflits. Que le Seigneur nous donne force et courage pour travailler ensemble à la construction d’un monde plus juste et plus fraternel, un monde rempli de l’amour qui est en Dieu.

“Toi qui es Lumière, Toi qui es l’Amour, mets en nos ténèbres ton Esprit d’amour.” Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 5 mai 2024

05.05.2024 – HOMÉLIE DU 6ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 15,9-17

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Les lectures bibliques de ce dimanche se résument en un mot : “AIMEZ”. C’est un commandement que nous trouvons tout au long de la Bible. Mais le livre des Actes des Apôtres (1ère lecture) nous rappelle que ce n’est pas gagné, même chez les chrétiens. Pour les juifs convertis au Christ, tout soldat romain était un ennemi national. Tout étranger était exclu de la plénitude de l’Alliance. Il était interdit à tout juif pieux de fréquenter la maison des païens. Les premiers chrétiens partageaient cette façon de voir. L’expansion de l’Évangile devait se traduire dans un premier temps par le rassemblement des douze tribus d’Israël.

Mais l’Esprit Saint fait voler en éclat cette barrière. Pierre doit intégrer dans la communauté des croyants un païen converti. L’Évangile de Jésus Christ est pour tous, même pour ceux qui sont très loin. C’est très important pour nous qui avons toujours tendance à juger ceux qui ne sont pas de notre bord. Il y a des paroles méprisantes et blessantes qui sont un obstacle à l’annonce de l’Évangile. Nous oublions que ces personnes ont la première place dans le cœur de Dieu. Elles sont son bien le plus précieux. En les rejetant, c’est contre Dieu que nous péchons.

La lettre de saint Jean (2ème lecture) insiste fortement sur le grand commandement de l’amour : “Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres puisque l’amour vient de Dieu”. C’est important pour nous d’entendre cet appel, surtout quand on est confronté aux divisions et aux disputes qui empoisonnent la vie chrétienne. L’amour du frère s’enracine dans l’amour dont Dieu nous aime. Il faut le dire et le redire : Dieu nous a aimés, il a aimé le monde pour que nous vivions de la vie divine. Il s’est offert en sacrifice pour le pardon des péchés. Il attend de nous une réponse qui soit à la mesure de son amour pour nous.

L’Évangile nous rappelle les paroles de Jésus au joie du Jeudi Saint : “Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.” Ces paroles sont le testament qu’il nous a laissé la veille de sa mort. Elles s’adressent aux apôtres mais aussi à chacun de nous aujourd’hui. Ce sont ses dernières volontés. Elles nous révèlent ce qu’il y a de plus profond en lui, ce qu’il nous confie de réaliser.

Jésus tient à préciser que c’est un commandement nouveau. Ce qui est nouveau, ce n’est pas l’amour. Ce commandement de l’amour existait dans l’Ancien Testament, bien avant la venue de Jésus : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”. Avec l’Évangile de ce jour, nous faisons un pas de plus : “Aimez-vous les uns les autres COMME je vous ai aimés.” L’amour que nous devons avoir les uns pour les autres nous vient du Père par Jésus. Ce qui est premier, c’est cette affirmation : Dieu est amour. Cet amour, ce n’est pas une simple qualité de Dieu. C’est tout son être qui est amour.

Quant à nous, nous ne sommes pas l’amour, mais nous avons en nous celui qui est l’Amour. C’est pour cette raison que saint Jean écrit : “celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui.” On ne peut pas vivre sans cet amour qui est en Dieu Père, Fils et Esprit Saint. Et cet amour qui vient de Dieu, nous ne pouvons le vivre qu’en passant par les autres.

Il nous appartient d’en tirer toutes les conséquences dans nos familles, nos villages, nos quartiers. Quand un chrétien va visiter une personne malade ou un prisonnier, c’est toujours au nom de cet amour qui est en Dieu. Il en est de même quand nous partageons avec les plus pauvres, ceux qui ont tout perdu. C’est toujours une réponse à Jésus qui nous commande de nous aimer les uns les autres. Aimer nous fait ressembler à Dieu.

Bien sûr, quand nous parlons d’amour, il faut éviter les contrefaçons. Nous le savons bien : le verbe aimer comporte des nuances qui vont du sublime au sordide. L’amour vrai trouve sa source en Dieu. Il fait sans cesse le premier pas vers nous. C’est la croix du Christ qui nous le révèle. Elle nous le montre livrant son corps et versant son sang pour nous et pour la multitude. C’est ce don de Dieu qui nous rassemble chaque dimanche à la messe. Nous accueillons celui qui est l’Amour pour le porter aux autres.

Seigneur, toi qui es l’Amour, nous te prions les uns pour les autres et pour notre monde. Rassemble-nous tous dans la paix de ton amour. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 28 avril 2024

28.04.2024 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 15,1-8

Demeurer en Jésus

Homélie par l’Abbé Jean Compazieu

Textes bibliques : Lire 


En ce 5ème dimanche de Pâques, la liturgie nous parle de l’Église et de sa naissance. Saul, le persécuteur, est devenu Paul, le grand témoin de la foi (1ère lecture). Il lui faudra beaucoup de temps pour se faire accepter car sa présence rappelait trop de mauvais souvenirs. Ne se sentant pas à l’aise dans les milieux conservateurs de Jérusalem, il a choisi de partir vers les grands larges. Grâce à son témoignage et surtout grâce à l’action de l’Esprit Saint, la bonne nouvelle a pu être annoncée au monde païen. Rien n’arrête les progrès de l’Église. Voilà un message d’espérance pour nous chrétiens d’aujourd’hui. L’Esprit Saint ne cesse d’agir pour que notre témoignage donne du fruit.

Le problème c’est notre péché et celui du monde. Trop souvent, nous croyons qu’au point où nous en sommes, rien n’est possible. Mais, nous dit saint Jean (2ème lecture) “si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur”. Si nous fixons notre regard sur Dieu, nous avons la certitude d’être aimés, même si nous sommes de grands pécheurs. Forts de cette certitude joyeuse, nous pourrons à notre tour regarder les autres avec amour. Nous ne nous contenterons pas de paroles creuses mais nous aimerons les autres en esprit et en vérité ; ou plutôt, c’est le Christ qui les aimera en nous et par nous.

L’Évangile de saint Jean insiste sur la nécessité d’être reliés au Christ comme le sarment est relié à la vigne. Jésus se présente à nous comme “la vraie vigne”. Il insiste sur le lien vital qui doit exister entre lui et son disciple. Nous savons qu’un sarment ne peut vivre s’il est coupé du cep de vigne. De même, un disciple qui ne demeure pas en Jésus ne peut rien faire. Il n’a aucune utilité. Mais s’il est bien relié à son Seigneur, il donnera beaucoup de fruits. 

Il y a un mot qui revient sept fois en quelques lignes, c’est le verbe “demeurer”, au sens de “vivre avec”. Demeurez en moi, vivez avec moi. Il s’agit pour nous d’être vraiment attachés au Christ par la foi. Croire en lui, c’est une conversion de toute une vie, c’est une communion permanente. L’apôtre Paul nous le dit à sa manière : ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi” (Ga 2, 20). Plus simplement, un jeune écrivait sa relation au Christ en disant : “Je ne peux plus me passer de lui, de sa présence, de son aide”. On est loin de ceux qui se contentent de quelques vagues gestes religieux.

Alors se pose l’inévitable question : Demeurer en Jésus, oui mais comment ? Comment pouvons-nous être sûrs de le rencontrer ? Cela ne se passe pas comme avec notre voisin de quartier ou de village. On ne rencontre pas Jésus en direct mais par des intermédiaires. Il nous faut trois chemins pour cela : Celui de la Parole de Dieu, celui de la prière et des sacrements et celui de la vie quotidienne.

Le chemin de la Parole de Dieu : Pour demeurer dans le Christ, il nous faut demeurer dans sa Parole. Il faut se donner du temps pour l’accueillir. Cette Parole de Dieu nous est donnée par la Bible, l’Évangile, une revue, un livre religieux, une radio chrétienne ou une émission religieuse de la télévision. Et bien sûr, nous n’oublions pas celle qui est proclamée au cours de la messe du dimanche. Nous devons nous interroger ? Est-ce que nous nous donnons du temps pour accueillir cette Parole ? On ne dira jamais assez l’importance du catéchisme pour les enfants, d’une aumônerie ou d’une équipe de réflexion pour les jeunes. Et pour nous, adultes, c’est aussi important de prendre le temps d’une réflexion, seuls ou avec d’autres, sur cette Parole de Dieu.

Le deuxième chemin pour demeurer dans le Christ, c’est celui de la prière et des sacrements. Pour demeurer en sa présence, il faut lui parler et l’écouter. C’est la prière fidèle, régulière et fréquente, pas seulement une “petite prière” de temps en temps. On s’entretient avec Jésus pour lui confier quelqu’un ou pour lui dire merci ou encore pour lui demander d’éclairer notre vie. Mais quand on parle d’entretien, c’est aussi la maintenance, par exemple l’entretien de sa voiture. La prière nous aide à maintenir l’évangile en état de marche dans notre vie. Et enfin, dans la prière, on “s’entre-tient”, on se soutient les uns les autres; on prie les uns pour les autres, les uns avec les autres.

La prière nous aide donc à rester en communion avec le Christ. Cette communion se réalise aussi par les sacrements, en particulier l’Eucharistie. Nos évêques nous l’ont souvent rappelé : elle est source et sommet de toute vie chrétienne et de toute évangélisation. Elle nous donne d’être unis au Christ, de faire corps avec lui. Nous y recevons son amour pour en vivre dans notre vie de tous les jours.

Troisième chemin, celui de la vie quotidienne : Pour demeurer dans le Christ, il n’est pas question de quitter notre vie de tous les jours ni de fuir ce bas monde. Ce qui nous est demandé c’est de nous y enraciner et de porter du fruit. Ce qui fait la valeur d’une vie, ce n’est pas les belles paroles mais l’amour mutuel, les gestes de partage, d’accueil et de solidarité.

En ce dimanche, Seigneur, nous nous sommes rassemblés pour nous nourrir de ta Parole et de ton Eucharistie. Tu ne cesses de rejoindre les communautés réunies en ton nom. Garde-nous vraiment reliés à toi pour que notre mission porte les fruits que tu attends de nous. 

Abbé Jean Compazieu

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 20 avril 2024

21.04.2024 – HOMÉLIE DU 4ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 10,11-18

Le vrai berger

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


L’amour vrai ne se démontre pas. Il se montre”. C’est ce message que nous trouvons tout au long des lectures bibliques de ce dimanche. Nous avons tout d’abord le discours de Pierre. Nous nous rappelons qu’il a eu peur de la dénonciation d’une servante qui l’avait reconnu comme disciple de Jésus au moment de sa Passion. Face au danger qui pesait sur lui, il l’a renié trois fois.

Aujourd’hui, il affronte avec audace les terribles autorités de Jérusalem, celles-là même qui ont crucifié Jésus. Il répond que si le boiteux a été guéri c’est par le nom de Jésus. C’est aussi important pour nous. Jésus est capable de rendre la santé physique. Mais la bonne nouvelle de ce jour, c’est qu’il assure le salut de tous les hommes. Il n’y a aucun autre salut ailleurs qu’en lui. Il nous faut redécouvrir toute la richesse de ce mot “Salut” : il s’agit de toute la richesse de vie et d’amour auxquels tout homme aspire. C’est le Christ ressuscité qui répond à cette attente. “Aucun autre nom n’est donné aux hommes qui puisse nous sauver”.

La lettre de saint Jean (2ème lecture) va dans le même sens. Nous sommes peut-être trop habitués à entendre que Dieu nous aime. C’est vrai que nous sommes devenus des enfants gâtés. Mais il nous faut imaginer le bouleversement de cette révélation d’amour a pu provoquer à l’époque. Elle s’adressait aux grandes cités de l’empire Romain, à des gens exploités et méprisés, à des mal-aimés de Corinthe et d’Éphèse. Pour eux c’était un véritable renversement. Le monde de l’amour n’avait rien à voir avec celui du pouvoir. 

Ce qui est premier c’est cette révélation inimaginable d’un Dieu dont le nom est “Amour”. Nous y avons été plongés au jour de notre baptême. “Mes bien-aimés, voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés. Il a voulu que nous soyons enfants de Dieu”. C’est une expérience vraiment extraordinaire. Il s’agit moins d’aimer que de se savoir aimés par lui. Pour nous, cela a commencé au jour de notre baptême et cela se développe tout au long de notre vie. Un jour viendra où nous atteindrons la parfaite ressemblance avec le Fils de Dieu. “Nous luis serons semblables parce que nous le verrons tel qu’il est”. Il suffit de se laisser aimer.

L’Évangile nous présente Jésus comme le bon berger.  La Bible utilise souvent cette image pour parler des responsables du peuple ou encore du Roi-Messie. C’est au moment du danger qu’on reconnaît le vrai berger. Quand ça devient vraiment dangereux, le mercenaire ne pense qu’à se mettre en sécurité. Pour lui, les brebis c’est secondaire. Avec Jésus c’est différent. Sa priorité c’est de sauver tous les hommes ; il est le “berger de toute humanité”. Il connait chacune de ses brebis. Il ne faut pas se tromper sur le sens du mot connaître. Ce n’est pas comme quand on dit : “Je connais tous mes dossiers”. La connaissance dont il est question est communication, échange, dialogue. C’est une communication de pensée et de cœur.

Oui, Jésus nous connaît tous au plus profond de nous-mêmes. Et quand il dit cela, il ne pense pas seulement aux bons chrétiens. Il pense aussi  à tous ceux qui ne le connaissent pas, ceux qui organisent leur vie en dehors de Dieu. D’une façon ou d’une autre, tous font partie de son bercail. Malheureusement, il se trouve des mauvais bergers qui font tout pour sortir Dieu de nos vies ; et comme la nature a horreur du vide, c’est la Loi du plus fort, du plus puissant, la Loi de l’argent qui a pris ses quartiers parmi nous. Mais Jésus ne cesse de vouloir “rassembler les enfants de Dieu qui sont dispersés”.

Le Seigneur compte sur nous pour participer à sa mission de bon berger. C’est pour répondre à cet appel que des chrétiens s’engagent comme catéchistes ou encore dans des aumôneries de collèges, d’hôpitaux et même dans les prisons. Avec Jésus, il n’y a pas de situation désespérée. Son amour est offert à tous les hommes. Il est capable de les sortir de la délinquance, de la drogue et de tout ce qui les détruit. Nous avons de nombreux témoignages de gens qui disent que leur rencontre avec lui a changé leur vie.

En ce jour, nous célébrons la journée mondiale des vocations. Le Seigneur continue d’appeler des prêtres, des diacres, des religieux et religieuses et des laïcs pour participer à son œuvre de rassemblement. Le Cardinal Marty disait qu’il n’appelle pas “que les enfants sages”. Nous sommes tous engagés pour cette mission. Ne disons pas que nous sommes trop âgés, trop jeunes ou trop fatigués… l’appel du Seigneur est vraiment là. Et il nous redit : “Ne crains pas, je suis avec toi.”

Si nous allons communier au Corps et au sang du Christ c’est pour puiser à la source de cet amour qui est en Dieu, c’est pour entrer dans ce projet qui anime Jésus. Alors oui, nous te prions Seigneur : donne-nous force et courage pour rester fidèles à cette mission que tu nous confies.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 14 avril 2024