25.06.2025 – HOMÉLIE DE LA 12ÈME SEMAINE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 10,26-33.

Évangile de Matthieu 10, 26-33

L’enfouissement de la foi

Je ne sais pas si vous vous êtes déjà senti persécuté, moqué, critiqué à cause de votre foi. La persécution et le mépris sont le lot de beaucoup de chrétiens. On pense en premier lieu à ceux qui donnent leur vie au Nigeria où des massacres et des enlèvements ont régulièrement lieu. On pense au Gouvernement du Nicaragua qui persécute l’Église et emprisonne les chrétiens qui parlent. On pense à tous ceux pour lesquels prier, se rassembler représente une menace réelle dans bien des endroits du monde.

En second vient l’inégalité des chances, là où les chrétiens sont des citoyens de seconde zone, dont l’accès à l’éducation, à certains emplois ou responsabilités sont freinés ou empêchés.

Enfin, il y a le mépris que certains subissent, dès qu’ils affirment leur foi. C’est plutôt à ce genre de cas que nous nous trouvons ici confrontés. Je me souviens de cette dame âgée qui, en maison de repos, s’est vue refusée l’installation de KTO sur sa télévision par le technicien : « Vous ne croyez pas à ces bêtises ? ». Le mépris est, chez nous, plutôt intellectuel : la foi serait le signe des peureux et des faibles, des simples qui ont besoin de l’idée de Dieu pour se rassurer … Ce mépris n’est pas nécessairement moins violent.

Autre persécution encore que celle que subit Jérémie. : la persécution interne. Par ses contemporains auxquels il annonce la destruction du Temple et l’exil à Babylone, Jérémie est vu comme un prophète de malheur. Il est mis à l’écart de la société, brutalisé, jeté en prison puis exilé en Égypte. Jérusalem et le Temple seront pourtant détruits en 586 av. J.-C.. C’est la clairvoyance de la foi qui fait les prophètes et c’est le refus du témoignage de cette foi qui fait les persécuteurs.

Dans tous les cas, qu’elle soit externe ou interne, la persécution fait du croyant le bouc-émissaire de Dieu. C’est en tant qu’agent de Dieu que les Chrétiens sont persécutés, parce qu’ils témoignent d’une foi que les autres n’ont pas et qui les indispose.

La foi, comme l’amour, est une petite plante fragile que le moindre mépris a vite fait de piétiner. Le réflexe est alors grand de s’auto-protéger, de taire l’élan de la foi qui surgit en nous, de nous enfouir religieusement, jusqu’à nous enfermer dans une spiritualité de catacombes ou de citadelle assiégée.

Le martyre n’est pas toujours sanglant, d’ailleurs qui serions-nous pour juger celui qui craint effectivement pour sa vie et veut protéger les siens ? Mais nous vivons ici tout de même dans une culture de mépris général des religions et de la religion chrétienne en particulier. Heureusement ici personne n’a encore à craindre pour sa vie. Par contre, à mesure qu’il investira l’espace public pour témoigner de sa foi, le croyant s’affrontera douloureusement au mépris. La société occidentale veut à tout prix cantonner la religion à la sphère privée. Il est désolant que l’Église s’y soumette.

Le témoignage public de foi, sa célébration communautaire sont essentiels à notre religion sinon elle meurt. La foi chrétienne ne peut en aucun cas être une affaire privée puisqu’elle est témoignage de l’amour de Dieu pour l’Humanité.

Et c’est le terrible constat d’échec que l’on dresse aujourd’hui. L’Église a cédé à cet enfouissement de la foi qui lui était imposé. Par crainte du mépris, reflet sans doute de la laideur qu’elle voit en elle-même, l’Église s’est tue et a perdu son élan missionnaire. Conséquence : nos églises sont vides. Et le paroxysme de cet auto-enfouissement de l’Église, de cette mentalité de citadelle assiégée qui paralyse tout, aura été l’absence de réponse ecclésiale au surgissement de la pandémie de Covid alors que c’était précisément sur ce terrain-là qu’on l’attendait. L’Église n’est-elle pas aujourd’hui prisonnière de son auto-enfouissement ?

Le Christ, dans l’Évangile d’aujourd’hui, tient le discours inverse : « Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. » Ensuite, il avertit sur les conséquences de l’enfouissement : vous mourrez corps et âme. Et c’est ce que nous constatons de nos communautés. Le corps du Christ qu’est l’Église s’étiole et succombe, à mesure que son élan d’amour pour le monde est empêché.

Une autre dynamique est cependant possible, celle qui voit la crainte des persécutions et du mépris comme une occasion de creuser sa foi, de l’affermir et de trouver là un élan nouveau pour aller embrasser le monde.

La semaine passée le Christ nous exhortait à la mission, aujourd’hui il nous prévient que l’immobilisme est plus mortel que les persécutions. C’est aussi le constat que nous faisons, au regard de nos communautés actuelles.

Ainsi, c’est un vibrant appel à l’audace missionnaire qui nous est lancé, un appel à transcender la crainte du mépris du monde pour témoigner à nouveau publiquement de notre foi en l’amour divin, d’autant que le monde d’aujourd’hui, pétri lui-même de craintes quant à l’avenir, en a cruellement besoin.

Il n’est plus temps de se désoler sur l’état de l’Église. Il est temps d’agir, d’aller redire au monde que Dieu l’aime, chacun à notre façon.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCES.BE, le 20 juin 2023

25.06.2025 – HOMÉLIE DE LA 12ÈME SEMAINE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 10,26-33.

Pistes pour l’homélie


Textes bibliques : Lire


Porter la Parole du Seigneur a toujours été une grande et belle mission. Mais nous savons tous qu’elle comporte son lot de difficultés et de souffrances. La liturgie de ce jour nous a fait entendre les lamentations du prophète Jérémie : “J’entends les calomnies de la foule… Dénoncez-le !” Il lui en coûte de proclamer la parole que Dieu a mise dans sa bouche. Sa foi est une mise à l’épreuve. Mais il se tourne vers le Seigneur pour qu’il prenne sa défense. Dieu lui a promis d’être avec lui pour le délivrer de ses persécuteurs.

Jusque dans l’adversité Dieu reste proche de nous. En signe de reconnaissance, le prophète termine sa prière par une louange. “Chantez le Seigneur, louez le Seigneur : il a délivré le malheureux de la main des méchants.” C’est aussi cette reconnaissance que nous faisons monter vers le Seigneur. Comme le dit l’apôtre Paul, rien ne peut nous séparer de son amour.”

Dans sa lettre aux Romains, l’apôtre Paul nous parle de l’humanité plongée dans le péché : “…par un seul homme, le péché est entré dans le monde…” Cette présence du mal, nous la constatons tous les jours. Mais ce régime du péché ne peut pas avoir le dernier mot. Par sa mort et sa résurrection, le Christ a inauguré le régime universel du salut. Un autre jour, l’apôtre Paul écrira : “Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé.” On a beaucoup parlé du “péché originel” mais peut-être pas assez de la “grâce originelle” obtenue par le Christ.

Alors oui, nous ne devons pas craindre ; c’est ce que Jésus nous rappelle en ce dimanche. À la suite du prophète Jérémie, de l’apôtre Paul et de bien d’autres, nous sommes envoyés pour porter la Parole de Dieu. Notre mission est de révéler Celui qui a “les Paroles de la Vie éternelle”. Cette mission ne va pas sans de nombreuses difficultés. Les chrétiens sont chaque jour affrontés à l’incroyance, l’indifférence, la dérision… On les accuse de propager une “idéologie obscurantiste”. Mais le Seigneur nous rassure : “Ne craignez pas… Je suis avec vous.”

Quand saint Matthieu écrit son Évangile, les chrétiens sont persécutés, pourchassés et mis à mort. Et c’est encore plus vrai aujourd’hui. Mais il nous faut réentendre cette parole du Seigneur : “Ne craignez pas… N’ayez pas peur… Je suis avec vous”. Les hommes les plus mal intentionnés peuvent tuer le corps mais ils ne peuvent tuer l’âme. Ils ne peuvent rien contre notre dynamisme, notre confiance. Ils ne peuvent pas nous faire douter de l’amour de Dieu. Ce n’est pas le moment de chanceler car le mal n’aura pas le dernier mot. Le Christ ressuscité veut nous associer tous à sa victoire sur le péché et la mort.

Nous chrétiens, sommes donc tous appelés à accueillir le Christ et à le mettre au centre de notre vie. Cet amour qu’il met en nous, il nous faut l’annoncer, le rayonner autour de nous. De nombreux chrétiens s’organisent pour relayer son message à la télévision, la radio, la Presse, Internet et par tous les moyens qui sont à leur disposition. Le Christ compte sur l’engagement de tous ses disciples pour que son Évangile soit proclamé à toutes les nations. Personne ne peut le faire à leur place.

L’Évangile de ce jour se termine par un avertissement très ferme : “Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.” Nous ne devons pas craindre de nous compromettre sans réticence pour le Christ. Dans un milieu hostile ou indifférent, il n’est pas facile d’affirmer sa foi. Et pourtant, même des enfants nous donnent l’exemple. Beaucoup préfèrent mourir plutôt que de renier leur foi au Christ. C’est important pour nous : nous pouvons toujours compter sur lui, même quand tout va mal.

La bonne nouvelle de ce dimanche c’est que Dieu ne nous abandonne pas ; bien au contraire, il prend soin de chacun de nous. Il est à nos côtés dans notre combat contre les forces du mal. Son amour nous est acquit une fois pour toutes et rien ne peut nous en séparer. Au-delà de la croix, se trouve la certitude de la résurrection, celle que nous célébrons chaque dimanche.

Comme Jérémie, comme Jésus et comme Paul, nous sommes envoyés. Nous arrivons à la veille des vacances. C’est aussi le moment favorable pour être de simples et authentiques témoins. Que l’Esprit Saint soit toujours avec nous pour nous aider à rendre compte de l’espérance qui nous anime. Et que Marie, notre maman du ciel, nous accompagne sur ce chemin.

Abbé Jean Compazieu 25.06.2023

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 18 juin