01.06.2025 – HOMÉLIE DU 7ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 17,20-26

Présence invisible de l’amour

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Jean 17, 20-26

Dans d’autres pays, c’est aujourd’hui que l’on fête l’Ascension. En Belgique nous l’avons célébrée jeudi. Ce qui nous donne ce dimanche « entre deux », puisque dimanche prochain ce sera la Pentecôte. Un dimanche tellement « entre deux » qu’on peut se demander pourquoi soudainement ce coup de mou, de blues, ce grand retour en arrière au moment tragique de Pâques.

En effet, je ne sais si vous l’avez remarqué mais l’Évangile que nous venons de lire nous revoie à l’instant de la Passion : on est après le lavement des pieds et Judas vient de sortir pour trahir. Jésus sait qu’il mourra bientôt de cette trahison. Nous avons lu ce texte, il y a quelques semaines déjà, pour célébrer le Jeudi saint. C’est un extrait de ce merveilleux discours que l’on appelle la Prière sacerdotale de Jésus, (Jean 17) qui confie ses disciples à son Père, d’une manière particulièrement touchante, avant de consentir au sacrifice de la croix.

Cet Évangile, c’est presque le testament du Christ avant sa mort. Un simple prière d’abandon qui demande au Père de veiller sur ceux qui auront la foi : « Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi » rapporte le texte.

On est au point où l’incarnation de Dieu se trouve impuissante, au seuil de la Passion. Non seulement il ne reste que la foi mais, à ce moment précis, il ne reste que la foi du Christ ! C’est lui qui supplie Dieu. Les disciples, eux, sont endormis.

Si l’Évangile que nous venons de lire évoque le point où l’incarnation de Dieu devient impuissante – la Passion, donc –, l’Ascension c’est le point où l’incarnation de Dieu devient invisible.

L’Ascension, c’est certes le Christ qui accomplit la voie vers Dieu, qui arrive pour nous aux cieux, qui nous montre le chemin. Mais l’Ascension signifie aussi l’ultime impuissance de l’incarnation : la présence de Dieu disparaît définitivement du regard des disciples. Et l’Esprit Saint – qui est une autre présence – ne leur a pas encore été donné. Il ne le reste plus que la foi.

Pour le dire autrement, entre Ascension et Pentecôte, la présence incarnée du Christ passe totalement dans l’ordre du souvenir. Il y a comme un flottement de l’incarnation de l’Esprit de Dieu sur Terre, une suspension …

Dans quel état seriez-vous – dans quel état sont les gens – quand leur plus grand amour n’est plus qu’un souvenir ? Qu’il est désormais perdu de vue …

Il y a en effet quelque chose du tragique de la passion qui se rejoue aujourd’hui, entre Ascension et Pentecôte : le Christ, cette présence incarnée de l’amour divin, s’est évanoui dans le ciel, il échappe désormais à notre regard. L’amour divin se dissipe, nous sommes à cet instant où nous ne le voyons plus et ce n’est pourtant pas tragique.

En effet, nous ne sommes pas tristes ; les disciples ne sont pas tristes, effondrés par cette « disparition définitive du Christ visible », leur ami, leur maître … parce ce qu’il y a eu des apparitions du Ressuscité. La puissance résurrectionnelle, cet élan qui nous pousse à toujours en confiance nous relever, au fur et à mesure que nous la voyons à l’œuvre, porte notre foi.

Il y a comme une prise en étau de la liturgie de Pâques entre le Jeudi saint et aujourd’hui, que symbolise cette reprise de la Prière sacerdotale de Jésus. On est passé, entre deux, de l’espoir qui s’effondre en présence du Christ – la Passion – à l’espoir qui se maintient en son absence – l’Ascension.

Un autre moment particulier des lectures de ce dimanche, et qui n’est pas sans lien avec ce moment de l’Évangile, est la présence du jeune Paul, qui s’appelait alors encore Saul, au martyre d’Étienne.

Clairement, Étienne – le premier martyr chrétien – est ici présenté comme un autre Christ. Remplacez « Étienne » par « Jésus » et « lapidation » par « crucifixion » et vous avez un nouveau récit de la Passion. « Seigneur, reçois mon esprit » ; « Seigneur, ne leur compte pas ce péché » : ce sont des répliques des paroles du Christ en croix. Et là, devant ce premier chrétien qu’on martyrise comme le Christ, il y a ce jeune homme, Saul, qui recevra bientôt la plénitude de l’Esprit-Saint.

Encore une fois, ce que nous présente ce récit est tragique sans l’être totalement. Du fait, précisément, que nous connaissons la conversion de Paul. Pour Étienne qui meurt, il ne reste que la foi : il ne sait pas que celui qui le regarde mourir deviendra apôtre, un champion de l’amour de Dieu. Pour Étienne, il ne reste que le tragique de la foi seule.

Mais, pour nous, la présence de Saul, indique en creux, cette folle espérance du don de l’Esprit-Saint, celle du retour en Paul de l’amour divin incarné qui était précisément la foi d’Étienne et le propos de sa prière. La présence du futur Paul au martyre d’Étienne signifie clairement pour nous la présence d’un invisible espoir – précisément, ce qu’est la foi seule. On retrouve la tonalité du jour, ce tragique de l’absence que recouvre une espérance invisible qui l’atténue radicalement.

Pour nous, c’est essentiel. C’est penser qu’au delà de toute souffrance, au-delà du sentiment de manquer d’amour, voire au-delà du sentiment ultime d’abandon, il reste une plénitude d’amour à l’œuvre, qu’on ne voit pas et qui va s’incarner dans le vide que l’on perçoit. On retrouve ici toute la mécanique du deuil.

La foi, c’est maintenir au plus profond de son absence visible, la présence invisible de l’amour.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RÉSURGENCE.BE, le 28 mai 2025

01.06.2025 – HOMÉLIE DU 7ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 17,20-26

Unis dans la prière

Homélie par le Père Jean Compazieu

Textes biblique : lire


Entre l’Ascension et la Pentecôte, les textes bibliques nous invitent à la prière. C’est la seule attitude qui convient à des disciples qui attendent la venue de l’Esprit Saint. L’Évangile nous montre Jésus lui-même qui va prier pour nous. Nous nous tournons vers lui en ouvrant nos mains et nos cœurs. Le but de la prière c’est de nous mettre en état de réceptivité au don que Dieu veut nous faire.

La première lecture est tirée du livre des actes des apôtres ; elle nous montre la prière d’Étienne, le premier martyr. Il a suivi Jésus jusqu’au bout sans renoncer à sa foi, même devant la menace. Il n’a pas renié le Christ glorifié. Sa prière est pour nous un modèle de confiance. Il meurt en contemplant la gloire du Christ au ciel. En écoutant ce témoignage, nous pensons aux très nombreux martyrs d’aujourd’hui. Leur vie et leur mort nous interpellent : qu’avons-nous fait de notre baptême ? Le Seigneur nous rejoint pour nous combler de son amour ; mais trop souvent, nous sommes ailleurs.

Avec la deuxième lecture, nous avons une deuxième prière. C’est celle de toute l’Église au Christ vainqueur de la mort du péché. Nous avons là un message d’espérance adressé à des chrétiens persécutés. Quoi qu’il arrive, rien ni personne ne peut empêcher le Christ de vouloir nous associer à sa victoire. Avec lui, c’est un monde nouveau qui est en train de naître, un monde rempli de l’amour qui est un Dieu. Il faut que cette bonne nouvelle nous remplisse de joie et de confiance malgré les épreuves de la vie. Jésus est à jamais vivant. Nous le supplions : “viens”. Cette prière est déjà exaucée. Mais elle ne le sera pleinement que dans la gloire du Royaume.

Avec l’Évangile, nous avons une troisième prière. C’est une prière qui nous fait entrer dans l’intimité de Jésus avec son Père. Tout au long des Évangiles, nous voyons que le Christ a régulièrement éprouvé ce besoin de se retirer pour prier, pour être avec le Père. Il y passait de longues heures, surtout au moment des décisions les plus importantes.

Mais sa prière d’aujourd’hui à une intensité particulière. Jésus prie pour tous les hommes qu’il est venu sauver. Il est presque parvenu au terme de sa mission. Dans quelques heures il entrera dans sa Passion. Il sera arrêté, condamné et mis à mort sur une croix. Sa prière d’aujourd’hui vient ressaisir tout ce qu’il a fait pour le remettre entre les mains du Père. C’est tous les hommes du monde entier qu’il porte dans ses mains pour les offrir au Père. À travers ses paroles, on sent que Jésus veut prendre soin, encore, de l’humanité. Il veut qu’elle soit unie dans l’amour qu’il est venu inaugurer.

Jésus confie d’abord au Père ses apôtres. Sa Passion sera pour eux une difficile épreuve, un difficile combat de la fidélité. Il prie pour eux et pour ceux qui recevront leur témoignage : “qu’il soit UN en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé.” Des communautés divisées sont un contre témoignage qui dit le contraire de Dieu. La prière de Jésus est une prière vraiment universelle parce qu’elle englobe tous les hommes de tous les temps. Elle est aussi universelle que sa mission de sauveur, mission qu’il a confiée à ses disciples et à nous aujourd’hui.

Cette insistance de Jésus sur l’unité entre les hommes qu’il aime est très importante pour nous aujourd’hui. C’est un appel à faire grandir la fraternité, le partage, la solidarité. Nous sommes tous des enfants de Dieu. Toute atteinte à la communion blesse ce salut qui nous a offert. Ceux qui ne partagent pas notre foi nous regardent vivre. Comment témoigner d’un Dieu amour s’il n’y a pas cet amour dans notre vie ? Nos divisions entre chrétiens nous apparaissent encore plus intolérables lorsque nous entendons cette parole du Christ.

Tout au long de ces derniers jours qui nous préparent à la Pentecôte, l’heure est donc à la prière. Le Christ nous veut tous avec lui. Il compte sur nous pour adhérer à son désir qui est aussi celui du Père. Viens Seigneur Jésus ! Envoie-nous ton Esprit Saint ! Qu’il vienne affermir notre foi notre espérance et notre charité. Qu’il vienne nous faire vivre de l’amour du Père.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN. ORG, le 25 mai 2025