19.10.2025 – HOMÉLIE DU 29ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – LUC 18, 1-8

La spiritualité est un sport de combat

Évangile selon saint Luc 18, 1-8

La spiritualité est un sport de combat, en tous cas une épreuve d’endurance. Chrétiens, c’est notre corps et notre esprit que nous devons entraîner au beau combat de l’amour. Et ce n’est pas forcément de tout repos. Il n’est pas toujours facile d’entraîner notre esprit vers l’espérance et la joie ; encore moins facile parfois d’y entraîner le cœur et le corps. Ce n’est pas facile de maintenir la persévérance. Ce n’est pas facile de ne jamais baisser les bras.

Vous le savez, c’est du passage du Livre de l’Exode que nous venons de lire, que vient cette expression : « Baisser les bras ». Le peuple hébreu marche dans le désert, en route vers la Terre promise, et les Amalécites, qui sont alors leurs ennemis jurés, les attaquent par surprise. Spirituellement, les Amalécites représentent ici l’ennemi intime qui nous agresse. Israël part donc au combat et Moïse mène spirituellement la charge. Quand il a les mains levées, Israël domine ; quand il baisse les bras, Amalec l’emporte. Ces bras tournés vers le ciel évoquent bien sûr le geste du prêtre en prière. On en tire un premier enseignement : tout combat est avant tout spirituel, même s’il dépend de la maîtrise du corps.

Les bras levés vers Dieu sont le signe de l’orientation de notre cœur et c’est la faiblesse de notre corps qui témoigne en premier de notre découragement. Voilà le sens de l’expression « baisser les bras ». A peine nos combats cessent-ils d’être soutenus par l’espérance, que nos corps flanchent, signe que notre esprit flanche aussi.

La spiritualité est un sport de combat ; car tout combat est spirituel – les sportifs vous le diront : c’est la volonté dans l’entraînement qui fait le vainqueur. En ce sens, la prière est un entraînement aux combats spirituels que nous aurons à mener.

Dans la vie spirituelle, il est important de se rendre compte quand nous baissons les bras, quand charnellement nous flanchons, et de chercher alors du soutien. C’est le deuxième enseignement de ce texte : il y a ceux qui nous entourent, qui nous soutiennent alors que nous baissons les bras comme Aaron et Hour viennent aider Moïse. Le combat spirituel est avant tout un sport d’équipe : d’abord une équipée personnelle avec Dieu, ensuite une équipée humaine et solidaire. On retrouve ici les deux aspects du commandement d’aimer : Dieu et son prochain.

Il ne faut pas cependant que notre soif d’amour et de paix nous aveugle sur la nature parfois dure des combats spirituels qu’il faut mener. Je l’ai dit, Amalec, c’est ici l’ennemi intime par excellence, l’ennemi viscéral, l’ennemi qui nous touche au cœur : méchancetés, humiliations, mépris, agressions, violences subies : voilà Amalec. C’est spirituellement qu’il nous faut passer au fil de l’épée ces sentiments de haine et de mépris qui nous assaillent. Un par un. Et ce n’est pas toujours facile de lutter contre les assauts d’un ennemi intime et mauvais. Ne négligeons pas, la violence de certains combats spirituels, et de certaines blessures affectives en nous.

Ne présumons pas non plus de nos propres forces. Dieu est là qui nous aide et la communauté est là qui nous soutient : essentiellement dans l’Eucharistie qui nous restaure ou dans la Réconciliation quand nous flanchons. Mener un combat spirituel, c’est aussi se laisser aider, soutenir et accompagner. C’est peut-être d’ailleurs le premier grand combat spirituel à mener, contre notre propre volonté de nous en sortir seul face à un combat intime ; fermant de plus en plus la porte de notre cœur, d’abord aux autres et puis à Dieu. Quand jamais, à aucun ami, nos souffrances ne peuvent être partagées, alors s’ouvre pour nous la porte de l’Enfer. A l’opposé de la volonté s’en sortir seul, et donc de s’enfermer en nous-même face au combat spirituel, le Christ nous présente la volonté farouche d’une veuve à demander justice.

A l’époque, être veuve ou orphelin, c’est la pauvreté assurée. Non seulement la pauvreté matérielle – ce sont alors essentiellement les hommes qui gagnent de l’argent – mais aussi la pauvreté sociale, dans une culture qui ne s’adresse pas aux femmes seules en rue. Seule la charité, souvent de proches, permet alors aux veuves de vivre. Dans la Bible, une veuve est toujours synonyme d’extrême dénuement, de solitude et de détresse.

Ceci fait écho à notre propre solitude dans le combat spirituel. On se sent parfois bien seul à mener certains combats personnels, à lutter pour survivre physiquement, spirituellement, amoureusement. La veuve que Jésus présente dans la parabole ne s’enferme pas dans sa solitude. Bien que méprisée, elle s’acharne à demander justice – quand bien même le juge ne serait pas intègre. Alors donc, pensez Dieu !

Elle ne baisse pas les bras la veuve de la parabole. Elle ne se lasse pas de demander de l’aide alors qu’elle est démunie de tout. Elle ne se lasse même pas d’espérer la justice de celui qui est corrompu. Et c’est le troisième enseignement des lectures d’aujourd’hui : la ténacité à réclamer l’aide d’autrui et la justice de Dieu.

Ne restez pas seul face à certains combats spirituels et affectifs. Ce qui nous appartient de faire seul, c’est de maintenir notre volonté de justice et d’intégrité. Mais pas plus. Même Moïse a eu besoin de l’aide du prêtre Aaron et de son neveu Hour, pour le soutenir dans le combat spirituel contre l’ennemi intime, littéralement : pour ne pas baisser les bras.

Je vous en prie, même pour des combats intimes et personnels, pour les combats amoureux, les combats spirituels, le combat pour que règne la justice et la paix dans notre cœur, n’ayez jamais honte de demander de l’aide : d’abord celle de Dieu, ensuite celle de la communauté. Ne présumez pas de votre seule force spirituelle, ou charnelle, vous vous enfermeriez dans un isolement mortifère qui vous ferait mener seul des combats spirituels parfois intenses, au prix d’un corps qui finit toujours par flancher. Alors, le risque est grand de sombrer dans le désespoir et d’alourdir son cœur comme la pierre, espérant s’épargner des souffrances qui alors se figent.

Le Chrétien qui se veut un athlète de l’amour discipline son cœur, son corps et son esprit en conséquence. Comme s’entraînent les sportifs, entraînez-vous au beau combat de l’amour, avec pour nourriture l’Eucharistie, pour entraînement la prière, et pour douche la Confession. Je vous encourage à devenir des marathoniens de l’amour de Dieu, c’est exaltant comme sport. Et parfois extrême …

La spiritualité chrétienne est un sport de combat. A l’intensité de l’amour que nous souhaitons voir triompher en nous, répondra l’intensité du combat intime qu’il nous faudra mener. Et nous n’y arriverons jamais seul …

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 15 octobre 2025

19.10.2025 – HOMÉLIE DU 29ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – LUC, 18 1-8

Semaine missionnaire mondiale

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


La liturgie de ce dimanche nous rappelle l’importance de la prière. Le livre de l’Exode (1ère lecture) nous montre Moïse sur le sommet de la montagne. Les mains levées, il supplie le Seigneur pour son peuple qui lutte contre ses ennemis. C’est grâce à cette prière persévérante que le peuple a triomphé. En lisant ce récit, nous comprenons l’importance et la force de la persévérance de la prière personnelle et communautaire.

En ce dimanche, nous Sommes au dernier jour de la la semaine missionnaire mondiale. Comme Moïse, nous nous mettons en prière pour soutenir tous ceux qui annoncent la bonne nouvelle sur les cinq continents. Nous pensons à tous ces peuples qui doivent se battre pour que leur dignité humaine et leur liberté religieuse soient respectées et reconnues. C’est à nous maintenant de lever les mains vers le Seigneur. Ils comptent sur nous pour les soutenir de notre prière fraternelle et communautaire. Ensemble, nous faisons nôtre la prière du psaume 120 : “Levons les yeux vers les montagnes car le secours nous viendra du Seigneur notre Dieu, qui se tient près de nous. Il gardera notre vie au départ et au retour, maintenant et à jamais”

La lettre de saint Paul à Timothée est aussi un appel à la mission. Les paroles de Paul nous rappellent que “les textes sacrés ont le pouvoir de nous communiquer la sagesse.” C’est aussi à nous qu’il fait cette recommandation : “Proclame la Parole de Dieu, interviens à temps et à contretemps ; dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d’instruire.” À travers cette exhortation, l’apôtre nous encourage à prendre du temps pour découvrir les Écritures. Nous pouvons le faire individuellement et avec d’autres. Cette bonne nouvelle, nous l’accueillons, nous nous en nourrissons pour en être les messagers là où nous vivons. Ce don que nous avons reçu, nous ne pouvons pas le garder pour nous. C’est comme une lumière qui doit rayonner et se communiquer au monde entier.

L’Évangile de ce dimanche nous rappelle que tout commence dans la prière. Jésus nous raconte l’histoire de cette pauvre veuve qui supplie pour que justice lui soit faite. C’est une femme sans défense, sans pouvoir ni bonnes relations. Elle a des démêlés avec une justice corrompue, avec un juge qui ne se fiche pas mal des pauvres et des faibles. L’obstination de cette femme fera basculer l’attitude moqueuse de ce “juge dépourvu de justice”. À force d’être harcelé, il finira par lui accorder tout ce qu’elle demande.

Cette veuve symbolise la pauvreté et l’impuissance des exclus, des sans-voix et des marginaux. Ils sont très nombreux chez nous et dans le monde entier. Nous pensons à toutes les victimes des injustices, des conflits, des attentats, des persécutions. Beaucoup meurent chaque jour sous les bombes. C’est toute cette souffrance que nous présentons au Seigneur. Prier c’est insister comme des enfants qui reviennent sans arrêt à la charge, jusqu’à obtenir gain de cause. Notre Dieu n’est pas comme ce juge dont nous parle l’Évangile. Il est notre Père, un Père qui aime chacun de ses enfants et qui ne veut que leur bonheur. Voilà une bonne nouvelle qui doit nous remplir de joie.

Le Christ conclut sa parabole en nous posant une question de la plus haute importance : “Le Fils de l’Homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?” Trouvera-il des disciples missionnaires ? Le pire ennemi de la foi c’est le découragement, c’est quand on se dit que Dieu n’est jamais là, ou qu’il nous a abandonnés. Jésus nous met en garde contre ce danger. Croire c’est s’obstiner dans la prière, c’est crier vers Dieu jour et nuit sans baisser les bras. Il ne manquera pas d’oiseaux de malheur pour semer le doute. Mais l’exemple de la veuve est là pour nous apprendre l’obstination.

En ce mois du Rosaire, nous faisons passer notre prière par Marie. Elle est là pour nous renvoyer au Christ et à son Évangile. Dans le mot “Rosaire”, il y a “rose”. Un enfant qui veut faire plaisir à sa maman ne lui offre pas une fleur mais un bouquet entier. Il en va de même pour nous à l’égard de notre maman du ciel. N’hésitons pas à lui donner la place d’honneur dans notre vie. Elle est là pour nous ajuster à l’amour de Dieu.

Ensemble, nous nous tournons vers toi Seigneur. Nous te prions en communion avec tous les groupes de prières de nos diocèses et avec tous les chrétiens du monde entier. Aide-nous à dépasser le plan terrestre où nous nous installons trop facilement. Garde-nous dans ton amour. Au milieu de nos travaux, de nos joies et de nos peines, fais-nous vivre en enfants de Dieu, disciples et missionnaires. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 12 octobre 2025