16.07.2023 – HOMÉLIE DU 15ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 13,1-23

Les grandes semailles inutiles

Par le Fr. Laurent Mathelot, dominicain

Évangile de Matthieu 13, 1-23

Vous avez compris, dans cette parabole, que celui qui sème, c’est Dieu ; ce qu’il sème c’est sa Parole et que l’endroit où il sème, c’est en nous.

Dieu sème en dehors du champ, sur le chemin et les oiseaux viennent picorer les graines ; comme en nous, parfois, un esprit mauvais détruit sa parole d’Amour. Qui ne se souvent pas avoir dit des méchancetés alors qu’il n’était plus lui-même ? véritablement hors de lui ?

Dieu sème là où il n’y avait pas beaucoup de terre ; comme nous disons parfois qu’une parole entre par une oreille et sort par l’autre. Dieu a beau nous donner des signes d’Amour, nous ne les percevons pas. Et peut-être avons-nous déjà été confrontés à des gens dont nous avons voulu le bien et qui ne l’ont pas compris.

Dieu sème là où il y a des ronces ; on l’écoute, mais que surviennent les difficultés, les drames et, parfois, on étouffe en nous le commandement d’aimer. C’est la cas des gens qui souffrent, qui ont peur, qui voient tout en noir et ne parviennent à plus rien aimer le monde. Parfois même plus leur propre vie.

Dieu sème aussi dans la bonne terre. Alors sa Parole s’incarne véritablement en nous et son Amour, à travers nous, donne du fruit. C’est le cas des personnes rayonnant de l’Amour de Dieu, des personnes heureuses dans leur foi.

A lire cette parabole, ne peut-on pas penser que Dieu est un très mauvais semeur ? Il sait qu’il sème sur le chemin, là où il n’y a pas assez de terre et parmi les ronces. C’est ce que Jésus nous dit.

Je ne sais pas si vous vous souvenez d’une émission qui s’appelait « Les grands travaux inutiles » de Jean-Claude Defossé ? C’est un peu l’impression que nous avons : Dieu fait de grandes semailles inutiles ! A quoi bon semer parmi les ronces ou là où on sait que rien ne poussera ? A quoi bon gaspiller des graines dans des endroits qui ne donneront aucune récolte ? A quoi bon aimer ceux qui ne nous aiment pas ?

Bien sûr, à semer partout, on finit bien par récolter quelque chose. C’est ce que nous dit la première lecture : comme la pluie ne retourne pas aux cieux sans avoir fécondé la terre « ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat. » Mais à quoi bon arroser en dehors de la bonne terre ? Dans ce même évangile de Matthieu, plutôt (Mt 5, 45), il est dit : « Dieu fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » et c’est avec cette image qu’il nous demande d’aimer nos ennemis. Pourquoi ?

Pourquoi être gentil avec les méchants ? Pourquoi rester doux avec les sévères ? Pourquoi encore aimer ceux qui ne sont pas aimables ? Pourquoi encore donner de l’attention et du soin quand, humainement, tout semble perdu ? A quoi bon aimer puisque nous n’en retirerons rien ?

Parce que l’amour qui fonctionnerait sur un principe de donnant-donnant, un amour qui ne se donnerait que lorsque c’est utile, un amour qui chercherait toujours son profit – je t’aime lorsque tu m’aimes et je ne t’aime pas lorsque tu ne m’aimes pas – ce n’est pas vraiment de l’amour ; c’est du commerce, de l’échange, un amour calculateur, sans générosité.

Que Dieu sème parmi les ronces ou là où il n’y a pas de bonne terre est le signe de son abondante générosité. Dieu aime ceux qui ne l’aiment pas. Dieu aime ceux qui font le mal. Dieu aime ceux qui sont perdus. Dieu aime ceux qu’il ne sert à rien d’aimer. Dieu nous aime, même lorsque nous ne nous aimons pas.

Et cette absolue générosité de Dieu, ces grandes semailles parfois inutiles, sont pour nous le signe d’une immense espérance. Parce que la mauvaise terre c’est parfois nous. C’est vrai que nous sommes parfois sourds, incapables d’apprécier l’amour que d’autres nous donnent. C’est vrai que nous sommes parfois parmi les ronces, pris d’un esprit mauvais qui rejette les paroles aimables. C’est vrai que nous sommes parfois submergés par la souffrance et que l’amour ne prend plus en nous racines.

Ce que nous enseigne la parabole du semeur c’est que dans toutes ces situations, nous sommes aimés par Dieu. Ce que nous enseigne la parabole du semeur c’est de garder espoir, même si nous ne percevons plus rien de lui. Garder espoir si la souffrance nous fait parfois oublier son amour. Garder espoir même si nous pensons que c’est inutile et que nous sommes perdus.

Dieu est le champion des grands travaux inutiles : il sème là où personne ne pense qu’il puisse encore y avoir du fruit. Alors même que tout semble voué à l’échec, Dieu, lui, garde espoir et sème encore l’Amour.

Fr. Laurent Mathelot, dominicain

Source : RÉSURGENCES.BE, le 11 juillet 2023

16.07.2023 – HOMÉLIE DU 15ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 13,1-23

Appelés par amour à faire croître le Royaume

Pistes pour l’homélie

Par l’Abbé Jean Compazieu

Textes bibliques : Lire

Les lectures bibliques de ce dimanche nous apportent un message d’espérance. Dans ce monde qui est le nôtre, nous en avons bien besoin. Nous avons tout d’abord un extrait du livre d’Isaïe. Il s’adresse à des croyants qui doutent parce qu’ils ne voient guère se réaliser les promesses des prophètes. Pour eux, tout va mal et ils commencent à désespérer. Ils ont été déportés en exil sur une terre étrangère. Alors le prophète leur apporte un message de consolation. Pour cela, il utilise une comparaison que tout le monde peut comprendre : Quand la pluie et la neige abreuvent la terre, la semence ne peut que pousser et donner du pain à celui qui mange. De même la parole de Dieu ne lui revient pas sans produire du résultat. Elle accomplit toujours sa mission. Elle fait ce que Dieu veut.

Il nous appartient d’en tirer les conséquences : ce qui est important pour nous, c’est d’être vraiment à l’écoute de cette parole. Si Dieu nous parle c’est pour notre bonheur. Il ne demande qu’à nous rejoindre, mais il ne va pas forcer notre porte car il respecte notre liberté. Plus tard, le Christ se présentera à nous comme le “Verbe” de Dieu, la Parole de Dieu. Son ministère sera celui de la réconciliation. Le “Verbe fait chair” n’est pas retourné au Père “sans résultat…” sans avoir accompli son ministère de réconciliation.

C’est aussi cette bonne nouvelle que nous lisons dans la lettre aux Romains (2ème lecture). La Parole de Dieu vient changer le cœur de l’homme. Elle tend à reconstituer la Création qui s’était désintégrée sous l’effet du péché. Cette lettre nous dit que l’Évangile est puissance de Dieu pour le salut de tout croyant” (Rm 1,16). Il est très important que nous soyons convaincus de cette force vitale présente dans la Parole de Dieu. Jésus se compare à une semence. Elle-même n’a rien de très impressionnant. Et  pourtant, elle renferme une capacité de vie remarquable. Elle est capable de donner naissance à une grande plante malgré les obstacles qu’elle rencontre. De même, la Parole de Dieu est une force vitale capable de changer le monde.

Dans l’Évangile, Jésus nous raconte la parabole du semeur. Ce récit, nous le connaissons bien parce que nous l’avons entendu souvent. Mais il ne faut surtout pas le lire comme une leçon d’agriculture. Cet Evangile nous parle d’abord de Dieu et de nous. Il s’agit d’un Dieu qui “sort” parce qu’il a choisi d’ensemencer la terre. Cette semence c’est la Parole de Dieu. Elle nous dit tout l’amour de Dieu pour le monde. Dieu la répand avec une générosité extraordinaire. Il cherche à rejoindre tous les hommes sur tous les terrains, y compris ceux qui se trouvent dans les situations les plus désespérées. Son message de salut doit être proclamé dans le monde entier. Nous n’oublions pas que les paroles de Jésus sont celles de la Vie éternelle.

L’évangile nous parle de quatre terrains différents, le bord du chemin, le sol pierreux, le sol envahi par les mauvaises herbes et enfin la bonne terre. Ces terrains bons ou mauvais, c’est chacun de nous. D’un côté, nous avons l’homme au cœur dur. Il refuse la Parole de Dieu car elle ne l’intéresse pas. Le deuxième terrain c’est celui qui manque de profondeur. Il a accueilli la Parole avec joie, mais un jour, tout s’arrête. Le troisième terrain c’est celui qui est envahi par les mauvaises herbes. C’est quand nous nous laissons envahir par les soucis de la vie et la séduction des richesses. Nous avons là des pièges qui nous détournent de Dieu.

Puis nous avons la bonne terre. Le grain peut y prendre racine et se développer. Cette terre c’est l’homme qui reste ouvert à la Parole de Dieu. Il s’en nourrit chaque jour et il la met en pratique dans toute sa vie. Sur un terrain favorable, elle ne peut que produire du fruit. Ces fruits, c’est la conversion, c’est la transformation de toute une vie. Ils sont nombreux ceux et celles qui peuvent dire : “Il a changé ma vie”. Quand l’Esprit Saint est là, le résultat est extraordinaire.

A la suite du Christ, nous sommes envoyés pour être des semeurs de la bonne nouvelle et pour proposer l’Évangile aux hommes d’aujourd’hui. Nous avons tendance à nous lamenter sur les églises vides alors que les supermarchés sont pleins. Être missionnaire c’est aller sur tous les terrains, vers les croyants mais aussi les non croyants et les mal croyants. Le Christ veut les sauver tous. A sa suite et avec lui, nous sommes envoyés pour semer à profusion. Il ne s’agit pas de faire croire mais de dire et de témoigner de la foi qui est en nous. Même si nous n’en voyons pas les résultats, rien ne peut empêcher la Parole de Dieu de produire du fruit.

En nous rassemblant à l’église, nous accueillons la nourriture qui nous donne force et courage pour cette mission. Nous te supplions, Seigneur, aide-nous à ne jamais oublier que la semence la plus importante c’est celle de l’espérance. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 9 juillet 2023